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Compte-rendu du 131e kukaï de Paris

18 novembre 2017

En présence de 25 participants, 50 haïkus ont été partagés. 31 d’entre eux ont obtenu une voix ou plus :

°

Avec 6 voix :

quartier latin

nos visages

ont bien changé

: Philippe Macé

°

Avec 5 voix :

le vieux globe-trotter

ses pas traînant jusqu’à

la mappemonde

: Eléonore Nickolay ;

matin d’automne

la forêt s’éveille

à coups de fusil

: Philippe Gaillard.

°

Avec 4 voix :

ses fleurs dépotées

le sourire de la voisine

rentre pour l’hiver

: Eléonore Nickolay ;

Terrain vague –

quelques flaques dispersent

le ciel d’automne

: Najat Aguidi.

°

Avec 3 voix :

bar-brasserie –

l’averse efface

le menu du jour

: Dominique Borée ;

Bercement des cèdres

La porte s’ouvre

Nuit d’équinoxe

: Dominique Durvy ;

cambriolé –

en caleçon

et en colère

: Minh-Triêt Pham ;

L’automne…

chaque jour un peu plus

près du ciel

: Najat Aguidi ;

maison de famille

pièce par pièce

elle décroche les images

: Jacques Quach ;

moustique au théâtre

applaudissements

imprévus

: Philippe Gaillard ;

Première mandarine

Envie de chocolat

et de neige

: Monique Leroux-Serres ;

Quai de gare ~

Dans les têtes

Tant de mondes

: Hervé Le Gall ;

vent d’automne

elle demande

qu’on lui raconte sa vie

: Jacques Quach.

°

Avec 2 voix :

dans le soir

froid dans le dos –

le vent invente des formes

: Françoise Gabriel ;

Devant le mendiant –

urgence

de regarder ses pieds

: Alain Henry ;

EHPAD

après chaque visite

tant de questions

: Patrick Fetu ;

morte saison

dans les moules à sable

de la poussière

: Annie Chassing ;

nid de poule –

le salto avant

de la cycliste

: Michel Duflo ;

salto arrière –

Par retomber sur ses pieds

Il finit toujours

: Anne-Marie Joubert-Gaillard ;

sur sa pancarte

« chasse réservée »

la buse

: Daniel Py.

°

Avec 1 voix :

beaujolais nouveau –

le poivrot vante les mérites

des WC turcs

: Michel Duflo ;

brume du matin

le marais fume au soleil

– moi de même

: Alice Schneider ;

caresser le chat

– rien d’autre

: Valérie Rivoallon

°

chemin d’automne –

il y a laissé des plumes

l’oiseau

: Dominique Borée ;

des miettes

sur la table –

les moineaux se taisent

: Valérie Rivoallon ;

écouteurs –

à ses hochements de tête

ce n’est pas un slow

: Jean-Paul Gallmann ;

Manteau d’hiver –

Le portefeuille vidé

De ses illusions

: Hervé Le Gall ;

odeur d’encaustique –

sur la toile cirée

le vase ébréché

: Patrick Fetu ;

parvis d’hôpital –

entrée en jeans troué

ressortie pareil

: Jean-Paul Gallmann ;

Sous la neige

la Loire avale les flocons –

Explosion de silence…

: Danièle Etienne-Georgelin.

°

Notre prochain kukaï aura lieu au Bistrot d’Eustache, samedi 2 décembre, à 15 h 30, en présence de notre invitée d’honneur Jeanne Painchaud (Québec).

°

 

 

 

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Compte-rendu du 129e kukaï de Paris

10 septembre 2017

du 9/9/17. En présence de Janick Belleau, notre invitée d’Honneur (Québec), de Martine Gonfalone, (ex-présidente de l’AFH – 2010-16), de Pasquale Noizet, nouvelle venue, soit de 28 (!) participants au total – record battu ! – , 56 haïkus ont circulé, 36 d’entre eux ont obtenu une voix ou plus :

°

Avec neuf (9) voix :

nouveaux voisins

des bulles de savon

traversent la clôture

: Christiane Ranieri.

°

Avec huit (8) voix :

Fin du marché

le marchand de collants

remballe ses jambes

: Monique Junchat.

