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Les 1012 haikai de Bashô – 246-253)

23 février 2012

°
246
(À Minakuchi, tombant sur un ami pas vu depuis vingt ans)

deux vies
entre elles ont vécu
les fleurs de cerisiers

(printemps 1685)

NB : L’ami de Bashô s’appelait Hattori Dohô (1657-1730). Bashô ne l’avait pas vu depuis qu’il avait neuf ans. (…)

247
(Une vue paisible de la campagne au printemps)

un papillon ne vole
que dans un champ
de soleil

(été 1685)

NB : Cette strophe suggère que le champ était constitué de soleil. Les fleurs jaune vif du colza pourraient faire penser au soleil sur la terre.

248

l’iris « oreilles-de-lapin »
me donne l’idée
d’un poème

(été 1685)

NB : La compréhension de ce verset se complique avec la référence à un waka de Toshiharu Oseko, au chapitre neuf des Contes d’Ise.

249
(Une vue de l’anse de Narumi-gata. Par un beau et doux jour de printemps , un bateau vu très loin au large semble se mouvoir très lentement, quelquefois même être à l’arrêt. Les fleurs de pêchers d’un rose vif sont au premier plan, sur la plage.)

un bateau qui débarque
s’arrête pour se reposer sur une plage
de fleurs de pêchers

(printemps 1685)

NB : Ce poème pourrait concerner de vraies pétales de pêcher soufflées des arbres qui se posent sur la plage ou à de petits coquillages roses dans le sable, qui ressemblent à des pétales de pêcher.

250
(Un prêtre bouddhiste de la province d’Izu, Inbe Rotsû, qui voyageait seul depuis un an, en entendant parler de moi, est venu à Owari pour voyager avec moi.)

maintenant que nous sommes ensemble,
broutons des épis d’orge
avant notre voyage

(été 1685)

NB : Inbe Rotsû vécut de 1651 à 1738. Bashô utilise un terme animalier pour manger, ce qui implique aussi qu’ils mangent à même l’épi au lieu de le cuire. Il y a aussi un association entre les épis d’orge et l’oreiller d’herbes (= le voyage) puisque tous deux portent des grains.

251
(Dans les montagnes de la province de Kai)

le bûcheron
reste bouche fermée
hautes herbes gratte-langue

(été 1685)

NB : Cette plante accrochante ( : le gaillet gratteron – Galium aparine – ) pouvait grandir jusqu’à la hauteur du menton d’un homme. (Cette traduction française permet un jeu de mots supplémentaire entre la bouche fermée du bûcheron et la langue que ces gratte-langue (, autre appellation de cette plante) auraient pu atteindre.)

252
(Le prêtre Daiten, du temple Engakuji est décédé au début de l’année. J’eus du mal à le croire, mais j’écrivis une lettre à Kikaku avec le verset de déploration suivant, pendant mon voyage :)

ayant manqué les fleurs de pruniers
je me prosterne devant celles des lespédèzes
en larmes

(1685, saisons mixtes)

NB : Le prêtre Daiten vécut entre 1629 et 1685. Kikaku était un des disciples de Bashô. Le poème semble dire que puisque la fleur de prunier (le prêtre) manque, non seulement au voyage, mais aussi à la vie, Bashô se prosterne en vénération et en lamentation devant les lespédèzes. Les deutzies, traduites souvent par « lespédèzes » étaient l’une des sept herbes d’automne associées au regret, à la tristesse et à la douleur.

253
(Donné à Tokoku :)

un coquelicot blanc
un papillon arrache une aile
en souvenir

(été 1685)

NB : Tokoku, marchand de riz à Nagoya, était un des élèves préférés de Bashô. Les pétales de coquelicots sont triangulaires et tombent l’un après l’autre, de sorte qu’il peut sembler que des ailes de papillon tombent de la fleur.

°

(à suivre : 254-1012)

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40 HAIKU d’hiver – ARBRES et FLEURS – Blyth – p.1266-1281.

13 juin 2011

°
(p.1266 :)

le soleil couchant
derrière le nid de l’aigle
dans les branches du camphrier

Bonchô



chrysanthèmes d’hiver;
du son de riz tombé
autour du moulin manuel

Bashô

après les chrysanthèmes,
en dehors du radis blanc,
il n’y a rien

Bashô

°
(p.1267 :)

allant arracher les radis blancs,
le petit garçon
perché sur le bât

Bashô

à cheval sur le navet long,
je tirai de toutes mes forces :
sa petite racine !

Ginkô

l’arracheur de radis blancs
montre le chemin
avec un radis blanc

Issa

°
(p.1268 :)

dans la rivière hivernale,
arraché et jeté,
un navet rouge

Buson

des démons semant de l’orge
dans les longs rayons
du soleil couchant

Buson

ombres d’hommes
semant de l’orge
dans les longs rayons du soleil couchant

Buson

°
(p.1269 :)

désolation hivernale ;
dans la cuve d’eau de pluie
marchent les moineaux

Taigi

désolation hivernale ;
des ordures déposées
au fond de la rivière

Ichiku

parmi les arbres de l’hiver
quand la hache s’enfonça,
l’odeur !

