Archive for the ‘art poétique’ Category

« Une Histoire du Haïku » – R.H. Blyth 15 – Autres poètes de l’écoles de Bashô : Otokuni, Yasui, Bokudô, Rôka, Sora, Tôrin, Haritsu, Ranran :

4 juin 2017

(p. 194) :

OTOKUNI (? – ?) Etudie le haïku avec Bashô, avec sa mère Chigetsu, et sa femme.

Sur terre et sur l’eau

les oiseaux lancent leurs cris

à la tempête de neige

°

YASUI (mort en 1743, à 86 ans) :

Oies sauvages

oui, vous avez mangé mon orge,

mais maintenant nous devons nous séparer

L’alouette !

elle rivalise de forces

avec le vent du printemps

La première neige

tombe sur le paulownia

qu’elle a planté cette année

NB = à propos de sa femme, morte jeune.

°

BOKUDÔ (? – ?), frère aîné de Hokushi.

Sous les jeunes feuilles vertes

ce matin de printemps

il est naturel que je sois endormi

°

RÔKA (1672-1703) :

Un vol de cormorans

têtes dressées, remontent

le rapide cours d’eau

La neige de la nuit dernière

s’éclaircit ;

comme brille le bocage !

Son jisei (?) :

Verticalement et horizontalement

il fait plus noir près du paravent –

pluie froide d’hiver

Admirant la lune,

marchant sur les déchets crépitants du chanvre

au-delà de la porte du fond. 

On voit aussi

une enfant avec la variole

cet automne d’orge *

* automne de l’orge = l’été.

suspendue pour la première fois,

comme la moustiquaire sent,

pendant 2 ou 3 jours !

°

SORA (1649-1710) :

Toute la nuit

écoutant le vent automnal

de la montagne par derrière

Marchant, marchant sans cesse

même si je tombe épuisé,

je me reposerai dans ces champs

fleuris de lespédèzes

Ses petits seront fatigués de l’attendre –

l’alouette

s’élève si haut !

Quel oiseau est-ce,

solitaire et froid

dans la tempête automnale ?

°

TÔRIN (1639-1719) :

Sur sa tombe, ce verset :

Une pêche blanche ;

une goutte d’eau se détache

d’une couleur pure

°

HARITSU (1663-1747) :

Jusqu’à ce qu’elles fleurissent,

personne n’y fait attention –

fleurs d’azalées.

°

RANRAN (1648-93) :

La rose de Sharon

ne rit

ni ne pleure

Dans la rizière

la lune de printemps :

les ombres de la nuit sont tombées

°

(A suivre : Masahide, Kyokusui, Mokusetsu, Hajin, Tantan, Shihô, Banko, Yamei)

Sur la forme du haïku, par Noboyuki Yuasa :

1 juin 2017

dans « The  Englishness of English Haiku and the Japaneseness of Japanese Haiku », in A Silver Tapestry, The best of 25 years of critical writing from the British Haiku Society, 2015, pp. 51-64 :

(Extraits, pp. 56-9) :

« Le prochain élément de base du haïku dont j’aimerais discuter est sa forme. Certains pourraient dire que la question de la forme n’existe pas dans le haïku japonais, parce que, traditionnellement, la soi-disant forme 5-7-5 a été généralement acceptée comme étant la norme. C’est vrai d’une certaine manière parce que, pour le moment, la plupart des haïkus japonais s’écrivent dans un japonais semi-classique, particulièrement adaptable à cette forme traditionnelle. Mais, si un jour les haijins (japonais) devaient décider d’écrire en japonais moderne, la question de la forme sera un problème sérieux. Certains poètes, en fait, on déjà pris cette décision.

