Archive for mars 2014

De Salim Bellen (UBDLA – 21/30)

31 mars 2014

Tant de rides soudain !
Deux amis se revoient
après trente ans

Dans la rue
toutes ses fiancées défilent
le vendeur de bagues

Assis sur sa caissette
la semelle usée,
le cireur de chaussures

Quelle richesse
pour le laveur de pare-brise
cette flaque d’eau

Il crache le feu par la bouche
et tend la main au feu rouge
le dragon-mendiant

Au feu rouge
qui déposa
le cul-de-jatte ?

Mon pantalon volé
revu deux jours plus tard
sur un indigent

À la Candelaria
statues et indigents
couchent dehors

INTERDIT D’URINER
braguette ouverte sous l’affiche
un gamin

Il mendiait pour de bon
bonnet rouge et fausse barbe
un père Noël

: Salim Bellen

(à suivre : 31-40)

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De Salim Bellen (UBDLA 11-20) :

30 mars 2014

Son gagne-pain dans les bras
berçant l’enfant,
une pauvre mère

Le mendiant a gagné
à la sueur de sa main
son pain de ce jour

« Mes enfants ont des lits »!
si fière la vagabonde
qui passe ses nuits sur un banc

Le recycleur d’emballages
réserva à son chien
le plus beau carton

L’insanité du monde
par-dessus la tête :
clochard couché sous un journal

Dans les embouteillages
les gamins proposent
leur misère et des bonbons

Elle charge le vent,
lance et bouclier,
la femme au parapluie

Deux chèvres à bicyclette
entre les bus à Bogota :
marchand de lait au miel

Elle court sue et tousse
derrière les bus
la vendeuse d’eau fraîche

Il chercha chez la fleuriste
une plante qui pousse vite
l’homme pressé

: Salim Bellen

(à suivre : 21-30)

Résultats du Prix de poésie « J’ai lu, j’élis » 2014 :

30 mars 2014

Bonjour !

J’espérais pouvoir vous envoyer un joli tableau avec toutes les infos, le tableau a disparu et l’informatique s’en est mêlée !
Donc, pour cette deuxième édition nous avons eu 43 votes.
Bulles de musique / Daniel Py (éd. Pippa : http://www.pippa.fr) a recueilli 11 voix
Choses vues / Thierry Horguelin 4
Marche le monde / Jacques Fournier 13
Passager de la poussière / Jean-Louis d’Abrigeon 15

En espérant vous lire à nouveau

Virginie Vernet

Bibliothèque intercommunale – CC CVL
24, place du Général de Gaulle
37500 Chinon

De Salim Bellen (: ‘UBDLA’ – 1/10)

30 mars 2014

: du futur recueil (fév. 2015) : L’Échelle brisée 2) suivi d’ Un bâton dans les Andes :

Je pris au bureau / par inadvertance / mon bâton de marche

Les barreaux à la fenêtre / n’empêchent pas la montagne / de rentrer

Une flaque de ciel / glisse sur le caniveau / et tombe à l’égout

Le ciel n’est pas sale / dans l’eau croupie / du rio Bogota

Un chien galeux / grelottant de froid / sous la pluie sur le trottoir

Mal rasé ce matin / le vendeur ambulant / de barbe à papa

« Bonjour mon roi » / pour une pièce un jour sur deux / mon mendiant me couronne

Palais ou taudis / pour fleurs et papillons, / aucune différence

Les oiseaux à la terrasse / mangent dans la main / du vieil infirme

L’actrice pincée aux fesses / sur le kiosque à journaux / n’en sourit pas moins

: Salim Bellen

(à suivre…)

De Michel Onfray

28 mars 2014

dans sa préface à Non-assistance à poète en danger de René Depestre. Éd. Seghers, 2005 :

« Certains poètes contemporains donnent l’impression de n’être que des cerveaux, de purs produits de matière grise tarabiscotée.
(…)
D’autres, en revanche, croient que le mot ne constitue pas une fin mais un moyen.
(…)
René Depestre n’ignore rien du sang qui gorge l’essentiel et prend le parti des choses, du réel, du monde et des gens. »

Michel Onfray (pp. 7-8).