Buson

°
(p.1270 :)

les deux rois Deva
tannés par les intempéries
au milieu des bocages d’hiver du temple Mii

Kikaku

dans le bocage hivernal
des échos
d’il y a bien, bien longtemps

Issa

°
(p.1271 :)

l’herbe de la pampa tombe :
l’oeil peut voir
le froid qui augmente

Issa

herbe de la pampa flétrie ;
il était une fois,
une vieille sorcière…

Issa

après avoir acheté des poireaux,
je m’en revins
parmi les arbres desséchés

Buson

°
(p.1272 :)

les jonquilles,
enclos dans la barrière du jardin :
Mont Tsukuba

Issa

des renards jouent
parmi les narcisses ;
claire nuit de lune

Buson

musique sacrée de nuit;
dans les feux de joie
volettent les feuilles teintes

Issa

°
(p.1273 :)

il a l’air d’avoir cent ans,
le jardin de ce temple,
avec ses feuilles tombées !

Buson

les feuilles étant tombées,
qu’elle est misérable, la glycine
du vieux temple !

Buson

de près, de loin,
on entend la voix des cascades,
les feuilles tombent

Bashô

°
(p.1274 :)

le feu pour la pêche;
les vagues lappant,
feuilles teintées qui tombent

Richô

°
(p.1275 :)

le vent apporte
assez de feuilles
pour faire un feu

Ryôkan

le chaton
immobilise la feuille
un moment

Issa

°
(p.1276 :)

les feuilles qui volent
dans le champ d’en face
provoquent le chat !

Issa

°
(p.1277 :)

les feuilles tombées ont sombré
et gisent sur un rocher
sous l’eau

Jôsô

les feuilles du chêne
sont tombées ce matin ;
cuve au soja caillé

Issa

°
(p.1278 :)

les feuilles tombent
pour pour le gagne-pain
du coucou

Issa



les feuilles tombent;
je n’ai même pas
de fût à saumure

Bashô

°
(p.1279 :)

soufflant de l’ouest
les feuilles se rassemblent
à l’est

Buson

quand le vent souffle du nord
les feuilles fraternisent
au sud

Buson

la tempête de montagne
repousse ensemble
les oiseaux aquatiques

Buson

une rafale de vent :
les oiseaux d’eau
deviennent blancs

Buson

°
(p.1280 :)

peu de gens ;
une feuille tombe ici
une feuille, là

Issa

les balayant
puis ne les balayant pas,
les feuilles tombées

Taigi

les feuilles en tombant
gisent l’une sur l’autre;
la pluie tombe sur la pluie

Gyôdai

°
(p.1281 :)

tranquillité –
un oiseau marche sur des feuilles tombées :
leur bruit !

Ryûshi

les herbes du jardin
tombent –
et gisent
ainsi

Ryôkan

°

FIN DE HAIKU (vol IV) de R.H. Blyth, Hokuseido Press, 1982.

(traduction de l’anglais : Daniel Py, 1/4/2007-13/6/2011.)

23 HAIKU d’hiver – Blyth – p.1211-1218

13 juin 2011

°
(p.1211 :)

pourquoi
certains glaçons sont-ils longs,
d’autres courts ?

Onitsura

Le bouddha sur la lande ;
du bout de son nez
pend un glaçon

Issa

°
(p.1212 :)

tempête d’hiver ;
la voix de l’eau qui jaillit
déchirée par les rochers

Buson

la tempête d’hiver
se cacha dans les bambous
et s’immobilisa

Bashô

la tempête souffle :
le visage péniblement bouffi
de quelqu’un

Bashô

°
(p.1213 :)

comme si elles touchaient une tumeur,
les branches tombantes
du saule

Bashô

rafale froide ;
de petites pierres grattent
les planches du toit

Buson

la tempête d’hiver
souffle de petites pierres
sur la cloche du temple

Buson

°
(p.1214 :)

tempête d’hiver sur la lande :
traversant sur les pierres
de la rivière

Buson

tempête d’hiver ;
on voit très clairement
les petites pierres du champ

Buson

le soleil brille clair
sur les cailloux
de la lande desséchée

Buson

écrivant un poème sur une pierre,
puis passant –
la lande desséchée !

