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« Le Haïku au Sénégal… » 2/6

23 février 2017

(suite)

Plutôt que de faire un topo général , je vais simplement donner quelques extraits des (nombreuses) interventions qui forment les 4/5 de ce livre, dans l’ordre de lecture :

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De l’avant-propos de  l’ambassadeur du Japon au Sénégal, S.E.M. Takashi SAITO (2007) :

« Avec des mots simples et bien agencés qui concentrent l’inspiration et donnent le rythme, le haïku, poème des saisons, fixe l’instant éphémère et l’image unifie l’événement, la circonstance, les sensations et les sentiments. Il indique aussi la présence subtile de l’être. Un haïku réussi est, pourrait-on dire, une esquisse adroite surgie de la créativité vivace du poète pour qui « l’extase sublime de l’âme » est à chaque instant possible.

Au Japon comme au Sénégal, le haïku est un mélange de beaux paysages colorés, de parfums délicats et de sons variés qui donnent des sensations vivifiantes. Le haïku caractérisé aussi par l’instantanéité est un véritable moment de synergie entre le poète et son environnement comme les autres arts du Japon tels le nô, la calligraphie, la cérémonie du thé et l’art des jardins en procurent subtilement.

(…)

Je suis persuadé que de nouveaux horizons vont s’ouvrir et que l’univers du haïku va s’élargir davantage au profit de l’amitié et de la paix dans le monde.

(…)

La parution de cet ouvrage (…) est une belle concrétisation des échanges culturels entre le Japon et le Sénégal.

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D’Akira NAKAJIMA, Ambassadeur du Japon au Sénégal , extrait de son article : « L’Afrique et le Japon vus par Senghor » :

« En 1979, l’année même de la visite officielle de SENGHOR au Japon, Sonoo UCHIDA, ambassadeur du Japon au Sénégal (poste qu’il occupa entre juillet 1977 et janvier 1981) organisa dans ce pays un premier Concours de Haïku. L’ambassadeur UCHIDA oeuvra aussi pour la diffusion de ce genre poétique, notamment en écrivant une série de plus de vingt articles critiques sur le Haïku en général et Bashô en particulier (ces articles parurent dans le quotidien Le Soleil entre octobre 1978 et janvier 1981). Par la suite, en 1983, SENGHOR lui-même fut invité à assister à ce concours. (…) Au cours de la conférence qu’il donna à cette occasion, SENGHOR félicita Chiyuki HIRAOKA (qui succéda à Sonoo UCHIDA comme ambassadeur – entre janvier 1981 et nov. 1983) d’avoir insisté sur la nécessité de respecter en langue française le nombre exact de syllabes (5/7/5) qui composent le haïku. Lui même était bien placé pour savoir combien le rythme est essentiel en poésie. (…)

(2006)

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De S.E.M. Sonoo UCHIDA, précurseur et initiateur du haïku au Sénégal et premier organisateur du concours de haïku en 1979.

(L’Ambassadeur UCHIDA est actuellement (en 2006) le Président de l’Association Internationale de Haïku qui regroupe une vingtaine d’associations à travers le monde.)

« A nos amis amateurs de Haïku au Sénégal. »

(…) Selon le premier président du jury, le professeur KANE, ancien doyen de la faculté des Lettres de l’Université Cheikh Anta Diop, le Haïku qui se compose avec des mots courts pour exprimer sa sympathie avec la nature, s’apparente ainsi à la tradition de la poésie classique sénégalaise.

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De Samba TALL, employé à l’Ambassade du Japon au Sénégal, et Lauréat du Concours International de Haïku organisé en 1990 par la préfecture d’Ehimé dans le cadre du Festival Culturel National du Japon) : « 25 années de haïku au Sénégal (1979-2005) » :

« Poème des saisons, précis, simple et raffiné, il traduit l’instant qui unit intimement le monde de la nature et celui des émotions humaines.

(…)

Au cours de ces 25 années, le Concours de Haïku, organisé par l’Ambassade du Japon avec la collaboration de l’Université Cheikh Anta DIOP de Dakar et dont la 20e édition a eu lieu en 2005, a permis aux nombreux participants de maîtriser les règles et de comprendre l’univers, l’essence et l’ambiance du haïku. (…)

Le Haïku est aujourd’hui enseigné dans les collèges et lycées comme un genre poétique caractérisé par la référence à la nature, la spontanéité, la simplicité, la concision et la rigueur. Il illustre des cours de littérature, au même titre que les poèmes classiques africains et français.

A propos du Concours de Haïku :

Après de nombreux voyages d’études aux quatre coins du Sénégal, à la recherche des origines du patrimoine culturel sénégalais et ouest-africain, l’Ambassadeur Sonoo UCHIDA comprend que les Sénégalais ont un amour et un respect profonds pour la nature, fondés sur les valeurs engendrées par leurs croyances et leurs religions traditionnelles, bien avant l’Islam et le Christianisme.
Il comprend aussi que les Sénégalais ont une croyance vivace en la force et au pouvoir spirituel du mot et de la parole, et, de plus, qu’ils ont l’habitude de composer des poèmes et des chants courts pour mettre en exergue leurs valeurs, traduire leurs sentiments et aussi leur sens esthétique. Ces chants de travail et poèmes gymniques valorisent l’honneur, le courage, l’effort, l’abnégation, etc.

