Posts Tagged ‘B. Drevniok’

AWARE – B.Drevniok – p. 42-46

9 mai 2011

°
(p.42)
Quand se produit une expérience-haïku, le poète de haïku voit, entend, respire, touche et / ou goûte, et / ou sent – le froid, le chaud, etc. – quelque chose dans la vie de chaque jour « ici et maintenant » et répond immédiatement avec une émotion « ici et maintenant », en d’autres mots, « au présent ». Quand il écrit un haïku, le poète nomme simplement les images et / ou les sensations : la réalité de l’expérience (mais pas l’émotion elle-même !) dans une langue ordinaire, simple, directe, et l’écrit dans l' »ici et maintenant » : « au présent ».
L’expérience-haïku a lieu dans le présent.
(p.43)
Elle doit s’écrire AU PRESENT !

Mais il peut y avoir une expérience-haïku enfouie dans la mémoire du poète. Quelque chose la réanime au présent. Cela, aussi, peut devenir un véritable haïku et s’écrire comme s’il se produisait « ici et maintenant ». Ne rejetez pas un instant-souvenir. Profitez-en aussi !

vue montagneuse :
même cette vieille maison
penche dans le vent

Makato

(p.44)

Le haïku ne raconte pas une histoire née dans l’imaginaire de l’auteur.
Le moment-haïku est une expérience réelle et l’objectif principal du haïku est de recréer les circonstances qui suscitèrent l’émotion du poète.
Après avoir écrit le haïku, le poète le propose au lecteur.
Le lecteur se le représente dans son propre esprit, voit ce que vit le poète, entend ce que le poète entendit, etc. comme dans un « rêve éveillé », si l’on veut, et ressent quelque chose de ce que le poète ressentit.
En se plaçant dans les mêmes conditions, le lecteur réagit avec sa propre émotion qui peut être – mais pas forcément – la même que celle du poète.
Le haïku est la forme la plus courte de pure poésie.
Poète et lecteur sont ensemble pour voir et expérimenter un instant du temps : le PRESENT ETERNEL.
(p.45)
REPONSES-HAÏKU
(p.46)
Dans le « voyage du haïku », la première « réaction » à un instant-haïku que vous avez appris à écrire, a été le « haïku d’image(s) ». Bien sûr il y a d’autres « réactions ».
Très souvent, ce qui vous touche, comment cela vous touche, et votre manière d’y réagir, deviennent haïku – d’une catégorie « basique ». Par exemple, les deux parties d’un « haïku d’images » ne font appel qu’à un de vos sens : la vue… Mais les deux parties d’un autre haïku peuvent être totalement différentes : une partie faisant appel à la vue, l’autre partie n’importe quel autre sens… ou une partie utilise n’importe quel sens et l’autre est le « sentiment de la nature ». Il y en d’autres encore ! Quelques « réponses » se placent très facilement, d’autres ne se catégorisent pas si aisément !
(p.47, à suivre…)

AWARE – B.Drevniok – p.37-41

8 mai 2011

(p.37)
L’expérience-haïku est un événement particulier, unique, que l’on écrit comme tel.
C’est ce qui survient en cet endroit-ci, à ce moment-ci, comme Bashô est supposé l’avoir dit.
De cette affirmation nous déduisons que c’est quelque chose qui fait partie de la vie de tous les jours, quelque chose qui, pendant un moment attire l’attention du poète et lui fait regarder à neuf, en s’exclamant « Ah ! », en un souffle aspiré de délice ! de découverte ! de « réalisation » !
Mais ce qui attire le poète n’est jamais isolé. Ce « quelque chose » qui attire l’attention du poète est toujours perçu dans le contexte de « quelque chose d’autre » ! : ce « quelque chose d’autre » qui fait ressortir une qualité qui attira le poète en premier
(p.38)
ce « quelque chose » avec lequel il peut être
COMPARE
CONTRASTE ou
ASSOCIE
d’une manière ou d’une autre.
Dans le haïku, le QUELQUE CHOSE et le QUELQUE CHOSE D’AUTRE sont exposés ensemble avec des images clairement définies. Ensemble, elles se complètent et se réalisent en tant qu’UN EVENEMENT PARTICULIER.