°

Avec quatre (4) voix :

fin d’orage

elle ouvre sa fenêtre

au chant du merle

: Cécile Duteil ;

herbe jaunie

dans les yeux du chat

la lassitude

: Danièle Duteil ;

papillon –

le chat vole

pour l’attraper

: Valérie Rivoallon ;

Paris by night –

Les gouttes de pluie du pare-brise

passent au vert

: Daniel Etienne-Georgelin.

°

Avec trois (3) voix :

dans le sens des retours

les têtes noires

des tournesols

: Eléonore Nickolay ;

En jachère

le champ est plein

d’imagination

: Monique Junchat ;

Sous le ciel plombé

une voix de jeune fille

« Toi, ta gueule ! »

: Danièle Duteil ;

vieux cimetière –

entre deux stèles

l’ombre d’une poussette

: Minh-Triêt Pham.

°

: soit 9 haïkus féminins au 10 premières places ! Bravo les filles !

°

Avec deux (2) voix :

canicule chez le coiffeur –

une pluie rafraîchissante

de cheveux blancs

: Antoine Gossart ;

don à Emmaüs –

dans la veste de mon père

des pièces d’un franc

: Philippe Macé ;

la vieille carcasse –

une jolie bergère

pour l’ami tapissier

: Jacques Quach ;

mariage au Louvre –

le sourire de la mariée

énigmatique

: Philippe Macé ;

Nouée d’herbes folles

la borne moussue

n’indique plus rien

: Nicolas Lemarin ;

nuit d’été

une chouette se mêle

de nos bavardages

: Eléonore Nickolay ;

paix en montagne –

seule la radio témoigne

du chaos du monde

: Antoine Gossart ;

Plage – le soir

Jeux d’enfant et de lumière

dans les éclaboussures

: Monique Leroux Serres

Rêve de Maldives –

Seule dans le couloir bleu

De la piscine

: Christiane Bardoux ;

sous le noyer

les fourmis la croient morte

– fin de l’été

: Valérie Rivoallon ;

Tango !

Un petit paradis

Sur pieds

: Catherine Noguès ;

Zen en Avignon

les cigales récitent

leur mantra

: Philippe Gaillard.

°

Avec une (1) voix :

Bientôt l’automne

Le vent emporte les feuilles

Et mes rêves…

: Leila Jadid ;

braver les épines –

tendues vers les mûres

ses petites mains

: Michel Duteil ;

Couché dans l’herbe

Son sourire de paille

Ecarte les nuages

: Catherine Noguès ;

crématorium

les larmes de joue en joue

: Patrick Fetu ;

échangistes

sur le pont du bateau

couples de photographes.

: Marie-Alice Maire ;

Foudroyé –

Le côté mort soutient

les branches aux prunes

: Danièle Etienne-Georgelin ;

jour anniversaire –

il enflamme ma crêpe

et mon coeur

: Christiane Ranieri ;

le ciel

carré entre les tours

pour l’infini – l’oiseau

: Lise-Noëlle Lauras ;

Manège bâché

quelques flaques de pluie

l’enfant boude

: Nicolas Lemarin ;

mouette railleuse –

descendant les ruelles blanches

le bleu du soir

: Cécile Duteil ;

plage naturiste –

se cacher derrière

ses lunettes de soleil

: Minh-Triêt Pham ;

Seul regard de réconfort

Celui de la statue…

: Leila Jadid ;

soir d’été

le bruissement des blés glisse

sur le silence

: Philippe Bréham ;

Sur le canapé

deux brindilles argentées –

du chat les vibrisses

: ?

°

Après l’introduction « bio-biblio-graphique » de Janick, de Martine, de Pasquale, différents ouvrages ont été présentés dont certains de Janick Belleau et de Danièle Duteil, de Christiane Ranieri, de Valérie Rivoallon, de Minh-Triêt Pham, de Patrick Fetu, de Daniel Py et du kukaï de Paris (: 2 anthologies, 2010, 2014).

Christiane Ranieri nous fit part du premier kukaï alsacien (co-organisé par Jean-Paul Gallmann), qui aura lieu les 20 et 21 octobre prochain – Si vous êtes intéressé(e), rapprochez-vous d’elle pour les détails et modalités !

Pasquale Noizet nous a distribué un dépliant pour les Portes Ouvertes des artistes de Ménilmontant (dont elle fait partie, en tant que peintre) qui se tiendra entre le 29 septembre et le 2 octobre.