(…)

En 1979, le premier Concours de Haïku a été organisé au Sénégal. La moisson a été très bonne. 60 participants dont des écrivains connus et des professeurs d’université ont proposé plus de 600 poèmes. (…)

Le haïku devenant de plus en plus populaire, et ses règles étant mieux maîtrisées, des thèmes comme le soleil couchant, l’hivernage, la jeunesse et la nature, l’aube, le jardin et la maison, la mer et le soleil, ont été proposés aux participants des concours suivants.
En 2005, plus de 700 personnes ont participé au 20e Concours de Haïku. Parmi elles, des amateurs de Haïku de France et du Canada. Des Sénégalais vivants aux Etats-Unis, en Mauritanie et au Kenya ont participé aux concours précédents. Le monde du Haïku s’élargit. »

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De Sonoo UCHIDA : « Historique du haïku » (1980) :

(…)

La langue japonaise, mélodieuse, à la manière de l’italien, se prête volontiers à la poésie légère et allusive parce qu’elle est surtout émotive et phonétiquement pauvre, ce qui favorise et multiplie les jeux de mots et les sens possibles.

(…) « Hokku », « Haikai » et « Haïku », noms qui évoquent la vivacité de ces petites pièces écrites en langue vulgaire (…)

Les vers ne doivent pas briller d’un éclat trop vif ; ils doivent revêtir un aspect naturel, discret, une teinte semblable à la patine des âges. (…)

Chaque année, à la mi-janvier, une très importante manifestation poétique appelée UTAGOKAI-HAJIME est organisée au Palais impérial, à Tokyo. « UTAGO » signifie « poète » ou plus généralement « écrivain » et « HAJIME » signifie « début » ou « commencement ». Cette cérémonie marque l’ouverture de l’année poétique au Japon. C’est une sorte de Concours national de Haïku, et des dizaines de milliers de Japonais y participent. La lecture de leurs poèmes devant les membres de la famille impériale et les plus hauts dignitaires japonais est la seul récompense des lauréats.

ORIGINE DU HAÏKU

(…)

A la période médiévale, le jeu de la composition d’un tanka par deux poètes devint populaire et fut appelé renga, c-à-d. un jeu de poèmes liés. (…)

Au cours des temps, le système s’est développé pour prendre la forme de poèmes en chaîne, c-à-d. qu’il y avait une succession continue de strophes de 17-14-17-14 syllabes, ainsi de suite. (…)

Plus tard, le hokku, la première strophe du renga, devint indépendant et se développa comme un autre genre poétique très populaire, parce que 17 syllabes furent considérées comme suffisantes pour exprimer le sentiment poétique.

En résumé, on peut dire qu’à l’origine il y a eu le tanka, et que le renga se développa, divisant le tanka en deux groupes, dont la première partie, le hokku, devint indépendante et reçut plus tard le nom de Haïku.

QU’EST-CE QUE LE HAÏKU ?

(…) Sa caractéristique fondamentale est la saisie instantanée de l’essentiel même de la nature, de l’univers ou de la vie, à travers un objet ou une expérience concrète.

CE QUE LE HAÏKU NOUS APPREND

Le haïku nous apprend à écouter attentivement et à regarder, à bien observer notre cadre de vie réel, à parler de la nature avec sincérité, avec bon goût, avec le sens du concret.

Le haïku s’adresse à la vue, à l’ouïe, à l’esprit aussi, mais dans le sens de la concision.

Le haïku, c’est aussi lapidation d’un sentiment et d’une émotion (…)

Le haïku est un exercice difficile. Pour paraphraser les Peuls, le haïku, comme toute poésie réussie, ce sont « des paroles plaisantes au coeur et à l’oreille ».

En résumé, disons que le haïku est un poème marqué par la sobriété et la brièveté. Le haïku est un poème riche de sens où le son et l’image ne sont pas absents. Le haïku ne compromet pas la beauté de la poésie cérébrale car, il est important de le souligner, après avoir atteint un haut degré de l’esprit, il revient à la banalité quotidienne.

La beauté du haïku est dans l’image : elle est également dans notre coeur : dans le sentiment, mieux dans l’émotion qu’elle suscite au fond de notre coeur.

« Sentiment » et « Emotion » : ce sont les deux idées (qui n’en font qu’une d’ailleurs) qui saisissent le poète et qu’il transmet à ses lecteurs grâce à son art. »

: Sonoo UCHIDA (1980).

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(à suivre… : « Spécificité du Haïku sénégalais », par Madior DIOUF – pp. 31-3)

 

 

 

 

 

 

« Seule compagne » – wakas – 6/6

21 octobre 2016

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Ryôkan:

(1758-1831) moine de la branche Soto du Zen. Bien que véritable maître de Zen , il ne prit jamais la tête d’un temple, vivant plutôt de son bol de mendiant et de protecteurs, marchant à travers la « campagne de neige » du nord-ouest de la province de Niigata. Calligraphe renommé, on dit qu’il pouvait également faire rebondir une balle en soie d’enfant plus haut que n’importe qui. Il prit le nom Zen de Daigu, ou Grand Idiot. La plupart de sa poésie et de sa calligraphie semble avoir été spontanée et offerte. En plus de ses poèmes en chinois, ses haïkus et ses tankas, il est célèbre pour avoir écrit sur un cerf-volant, lors d’un de ses voyages, un poème de deux lignes et quatre mots : « au-dessus des cieux / de grands vents ». Dans sa vieillesse il tomba amoureux d’une jeune nonne avec qui il échangea des poèmes d’amour. Il finit sa vie comme gardien d’un sanctuaire Shinto.