lumière brillante du soleil
à travers les érables d’automne
un aperçu du lac

: Makato

(p.39)
En utilisant ce principe : celui de la COMPARAISON, du CONTRASTE ou de l’ASSOCIATION internes, le poète exprime une relation observée entre deux choses, une juxtaposition qui crée le pivot sur lequel la pensée du lecteur tourne et s’élargit. On peut définir la juxtaposition ainsi : deux sujets non relatés auxquels le poète fut sensible, sont comparés, contrastés ou associés au sein d’un haïku. Cet exposé bref de la scène, de l’événement, révèle différents aspects de la réalité, joints dans la relation mystique de deux images ou / et sensations : deux phénomènes appartenant au même instant, qui sont appréciés au même instant, appréciés différemment au même instant, chacun desquels existe par lui-même.
Ensemble ils montrent une unité insoupçonnée d’harmonisation. Pensez aux deux faces d’une même pièce : une image d’un côté, une image de l’autre, unis par le cercle liant de l’instant du temps dans lequel se produisit l’expérience-haïku.

ombres de nuages soufflées par le vent :
derrière les montagnes,
des montagnes

: Makato

(p.41)
Dans le haïku japonais classique
il n’y avait pas de ponctuation.
A la place étaient utilisés des signes verbaux de ponctuation appelés « kireji », « mots de coupe ». Ils indiquaient un point final, ou la pause qui sépare le haïku en deux parties de 5 et 12 caractères ou de 12 et 5 caractères. Les mots-de-coupe eux-mêmes ne spécifiaient pas la relation qu’il pouvait y avoir entre les deux parties du haïku, mais créaient le déséquilibre classique d’éléments asymétriques, plaisants à l’oeil et à l’oreille.
La langue anglaise n’a pas d’équivalents au « kireji ». La plupart des poètes de haïkus utilisent la ponctuation anglaise appropriée pour marquer les pauses, les coupures ou les arrêts. Pour plus d’informations, reportez-vous à la page 20.
(p.42- à suivre)

AWARE de Betty Drevniok – p. 22-27

4 mai 2011

°
(p. 22)

Quelques derniers mots :

Le haïku de Makato est un « haïku-image » ; pas seulement une « jolie » image, mais une expérience-haïku.
Comme je l’ai écrit précédemment, l’expérience-haïku est réelle !
Le monde / la nature s’étend et nous touche.
On y répond avec émotion.
Il n’y a pas de mots – que le toucher, que la réponse…
Puis vous décidez de vous souvenir de cet instant…
Ecrivez-le – Ecrivez-le d’une manière spéciale, la manière-haïku – en nommant (en ne décrivant pas) les vrais détails de cette expérience-haïku de la manière même dont elle s’est produite.
Si vous examinez votre instant-haïku, vous trouverez qu’il y a une progression chronologique de l’évènement.
(p.23)
Un élément touche en premier, puis un autre se dévoile.
Dans le poème-haïku, ces mêmes éléments toucheront, de nouveau, de la même manière, mais cette fois-ci pour toucher le lecteur.
N’ajoutez pas de mots qui changeront l’expérience originelle. Si vous faites cela, cela devient une expérience différente.
C’est la « manière de mettre en mots », comme dit le vieux dicton, qui fait le haïku.
Vous, poète, devez « créer » avec des mots, afin de « re-créer » l’expérience-haïku, la réalité qui a donné naissance à votre émotion première.
Cela demande de l’habileté et du métier pour partager un un moment de profond sentiment, de vision, sans détailler cette émotion dans le poème.
(p.24)
Quelques haïkus se font aussi rapidement que se produit le « moment ».
D’autres requièrent écriture et ré-écriture…
Mais, indépendamment de la quantité de pensée mise en oeuvre pour sélectionner et arranger les mots dans le haïku, la version finale doit paraître sans effort et spontanée

Ecrire du haïku
est véritablement
de l’ART !

(p.25)
Post-scriptum pour les professeurs :

En suivant les grandes lignes du « voyage-haïku », vous tenez une méthode pour enseigner le haïku à vos élèves :
1) Après une discussion des premières pages, laissez-les « ouvrir la porte et sortir ». Emmenez-les faire une « marche-haïku ».
2) Dans la session de classe suivante, distribuez, ou faites apporter un « carnet de bord ».
Parlez de quoi y écrire à la suite de leur première « balade-haïku ».
3) Refaites une « balade-haïku ». Cette fois-ci, chacun(e) écrit ses propres expériences-haïku dans son journal.
4) Dans une autre séance en classe,
(p.26)
discutez de la manière d’écrire un haïku, d’après les notes de chacun(e).
5) Laissez-les ECRIRE, ECRIRE ! Et laissez ceux qui désirent illustrer leur haïku le faire, créant ainsi un haïga (= haïku + image ensemble). Laissez-les faire des dessins, prendre des photos, des empreintes de la nature, etc.
6) Faites une exposition du projet de classe : « Le voyage-haïku » et, si possible, enregistrez le tout et donnez à chaque élève un livret du « voyage-haïku » en souvenir, et pour l’inspiration…
(p.27)
LA TRADITION DU HAÏKU
(p.28)

