Archive for the ‘fleur’ Category

Pierre-Emile Durand, 2/ , in

26 août 2016

Le Japon des 4 saisons, éd du Carabe, 1998. (Extraits)

°

Le chauffeur de taxi qui admire l’instinct de l’homme (pp. 101-2) :

Profitant de l’éphémère beauté du naturel rendez-vous, les Japonais se regroupent sous l’immaculée floraison (…) C’est ainsi que les Japonais communient avec la source sacrée qu’est la nature, vitale et purificatrice à la fois.

°

Le sourire de l’homme ruiné (pp. 105-6) :

La notion de personne varie considérablement d’une civilisation à une autre et, au Japon, je suis l’autre de lautre. 

La langue française marque le sujet par le seul je; le sujet reste identique et unique, dans quelque circonstance que ce soit et face à n’importe quel interlocuteur. Défini indépendamment de la situation et de l’action qu’il va entreprendre, invariant et individualisé , le sujet occidental est le point de départ de la relation.
Par contre la langue japonaise recourt à un large ensemble de possibilités qui désignent avant tout les rôles mutuels des interlocuteurs, leurs rangs hiérarchiques, c’est-à-dire en réalité la relation que le sujet entretient avec son interlocuteur. La différence d’âge ou de position sociale, le sexe, le degré d’intimité… vont intervenir pour ainsi faire varier l’identité japonaise, par définition inexistante sans relation, indéfinie et ouverte. Face à l’ego occidental, le soi japonais est l’alter de l’alter.

°

Dans la foule un masque blanc (pp. 110-1) :

Le Japonais est avant tout membre d’une collectivité et le Français a bien des difficultés à prendre la mesure de la constante contextualisation de son comportement.

°

La couleur des pins (pp. 116-8) :

Vivant dans un espace exigu et menant une vie trépidante, il (le Japonais) mesure peut-être encore plus qu’avant le luxe que représentent un espace vide et un temps retrouvé.
Îlots de richesse intérieure où règnent encore harmonie, pureté et sérénité, les grandes traditions restent vivaces car c’est là que le Japonais retrouve encore le mystère spirituel du dépouillement. Redécouverte du vide de l’espace et de la lenteur du temps

(…)

Le Japon moderne vit dans ce que le grand architecte contemporain Maki Fumihiko a appelé l’anarchie progressive, irrationalité et aléatoire étant les deux conditions d’un dynamisme constamment renouvelé.

(…)

Pourtant, à l’aube du troisième millénaire, le beau koan du maître zen imprègne encore profondément l’âme japonaise et le regard qu’elle porte sur l’immuabilité de l’essentiel :

les pins n’ont de couleur

ni ancienne

ni moderne

°

(à suivre…)

 

Yosano Akiko (Hô Shô)(f)(1878-1942) par Makoto Ueda

8 mai 2016

in Modern Japanese Tanka, pp. 43-48 (Extraits) :

Yosano Akiko (Hô Shô), 1878-1942.

°°°

chacune avec la forme

d’un petit oiseau doré

des feuilles de ginkgo

dans le soleil du soir

volètent en bas d’une colline

dites-leur

qu’elle apprécie la vue

de la lune

une robe de gaze rose

couvrant à peine son corps

la terre a l’air

d’une magnifique

fleur de lotus

comme le soleil se lève

sur le paysage enneigé

l’aster

a fleuri

son pourpre pâle

comme la couleur de la fumée

s’élevant de ma rêverie

évanescente

comme le blanc pâle

des fleurs de cerisier

épanouies dans les arbres

ma vie ce jour de printemps

°°°

(tr. de l’anglais : D. Py)

 

Okamoto Kanoko (f) (1889-1939) par Makoto Ueda

6 mai 2016

in Modern Japanese Tanka, pp. 109-120 (extraits) :

Okamoto Kanoko (Ônuki Kano) (f) (1889-1939) :