Katami tote / nani ka nokosan / haru wa hana / natsu hototogisu / aki wa momijiba

What might I leave you / as a last gift when my time comes? / Springtime flowers, / the cuckoo singing all summer, / the yellow leaves of autumn.

Que pourrais-je vous laisser

comme dernier cadeau, mon heure venue?

Des fleurs au printemps,

le coucou chantant tout l’été,

les feuilles jaunes de l’automne.

°

Yosano Akiko:

(1878-1942) une auteure prolifique de poésie, de nouvelles, d’essais, de contes, de traductions, et d’une autobiographie. Elle était à la pointe du mouvement pour les droits des femmes. Son livre le plus célèbre est un recueil de tankas principalement érotiques publié en 1901, Midaregami (« Cheveux emmêlés »).

Yuagari o / mikaze mesuna no / waga uwagi / enjimurasaki / hito utsukushiki 

Following his bath, / I gave my handsome lover / my best purple robe / to keep him from the cold. / He blushed, and was beautiful.

Après son bain,

j’ai donné à mon bel amant

ma plus belle robe pourpre

pour le protéger du froid.
Il rougit, et il était beau.

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Saigyô:

Yami harete / kokoro no sora ni / sumu tsuki wa / nishi no yamabe ya / chikaku naruran

The mind is all sky, / the heart utterly empty, / and the perfect moon / is completely transparent / entering western mountains.

L’esprit est entièrement ciel,

le coeur est totalement vide,

et la lune parfaite

est complètement transparente

en pénétrant les montagnes de l’ouest.

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Dans le waka, le langage est la plupart du temps simple; il utilise certains mécanismes comme le « mot oreiller »  ou « makura kotoba » (épithète fixe), et « mot de coupe » ou « mot pivot », kakekotoba, un jeu sur les mots à base d’homophones, créant des sens pluriels; sa thématique est restreinte; et il dépend plus de la qualité émotionnelle que du simple caractère.

Bien que les anciens poètes japonais fussent imprégnés de poétique chinoise, le tanka garda un caractère essentiellement japonais, assez différent des formes poétiques classiques chinoises plus courtes en quatre lignes de 5 ou 7 caractères.

Le haïku  en trois lignes et 17 syllabes, doit probablement plus aux versets chinois qu’au tanka. Ce pourrait être le résultat d’avoir allongé la deuxième ligne de quelques syllabes, puis de laisser tomber complètement la troisième ligne, en utilisant le « mot de coupe » pour établir la conception d’une évocation infinie.

Mis en perspective historique, le haïku est au mieux une forme de poème mineure associée à juste titre avec la littérature du Zen. Le tanka, lui, a été la forme poétique nutritive de la poésie japonaise depuis plus de mille ans.

Dans la traduction, seule la pensée survit. (Pas la forme « rigide »).

Les poètes des origines ne se restreignaient pas à une mesure syllabique absolue; quelques tankas peuvent varier jusqu’à autant que 4 ou 5 syllabes.

La poésie japonaise est brodée d’échos et de paraphrases appelés honkadori.

Le poème (de Saigyô : Sora ni naro…) nous ramène au monde réel, un  monde articulé en quelques idées essentielles nobles et simples.

… le moment éphémère pris dans le cadre temporel infini du poème. Mais (le brame du cerf, le chant du rossignol, la neige sur les fleurs de prunier…) ne sont pas des symboles. La lune est la lune.

°

Fujiwara no Ietaka (1158-1237) établit le « sentiment intensément sincère » (ushin) comme un aspect important du « style noble » qui domina l’orthodoxie poétique tout au long de la période médiévale.

Fujiwara Shunzei (1114-1204) un des poètes les plus importants du Shinkokinshû, était un ami proche et professeur de Saigyô, et un critique influent, crédité d’avoir promu la qualité du yugen, un « sentiment esthétique non exprimé explicitement », ou le sens sombre du mystère qu’on trouve souvent dans la peinture de sumi, et d’avoir ajouté l’élément de sabi, la solitude essentielle, à ses wakas.

Mibu no Tadamine (vers 920), un des compilateurs Kokinshû, est généralement crédité d’avoir introduit l’idée de yugen, (« sentiment esthétique non exprimé directement ») dans la poésie japonaise.

Motoori Norinaga (1730-1801), un desz plusgrands érudits du Japon, et son commentaire du Conte du Genji reste un monument.Il préconisa une poétique se fondant sur le Kokinshû du Xè siècle, soulignant la qualité du mono no aware, la beauté des moments provisoires.