De Gaston Chaissac

28 mars 2014

in : Hippobosque au bocage, éd. Gallimard, 1951 :

« La peinture ça ne m’intéresse plus, ce que j’aime c’est les feuilles des arbres quand elles remuent. » (p.22).

« Je fais aussi des bruits sur l’harmonium mais le vent fait beaucoup mieux en traversant le marronnier. J’écoute le vent comme nos ancêtres les Gaulois, je l’écoute comme un chaste druide. » (p.23).

Gaston Chaissac

‘Haïkus de prison’ de Lutz Bassmann

28 mars 2014

Relis en bibliothèque en ce moment les Haïkus de prison de Lutz Bassmann. (Éd. Verdier, 2008).
Peu, en fait, en sont, au sens traditionnel, techniquement…
Mais tous ont cette qualité éminemment souhaitable, voire indispensable au haïku : la simplicité la plus absolue, l’absence totale de prétention(s) (stylistique(s), littéraire(s) et autres)…

Lettre de James W. Hackett – sur le haïku

27 mars 2014

« Je considère le haïku comme fondamentalement existentiel, plutôt que littéraire. Ou, si vous voulez, comme principalement une expérience, plutôt qu’une forme de poésie. L’affirmation de Bashô que « Le haïku est simplement ce qui arrive ici, maintenant » montre qu’il considérait l’expérience intuitivecomme étant la base du haïku. Et maintenant, son critère est le mien.

Si cette expérience-haïku peut s’exprimer en 17 syllabes (ou même en 5/7/5) sans remplissage ni invention syntaxique, tant mieux. Sinon, il faut rendre l’expérience librement, de la manière qui servira au mieux sa compréhension et son effet. Les maîtres Japonais se sont écartés du 5/7/5, comme le font beaucoup de poètes japonais modernes. Assurément, le poète qui écrit en anglais a droit à la même licence, et plus… J’utilise deux lignes autant que je le souhaite et il ne fait aucun doute que certaines expériences-haiku peuvent être exprimées plus naturellement ainsi. Il semble clair que toute la question des syllabes et des lignes est arbitraire, et qu’elle devrait l’être. Parce que le haïku est en fin de compte plus qu’une forme (ou même une espèce) de poésie : c’est une Voie – de prise de conscience vivante. Le trésor véritable du haïku est sa pierre de touche du présent. Ceci, ajouté à son rendu de la Talité des choses, donne au haïku une mission supra-littéraire, celle du moment. »

James W. Hackett (lettre à R.H. Blyth).

Reginald Horace Blyth à propos du « Furu-ike ya » de Bashô

16 mars 2014

°°°

Extrait de la Préface au volume IV de Haiku, de R.H. Blyth :

Pour conclure cette trop longue préface, j’aimerais dire quelque chose à propos de la traduction du haïku en anglais, en prenant comme exemple le plus fameux de tous, le « furu-ike ya kawazu tobikomu mizo no oto ». Ce que je traduisis (ailleurs) par :
« The old pond ; / A frog jumps in, – / The sound of the water. »
( : « la vieille mare ; / une grenouille (y) saute, – / Le bruit de l’eau. »)

La traduction sur trois lignes employée dans ces volumes obscurcit quelque chose de fondamental qui se trouve dans les originaux, quelque chose qui appartient à la mentalité japonaise, à la langue japonaise, à la littérature qu’elle produisit et qui la produisit. Nous le voyons dans les poèmes liés, dans les jeux de mots de la langue du Nô, dans les espaces vides des peintures, l’absence d’objets dans les pièces, les silences de la conversation. Ce « quelque chose » est une certaine continuité, une absence de division, un sentiment de totalité quand on s’occupe des parties.