°°°

vingt jours

de séjour dans les bois

et cependant

pas un seul arbre volontaire

pour me prendre en sa chaude étreinte

toute nue

je tiens dans ma main

une pomme rouge

la tenant dans ma main

je prends un bain matinal

des fleurs de cerisiers

fleurissant de toutes la force

qu’elles possèdent

m’obligent à les regarder

avec toute la force que je possède

comme je regarde

un bouquet de petites roses rouges

la peur au coeur

chaque fleur

se change en oeil

une fleur s’épanouit

montrant la couleur naturelle

dans laquelle elle est née

tandis que je n’ai jamais su

de quelle couleur je fleurirai

je mesure

la taille de ma tête

ne sachant pas

quoi faire d’autre

de mon propre entêtement

mon esprit éclaté

en milliers de fragments

souhaite passer

tout ce jour sur un bateau

dérivant sur la rivière

où un pommier sauvage laisse tomber

ses pétales roses

quelques petites larves

rampent sur la terre

des pétales de cerisier

chacun se désintégrant

de sa forme de fleur

se mêlent aux petits graviers

piétinés par les gens qui passent

°°°

 

Miya Shûji (1912-1986), par Makoto Ueda

6 mai 2016

in Modern Japanese Tanka, pp. 169-180 :

Miya Shûji (Miya Hajime) (1912-1986).
Prix Yomiuri de littérature en 1961.
Prix Shaku Chôkû en 1975.

Prix de l’Académie de l’Art Japonais en 1976.
Elu à l’Académie d’Art Japonais en 1983.

°°°

hors de l’ombre

vers le soleil

une volée de poules

aux nombreuses pattes

marche

soudain

au milieu d’une bataille

momentanément calme

une poule glousse

cette terrible solitude *

* ce tanka fur écrit au front, pendant le service militaire du poète en Chine.

°

des coquelicots fleuris

apparaissent dans mon imagination

et la remplissent de rouge

toutes les choses passées

emplissent mon coeur de chagrin

comme s’il venait

regarder ma peine

un scarabée de couleur bronze

tout seul

au profond de la nuit

lentement en moi

une pensée s’est durcie

en croyance

la paix mondiale ne sera jamais

le cadeau de la nature

PENDANT LA SAISON DES PLUIES :

s’en vont flottant

pailles et ordures et tout

comme si

liés pour l’éternité

à la surface de l’eau

tiges grandissant

droites, vertes et acérées

une forêt de bambous

avec parfois quelque chose

qui me fait paniquer

comme la longue

flamme d’une bougie

oscillant

et flamboyant un moment

ma jeunesse venue et en allée

sur mon chemin de retour

du travail

je m’arrête pour regarder

des légumes chez un épicier

se faire vaporiser

dans un coin

de la tonnelle ventée

des panaches de glycine

se caressent

dans une obscurité violette

mon corps

dépérit dans un lit de malade

cette douleur

ressemble à une vieille feuille

tombant d’un néflier

°°°

(Tr. d’après Makoto Ueda : D. Py).

 

Tawara Machi (1962 -), par Makoto Ueda

5 mai 2016

in : Modern Japanese Tanka, Columbia University Press, 1996, pp. 229-240.

(Extraits) :

Elle devint une porte-parole éloquente des « shinjinrui » ou « nouvelle espèce humaine », génération de Japonais qui ne montrent que peu d’intérêt pour les croyances traditionnelles, même envers l’institution traditionnelle du mariage.

Rejoignit la revue « Kokoro no hana »(« Fleurs du coeur ») en 1983. N’exerça son métier d’enseignante que pendant quatre ans, grâce au succès de son premier livre de tanka : Sarada kinenbi (L’Anniversaire de la salade) paru en 1987, qui devint immédiatement un best-seller, causant le « phénomène Tawara ». « Mon premier recueil de tanka fut pour moi, initialement, une averse venue du ciel, mais à un certain point, elle se changea en orage et faillit m’emporter », se rappela-t-elle. Son deuxième livre de tanka Kaze no tenohira (La Paume du vent) parut en 1991.