Buson

morne et déserte,
le soleil sombre derrière les pierres
sur la lande desséchée

Buson

étincelles sur une pierre
de l’équipage du porteur de palanquin
sur la lande desséchée

Buson

°
(p.1215 :)

la tempête d’hiver
se résout finalement
dans le bruit de la mer

Gonsui

désolation hivernale :
dans un monde unicolore
le bruit du vent

Bashô

°
(p.1216 :)

sur le mont Utsu
tout est desséché, désertique :
le cheval aussi mange le gâteau de riz

Kikaku

vent d’hiver :
le cheval soudain trébuche
en rentrant au bercail

Buson

°
(p.1217 :)

la rafale sur le déclin
aiguise les rochers
parmi les cryptomeria

Bashô

dans la rafale hivernale
on appelle le masseur
en vain

Issa

sous la lune hivernale
on appelle en vain
l’aveugle

Issa

°
(p.1218 :)

la nuit le masseur
est appelé en vain,
pluie froide

Issa

froide pluie nocturne ;
on appelle en vain
le masseur

Issa

°
(p.1219 : CHAMPS ET MONTAGNES : à suivre…)

46 HAIKU d’hiver – Blyth – p.1183-1200

12 juin 2011

°
(p.1183 :)

la pluie d’hiver
nous montre ce que nous voyons
comme si c’était il y a longtemps

Buson

pluie d’hiver;
une souris court
sur le koto *

Buson

* : sorte de harpe, longue d’un mètre environ, qui se joue horizontalement.

pluies de mai ;
une souris court autour
du vieux panier d’osier

Rankô

°
(p.1184 :)

le son d’une souris
marchant sur une assiette
est froid

Buson

le bruit des dents
d’un rat qui mord du fer
est froid

Buson



dans le froid du temple,
le bruit d’une souris
mâchant de l’anis chinois

Buson



une souris
traverse une flaque
dans la tempête d’automne

Buson

sur un parapluie, crépitement des gouttes,
mais il entre à côté;
le soir s’assombrit

Ranran

°
(p.1185 :)

qui est éveillé,
sa lampe brûlant encore ?
pluie froide à minuit

Ryôta

premier gel :
un beau matin,
le goût de l’eau de riz !

Chora

°
(p.1186 :)

une baie rouge
tombée
sur le givre du jardin

Shiki

il tombe de la neige fondue ;
insondable, infinie
solitude

Jôsô

°
(p.1187 :)

la vieille mare ;
une sandale de paille échouée au fond,
neige fondue

Buson



première neige :
les feuilles des jonquilles
plient à peine

Bashô

pluie de printemps,
assez pour mouiller les petits coquillages
sur la petite plage

Buson

averse d’été
trois gouttes à peu près
sur le visage de la grenouille

Shiki

°
(p.1188 :)

première neige de l’année
sur le pont
en construction

Bashô

la première neige –
de l’autre côté de la mer,
quelles montagnes ?

Shiki

ni ciel,
ni terre,
il n’y a que de la neige
tombant sans cesse

Hashin

°
(p.1189 :)


la neige a tout pris :
des champs et des montagnes,
rien ne subsiste

Jôsô

les lumières du palais
sont restreintes
cette nuit de neige

Shiki

la neige du soir tombe,
un couple de canards mandarins
sur un lac ancien

Shiki

tandis que les volailles
dormaient,
une abondante chute de neige

Kien

°
(p.1190 :)

après qu’on a coupé les herbes de la pampa,
sur les chaumes restant,
la neige est haute

Shiki

le gribouillis sur le mur
a l’air pitoyable
ce matin de neige

Buson

°
(p.1191 :)

nous admirons
même les chevaux,
ce matin de neige !

Bashô

un long ruban de rivière
serpente à travers
la lande enneigée

Bonchô

une femme et un moine
convoyés
à travers la neige tombante

Meisetsu

°
(p.1193 :)

comme il est beau
le corbeau d’habitude odieux,
ce matin de neige !

Bashô

sur lande et montagne
rien ne remue
ce matin de neige

Chiyo-ni

allume le feu,
et je te montrerai quelque chose de beau :
une énorme boule de neige !

Bashô

°
(p.1194 :)

la boule de neige
devint finalement
énorme

Ôemaru

comme la boule de neige
devint rapidement
trop forte pour nous !

Yaezakura

°
(p.1195 :)

en forme d’okumi, *
la neige s’infiltre
jusqu’à mon oreiller

Issa

* insert de kimono qui va en s’élargissant du col vers le bas

croque-croque :
le cheval mâchant de la paille,
un soir de neige

Furukuni

le trou droit
fait en pissant
dans la neige
à la porte

Issa

°
(p.1196 :)

debout immobile
sur la route du soir,
la neige tomba avec plus d’insistance

Kitô

Allons
maintenant admirer la neige
jusqu’à tomber !

Bashô

°
(p.1197 :)

les chiens gentiment
s’écartent
sur la route enneigée

Issa

la neige que nous avons vu tomber ensemble,
est-elle tombée
cette année aussi ?

