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53 HAIKU d’automne + 1 d’été – Blyth – p.1101-1124

7 juin 2011

°
(p.1101 :)

leurs noms inconnus,
mais à chaque herbe sa fleur
et sa beauté

Sampû

une herbe fleurie ;
entendant son nom,
je la regarde autrement

Teiji

°
(p.1102 :)

des centaines de gourdes différentes
de l’esprit
d’un seul vin

Chiyo-ni

°
(p.1103 :)

une orchidée du soir
cachée dans son parfum,
fleur blanche

Buson

ayant planté un bananier,
j’éprouve maintenant du mépris
pour le lespédèze en germe

Bashô

°
(p.1104 :)

la lampe voisine
éclaire
le bananier

Shiki

à chaque coin
du corridor,
le bananier !

Shiki

le jardin
de ce temple est plein
du bananier

Bashô

l’ombre verte
du bananier
sur l’écran de papier

Shiki

°
(p.1105 :)

la lampe du jardin s’éteint ;
son du vent
dans le bananier !

Shiki

dans le si pauvre
temple en ruine,
un bananier

Shiki

le corbeau de la lande
se perche habilement
sur le bananier

Issa

°
(p.1106 :)

ce matin juste
une seule feuille de paulownia
est doucement tombée

Issa

la feuille du paulownia
sans un seul souffle de vent
tombe

Bonchô

une feuille de paulownia est tombée ;
ne viendras-tu pas visiter
ma solitude ?

Bashô

°
(p.1107 :)

chaque jour,
ne mangeant pas les raisins,
buvant mes médicaments

Shiki

les kakis que j’aime tant
ne peuvent être mangés :
je suis malade

Shiki

°
(p.1109 :)

malade
d’avoir abusé des
kakis

Shiki

vous écrirez
que j’adorais la poésie
et les kakis

Shiki

les kakis me font penser
au visage d’une serveuse
dans une auberge de Nara

Shiki

°
(p.1110 :)

jugeant
trois mille haïkus :
deux kakis

Shiki

mangeant des kakis ;
la cloche du temple d’Hôryuji
sonne

Shiki

°
(p.1111 :)

le vieux village :
pas de maisons
mais son plaqueminier

Bashô

kakis sauvages,
la mère mange
les bouts amers

Issa

le soleil couchant
se glissant à travers les tiges du sarrasin
les teint

Buson

°
(1112 :)

au bord de la route
des fleurs de sarrasin
qu’une main éparpilla

Buson

le pont suspendu :
des plantes grimpantes
enlacent notre vie

Bashô

°
(p.1113 :)

ma voix
devient le vent ;
cueillette de champignons

Shiki

le vent d’automne souffle,
mais les bogues de châtaigne
sont vertes

Bashô

°
(p.1114 :)

la rafale froide d’hiver ;
sur la côte
de vertes aiguilles de pin volent

Meisetsu

une châtaigne tombe :
les insectes dans l’herbe
se taisent

Boshô

°
(p.1116 :)

qu’elle était grosse,
qu’elle était splendide,
la châtaigne
que je ne pouvais atteindre !

Issa

châtaignes bouillies ;
un petit garçon
s’accroupit habilement

Issa

°
(p.1117 :)

dans la forêt sombre
tombe une baie :
le bruit de l’eau !

Shiki

un oiseau chanta
faisant chuter
une baie rouge

Shiki

pelant une poire
des gouttes suaves coulent le long
du couteau

Shiki

°
(p.1118 :)

une courge-serpent en fleur :
étouffé par le phlegme,
un mourant

Shiki

(Note de R.H.Blyth : « ceci est le premier de trois « poèmes de mort » écrit par Shiki sur son lit de mort, le 19 septembre 1902. »

les pommes volées
que je mangeai,
me firent mal au ventre

Shiki

°
(p.1119 :)

le riz récolté,
les camomilles sauvages (faiblissent et) s’étiolent
le long du sentier

Shiki

la cueillant,
la tige de la camomille
mesure un mètre

Gekkyo

devant les chrysanthèmes blancs
les ciseaux hésitent
un moment

Buson

ayant coupé la pivoine,
je me sentis déprimé,
ce soir-là

Buson

°
(p.1120 :)

ayant coupé la pivoine,
il ne resta plus rien
dans le jardin

Kyoshi

Ils ne dirent rien,
l’hôte, l’invité
et le chrysanthème blanc

Ryôta

mes yeux, ayant tout vu,
revinrent vers
les chrysanthèmes blancs

Isshô

°
(p.1121 :)

chrysanthèmes blancs !
où y a-t-il couleur
si heureuse, si gracieuse ?

Buson

chrysanthèmes blancs,
chrysanthèmes jaunes,
si seulement il n’y avait pas d’autres noms !