Ono no Komachi (milieu du IXè siècle), seule femme faisant partie des « six génies poétiques ». Aristocrate de grande beauté. Sa poésie est particulièrement appréciée pour son emploi du mot « de coupe » ou « pivot » (kakekotoba).

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« Seule compagne » – wakas – 5/6

20 octobre 2016

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Ikkyû Sôjun:

(1394-1481) un des plus grands poètes et maîtres Zen de toute la littérature japonaise. Nommé à la tête du gigantesque complexe du temple Daitokuji, à Kyoto, il y régna neuf jours avant de dénoncer l’hypocrisie des moines et de les inviter à débattre leurs différents « dans les bordels et maisons de saké » où on pouvait le trouver. Grand musicien, il fut aussi l’un des plus grands calligraphes. A soixante-dix ans il tomba amoureux d’une chanteuse aveugle de quarante ans plus jeune que lui et scandalisa la communauté bouddhiste en l’hébergeant dans son temple. Il revint au Daitokuji pour superviser sa reconstruction après un terrible incendie. Lui et son entourage contribuèrent grandement à approfondir la culture japonaise: son ami Murata Shuko était le théoricien principal de la cérémonie du thé; son ami Iio Sôgi était le plus grand maître des versets liés; son ami Komparu Zenchiku apporta le Zen dans le théâtre Nô; l' »Ecole de Sôgi » de peinture était constituée entièrement d’élèves d’Ikkyû, et il révolutionna la musique du shakuhachi (flûte en bambou).

Hajime naku / owari mo naki ni / waga kokoro / umare shisuru / mo ku no ku nari

Without beginning, / utterly without end, / the mind is born / to struggles and distresses, / and dies — and that is emptiness.

Sans début,

totalement sans fin,

l’esprit est né

pour les luttes et les détresses,

et meurt — et c’est le vide.

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Ikkyû Sôjun:

Tsuyu to kie / maboroshi to kie / inazuma no / kage no gotoku ni / mi wa omou beshi

Like vanishing dew, / a passing apparition / or the sudden flash / of lightning — already gone — / thus should one regard one’s self.

Comme de la rosée s’évanouissant,

une apparition rapide

ou l’éclair soudain

d’un orage — déjà passé —

ainsi devrait-on se considérer soi-même.

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Ikkyû Sôjun:

Tsuki wa ie / kokoro wa nushi to / miru toki wa / nao kari no yo no / sumai naru keri

The moon is a house / in which the mind is master. / Look very closely: / only impermanence lasts. / This floating world, too, will pass.

La lune est une maison

dans laquelle l’esprit est le maître.

Regarde très attentivement:

seule l’impertinence dure.

Ce monde flottant, aussi, passera.

°

Ikkyû Sôjun:

Kokoro towa / ikanaru mono wo / iu yaran / sumie ni kakashi / matsukaze no oto

And what is mind / and how is it recognized? / It is clearly drawn in sumo ink, the sound / of breezes drifting through pine.

Et qu’est-ce que l’esprit

et comment le reconnaît-on?

Il est clairement tracé

à l’encre sumi, le son

de brises passant à travers les pins.

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Sôgi:

(1421-1502) fut un maître du renga (versets liés) dont les journaux de voyage furent une source d’inspiration et un  modèle pour Bashô (particulièrement pour le Oku no hosomichi, ou Le chemin étroit vers l’intérieur). Son nom est lié pour toujours à l’île de Kyushu (qu’il appelait par son nom ancien de Tsukushi) et de la Frontière septentrionale de Shirakawa.

Nagakeji yo / mono yo wa tare mo / uki tabi to / omoinasu no no / tsuyu ni makasete

Everyone’s journey / through this world is the same, / so I won’t complain. / Here on the plains of Nasu / I place my trust on the dew.

Le voyage de chacun

à travers ce monde est semblable,

alors je ne me plaindrai pas.

Ici, dans les plaines de Nasu

je me fie à la rosée.

°

Sôgi:

Onozukara naru / kotowari o miyo / yadosu to mo / mizu wa omowanu / tsuki sumite

To each thing its own / true deepest inner nature: / water does not think / of itself as the consort / of the bright moonlight it hosts.

A chaque chose sa propre

véritable nature interne la plus profonde:

l’eau ne pense pas

qu’elle est l’épouse

de l’éclatant clair de lune qu’elle accueille.

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Sôchô:

(1448-1532), élève et compagnon de Sôgi pendant plus de 40 ans, adepte d’Ikkyû, auteur de journaux de voyage qui influencèrent Bashô et d’autres. Si ses renga sont moins policés que ceux de Sôgi, son esprit est plus original. Comme Ikkyû il faisait un pied-de-nez aux conventions, étant le père de deux enfants bien qu’appartenant à une secte célibataire Shingon.

Ika ni sen / mono kakisusabu / te wa okite / hashi toru koto to / shiri noguu koto

Now what can I do? / My writing hand in a cast / is useless — / can’t manipulate chopsticks, / can’t even wipe my ass!

Maintenant que puis-je faire?

ma main qui écrit dans un plâtre

est inutile —

ne peut pas manipuler les baguettes

ne peut même pas torcher mon cul!