Bashô

la neige ventée
tombe et souffle autour de moi
debout

Chora

°
(p.1199 :)

devrais-je périr
sur cette lande enneigée,
je deviendrai aussi
un Bouddha de neige

Chôsui

admirant la neige
un à un
ils disparaissent
dans la neige qui tombe

Katsuri

°
(p.1200 :)

quand je pense que c’est
ma neige
sur mon chapeau,
il semble léger

Kikaku

quand je pense qu’elle est mienne,
la neige sur le parapluie
est légère

(Kikaku)

« oui, oui ! » m’écriai-je,
mais l’on continua de frapper
au portail enneigé

Kyorai

°
(p.1201 : à suivre…)

48 HAIKU d’hiver – Blyth – p.1164-1182

11 juin 2011

°
(p.1164 :)

la lune croissante
est tordue :
froid saisissant

Issa

sans compagnie,
jetée sur la lande,
cette lune d’hiver

Roseki

dans la rafale desséchante
une lune seule
roule à travers ciel

Meisetsu

°
(p.1165 :)

marchant dessus, seul
dans le froid clair de lune :
le bruit du pont

Taigi

l’ombre des arbres ;
mon ombre bouge
dans le clair de lune hivernal

Shiki



rencontrant un moine
sur le pont :
lune d’hiver

Buson

°
(p.1166 :)

neige éclairée par la lune :
où la vie
sera jetée

Kikaku

les rois Deva en faction :
le clair de lune glacé
sur leurs jambes nues

Issa

°
(p.1167 :)

pas une pierre
à jeter au chien :
lune d’hiver

Taigi

un chat errant
s’enfuit sous les avant-toits –
la lune d’hiver !

Jôsô

dans le clair de lune glacé,
de petites pierres
crissent sous les pas

Buson

°
(p.1168 :)

clair de lune hivernal ;
l’ombre de la pagode en pierre,
l’ombre du pin

Shiki

le vieil homme du temple
fend du bois
sous le clair de lune hivernal

Buson

°
(p.1169 :)

lune d’hiver –
un temple sans portail :
qu’il est haut, le ciel !

Buson

ce petit portail
fermé à double-tour :
la lune d’hiver !

Kikaku

sortant du palanquin :
au-dessus de mon portail
la lune d’hiver
haut dans le ciel

Taigi

nuit de lune :
les ombres inégales
des baguettes de la nasse d’osier

Shirao

°
(p.1170 :)

sur le toit
ils regardent un feu ;
la lune d’hiver

Shiki

plus froide même que la neige
la lune d’hiver
sur des cheveux blancs

Jôsô

rencontrai et passai
un prêtre bouddhiste de grande taille
sous la lune d’hiver

Baishitsu

°
(p.1171 :)

sous la lune d’hiver
le vent de la rivière
affûte les rochers

Chora

au son de la voix
du faisan doré
qui ne peut dormir,
la lune est froide

Kikaku

°
(p.1172 :)

première averse d’hiver :
le bambou de la crémaillère
se balance

Seira

°
(p.1173 :)

première pluie d’hiver ;
on m’appellera
« voyageur »

Bashô

il pourrait se transformer
sous la pluie d’hiver,
ce parapluie prêté par un temple !

Buson

°
(p.1174 :)

se réveiller vivant, dans ce monde :
quel bonheur !
pluie d’hiver

Shôha

la pluie d’hiver teint
les lettres sur la pierre tombale –
tristesse

Rôka

dans le jardin neuf,
les pierres
harmonieusement posées ;
première pluie d’hiver

Shadô

°
(p.1175 :)

que de personnes
sous la pluie d’hiver
courent de l’autre côté
du long pont de Seta !

Jôsô

les porteurs de javelots
les brandissent encore
sous la pluie hivernale

Masahide

°
(p.1176 :)

marchant sous la pluie hivernale,
le parapluie
me repousse

Shisei-jo

le vent ne veut pas
que la pluie froide d’hiver
tombe au sol

Kyorai

qu’elles sont affairées
sur la mer
sous la pluie,
les voiles gonflées,
les voiles affalées !

Kyorai

°
(p.1177 :)

le pêcheur :
sa terrible intensité
dans l’averse du soir !

Buson

la pluie commence à tomber :
le couvreur de la chaumière
se retourne
et regarde la mer

Jôsô

°

p.1178 :)

la pluie souffle
dans la forêt de bambous ;
c’est le soir

Seisei

étoiles sur la mare ;
l’averse d’hiver
à nouveau
frise l’eau

Sora

les rayons du soleil penchent
d’un côté de la rivière ;
d’un nuage flottant
tombe une pluie froide

Buson

°
(p.1179 :)

un taureau à bord,
le traversier *
sous la pluie d’hiver

Shiki

* = bac / ferry …

la bruine d’hiver
imbibe tranquillement
les racines du camphrier

Buson

°
(p.1180 :)

il a plu suffisamment
pour que les chaumes dans le champ
noircissent

Bashô

froide pluie d’hiver
les taureaux sur la lande
croisent leurs cornes

Rankô



se faire saucer par la pluie d’hiver
sans kasa *,
eh bien, eh bien !

Bashô

°
(p.1181 :)

la pluie d’hiver
tombe sur l’étable ;
un coq chante

Bashô

pluie froide d’hiver;
dans la voix soumise du crapaud,
malheur et affliction

Buson

les soirées des anciens
étaient comme les miennes,
ce soir de pluie froide

Buson

°
(p.1182 :)

il pleut partout sur la terre,
et encore plus
sur mon logis

Sôgi (1420-1502)

il pleut partout sur la terre
et encore plus
sur le logis de Sôgi

Bashô

°
(p.1183 : à suivre...)