Taneda Santoka (1882-1940) en est un bon exemple. Il écrivit la plupart de ses haïkus dans un japonais familier moderne. Avec pour résultat qu’il a dû rejeter la forme traditionnelle dans beaucoup de ses haïkus :

wakeittemo / wakeittemo / aoi yama

dans ce poème, in a adopté un plan en 5-5-5, mais dans le poème suivant, il adopta un plan en 5-7-2 :

mozu naite / mi no sutedokoro / nashi

Bien que Santaka utilise beaucoup de formes irrégulières, je pense que c’est une erreur de penser qu’il a écrit des vers libres. Ses poèmes montrent deux motifs plutôt contradictoires. Il souhaite utiliser un japonais familier moderne aux dépends de la forme traditionnelle, mais en même temps, il ne peut pas complètement ignorer la forme traditionnelle. Il souhaite donc la garder où cela est possible. La forme traditionnelle dans les poèmes de Santoka est semblable à la face à moitié effacée de la surface d’un rocher. (…)

Je pense que c’est ce que fait un grand écrivain à une forme littéraire : il la détruit de façon à pouvoir la recréer de nouveau pour pouvoir l’adapter à son propre usage. Pour faire court, une forme littéraire existe à la fois pour qu’on l’observe et pour qu’on la casse.

Me tournant vers le haïku anglais, maintenant, que peut-on dire à propos de sa forme ? Des essais ont été réalisés pour garder le procédé syllabique japonais dans le haïku anglais. Je l’ai fait ainsi dans cet article pour des raisons évidentes, mais beaucoup de poètes  ont trouvé cela trop restreignant. Dans ma traduction de Bashô, j’ai utilisé une forme sur quatre lignes, ce qui a été critiqué par certains comme étant une violation. Je ne souhaite pas particulièrement m’en défendre ici, mais j’avais des centaines de poèmes à traduire, et j’ai trouvé impossible de garder le procédé syllabique originel de bout en bout. De plus, j’ai déjà fait remarquer quelle haïku a débuté comme une révolte contre la tradition du waka, et cela inclut une révolte contre son formalisme. En traduisant des walka, j’essaierais de garder le procédé syllabique même en anglais, ce que j’ai fait dans ma traduction de Ryokan (1757-1831), mais en traduisant des haïkus, j’ai pensé que je pouvais prendre plus de libertés. (…)

Je ne vais pas dire quelle forme est la meilleure pour le haïku anglophone. Finalement, le choix de la forme doit être laissé aux poètes, individuellement. Un poète peut trouver que garder le plan syllabique est trop contraignant ; un autre peut penser que c’est un challenge excitant. Un poète peut trouver que la forme sur quatre lignes est plus adaptée à son propos ; un autre peut la trouver trop longue et lâche. Les variations à l’intérieur de la forme en trois lignes sont si grandes et nombreuses qu’il n’est même pas possible de dire s’il y aura une forme standard en trois lignes ou pas, dans le haïku anglophone. Cependant, j’aimerais voir un petit peu plus de conscience de la forme chez les poètes de haïku anglophone. (…)

En discutant des poèmes de Santoka, j’ai déjà dit qu’il y a des motifs contradictoires dans son esprit : un désir de préserver la forme traditionnelle, et un désir de la détruire et de la recréer. Je pense que ses poèmes ont émergé de la tension entre ces désirs contradictoires. Je crois que cela s’applique aussi bien et autant au haïku anglophone.

(…)

°°°

« Une Histoire du Haïku » : R.H. Blyth – 8) Les 10 disciples de Bashô – a) Kikaku

1 juin 2017

pp. 121-2 :

« La poésie n’est jamais dans les réponses, mais dans les questions. »

« Ce qui fait de Bashô un des plus grands poètes au monde, c’est qu’il vécut la poésie qu’il écrivit, et écrivit la poésie qu’il vécut. »

pp 130-8 :

Les 10 disciples de BASHÔ :

KIKAKU :

Quelle créature terrestre était-ce
qui pissa
sur cette première neige ?

