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Compte-rendu du K.P. 125

23 avril 2017

17 personnes présentes à notre kukaï du 22 avril 2017

34 haïkus ont été échangés.
1 haïku a obtenu 6 voix, 2 = 5 voix, 1 = 4 voix, 3 = 3 voix, 3 = 2 voix et 13 = 1 voix.

°

 

Sans voix, mais commentés :

Des aboiements / plus loin dans la rue / – le facteur passe

: Nicolas Lemarin ;

plus / de chants d’oiseaux – / le portable siffle

: Valérie Rivoallon.

°

Avec une voix :

Cerisiers en fleurs – / sur ses mains / fleurs de cimetière

: Annie Chassing ;

Cyclamen en fleur / sur son vélo assisté / le facteur vapote

: Marie-Alice Maire ;

dans la plaine jaune / la ténacité du vieux / pommier en fleur

: Jacques Quach ;

lunettes de soleil / une larme / trahit son chagrin

: Patrick Fetu ;

marché parisien / les robes à fleurs sentent / le poisson

: Eléonore Nickolay ;

matin de printemps / notre nid enfin prêt / le chant du coucou

: Philippe Macé ;

messagères du printemps – / la radio ne crache / rien de bon

: Eléonore Nickolay ;

panneaux électoraux / derrière tous ces sourires / la même blague

: Philippe Macé ;

plage – / j’y vais à pied / et à poil

: Minh-Triet Pham ;

Quel est cet oiseau / qui reprend le chant des autres / Vaste ciel bleu

: Monique Leroux Serres ;

quelques cierges / au seui ode la morgue / marronniers en fleurs

: Annie Chassing ;

repas pascal / quelques morts se mettent / à table

: Jacques Quach ;

Soudain / zéro voiture. / Un essaim de rollers

: Philippe. Gaillard.

°

Avec deux voix :

autour / du cou du chien – / la queue du chat

: Valérie Rivoallon ;

cours de géométrie – / tracer du doigt les courbes / de son corps

: Minh-Triet Pham ;

midi / la secrétaire passe / du Mac au Big Mac

: Patrick Fetu.

°

Avec 3 voix :

Maison de retraite, / des jonquilles en photo. / C’EST LE PRINTEMPS

: Philippe Gaillard ;

Papillon de Pâques / Du minuscule sarcophage / l’immense voilure

: Monique Leroux Serres ;

Sur la ligne d’horizon / les colzas plus jaunes / que le soleil

: Marie Barut.

°

Avec 4 voix :

Bourrasque – / son éclat de rire / avale des pétales

: Danièle Etienne-Georgelin.

°

Avec 5 voix :

premier muguet / glisser dans l’urne / un bulletin blanc

: Marie-Alice Maire ;

qui s’agrippe à l’autre / ce soir / de l’arbre ou du ciel ?

: Daniel Py.

°

Avec 6 voix :

Rempotage – / dans les racines de l’olivier / ma terre natale

: Christiane Ranieri.

°°°

Merci à Eléonore Nickolay et à Christiane Ranieri, pour les petites douceurs sucrées qu’elles nous ont fait partager – et à Eléonore pour les petits cadeaux aux vainqueurs : lapins de Pâques et poussins !

°

Notre prochain kukaï aura lieu le 13 mai, les suivants, les 3 et 24 juin prochain.

°°°

 

 

 

 

« Le Haïku au Sénégal, un regard sur deux civilisations : 1979-2007 » – 1/6

23 février 2017

Rédaction / copyright : Ambassade du Japon au Sénégal. Imprimerie Saint-Paul, mars 2007.

Je commence par la fin pour vous proposer quelques uns des « Poèmes des lauréats du Concours de Haïku 1979-2007 :

°°°

4/136 :

Aveuglante est la poussière

du vent balayant

les feuilles mortes chantant sous nos pas…

: Charles Ely MOREAU, 1979.

12/136 :

Dans son ivresse

le ciel éclate en pluies

de rires et de sanglots.

: Mlle Khady BA, 1981.

14/136 :

Sur l’herbe verte

scintillant,

un collier doré se prélassait.

: Mlle Atté DIOP, 1981.

15/136 :

Verse ! Ô nuit noire ;

verse de longues ondées,

le Sahel veut boire.

: M. Ndiogou SAMB, 1981.

17/136 :

Virevoltant dans l’harmattan,

tu dodelines de la tête,

libellule verte.

: Mlle Hafsatou SALL, 1981.

18/136 :

A cris entrecroisés,

dans l’étendue du crépuscule,

un jet d’hirondelles explose.

: M. Alain MORNU, 1982.

25/136 :

Cheveux du filao

noirs sur le rouge du soir

tristesse du couchant.

: M. René FERRIOT, 1983.

26/136 :

Orange flambée

servie sur une coupe dorée

délice du soir.

: M. Birahim NIANG, 1983.

30/136 :

Derrière la vitre

les danses échevelées

des joyeuses gouttes.

: Mlle Awa DIOP, 1984.

31/136 :

Un concert de crapauds

envahit les ténèbres

et les étoiles se cachent.

: M. Ibrahim KANE, 1984.

33/136 :

Cheveux longs, plis verts

sur la plaine,

l’herbe ondule.

: M. Nicolas FAYE, 1985.

34/136 :

Dans l’azur immaculé

les arabesques changeantes

d’un flamant rose.

: Mlle Seynabou WADE, 1985.

40/136 :

La ménagère frotte ses yeux

que pique la fumée

dans le foyer encore sombre.

: M. Jean Bernard MANGA, 1985.

41/136 :

Un quartier de lune dansait

au fond du puits

troublé par le seau de la ménagère.

: M. Joseph DIOH, 1985.

