Archive for avril 2012

‘The Essence of Modern Haiku’ – Seishi Yamaguchi – (153-316) : suite et fin.

30 avril 2012

(153)
Japanese knotweed –
the flower of castle walls,
the flower of stone
(1959)

Renouée du Japon –
la fleur des murs de châteaux,
la fleur des pierres

(160)

Voices in the fog,
voices assuming a shape –
the shape of a school
(1960)

Voix dans le brouillard,
voix supposant une forme –
la forme d’une école

(162)
A pleasing distance
that makes a white heron look
like a butterfly
(1961)

La distance plaisante
qui fait qu’un héron blanc ressemble
à un papillon

(166)
Tuna being cleaned,
and all the while the strong fins
continue slapping

Tandis qu’on nettoie les thons,
leurs fortes nageoires
continuent de claquer

(176)
Having farmed the land
to its summit, now they start
down the other side
(1962)

Ayant cultivé la terre
jusqu’à son sommet, ils commencent maintenant
à descendre de l’autre côté

(187)
Train windows clouded
with passengers’ breath and yet
no one wipes them off
(1964)

Les vitres du train voilées
par la respiration des passagers, cependant
personne ne les essuie

(188)
Armor on display –
nowhere an arm or a leg
or a shining eye

Armures exposées –
nulle part un bras ni une jambe
ni un œil qui brille

(205)
Since this mountain road
goes up a rushing river,
I climb a river
(1966)

Puisque cette route de montagne
monte jusqu’à une rivière impétueuse,
j’escalade une rivière

(207)
What a sight to see :
heron pulling in his chin
as he flies away
(1966)

Quel spectacle à voir :
un héron qui rentre son menton
en s’envolant au loin

(208)
A ride in a boat,
smoothing down the mountain lake
with palm of one hand
(1966)

Un tour en bateau,
lissant le lac de la montagne
du plat d’une main

(212)
Everywhere about
the copper lotus basin
moonlight is dripping
(1966)

tout autour
du bassin de fleurs de lotus en cuivre
le clair de lune s’égoutte

(219)
On Sanaru lake,
a flock of ducks creating
a field of furrows
(1966)

Sur le lac Sanaru
un troupeau de canards forme
un champ de sillons

(228)
A firefly’s light
ensnared in a spider’s web,
swiftly devoured
(1968)

La lumière d’une luciole
prise dans une toile d’araignée
promptement dévorée

(230)
Here in the middle
of a swirling maelstrom,
I know I exist
(1968)

Ici au milieu
d’un maelstrom tourbillonnant,
je sais que j’existe

(236)
The food offering
soon falls away from the dolls
and floats behind them
(1969)

L’offrande de nourriture
tombe bientôt des poupées
et flotte derrière elles

(246)
In the New Year’s calm,
the lighthouse upon the cape
is a white finger
(1970)

Dans le calme du jour de l’an,
le phare sur le cap
est un doigt blanc

(247)
Just before they bloom
the cherry blossom branches
have a sense of pink
(1970)

Juste avant de fleurir
les branches de cerisiers
ont une conscience du rose

(251)
Iceman with his saw
cutting a clear block of ice
into four chambers
(1970)

Le fabricant de glace avec sa scie
coupe un bloc de glace claire
en quatre compartiments

(253)
Tôfu simmering –
corner by corner trembling,
shaking with the heat
(1970)

Le tofu frémissant –
tremblant coin après coin,
agité par la chaleur

(272)
Standing on his head,
the shape the goldfish shows off
has a certain charm
(1972)

Tenant sur sa tête,
la forme qu’exhibe le poisson rouge
a un certain charme

(273)
Island of bunkers –
the only thing remaining,
the lizards alone
(1972)

Une île de bunkers –
seule chose qui reste :
les lézards solitaires

(275)
The living fire
of a firefly glowing
brighter than a star
(1972)

Le feu vivant
d’une luciole luisant
plus fort qu’une étoile

(277)
Barriers that guard
this Zen hall against the snows,
under their pressure
(1972)

Les barrières qui protègent
cette salle Zen des neiges
sous leur poussée

(285)
The firefly’s light
is green in the period
when it is brightest
(1974)

La lumière de la luciole
est verte, à l’époque
où elle est la plus forte

(286)
Empress doll on stand,
taller than the Emperor
by only her crown
(1974)

la poupée Impératrice plus grande
sur le stand que l’Empereur
seulement grâce à sa couronne

(298)
Resting firefly,
his light turned on even while
he is on the ground
(1975)

Luciole au repos
sa lumière allumée même quand
elle est au sol

(299)
Resting firefly,
crawling about on the ground
with his light aglow
(1975)

Luciole au repos
rampant sur le sol
avec sa lumière qui luit

(302)
Having climbed to find
within Buddha’s paradise
magnolia blossoms !
(1976)

Ayant grimpé pour trouver
dans le paradis du Bouddha
des fleurs de magnolia !