Son jisei, apparemment :

Le matin du rossignol
est frais ;
ce n’est maintenant plus qu’une sauterelle

Des petits riens entendus
dans la chambre de Hôji,
des moustiques qui brûlent

L’anniversaire du Bouddha –
L’enfant abandonné
est maintenant un garçon du temple

Dans le brouillard matinal
un seul Torii :
le bruit des vagues

La lune s’éclaircit
une sauterelle
soulève ses moustaches

sur le pigeonnier
le soleil couchant luit tranquillement
à la fin de l’année

Danses sacrées la nuit ;
Leur souffle est blanc
sous les masques

Voyant le ventre
des oies sauvages partant dans le ciel
au-dessus du bateau

Le jardinier,
je le laisse dormir plus longtemps,
les fleurs de cerisier tombent

La feuille de l’igname
enveloppe la vie
de la goutte d’eau

Le ciel d’automne
distinct
du cèdre sur la colline

Dans la fraîcheur
d’un bateau vide,
la carapace d’un crabe

« Kikaku n’est jamais réellement sérieux. Bashô est toujours sérieux. »

L’écureuil volant
se reflète dans l’eau
passant sous la glycine

Des femmes transplantant les pousses de riz ;
les gouttes de pluie de leur « kasa »
tombent dans la soupe de la casserole



Une cigale stridule ;
le vendeur d’éventails
grimpe à l’arbre

Asperger de l’eau alentour –
assez pour mouiller aussi
hirondelles et cigales !

mille mains
sur la balustrade
se rafraîchissent au soir sur le pont

Ce portillon
est verrouillé et barré –
la lune d’hiver

°

(A suivre : Ransetsu, Kyorai)

« Le haïku au Sénégal » 6/6

1 mars 2017

°°°

« Le haïku cerne une fraction d’instant qui se veut reflet d’infini. Il cristallise le monde de la nature et des émotions humaines. C’est une mélodie, mieux une harmonie entre la nature, d’une part, l’esprit, le coeur et le corps de l’homme, d’autre part. »

« Cette affinité avec la nature est l’essence même du haïku. »

« Les poètes de haïku sont aussi des peintres. Ils ont une prodigieuse aptitude à peindre les choses d’une manière si vivante que le lecteur demeure captivé par la justesse de l’observation. »

: Yoshitaka KAWAMURA, Ambassadeur du Japon au Sénégal, 2000.

°°°

« A regarder de très loin on ne voit pas le sens secret des choses ni les rapports intimes qui les unissent. »

« Dire enfin le caractère éminemment universel de ces trois vers comme une valse à trois temps où Amour, Nature etEmotion mènent le bal. »

: Adam Sow DIEYE, professeur de lettres, 2000.

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« En art, plus les moyens sont élémentaires, plus la sensibilité apparaît. »

: Gustave MOREAU.

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« LE HAÏKU EST UNE PHILOSOPHIE » : Louis CAMARA, écrivain, 2000 :

« (…) Certes ces premiers haïkus sénégalais sont encore empreints de naïveté et pèchent parfois par excès de lyrisme. »

(…) Le haïku est une école de discipline, de maîtrise de soi, de simplicité, d’humilité, une méthode de formation de l’esprit ; c’est pourquoi son introduction dans notre système éducatif et scolaire ne pourrait qu’avoir des effets bénéfiques. De même, sa pratique dans nos langues africaines pourrait s’avérer fort positive pour ces dernières, car par leurs structures morphologiques, elles devraient pouvoir servir de moule adéquat à cette forme d’expression poétique unique en son genre. Je voudrais d’ailleurs à ce sujet vous lire un court poème appartenant à un genre particulier appelé Oriki en langue Yoruba :

La mouche perchée

Sur la calebasse de vin de palme,

Son abdomen éclate… 

En dehors de sa brièveté et de sa simplicité, d’autres similitudes de ce poème avec le haïku japonais, telles que la légèreté, la cocasserie ou même le sentiment nous paraissent évidentes. Précisons que ces notions de légèreté ou Karumi, de cocasserie ou Kokkei, et de sentiment ou sabi en sont essentielles dans la composition du haïku japonais.