46/136 :

La porte lentement

s’ouvre sur l’embrasement

d’un vieux flamboyant.

: Mlle Anta LABERY, 1987.

53/136 :

Un amas brumeux

couvre la flore jaune,

les criquets crépitent

: M. Ousmane CISSE, 1989.

55/136 :

Dans notre ciel bleu

une sombre cavalerie

mène le désastre

: M. Ibrahima DIOP, 1989.

58/136 :

Sur le baobab

dans l’obscurité, vogue

la lune… pirogue !

: M. Hermann De VRIENDT, 1989.

62/136 :

Demeure des esprits

Cimetière des griots

Baobab mythique.

: M. Joseph Cyprien DIOH, 1989;

73/136 :

Un oiseau s’agrippe,

la branche danse et remue,

des larmes ruissellent.

: M. KEBSON, 1992.

89/136 :

Dans mon lit blottie

l’odeur de la terre mouillée

me comble de bonheur.

: Mlle Oumy Marguerite NIANG, 1994.

90/136 :

Rafales de boue !

les tam-tam de l’ouragan

rythment le déluge.
: M. Macodou DIENE, 1994.

96/136 :

Les fleurs sourient nues,

l’air embaumé sur leurs seins

sucrés bourdonne.

: M. Ousmane SENE, 1998.

97/136 :

Le paon en émoi

ouvre son bel éventail

au soleil levant.

: Mlle Ramatoulaye WADE, 1998.

101/136 :

Ploc ! voilà la pluie

je m’amuse à avaler

toutes les gouttes.
: Mlle Caroline MAPEL, 1998.

109/136 :

Baobabs ardents

branches de corail surgies

du sol-océan.

: M. Rémy TISSIER, 2001.

122/136 :

Soleil en furie,

le riz doré embrase

le coeur du paysan.

: M. Youssou DIAGNE, 2005.

125/136 :

Tout de pourpre vêtu,

le rutilant flamboyant

salue le soleil.

: Mlle Coumba Samb SARR, 2005.

127/136 :

Un joyeux héron

au bord d’une fenêtre

tout hérissé de blanc.

: M. Guillaume GIL, 2005.

Préfecture de Ehimé

Festival Culturel National du Japon

Concours International de Haïku :

1/2 :

Dans les balafres

du baobab s’incrustent

les silences de la nuit.

: M. Samba TALL, 1990

Lauréat du 2e Prix Haïku en Français.

°°°

(à suivre…)

 

 

Compte-rendu du kukaï d’Issy-les-Moulineaux

15 février 2017

du samedi 4 février 2017, dans le cadre des manifestations « La voix des roseaux / Reflets du Japon », au Centre Culturel Andrée Chédid (Issy-les-Moulineaux) :

En présence de neuf personnes, réunies autour d’une table, dans une salle de ce beau centre, nous avons d’abord procédé à la lecture de deux haïkus (principalement japonais classiques : Issa, Shiki, Buson, Bashô, Santôka; mais aussi plus modernes – japonais et français) choisis et lus par chacun(e) des participant(e)s.

Ensuite, afin de mieux faire connaître « l’esprit du haïku », nous avons lu les « Notes sur le haïkaï » de Masaoka Shiki, telles qu’exposées dans la revue « La Délirante » (N° 8, été 1982), et les « considérations pour un concours de haïku » de l’Américain – récemment disparu -James W. Hackett, telles qu’éditées par la « British Haiku Society » (dans ma traduction française).

Nous avons ensuite procédé à l’écriture d’un haïku par personne, puis au partage de ces 9 haïkus. Chacun a choisi les deux haïkus qu’il préférait, et, après les commentaires de l’un ou/et de l’autre, une fois que les voix attribuées à chacun furent comptabilisées, sont ressortis :

°

Avec quatre voix :

Dans la poussière

il me toise du regard

l’élégant gecko

: Daniel Martin.

°

Avec trois voix :

La plume griffe le ciel.
Du nuage saigne

la première voyelle.

: Frédéric Jésu ;

Lumière argentée

posée sur le méandre

L’arbre noueux veille

: Dominique Durvy ;

S’assoupissant

il pique du nez

dans son inhalation

: Daniel Py ;

sur ses courbes

traces des doigts humides

glaise de la jarre

: Cristiane Ourliac.

°

Avec une voix :

Cloche du matin

Rosée de notes dans le ciel

La lune s’endort

: Véronique Lejoindre ;

haïkus sur la table

graphies d’un instant en main

s’écartent les bruits

: Olga Bizeau.

°°°

Nous avons ensuite librement échangé entre nous, avant de nous quitter, contents de cette aventure enrichissante.

PS : Un grand merci à M. Etienne Orsini, responsable de ces « folles journées » (pour paraphraser un autre événement musical célèbre en France,  se déroulant pratiquement au même moment) poétiques et culturelles autour du Japon, qui nous a fait confiance pour animer cet atelier !

°°°

 

 

 

 

Compte-rendu du K.P. 119

20 novembre 2016

Samedi 19 novembre a eu lui notre 119e kukaï de Paris, en présence de 19 personnes, 38 haïkus ont circulé :

°
Avec 6 voix :

station Trinité

une feuille morte

remonte l’escalier

: Jacques Quach.

°

Avec 4 voix :

précipice –

le cadrage incertain

de son dernier selfie

: Ben Coudert;

un papillon blanc

traverse mon regard

je vois le silence

: Nicolas Lemarin

°

Avec 3 voix :

dégel

la goutte au nez

de la gargouille

: Christiane Ranieri;

double arc-en-ciel

après la pluie

et quelques verres

: Minh-Triet Pham;

milieu de l’automne –

la symétrie parfaite

de ses fesses

: Michel Duflo;

pluie d’automne –

l’autocuiseur chuchote

une odeur de pommes

: Dominique Borée;

pluie glaciale –

un bouquet de lavande

sur le tableau de bord

: Valérie Rivoallon;

sentier boueux –

l’automne ne me lâche pas

d’une semelle

: Michel Duflo;

seule…

dans la fenêtre des voisins

ricane leur citrouille

: Eléonore Nickolay.