Notre amie peintre-plasticienne Véronique Arnault (absente au kukaï) nous avait fait part de son exposition « Promenade avec Jean Monnet » (« fondateur de l’Europe ») du 15 septembre au 12 octobre, à la Maison Jean Monnet de Bazoches sur Guyonne (78), avec le vernissage le samedi 16 sept. 2017, de 17h à 20 h. S’inscrire auprès d’elle sur https://jean-monnet.fr/.

Nos prochains kukaïs auront lieu les samedis :

14 octobre 2017

18 novembre

2 décembre (en présence de Jeanne Painchaud, du Québec.)

°

 

« Une Histoire du Haïku » : R.H. Blyth – 19 : Taigi :

6 juin 2017

(Chapitres XV et XVI = BUSON).

Chapitre XVII (pp. 289-308) :

TAIGI (1709-71) : « Le plus grand haijin, après les quatre grands. » Elève de Suikoku, de Keikiitsu :

Le voleur

rencontra un renard

dans le champ de melons

Larves de moustiques

dans l’eau stagnante

un jour ensoleillé

L’automne de l’orge ;

la poussière « ennuage »

la cloche de midi

Averse d’été –

revenant fermer la porte

de ma cabane

Un soir d’automne,

me posant des questions, y répondant,

faible et abattu

L’homme qui mangea du poisson-globe

récite le Nembutsu

dans son sommeil

Tuant un faisant ce jour,

maintenant me sentant déprimé –

soir de printemps

Jeunes pousses

croissant dans la rizière hivernale

désespérément

Cinq milles à la ronde

les cerfs-volants dansent

à marée basse

Sur le pas de la porte

la tortue entra en trébuchant –

l’eau du printemps

Début de l’automne

après le bain

un sentiment de lassitude

Fidèle à la coutume

la vieille femme se maquille

le jour du changement d’habits

Eclairs et coups de tonnerre !

Des navires coulés

la voix des fantômes

L’automne mourant,

la crête-de-coq se tient là

sa tête seule glorieuse.

Toutes les étoiles

apparaissent

Ah, quel froid !

La véranda est humide

et déserte :

pluie d’automne.

Lune croissante ;

assis dans le bateau

le clair de lune dans mon giron

Une douce odeur

de quel arbre ? 

Le bocage estival

Dans le brouillard de montagne

des gardiens du sanctuaire :

le son des conques

Les cerfs-volants sont blancs

dans le brouillard vespéral

au-delà de la tranquillité

Soir au temple

la poussière est toute

fleurs de cerisiers

Je rencontrai une femme

pick-pocket

sous la lune voilée

La voyageuse

porte son kimono ourlé

avec presque trop d’allure

A une auberge lors d’un voyage

des fleurs de glycine

laissées fanées dans le vase

Une pauvre chaumière

à travers le kotatsu

souffle aussi le vent

A l’aube

une femme s’en revient –

des pluviers pleurent

« Avec Taigi, le haïku est, ou devrait être la vie elle-même, ni plus, ni moins. »

°

(A suivre : Chapitre XVIII : « Poètes à l’époque de Buson« .)

 

 

 

« Une Histoire du Haïku » R.H. Blyth – 18) Haïkus entre Bashô et Buson :

6 juin 2017

Ch. XIV, pp. 226-43 :

KIKAKU :

La pleine lune d’automne ;

sur le tatami

l’ombre du pin

°

RANSTESU :

Une fleur de prunier ;

la chaleur

d’une fleur de prunier

(adapt. d.p.)

°

BUNSON (mort en 1713), élève de Bashô, puis de Kyoroku :

La claire lune d’automne

Des endroits sombres,

la voix des insectes.

°

MOKUDÔ (? – ?), élève de Bashô :

La brise de printemps souffle

à travers les champs d’orge

le bruit des eaux

°

BAKUSUI (1720-83), élève de Kiin, puis de Shikô et d’Otsuyu :

Rentrant à la maison

par un autre chemin –

Ces violettes !

°

RITO (1680-1754), élève de Ransetsu :

Fleurs de pêcher épanouies ;

tout autour

nulle autre trace du printemps

°

MÔGAN (?-?), élève de Bashô, de Kyorai :

Fleurs de cerisiers

tombant dans le palanquin

d’un Daimyo

°

SUIÔ (?-?), élève de Bashô :

Une nuit d’automne :

rêves, ronflements,

sauterelles stridulantes

°

SHIDÔ ou FÛCHIKU (?-?), élève de Bashô :

Le vieux moine également,

le surplis sur l’épaule,

admire les fleurs de cerisier

°

YAYÛ (1701-83) :

Premier jour de l’année

les gens qui foulent la neige

ne sont pas haïssables

Je peux voir

deux ou trois étoiles ;

des grenouilles coassent

A l’époque de Yayû, le senryû se développa.