(…) La pratique du haïku plus qu’un simple exercice de langage, est liée à un art de vivre, à une philosophie de la vie indissociable d’une forme de spiritualité.

(…) Notre époque est marquée par une sorte de folie de la vitesse et de la consommation faisant progressivement de l’homme un automate qui veut se rendre maître de la nature, la dominer, au lieu de vivre avec elle. Mais cela n’est pas nouveau. (…)

MATSUO Bashô :

Les gens du siècle

ne remarquent pas les fleurs

du châtaignier près du toit

(…) Voici ce qu’il disait à son disciple SORA : « Si parfaite que soit la technique, si tu es séparé de la chose même, tu ne produiras qu’une contrefaçon. »

(…) Le haïku, c’est avant tout la vérité qui surgit de la vie de tous les jours, et en particulier du silence. Cette vérité, (…) elle est dans ce que l’on voit, elle est dans ce que l’on entend. Elle ne nécessite pas une ascèse initiatique, mais seulement une vigilance de tous les instants, une permanente acuité des sens que l’on ne peut acquérir que par un entraînement de tous les jours. (…)

De KOBAYASHI Issa :

Un monde de douleur et de peine

alors même que les cerisiers

sont en fleurs…  »

°°°

« HAÏKU : UN APPEL A LA SAUVEGARDE DE LA VIE », par Amadou LY, professeur de lettres, Université Cheikh Anta DIOP de Dakar, 2001 :

(…)

Le haïku est peut-être la façon la plus brève et la plus frappante de nous rappeler à notre devoir d’attention et de protection vis-à-vis des autres formes de vie, animale et végétale, avec lesquelles nous partageons notre planète et dont nous sommes les principaux prédateurs.

(…)

Le jury, pour cette fois, a tenu à privilégier le fond sur la forme, la pertinence du discours et son adéquation aux critères de la saison et du sentiment. Car un poème peut être formellement correct, et n’avoir que cette justesse prosodique comme richesse, alors qu’un autre, quelque peu boiteux, peut être riche de l’émotion qu’il suscite. »

°°°

« LE THEME DE L’EAU DANS LE HAÏKU », par Adama Sow DIEYE, professeur de lettres, 2003 :

(…) Telle autre poète-femme dit la rareté de cette éclosion nocturne :

Etoile de pluie

ses pétales roses se déplient

fleur de baobab.

: Mme Macha SMYRNE, 2003 (116/136)

(…) Riches de notre diversité, tous conviés, écrit SENGHOR, au festin catholique ; à entendre, faut-il le préciser au sens étymologique : le festin du monde entier. »

°°°

« L’Ambassadeur Sonoo UCHIDA avait bien senti que les germes du haïku allaient bien pousser dans le terreau fertile du Sénégal où le culte de la nature est une réalité. Le Sénégal, un pays alors dirigé par SENGHOR, un poète président. »

« Les trois dernières éditions du concours ont connu un succès remarquable grâce à un partenariat réussi entre Air France, l’hôtel Le Méridien Président et l’Ambassade du Japon. »

: Takashi SAITO, Ambassadeur du Japon au Sénégal, 2007.

°°°

« Le haïku au Sénégal » 5/6

1 mars 2017

EPOPEE DU HAÏKU, par Abdou Anta KA, écrivain, dramaturge, 1991 :

(…) témoin de la plus belle aventure littéraire survenue durant ces dix dernières années dans son pays. A savoir l’introduction combien réussie du haïku au Sénégal, grâce, cela mérite d’être souligné, à l’action généreuse de l’Ambassadeur Sonoo UCHIDA, un diplomate certes, mais encore un haijin (…) qui publie sous le pseudonyme d’Ensei. Voici un de ses haïkus :

Je ferme les yeux

Tout l’univers est rempli

Du chant des oiseaux.

Déjà, en l’an 1979, l’un de vous a composé ce haïku qui a ému plus d’un connaisseur ou d’un simple lecteur comme moi :

Le lit craquelé

Du marigot évaporé

Rit tristement au soleil incendiaire.