(309)
Ripened persimmons :
streetlamps illuminating
the way up the hill
(1977)

kakis mûrs :
les réverbères illuminent
le chemin qui gravit la colline

(313)
Rodin would have trimmed
these soaring cumulus clouds,
with their excess flesh
(1977)

Rodin aurait dégrossi
ces cumulus qui s’élèvent,
de leur excès de chair

(316)
Even the swallows
have found the sky beautiful –
sky of purple clouds

Même les hirondelles
ont trouvé beau le ciel –
un ciel de nuages pourpres

: Seishi Yamaguchi (1901-1994)

°°°

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‘The Essence of Modern Haiku’ – 70 poèmes de Seishi Yamaguchi

29 avril 2012

(63)
The cricket’s darkness
and the ocean’s lightning flashes (1942)

L’obscurité du grillon
et les éclairs de l’océan

(64)
The lily she held
in her hand as she passed by
left its fragrance here (1942)

Le lys qu’elle tenait
à la main en passant
laissa son parfum ici

(68)
shiro o deshi / rakka ippen / imam o tobu (1944)

It is still flying –
the cherry petal I saw
leaving the castle

Il vole encore
le pétale de cerisier que j’ai vu
quitter le château

(73)
A jar of water
with an ant floating in it,
casting no shadow (1944)

une cruche d’eau
avec une fourmi qui flotte à sa surface
n’ayant pas d’ombre

(78)
Mid-autumn season –
fishing lights in the distance,
farther than the moon (1944)

À la mi-automne
des fanaux de pêche au loin,
plus loin que la lune

(81)
With a crackling sound,
the thin ice allows my cane
to have its own way (1945)

avec un craquement
la glace fine laisse ma canne
faire son chemin

(82)
A river bank dog
moves off the bank and becomes
a withered field dog (1945)

Un chien du bord de la rive
s’en éloigne et devient
un chien de la lande desséchée

(83)
The butterfly’s wings
have a sheen even brighter
than the sky above (1945)

Les ailes du papillon
luisent encore plus
que le ciel par-dessus

(85)
Chewing on a plum :
sour taste making me feel
like a boy again (1945)

croquant dans une prune
amère
je redeviens enfant

(trahison : d.py)

Commentaire de Seishi Yamaguchi : « Je mordis dans une prune qui fut amère. L’amertume était la même que celle que j’avais connue enfant. Reporté en arrière par le goût amer de la prune, je redevins un jeune garçon. »

(88)
Sails in scorching heat
in the offing are the sails
within my spirit (1945)

Des voiles par cette chaleur étouffante
au large sont les voiles
dans mon esprit

(89)
After the typhoon,
the beaming of the sun’s rays
undeviating (1945)

Après le typhon
le faisceau des rayons du soleil
ne dévie pas

(90)
The priest cicada
stops singing ; his voice goes on
filling the heavens (1945)

la cigale prêtresse
arrête de chanter ; sa voix continue
à emplir les cieux

(91)
The thrush is dead now,
leaving wings for anyone
to spread at his will

L’alouette est morte maintenant
laissant ses ailes pour que chacun
les écarte
à volonté

(95)
In the moments when
a shrike flies past me singing,
I know that I am (1946)

Au moment où
une pie-grièche me dépasse en chantant
je sais que je suis

(99)

Riding on the waves,
riding on the waves –
the cormorant’s loneliness (1947)

Chevauchant les vagues,
chevauchant les vagues –
la solitude du cormoran

(101)
Pinching the firefly
he has caught, the boy’s fingers
go freen at the tips (1947)

Pinçant la luciole
qu’il a attrapée, le bout des doigts
du garçon verdissent

(109)
A firefly’s light
returning in the same air
within which it came (1948)

La lueur d’une luciole
repartant de la même façon
qu’elle est venue

(110)
Tiny little things,
even bookworms, multiply
and flee together 1948)

De toutes petites choses,
même des ptines, se multiplient
et s’enfuient ensemble

(111)
Voices of wild geese
knotted so close together
their wings make contact (1948)

Les voix des oies sauvages
si rapprochées
leurs ailes se touchent

(112)
Withering goes on
even deep into the eyes
of praying mantis (1948)

Le déclin avance
même tout au fond des yeux
de la mante religieuse

(116)
In time of danger
the crab only needs to go
into a drain pipe (1949)

En cas de danger
le crabe n’a besoin que d’aller
dans un tuyau d’écoulement

(120)
Given a melon
with all the heat of the sun
(still warm within it) (1950)

Voyez un melon
avec toute la chaleur du soleil
(encore chaud dedans)

(126)
The protracted glow
of the fleeing firefly
once out of the cage (1952)

La lueur prolongée
de la luciole dès qu’elle
s’enfuit de la cage

(128)
Diver in the air –
how little time goes by before
he hits the water ! (1953)

Plongeur dans les airs –
comme est court le temps
avant qu’il atteigne l’eau !

(130)
These green bottle flies
on carrion here – where on earth
were they till now ? (1953)

Ces mouches vert bouteille
sur cette charogne-ci
où étaient-elles jusqu’à maintenant ?