26 HAIKU d’hiver – Blyth – p.1133-1145

9 juin 2011

°
(p.1135 :)
LA SAISON

début de l’hiver ;
à deux ans
je lui montre comment
tenir les baguettes

Gyôdai

je suppose
d’après l’ombre du poteau de l’étendoir à linge
que c’est l’hiver profond

Shiki

°
(p.1136)

matin froid ;
l’ombre du panier à thé
sur la clôture

Issa

aiguilles de pin tombées
dans un temple zen ;
le mois sans dieux

Bonchô

il faisait si froid,
j’ai laissé le balai de bambou
sous le pin

Taigi

°
(p.1137)

le propriétaire précédent :
je sais très bien
comme le froid le pénétrait

Issa

« les latrines sont ici »
dit le cheval ;
froid nocturne

Issa

°
(p.1138 :)

Période de Grand Froid :
si seulement c’était le huitième mois !
la lune dans le pin

Issa

nuit d’hiver ;
sans aucune raison
j’écoute mon voisin

Kikaku

°
(p.1139 :)

un couteau de cuisine à fine lame
tomba au bord du puits –
le froid !

Buson

le son de la scie
est si pauvre
ce minuit d’hiver

Buson

les poireaux
juste lavés blancs –
quel froid !

Bashô

°
(p.1140 :)

un poireau
flotte sur la rivière Ekisui –
ah, quel froid !

Buson

les blanches fleurs de prunier ;
le Kôrokan *
sent l’encre de Chine

Buson

* : Bureau Chinois, où l’on recevait les hôtes étrangers, les ambassadeurs, etc.

°
(p.1141)

le bruit
d’un rat sur une assiette –
quel froid !

Buson

un rat
tomba dans une cruche à eau :
quelle nuit froide !

Taigi

désolation hivernale ;
passant par un petit hameau,
un chien aboie

Shiki

°
(p.1142 :)

le son d’une cascade
tombant dans l’océan –
nuit froide d’hiver

Kyokusui

moins de dix ans,
l’enfant offert au temple ;
froid glacial !

Shiki

à la lumière de la chambre voisine,
assis à ma petite table à manger ;
ah, le froid !

Issa

°
(p.1143 :)

l’enfant morveux
n’a pas été « vendu » ;
quel froid !

Shiki

nuit ;
mordant le pinceau gelé
avec une dent qui me reste

Buson

°
(p.1144 :)

dans le ciel froid de l’aube
un seul pin
sur le pic

Gyôdai

°
(p.1145 :)

levant la tête
je regarde ma forme couchée ;
froid glacial

Raizan

il fait plutôt froid
nul insecte n’approche
de la lampe

Shiki

l’air est glacé ;
je presse l’enfant contre moi,
elle est si mignonne !

Shiki

°
(p.1146 : à suivre…)

52 HAIKU d’automne – Blyth – p.1033-1050

5 juin 2011

°
(p.1033 :)

assis dans le palais
écoutant la nuit
les grenouilles lointaines

Buson

devant garder la maison toute la journée,
à l’écoute du coucou
lointain

Buson

frappez la mailloche de foulage pour moi,
dans ma solitude ;
maintenant, de nouveau, arrêtez

Buson

dans une maison
une voix en pleurs ;
le son d’une mailloche de foulage

Shiki

°
(p.1034 :)

« Pourquoi ne viens-tu pas au lit ? »
dit le mari, s’éveillant ;
son de la mailloche de foulage dans la nuit

Taigi

le montreur de singes
repasse la petite veste
avec la mailloche de foulage

Bashô

ma chaumière ;
dehors,
est-ce la moisson ?

Bashô

°
(p.1035 :)

ramassant les épis tombés,
avançant
vers la partie au soleil

Buson

amassé lors d’un pèlerinage
et assemblé :
l’épouvantail

Tôrin

°
(p.1036 :)

du jour où il est né,
il est vieux,
l’épouvantail !

Nyofû

une sauterelle chante
dans la manche
de l’épouvantail

Chigetsu-ni

l’épouvantail au loin,
marche
quand je marche

San-in

juste à ses pieds
on vole les haricots –
quel épouvantail !

Yayû

°
(p.1037 :)

l’épouvantail
protègeant l’enfant au sein
du vent

Issa

dans mon vieil âge,
même devant l’épouvantail
j’ai honte !

Issa

°
(p.1038 :)

le vent de l’automne
pénètre les os mêmes
de l’épouvantail

Chôi

gelée de minuit :
je pourrais dormir, si j’empruntais
les manches de l’épouvantail !