: M. El Hadj Libasse DIOP (1/136)

(…)

Le Négro-africain affirme que toutes les créations humaines, végétales, animales sont les fils d’une même toile d’araignée. On ne peut en toucher un sans ébranler les autres.

En d’autres termes, la création est une et indivisible. Il n’y a pas d’opposition entre l’homme, l’arbre, l’animal. Mieux, entre ces existants, il y a des liens ou des correspondances, d’où l’unité entre l’homme et la nature, si chère aux pionniers du haïku.

Le mérite du haïku sera de rendre, en nous, plus vivante encore, la présence spirituelle de la nature. (…)

°°°

« La naissance prochaine de l’Association des Haijins du Sénégal permettra de mieux impliquer des écrivains sénégalais au destin du haïku. » Mohamadou KANE, 1992.

°°°

« Le sentiment de la nature est d’abord le bonheur par émerveillement devant les phénomènes cosmiques sans doute quotidiens mais pouvant avoir sur une sensibilité de poète une emprise exceptionnelle. »

Madior DIOUF, 1995.

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« Je me pose tout de même une question : pourquoi n’aurions-nous pas l’audace de faire des haïkus originaux en wolof, en sérère, en diola avec leurs traductions en français pour ceux qui ne comprennent pas nos langues nationales ? Je crois que ce serait une bonne idée. Nous devons nous approprier le haïku en l’enracinant dans notre culture authentique. Cela nous enrichira et nous enrichirons aussi le haïku à notre manière. »

: Ousmane SEMBENE, écrivain, cinéaste, 1995.

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« L’essence du haïku réside dans l’étonnement de la vie quotidienne. Il suffit tout simplement de voir autour de soi avec plus de sensibilité pour faire un haïku. »

: Tetsuo ITO, Ambassadeur du Japon au Sénégal, 1997.

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« Léopold Sédar SENGHOR a dit la valeur du haïku ; « le plus beau poème est celui où l’image, les images analogiques ont le plus de multivalence : de sens ».

« La poésie des profondeurs ne peut guère divorcer d’avec le réel concret si souvent prosaïque. »

: Madior DIOUF, 1998.

°°°

(à suivre…)

 

« Le Haïku au Sénégal » 3/6

27 février 2017

« SPECIFICITE DU HAÏKU SENEGALAIS », par Madior DIOUF (de l’ Université de Dakar), 1980 :

°°°

Le haïku japonais est marqué par une extrême sobriété. La nudité, le silence et la sérénité comptent aussi parmi ses caractéristiques essentielles et renforcent son élégance. Il laisse donc beaucoup d’espace au lecteur.

(…)

Le haïku sénégalais reflète des sensibilités ethniques et régionales. Il s’agit de la richesse diversifiée de nos terroirs, du retour au pays natal. Il présente la sécheresse, le bois sacré, le vieux baobab qui protège de ses gigantesques doigts crochus la case au toit de chaume ou le grenier…

Les Sénégalais qui s’exercent au haïku ne sont pas seulement talentueux. Ils créent pour dire la différence qui les distingue des autres tout en les rapprochant.

(…)

Fondé sur l’évocation de l’unité de l’homme avec la nature et comportant obligatoirement un sentiment inspiré par la nature, le Haïku apprend aux hommes à regarder leur cadre de vie réel, à parler de la nature avec sincérité, bon goût et sens du concret.