°

Avec 2 voix :

au coin de ma rue

elle joue à la marchande

avec sa vertu

: Margot Coudert;

forêt d’automne

après le défilé de mode –

les robes tombent

: Jacques Quach;

pensif, ce vieil homme

devant sa carte d’identité

valable jusqu’en 2023 !

: Philippe Bréham;

tout l’or

du biloba

– qui va le ramasser ?

: Daniel Py;

un court instant

le signe de Zorro

– vol d’oies sauvages

: Dominique Borée;

zone industrielle –

ma mélancolie se fond

dans le paysage

: Ben Coudert.

Avec 1 voix :

au cul du tracteur

ce ralenti du tonnerre

couleurs de l’automne

: Frédérique Leriche;

Chatte en chaleur

Sur ses côtes apparentes

Le soleil du matin

: Fujii Lika;

dans mon bol de thé

les bulles écailles tremblent

vol du papillon

: Frédérique Leriche

derrière l’église,

une mante religieuse

sur le cyclamen

: Philippe Gaillard;

de toutes parts dans les bois

le rire des corbeaux japonais :

Ha-Ha ! Ha !

: Philippe Bréham;

il loupe son train –

sur l’affiche

Coluche se marre

: Antoine Gossart;

panne d’essence,

obligés de se parler,

la vie quoi

: Philippe Gaillard;

pleine lune –

la sienne

inaccessible

: Minh-Triet Pham;

repose 

sur les chrysanthèmes blancs –

une feuille morte

: Valérie Rivoallon;

Soirée paisible…
Dans le soleil orangé

l’arbre millénaire

: Danièle Etienne-Georgelin.

°

Sans voix, mais remarqués :

musicien aveugle

sur ma photo la lumière

de son âme

: Christiane Ranieri;

sous la lune d’automne

je pousse un vélo

et mon petit enfant

: Christophe Jubien.

°°

Dominique Borée nous a présenté son dernier recueil de haïku (avec les tondi de Jean-Michel Le Claire) aux éditions de la Lune Bleue, 2016.

En voici un :

soleil de plomb –

je reviens sur mes pas

pour des prunes.

°°

Notre prochain kukaï de Paris aura lieu samedi 10 décembre 2016 auBistrot d’Eustache, à 15 h 30.

 

 

 

Compte-rendu du kukaï de Paris n° 116

5 septembre 2016

Samedi 3 septembre en présence de 16 participants, 33 haïkus ont été échangés. 22 d’entre eux ont obtenu une voix, ou plus.

*

Avec 6 voix :

les yeux au ciel

elle étend sa lessive

entre deux nuages

: Patrick Fetu.

*

Avec 5 voix :

Canicule –

L’escargot s’accroche

à l’arrosoir

: Danièle Georgelin.

*

Avec 3 voix :

Coucher orangé

le ressac lancinant

contre le bunker

: Danièle Georgelin;

Fin de l’été,

Le château de sable s’écoule

Au bord de la mer.

: Fujii Lika;

lavande fanée

à la recherche de l’été

le dernier bourdon

: Eléonore Nickolay;

Même debout

elle reste courbée

la jardinière

: Monique Junchat;

toute la soirée

effleurée par ses mains –

envier la guitare

: Isabelle Freihuber-Ypsilantis.

*

Avec 2 voix :

Ciel d’été

Par la fenêtre du 1er

Je cueille des figues

: Leïla Jadid:

ciel étoilé –

sur l’oreiller la trace

d’un sanglot

: Isabele Freihuber-Ypsilantis;

de ruines en ruines

partir à la recherche

du temps perdu

: Minh-Triêt Pham;

file d’attente

le souffle d’un inconnu

sur ma nuque

: Monique Junchat;

fin de l’été

le trou de la poche du short

encore plus grand

: Eléonore Nickolay;

rentrée des classes –

ni cartable ni école

: Françoise Lonquety.

*

Avec 1 voix :

Au chemin de la forêt

Les arbres fraîchement coupés

me crient tous « Adieu! »

: Rikako Ando;

au travers des feuilles

les taches de soleil

brûlent

: Philippe Bréham;

Encore un peu de jour

Et trois fleurs

de réverbères

: Corinne Fy

 

épilation –

je passe la brosse collante

sur mon chat

: Valérie Rivoallon;

 

mer montante

une brise parcourt les dunes

et puis ma nuque

: Cécile Duteil;

nuit blanche

à broyer du noir

: Patrick Fetu;

pont de Grenelle –

 

mon ombre 

prend l’eau

: Valérie Rivoallon;

prairie –

prendre le taureau par les cornes

et ma bien-aimée par surprise

: Minh-Triêt Pham;

songeant qu’il est gaucher

Il soupire

L’homme de droite

: Leïla Jadid;

Tous les soirs

le clocher de la mairie

s’endort debout

: Corinne Fy.