Bashô

leurs squelettes entourés
de soie et de satin :
ils admirent les fleurs de cerisier

Onitsura

la claire pleine lune –
comme si rien d’extraordinaire,
l’épouvantail, là

Issa

°
(p.1039 :)

les moineaux de la moisson
atteints par la flèche de l’épouvantail
tombent à la mer

Shiki

l’arc de l’épouvantail
s’est tourné de l’autre côté
dans la brise matinale

Shôha

l’épouvantail
tend son arc vers
le champ d’un autre

Setsugyo

°
(p.1040 :)

même devant Sa Majesté,
l’épouvantail ne retire pas
son chapeau tressé

Dansui

l’épouvantail :
indifférent
aux rayons du soleil couchant

Shirao

où je vis,
il y a plus d’épouvantails
que de gens

Chasei

le propriétaire du champ
va voir l’état de l’épouvantail
et revient

Buson

°
(p.1041 :)

une nuit de lune
les épouvantails ressemblent aux hommes :
si pitoyables !

Shiki

l’épouvantail
a l’air humain
quand il pleut

Seibi

le riz moissonné,
l’épouvantail
a l’air transformé

Buson

°
(p.1042 :)

l’eau descendant,
comme elles semblent fines et longues,
les jambes de l’épouvantail !

Buson

au soleil du soir
l’ombre de l’épouvantail
atteint la route

Shôha

les gens, bien sûr !
mais même les épouvantails
ne sont pas droits !

Issa

°
(p.1043 :)

son chapeau tombé,
l’épouvantail
a l’air dépité

Buson

l’épouvantail,
ses pieds dans la terre inondée,
endure tout ça

Shiki

°
(p.1044 :)

son chapeau tombé,
qu’elle est sans pitié
la pluie sur l’épouvantail !

Hagi-jo

dans ce monde fugace,
l’épouvantail aussi
a un nez et des yeux !

Shiki

d’où
vient le froid,
ô épouvantail ?

Issa

°
(p.1045 :)

de toutes les choses qui existent
la plus stupide
est l’épouvantail

Shiki

l’automne avance ;
les épouvantails portent
des feuilles tombées

Otsuyû

le regardant ce matin,
l’épouvantail s’est tourné
de ce côté-ci

Taigi

°
(p.1046 :)

nous avons lié amitié –
maintenant nous devons nous séparer,
épouvantail !

Issa

l’épouvantail :
en retard pour prendre
le bateau de la moisson

Shihyaku

les moineaux volent
d’épouvantail
en épouvantail

Sazanami

°
(p.1047 :)

« Monseigneur Moineau,
c’est l’épouvantail
qui s’adresse à vous ! »

Sôseki

l’hiver venu,
les corbeaux se perchent
sur l’épouvantail

Kikaku

le vent d’automne
bouscula l’épouvantail
puis continua sa course

Buson

°
(p.1048 :)

bruit de quelque chose :
l’épouvantail
tombé de lui-même

Bonchô

la première chose soufflée
par le vent de la tempête :
l’épouvantail

Kyoroku

°
(p.1049 :)

soufflé, relevé,
resoufflé :
l’épouvantail !

Taigi

rendant l’âme
debout :
l’épouvantail

Hokushi

sous la baignoire portative :
dernière demeure
de l’épouvantail

Jôsô

°
(p.1050 :)

pourrissant :
même pas bon pour le feu,
cet épouvantail !

Shôshû

°
(p.1051-1078 : OISEAUX ET ANIMAUX : à suivre…)

17 HAIKU d’automne – Blyth – p.1026-1032

5 juin 2011

°
(p.1026)

d’un bateau regardant les feux d’artifice ;
quand les spectateurs sont partis,
l’eau de l’automne !

Shôha

solitude ;
après les feux d’artifice,
une étoile filante

Shiki

°
(p.1027 :)

un ours blessé
s’affala
près du four à charbon

Bonchô

toute la famille visite les tombes :
cheveux blancs
s’appuyant sur leurs cannes

Bashô

visitant les tombes ;
le plus jeune enfant
porte le balai

Issa

°
(p.1028 :)

visitant les tombes ;
le vieux chien
ouvre la marche

Issa

transporté par le clair de lune !
incidemment,
visitant les tombes !

Issa

écoutant la voix
du chef de chant :
un ancien

Taigi

°
(p.1029 :)

un village de pêcheurs
danse sous la lune
au sent du poisson cru

Shiki

tout le bâtiment
ayant fermé ses portes,
danse, danse !

Kikaku

la lune commence à décliner
sur quatre ou cinq personnes
qui dansent !

Buson

°
(p. 1030 :)

après les danses :
le vent dans les pins,
la voix des insectes !