°

(à suivre…)

 

« Seule compagne » – wakas – 4/6

20 octobre 2016

°

Jusammi Chikako:

(vers 1300), courtisane, et disciple de Kyôgoku Tamekane. Son poème dans ce livre est tiré de la 14ème anthologie impériale, Gyôkuyôshû (vers 1313).

Nobe toki / obana ni kaze wa / fukimichite / samuki yubi ni / aki zo kureyuku

From over the moors, / the wind stirs the pampas grass / along this narrow road, / and the evening sun grows cold, / and autumn begins to close.

De sur les landes,

le vent agite l’herbe des pampas

le long de cette route étroite,

et le soleil du soir se refroidit,

et l’automne commence à partir.

°

Kyôgoku Tamekane:

(vers 1252-1316) soeur aînée de Kyôgoku Tamekane, connue principalement pour ses poèmes d’amour.

Tori no michi no / ato naki mono o / omoitachite / hitori shi nakedo / hito shirameya mo

Like a bird’s sky-road / which leaves no trail in the air, / my life, too, shall go / unnoticed, and if I cry, / will anyone know or care?

Comme la route céleste d’un oiseau

qui ne laisse aucune trace en l’air,

ma vie aussi partira

sans qu’on s’en aperçoive,

et si je pleure,

qui saura ou se souviendra?

°

Kyôgoku Tamekane:

Koto no ha ni / idete urami wa / tsukihatete / kokoro ni komuru / usa ni narunuru

Once my bitterness / has found its way into words, / it dissipates, / running deep into my heart, / anger replaced by sadness.

Une fois que mon amertume

a trouvé son chemin de mots,

elle se dissipe,

courant profondément dans mon coeur,

la tristesse remplace la colère.

°

Kyôgoku Tamekane:

Ika narishi / hito no nasake ka / omoiizuru / koshitakata katare / aki no yo no tsuki

Sometimes I wonder / what thoughts, what feelings he knew / as he was leaving. / Telle me what you remember, / poor cold, silent autumn moon.

Quelquefois je me demande

quelles pensées, quel sentiments il avait / en partant. / Dis-moi ce dont tu te souviens,   / pauvre lune froide et silencieuse d’automne.

°

Kyôgoku Tamekane:

Ume no hana / kurenai niou / yûgure ni / yanagi nabikite / haruzame zo furu

De pâles fleurs de prunier

parfument subtilement le soir,

tissant l’ombre et la lumière.

Les saules étirent leurs doigts.
Les pluies de printemps continuent de tomber.

°

Kôhô Kennichi:

(1241-1316) fils de l’Empereur Go Saga. Membre du groupe Gozan (Cinq Montagnes) de poètes Zen à Kyoto, contribua à plusieurs anthologies impériales, et professeur de Musô Soseki.

Ware dani mo / sebashi to omou / kusa no io ni / nakaba shashiiru / mine no shiragumo

Here in a thatched hut / hidden among mountain peaks, / with barely room for one, / I’m suddenly invaded / by wandering white clouds

Ici dans une chaumière

cachée au milieu des pics montagneux,

avec à peine assez de place pour un seul,

je suis soudain envahi

de nuages blancs errants

°

Musô Soseki:

(1275-1351) fut, avec Saigyô, Ikkyû et Ryôkan, un des grands poètes Zen de toute la littérature japonaise. Sous la férule de Kôhô Kennichi, il atteignit l’éveil en 1305. Il fonda le Temple Tenryu, à l’ouest de Kyoto, en 1339.

Furusato to / sadamuru kata no / naki toki wa / izuku ni yuku mo / ieji nerikeri

Sometimes, while wandering, / when I cannot find which road / leads back the way I came, / the road goes anywhere, / and anywhere at all is home.
Quelquefois, errant,

quand je ne peux pas trouver quel chemin

retourne d’où je suis venu,

le chemin va n’importe où,

et n’importe où est chez soi.

°

(à suivre…)

« Seule compagne » – wakas – 3/6

20 octobre 2016

°

Fujiwara no Teika:

(1162-1241) Devint un éditeur important en littérature, rassemblant et publiant beaucoup de textes anciens dont le Genji monogatari, des journaux, des essais, et de la poésie pour le Shin chokusenshû (La Nouvelle anthologie Impériale) en 1232, ainsi que l’anthologie la plus populaire au Japon, Hyakunin isshu (De cent poètes, un poème).

Monon omowanu / hito no kike kashi / yamazato no / kôreru ike ni / hitori naku oshi

You fail to think / on the transience of things, / listen: do you hear, / in that far mountain village, / a duck cry on the frozen pond?

Toi qui échoues à penser

à la fugacité des choses,

écoute: entends-tu

dans ce village éloigné de montagne

le cri d’un canard sur la mare gelée?

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Dôgen Kigen

(1200-1253) étudia le Zen en Chine et devint un des écrivains et enseignants les plus influents de la tradition Zen. Son impact sur la pratique américaine du Zen a été encore plus important.

Ashibiki no / yamadori no o no / shidario no / naganagashi yo o / aketekeru kana

Longer than the tails / of wandering mountain pheasants / on foot-weary hills, / the long night lies before me, / though it too leads into dawn.

Plus longue que les queues

de faisans errants des montagnes

sur des collines ardues,

la longue nuit est devant moi,

bien qu’aussi elle mène vers l’aube.