***

En début de séance, Minh-Triêt Pham nous a apporté son beau recueil de haïkus (en trilingue vietnamien, français et anglais) et photos  (avec texte en braille) : Reflet aveugle, dans ses deux premières éditions : l’une en noir, l’autre en couleurs : les deux pour 16€ aux éditions Unicité, 2016;

Monique Junchat nous a apporté son remarquable (premier) recueil de haïkus : Charivari, éd. Tapuscrits, 2016 – 8,80€;

Hiro Hata nous a annoncé sa prochaine exposition de peinture (une soixante ou soixante-dizaine de toiles) , à la Galerie du Montparnasse (55 rue du Montparnasse) du 6 au 15 octobre prochain (à partir de 14h30 tous les jours). Le vernissage aura lieu lundi  10 octobre, à 18h30;

Eléonore Nickolay nous a apporté le n° 113 de la revue de la Deutsche Haiku Gesellschaft (Association allemande de haïku), dans lequel elle a écrit un portrait de votre serviteur : « Im hier und Jetzt und ohne Pathos. Daniel Py. Ein Porträt » (pp. 6-8) (« Dans l’ici et le maintenant et sans pathos. D.P. Un portrait. »); et, pp.14-5, un article : « Die französische Ecke » (« Le coin français ») sur le thème du « Gong » 51 : « Le haïku, paysage intime », avec des exemples de haïkus, dont celui-ci (mon préféré) : « soir d’hiver – / il raconte sa journée / à son chien » : Michel Duflo.

Eléonore se propose de présenter à l’avenir d’autres portraits de haïjins francophones dans cette belle revue « classieuse » de « Sommergras », tel Serge Tomé, etc.

Qu’elle soit ici remerciée pour cette belle ouverture du haïku français vers nos amis outre-rhénans!

Enfin, Rikako Ando, a le projet de traduire en français un recueil de haïkus (déjà édité au Japon) de son papa. Mr Fujii Rika, avec des illustrations de sa soeur plasticienne, peintre, qui vit à Londres. Nous l’accompagnerons dans ce beau projet…

***

Nos prochains kukaïs auront lieu

à 15 h 30 au bistrot d’Eustache (75001), les :

24 septembre (# 117)

15 octobre (# 118)

19 novembre (# 119)

10 décembre (# 120)

prochains.

Ainsi s’achèvera notre 10è année de joyeuses rencontres autour du haïku avec nos amis du kukaï de Paris!

***

 

 

 

Compte-rendu du kukaï de Paris 113 :

22 mai 2016

En présence de notre amie invitée d’honneur Jeanne Painchaud, du Québec, de passage en France, nous étions 18 participants à notre réunion de samedi dernier.

Après un tour de table pour nous présenter, Jeanne nous a parlé de son parcours de haïkiste, et de ses ouvrages, dont le dernier, qu’elle avait apporté, et qui a recueilli un franc succès :

Découper le silence (Regard amoureux sur le haïku), éditions Somme toute, Montréal (QC), 2015,

qui, selon ses propres paroles, est le livre qu’elle aurait voulu pouvoir lire, quand elle a débuté dans le haïku. J’en extrais le haïku inspiré par son fils (haïku qui « appartient » à son premier recueil de haïkus : Je marche à côté d’une joie (première édition : Les heures bleues, 1997; deuxième édition : éd. de L’instant même et éd.Les 400 coups, 1997.) :

Ta petite question

Au-dessus de mon livre:

« tu lis le blanc ou le noir? »

°

Puis nous avons procédé à notre « kukaï » proprement dit, où trente-neuf haïkus ont été échangés. Vingt-sept d’entre eux ont obtenu une voix ou plus.

°°°
Avec quatre (4) voix :

Par la porte ouverte

Un peu de lumière

sur la lumière

: Monique Leroux Serres;

rosée matinale –

le chat a l’air

de marcher pieds-nus

: Antoine Gossart;

trop petites ses mains

pour tant de coquillages

: Patrick Fetu;

vent du large –

il déploie ses ailes

l’oiseau de papier

: Isabelle Freihuber-Ypsilantis.

°

Avec 3 (trois) voix :

petit déjeuner –

la vie retrouve

un goût de miel

: Isabelle Freihuber-Ypsilantis;

sommeil flottant

les canards immobiles

posés en plein ciel

: Antoine Gossart;

tombes oubliées –

leurs noms lus

à voix haute

: Michel Duflo.

°

Avec deux (2) voix :

bruit feutré

des roues de la poussette

dans les pétales du cerisier

: Lucia Dinga-Supova;

dernier métro

la nuit plus intense

le regard des hommes aussi

: Jeanne Painchaud;

pleine lune

poches vides

des soirs comme ça

: Jeanne Painchaud;

ses larmes

elle les garde pour les pierres –

une fourmi s’abreuve

: Valérie Rivoallon;

sur la photo

déchirée une jeune fille

inconnue – ma mère

: Jacques Quach;

sur Skype

un ami mort

déconnecté

: Martin Dinga;

tableau –

l’air penché

du contrebassiste

: Daniel Py;

un lézard veille

sur la pierre tiède

le temps immobile

: Nicolas Lemarin;

vue panoramique –

sur 180 degrés

le brouillard

: Michel Duflo;

°

Avec 1 (une) voix :

ces quatre feuilles rouges

gardent en silence

le souvenir de l’automne

: Philippe Bréham;

couloir d’hôpital

à la chambre douze –

un air d’opéra

: Jacques Quach;

envie pressante –

plus accessible que jamais

le mur Facebook

: Minh-Triêt Pham;

Fraises matinales –

Les petits avalent 

avec gouttes de rosée.

: Hiro Hata;

Légère brise

De pétales de cerisier

baptisée

: Monique Leroux Serres;

L’ombre du mûrier

au pas du soleil couchant

rejoint le muret

: Nicolas Lemarin;

Pissenlit –

J’ai hésité avant de choisir

toute seule.

: Hiro Hata;

porte cochère

deux amoureux

ne font plus qu’un

: Patrick Fetu;

Rafale de vent

entre les pâquerettes

neige de pétales

: Marie-Alice Maire;

Sur sa manche

un pétale de cerisier

le SDF mendie

: Marie-Alice-Maire;

un homme souriant

apporte six parapluies

au cimetière

: Daniel Py.