Ransetsu

°
(p.1122 :)

chrysanthèmes blancs ;
tout autour, maintenant,
est plein de grâce et de beauté

Chora

°
(p.1123 :)

une petite boutique
qui sculpte des poupées ;
fleurs de chrysanthèmes

Shiki

à Nara ;
l’odeur des chrysanthèmes,
les anciennes effigies du Bouddha

Bashô

la rose jaune s’épanouit
quand les fours à thé, à Uji
sont odorants

Bashô

°
(p.1124 :)

à Hôryûji,
le parfum des orchidées
est frais et moderne

Kyoshi

la mer de juin
vues de loin :
les statues de Bouddha du temple

Shiki

tous les chrysanthèmes que vous avez,
jetez-les
sur ce cercueil !

Sôseki

°
(p.1125 : à suivre…)

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52 HAIKU d’automne – Blyth – p.1033-1050

5 juin 2011

°
(p.1033 :)

assis dans le palais
écoutant la nuit
les grenouilles lointaines

Buson

devant garder la maison toute la journée,
à l’écoute du coucou
lointain

Buson

frappez la mailloche de foulage pour moi,
dans ma solitude ;
maintenant, de nouveau, arrêtez

Buson

dans une maison
une voix en pleurs ;
le son d’une mailloche de foulage

Shiki

°
(p.1034 :)

« Pourquoi ne viens-tu pas au lit ? »
dit le mari, s’éveillant ;
son de la mailloche de foulage dans la nuit

Taigi

le montreur de singes
repasse la petite veste
avec la mailloche de foulage

Bashô

ma chaumière ;
dehors,
est-ce la moisson ?

Bashô

°
(p.1035 :)

ramassant les épis tombés,
avançant
vers la partie au soleil

Buson

amassé lors d’un pèlerinage
et assemblé :
l’épouvantail

Tôrin

°
(p.1036 :)

du jour où il est né,
il est vieux,
l’épouvantail !

Nyofû

une sauterelle chante
dans la manche
de l’épouvantail

Chigetsu-ni

l’épouvantail au loin,
marche
quand je marche

San-in

juste à ses pieds
on vole les haricots –
quel épouvantail !

Yayû

°
(p.1037 :)

l’épouvantail
protègeant l’enfant au sein
du vent

Issa

dans mon vieil âge,
même devant l’épouvantail
j’ai honte !

Issa

°
(p.1038 :)

le vent de l’automne
pénètre les os mêmes
de l’épouvantail

Chôi

gelée de minuit :
je pourrais dormir, si j’empruntais
les manches de l’épouvantail !

Bashô

leurs squelettes entourés
de soie et de satin :
ils admirent les fleurs de cerisier

Onitsura

la claire pleine lune –
comme si rien d’extraordinaire,
l’épouvantail, là

Issa

°
(p.1039 :)

les moineaux de la moisson
atteints par la flèche de l’épouvantail
tombent à la mer

Shiki

l’arc de l’épouvantail
s’est tourné de l’autre côté
dans la brise matinale

Shôha

l’épouvantail
tend son arc vers
le champ d’un autre

Setsugyo

°
(p.1040 :)

même devant Sa Majesté,
l’épouvantail ne retire pas
son chapeau tressé

Dansui

l’épouvantail :
indifférent
aux rayons du soleil couchant

Shirao

où je vis,
il y a plus d’épouvantails
que de gens

Chasei

le propriétaire du champ
va voir l’état de l’épouvantail
et revient

Buson

°
(p.1041 :)

une nuit de lune
les épouvantails ressemblent aux hommes :
si pitoyables !

Shiki

l’épouvantail
a l’air humain
quand il pleut

Seibi

le riz moissonné,
l’épouvantail
a l’air transformé

Buson

°
(p.1042 :)

l’eau descendant,
comme elles semblent fines et longues,
les jambes de l’épouvantail !

Buson

au soleil du soir
l’ombre de l’épouvantail
atteint la route

Shôha

les gens, bien sûr !
mais même les épouvantails
ne sont pas droits !

Issa

°
(p.1043 :)

son chapeau tombé,
l’épouvantail
a l’air dépité

Buson

l’épouvantail,
ses pieds dans la terre inondée,
endure tout ça

Shiki

°
(p.1044 :)

son chapeau tombé,
qu’elle est sans pitié
la pluie sur l’épouvantail !

Hagi-jo

dans ce monde fugace,
l’épouvantail aussi
a un nez et des yeux !

Shiki

d’où
vient le froid,
ô épouvantail ?

Issa

°
(p.1045 :)

de toutes les choses qui existent
la plus stupide
est l’épouvantail

Shiki

l’automne avance ;
les épouvantails portent
des feuilles tombées

Otsuyû

le regardant ce matin,
l’épouvantail s’est tourné
de ce côté-ci

Taigi

°
(p.1046 :)

nous avons lié amitié –
maintenant nous devons nous séparer,
épouvantail !