°°°

Extraits de L’Anniversaire de la salade :

regardant en l’air

vers la pluie qui tombe

soudain

j’ai envie d’être embrassée

dans cette position

la solitude

de la vie où un plus un

font toujours deux

me tombe dessus

ce jour de décembre

« jusqu’à l’âge de trente ans

je me baladerai »

tes mots

me font me demander quelle part

de ton paysage je forme

ce jour de mars

sans qu’une partie de mon coeur

n’attende le printemps

j’admire avec toi

un prunier à floraison tardive

la lettre

déborde d’amour

l’amour

qui est ce qu’il était

le jour du timbre

à partir du moment

où je finis d’écrire

et où je colle le timbre

le temps commence à couler

attendant une réponse

essayant de nettoyer

la poussière 

de ce qu’elles ont vu

je rince mes lentilles de contact

aussi minutieusement que possible

fleurs de cerisier

fleurs de cerisier fleurs de cerisier

commencent de fleurir

finissent de fleurir, et le parc

comme si rien ne s’était produit

le jour

où j’oublie d’écouter

les prévisions météo du matin

je ne suis pas contrariée

s’il pleut ou fait soleil

°°°

Autres extraits :

mon coeur

désirant blanchir

un certain temps

sort voir un lis songeur

et lui tient compagnie

comme s’il voulait desserrer

toutes les chaînes le liant

à la société

il retire sa veste de costume

sa cravate, son pantalon, sa chemise blanche

la femme

qui a mis au monde ton enfant

porte un sourire sur son visage

sur ses sourcils, ses lèvres, etcetera

une nuit de lune montante

bien que

pas assez épais pour mériter le nom

de haine

il y a un liquide opaque

qui s’accumule dans ma poitrine

figeant mon sourire

pendant une demi-seconde

je regarde

vers ton appareil photo

qui ne peut pas photographier mon coeur

arrivant

un petit peu plus tard que d’habitude

et me laissant

comme toujours déçue

le facteur

comme si

leurs oreilles étaient à l’unisson

du grondement de l’océan

les jonquilles sont en fleur

dans le village où je suis née

avec l’air serein

qu’on voit seulement après un accouchement

un pommier

ouvre grand ses mains

pour accueillir la saison de la neige

d’autant plus

qu’on ne peut pas le voir

je regarde éternellement

vers ce pays qu’on dit

se trouver de l’autre côté de l’océan

d’une manière ou d’une autre cette impulsion

de te questionner sur ton lieu de naissance

comme je marche avec toi

à travers un sombre passage

dans l’aquarium

°°°

(Choix et traduction : Daniel Py).

 

Ogiwara Seisensui 9/19 – pp. 300-2.

27 mars 2016

(…/…)

Le poète verbalisa immédiatement la situation dans les mots les plus simples possibles, parlant de lui-même à la première ligne et à propos de la nature sur la deuxième. Il mit les deux lignes côte à côte et obtint un haïku de style libre.
Il va sans dire que la division esprit-nature qui existe au stade initial du processus créatif est moins claire dans beaucoup de haïkus achevés parce que les objets de la nature sont souvent employés littéralement ou métaphoriquement, ou les deux. Le haïku suivant de Santôka consiste d’images seules :

dans ma sébile aussi

des grêlons

Un orage de grêle a éclaté alors que le poète-mendiant se pressait au bord d’une route un jour d’hiver. De petits grêlons tombèrent dans la sébile qu’il tenait; ils avaient l’air de grains blancs de riz donnés par les bienfaiteurs qu’il avait rencontrés. Instantanément l’inspiration le frappa : les grêlons étaient un cadeau du plus grand des bienfaiteurs : le ciel. Seisensui présuma : « avec une âme d’enfant, le poète tendit le bol de métal et reçut ce qui tombait du ciel. » L’esprit du poète s’était joint à sa sébile.
Un exemple séculier, par Seisensui lui-même :

chaumières :

neige

tombante

s’amassant

Expliquant comment il écrivit ce poème, Seisensui dit qu’il regardait la neige tomber, l’esprit vide. Des pensées fragmentaires se succédèrent dans son esprit : « Oh, la neige tombe – tombant sur des maisons couvertes de chaume – oh, s’entassant » Quand la « transe » fut achevée, il réalisa que sa respiration avait été parfaitement unie au rythme de la neige tombante. Il essaya de noter l’extase, telle qu’elle s’était produite, et ainsi naquit ce poème.