°

Jakuren :

(1139-1202) Prêtre et poète du Shinkokishû; neveu de Fujiwara Shunzei.

Sabishisa wa / sono iro to shi mo / nakarikeri / maki tatsu yama no / aki no yûgure

Call it loneliness, / that deep, beautiful color / no one can describe: / over these dark mountains, / the gathering autumn dusk.

Appellez-la solitude,

cette belle couleur profonde

que nul ne peut décrire:

sur ces montagnes sombres

descend le crépuscule d’automne.

°

Kyôgoku Tamenori

(1227-1279) père de Kyôgoku Tamekane et fils de Kyôgoku Tameie et de sa veuve, la poétesse connue sous le nom de Nonne Abutsu.

Aki fukuru / asaji ga niwa no / kirigirisu / yo ya samukarashi / koe yowariyuku

Autumn nearly gone, / hidden in my garden grass, / some crickets remain. / It must be growing cold: / their songs are getting faint.

L’automne presque en allé,

cachés dans les herbes de mon jardin,

restent quelques grillons.

Il doit faire de plus en plus froid:

leur chant s’amenuise.

°

La nonne Abutsu:

(1222-1283), femme de Kyôgoku Tameie, entra dans un monastère bouddhiste après sa mort.

Saki no yo ni / tare musebiken / shitashimo no / tokenu tsurasa o / mi no chigiri to wa

In what previous life / did someone assigne this fate: / under sash so tight, / and condemned to live alone / with no one to untie it.

Dans quelle vie antérieure

quelqu’un a-t-il imposé ce destin:

ceinture du dessous si serrée,

et condamnée à vivre seule

sans personne pour la dénouer.

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Reizei Tamesuke:

(1263-1328) fils d’Abutsu et de Kyôgoku Tameie, et poète important.

Tarachine no / oi no yowari ni / mumareaite / hisashiku sowanu / mi o zo uramuru

Already Mother’s / breasts hung low with the years / when I was born. / Now I shall live to mourn her / through a lifetime’s falling tears.

Les seins de Mère

déjà pendants du poids des ans

quand je naquis.

Maintenant je vivrai pour la pleurer

toute une vie de larmes tombantes.

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L’Empereur Retiré Fushima:

(1265-1317) régna pendant la période Kamakura tardive (1287-1298), protecteur de Kyôgoku, il lui commanda l’édition de l’anthologie impériale Gyokuyôshû. Un des souverains les plus érudits et éclairés.

Koyoi toe ya / nochi no ikuyo wa / ikutabi no / yoshi itsuwari to / naraba naru tomo

Come back, love, tonight. / Whether all your lovely vows / prove to be empty / on dark nights like these, oh, / come back, even if you lie.

Reviens, amour, cette nuit.

Même si tous tes aimables serments

s’avèrent être creux

lors de nuits sombres comme celles-ci, oh,

reviens, même si tu mens.

°

(à suivre…)

 

 

 

 

 

« Seule compagne » – wakas – 2/6

20 octobre 2016

Fujiwara Okikaze:

(autour de 900), également célèbre pour ses peintures sur écrans et pour sa musique.

Tare o ka mo / shiru hito ni semu / takasago no / matsu mo mukashi no / tomo naranaku ni

Where shall I turn now / when I am in need of a friend? / At Takasago, / even aging stately pines / cannot replace lost friends.

Où me tournerai-je maintenant

quand j’ai besoin d’un ami?

A Takasago,

même les majestueux pins âgés

ne peuvent pas remplacer les amis perdus

°

Saigyô:

(1118-1190) né dans une branche mineure du clan Fujiwara, famille célèbre par les soldats qu’elle a donnés, lui prononça ses voeux bouddhistes dès l’âge de 23 ans. C’est l’un des pionniers de ce qu’on peut appeler la poésie zen de la nature. Son influence sur des poètes tels que Bashô, Ikkyû et Ryôkan fut grande.

Hitori sumu / katayama kage no / tomo nare ya / arashi ni haruru / fuyu no yo no tsuki

Living alone now / deep in these mountain shadows, / you are my companion / once this storm is weathered, / dear old cold winter moon.

Vivant maintenant seul

au fond des ombres de ces montagnes,

tu es ma compagne

une fois que cet orage s’est calmé,

chère vieille lune froide d’hiver.

°

Saigyô :

Ishinabete / mono o omowanu / hito ni sae / kokoro o tsukuru / aki no hatsukaze

Even among those / who think themselves indifferent / toward most things, / it touches the very soul, / this first cool autumn wind.

Même chez ceux

qui se pensent indifférents

à la plupart des choses,

le premier vent frais d’automne

touche l’âme même.

°

Saigyô :

Fukaki yama ni / kokoro no tsuki shi / suminureba / kogami ni yomo no / satori o zo miru

Deep within the mountains, / the mind’s moon brightly shines, / its light mirroring  / all things everywhere, itself / mirrored in the enlightened mind.
Au profond des montagnes,

la lune de l’esprit brille clairement,

sa lumière reflétant

toutes choses partout, elle-même

reflétée dans l’esprit éveillé.