Issa

l’épouvantail :
en retard pour prendre
le bateau de la moisson

Shihyaku

les moineaux volent
d’épouvantail
en épouvantail

Sazanami

°
(p.1047 :)

« Monseigneur Moineau,
c’est l’épouvantail
qui s’adresse à vous ! »

Sôseki

l’hiver venu,
les corbeaux se perchent
sur l’épouvantail

Kikaku

le vent d’automne
bouscula l’épouvantail
puis continua sa course

Buson

°
(p.1048 :)

bruit de quelque chose :
l’épouvantail
tombé de lui-même

Bonchô

la première chose soufflée
par le vent de la tempête :
l’épouvantail

Kyoroku

°
(p.1049 :)

soufflé, relevé,
resoufflé :
l’épouvantail !

Taigi

rendant l’âme
debout :
l’épouvantail

Hokushi

sous la baignoire portative :
dernière demeure
de l’épouvantail

Jôsô

°
(p.1050 :)

pourrissant :
même pas bon pour le feu,
cet épouvantail !

Shôshû

°
(p.1051-1078 : OISEAUX ET ANIMAUX : à suivre…)

25 Haiku d’été (+ 1 de printemps + 1 d’automne) – Champs et Montagnes – Blyth – p.704-714

24 avril 2011

taiboku wo . mite modorikeri . natsu no yama

Rankô

revenant
après avoir vu un arbre gigantesque :
les montagnes d’été

taiboku wo . nagamete itari . shita-suzumi

Kyoroku

assis dessous,
je regarde
le grand arbre

natsuyama no . taiboku taosu . kodama kana

Meisetsu

un arbre géant tomba
échos et re-échos
dans les montagnes d’été

°
(p.706 :)

natsuyama ya . uguisu kigisu . hototogisu

Issa

dans les montagnes d’été
des cris d’uguisu, de faisans,
d’hototogisu

uma hoku hoku . ware wo e ni miru . natsuno kana

Bashô

je me trouve dans une peinture;
le cygne avance lentement
sur la lande estivale



uma hoku hoku . ware wo e ni miru . kokoro ka,na

Bashô

le cygne avance ;
je me sens comme
dans une peinture

je me régalai du paysage de Shosho,
y peignant même mon propre bateau

in : le Zenrinkushu

junrei no . bô bakari yuku . natsuno kana

Ishû

seules les strophes
des pèlerins traversent
la lande estivale

°
(p.707 :)

kagerô ya . tera e yukareshi . tsue no ana

Issa

vagues de chaleur ;
les trous de la canne
qui se rendit au temple

(= au printemps)

magusa ou . hito wo shiori no . natsuno kana

Bashô

un homme portant sur son dos du fourrage
comme s’il était notre guide
sur la lande d’été

taezu hito . ikou natsuno no . ishi hitotsu

Shiki

l’un après l’autre
les gens pausent sur cette pierre
sur la lande d’été

°
(p.708 :)

no wo yoko ni . uma hikimuke yo . hototogisu

Bashô

chevauchant sur la lande d’été –
« Ah, mène le cheval de ce côté ! »
là où le coucou chante

mizu funde . kusa de ashi fuku . natsuno kana

Raizan

m’éclaboussant à travers l’eau,
frottant mes pieds sur l’herbe –
la lande l’été !

°
(p.709 :)

oroshioku . oi ni nae furu . natsuno kana

Buson

l’autel à peine installé
vacilla sous un tremblement de terre
sur la lande d’été

yukiyukite . koko ni yuki yuku . natsuno kana

Buson

encore et encore,
maintenant, ici-même, encore et encore
sur la lande d’été

°
(p.710 :)

kôya yuky . mi ni chikazuku ya . kumo no mine

Buson

marchant sur la vaste lande déserte,
les nuages imposants
se rapprochent

atsuki hi wo . umi ni iretari . mogami-gawa

Bashô

la rivière Mogami
a précipité le Soleil brûlant
dans l’Océan

°
(p.711 :)

hikuki ki ni . uma tsunagitaru . natsuno kana

Shiki

un cheval attaché
à un arbre bas
sur la lande d’été



natsukawa wo . kosu ureshisa yo . te ni zôri

Buson

quel bonheur
que de traverser cette rivière d’été
les sandales à la main !



natsukawa ya . uma tsunagitaru . hashibashira

Shiki

rivière d’été ;
un cheval attaché
au pilier du pont

°
(p.712 :)

natsukawa ya . hashi aredo uma . mizu wo yuku

Shiki

rivière d’été –
il y a un pont
mais le cheval traverse à gué



bajô yori . tazuna yurumeru . shimizu kana

Shiki

à cheval
je détendis les rênes –
l’eau claire !