(…)

Le quart des 119 poèmes présentés évoque la pluie qui constitue le premier thème par sa fréquence ; viennent ensuite la sécheresse, le soleil et les paysages d’eau…

(…)

le Haïku est un genre qui enseigne à regarder la nature. Et la création littéraire africaine a besoin de cette incitation ; l’Afrique habituellement ne chante pas la nature. (…) la littérature africaine d’hier et d’aujourd’hui n’exprime pas le sentiment de la nature alors que l’amour du terroir est très fort chez les Sénégalais par exemple, et les hommes d’Afrique en général

Les concurrents de 1980 révèlent aussi une autre intelligence du haïku. Ils ont compris l’importance, pour ce genre de poésie, du sens du concret. Le Haïku est un équivalent de l’arrangement floral. C’est un genre qui, par ses règles, produit des oeuvres qui s’adressent aussi bien aux yeux qu’à l’oreille et à l’esprit : l’imagination aidant, le Haïku saisit l’homme total. Pas besoin de correspondances ni d’images analogiques. Le réel à l’état brut suffit. »

(…)

°°°

EVOLUTION DU HAÏKU AU SENEGAL

par Mohamadou KANE (de l’Université de Dakar) :

(…) Les candidats se recrutent dans une très large mesure parmi les jeunes, pour la plupart des lycéens et des étudiants ; ou bien, ce sont de ces adultes qu’une sorte de grâce poétique maintient dans une certaine jeunesse éternelle.

(…) Ils restèrent cependant prisonniers des idées du moment, et de certaines habitudes de la poésie africaine de langue française. Dans leur approche de la nature, on peut relever une certaine forme de cristallisation des sentiments et de mythification qui constituent autant de freins à la communion véritable. Les lauréats furent nombreux à ne lire dans la nature que les échos de la sécheresse ou le prolongement de la présence des ancêtres tutélaires. De prestigieux aînés avaient développé magistralement ces thèmes, et nombre de candidats ne purent sortir de ces sentiers battus.

(…)

Le haïku (…) c’est (…) l’adéquation de l’écriture, de la pensée et de la sensibilité.

(…)

°°°

ALLOCUTION DE S.E.M. CHIYUKI HIRAOKA (Ambassadeur du Japon au Sénégal), 1981 :

(…)

au premier concours, 60 haijin (poète de haïku) ont proposé leurs oeuvres,  au second concours 140 et cette fois, je suis heureux de savoir que 366 personnes ont participé à notre concours. (…)

l’initiative de mon prédécesseur a une double signification : la première est symbolique en ce sens que le haïku, pour la toute première fois, est enseigné à des Africains, des Sénégalais en particulier, qui l’ont vite assimilé parce que partageant avec nous autres Japonais le goût de l’amour de la nature ; la deuxième signification est l’inauguration d’un domaine insoupçonné de véritables échanges culturels.

(…)

les Sénégalais en apprenant l’esprit du haïku, ouvrent leur coeur aux Japonais et nos deux peuples, à travers l’appréciation de la nature et l’expression spontanée de sentiments intimes universellement partagés, apprendront à mieux se connaître.

(…)

°°°

LA LEçON POETIQUE DU JAPON

par Léopold Sédar SENGHOR (poète, Ancien Président de la République du Sénégal), 1983 :

(…) Si M. Sonoo UCHIDA a lancé le concours de Haïku, c’est qu’il avait senti, partie par situation, partie par expérience, les affinités existant entre la poésie japonaise et la poésie négro-africaine, singulièrement la poésie sénégalaise.

(…) Tandis que l’Europe met l’accent sur l’Idée et, partant, sur la logique, la clarté et l’efficacité, l’Afrique et l’Asie, singulièrement celle du Sud et du Sud-Est, le font sur le Sentiment, l’imagination et la vie.

(…)

°°°

(à suivre… p. 51)

 

 

 

 

Unforgotten Dreams / Rêves non-oubliés – Introduction :

3 février 2017

Poèmes du moine zen Shôtetsu

édités et traduits par Steven D. Carter (en anglais) – par D. Py (en français).
Columbia University Press, New York, 1997.