Un nid de guêpes :

il les défie

une serviette autour du visage

tirant de jeunes pousses de riz

il pisse dans la rizière

d’à côté

Se rafraîchissant au soir

l’aveugle s’oublie

dans l’obscurité

Une sieste de midi –

cette mouche

ne me laissera pas devenir papillon !

°

SENKAKU (1676-1750), élève de Sentoku :

Le vieil an s’en alla

frappant et trépignant

sans un regard en arrière

°

HAJIN (1677-1742) :

Un guerrier

s’en allant dans un bar à vin

sous la neige la nuit

°

SENTOKU ou TENTOKU, mort en 1726, à 63 ans. Elève de Rogen, puis s’associe avec Rosen. Avec Fukaku, ce fut lui le (plus) responsable de la dégénérescence du haïku après la mort de Bashô.

°

FUKAKU (mort en 1753, à 92 ans).

°

SOGAN (mort en 1791, à 83 ans) :

Rassemblant de jeunes pousses ;

laissant l’enfant

ramper sur le sol

Les rayons du soleil

obliquant sur la cloche du temple ;

la chaleur restante

°

RENSHI (mort en 1742, à 63 ans). Elève de Sampû :

Jeunes pousses !

Les laissant non-arrachées

à la fenêtre

Froide pluie d’hiver –

une rue de prostituées,

le mois sans dieux

°

SÔSUI (le Premier), mort en 1744, à 60 ans :

Un raccourci ;

les feuilles tombées 

cachent l’eau de pluie

°

SHISEKI (ou RYÔWA), mort en 1759, à 83 ans. Elève de Bashô, de Ransetsu :

L’épouvantail

portant un chapeau

pour un pèlerinage au sanctuaire d’Isé

Ô la maigreur

des vieilles cuisses

près du feu !

°

RYÛKYO (mort en 1748, à 63 ans). Elève de Tentoku, puis de Bakurin :

Fleurs de colza

resplendissantes et brillantes –

et un seul temple !

°

KIIN (mort à 1748, à 51 ans). Elève de Hokushi, d’Otsuyu :

Les graines de paulownia

dispersées

sous la première pluie de l’hiver

°

CHÔSUI (le Premier), mort en 1769. Elève de Ryokyô :

Etres humains éparpillés

sur l’horizon

à la pêche aux coquillages à marée basse

°

(A suivre : ch. XVII : TAIGI.)

« Une Histoire du Haïku » R.H. Blyth – 12) Autres poètes de l’école de Bashô : Ryôto, Shôhaku, Kakei

2 juin 2017

(p. 180) :

RYÔTO (1661-1717) Prêtre Shinto d’Ise.

ça va !

ça va !

le printemps de ma vieillesse

Son jisei :

Certainement, je suis prêt !

Ah, le coucou

de cette aube !

Les violettes fleurissent ;

les courtisanes doivent vouloir

voir les champs !

Houe à la main,

il sort pour réprimander –

fleurs de pêcher

°

SHÔHAKU (1650-1722). Etudia avec Teishitsu puis Bashô.

Les convolvulus fleurissent ;

couché dans ma chambre :

l’automne de mes années

Bottes de paille ici et là;

la lande desséchée

est vaste et solitaire

°

KAKEI (1648-1716). Editeur de trois des 7 anthologies de l’école de Bashô :

La lune de deux jours 

peut être soufflée

par la froide bourrasque d’hiver

En silence

les pétales du pêcher tombent

dans le feu du jardin

Tiges d’herbes

et une sauterelle

aux pattes cassées

La belle-de-jour

est d’un blanc pur,

la rosée invisible

°

TOHÔ (1657-1730). Compila le Sanzôshi, »Les trois carnets de notes » : dits de Bashô sur le haïkaï ; dont ce passage :

« Le maître dit : « Apprenez des pins, apprenez des bambous. » « Apprendre » signifie s’unir aux choses et en sentir la nature la plus profonde. Ceci est le haïkaï. »

Poulains en été ;

le sable de la falaise

tombe grain après grain

Sur la feuille de paulownia

le rayonnement s’étale –

une luciole !