natsukawa ya . chûryû ni shite . kaerimiru

Shiki

rivière d’été –
à mi-courant,
regardant derrière

watarikakete . mo no hana nozoku . nagare kana

Bonchô

à mi-courant,
admirant
les lenticules

°
(p.713 :)

atozama ni . kouo nagaruru . shimizu kana

Kitô

les petits poissons
reculant
dans l’eau claire

soko no ishi . ugoite miyuru . shimizu kana

Sôseki

les pierres du fond
semblent bouger ;
eau claire



nowaki fukedo . ugokazaru . kumo takashi

Rogetsu

la tempête d’automne fait rage
mais haut dans le ciel
les nuages sont immobiles

(= en automne)

°
(p.714 :)

kiyo-taki ya . nami ni chirikomu . aomatsuba

Bashô

une cascade claire ;
dans les rides tombent
des aiguilles de pin vertes

(N.d.T. : Ce haïkaï est le dernier auquel Bashô travaillait, à sa mort.)

°
(à suivre, p.715-)

suite tunisienne – 47 haïkus (7-2003)

20 juin 2009

SUITE TUNISIENNE

°

une mouche tunisienne
sur la vitre du bus
vers Monastir

°

cinquième étage – clim
et vue plongeante
sur la piscine de l’hôtel

°

petit bassin :
deux jeunettes –
et deux dauphins
au fond

°

grosse chaleur
deux jeunettes
sous l’eau s’enlacent

°

Nuit de fiançailles –
Personne dans la piscine
que des dauphins peints au fond

°

au vu de tous
la fiancée s’évente
sur son estrade

°

Soseki
en vacances avec moi
– Tunisie

°

s’endormir
aux sons de l’orchestre
des fiançailles

°

fiançailles terminées
l’on replie les chaises
– lune rousse

°

fiançailles terminées
les cigales
et un coq

°

cigales,
clim –
la rondeur de la nuit

°

premiers appels des minarets
au milieu des coqs
et des cigales

°

gare à la bagarre !
le bleu va de nouveau
triompher

°

le bleu
partout va renaître
– piscine

°

déjà la chaleur
sur les dernières pentes de la nuit
– la clim à fond

°

la clim
et dormir nu –
cigales et coq

°

les tables rangées
la lune repartie

°

ce qui ressort de cette nuit :
le palmier
au milieu de l’hôtel

°

ce qui reste de cette nuit :
fragrance des fleurs d’orangers

°

insomnie –
mais l’odeur des fleurs d’oranger !
la mer s’allume

°

les muezzins recouchés ?
coqs,
de loin en loin

°

arceaux et crénelures
coqs et cigales
sur Monastir

°

le dos des dauphins arrondis
au fond des deux bassins
en forme de haricots

°

dernier ressort d’un coq –
les grues allumées
et le phare du port

°

cinq heures du matin
dans l’ascenseur de l’hôtel
une grosse fourmi
et moi

°

fleur d’oranger
sous ma narine
le jour se lève

°

deux chats matinaux
vers la mer
un avion vient se poser

°

l’heure exquise
de flore immobile –
premières ondulations chantées

°

la  » boutique dromadaire  »
déjà allumée
un chat saute d’une poubelle

°

un homme à petits pas joggés —
le rouge du soleil qui monte
juste au coin de la mer

°

cinq heures du matin
à Monastir
déjà bien des gens
à la baignade

°

une tente de police   fermée
sur la plage –
femmes qui entrent habillées
dans la mer

°

robes
et châles
des femmes
à la mer

°

grosse fourmi
à longues pattes
sur mon pied –
insensible

°

une chaussette à la mer
et un voile –
Monastir

°

une serviette verte
à sécher au balcon
fait signe au loin

°

les anses
du sac plastique
bougent
sous le ventilo

°

dans les champs clairs
l’ombre noire des oliviers
sous la pleine lune

(El Jem – Monastir)

°

l’enfant tunisien
qui shoote dans le melon
qu’il rapporte

°

chassant avec un chiffon
les mouches de ses fruits
– marché couvert

°

de son rocher
un chat guetteur
se retourne

°

où tu vas
les mots

(partout)

dans tes poches
– liberté

°

un bambin sur la terre poussiéreuse
un âne sous l’olivier

°

cinq dinars
brillant
au fond de la piscine :
dernier cadeau de Monastir

°

en panne
dans un no man’s land –
chaleur d’oliviers

°

l’ombre d’un nuage
au centre d’un lac
– retour

°

des feux à terre clignotent
suivant la progression de l’avion
– soleil

°°°

Paris-Monastir-Paris, 11/13-7-2003.