Dans le haïku en question, la première ligne, c’est-à-dire les cinq premières syllabes sont stoppées par la particule ya, que nous ne pouvons représenter que par un point-virgule, puisque « ah ! » est sentimental, « oui » (« yes ») trop comme faire claquer les lèvres, et un point d’exclamation simplement ridicule. Mais les deuxième et troisième lignes, c’est-à-dire les sept syllabes du milieu et les cinq de la fin, peuvent être soit divisées, comme dans la traduction pré-citée, soit considérées dans leur continuité. Le verbe tobikomu, « saute dans », a aussi une fonction adjectivale, en qualifiant oto, « le bruit » , signifiant ainsi « l’eau pénétrée par la grenouille ». Nous pouvons donc traduire la strophe ainsi :
« The old pond ; /The sound / of a frog jumping into the water. »
(« la vieille mare ; / Le bruit / d’une grenouille sautant dans l’eau. »)

Mais, à part le fait d’être un peu maladroite, cette traduction, bien qu’indubitablement plus °°°
proche de l’original que la première version, isole le bruit du reste des éléments de l’expérience et le rend subsidiaire d’eux. Un point intéressant et important est de savoir si le verset est un verset auditif seulement, ou bien visuel et auditif. Bashô vit-il la grenouille sauter et entendit-il le bruit de l’eau ? Cela semble plutôt prosaïque. A-t-il entendu le son et déduit que c’était une grenouille, par expérience, ou par jeu de probabilités ? Ceci est trop rationnel et logique. L’expérience réelle – c’est-à-dire idéale – de Bashô doit avoir été celle représentée ainsi :
« The old pond ; / The-sound-of-a-frog-jumping-into-the-water. »
(« la vieille mare ; le bruit d’une grenouille sautant dans l’eau. »)

Mais ceci est trop exact, trop défini, trop total et grammaticalement complet. Le haïku original est plus fragmentaire ; il est en fait un lien ou deux de ce que Pater appelle : « la grande chaîne où nous nous trouvons entravés ».

(…)

°

Plus sur le « furu-ike ya », extrait du Zen dans la littérature anglaise et les Classiques orientaux, chapitre 15. :

Le plus célèbre de tous les haïkus, auquel je donne une traduction non conventionnelle, a cette même qualité, c’est-à-dire, d’exprimer un fait non symbolique, non allégorique, qui est néanmoins un Fait, et Le Fait.

« The old pond. / A frog jumps in – / Plop ! »
(«La vieille mare. Une grenouille (y) saute – / Plop ! »)

Contre cette traduction, on peut insister que « plop » est un mot non poétique, plutôt comique. À ceci je répondrais : « Relisez-le lentement, une douzaine de fois, et cette association disparaîtra grandement ». De plus, on peut dire que l’expression « plop » est totalement différente auditivement de « mizu no oto ». Ce n’est pas tout à fait vrai. Le « bruit de l’eau » anglais (« sound of the water » est trop gentil, il suggère un cours d’eau ou ruisseau. Le mot japonais « oto » aune valeur onomatopéique bien plus proche de « plop ». D’autres traductions s’éloignent bien trop de la réalité. « splash » (« plouf ») donne l’impression que Bashô lui-même a sauté dedans. Celle de Yone Noguchi : « List, the water sound » (approximativement : « Voici, le bruit de l’eau ! » montre Bashô dans une pose gracieuse, doigt en l’air. « Plash » (« Flac ») de Henderson, est aussi un mauvais emploi de mot. De toute façon, il est heureux que Bashô soit né Japonais, parce que même lui n’aurait probablement pas su le dire en anglais. Venons-en maintenant à la signification. Un auteur anglais écrit ceci : « Certains érudits soutiennent que ce haïku à propos de la grenouille est un commentaire philosophique parfait à propos de la petitesse de la vie humaine en comparaison avec l’infini. De tels poèmes sont des allusions, des suggestions, plutôt que les expressions complètes d’une idée .»