Ce que Seisensui appelle « FERTILISANT », dans Une Nouvelle Introduction au Haïku, peut être interprété comme un moyen d’aider les poètes amateurs à atteindre l’esprit-haïku. Par « fertilisant » il voulait dire des livres, particulièrement des recueils de haïkus par les maîtres poètes du passé. Le conseil de lire est surprenant de la part d’un poète si farouchement indépendant, mais son intention principale était d’aider les poètes-à-venir à découvrir comment des générations de poètes de haïku s’étaient immergés dans la nature. Pour lui, l’essence du haïku – en fait, de la culture japonaise – est en étroite relation avec la nature. Dans Une Nouvelle Introduction au Haïku, il fit une généralisation audacieuse à propos de l’identité de la culture japonaise :

« En général, les Occidentaux croient que « la nature » est opposée à « l’homme », que la volonté humaine doit résister à la force de la nature. Regardez leur architecture. Une maison occidentale est construite solidement, de façon à résister à l’assaut des éléments. Ses murs sont épais, ses fenêtres petites. Par contraste une maison japonaise est soutenue par de minces piliers et fermée par des portes coulissantes » * 

* Une maison japonaise traditionnelle a moins de murs extérieurs que sa contrepartie occidentale. A la place d’un mur il y a un assemblage de portes coulissantes, appelé « amado » ou « portes d’orage », qui est fermé la nuit et les jours d’orage.

« Quand les portes s’ouvrent, le vent souffle librement à l’intérieur et à l’extérieur. Ce qui sépare l’intérieur de l’extérieur n’est rien de plus que des écrans de papier que nous appelons « shôji ». Nous n’avons jamais peur de la nature, nous sentons que la nature est notre amie. Pour prendre un autre exemple : regardez les vêtements occidentaux qui couvrent le corps comme des armures; c’est comme s’ils avaient peur d’exposer leur peau. Les kimonos japonais ont des manches grandes ouvertes et sont plutôt lâches en bas. Les habits occidentaux sont faits pour protéger l’homme de la nature; les nôtres sont faits pour nous décontracter dans la nature. C’est la même chose pour les habitudes culinaires. La nourriture occidentale est placée sur la table seulement après qu’elle soit morte et absolument sûre. Au Japon, beaucoup plus de choses sont mangées vivantes, comme du poisson cru. Plus la nourriture est fraîche, plus nous l’apprécions. Ces faits prouvent encore qu’à l’Ouest la nature brute est considérée comme dangereuse, tandis qu’au Japon les gens n’ont pas peur de la nature et s’en font une amie. »

Le haïku illustrait ce trait culturel japonais, continuait Seisensui. Son contraste entre les cultures japonaise et occidentale, avec ses exemples arrangeants et ses généralisations hâtives n’est que trop familier, mais le passage aide à expliquer pourquoi, pendant tant d’années, il maintint si inflexiblement que sa poésie était du haïku et pas du vers libre. Il considérait que le vers libre était un produit de la culture occidentale, et il ne voulait pas que sa poésie y soit associée. Pour la même raison, il voulait que les étudiants débutants lisent les classiques du haïku et les utilisent comme « fertilisants » pour aider à cultiver leur « esprit-haïku ».

Seisensui déconseilla de lire sans discrimination les livres célèbres du haïku, parce qu’il pensait que certains poèmes classiques célèbres ne capturaient pas le moment-haïku vital. Il critiquait fréquemment Buson et Shiki pour cette faute. Bien qu’il fût fort au courant de leurs talents poétiques et qu’il leur vouât souvent un grand respect, il sentait qu’ils écrivaient trop souvent en tant que spectateurs, laissant rarement leurs esprits se fondre dans la nature. Par exemple, il n’aimait pas ce poème bien connu de Buson :

la pivoine tombe –

posés l’un sur l’autre,

deux ou trois pétales

Il admettait que c’était magistralement écrit, mais sentait que cela manquait de vitalité. Expliquant la raison de sa critique, il déclara : « Le poète travaille si durement à peindre la pivoine qu’il devient l’esclave de son propre dispositif… avec pour résultat qu’il réussit à créer une image intéressante de la pivoine, mais échoua à absorber sa vie dans son esprit propre. » Quelque part ailleurs, Seisensui cita huit autres poèmes de pivoines de Buson, qui ne montraient aucune trace de l’homme Buson. « Dans mon opinion », continua-t-il, « ce sont des peintures et non de la poésie. Les haïkus, étant de la poésie, devraient révéler le moi du poète. Ils devraient contenir le sens d’une union entre le sujet et le moi du poète. »