(132)
Dig up its rice fields
and the land of Yamato
becomes new again (1954)

Cueille ses rizières
et le pays de Yamato
renaît

(133)
Raw sewage flowing
into the valley ; not much
left in the old year (1954)

eaux usées sauvages s’écoulant
dans la vallée ; il reste peu
de l’année

(138)
Late blooming cherries
contributing no petals
to those falling now (1956)

Cerisiers à floraison tardive
dont les pétales ne contribuent en rien
à ceux qui tombent maintenant

(150)
A wintry river,
with a newspaper open
wide on the water (1958)

une rivière en hiver
avec un journal grand
ouvert sur l’eau

(à suivre : 153…)

‘The Essence of Modern Haiku’ – 70 poèmes de Seishi Yamaguchi

29 avril 2012

The Essence of Modern Haiku
300 poems by Seishi Yamaguchi, 1993
Ed. Mangajin Inc. (USA)

L’Essence du haïku moderne
(Un choix de 70 des) 300 poèmes de Seishi Yamaguchi

°

I) Introduction
d’Alfred H. Marks :

« Le haïku est, avant tout, un poème de la nature, où l’on attend que soit présenté un événement qui se situe dans une des cinq saisons. »

« Tout haïku, ou presque, écrit en japonais, se construit autour d’un mot de saison. »

« Yamaguchi Seishi devint directeur chargé de la classification pour le magazine « hototogisu » en 1927, et il a beaucoup écrit à propos du saijiki. »

°

II) « A study on Yamaguchi Seishi » :
by Kodaira Takashi
(pp. XVI-XXV)

« Une étude sur Yamaguchi Seishi » :

1) Sa modernité.

Dans son œuvre célèbre Les débuts du haïku moderne, Azuma Kyôzô écrit : « Le haïku contemporain a débuté avec Yamaguchi Seishi et son œuvre. »

« Seishi cherche des matériaux pour le haïku non seulement dans la nature, mais aussi dans les œuvres des hommes. (…) Il s’est tourné vers des matériaux nouveaux et modernes pour le haïku, élargissant les sujets du haïku aux grands intérêts de la vie urbaine (…) et a pris congé du haïku lyrique du passé. »

« Pour Seishi, l’essence du haïku est la juxtaposition – la juxtaposition d’objets. Quand il compose, il juxtapose un matériau saisonnier à d’autres matériaux. C.D. Lewis, dans Image Poétique, écrit : « Le processus par lequel cette foultitude d’images crée un poème est un processus conflictuel : la deuxième image « contredira la première », et ainsi de suite. » (…)

« On peut voir la combinaison de deux images comme la plus petite unité poétique existante. C’est ce qu’est le haïku.(…) Le haïku est né de la rencontre abrupte de l’image du mot de saison avec une autre image. (…) « Deux éléments, un poème » (niku isshô). (…) Bashô, bien sûr, dit du haïku qu’il pouvait « ne contenir qu’un objet ». (…) « Trouver une corrélation objective… telle que quand les faits extérieurs qui doivent aboutir à une expérience sensorielle sont donnés, l’émotion est immédiatement évoquée. » : T.S. Eliot, dans son essai « Hamlet et ses problèmes ».

« Seishi a travaillé à la juxtaposition de deux objets, et à s’exprimer à travers eux, à travers les choses. (…) Il a dit : « La méthode de ma poésie consiste à composer un sketch d’après nature. » (…) Ce qui signifie qu’en construisant intellectuellement la réalité d’un sketch d’après nature, on transforme le monde de la réalité en monde de l’art. (…) Son intellect crée des chants à partir des juxtapositions dans le haïku. (…) Comme Eliot, Seishi est un maître de la création et de la critique. (…) Mallarmé avance : « Puisque les objets existent déjà, il n’est pas nécessaire de les créer. Tout ce que nous avons à faire est de regrouper les relations qui existent entre eux. » Cela vaut également pour le haïku. (…) Le bon haïku amène l’aspect vital d’un objet en juxtaposition avec l’aspect vital d’un autre objet. (…) Dans le « Hannya Sutra », il y a deux concepts très importants : le vide (kû) et le karma (In’en). Le vide renvoie à la manière dont les choses sont constamment prises par le changement. Les objets qui changent sans cesse, captés par le karma, entrent en relation avec d’autres objets changeants, tout en continuant à changer. Tout en saisissant le moment présent, le haïku doit saisir avec les yeux de l’esprit les relations invisibles qui existent entre des objets perdus dans le temps et l’espace. (…) Quelqu’un dont l’imagination est parfaitement libre dans le temps et dans l’espace peut voir les relations entre les choses. »
« L’orientation des haïkus de Seishi est principalement bouddhiste. (…) Seishi dit, dans Les mots de Bashô : « Mes haïkus sont entièrement dans la tradition de Bashô. » (…)
Kyoshi écrivit ce que Shiki considérait être les trois composantes essentielles du haïku : le sketch d’après nature (shasei), la description objective (kyakkan byôsha), et la juxtaposition (haigô) dans ses « Cours de haïku en six mois ». (…) À propos de la description objective il précisa : « Cela ne signifie pas la description des sentiments évoqués par l’objectivité, mais la description objective d’objets, et à travers eux la stimulation des émotions du lecteur. » ( : Principes du haïku). Par ces mots nous pouvons voir comment les émotions peuvent être exprimées à travers les choses.
Enfin, la juxtaposition doit s’effectuer en combinaison avec la saison. Shiki déclara : « Faites un poème en combinant la saison avec un des innombrables sujets extérieurs à elle » ( : Principes du haïku). Shiki préférait la combinaison d’objets saisonniers avec des objets associés. « À travers la juxtaposition, les antithèses s’harmonisent. » (Haïkus en quête d’un « coup de main »). Shiki préférait donc les haïkus approchés comme des sketches d’après nature, qui contiennent une juxtaposition, et que l’on présente objectivement.
Bashô, dans son essai des Trois carnets de notes et Somme de voyage, dit : « Les changements des Cieux et de la Terre sont les graines de la littérature. » Par « Cieux et Terre » comprenez « la Nature », et par « littérature » comprenez « le haïku ».
« Avant que la lumière que donnent les choses ne meure dans le cœur, il faut l’exprimer. » (Les trois carnets de notes). Nous devons donc observer la nature et consigner ses changements. (…)
« Des couleurs de l’esprit pensant transformées en objets se décide la forme du poème. » (Les trois carnets de notes). Les « couleurs de l’esprit pensant » sont les images reçues de la nature. Elles se « transforment en objets » alors que les impressions de la nature deviennent les mots des choses. Ainsi évolue la forme du poème, et nous pouvons donc comprendre comment, pour Bashô, on arrive à la forme du poème, comme les « impressions de la nature deviennent les mots des choses ». (…)
Kyoshi hérita de deux des trois principes de Shiki : le sketch d’après nature et la représentation objective. (…)
Quand le mot de saison entre en collision avec une autre locution (…), les étincelles fusent. (…)
Yamaguchi Seishi a continué à prospérer en tant que leader du monde du haïku. (Il fut le récipiendaire du Prix du mérite pour la Culture, en 1992. »