°°°

Bravo et merci à toutes et tous (et à Jeanne d’avoir accepté notre invitation, et de nous avoir gratifié de moments très chaleureux et enrichissants)!

Notre prochain kukaï aura lieu samedi 11 juin, le week-end même du Marché de la Poésie, place Saint-Sulpice, à Paris.

°°°

 

 

 

 

 

 

Vendredi 20 mai à la librairie Pippa, 14-19h.

19 mai 2016

Bonjour!

Demain, vendredi 20 mai, rendez-vous à la librairie-galerie Pippa, 25 rue du Sommerard, 75005 (M° Cluny-La Sorbonne) à partir de 14 heures (et jusqu’à 19 h)

en présence de Brigitte Peltier, notre hôtesse, la poétesse québécoise Jeanne Painchaud, votre serviteur, Laurent (Seegan) Mabesoone par Skype – du Japon, et vous-mêmes!

Jeanne Painchaud fera une présentation-vente-signature de son dernier ouvrage sur le haïku : Découper le silence, Regard amoureux sur le haïku, éd. Somme toute, Montréal 2015;

j’aurai l’honneur de présenter les Haikus sur les chats de Kobayashi ISSA, choisis , présentés et traduits du japonais classique par Seegan (Laurent) Mabesoone, qui pourra nous en entretenir également par écrans (skype) interposés, depuis le Japon, où il réside, en début de séance le plus probablement  (vu le décalage horaire entre nos deux pays!). L’éditrice en est, évidemment, Brigitte Peltier (éditions Pippa), et l’ouvrage en est tout récent (2016).

Nous vous y espérons, évidemment, nombreux!

Merci d’avance!

D.

 

 

 

 

 

Compte-rendu kukaï de Paris 112 :

10 avril 2016

Nous étions 19 personnes présentes samedi 9 avril 2016 pour notre 112è kukaï. 40 haïkus ont été échangés et commentés et appréciés. 28 d’entre eux ont obtenu une voix ou plusieurs :
°°°

Avec 6 voix :

route de nuit –

les courbes parfaites

de ses genoux

: Michel Duflo.

°

Avec 4 voix :

cerisiers en fleur

de nouveau croire

à ses promesses

: Eléonore Nickolay;

concert à l’église :

le musicien chauffe ses doigts

au-dessus des cierges

: Daniel Py.

°

Avec 3 voix :

blancheur –

les flocons fondent

sur la neige

: Francis Kretz;

dernière visite –

le ciel d’orage

apaise mon coeur

: Jacques Quach;

heure d’affluence –

un seul souci

mes chaussures neuves

: Antoine Gossart ;

première mouche –

comment lui refuser

cette valse

: Michel Duflo ;

terrasse un soir d’été

il achète une rose –

seul à une table

: Philippe Bréham.

°

Avec 2 voix :

de ce côté-ci du parc

et de l’autre aussi

l’arbre rose

: Daniel Py ;

des « Ah! » tout en haut

des « Oh! » tout en bas

sur la balançoire

: Philippe Gaillard ;

D’un geste rapide

Sous sa jupe d’uniforme

Une autre plus courte

: Catherine Noguès ;

giboulée

dans les rigoles ruisselantes

des rondes de pétales

: Cécile Duteil ;

jardin bio –

le groupe de visiteurs

bourdonne aussi

: Dominique Borée ;

La tranche défraîchie

du Larousse illustré

Brise printanière

: Monique Leroux Serres ;

Piétinement

au pied du mur blanc

l’ombre d’un magnolia

: Marie-Alice Maire ;

Théâtre en plein air –

sous l’arc-en-ciel

le rideau de pluie

: Antoine Gossart.

°

Avec 1 voix :

année du singe –

elle refait sa soupe

à la grimace

: Minh-Triêt Pham ;

Au marché

la dame opulente demande

un maigre *… bien gros

: Marie-Alice Maire ;

* : nom vulgaire de la sciène : poisson osseux (de la famille des téléostéens acanthoptérygiens), à nageoires épineuses, de grande taille, carnassier, à la chair très estimée. (: le petit Robert.)

avril au balcon –

les pensées aussi sombres

que les miennes

: Isabelle Freihuber-Ypsilantis ;

bourgeons d’arbre de Judée

le chant de parade

d’un étourneau

: Dominique Borée ;

interpellation –

de l’autre côté de la rue

une mésange

: Valérie Rivoallon ;

Le vin chaud avec la lune

Mes amis sont en débat

Au sujet de l’art pictural

(amélioré, grâce à la complicité de Monique Leroux Serres, en :)

Vin chaud sous la lune

Mes amis débattent

d’art pictural

: Hiro Hata ;

première baignade

courant sur le sable

les ombres des nuages

: Jacques Quach ;

premiers pépiements

la nuit se volatilise

: Patrick Fetu ;

quai –

les mouvements mécaniques

de la souris

: Valérie Rivoallon ;

ton corps respire

ma main sur ton épaule

la nuit s’écoule

: Francis Kretz ;

39,5 ° –

toute la nuit à l’écoute

de son souffle

: Isabelle Freihuber-Ypsilantis ;

trombes de grêle

sur le gravier battu

des pétales diaphanes

: Cécile Duteil.

°°°

Notre prochain kukaï aura lieu le 21 mai prochain.

 

 

Résultats du 111ème kukaï de Paris

15 mars 2016

Samedi 12 mars à 15 heures, nous étions 10 présents autour de notre table au bistrot d’Eustache.
Nous avons échangé 35 haïkus.

