Archive for juin 2010

Haïkus, etc. de Py, juin 2010

30 juin 2010

°°

constellations de somolive *
dans mon masala **
– premier juin

* margarine « bio »
** boisson à base d’épices

Monsieur avec Madame Bouchaoreille

Une carabine téléphonique

Horties :

Exhorte-feu
Cohorte-feu(x)
Escorte-feu

rapiat
rap(i)ace

traversant mai
martinets
en juin

parfois un martinet
pris dans la toile
de l’échafaudage

Traverser
dans les haïklous

QiGong
le long de l’odeur
du pin

sur le rebord de ma fenêtre
un coin de ciel
en zinc

une samare
prend
le R.E.R.

Parc de S(c)eaux
sous la pluie
les oiseaux

juin
le nouveau couvre-lit vert
de la voisine

son sein arrogant
ma main caresse

bavant seul sous la lune

(cf Li Po : « Buvant seul sous la lune »)

(patine :)

les couleurs passées
des tulipes
sur l’assiette

Lisant le synopsis d’ « Hatchi »
(film de Lasse Hallström),
éternuement.

belles gambett’a
avenue du même nom

(→ 13/6/10)

troncs d’oliviers
ornés
de mues de cigales

°

aux gros seins
elle se penche :
salle de lecture

dans son décolleté
ce
« haïku »

°

Dans « Première Neige »
le « caquette ô caille »
de Kakei

(cf Jours d’hiver de Bashô, POF p.25)

Boulevard Moustachès

( : Boulevard Barbès)

Tromparaître

tous ces copeaux de zinc
sur le chantier
le ciel gris

sur chaque vague
qui se forme
un liséré de lune

(2003 ? -→ 17/6/10 ? cf L’Année Haïku de D.Py, ’tHoge Woord 2003)

Sa mort le trouve.

coloriage :
mouvement rond de sa main
ronde poitrine

°

soir de match
aucun cri dans la rue
= pauvre France / ?

Vuvuzelas –
le si grand silence
de la rue

°

Une relation amicâline

métro –

dans son décolleté
un grain de beauté

Haïku-vache :

la vache
entoure l’océan
une ceinture de nuages

poète :
voit son avenir
en vers

téton
titillant
le centre de la main

on perce le bois
on creuse des trous :
réfection de cathédrale

été subito
la roue du vélo voilée

son sexe ploie
inopportunément
flop !

Serrons-nous – ( : ancien :)

Serons-nous tous ainsi
entassés dans la mort ?

– métro

sirène de beauté…

(ancien : 199? – rue du Fbg St Honoré)

vendredi 13
un aveugle pénètre
dans une miroiterie

le soleil se couche
et bientôt la voisine ?
– fièvre

je regarde :
elle passe
son haut de pyjama

Kyôka – en lisant une e-revue : –

un « haïku »
qui ne décolle toujours pas,

tout englué qu’il est
dans (de) la « poésie » !

les martinets
sifflent de frais
fin juin

Kyôku :

Étendre,
Repousser les limites / les confins
du haïku…
(?)

°

(Par cinq) :

une petite fleur
le silence

( : à Marcel Peltier.)

bousculant l’aube
les oiseaux

l’empyrée
sur mes épaules

une fois aussi
la lenteur

°

ce haïku
non inscrit
sur le rouleau
de la mémoire

disparu(s)
de la mémoire
haïku(s)
blanc(s)

oublié
haïku
blanc

°

Ah, les merles !
sur fond de moineaux –
dernier dimanche de juin

°

Kyôbun olfictif :

Le haïku français,
ça peut être un alexandrin
+ … ? :

douceâcres les odeurs de nos corps en amour

°

Kyôku au « dieu-haïku » :

du haïku
comme de dieu :
taire le nom (?)

Religion :

D’yeux que pour ses seins …

mots noirs
sur nuits blanches
et qui bougent …

Croquille

une voiture course l’aube –
dernier jour de juin

un homme
le regard vers
les mollets d’une fille
qui passe

v’entr’aperçu…

piste cyclable
en pente douce
son encolure

sa mélancolure

Veille de juillet
martinets
crient

°°°

d.p.(6/2010)

« L’a-pensée » d’A. Caeiro (F.Pessoa) 6

30 juin 2010

°

« Quand je fais attention, je ne prends pas plaisir : je vois. »

(p.116)

« Voir en réussissant à me dispenser de tout sauf de ce qui est vu.
Telle est la science du voir, qui n’en est pas une. »

(p.117)

« Telle a toujours été ma vie, et
Telle je désire qu’elle soit toujours –
Je vais où le vent m’emporte et je ne me
Sens pas penser. »

(p. 117)

« Je m’enveloppe dans une couverture et je ne pense pas, fût-ce à penser.
Je ressens un plaisir tout animal et vaguement je pense, »

(p.120)

« Tant que je marche sur la route avant le tournant,
Je me contente de regarder la route avant le tournant,
Puisque je n’en puis voir autre chose. »

« N’ayons cure que du lieu où nous sommes.
Il est assez de beauté dans le fait d’être ici et nulle part ailleurs.
S’il y a quelqu’un au-delà du tournant de la route,
Ceux qui s’inquiètent de ce qu’il y a par-delà le tournant de la route,
C’est cela qui pour eux est la route.
Si nous devons y parvenir, en y parvenant nous saurons.
Pour l’instant nous savons seulement que nous n’y sommes pas.
Il n’est ici que la route avant le tournant, et avant le tournant
Il y a la route sans aucun tournant. »

p.119-120 de Poèmes païens Points n° 1651, C. Bourgois éd., 1989.