: Kodaira Takashi.

°

The Essence of Modern Haiku – Seishi Yamaguchi

29 avril 2012

The Essence of Modern Haiku
300 poems by Seishi Yamaguchi, 1993
Ed. Mangajin Inc. (USA)

L’Essence du haïku moderne
(Un choix de 70 des) 300 poèmes de Seishi Yamaguchi

°

I) Introduction
d’Alfred H. Marks :

« Le haïku est, avant tout, un poème de la nature, où l’on attend que soit présenté un événement qui se situe dans une des cinq saisons. »

« Tout haïku, ou presque, écrit en japonais, se construit autour d’un mot de saison. »

« Yamaguchi Seishi devint directeur chargé de la classification pour le magazine « hototogisu » en 1927, et il a beaucoup écrit à propos du saijiki. »

°

II) « A study on Yamaguchi Seishi » :
by Kodaira Takashi
(pp. XVI-XXV)

« Une étude sur Yamaguchi Seishi » :

1) Sa modernité.

Dans son œuvre célèbre Les débuts du haïku moderne, Azuma Kyôzô écrit : « Le haïku contemporain a débuté avec Yamaguchi Seishi et son œuvre. »

« Seishi cherche des matériaux pour le haïku non seulement dans la nature, mais aussi dans les œuvres des hommes. (…) Il s’est tourné vers des matériaux nouveaux et modernes pour le haïku, élargissant les sujets du haïku aux grands intérêts de la vie urbaine (…) et a pris congé du haïku lyrique du passé. »

« Pour Seishi, l’essence du haïku est la juxtaposition – la juxtaposition d’objets. Quand il compose, il juxtapose un matériau saisonnier à d’autres matériaux. C.D. Lewis, dans Image Poétique, écrit : « Le processus par lequel cette foultitude d’images crée un poème est un processus conflictuel : la deuxième image « contredira la première », et ainsi de suite. » (…)

« On peut voir la combinaison de deux images comme la plus petite unité poétique existante. C’est ce qu’est le haïku.(…) Le haïku est né de la rencontre abrupte de l’image du mot de saison avec une autre image. (…) « Deux éléments, un poème » (niku isshô). (…) Bashô, bien sûr, dit du haïku qu’il pouvait « ne contenir qu’un objet ». (…) « Trouver une corrélation objective… telle que quand les faits extérieurs qui doivent aboutir à une expérience sensorielle sont donnés, l’émotion est immédiatement évoquée. » : T.S. Eliot, dans son essai « Hamlet et ses problèmes ».