20 d’entre eux ont obtenu une voix ou plus.

°

Avec trois (3) voix :

midi au clocher –

brisant le silence glacé

le cri d’une pie

: Marie-Alice Maire.

°

Avec deux (2) voix :

bouse fraîche –

le paysan scrute

les nuages

: Michel Duflo;

dans la mienne

sa petite main

le chemin moins long

: Patrick Fetu;

Faux-pas au concours –

Dans les yeux de la danseuse

deux lacs

: Danièle Etienne-Georgelin;

grasse matinée

dans le creux des genoux

mon chien

: Eléonore Nickolay;

journée de prévention routière –

elle laisse entrevoir

son string fluo

: Minh Triêt Pham;

Le bref déclic

du compteur qui passe en nuit

Est-ce ainsi la mort?

: Monique Leroux Serres;

les papillons blancs

réjouissent les feuilles

leur donnent des ailes

: Catherine Noguès;

l’oiseau envolé,

la lumière se balance

: Daniel Py.

°

Avec une (1) voix :

belle connerie

le projet de loi d’El Khomri

au travail

: Daniel Py;

des heures durant

le vieux regarde la pluie

et moi le vieux

: Ben Coudert;

EHPAD

son passé lui échappe

le présent aussi

: Patrick Fetu;

la fleur de lotus

sous un rideau de pluie

retient son souffle

: Catherine Noguès;

L’équinoxe de printemps –

J’ai entendu le bruit de mes os

Quand j’ai bâillé

: Hiro Hata;

l’escalier sombre

de la maison d’enfance

loup y es-tu ?

: Jacques Quach;

le vieux chêne

tout nu sur un tapis de

jeunes jonquilles

: Jacques Quach;

premiers rayons –

passer encore ma main

dans ses cheveux

: Isabelle Freihuber-Ypsilantis;

tête-à-tête

oublier le champagne

boire ses paroles

: Isabelle Freihuber-Ypsilantis;

ton souffle sur mon épaule

si légèrement senti –

mon rêve revient…

: Philippe Bréham;

Une luciole d’hiver

cet éclair est un poète

ou une fée?

: Hiro Hata.

°

Sans voix, mais remarqués :

abandonnée là

une paire de chaussures

remplie de grêlons

: Michel Duflo;

fin d’hiver –

un flamboyant en fleurs m’arrive

par carte postale

: Michel Duflo;

Glace hivernale

Sa longue barbe blanche

me tire une aumône

: Monique Leroux Serres.

°

Notre prochain kukaï aura lieu samedi 9 avril 2016, au bistrot d’Eustache, à 15 heures!

°

 

Résumé de »Vous êtes cela – Mon chemin de haïku » par James W. Hackett (1929-2015).

27 février 2016

dans « Albatros/s » Vol IV, n° 1/2, pp. 9-13 :

Cet essai suggère que le bouddhisme zen a une influence profonde sur le développement de la poésie du haïku au Japon, et que les meilleurs haïkus reflètent les qualités du zen. Plusieurs haïkus de Hackett y figurent, ainsi que des citations de sources spirituelles représentant des religions occidentales et orientales, et des oeuvres – en particulier – de R.H. Blyth (1898-1964), le mentor de Hackett. « Vous êtes cela » contient un avant-propos et une conclusion personnels.Cet essai se compose de deux parties principales:

  1. Le moment-haïku
  2. Le poème haïku.

AVANT PROPOS PERSONNEL : Quelle que soit l’approche du haïku, l’écrivain (et le lecteur) ne devrait pas confondre la simplicité du haïku véritable avec l’insignifiant. Parce que, comme Blyth le discerna, « les haïkus ont une simplicité illusoire à la fois pour ce qui concerne la profondeur de leur contenu et leurs origines. » Le but définitif de la poésie de haïku est de refléter ces moments très particuliers dans lesquels nous voyons et expérimentons la vie des choses, et n’est pas concerné par le trait d’esprit, le didactisme, ni même la beauté. Les vrais haïkus ont une profondeur illusoire, caractérisée par des qualités existentielles qui peuvent s’exprimer dans n’importe quelle langue. Les haïkus peuvent être une manière de prise de conscience vivante qui, combinée avec la méditation, devient un chemin qui mène, par-delà la poésie, vers une appréciation bienheureuse de ce présent éternel qu’est la vie.

PREMIERE PARTIE : Le moment-haïku.

On néglige souvent, en écrivant des haïkus, la distinction cruciale que l’on doit faire entre la perception initiale d’un instant particulier dans la nature – le moment-haïku – et le processus final d’écriture dans lequel l’écrivain essaie de partager son expérience avec autrui. La première partie aborde six aspects du zen requis pour le haïku. Ce sont :

  1. Le Présent Eternel
  2. La contemplation de (re)centrage
  3. La plus grande nature
  4. L’immédiateté et la franchise
  5. La chose telle qu’elle est
  6. L’interpénétration spirituelle.

1) LE PRESENT ETERNEL est la première caractéristique du moment-haïku. Clé de toute discussion du moment-haïku est le dévouement constant du poète à refléter le Maintenant éternel de la création.

profonds dans le cours d’eau

les gros poissons immobiles

face au courant

La plus grande bénédiction (pour moi) du zen et du haïku est leur préoccupation pour le présent éternel. Ce fut la convergence du haïku sur le Maintenant qui attisa d’abord mon intérêt pour cette poésie et me fit la développer en anglais. Car, avant d’écrire du haïku, un accident presque mortel occasionna l’expérience suggérée par mon verset :

Avec l’arrivée de la mort,

Seul ce moment présent

se fait connaître comme réel

Cette révélation me fit comprendre que « le chemin de la poésie… consiste à donner la valeur la plus grande possible à chaque instant. » (Blyth).

