Archive for avril 2011

AWARE – B. Drevniok – p.17-21

29 avril 2011

°
(p.17)
La caméra s’arrête sur la bouteille. Un gros plan montre les gouttes de rosée autant que la clarté de la bouteille même, intérieur et extérieur reflétant reflétant la lumière du soleil.
Le film ne dit pas ce que le cameraman ressent. Il présente la réalité de ce qu’il ressent.
Le haïku ne dit pas ce que l’écrivain ressent. Il présente la réalité de ce qu’il ressent.
Et l’esprit du lecteur va et vient entre les deux images, créant une scène mentale : la réalité à laquelle il/elle répond.(p.18)
Revenons au haïku : les deux images sont montrées; elles ne sont ni expliquées ni décrites en détail.
Où pendent les gouttes de rosée n’est même pas mentionné.
L’émotiion de l’écrivain n’est ni expliquée ni décrite.
Tout est « coupé » au minimum : « le minimum le plus maximal », pour donner au lecteur juste ce qu’il faut.
Chaque mot importe.
Ainsi que dans vos notes (de votre « journal de bord ») votre haïku, aussi, doit conteir assez de mots pour que le lecteur puisse reconstruire l’instant-haïku.
Si le lecteur est perplexe, il/elle tournera vite la page, ne comprenant pas du tout le haïku, parce qu’il est trop bref – juste un fragment de l’instant-haïku.
Le rapport auteur-lecteur est absolument nécessaire.
Vous devez écrire assez pour que le lecteur lise assez pour pouvoir partager la réalité – partager l’émotion…
(p.19)
En même temps, vous ne devez pas imposer vos pensées à votre lecteur. Un haïku s’écrit pour que le lecteur expérimente lui aussi cet instant-haïku.
Ecrivain et lecteur sont ensemble – indépendants l’un de l’autre, admirant la même chose représentée dans le haïku.
Pour le lecteur, les mots eux-mêmes deviennent les images / actions, de nouveau, au moment où il (/ elle) les lit.
Le poète de haïku ne dit pas au lecteur ressentir. C’est le propre état de conscience du lecteur qui dirige son émotion comme il (/ elle) pénètre l’instant-haïku, l’expérience-haïku.
Ce que le haïku signifie pour le lecteur est le sens du haïku, maintenant. Il appartient donc également au poète et au lecteur, mais différemment…
(p.20)
La PONCTUATION
est utilisée avec modération dans le haïku.
Les sauts de lignes doivent être naturels et logiques, à la fin des pensées ou des phrases (non « enjambées » : ce qui signifie de couper les lignes à des endroits bizarres pour respecter le vieux compte strict de 17 syllabes – 5/7/5.).
Décidez de vouloir – ou non – utiliser la ponctuation. Vous pourrez, bien sûr, indiquer simplement les pauses en fin de ligne. Cependant, la ponctuation anglaise peut aider à exprimer ce que le poète de haïku veut indiquer…

Les signes de ponctuation les plus fréquents utilisés dans le haïku anglais sont :
(p.21)
– le tiret (« -« ) : utilisé en fin de ligne pour
a) indiquer un contraste fort entre objet ou événement, avant et après.
b) appuyer différents aspects du même sujet.
– le point-virgule (« ; ») : indique que l’emphase est plus ou moins aussi forte dans les deux parties.
– les deux points (« : ») placent l’emphase sur ce qui va suivre.
– la virgule (« , ») indique une légère pause; sépare les éléments d’une série, etc.
– l’ellipse / les points de suspension (« … ») marquent une pensée, une pensée qui continue ou le passage du temps.
– le point d’exclamation (« ! ») exprime la surprise soudaine.
– le point (« . ») termine tout. Rarement utilisé, il est quelquefois approprié.
(p.22)

(à suivre.)