Introduction :

p. XVI

(…) La Voie de l’uta classique – nom donné à la forme en 31 syllabes, genre choisi par Shôtetsu (ou Shôgetsu), 1381-1459, était déjà vieille de plus de sept siècles…

Toute sa vie il se considéra comme un moine, bien que quelqu’un pour qui la poésie était à la fois une profession et une vocation religieuse.

p. XXI

(…) Il chercha à être un maître de tous les styles de la tradition, depuis le style du « sentiment intense » (ushin) préféré par les conservateurs de son temps, jusqu’aux styles plus exigeants du « mystère » et de la « profondeur » (yûgen), et du « réalisme objectif » (ari no mama) de l’école de Reizei (Tamemasa, 1361-1417 ; Mochitame, 1401-1454). (…) Ses professeurs Reizei soulignaient l’importance de la discipline et croyaient que « tendre vers un seul style revenait à restreindre la Voie. » Sans aucun doute, Shôtetsu lui-même se réclamait-il de Fujiwara no Teika (1162-1241), le soi-disant « père » de la poésie médiévale, et d’aucun autre poète ultérieur, comme inspirateur.

p. XXIII

(…) Mais il y a une autre influence à l’oeuvre dans les poèmes de Shôtetsu, qui le place légèrement à l’écart de son mentor. C’est le bouddhisme, particulièrement le bouddhisme zen. Il était, après tout, moine zen et ses contemporains se référaient souvent à lui comme à Shôtetsu zenshi, ou Maître Zen ; et il dit assez explicitement qu’il entend la Loi même dans les choses silencieuses :

« Bouddhisme : Fleurs »

Chaque nouveau printemps

les fleurs

ne disent rien,

cependant elles exposent la Loi –

sachant ce qui est au coeur

des vents d’orage

qui dispersent

 

On peut, bien sûr, ne voir de tels poèmes que comme rien de plus qu’affirmations conventionnelles de la doctrine de la mutabilité (mujô), si centrale dans l’entière tradition poétique médiévale.

p. XXVII

Dans mes traductions (: Steven D. Carter dixit), j’ai choisi de ne pas employer tel ou tel format pré-établi pour la simple raison que je veux utiliser les « ressources naturelles » de l’anglais pour mieux suggérer la variété de pauses et d’arrêts dans la forme originelle des uta  (5-7-5-7-7), quelque chose qu’il me semble qu’un format uniforme ne peut pas achever.

°°°

 

Compte-rendu du K.P. 122

29 janvier 2017

En présence de 22 personnes, 44 haïkus (, senryûs, …) ont été échangés. 28 d’entre eux ont obtenu une voix, ou plus.
°

Avec 8 voix :

banc d’école –

les petits doigts gelés

du gant oublié

: Isabelle Freihuber-Ypsilantis.

°

Avec 5 voix :

jeunes plombiers –

après chaque intervention

un joint

: Valérie Rivoallon;

L’oeil de dorade

Dans la gamelle du chat

Tombent les flocons de neige

: Fujii Lika;

moustache naissante

un reste de Malabar

: Patrick Fetu.

°

Avec 4 voix :

grand froid –

une grue décharge le ciel

de ses nuages

: Michel Duflo;

Livre refermé –

La goutte sur le verre

évaporée

: Monique Leroux Serres.

°

Avec 3 voix :

lune cendrée –

toutes ces promesses

que je n’ai pu tenir

: Minh-Triet Pham;

nuit noire et blanche –

remplir le pilulier

de toutes les couleurs

: Eléonore Nickolay;

regard lointain

ma mère à la recherche

de sa mémoire

: Patrick Fetu ;

soldes –

au milieu des bonnes affaires

ils s’échangent des baisers

: Minh-Triet Pham;

N.B. La version d’origine de ce haïku est la suivante :

marché de Ben-Thanh –

au milieu du trafic

ils s’échangent des baisers

: Minh-Triet Pham.

°

Avec 2 voix :

béguin d’écolière –

il en reste

l’encre bleue

: Isabelle Freihuber-Ypsilantis;

le singe hurle

une dernière fois

cocorico !

: Marie-Alie Maire;

peinte en bleu

la petite pagode veille

sur les pêcheurs

: Marie-Alice Maire;

pensant à la jacinthe

que tu n’offriras plus

à ma mère

: Daniel Py;

un vent fou

se moque des nerfs d’acier

du coq girouette

: Philippe Gaillard.