« Seishi a travaillé à la juxtaposition de deux objets, et à s’exprimer à travers eux, à travers les choses. (…) Il a dit : « La méthode de ma poésie consiste à composer un sketch d’après nature. » (…) Ce qui signifie qu’en construisant intellectuellement la réalité d’un sketch d’après nature, on transforme le monde de la réalité en monde de l’art. (…) Son intellect crée des chants à partir des juxtapositions dans le haïku. (…) Comme Eliot, Seishi est un maître de la création et de la critique. (…) Mallarmé avance : « Puisque les objets existent déjà, il n’est pas nécessaire de les créer. Tout ce que nous avons à faire est de regrouper les relations qui existent entre eux. » Cela vaut également pour le haïku. (…) Le bon haïku amène l’aspect vital d’un objet en juxtaposition avec l’aspect vital d’un autre objet. (…) Dans le « Hannya Sutra », il y a deux concepts très importants : le vide (kû) et le karma (In’en). Le vide renvoie à la manière dont les choses sont constamment prises par le changement. Les objets qui changent sans cesse, captés par le karma, entrent en relation avec d’autres objets changeants, tout en continuant à changer. Tout en saisissant le moment présent, le haïku doit saisir avec les yeux de l’esprit les relations invisibles qui existent entre des objets perdus dans le temps et l’espace. (…) Quelqu’un dont l’imagination est parfaitement libre dans le temps et dans l’espace peut voir les relations entre les choses. »
« L’orientation des haïkus de Seishi est principalement bouddhiste. (…) Seishi dit, dans Les mots de Bashô : « Mes haïkus sont entièrement dans la tradition de Bashô. » (…)
Kyoshi écrivit ce que Shiki considérait être les trois composantes essentielles du haïku : le sketch d’après nature (shasei), la description objective (kyakkan byôsha), et la juxtaposition (haigô) dans ses « Cours de haïku en six mois ». (…) À propos de la description objective il précisa : « Cela ne signifie pas la description des sentiments évoqués par l’objectivité, mais la description objective d’objets, et à travers eux la stimulation des émotions du lecteur. » ( : Principes du haïku). Par ces mots nous pouvons voir comment les émotions peuvent être exprimées à travers les choses.
Enfin, la juxtaposition doit s’effectuer en combinaison avec la saison. Shiki déclara : « Faites un poème en combinant la saison avec un des innombrables sujets extérieurs à elle » ( : Principes du haïku). Shiki préférait la combinaison d’objets saisonniers avec des objets associés. « À travers la juxtaposition, les antithèses s’harmonisent. » (Haïkus en quête d’un « coup de main »). Shiki préférait donc les haïkus approchés comme des sketches d’après nature, qui contiennent une juxtaposition, et que l’on présente objectivement.
Bashô, dans son essai des Trois carnets de notes et Somme de voyage, dit : « Les changements des Cieux et de la Terre sont les graines de la littérature. » Par « Cieux et Terre » comprenez « la Nature », et par « littérature » comprenez « le haïku ».
« Avant que la lumière que donnent les choses ne meure dans le cœur, il faut l’exprimer. » (Les trois carnets de notes). Nous devons donc observer la nature et consigner ses changements. (…)
« Des couleurs de l’esprit pensant transformées en objets se décide la forme du poème. » (Les trois carnets de notes). Les « couleurs de l’esprit pensant » sont les images reçues de la nature. Elles se « transforment en objets » alors que les impressions de la nature deviennent les mots des choses. Ainsi évolue la forme du poème, et nous pouvons donc comprendre comment, pour Bashô, on arrive à la forme du poème, comme les « impressions de la nature deviennent les mots des choses ». (…)
Kyoshi hérita de deux des trois principes de Shiki : le sketch d’après nature et la représentation objective. (…)
Quand le mot de saison entre en collision avec une autre locution (…), les étincelles fusent. (…)
Yamaguchi Seishi a continué à prospérer en tant que leader du monde du haïku. (Il fut le récipiendaire du Prix du mérite pour la Culture, en 1992. »

: Kodaira Takashi.

°

‘The Essence of Modern Haiku’ : (70 des) 300 poèmes de Seishi Yamaguchi (13-56)

29 avril 2012

The Essence of Modern Haiku
300 poems by Seishi Yamaguchi, 1993
Ed. Mangajin Inc. (USA)

L’Essence du haïku moderne
(Un choix de 70 des) 300 poèmes de Seishi Yamaguchi

°

I) Introduction
d’Alfred H. Marks :

(à venir…)

°

II) « A study on Yamaguchi Seishi » :
by Kodaira Takashi
(pp. XVI-XXV)

« Une étude sur Yamaguchi Seishi » :

(à venir…)

°

III) Haïkus de Yamaguchi Seishi :

(13)
Flying grasshopper
passing over the shoulder
of my lady love
(1928)

Sauterelle volante
passant par-dessus l’épaule
de mon amoureuse

(17)
A praying mantis
chomping noisily upon
the face of a bee
(1932)

Une mante religieuse
mâchonne bruyamment
le visage d’une abeille

(22)
Festival pathos :
falling hopelessly in love
with a lady juggler
(1933)

Pathos au festival :
tombant désespérément amoureux
d’une jongleuse

(24)
Looking at a hand
as it thoughtfully sets free
a trapped grasshopper
(1933)

regardant une main
qui libère prudemment
une sauterelle coincée

(33)
Coach interior
whitens as the train crosses
a frozen river
(1934)

L’intérieur du wagon blanchit
quand le train traverse
une rivière gelée

(36)
A lizard comes out
to observe the new owner
of this dwelling place
(1935)

Un lézard sort
observer le nouveau propriétaire
de cette demeure

(38)
The sound of the gun
rebounding from the surface
of hard pool water
(1936)

Le bruit du fusil
rebondit sur la surface
de l’eau dure de la mare

(39)
The summer river
immersing the scarlet end
of an iron chain
(1937)

La rivière estivale
immergeant l’extrémité écarlate
d’une chaîne en fer

(47)
A winter evening –
a flaming locomotive
rides across the lake
(1940)

Soir d’hiver –
une locomotive flamboyante
traverse le lac

(56)
Voices of wild geese –
every one has now passed by,
underneath the moon
(1941)

Voix des oies sauvages –
toutes maintenant sont passées
sous la lune

(63)
(à suivre…)

George Swede ‘Almost Unseen’ suite et fin : 121-168

28 avril 2012

SWEDE G. Almost Unseen – 121-168 (fin.)