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10 HAIKU d’été – Blyth – p.726-730

28 avril 2011

°
(p.726 :)

kamikuzu ya . degawari no ato no . mono-sabishi

Senna

quelques bouts de papier
après que le serviteur est parti ;
un sentiment de solitude



degawari ya . izuku mo onaji . ume no hana

Issa

changement de serviteurs –
où que ce soit,
les mêmes fleurs du prunier

°
(p.727 :)

nagamochi ni . haru zo kureyuku . koromogae

Saikaku

changement de vêtements –
le printemps, hélas, a disparu
dans le long coffre

koi no nai . mi ni mo ureshi ya . koromogae

Onitsura

bien que je n’ai pas d’amoureuse,
je me réjouis aussi :
changement d’habits

°
(p.728 :)

toshi toeba . katate dasu ko ya . koromogae

Issa

questionnée sur son âge
elle lève les doigts d’une main –
le changement d’habits

koromogae . ushi to mishi yo mo . wasuregao

Buson

le changement d’habits –
ce qui semblait un monde de peine et de douleur :
on dirait que tu en as tout oublié

°
(p.729 :)

sono mon ni . atama-yôjin . koromogae

Issa

le changement d’habits –
Attention à ta tête
avec cette porte !

koromogae . suwatte mite no . hitori kana

Issa

le changement d’habits –
et m’asseyant ;
mais je suis seul

°
(p.730 :)

echigoya ni . kinu saku oto ya . koromogae

Kikaku

l’époque du changement d’habits :
à Echigo-ya,
le bruit de déchirer la soie

shitaya ichi-ban no . kao shite . koromogae

Issa

changement d’habits :
il a maintenant l’air du chef
du service de Shitaya !

°
(à suivre, p.731-)

AWARE – B. Drevniok – p.12-16

28 avril 2011

°
(p.12)
Explication :

De vos notes, prenez deux images, deux choses complètement sans rapport, distinctes, que vous VOYEZ dans votre instant-haïku, deux choses qui co-existent dans un même laps de temps, à la même saison, dans le même monde.
Ensemble, dans une combinaison surprenante, elles révèlent un aspect de la réalité, complètement différente de ce qu’elle sera jamais.
Je vous donne un exemple : Supposez que vous êtes MAKATO et, relisant vos notes, vous vous souvenez d’une promenade d’un matin d’été – le soleil si chaleureux, tout étant couvert de gouttes de rosée réfléchissant la lumière. Pour votre première ligne, écrivez : « gouttes de rosée, partout… »
Cela campe la scène et donne une idée large d’une saison, une saison de temps chaud et d’une sorte particulière d’humidité, l’humidité « gouttes-de-rosée ».
(p.13)
Une image, « quelque chose » avec laquelle vous comparerez, contrasterez ou associerez « quelque chose d’autre » de votre expérience-haïku.
Utiliser des « comparaisons » (des similarités) approfondit la signification à l’intérieur du haïku – avec, toujours, une « association » surprenante de choses !
Et vous lisez dans vos notes : « L’air est si clair – j’ai trouvé une vieille bouteille de vin – avec des gouttes de rosée dessus, également… bouteille de vin pleine de la lumière du soleil ! » Vous vous souvenez de votre respiration profonde à cet air plein de la lumière du soleil, vous remplissant aussi, pour ainsi dire, et d’admirer la forme et la clarté de la bouteille, le soleil la traversant, ainsi que contenu à l’intérieur, tout comme le vin y fut retenu – vide de vin, pleine de soleil.
(p.14)
Mais vous ne pouvez pas dire tout cela à votre lecteur en deux lignes !
Vous devez choisir et présenter l’objet spécifique le plus important et un point d’observation particulier qui s’y rattache : la bouteille de vin remplie de soleil.
MAINTENANT le haïku « devient », tandis que vous le composez : sur la page, c’est l’instant lui-même !

gouttes de rosée partout
une bouteille de vin, aussi,
pleine de soleil

MAKATO;