 

(à suivre…)

Haïkus, senryûs, kyôkus, etc. Py – Nov. 15 – 1):

3 décembre 2015

°

grenouille,

bredouille

– l’étang dort

l’étang dure –

Lola (la grenouille) se détend

(Lola) se défend

au saut élastique

 

La grenouille se détend,

ressort…

, se détend, s’allonge

, quelle cuisse !

La cuisse (légère ?),

aérienne !

: Etang-tatives,

étang-tations

°

(pendant ce temps-là)

le jour monte,

hausse ses couleurs, *

1er novembre.

* (hisse les couleurs…)

°

tous les premiers mercredis du mois

une minute 41 de sirène à midi

(me dit le calendrier

des sapeurs-pompiers

si la si rè

ne retentit

: fermez les fenêtres

ouvrez la radio

°

« Pour avoir des lèvres de rêve » :

la labiaplastie

ou nymphoplastie

°

Suites de son opération :*

son visage-

Halloween

* : infection,

°

L’arbre à cons…

– Vérifions si nous y sommes !…

°

Les escargots *

caracollent au plancher

* = « caracol » (: esp.)

°

De l’ogre d’Halloween

à l’orgue de la morgue ?

– Toussaint

Toussaint,

la paix des mores ? *

* / la paie des morts… /

°

… de gros grains de raisin blond…

°

balcon nogentais :

une table, deux chaises

reçoivent

la pluie

°

(Kyôku :)

Les mots du haïku

ne sont pas là pour meubler

/ combler… le vide,

… mais pour le mettre en valeur… (?)

°

un mille-pattes

luit sous le lampadaire –

lune noire dans trois jours

°

Le monde sera-t-il plus sale

après que tu l’auras quitté ?

°

depuis des années

ce mendiant aveugle

qui ne s’accompagne que de Brassens

(dans le métro)

°

papa pousse bébé tient poupée

(rue de Rome, 5/11)

°

Tout ce monde affairé :

cohue capitale

du matin

(métro, RER, …)

(et) marcher à pas lents

(escomptés…),

c’est pas la vie, ça ?

RA

LEN

TISSEZ !

°

Fête des Pères –

une femme cueille des roses

au bout des rangs de vigne

(Orly-ville, juin 15)

°

(Bashôtage :)

Mes voisins de Dnipropetrovsk,

comment vivent-ils

(ce matin à 5h35) ?

(Millau, 30/10/15)

Six jours plus tard je vois (sur W9)

l’équipe de Saint-Etienne

qui rencontre Dniepropetrovsk

en Ligue Europa de football !

(Orly, 5/11)

°

l’ho

riz

on

°

(9/2006, métro :)

Elle tricote,

on dirait,

les fils de son baladeur

°

(16/9/06 – métro parisien :)

All the jewelry

atop her breast

– my silent hands

Toute cette bijouterie

sur sa poitrine –

– mes mains sages

°

L’homme qu’a bossé,

l’homme cabossé

°

(Kyôkus :)

Haïku :

Alléger le trait

Ecrire =

se vider la tête…

Affiner le trait

Haïku :

Laisser gagner le blanc.

°

les géraniums en pleine efflorescence –

approche de la lune noire

°

le trottoir sec

mouillé sous les feuilles

°

papillon brun dans la rue

lune noire de novembre

°

dessous féminins

(:) la légèreté

du fil

°

tout l’or

°

le rythme récurrent

°

(Saori Nakajima, au kukaï de Paris :)

« Le haïku n’est pas sentimental;

le tanka, oui ! »

°

des corps de métier

suspendus

bleu sur bleu

°

horizontal un oiseau

traverse le matin –

une grue au bout du gris

°

lacet sur le trottoir –

serpent noir de l’hiver ?