(à suivre…)

AWARE – B. Drevniok – p.17-21

29 avril 2011

°
(p.17)
La caméra s’arrête sur la bouteille. Un gros plan montre les gouttes de rosée autant que la clarté de la bouteille même, intérieur et extérieur reflétant reflétant la lumière du soleil.
Le film ne dit pas ce que le cameraman ressent. Il présente la réalité de ce qu’il ressent.
Le haïku ne dit pas ce que l’écrivain ressent. Il présente la réalité de ce qu’il ressent.
Et l’esprit du lecteur va et vient entre les deux images, créant une scène mentale : la réalité à laquelle il/elle répond.(p.18)
Revenons au haïku : les deux images sont montrées; elles ne sont ni expliquées ni décrites en détail.
Où pendent les gouttes de rosée n’est même pas mentionné.
L’émotiion de l’écrivain n’est ni expliquée ni décrite.
Tout est « coupé » au minimum : « le minimum le plus maximal », pour donner au lecteur juste ce qu’il faut.
Chaque mot importe.
Ainsi que dans vos notes (de votre « journal de bord ») votre haïku, aussi, doit conteir assez de mots pour que le lecteur puisse reconstruire l’instant-haïku.
Si le lecteur est perplexe, il/elle tournera vite la page, ne comprenant pas du tout le haïku, parce qu’il est trop bref – juste un fragment de l’instant-haïku.
Le rapport auteur-lecteur est absolument nécessaire.
Vous devez écrire assez pour que le lecteur lise assez pour pouvoir partager la réalité – partager l’émotion…
(p.19)
En même temps, vous ne devez pas imposer vos pensées à votre lecteur. Un haïku s’écrit pour que le lecteur expérimente lui aussi cet instant-haïku.
Ecrivain et lecteur sont ensemble – indépendants l’un de l’autre, admirant la même chose représentée dans le haïku.
Pour le lecteur, les mots eux-mêmes deviennent les images / actions, de nouveau, au moment où il (/ elle) les lit.
Le poète de haïku ne dit pas au lecteur ressentir. C’est le propre état de conscience du lecteur qui dirige son émotion comme il (/ elle) pénètre l’instant-haïku, l’expérience-haïku.
Ce que le haïku signifie pour le lecteur est le sens du haïku, maintenant. Il appartient donc également au poète et au lecteur, mais différemment…
(p.20)
La PONCTUATION
est utilisée avec modération dans le haïku.
Les sauts de lignes doivent être naturels et logiques, à la fin des pensées ou des phrases (non « enjambées » : ce qui signifie de couper les lignes à des endroits bizarres pour respecter le vieux compte strict de 17 syllabes – 5/7/5.).
Décidez de vouloir – ou non – utiliser la ponctuation. Vous pourrez, bien sûr, indiquer simplement les pauses en fin de ligne. Cependant, la ponctuation anglaise peut aider à exprimer ce que le poète de haïku veut indiquer…

Les signes de ponctuation les plus fréquents utilisés dans le haïku anglais sont :
(p.21)
– le tiret (« -« ) : utilisé en fin de ligne pour
a) indiquer un contraste fort entre objet ou événement, avant et après.
b) appuyer différents aspects du même sujet.
– le point-virgule (« ; ») : indique que l’emphase est plus ou moins aussi forte dans les deux parties.
– les deux points (« : ») placent l’emphase sur ce qui va suivre.
– la virgule (« , ») indique une légère pause; sépare les éléments d’une série, etc.
– l’ellipse / les points de suspension (« … ») marquent une pensée, une pensée qui continue ou le passage du temps.
– le point d’exclamation (« ! ») exprime la surprise soudaine.
– le point (« . ») termine tout. Rarement utilisé, il est quelquefois approprié.
(p.22)

(à suivre.)