°

Avec 1 voix :

« carte bleue muette »

réchauffez la puce !

dit la caissière

: Antoine Gossart;

chute de neige

le silence

du black-out

: Eléonore Nickolay;

Dans un village perdu

Un médecin recherché

Un chat borgne trouvé

: Saori Nakajima;

l’aube

d’une terrasse à l’autre

concert de coqs

: Alice Schneider;

l’aveugle jongle

du bout de sa canne

avec les feuilles mortes

: Catherine Noguès;

métro de nuit –

une touffe de cheveux crépus

vibre sur le sol

: Valérie Rivoallon;

Nouvel an chinois

Trump élu aux USA

l’année des coqs.

: Annie Chassing;

Quel est ce chignon

Sur la tête de Beaumarchais ?

Ô c’est un pigeon !

: Catherine Noguès;

séance d’étirements –

au coach de la télé

je rends son sourire

: Danièle Etienne-Georgelin;

Seule au chemin désert

Un petit rouge-gorge

me suit pourquoi ?

: Rikako Ando;

Sous la douche

Avec ma savonnette

En forme de coq

: Marie Barut;

Un coq à ma porte

Me rappelle mes « cinq fois douze »

Soixante ans bientôt !

: Fabrice Dujour;

Un mouton insomniaque

compta le dernier homme

Le cri d’un coq

: Saori Nakajima.

 

°°

Monique Leroux Serres qui, avec Grace Keiko, a traduit le recueil de haïkus de Chiyo-ni, paru très récemment aux éditions Pippa, sous le titre de  Chiyo-ni Une femme éprise de poésie, nous a présenté leur ouvrage.

Daniel Py, qui a coordonné la première anthologie contemporaine de haïkus en France aux Editions Pippa, également sorti tout récemment, sous le titre de Passion Haïku, l’a également fait circuler.

Valérie Rivoallon nous a rappelé le concours de haïkus sur le thème du voyage (3 haïkus à faire parvenir avant la fin du mois de janvier – dans deux jours ! – à Françoise Lonquety (courriel : flonquetAROBASEnumericable.fr)) qui fera l’objet d’une lecture le lundi 13 mars, à 18h30, au « Bateau Ivre », 5 rue P. Bérégovoy, à Clichy-la-Garenne.

°°

Le prochain kukaï de Paris se tiendra le samedi 4 mars 2017

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Origine chinoise des kigos

23 janvier 2017

De Madoka Mayuzumi, in « So happy to see Cherry Blossoms » (Haiku from the Year of the Great Earthquake and Tsunami), Red Moon Press, 2014 :

« On peut retracer les origines du kigo aux genres établis pour le Wenxian, l’anthologie chinoise de poésie et de prose en 60 volumes, que le Prince Héritier Zhaoming (501-531) édita. »

« Les poètes japonais apprirent beaucoup des poètes chinois, mais ils adoptèrent aussi les divisions et les pratiques saisonnières astrologiques de la Chine. Avec comme résultat que beaucoup de mots et de concepts de saison aujourd’hui dérivent de ce pays. »

(p. 41).

« Ritto, « l’hiver commence », (lidong en chinois) est un des vingt-quatre segments saisonniers qu’utilisaient les Chinois pour diviser l’année. »

(p. 107).

Noir et blanc

22 janvier 2017

« Si vous photographiez les gens en noir et blanc, vous photographiez leur âme. Alors qu’en couleur vous photographiez leurs vêtements. »

: Ted Grant, photo-journaliste canadien.

 

Si vous ornementez votre haïku, vous êtes dans le paraître…
Si vous le dépouillez, vous vous approchez de l’être.

 

« La poésie d’autres écoles est comme une peinture en couleurs.
Dans mon école, on devrait écrire la poésie comme si c’était une peinture en noir et blanc. »

: Bashô (1644-1694).