(p.94)

anchored supertanker
its reflection
trembles

pétrolier géant au mouillage
son reflet
tremble

(p.95)

creek
cricket
creaking

ruisseau
criquet
crissant

the caretaker
polishes the canon until
it shows clouds

le gardien
polit le canon jusque qu’à
ce qu’on voie des nuages

(p.96)

medieval town
to the worn stone steps
I add my own

ville médiévale
aux marches de pierre usées
j’ajoute la mienne

drought
graveyard grass
still green

sécheresse
l’herbe du cimetière
encore verte

on the boardwalk
a blind man listens to the sea
finding its way back

sur les planches
un aveugle écoutant la mer
retrouve son chemin

(p.97)

a crow caws and caws
my wife checks the lines
under her eyes

un corbeau croasse et croasse
ma femme examine les lignes
sous ses yeux

one button undone
in the clerk’s blouse – I let her
steal my change

un bouton défait
sur le chemisier de l’employée – je lui laisse
piquer ma monnaie

(p.98)

in the old elm’s shade
the black cat opens one eye
sunspot on its tail

à l’ombre du vieil orme
le chat noir ouvre un œil
une tache de soleil sur sa queue

train to a ghost town
the historian asks to sit
facing backwards

train vers une ville fantôme
l’historien demande à s’asseoir
vers l’arrière

(p.99) (# 131)

ebb tide
the marina’s old yarn spinner
snoring softly

marée descendante
le vieux conteur du port de plaisance
ronfle doucement

this faded photo
from my childhood – still worth
a thousand words

cette photo décolorée
de mon enfance – dit encore
beaucoup de choses

(p.100)

sweltering twilight
a waft of cool air
from the graveyard

crépuscule étouffant
une bouffée d’air frais
vient du cimetière

August heat
the old orange cat sits up and licks
the sun from its tail

chaleur d’août
le vieux chat orange s’assied et lèche
le soleil sur sa queue

spider spins its web
in the window
with a view

l’araignée tisse sa toile
sur la fenêtre
avec vue

(p.101)

children’s day at the zoo
I find myself watching
the children

jour des enfants au zoo
je regarde
les enfants

in the hammock
the undertaker dozes – arms crossed
on his chest

dans le hamac
le croque-mort somnole – bras croisés
sur sa poitrine

(p.102)

used bookstore
a sunset beam lights a row
of forgotten authors

livres d’occasion
un rayon du soleil couchant éclaire une rangée
d’auteurs oubliés

(p.103)

for sale
an old house with creaky stairs
and a cricket

à vendre
une vieille maison aux marches craquantes
et un grillon

(p.104)

town dump
two magpies jabber
on an old brass bed

décharge municipale
deux pies jacassent
sur un vieux lit en cuivre

(# 141)

waiting room empty
bits of leaves
under each chair

salle d’attente vide
des morceaux de feuilles
sous chaque siège

(p.105)

clothesline
the widow’s black lace panties
covered with frost

corde à linge
les petites culottes en dentelles de la veuve
couvertes de givre

dead roadside deer
a snowflake melts
on its open eye

cerf mort au bord de la route
un flocon de neige fond
sur son œil ouvert

abandoned farmhouse
prairie sky in all
the windows

ferme abandonnée
le ciel de la prairie
à chaque fenêtre

sunrise
the fisherman’s shadow stretches
across the river

lever de soleil
l’ombre du pêcheur
traverse
la rivière

the gull with one leg – soaring

la mouette unijambiste – s’envole

first frost
only a dead fly
in the mailbox

premier gel
une seule mouche morte
dans la boîte aux lettres

(p.107)

half-dug grave – lunch hour

tombe à moitié creusée – l’heure du déjeuner

fallen leaves
the hands that gather them
have liver spots

feuilles tombées
les mains qui les assemblent
ont des taches de vieillesse

(p.108)

against the tombstone
with the faded name
homeless man rests

contre la pierre tombale
au nom effacé
le sans-abri se repose

(# 151)

on display
in the museum – ancient grains
of dust

dans la vitrine
au musée – d’anciens grains
de poussière

hut that houses
the fisherman’s nets
full of cobwebs

la cabane qui abrite
les filets du pêcheur
pleine de toiles d’araignée

(p.109)

snowfall
the graveside red roses
turning white

chute de neige
les roses rouges autour de la tombe
blanchissent

at the height
of the argument – the old couple
pour each other tea

au plus fort
de leur dispute – le vieux couple
se verse du thé

storm over
the old scarecrow hunchbacked
with snow

l’orage passé
le vieil épouvantail
bossu de neige

falling pine needles – the tick of the clock

des aiguilles de pin tombent – le tic-tac du réveil

(p.111)

statues in the square
the raised hand of the war hero
fills with snow

statues dans le parc
la main levée du héros de la guerre
s’emplit de neige

among the souvenirs
on her dresser
my roses

parmi les souvenirs
sur sa coiffeuse
mes roses

(p.112)

grand father’s deathbed
more and more snowflakes
cling to the window

lit de mort de grand-père
de plus en plus de flocons
s’accrochent à la fenêtre

under each eye
of the graveyard Jesus
a small icicle

sous chaque œil
du Jésus du cimetière
un petit glaçon

fresh snow falling
the nurse changes
my bandages

neige fraîche qui tombe
l’infirmière
change mes pansements

(p.113) (# 161)

as the coffin lowers
several watches sound
the hour

tandis que le cercueil descend
plusieurs montres
sonnent l’heure

my stomach growls
the old tomcat opens
one yellow eye

mon estomac gronde
le vieux chat
ouvre un œil jaune

(p.114)

their gravestones
hers newer and taller
than his

Leurs pierres tombales
celle de la femme
plus neuve et plus grande
que celle de l’homme

the aged mother cuts – the corpse’s fingernails

la vieille mère coupe – les ongles du cadavre

open coffin
grandfather’s smile wrinles
show through the make-up

cercueil ouvert
les rides du sourire de grand-père
apparaissent sous le maquillage

(p.116)

snow over everything
mother hums as she brushes
her white hair

la neige recouvre tout
mère fredonne en brossant
ses cheveux blancs

anniversary
the old widow wipes dust from
the bedside photo

jour anniversaire
la veuve âgée époussette
la photo de chevet

(p.117) (# 168)

each haiku
another piece in
the endless jigsaw

chaque haïku
un autre morceau du
puzzle éternel

George Swede :
Almost Unseen,
Selected haiku of George Swede.
Brook Books, 2000.