°

(A suivre : Shintoku, Rôtsu, Shadô, Rosen…)

 

« Une Histoire du Haïku » R.H. Blyth – Ch. XI : « Autres poètes de l’école de Bashô » :

2 juin 2017

BONCHÔ (? – 1714)

La vache est devenue

mince et belle

sur la lande d’été

Le rossignol chante !

mes sabots collent

à la terre du champ

Ce roitelet

est-il venu au hameau

pour piailler pour moi dans ma solitude ?

La faible lumière de la fenêtre

avec des bûches entassées autour –

pluie froide de l’hiver

Un certain moine

hait

la capitale fleurie

(cf Shiki :

un certain moine

retourne chez lui

sans attendre la lune)

Jetant les cendres

les fleurs blanches du prunier de la haie

sont ternies

A travers la ville

diverses odeurs et vapeurs

sous la lune d’été

°

UKÔ (femme de Bonchô) :

L’ouvrage de couture

souillé sans la porter

par les pluies de juin

A travers les coups

de la cloche du soir,

le chant du coucou

°

IZEN (1646- 1711) :

Nous séparant

et grimpant la côte,

mangeant un kaki

J’ai fait ta connaissance,

épouvantail,

mais maintenant nous devons nous séparer

La nuit grandit

au-dessus des rizières

la Voie Lactée

le bord en pente de l’eau,

le chant des sauterelles

dans les flots

La courte nuit –

S’enfuyant sans régler

son asile de nuit

D’un coup d’aile l’oiseau s’élève

de l’eau 

légèrement, gaiement

Tombe dans mon grand mouchoir,

alouette dansante,

et je t’emmitouflerai dedans !

Les jeunes feuilles

bruissent et murmurent

sous la pluie ventée

°

(A suivre : Ryôto, Shôhaku, Kakei, Tohô…)

 

« Une Histoire du Haïku » – R.H. Blyth – 11) – Les 10 disciples de Bashô : Shikô, Etsujin, Hokushi :

2 juin 2017

SHIKÔ (1665-1731). Moine zen, il devint ensuite docteur. Elève de Ryôto ; rencontra Bashô en 1690. Fonda sa propre école. Ecrivit un nombre impressionnant de livres. Ses haïkus sont pratiquement des senryûs.

Le batelier

est dur d’oreille !

Fleurs de pêcher

Réprimandé

je vais dans la chambre d’à-côté –

Qu’il fait froid !

Considérez combien je suis seul,

tout seul en ce monde mondain,

avec une chaufferette

Froid, il est difficile de dormir ;

Si vous ne pouvez pas dormir,

il fait encore plus froid

ça m’est égal de devenir une vache !

je pourrais dormir le matin

et être au frais le soir

N.B. : « Quelqu’un a dû dire à Shikô qu’il deviendrait un animal dans une vie prochaine, s’il continuait avec le vin, les femmes et les chansons. »

Dans la bourrasque hivernale

un oiseau solitaire

a l’air d’avoir froid

Le cheval aplatit ses oreilles ;

fleurs froides

du poirier

Les champs tout désolés –

Rien ne s’étire

sauf le cou des grues

Moineaux qui piaillent

dans le réfectoire,

la pluie du soir tombe

Le clairon du coq d’à-côté

semble lointain

ce soir de neige

La pluie d’été

cesse assez pour que les alouettes chantent ;

puis à nouveau…

°

ETSUJIN (1656 – 1739?)

J’ai décidé de ne pas aimer –

comme j’envie

les chats amoureux !

La première neige –

Après l’avoir admirée,

je me lave le visage

Les roses jaunes 

au bord de la falaise

qui s’effrite

°
HOKUSHI (1665-1718)

Mâts alignés –

l’île

cachée dans le brouillard

Le soleil luit

sur la poutre du pont

à travers la brume du soir

Les belles-de-jour

fleurissent et fanent

côte à côte

Quand elle change de place,

le bruit des ailes de la cigale

est frais et reposant

Le son chaud

de la cloche fêlée du temple –

lune d’été

Ecrivant quelque chose

puis l’effaçant –

la fleur de coquelicot !

: ceci est le jisei d’Hokushi.