La conscience de l’éternel présent de la vie n’est pas réservée à la philosophie orientale. La qualité transcendante du Maintenant a été reconnue par de grands sages d’autres religions, y compris par le mystique chrétien du Moyen-âge Maître Eckhart, qui prêcha avec ferveur : « L’Eternité est maintenant » et « Dieu crée l’univers entier complètement et entièrement dans ce Maintenant présent. » Il y a donc la possibilité d’intuitions mystiques quand on écrit et vit une Voie Zen du haïku.

2) LA CONTEMPLATION DE RECENTRAGE est cette pratique que Wordsworth décrivit comme : « Regarder fermement l’objet. »

Encore et encore

le mille-pattes grimpe sur cette tige brisée

– puis essaie au-delà

La contemplation de (re)centrage de la nature est inestimable pour la découverte de moments-haïku, et formait la base de l’approche du haïku par Bashô. Les poètes de haïku devraient expérimenter l’éventail le plus large possible de sujets naturels. Des moments de haïku merveilleux sont le fruit de la contemplation proche de la nature, même des soi-disantes formes les plus inférieures de la vie.

L’araignée tisse autour

et autour de son modèle ancien

vers le centre

3) LA PLUS GRANDE NATURE. Selon le zen : « Les paroles des maîtres sont exactement au bout des plantes en fleur. » Pendant des siècles, on a considéré le haïku comme représentant la poésie de la nature; une poésie dans laquelle les humains, s’ils sont présents, baignent dans ce que les écologistes ont appelé « la plus grande Nature ». Il y a de profondes raisons spirituelles aussi bien qu’écologiques qui font que nous devons retenir le concept classique de haïku comme étant une forme de poésie de la nature.

Quant à ce qui constitue la plus grande nature, contemplez les grandes peintures de paysages chinoises et japonaises. Les humains, si toutefois on les représente, sont montrés comme faisant partie intégrale de la création naturelle. Ces peintures sont d’exquis exemples de la vivions mystique de la nature qui a si profondément influencé les esprits orientaux. La vision myope anthropocentrique de l’Occident est une vision dangereusement limitée, comme la science écologique l’a montré. Créer des haïkus en dehors du reste de la nature trahit une ignorance de notre place dans la plus grande nature, et un esprit appauvri. Les sages de l’Inde védântique ont réalisé il y a des millénaires que « Le Seigneur… se trouve dans les plantes et dans les arbres… et s’étend dans tout l’univers. » Pour de seules raisons spirituelles, le haïku doit continuer à être une forme de poésie de la nature. La profondeur et la largeur de la Création naturelle (et la conscience universelle) ne méritent rien de moins.
Ecologiquement parlant, nous pouvons espérer que retenir le dévouement traditionnel du haïku pour la nature aidera à recentrer la conscience et les valeurs humaines sur la précieuse biosphère terrestre  que chaque jour l’ignorance et la cupidité humaines mettent de plus en plus en danger.

4) Immédiateté et caractère direct (ce que le zen nomme l’Ainsité.)

La qualité d' »ainsité » dans le haïku implique la conscience instantanée, sensuelle du poète de l' »éternel présent » de la vie. Le moment-haïku devient alors un moyen de contemplation recentrante pour le poète. en libérant notre esprit de pensées errantes, nous devenons l’ami attentif de nos sens, ce que requiert le zen et le haïku.

Comme disait Thoreau : « Qu’est-ce que j’ai à faire dans les bois si je pense à quelque chose en-dehors des bois ? »

5) LA CHOSE TELLE QU’ELLE EST (ce que le zen nomme la talité.) La qualité spéciale et concrète de la chose juste-telle-qu’elle-est du moment-haïku. Blyth note que « la talité des choses est ce que le poète cherche (et devrait chercher), écoute (et devrait écouter), sent ‘devrait sentir), goûte (devrait goûter). » Blyth écrit aussi : « La grande erreur de la vie et de la poésie est le désir de fuir les choses au lieu d’y pénétrer, de s’échapper de ce monde (matériel) pour un monde de rêve. »

Rien que des montagnes… / cependant, sur chaque vent, /  l’odeur de la mer

Dans cette flaque marine / s’échappant d’un crabe écrasé, / plusieurs petits crabes

L’esprit du haïku se conforme à la talité, dans le concret et la sensualité (« sensuosity ») des choses. En créant des haïkus, il est impératif que le concret et la particularité des CHOSES devraient gouverner et notre conscience et notre témoignage.

Les figures de rhétorique sont une menace distrayant du caractère direct du haïku, et devraient être évitées. Aussi vénérables que soient ces techniques poétiques, elles détournent de la qualité essentielle du haïku de la chose juste-telle-qu’elle-est.

6) L’INTERPENETRATION spirituelle est une des qualités les plus importantes du moment-haïku, une qualité bien connue de Bashô, mais communément négligée par poètes et commentateurs. Comme dit Blyth : « La Voie du haïku requiert… un plongeon perpétuel du soi dans les objets. »

Le long fil d’une toile / flottant à chaque extrémité, navigant libre / sur la brise de la montagne

L’interpénétration spirituelle est un état ontologique dans lequel un sens transcendant d’identité est perçu intuitivement entre ce que nous pensons habituellement de nous-mêmes et des autres choses.