°

Saigyô :

 Sora ni naru / kokoro wa haru no / kasumi nite / yo ni araji tomo / omoitatsu kana

He whose heart and soul / are at one with the great Void / steps into the mist / and suddenly thinks himself / stepping right out of this world.

Celui de qui le coeur et l’âme

ne font qu’un avec la grande Vacuité

avance dans le brouillard

et soudain pense qu’il

ne fait que sortir de ce monde

°

Saigyô :

Shi nite fusamu / koke no mushiro o / omou yori / kanete shiraruru / iwakage no tsuyu

Dead, I’ll lie forever / alone beneath a blanket / of cold moss / remembering what is learned / only from dew and dark stone.

Mort, je reposerai pour toujours

seul sous une couverture

de mousse froide

me rappelant ce qu’on apprend

seulement de la rosée et de la pierre sombre.

°

Kamo no Chômei

(1153-1216) « abandonna le monde » pour vivre dans une hutte dans les montagnes occidentales à distance de marche de Kyoto. Auteur de Hôjoki, un rapport sur la vie dans une « hutte de quatre pieds carrés », et du Mumyôshô, un des premiers manuels de poésie. Il chronique l’incendie dévastateur de la capitale en 1177, et la famine qui dura deux ans à partir de 1181.

Makura tote / izure no kusa ni / chigiru ran / yuku o kagiri no / nobe no yûgure

Needing a pillow, / where shall I find grasses / that I can bind? / Wherever I’m bound to go, / this evening moor is home.

Ayant besoin d’un oreiller,

où trouverai-je des herbes

que je peux rassembler?

Où que je doive aller,

cette lande du soir est ma demeure.

°

(à suivre)

« Seule compagne » – wakas – 1/6

20 octobre 2016

D’après Only CompanionJapanese Poems of Love and Longing,

traduits par Sam Hamill, Shambhala Centaur Editions, 1997.

°

Bashô :

Omokage ya / oba hitori naku / tsuki no tomo

Now I see her face, / the old woman, abandoned, / the moon her only companion.

Maintenant je vois son visage, / la vieille femme, abandonnée, / la lune pour seule compagne.

« L’observateur, l’observée, la lune — ce ne sont pas trois choses, mais une seule : un moment d’épiphanie, un petit éclair de kenshô ou illumination soudaine. Mais le sens, l’expérience authentique du poème, se trouve seulement en nous-mêmes. Et commence avec la qualité de notre écoute. » (Sam Hamill).

°

Sugawara Michizane :

Furu yuki-ni / iro madowasru / ume no hana / uguisu nomi ya / wakite shinoban

When the snow begins / to fall, it has the color / of white plum blossoms — / only the bush warbler knows / the one from the other.

Quand la neige commence

à tomber, elle a la couleur

de blanches fleurs de prunier —

seul le rossignol distingue

l’une de l’autre

°

Otomo Kuronushi :

Kagamiyama / iza tachiyorite / mite yukamu / toshi henuru mi wa / oi ya shinuru to

On Mirror Mountain / I pause a while to reflect / on all I have done — / survived these many years / just to become an old man

Sur la Montagne du Miroir

je m’arrête un moment pour réfléchir

à tout ce que j’ai fait —

survécu ces nombreuses années

pour seulement devenir un vieil homme

°

Furu no Imamichi

(fin du IX siècle), occupa différents postes gouvernementaux pendant plus de quarante ans.

Ominaeshi / ushi to mitsutsu zo / yukisuguru / otokoyama ni shi / tateri to omoeba

Traveling this road, / one suspicious eye / watches the maiden flowers: / here, on a mountain named Man, / they prosper and multiply.

Voyageant sur cette route,

un oeil méfiant

regarde les valérianes:

ici, sur un mont appelé L’Homme,

elles croissent et prospèrent

NB: « ominaeshi », « fleur-de-demoiselle »…

°

Ôshikôchi no Mitsune

(début du Xè siècle), connu pour avoir écrit des poèmes avec Tsurayuki, Tadamine, et d’autres poètes de cour, et pour ses excursions sur les différents sanctuaires et autres sites célèbres. 193 de ses poèmes ont survécu dans différentes anthologies.

Tsuma kouru / shika zo naku naru / ominaeshi / ono ga sumu no no / hana to shirazu ya

Filled with his longing, / the stag cries from the mountain: / he is unaware / of the fields where he roams: / blossoming maiden flowers.

Empli de langueur,

le cerf brame de la montagne:

il est inconscient

des champs qu’il parcourt:

valérianes en fleur.

°

Ariwara no Narihira

(825-880) Cinquième fils du Prince Abo, lui-même fils de l’Empereur Heizei et de la Princesse Ito. Mais Narihira et ses frères perdirent leurs titres de nobles en 826. Elégant et totalement complaisant, il figure en bonne place dans les Contes d’Ise. C’était l’un des « six génies poétiques » (« rokkasen »).

Tsuki ya aranu / haru ya mukashi no / haru naranu / wa ga mi hototsu wa / moto no mi no shite

Is that the same moon ? / Is this the same old springtime, / the same ancient spring? / And is this not my body, / the same body you once knew?

Est-ce la même lune?

Est-ce la même vieille époque du printemps,

le même vieux printemps?