°

(A suivre : « Les autres poètes de l’école de Bashô » (ch. XI, p. 173))

« Une Histire du Haïku » : R.H. Blyth – 10) – Les 1O disciples de Bashô : Jôsô, Sampû Kyoroku, Yaha.

1 juin 2017

JÔSÔ (1662-1704) :

La grenouille flotte sur l’eau

par son pouvoir de ne s’accrocher

à rien du tout

Les loups hurlant

tous en choeur :

un soir de neige

Un grillon stridule

sous la chaise

de celui qui va partir

Entre 

ses condoléances,

le grillon

Les kakis suspendus à sécher

sur les shôji,

les ombres du soleil du soir sont folles

Un coucou chante !

les eaux du lac

sont un peu nuageuses

Deux collines feuillues de vert

se reflétant

l’une l’autre

Gruau blanc

dans un bol immaculé –

le soleil du Nouvel An !

°

SAMPÛ (1647-1732) :

Je ne connais pas leur nom

mais chaque mauvaise herbe

a sa tendre fleur

Un oiseau sans nom

a l’air d’avoir froid

dans la bourrasque hivernale

°

KYOROKU (1656-1715) :

Des brises fraîches soufflent

sur les champs verts

les ombres des nuages passent

gouttes de pluie

du nouveau toit de chaume :

la première averse de l’hiver

Sur du tissu de coton blanc

étalé au soleil,

des nuages tournoyants

Aération d’été :

Sur des perches

des habits de deuil

Au bord de la route

on fait sécher les cocons :

l’odeur, la chaleur !

L’automne du vent

montre l’envers

des belles-de-jour

En entonnant les soutras

les belles-de-jour

au mieux de leur forme

°

YAHA (1662-1740)

Après la mort de Bashô, il vécut une vie purement littéraire, et eut beaucoup d’élèves.

Les voix des gens

passant à minuit –

le froid !

Un coucou chante

Le treillage m’empêche

de sortir la tête

Le long jour –

le chant du pressoir à huile

s’affaiblit

°

(A suivre : SHIKÔ, ETSUJIN, HOKUSHI.)

 

Sur la forme du haïku, par Noboyuki Yuasa :

1 juin 2017

dans « The  Englishness of English Haiku and the Japaneseness of Japanese Haiku », in A Silver Tapestry, The best of 25 years of critical writing from the British Haiku Society, 2015, pp. 51-64 :

(Extraits, pp. 56-9) :

« Le prochain élément de base du haïku dont j’aimerais discuter est sa forme. Certains pourraient dire que la question de la forme n’existe pas dans le haïku japonais, parce que, traditionnellement, la soi-disant forme 5-7-5 a été généralement acceptée comme étant la norme. C’est vrai d’une certaine manière parce que, pour le moment, la plupart des haïkus japonais s’écrivent dans un japonais semi-classique, particulièrement adaptable à cette forme traditionnelle. Mais, si un jour les haijins (japonais) devaient décider d’écrire en japonais moderne, la question de la forme sera un problème sérieux. Certains poètes, en fait, on déjà pris cette décision.

Taneda Santoka (1882-1940) en est un bon exemple. Il écrivit la plupart de ses haïkus dans un japonais familier moderne. Avec pour résultat qu’il a dû rejeter la forme traditionnelle dans beaucoup de ses haïkus :

wakeittemo / wakeittemo / aoi yama

dans ce poème, in a adopté un plan en 5-5-5, mais dans le poème suivant, il adopta un plan en 5-7-2 :

mozu naite / mi no sutedokoro / nashi

Bien que Santaka utilise beaucoup de formes irrégulières, je pense que c’est une erreur de penser qu’il a écrit des vers libres. Ses poèmes montrent deux motifs plutôt contradictoires. Il souhaite utiliser un japonais familier moderne aux dépends de la forme traditionnelle, mais en même temps, il ne peut pas complètement ignorer la forme traditionnelle. Il souhaite donc la garder où cela est possible. La forme traditionnelle dans les poèmes de Santoka est semblable à la face à moitié effacée de la surface d’un rocher. (…)

Je pense que c’est ce que fait un grand écrivain à une forme littéraire : il la détruit de façon à pouvoir la recréer de nouveau pour pouvoir l’adapter à son propre usage. Pour faire court, une forme littéraire existe à la fois pour qu’on l’observe et pour qu’on la casse.