Matin très froid : / des moineaux assis / sans cous

Centré maintenant / sur l’odeur d’un vieil os / l’esprit de mon chien

Le haïku requiert un coeur tout-compatissant. Interpénétrer, s’unir aux choses, nous trouver en union avec toutes choses, c’est vivre la Voie du Zen. Dans la mesure où cet esprit se manifeste en syllabes, cela peut être un Chemin-de-haïku. Que cette interpénétration ait été un principe cardinal pour Bashô est confirmé par son plaidoyer de « pénétrer dans l’objet, percevoir sa vie délicate, et ressentir ses sentiments, d’où il découle qu’un poème parle de lui-même. »

De Bashô, encore :

« … Gardez vos préoccupations subjectives par-devers vous-mêmes. Votre poésie coule de son propre chef quand vous et l’objet vous unissez… Aussi bien tournée que puisse être votre poésie, si vous et l’objet êtes séparés, alors votre poésie n’est pas de la vraie poésie, mais une apparence de la vraie. »

Mantenant libre dans le monde / le vieux perroquet perché: / sa solitude!

D.T. Suzuki suggère que l’interpénétration peut annoncer quelque chose de cosmique. « … une infinie fusion ou interpénétration de toutes choses, chacune avec son individualité, renfermant cependant quelque chose d’universel. »

A l’intérieur de sa graine creuse / et tout le temps autour d’elle : / la forme du vide

Se rapprochant des déferlantes / chaque empreinte de pas devient / celle de la mer

Les écritures mystiques de l’Inde donnent des exemples livides d’interpénétration spirituelle. Là, le coeur tout-compatissant embrasse l’entier royaume écologique de la vie. Tel que les Upanishads le révèlent : « Le Seigneur est la vie qui sourd brillante de chaque créature »  et : « Vous êtes Cela ».

Fourmi robuste, même / lourdement chargée tu grimpes / le mur abrupt de la montagne

L’interpénétration spirituelle n’est pas confinée à la philosophie orientale comme le maître chrétien Eckhart le souligne : « … Dieu est en toutes choses… Chaque créature est remplie de Dieu… ». « Toutes les créatures sont inter-dépendantes. » « Nous devons apprendre à percer les choses (par l’interpénétration) si nous voulons appréhender Dieu en elles. »

En résumé, l’interpénétration spirituelle crée le sens de l’Unité chantée par les mystiques de différentes religions. Cette union profonde entre poète et sujet est une reconnaissance intuitive de l’Unité dans le Tout qui se conforme à devenir. Le vivre et l’écriture du haïku peut devenir (pour certains) une Voie Spirituelle, une voie de conscience vivante aussi bien qu’une voie de poésie.
IIè PARTIE : LE POEME-HAÏKU. La forme du haïku et le style d’expression.

Wordsworth observa que « la poésie est l’émotion recueillie dans la tranquillité. » Et il devrait en être ainsi de la création de la poésie de haïku également. Cela implique la tâche souvent dévoreuse de temps de créer un poème-haïku, c’est-à-dire d’accomplir la note initiale du moment-haïku en mots soigneusement choisis de manière à ce qu’ils puissent être partagés au mieux avec autrui.

LA FORME DU HAÏkU. Les haïkus ont besoin d’une forme structurale à la fois pour recueillir le respect littéraire et pour décourager l’anarchie. En pratique, j’ai trouvé que le haïk due dis-sept syllabes traditionnel était un défi excitant, et le meilleur moyen de transmettre artistiquement la nuance. Je privilégie une forme en trois lignes composée idéalement de 5-7-5 syllabes. Les haïkus modernes qui sont trop brefs semblent insuffisamment suggestifs, obscurs ou simplement inintelligibles. Les vrais haïkus ne sont pas des puzzles de mots à déchiffrer. Un haïku devrait toujours procurer assez pour garantir l’intérêt du lecteur et la re-création imaginative! Le vrai défi en créant le haïku n’est pas la brièveté, mais le partage du moment-haïku. Une sélection soigneuse de modificatifs et d’articles, ainsi que de noms et de verbes, peut enrichir la vie, le naturel et le son d’un haïku. Egalement, nous devrions nous sentir libres d’utiliser la riche palette suggestive de la ponctuation.
LE STYLE DE L’EXPRESSION DU HAÏKU devrait être gouverné par le naturalisme, la vie et le caractère direct. La vie (pas l’artifice) caractérise la vraie poésie du haïku, de façon à ce que la sainteté du moment-haïku devrait toujours avoir priorité sur le style. Le Naturel devrait gouverner l’expression du haïku, pour que la syntaxe et la diction habituelles soient appropriées au haïku. Je suis d’accord avec Wordsworth que nous devrions employer « une sélection de langage vraiment en usage » par tout un chacun. Toute distorsion délibérée de langage, telle que l’émulation d’un usage japonais est une pratique nuisible à la création du haïku. (Il est significatif de voir que de nombreux haijins japonais importants emploient une norme de 5-7-5 syllabes dans leurs propres haïkus en anglais.) Les vrais haïkus sont directs, pas obscurs, ni abstraits, ni intellectuels. Donc, le didactisme et les jeux de mots sont déplacés dans le haïku. Cependant un humour naturel peut avoir confortablement sa place dans le haïku, tout comme dans le zen.

Les bécasseaux s’enfuyant / se retournent soudain / et pourchassent la mer!

CONCLUSION PERSONNELLE : Bien que le haïku et le zen se soient développés au Japon, je crois fermement qu’ils ont tous deux une portée universelle et ne devraient pas être considérés comme « étrangers » ou exotiques. C’est l’espoir et la motivation de ma vie qu’en utilisant le haïku comme un art du zen, nous pouvons devenir plus conscients de cet éternel présent et de l’Unité spirituelle qui y réside. Cette voie du « Vous êtes Cela » du haïku est dévouée au salut de l’âme d’un monde fou. C’est un chemin embelli par l’émerveillement et la richesse de la vie, qui se réalise à travers une conscience respectueuse du moment qui toujours va se produire. »

James W. Hackett.