(p.15)
Lisez votre haïku à voix haute, pour vous-même. Faites en sorte qu’il sonne bien à votre oreille et qu’il donne l’essence de votre instant.
Qu’avez-vous dit à votre lecteur, par ces trois courtes lignes ?
Vous avez fait apparaître les visions de gouttes de rosée, d’un matin chaud après une nuit fraîche. La rosée s’est formée, le soleil s’est levé, mais il est encore assez tôt pour que la rosée ne se soit pas encore évaporée. Les gouttes, partout, reflètent la lumière du soleil. La bouteille de vin oubliée, vide, reflète aussi la lumière du soleil, sur le dos, à l’intérieur, sur le ventre, à l’extérieur : véritablement « pleine de soleil » !
Mais vous n’avez pas dit au lecteur ce que vous avez ressenti… l’émotion du « c’est beau : tout plein de soleil, MOI aussi ! »
et vous ne le devez pas !
Cela fait partie du jeu du haïku,
(p.16)
le jeu du « Montrez mais ne dites pas… »
Vous présentez un instant-haïku, une expérience-haïku – vous ne dites pas ce qu’ils signifient ; vous ne dites pas ce que vous ressentez. Il n’y a aucune discussion à ce propos.
Je ne répéterai ceci jamais assez !

Une manière facile d’y penser :
On peut considérer le haïku comme étant deux scènes d’un court métrage. Dans cet exemple la caméra filme les « gouttes de rosée partout ».
L’auteur se trouvait-il à la campagne ?
Le lecteur était-il en ville ?
Ou le contraire ?
Cela ne fait aucune différence.
Dans la campagne les gouttes de rosée s’accrochent aux feuillages et aux débris pareillement – et il en est de même en ville !
Dans chacune des scènes, la caméra photographie tout, avec les gouttes de rosée réfléchissant la lumière du soleil…
(p.17)

AWARE – Betty Drevniok – p.7-11

26 avril 2011

°
(p.7)
Mais, tout d’abord, faisons un petit tour d’horizon de l’instant-haïku, souvent défini comme « la sensation de la réalité ».
Quelque chose de « réel » attire le poète, et il(/elle) ressent quelque chose – peut-être la beauté de l’instant, peut-être l’inverse, ou toute autre émotion ! : ceci est l' »instant-haïku », l’expérience-haïku ; la réalité de l’ici-et-maintenant, et une émotion.
Mais quand le poète zoome sur la réalité, elle change :
la feuille tombe…
le soleil se cache derrière un nuage…
l’oiseau disparaît de la vue…
et l’instant est passé !
Pour le poète de haïku, le temps est immobile, inscrit dans son « carnet de bord » du « voyage-haïku.
(p.8)
De même qu’un peintre fait un croquis préliminaire à partir duquel il travaille, ainsi vous, poète de haïku, devez écrire le croquis de votre propre instant-haïku.
A la différence des moments évanescents de la réalité, il reste la trace pour qu’il devienne un haïku que l’on peut apprécier ensuite.
Dans votre carnet particulier, votre « carnet de bord », notez vos expériences : les petites particularités de chaque jour qui attirent votre attention, vous arrêtent et vous font y regarder à deux fois, qui vous intéressent, qui vous ravissent…
Faites-en une description simple, dans la bonne perspective :
placez les « choses proches » au près,
les « choses lointaines » au loin,
les « choses élevées » en haut
et les « choses basses » en bas.
Quelque chose bouge-t-elle ? (: allant, venant, tournant…)
(p.9)
Notez la saison (la date), l’heure du jour (ou de la nuit)
le temps (clair, venteux, pluvieux, lourd…)
la température (chaud, frais, froid…)
les sons (forts, faibles, répétés…)
les odeurs (cheveux mouillés, fourrure, laine, feuilles sèches, herbe coupée…)
, tout ce qui vous touche (une brise, une branche, un moustique…) ou que vous avez touché (la courbe d’un coquillage, de la mousse sèche, une plume…)
la couleur du ciel (gris, bleu intense, la teinte du couchant…)
la couleur de la terre (vert-printemps, desséchée, couverte de neige…)
Tout ceci ne sera pas dans votre expérience-haïku (mais peut-être même des choses entièrement différentes)
Ecrivez seulement ce qui est en rapport avec votre propre instant-haïku !
(p.10)
Faites court
mais pas trop court
au point que plus tard vous ne puissiez plus savoir pourquoi vous l’avez écrit !
Que ressentez-vous – à examiner la beauté d’un(e) violet(te); à être intéressé(e) par la manière dont un mille-pattes bouge; à écouter un crapaud dans l’étang…
Peu importe votre émotion, c’est VOTRE instant-haïku ! et vous l’avez pris en notes !
Si vous n’écrivez pas l’expérience-haïku quand elle vous touche, vous ne vous en souviendrez pas. Vous pensez que oui, mais, plus tard, vous aurez beau chercher dans votre mémoire, le moment sera parti, perdu pour toujours.
(p.11)
Peut-être que votre haïku va se former immédiatement, peut-être que non. Sinon, plus tard, vous devrez travailler à placer les objets, les images et / ou les actions, à partir de vos notes, à leur juste place dans le haïku.
Seul(e), au calme, relisez soigneusement vos notes – souvenez-vous de l’instant – recréez-le dans votre esprit.
Souvenez-vous comment vous vous êtes senti(e) – ressentez-le encore – et écrivez votre premier haïku, appelé le « haïku-image ». Ecrivez-le en trois lignes brèves, en utilisant le principe
de la COMPARAISON
du CONTRASTE
ou de l’ASSOCIATION
(Reportez-vous aux pages 37/40 pour une explication plus détaillée).