Me tournant vers le haïku anglais, maintenant, que peut-on dire à propos de sa forme ? Des essais ont été réalisés pour garder le procédé syllabique japonais dans le haïku anglais. Je l’ai fait ainsi dans cet article pour des raisons évidentes, mais beaucoup de poètes  ont trouvé cela trop restreignant. Dans ma traduction de Bashô, j’ai utilisé une forme sur quatre lignes, ce qui a été critiqué par certains comme étant une violation. Je ne souhaite pas particulièrement m’en défendre ici, mais j’avais des centaines de poèmes à traduire, et j’ai trouvé impossible de garder le procédé syllabique originel de bout en bout. De plus, j’ai déjà fait remarquer quelle haïku a débuté comme une révolte contre la tradition du waka, et cela inclut une révolte contre son formalisme. En traduisant des walka, j’essaierais de garder le procédé syllabique même en anglais, ce que j’ai fait dans ma traduction de Ryokan (1757-1831), mais en traduisant des haïkus, j’ai pensé que je pouvais prendre plus de libertés. (…)

Je ne vais pas dire quelle forme est la meilleure pour le haïku anglophone. Finalement, le choix de la forme doit être laissé aux poètes, individuellement. Un poète peut trouver que garder le plan syllabique est trop contraignant ; un autre peut penser que c’est un challenge excitant. Un poète peut trouver que la forme sur quatre lignes est plus adaptée à son propos ; un autre peut la trouver trop longue et lâche. Les variations à l’intérieur de la forme en trois lignes sont si grandes et nombreuses qu’il n’est même pas possible de dire s’il y aura une forme standard en trois lignes ou pas, dans le haïku anglophone. Cependant, j’aimerais voir un petit peu plus de conscience de la forme chez les poètes de haïku anglophone. (…)

En discutant des poèmes de Santoka, j’ai déjà dit qu’il y a des motifs contradictoires dans son esprit : un désir de préserver la forme traditionnelle, et un désir de la détruire et de la recréer. Je pense que ses poèmes ont émergé de la tension entre ces désirs contradictoires. Je crois que cela s’applique aussi bien et autant au haïku anglophone.

(…)

°°°

« Une Histoire du Haïku » : R.H. Blyth – 8) Les 10 disciples de Bashô – a) Kikaku

1 juin 2017

pp. 121-2 :

« La poésie n’est jamais dans les réponses, mais dans les questions. »

« Ce qui fait de Bashô un des plus grands poètes au monde, c’est qu’il vécut la poésie qu’il écrivit, et écrivit la poésie qu’il vécut. »

pp 130-8 :

Les 10 disciples de BASHÔ :

KIKAKU :

Quelle créature terrestre était-ce
qui pissa
sur cette première neige ?

Son jisei, apparemment :

Le matin du rossignol
est frais ;
ce n’est maintenant plus qu’une sauterelle

Des petits riens entendus
dans la chambre de Hôji,
des moustiques qui brûlent

L’anniversaire du Bouddha –
L’enfant abandonné
est maintenant un garçon du temple

Dans le brouillard matinal
un seul Torii :
le bruit des vagues

La lune s’éclaircit
une sauterelle
soulève ses moustaches

sur le pigeonnier
le soleil couchant luit tranquillement
à la fin de l’année

Danses sacrées la nuit ;
Leur souffle est blanc
sous les masques

Voyant le ventre
des oies sauvages partant dans le ciel
au-dessus du bateau

Le jardinier,
je le laisse dormir plus longtemps,
les fleurs de cerisier tombent

La feuille de l’igname
enveloppe la vie
de la goutte d’eau

Le ciel d’automne
distinct
du cèdre sur la colline

Dans la fraîcheur
d’un bateau vide,
la carapace d’un crabe

« Kikaku n’est jamais réellement sérieux. Bashô est toujours sérieux. »

L’écureuil volant
se reflète dans l’eau
passant sous la glycine

Des femmes transplantant les pousses de riz ;
les gouttes de pluie de leur « kasa »
tombent dans la soupe de la casserole



Une cigale stridule ;
le vendeur d’éventails
grimpe à l’arbre

Asperger de l’eau alentour –
assez pour mouiller aussi
hirondelles et cigales !

mille mains
sur la balustrade
se rafraîchissent au soir sur le pont

Ce portillon
est verrouillé et barré –
la lune d’hiver

°

(A suivre : Ransetsu, Kyorai)