°°°

(Prochainement :
The Essence of Modern Haiku,
300 poems by Seishi Yamaguchi, 1993
Ed. Mangajin Inc. (USA).
)

George Swede ‘Almost Unseen’ 91-120

27 avril 2012

George Swede Almost Unseen Brook Books, 2000. (Presque invisibles)

p.77 (91)

mental hospital
my shadow stays
outside

hôpital psychiatrique
mon ombre reste
dehors

(p.78)

the family gathered
a tear of embalming fluid runs
from my brother’s eye

la famille réunie
une larme du liquide d’embaumement coule
de l’œil de mon frère

my hands just washed
yet I wash them again
after the news

mes mains lavées
je les relave cependant
après les nouvelles

(p.79)

leaving my loneliness – inside her

laissant ma solitude – en elle

dusk
a lone car going the same way
as the river

crépuscule
une seule voiture dans le même sens
que la rivière

after the search for meaning – bills in the mail

après la quête de sens – des factures au courrier

in the empty parking lot
a crow caws and caws
who knows why

dans le parking vide
un corbeau croasse et croasse
qui sait pourquoi

(p.80)

cheap hotel room
the mirror’s crack gives me
a smile

chambre d’hôtel bon marché
la fente du miroir me rend
un sourire

(p.81)

no milk left
a white cloud
in my coffee

plus de lait
un nuage blanc
dans mon café

(p.82)

the man
with the split personality
shadow boxing

l’homme
souffrant d’un dédoublement de la personnalité
boxe
avec son ombre *

* (ou :

simule
la boxe)

(101)

in one corner
of the mental patient’s eye
I exist

dans un coin
de l’œil du malade mental
j’existe

(p.83)

mental hospital
a fly beating
on the window

hôpital psychiatrique
une mouche cogne
contre la vitre

old aunt’s
prolonged goodbye – the twitter
of evening birds

l’au-revoir prolongé
de la vieille tante – le gazouillis
des oiseaux du soir

(p.84)

on the old snow shovel – cherry blossoms

sur la vieille pelle à neige – des fleurs de cerisier

open window
spring breeze stirs the dust
on her photo

fenêtre ouverte
la brise de printemps réveille la poussière
de sa photo

in the warm March sun – an old hatred melting

au chaud soleil de mars – une vieille haine se dissout

empty parking lot
lone cloud
in the lone puddle

parking vide
un seul nuage
dans la seule flaque

(p.85)

reconciliation – thistles blooming

réconciliation – les orties fleurissent

in the backyard
mother recalls her first love
ripe apple scent

dans l’arrière-cour
mère se rappelle son premier amour
odeur de pommes mûres

(p.86) 111

around the eyes
of the old fisherman
permanent ripples

autour des yeux
du vieux pêcheur
des ridules permanentes

spring breeze
my dead grand father’s rocker
creaks on the porch

brise de printemps
le fauteuil à bascule de mon grand-père mort
grince sur le patio

(p.87)

alone at last
I wonder where
everyone is

seul enfin
je me demande où est passé
tout le monde

earplugs
now my heart is
too loud

bouchons d’oreilles
maintenant mon cœur
bat trop fort

what ebbtide left
in this tiny shell
still holds the sky

ce que la marée laissa
dans ce petit coquillage
contient encore le ciel

(p.92)

climbing deeper
into the cave’s silence
into myself

grimpant de plus en plus profond
dans le silence de la grotte
en moi-même

warm spring breeze
the old hound runs
in his sleep

brise chaude de printemps
le vieux chien court
dans son sommeil

cleaning lady arrives
a dandelion puff
in her hair

la femme de ménage arrive
une aigrette de pissenlit
dans les cheveux

half into the open grave – the aging mourner’s shadow

à moitié dans la tombe ouverte – l’ombre du vieil endeuillé

abandoned factory
rows of dandelions
in the parking lot

usine désaffectée
des rangées de pissenlits
sur le parking

(à suivre : 121 (p.94))

G. Swede ‘Almost Unseen’ Haïkus choisis 71-90

26 avril 2012

George Swede Almost Unseen, Brook Books, 2000.