°
(à suivre, p.12-)

9 Haiku d’été – Affaires humaines – Blyth – p.722-725

26 avril 2011

°
(p.722 :)

ôkaze no . niwaka ni okoru . nobori kana

Shiki

Un grand vent
s’éleva soudain –
la bannière !

amagumo wo . sasou arashi no . nobori kana

Shiki

tirant sur les nuages de pluie –
la bannière
de la tempête !

yamazato ni . kumo uchiharau . nobori kana

Shiki

dans le village de montagne
balayant les nuages –
les carpes de papier

nobori tatete . arashi no hoshiki . hi narikeri

Shiki

hissant la bannière,
un jour où nous souhaitions
des rafales de vent

°
(p.724 :)

nobori tateru . jinka wa tôshi . dai-garan

Shiki

les bannières hissées au-dessus des habitations
sont lointaines –
la grande abbaye

degawari ya . osanagokoro ni . monoaware

Ransetsu

changement de serviteurs :
le pathos
de son coeur d’enfant

°
(p.725 :)

degawari ya . karakasa sagete . yûnagame

Kyoroku

la servante qui s’en va ;
parapluie à la main
elle regarde le couchant

degawari ya . kawaru hôki no . kakedokoro

Yayû

changement de serviteurs :
le balai est rangé
ailleurs

degawari ya . tatami e otosu . namida kana

Taigi

changement de serviteurs –
ses larmes
tombent sur le tatami

°
(à suivre, p.726-)

AWARE – Un premier livre de haiku – de Betty Drevniok, Portal Publ., 1980 – traduction Py –

25 avril 2011

°
(p.2 :)

LE VOYAGE HAÏKU

nature – conscience – nature humaine

« Le Voyage Haïku » est un voyage partout – et un voyage nulle part à la fois…
C’est l’éternité et c’est maintenant…
C’est :
la brume parfumée de pétunias, la pluie du petit matin, un champignon, l’ombre de nuages…
Quand les astronautes allèrent sur la lune, ils prirent des photos de notre planète flottant dans l’espace.
Quelqu’un cita l’expression « le village global » pour décrire la terre.
Nous vivons tous ensemble dans le grand Village-Global, et nous sommes tous, au fond, les mêmes, indépendamment d’où nous vivons – avec les mêmes émotions, le même amour de la vie et de la nature…
(p.3)
Chaque matin le soleil se lève
Chaque soir le soleil se couche
La lune suit ses phases
Les étoiles de notre galaxie bougent à travers les cieux
Les saisons passent également à travers
la nouveauté du printemps
la plénitude de l’été
la douceur de l’automne
la dureté de l’hiver
Et nous sommes tous UN avec tout cela
Vous êtes tous UN avec tout cela
Où que vous soyez
Et comme vous êtes.
(p.4)
Pour commencer votre voyage-haïku, ouvrez simplement la porte, et sortez. Là, dans le ciel et sur la terre, se trouvent la totalité de notre existence, l’univers, le monde.
Restez là, debout, seul(e), et, s’il vous plaît, donnez-vous du temps pour être seul(e).
Du temps, pour permettre à l’univers de vous toucher,
du temps pour permettre au monde de vous toucher,
et du temps, pour vous permettre de devenir « conscient »…
« conscient » de la réalité, « conscient » de l’ici et du maintenant, conscient de l’instant, de l’instant-haïku.
Un vieux dicton nous enseigne :
Prenez le temps de respirer les fleurs en passant.
(p.5)
Il dit en fait :
Soyez conscient(e) des choses qui vous entourent,
laissez les choses vous atteindre et vous toucher, comme dans les mots japonais : « mono no aware », l' »émotion » des choses et l' »émotion » du monde, de la vie, « yo no aware ».
(p.6)
Le poète de haïkus suit la règle la plus ancienne de l’écriture !
Ecrivez sur ce quevous connaissez.
Ainsi en arrivons-nous à Bashô et à sa définition :
 » Le haïkaï est
ce qui se passe
en ce moment-ci
à cet endroit-ci. »