°

(Sur une illustration de Mitsuru Ikeda, p. 51 de Haïkus satiriques (de Kobayashi Issa), par Seegan (Laurent) Mabesoone, éd. Pippa, 2015 :)

du bord de la rive

les grenouilles regardent la capitale

et se marrent

(: 9/11, vers 7h55)

du bord de la rive

regardant la capitale

des grenouilles se marrent

(même jour, 9h25)

°

Je viens d’écrire un senryû sur des grenouilles,

ses chaussures de sport vertes

(métro, ligne 14, 8h)

… puis le sac vert

de sa voisine…

°

détachant une feuille de géranium,

une libellule verte

s’envole de sous le balcon

°

(Tanka – devant une peinture chinoise de montagne… :)

Seul compte

le paysage qui s’ouvre devant soi

– s’oublier

un peu

°

(Avenue de Clichy :)

fondue dans un décor

d’encombrants

la mendiante

(: vers 9h40)

d’un abri-bus

quelqu’un

a aménagé son chez soi

(: 9h48)

°

(à suivre (p.45)…)

La poésie et la philosophie du cerisier : 2)

18 novembre 2014

Ryûki (?) :

chassant les cerisiers,
notre seule arme :
un pinceau

Issa :

Nous prions les dieux
pour ours et cerfs, pourquoi pas
pour la chasse aux cerisiers ?

Teitoku (1570-1653) :

pour les cerisiers
des collines tout alentour,
je veux un télescope *

* les Japonais prirent rapidement avantage de cette technologie au XVIè siècle, importée par missionnaires et marchands.

Issa :

une ligne ininterrompue
de chapeaux pour admirer les fleurs
d’ici jusqu’à Kyoto

Sôgi (1420-1502) :

pas âme
qui ne dise : nous allons
admirer les fleurs

sur des sentiers de montagne,
connus ou inconnus, un flot
d’admirateurs de fleurs

Anon (?) :

rue après rue
la floraison cracha
des pétales de cerisiers

Allez ici ou là,
toutes les routes
mènent aux fleurs

Kashiku (XVIIIè siècle) :

les panneaux d’interdiction ignorés :
chassant les fleurs
au temple

Shirao (1735-1792) :

se glissant
d’un temple à un autre :
la pleine floraison !

Tantan (1673-1761) :

Voyant un sentier
nous l’empruntons : un jardin ! :
cerisiers du temple

Kiin (1697-1748) :

écartant des branches
je tombai sur le portail de quelqu’un :
cerisiers de montagne

…/…

La poésie et la philosophie du cerisier : 1)

18 novembre 2014

Sôgi (1420-1502) :

Ce que nous ne regrettons pas :
les jours de printemps
passés à attendre

Plus nous attendons
plus nos esprits fleurissent
fleurs de printemps !

Anonyme (1630) :

Au printemps
nous regrettons tous
les jours passés à attendre

Sôseki (? – 1533) :

Aucune fleur
n’a jamais réalisé
combien nous attendons !

Teishitsu (1609-1673) :

la pluie de printemps
connaît l’esprit des hommes
qui attendent les fleurs

ou :

la pluie de printemps
partage le coeur de tous
ceux qui attendent les fleurs

Anonyme ? (1671 ?) :

montagnes de l’est
où hommes et fleurs
s’attendent

Kyorai (1651-1704) :

plus longtemps
nous attendons les fleurs,
plus se salit notre habit

Gain (1773) :

Plus l’aube approche
plus il est difficile de dormir
en attendant les fleurs

Ryôta (1707-1787) :

Le monde est cruel –
Négligez-les pendant trois jours,
et les fleurs…

Chora (1729-1781) :

Faites un somme
et les cerisiers
deviennent fleurs !

Sono-jo (1649-1723) :

Quelqu’un vint annoncer
« ils ont fleuri ! » :
la chasse aux cerisiers

Bashô (1644-1694) :

même les Hollandais
sont venus pour les fleurs
sellez mon cheval !