71 (p.62)

grandfather’s old boots
I take them
for a walk

les bottes du grand-père,
je les emmène
marcher

(p.63)

autumn clothesline
his and her pyjamas
frozen together

corde à linge en automne
leurs pyjamas,
à lui et à elle,
gelés ensemble

calmly talking divorce
underfoot the crackle
of fallen leaves

parlant sereinement de divorce
sous leurs pas le crissement
des feuilles tombées

(p.64)

among the yellow roses
the yellow butterfly
grows still

au milieu des roses jaunes
le papillon jaune
s’immobilise

divorce proceedings over
wet leaves stick
to my shoes

les formalités du divorce accomplies
des feuilles humides collent
à mes chaussures

(p.65)

under the dirty,
one-eyed hen – a perfect
white egg

sous la poule sale
et borgne, un œuf blanc
parfait

(p.66)

at the edge of the precipice – I become logical

au bord du précipice – je deviens logique

windowless office
a fly buzzes against
my glasses

bureau sans fenêtre
une mouche vrombit
contre mes lunettes

(p.67)

streetwalker
with a black eye – halo
around the moon

prostituée avec
un œil au beurre noir – halo
autour de la lune

(p.69)

red evening clouds
the nurse changes
my bandages

nuages rouges du soir
l’infirmière change
mes bandages

(81)

grandpa’s fiddle
silent on the mantel
a cricket creaks

le violon de grand-père
silencieux sur la cheminée
un grillon crisse

(p.70)

through a hole
in the fog – billboard’s girl’s
radiant face

à travers un trou
dans le brouillard – le visage radieux
de la fille de l’affiche

in the pawnshop window
a hooker studies
her reflexion

dans la vitrine du prêteur sur gages
une prostituée examine
son reflet

(p.72)

she ices
the birthday cake
snow on the mountain

elle glace
le gâteau d’anniversaire
neige sur la montagne

(p.73)

still on the bookshelf
the mother-in-law’s finger line
through the dust

encore sur l’étagère de la bibliothèque
la trace du doigt de la belle-mère
à travers la poussière

still channel waters
the bow of the ferry plows
through the Milky Way

eaux calmes du canal
l’étrave du ferry laboure
la Voie Lactée

(p.74)

fishermen scrape
boats in dry dock – harbor ice
breaking up

des pêcheurs grattent
les bateaux en cale sèche – la glace du port
se brise

winter morning – her cold pyjamas

matin d’hiver – son pyjama froid

(p.75)

the sound of thaw
in the drain – we both start
to speak first

bruit du dégel
dans le tuyau – tous deux commençons
à parler en premier

(p.76)

ice-edged pond
the divorcee’s ring
on white skin

mare entourée de glace
l’anneau de peau blanche
du divorcé *

* / de la divorcée

neighbor’s washing day
clothesline full
of icicles

jour de lessive du voisin *
la corde à linge couverte
de glaçons

* / de la voisine

(à suivre : 91/)

G. Swede ‘Almost Unseen’ haïkus choisis 61-70)

25 avril 2012

hot summer night
she takes off
her crucifix

nuit chaude d’été
elle retire
son crucifix

the dragonfly
zigzags the pond – a rainbow
in its wing

la libellule
zigzague sur la mare – un arc-en-ciel
en son aile

marital dispute
I patch cracks
in the cement

dispute conjugale
je bouche des fentes
dans le ciment

passport check
my shadow waits
across the border

contrôle des passeports
mon ombre attend
de l’autre côté de la frontière

at the fork
in the trail – I piss
two streams

à l’embranchement
de la piste – je pisse
double jet

clear creek water
flowing over smooth stones
how young she looks

eau claire du ruisseau
coulant sur des pierres lisses
qu’elle a l’air jeune !

again, the bald barber
cuts my hair
too short

encore une fois, le coiffeur chauve
coupe mes cheveux
trop court

putting holes
in my argument
the woodpecker

creusant des trous
dans mon raisonnement
le pic vert

first autumn leaves
my gold filling
gently throbs

premières feuilles d’automne
mon plombage en or
doucement palpite

knothole in the fence
an evening sunbeam betrays
the spider’s web

trou nodal dans la barrière
un rayon de soleil vespéral trahit
la toile d’araignée

(à suivre : 71/168)

George Swede ‘Almost Unseen’ Haïkus choisis 51-60)

21 avril 2012

George Swede Almost Unseen (Presque invisibles), Haïkus choisis : 51-60)

my wife plays Strauss
on the piano – walzing
willow shadows

ma femme joue Strauss
au piano – valsantes
ombres du saule

(ou :)

ma femme joue Strauss
au piano – les ombres
du saule valsent

waving good-bye
to the father – a clothesline
of children’s shirts

disant au revoir
au père – une corde à linge
de chemises d’enfants

ocean sunset
he whispers something
and her earrings glow

coucher de soleil sur l’océan
il murmure quelque chose
ses boucles d’oreilles brillent

just outside
the prison wall
a gopher mound

juste à l’extérieur
du mur de la prison
le monticule d’un gauphre

cool forest lake
as I slip off my shorts – the snort
of a bull moose

lac froid de forêt
comme j’enlève mon short – le grognement
d’un orignal

midday heat
grasshopper on the shady side
of the blade

chaleur de midi
une sauterelle du côté ombragé
de l’herbe

cold dawn rain
I turn to touch
my wife

pluie froide de l’aube
je me retourne pour toucher
ma femme

as I reach for
the lovely pink shell – the water
bends my arm

comme j’allais toucher
la jolie coquille rose, l’eau
détourne mon bras

after the abortion
she weeds
the garden

après l’avortement
elle désherbe
le jardin

the hum of the fan
cigarette smoke streams
through our silence

bourdonnement du ventilateur
la fumée de cigarette dérive
dans notre silence

(à suivre : 61/167)