Appréciez ce fait qu’il n’est pas important que ce soit la nuit ou le jour, quel temps il puisse faire, ni même le lieu où vous êtes !
Dedans, dehors, en ville, à la campagne, les instants-haïku se produisent n’importe où, n’importe quand !
Vous vous tenez à l’orée de la grande aventure de votre vie : le voyage-haïku.

Ouvrez votre carnet, prenez votre crayon, et commencez à écrire !…

°
(suite, p.7-)

3 Haiku d’été – Dieux et Bouddhas – Blyth – p. 720-1.

25 avril 2011

°
(p.720 :)

suzushisa no . noyama ni mitsuru . nembutsu kana

Kyorai

Chantant le Namuamidabutsu,
la fraîcheur emplit
champs et montagnes

nishiki kite . ushi no ase-kaku . matsuri-kana

Shiki

vêtu de brocart
le taureau sue
pendant le festival

°
(p.721 :)

fuwa-fuwa to . naki rei koko ni . kite suzume

Shiki

venez ici vous rafraîchir,
tremblants, tremblants
esprits des morts

°
(à suivre : Les affaires humaines – p.722-765.)

7 Haiku d’été – Blyth – p.715-719

25 avril 2011

°
(p.715 :)

sazare-kani . ashi hainoburu . shimizu kana

Bashô

un minuscule crabe
grimpe sur mes jambes
dans l’eau claire



zenigame ya . aoto mo shiranu . yama-shimizu

Buson

Ne connaissant pas Aoto *
seule l’eau claire de la colline,
une tortue tachetée

* : Aoto Fujitsuna, ministre au 13è siècle, célèbre pour son sens de l’économie et sa droiture…

°
(p.717 :)

kanemochi mo . kuma mo kite nomu . shimizu kana

Shiki

Des millionnaires
viennent boire de cette eau claire,
et des ours

sekkô no . tobihi nagaruru . shimizu kana

Buson

les étincelles du maçon
s’enfuient
dans l’eau claire

°
(p.718 :)

sekkô no . nomi hiyashitaru . shimizu kana

Buson

eau claire :
le maçon
y refroidit son ébauchoir

sekkô no . yubi yaburitaru . tsutsuji kana

Buson

le doigt blessé
du maçon –
et les azalées

sanmon ya . aota no naka no . namiki-matsu

Shiki

la Grande Porte du temple –
au milieu du champ de riz,
une avenue de pins

°
(à suivre : Dieux et Bouddhas, p.720-1)

25 Haiku d’été (+ 1 de printemps + 1 d’automne) – Champs et Montagnes – Blyth – p.704-714

24 avril 2011

taiboku wo . mite modorikeri . natsu no yama

Rankô

revenant
après avoir vu un arbre gigantesque :
les montagnes d’été

taiboku wo . nagamete itari . shita-suzumi

Kyoroku

assis dessous,
je regarde
le grand arbre

natsuyama no . taiboku taosu . kodama kana

Meisetsu

un arbre géant tomba
échos et re-échos
dans les montagnes d’été

°
(p.706 :)