Seibi (1748-1816) :

trois jours :
fleurs et admirateurs
se sont dispersés

Kyôma ( ? – 1773) :

les fleurs de pruniers
tombent et ce sont les pêchers
tombent et ce sont cerisiers

Teitoku (1570-1653) :

Quand rien ne fleurit
au printemps
l’on parle cerisiers

ou :

entre prunier
et cerisier, une fleur
pour nous réjouir

Issa (1753-1827) :

aujourd’hui encore
les fleurs de cerisiers sont
sur toutes nos lèvres

Sôgi (1420-1502) :

N’attendez pas
un monde sans vent,
fleurs de printemps !

Soa (1356) :

fleurs de cerisiers
puis ce sont les humains
qu’il faut attendre !

ou :

les cerisiers fleurissent
puis ce sont les gens
qui les font attendre

ou :

après la floraison des cerisiers
c’est alors que commence
la véritable attente

Gonsui (1646-1719) :

un épisode pluvieux
notre dieu familial bâille
dans l’attente des fleurs

Tekijin (XVIIIè siècle) :

A l’aube nous partons
vers les cerisiers, cette nuit
nul ne ferme l’oeil

Tantan (1673-1761) :

désirant les voir
au matin, je dors
avec les fleurs

Shirô (1742-1813) :

C’est aussi un plaisir
d’entendre qu’elles sont en retard,
les fleurs de cerisiers

…/…

°°°

Haïbun aux tranchées – D. Py

13 mai 2014

HAÏBUN AUX TRANCHÉES.

Nous avions rendez-vous chez Valérie pour son anniversaire. Elle avait prévu un brunch, un ginko, un kukaï, et un goûter pour terminer. Le temps, couvert en début de matinée, s’était éclairci, nous permettant cette promenade espérée. Direction le parc Robinson, de l’autre côté de la Seine, que jouxtait le « Cimetière des Chiens », mais où étaient inhumés également « chats, oiseaux, lapins, tortues, hamsters, poissons, chevaux, et même singe, gazelle, fennec, maki. », comme nous l’enseigna la brochure échangée par le préposé en contrepartie de notre écot d’entrée.
Ainsi put on découvrir quelques épitaphes remarquables :
« À notre bébé chéri KIKI »,
« SUSHI Ange Poilu »,
« TAMISE, ton Waouh Waouh nous manquera toujours »,
« À mon ChatChat tant aimé »,
« KOLA dors bien »,
« Ma MAMMINE Grand amateur de fromage »…

Quelques poèmes étaient également gravés en l’honneur de ces très chéris. Je remarquai parmi ceux-ci un premier vers :
« Ici repose Dick, des tranchées compagnon fidèle »…
et revins alors sur ses dates : 1915-1929.

Le centenaire de cette boucherie était alors partout célébré. Je me remémorai ces haïkus de la Grande Guerre, lus quelques années auparavant, à la bibliothèque Carnegie de Reims, où je travaillais à l’époque. Ils venaient d’être remis au goût du jour par une anthologie opportune.

Nous étions ensuite revenus partager et commenter nos tercets respectifs, concoctés au cours de cette marche, et nous étions enfin séparés après les gâteaux festifs et le champagne.

Ce même soir, rentré à la maison, je décidai de faire l’inventaire d’une malle héritée de ma mère.
Au milieu de divers bibelots figurait un cahier de « souvenirs », ainsi qu’elle l’avait intitulé. Je ne tardai pas à le feuilleter. Une lettre qu’elle m’avait écrite un an auparavant, mais ne m’avait pas envoyée, s’y trouvait insérée. En haut de la deuxième page j’y lus : « En ce moment je me rappelle les chiens qu’on a eus et qui étaient de vrais amis ». L’énumération commençait : « Toby dit Toto le premier chien de mon enfance (sa mère « Fifine » avait été rapportée de la guerre par mon père. C’était une chienne de tranchée) »…

Quelle coïncidence, me dis-je ! Le même jour, exactement, cette visite au Cimetière des Chiens où « repose Dick, des tranchées compagnon fidèle », puis cette lettre de souvenirs mentionnant Fifine, chienne de tranchée !

Balade-haïku
Sous le pont
une Africaine en boubou
devant sa tente Quechua

Daniel Py, Orly, le 28 avril 2014.