Sogetsu-ni

il rasa le bandit de grand chemin
et en fit son disciple
lors d’un voyage en automne

Buson

°
(p.1031 :)


la voix claire
de la mailloche de foulage :
son écho
jusqu’aux étoiles du Nord

Bashô

°
(p. 1032 :)

marchant le long de l’étroit sentier
entendant le son lointain
de la mailloche de foulage

Buson

les feuilles tombées,
le son du moulin manuel
est lointain

Buson

les pas tant attendus :
au loin
sur les feuilles tombées

Buson

°
(p.1033 : à suivre)

52 HAIKU + 1 waka de la préface au tome IV – Blyth – p.994-1010

2 juin 2011

°
(p.994 :)

dans la vallée,
avec la jeune truite
une feuille du bambou nain
s’éloigne

Buson

calme –
des sommets de nuages
au fond du lac

Issa

devant et derrière
le Jizô Bosatsu *
des oeillets fleurissent

Issa

* Jizô est le saint patron des enfants et des voyageurs .

rosée blanche ;
au-dessus du champ de pommes-de-terre,
la Voie Lactée

Shiki

°
(p.995 :)

averse estivale –
des aiguilles de pin vertes
fichées dans le sable

Shiki



les feuilles du paulownia
toutes tombées :
les lotus en fleurs

Buson

sous l’averse printanière
mare et rivière
se sont unies

Buson

la tempête d’automne
a cessé ;
un rat nage sur la rivière

Buson

°
(p.996 :)

camélia
tombé dans l’obscurité
d’un vieux puits

Buson

dépassant la berge,
la voile effrayante,
les jeunes feuilles !

Buson

impressionnant !
pas une feuille ne bouge
dans le bosquet estival

Buson

pendant la nuit courte
s’est ouverte
la pivoine

Buson

°
(p.997 :)

en gaulant les prunes vertes,
des feuilles vertes
tombent

Buson



on voit bien le fond,
on voit bien les poissons –
profonde est l’eau de l’automne

Buson

l’eau claire :
pas assez pour une gorgée,
mais quelle merveille !

Buson

comme est calme
le verger de kakis
sous la lune ventée !

Buson

°
(p.998 :)

sur un arbre dénudé
crisse une cigale ;
les nuages menaçants

Buson

les fleurs de deutzies
tombent sur les larges feuilles
de tussilage

Buson

canards mandarins ;
une fouine épie
la vieille mare

Buson

les chrysanthèmes fanent,
une belette regarde
les poules

Shiki

chassant à coups de pieds
un renard voleur de riz ;
l’automne de l’orge

Buson

°
(p.999 :)

au milieu
de la pluie du printemps
coule
une grande rivière

Buson

l’eau du bain,
où puis-je la vider ?
la voix des insectes

Onitsura

Où mener mon cheval
dans la rivière Saho ?
Des chrysanthèmes blancs
se reflètent
sur les galets

Kageki (1768-1843)

une brise souffle
sur les poils de maigres flancs :
changement d’habits

Buson

°
(p.1000 :)

quand un pétale s’envole, le printemps s’achève

Tohô

dans les champs,
avec les oiseaux
je serai entouré de brume

Chora

bras et jambes, allongé,
quelle fraîcheur,
quelle solitude !

Issa

°
(p.1001 :)

été dans le monde ;
flottant sur les vagues
du lac

Bashô

sauterelle,
sois la gardienne du cimetière,
à ma mort !

Issa

seulement vivants,
tous deux : moi
et le coquelicot

Issa

(au jardin)

un papillon vint
et s’envola
avec un papillon

Issa

cueillette de champignons ;
levant la tête :
la lune sur la montagne

Buson

°
(p.1002 :)

tourne-toi de ce côté ;
je suis seul aussi,
ce soir d’automne

Bashô

la lune prête à sortir :
tous sont là ce soir,
les mains sur les genoux

Bashô

°
(p.1003 :)

grêlons au sol ;
les « grues nocturnes » * rentrent
aux rayons de la lune

Issa

* = prostituées du rang le plus bas.

les cueilleuses de thé
cachées dans les buissons,
entendent-elles aussi
le coucou ?

Bashô

°
(p.1004 :)

ces violettes !
comme les courtisanes doivent vouloir
voir les champs du printemps !

Ryôto

pluie d’été ;
les murs avec leurs derniers tableaux
pèlent

Bashô

je m’en vais,
tu restes :
deux automnes

Buson

°
(p.1005 :)

le colporteur itinérant :
nous dépassant
sur la lande estivale

Buson

lune des moissons –
cherchant le maître de céans :
il arrachait ses pommes-de-terre

Buson

le guide de montagne
ignore simplement
les fleurs de cerisiers

Buson

un palanquin passe,
transportant un malade :
l’automne de l’orge

Buson

°
(p.1006 :)

une brise fraîche –
la sauterelle chante
de toutes ses forces

Issa

une fleur inconnue
de l’oiseau et du papillon,
le ciel d’automne

Bashô

soir d’automne :
la vie a ses limites
mais aussi
ses moments de loisir

Buson

°
(p1007 :)

le papillon
parfume ses ailes
du parfum de l’orchidée

Bashô

sa voix s’enroue ;
les dents blanches du singe
sous la lune du mont

Kikaku



chez le poissonnier
les gencives de la brème salée
ont l’air froides

Bashô

où est la lune ?
la cloche a sombré
au fond de la mer

Bashô

°
(p.1008 :)

Si je devais mourir d’amour,
ô coucou,
chante sur ma tombe !