natsuyama ya . uguisu kigisu . hototogisu

Issa

dans les montagnes d’été
des cris d’uguisu, de faisans,
d’hototogisu

uma hoku hoku . ware wo e ni miru . natsuno kana

Bashô

je me trouve dans une peinture;
le cygne avance lentement
sur la lande estivale



uma hoku hoku . ware wo e ni miru . kokoro ka,na

Bashô

le cygne avance ;
je me sens comme
dans une peinture

je me régalai du paysage de Shosho,
y peignant même mon propre bateau

in : le Zenrinkushu

junrei no . bô bakari yuku . natsuno kana

Ishû

seules les strophes
des pèlerins traversent
la lande estivale

°
(p.707 :)

kagerô ya . tera e yukareshi . tsue no ana

Issa

vagues de chaleur ;
les trous de la canne
qui se rendit au temple

(= au printemps)

magusa ou . hito wo shiori no . natsuno kana

Bashô

un homme portant sur son dos du fourrage
comme s’il était notre guide
sur la lande d’été

taezu hito . ikou natsuno no . ishi hitotsu

Shiki

l’un après l’autre
les gens pausent sur cette pierre
sur la lande d’été

°
(p.708 :)

no wo yoko ni . uma hikimuke yo . hototogisu

Bashô

chevauchant sur la lande d’été –
« Ah, mène le cheval de ce côté ! »
là où le coucou chante

mizu funde . kusa de ashi fuku . natsuno kana

Raizan

m’éclaboussant à travers l’eau,
frottant mes pieds sur l’herbe –
la lande l’été !

°
(p.709 :)

oroshioku . oi ni nae furu . natsuno kana

Buson

l’autel à peine installé
vacilla sous un tremblement de terre
sur la lande d’été

yukiyukite . koko ni yuki yuku . natsuno kana

Buson

encore et encore,
maintenant, ici-même, encore et encore
sur la lande d’été

°
(p.710 :)

kôya yuky . mi ni chikazuku ya . kumo no mine

Buson

marchant sur la vaste lande déserte,
les nuages imposants
se rapprochent

atsuki hi wo . umi ni iretari . mogami-gawa

Bashô

la rivière Mogami
a précipité le Soleil brûlant
dans l’Océan

°
(p.711 :)

hikuki ki ni . uma tsunagitaru . natsuno kana

Shiki

un cheval attaché
à un arbre bas
sur la lande d’été



natsukawa wo . kosu ureshisa yo . te ni zôri

Buson

quel bonheur
que de traverser cette rivière d’été
les sandales à la main !



natsukawa ya . uma tsunagitaru . hashibashira

Shiki

rivière d’été ;
un cheval attaché
au pilier du pont

°
(p.712 :)

natsukawa ya . hashi aredo uma . mizu wo yuku

Shiki

rivière d’été –
il y a un pont
mais le cheval traverse à gué



bajô yori . tazuna yurumeru . shimizu kana

Shiki

à cheval
je détendis les rênes –
l’eau claire !

natsukawa ya . chûryû ni shite . kaerimiru

Shiki

rivière d’été –
à mi-courant,
regardant derrière

watarikakete . mo no hana nozoku . nagare kana

Bonchô

à mi-courant,
admirant
les lenticules

°
(p.713 :)

atozama ni . kouo nagaruru . shimizu kana

Kitô

les petits poissons
reculant
dans l’eau claire

soko no ishi . ugoite miyuru . shimizu kana

Sôseki

les pierres du fond
semblent bouger ;
eau claire



nowaki fukedo . ugokazaru . kumo takashi

Rogetsu

la tempête d’automne fait rage
mais haut dans le ciel
les nuages sont immobiles

(= en automne)

°
(p.714 :)

kiyo-taki ya . nami ni chirikomu . aomatsuba

Bashô

une cascade claire ;
dans les rides tombent
des aiguilles de pin vertes

(N.d.T. : Ce haïkaï est le dernier auquel Bashô travaillait, à sa mort.)

°
(à suivre, p.715-)

S’exp(l)oser

23 avril 2011

°

s’exp(l)oser
aux rayons
(du nucléaire) :

le temps est irradieux,
n’est-il pas ?

°
d.(23/4/11)