« L’a-pensée » d’A. Caeiro (F. Pessoa) 5

30 juin 2010

°

« tout le monde aime les fleurs parce qu’elles sont belles, et pour moi c’est différent.
Et tout le monde aime les arbres parce qu’ils sont verts et donnent de l’ombre, mais pas moi.
Moi j’aime les fleurs parce qu’elles sont fleurs, directement.
Moi j’aime les arbres parce qu’ils sont arbres, sans ma pensée. »

p.114-5 de Poèmes païens Points n° 1651, C. Bourgois éd., 1989.

 » L’ a-pensée  » d’A. Caeiro (F. Pessoa) 4

30 juin 2010

°

 » L’eau chuinte dans la cruche que je porte à mes lèvres.
 » C’est un bruit frais » me dit quelqu’un qui n’en boit pas.
Je souris. Le bruit n’est que le bruit d’un chuintement.
Je bois l’eau sans rien entendre avec ma gorge.  »

p.114 de Poèmes païens Points n° 1651, C. Bourgois éd., 1989.

 » L’a-pensée  » d’A. Caeiro (F. Pessoa) 3

30 juin 2010

°

 » La confondante réalité des choses
Est ma découverte de tous les jours.  »

(p.96)

 » Je ne sais pas ce que les autres penseront en lisant ceci ;
Mais je trouve que ce doit être bien puisque je le pense sans effort,
Sans la moindre idée de témoins attentifs à m’écouter penser ;
Puisque je le pense sans pensées,
Puisque je le dis comme le disent mes mots.  »

(p.97)

 » J’ai compris que les choses sont réelles et toutes différentes les unes des autres ;
J’ai compris ça avec les yeux, jamais avec la pensée.
Comprendre ça avec la pensée serait les trouver toutes semblables.  »

(p.101)

 » Moi je ne passe jamais de l’autre côté de la réalité immédiate.
De l’autre côté de la réalité immédiate il n’y a rien.  »

(p. 101-2)

 » La réalité est seulement réelle, et non pensée.  »

(p.104)

 » Le miroir réfléchit juste ; il ne se trompe pas parce qu’il ne pense pas.
Penser est par essence se tromper.
Se tromper est par essence être aveugle et sourd.  »

(p.105)

 » Je suis lucide comme si je n’avais jamais pensé,
Comme si j’avais pris racine, liaison directe avec la terre,  »

(p.107)

 » Je suis né sujet comme les autres aux erreurs et aux défauts,
mais jamais à l’erreur de vouloir trop comprendre,
Jamais à l’erreur de vouloir comprendre avec l’intelligence seule,  »

(p.108)

 » Si l’âme est plus réelle
Que le monde extérieur, ainsi que toi, philosophe, tu le dis,
Pour quoi donc le monde extérieur m’a-t-il été donné en tant que modèle de la réalité ?  »

(p.109)

 » Mes jours de parfaite lucidité naturelle,
Je perçois sans percevoir que je perçois,
Je vois sans savoir que je vois,  »

(p.110)

 » Nous vivons avant de philosopher, nous existons avant de le savoir,  »

 » Tu dis, philosophe malade, philosophe pour tout dire, que c’est là du matérialisme.
Mais comment cela peut-il être du matérialisme, si le matérialisme est une philosophie,  »

(p.110-1)

 » La chimie directe de la Nature
Ne laisse aucun terrain vague pour la pensée.  »

(p. 112)

 » Toutes les opinions qu’il y a sur la nature
n’ont jamais fait pousser une herbe ou naître une fleur.  »

(p.112)

 » Quelle science plus vraie que celle des choses sans science ?
Je ferme les yeux et la terre dure sur laquelle je m’allonge
A une réalité si réelle que mon dos lui-même la sent.
Je n’ai nul besoin de raisonnement là où j’ai des épaules.  »

(p.113)

extraits de Poèmes païens Points n° 1651, C. Bourgois éd., 1989.

 » L’a-pensée d’A.C. (Fernado Pessoa) (2)

30 juin 2010

°

 » Je sais que la pierre est réelle, et que la plante existe.
Je le sais parce qu’elles existent.
Je le sais parce que mes sens me le montrent.

Je sais que je suis réel moi aussi.
Je le sais parce que mes sens me le montrent.  »

°
p.95 de Poèmes païens Points n° 1651, C. Bourgois éd., 1989.

 » L’a-pensée  » d’Alberto Caeiro (F. Pessoa)

30 juin 2010

°

 » Je touche là où je touche, non là où je pense.
Je ne peux m’asseoir que là où je suis
Et cela fait rire comme toutes les vérités absolument véritables,
Mais ce qui fait rire pour de bon c’est que nous autres nous pensons toujours à autre chose
Et sommes en vadrouille loin d’un corps.  »

p.94 de Poèmes païens Points n° 1651, C. Bourgois éd., 1989.

de Ch’ien Ch’i (722-780?)

29 juin 2010

 » Assis seul dans mon ermitage «  :

(…)

°

Par-delà les mots, la saveur du thé d’émeraude.

°

Ch’ien Ch’i

in Entre nuage et source, p. 79

de Meng Hao-jan (689-740)

29 juin 2010

 » Voguant sur la rivière Yeh  » :

(…)

Portant cheveux blancs, le vieux pêcheur à la ligne ;
En habit neuf, la jeune lavandière sur la rive.
Leurs regards se croisent – il leur semble se connaître –
Dans le silence pudique, que de paroles échangées !

Meng Hao-jan

in Entre source et nuage, op. cit. p.74

de Wang Wei (701-761)

29 juin 2010

 » La gloriette aux bambous  » :

Seul assis au milieu des bambous,
Je joue du luth et chante à mesure ;
Ignoré de tous, au fond des bois.
La lune s’est approchée : clarté.

Wang Wei

in Entre source et nuage de F. Cheng, éd. A. Michel, p 58.