Ôshu *

* : il s’agirait d’une courtisane du quartier de Yoshiwara, à Edo (- dates inconnues)

°
Suit un commentaire, aux pages 1008 à 1010, du furu-ike ya kawazu tobikomu mizu no oto de Bashô :

vieille mare –
le bruit d’une grenouille
sautant dans l’eau

ou encore :

la vieille mare;
le-bruit-d’une-grenouille-sautant-dans l’eau

°

(p: 1011-1130 : suite et fin des haiku d’AUTOMNE – Champs et Montagnes… – à suivre…)

46 HAIKU de la préface au T. IV de HAIKU – Blyth – p.978-993

31 mai 2011

°
(p.978 :)

faisant du calme
mon seul compagnon :
solitude hivernale

Teiga

°
(p.981:)

regardant attentivement –
une bourse-à-pasteur
fleurit sous la haie

Bashô

dans le radis amer
qui me pique, je sens
le vent d’automne

Bashô

°
(p.982 :)

au sixième mois
le mont Arashi
pose des nuages à son sommet

Bashô

éclairs estivaux !
hier à l’est
aujourd’hui à l’ouest

Kikaku

on peut voir maintenant
quelques étoiles –
et grenouilles de coasser

Yayu

°
(p.983 :)

jetant les cendres,
les blanches fleurs de prunier
se troublèrent

Bonchô

le printemps bientôt fini,
la rose jaune blanchit,
la laitue devient amère

Sôdô

°
(p.984 :)

des fleurs de prunier ici et là,
il fait bon aller vers le nord,
il fait bon aller vers le sud

Buson

fleurs de colza ;
n’allant pas voir le prêtre,
passant juste à côté de chez lui

Buson

prétendant faire exprès
et traversant un temple –
la lune brumeuse

Taigi


(p.985 :)

élevant la hache
pour la couper –
elle bourgeonnait

Shiki

affûtant la faucille,
l’ansérine
a l’air de s’affliger

Meisetsu

froid matinal ;
les voix des voyageurs
qui quittent l’auberge

Taigi

°
(p.986 :)

des voyageurs
s’enquièrent du froid de la nuit
de leurs voix endormies

Taigi

sur le point de saisir l’eau,
je la sentis entre mes dents :
l’eau de la source

Bashô

le cheval rabat ses oreilles en arrière ;
les fleurs du poirier
sont froides

Shikô

ces fleurs de prunier,
comme elles sont rouges, rouges,
oui, si rouges !

Izen

°
(p.987 :)

le long du rivage
tombent les vagues, tombent et sifflent,
tombent et sifflent

Izen

à travers les cèdres
ouf, ouf, ouf,
souffle la brise

Izen

jour le plus chaud de l’année ;
le seul chapeau que j’avais :
volé !

Issa

nuit chaude ;
dormant au milieu
de sacs et de bagages

Issa

claire de lune d’automne :
des poux de mer courent
sur les pierres

Tôrin

°
(p.988 :)

dans la brise printanière
le héron neigeux vole blanc
entre les pins

Raizan

des souriceaux dans leur nid
couinent en réponse
aux jeunes moineaux

Bashô

herbes d’été ;
sur le sentier qui mène au temple de montagne,
des statues en pierre du Bouddha

Gojô

°
(p.989 :)

un coucou chante
parmi les ombres du soir ;
aucun bruit de bûcheron

Kozan

algues vertes ;
dans le creux des rochers,
la marée oubliée

Kitô

un temple de montagne ;
de l’eau claire coule sous la véranda,
de la mousse sur les bords

Kitô

élevant ses cornes,
le troupeau regarde les gens
sur la lande estivale

Seira

°
(p.990 :)

labourant le champ,
pas un oiseau ne siffle
à l’ombre de la colline

Buson

la cascade
tombe en rugissant
dans la verdure luxuriante

Shirô

combien de papillons
ont-ils franchi
ce mur de toit ?

Bashô

à l’aube
les baleines mugissent ;
une mer gelée

Gyôdai

°
(p.991 :)

à côté,
on a cessé de piler le mortier :
froide pluie nocturne

Yaha

le goutte-à-goutte
du seau à savon cesse :
la voix du grillon

Bonchô

le bruit de la carpe,
l’eau légèrement sombre,
les fleurs de prunier blanches

Uryû

jour de printemps ;
on ouvre les portes coulissantes
du grand temple

Gusai

ici et là
des grenouilles coassent dans la nuit,
des étoiles brillent

Kikaku

°
(p.992 :)

la pluie d’hiver
tombe sur l’étable ;
la voix du coq

Bashô

le jour s’assombrit,
gens du printemps qui descendent
du temple Mii

Gyôdai

un printemps non vu par les hommes –
au dos du miroir,
un prunier en fleur

Bashô

le coucou !
la terre des rizières colle
aux supports des sabots

Bonchô

°
(p.993 :)

un coucou siffle ;
entre les arbres,
une tour d’angle

Shihô

champs pour semer des haricots,
appentis à bois –
rien que des endroits célèbres

Bonchô

dans la tempête hivernale
le chat ne cesse
de cligner des yeux

Yasô

°
(p.994 : à suivre)