Aucun haïku n’est un commentaire philosophique. La vie humaine n’est pas petite ; elle ne doit pas être comparée avec l’infini, quoi que cela soit. Les haïkus ne sont pas des allusions ; ils ne suggèrent rien du tout.

Un des grands mérites de ce poème est qu’il se prête à presque toute interprétation qu’on peut lui donner. Mais en général celles-ci peuvent se réduire à quatre :

1) C’est un poème ordinaire qui n’a aucun mérite particulier. Cette vue moderne lui donne une importance historique et témoigne de son objectivité.

2) C’est une expression du silence et de la sérénité, accentuée prospectivement et rétrospectivement par le bruit de l’eau provoqué par la grenouille. Ceci est, je pense, l’impression produite sur le lecteur moyen qui a une certaine appréciation de la manière de vivre de Bashô.

3) C’est un poème symbolique et mystique. Le bruit de l’eau est la Voix de Dieu, « vieux » signifie sans âge, la mare est l’infini, le plongeon de la grenouille dans l’eau est le baptême de l’eau dans la mort, la mort de l’ego. (Pour être tout à fait honnête, je dois dire que je viens juste d’inventer cette interprétation.) Presque tous les Japonais se révolteraient devant cette interprétation, instinctivement. Quand j’ai traduit ce que je venais d’écrire à ma femme, elle dit : « cela me rappelle d’une certaine manière les Jeux Olympiques », et c’est la réaction d’un esprit sain et vif à cette explication fausse et forcée. Dieu, l’éternité, l’infini, la mort, l’âme, – de telles conceptions sont des sujets possibles quoique peu séduisants pour le haïku, mais comme dit précédemment, les haïkus ne sont pas des allusions, ils ne nous suggèrent aucunement de telles notions.

4) D.T. Suzuki raconte l’histoire de ce haïku comme étant une réponse à la question « Qu’est-ce que la réalité ? », mais cela semble aussi apocryphe que celle de Kikaku suggérant « la rose jaune » pour la première partie du poème et son rejet par Bashô. Suzuki dit encore : « La source de la vie a été appréhendée », et ceci est assurément vrai, c’est également vrai de toute poésie, de toute musique, de toute peinture, bien que l’appréhension ait différents degrés de force et de ténacité. Le danger de cette opinion est qu’elle fait que ce poème pue le Zen. »

R.H. Blyth.

°°°

Citations diverses – 4) J.Renoir, B.Péret, C.Meili, P.Jaccottet, P.Claudel, J.Vocance, F.Zappa, A.Suarez, J.Paulhan

15 mars 2014

Jean Renoir (cinéaste) :

« Je me méfie des gens qui pensent… Pour moi, je regarde, j’écoute, je touche, je renifle, et cela me suffit. »

Benjamin Péret :

« La simplicité de la nature est plus aimable que tous les embellissements de l’art. »

Conrad Meili :

« Le haïku exige ascétisme de langage. »

Philippe Jaccottet :

« Les choses devraient être saisies brusquement mais exactement. »

Paul Claudel :

« Quelques mots débarrassés du harnais de la syntaxe. »

Julien Vocance :

« Que le mot colle à ta pensée
comme au cou du buffle le jaguar. »

Franck Zappa :

« Un haïku doit pouvoir tenir debout tout seul. Pas de béquilles (intellectuelles, philosophiques, culturelles ou autres…) Pas d’avant. Pas d’après (pas d’apprêt(s)…?)

André Suarez :

« Jamais le seul trait de peinture, le coup de pinceau pour rendre l’impression vive, nette, de la couleur ou de la ligne, du mouvement ou de l’objet ne suffit au poète de l’Europe, comme il contente celui du Japon. »

« Ils sont dans la nature qui est, elle, sans la conscience de l’homme, l’éternelle mobilité, ou, si l’on peut dire, l’éphémère éternel. »

Et enfin Jean Paulhan :

(Le haïkaï) « constitue une réserve inépuisable pour le jour où on sera revenu de cet intellectualisme à outrance qui est une des plaies de notre temps. »

°

(FIN)