Et n’est-ce pas mon corps,

le même corps que tu connus autrefois?

°

(à suivre…)

 

 

 

Le tanka japonais moderne 2/6 par Makoto Ueda

15 avril 2016

par Makoto Ueda. Columbia University Press, 1996.

…/… Introduction :

Le tanka par des écrivains de fiction. (p. xxii) :

La réforme du tanka fut également aidée par quelques auteurs qui écrivaient de la poésie en 31 syllabes comme leur forme d’expression littéraire secondaire. Ils incluent deux écrivains de prose de fiction pré-éminents : Mori Ôgai (1862-1922) et Okamoto Kanoko (f.) 1889-1939)… qui, grâce à leurs séjours en Europe, apportèrent des éléments non-traditionnels à leurs waka. (Okamoto Kanoko célèbre avant tout la sexualité féminine, un peu à la manière de Yosano Akiko).

Le tanka par des poètes vers-libristes :

Kitahara Hakushû (1885-1942), comparant la poésie du tanka à une pierre précieuse, commenta : « Je voulais ajouter une touche nouvelle de symbolisme français à cette vieille gemme verte. »

Miyazawa Kenji (1896-1932). Bien qu’il ait commencé par écrire du tanka sous l’influence de Takuboku, il voulait y présenter une réalité poétique plus cosmique et visionnaire que son mentor. L’imagerie qui domine dans son tanka est plus semblable à celle qu’on voit dans la poésie moderniste de la maturité. Il était en avance sur son temps pour le tanka, aussi bien que pour le vers libre.
Le mouvement de l’aile gauche du tanka :

La Ligue des Ecrivains Prolétariens Japonais fur formée en 1925, pour devenir l’année suivante la Ligue des Artistes Prolétariens. En 1928 la Ligue des Poètes du Tanka Emergeant devint ensuite la Ligue des Poètes de Tanka Prolétariens. Leur but immédiat était de renoncer à la tradition existante du tanka, qui, à leurs yeux, encourageait la continuité de la bourgeoisie, et de la remplacer par un nouveau genre de tanka enraciné dans les vies des prolétaires. Le nouveau tanka, ressentaient-ils, devait présenter la situation critique des travailleurs et exprimer leur désir de changement social. Dans la forme, ils préféraient le tanka vernaculaire, de style libre, qu’ils considéraient comme plus proche de la langue des gens du commun.

ces poètes de waka d’avant la réforme, qui imitaient simplement les émotions conventionnelles contenues dans de célèbres poèmes des premières époques.

Les tanka des gauchistes avaient l’air différent des waka traditionnels puisqu’ils s’écrivaient sous une forme libérée des restrictions syllabiques.

… La popularité du tanka de style libre déclinna aussi rapidement (après 1932).

Okuma Nobuyuki (1893-1977) était plus humanitaire qu’idéologique. Il conserva la prédilection des gauchistes d’écrire des tanka sans restrictions syllabiques

Les modernistes : 

(à suivre… p. xxvii)

 

La Déclaration de Matsuyama – 5/12 –

1 mai 2014

19) Maintenant se pose la question des kigos (mots de saison). Comme nous l’avons mentionné précédemment, le haïku est un « don de la nature », et au Japon, les saisons et la nature sont étroitement liées. C’est pour cette raison que le kigo est indivisible du haïku. Alors qu’il est extrêmement important de décrire la nature en percevant la relation qui existe entre la nature et les humains en se basant sur la finesse propre au haïku, cela ne doit pas nécessairement se faire sous la forme du kigo. Autrement dit, quand nous parlons du haïku d’une perspective globale, les contenus du haïku auront un lien plus proche avec les caractéristiques locales de chaque pays.

20) Par conséquent, lorsque le haiku s’élargit au reste du monde, il est important de le traiter comme un poème de forme courte et d’employer des méthodes appropriées à chaque langue. Pour qu’un poème soit reconnu partout dans le monde comme haïku, il doit être de forme courte et avoir l’esprit essentiel du haïku.

21) Nous croyons en la possibilité de naissance de nouvelles techniques telles que la forme fixe et le kireji, qui soient caractéristiques d’une langue particulière et appropriées à l’expression de l’esprit du haïku. Par exemple, le sonnet français commença en tant que poème long, mais quand Tachihara Michizo l’introduisit au Japon, il le raccourcit et réussit à produire un sonnet de style japonais. Les poètes occidentaux peuvent faire la même chose avec le haïku. De nos jours, il est courant en Occident d’écrire le haïku sur trois lignes. Cela crée un espace différent du haïku japonais écrit sur une seule ligne verticale, ce qui permet une perception inconsciente instantanée. Mais qu’y a-t-il d’erroné à changer le nombre de lignes si le style d’écriture est approprié à cette langue particulière ? En d’autres termes, « teikei » signifie trouver « l’ordre interne de la langue » pour la poésie, qui pourrait être universel.

22) Le fait que le haïku est, par essence, une poésie symbolique qui a cessé d’être verbeuse et bavarde, est reconnu partout dans le monde. Le kigo est l’accumulation d’une longue tradition de sensibilité poétique qui a continué de grandir depuis la naissance du waka. Pour parler globalement, c’est un « mot-clé qui possède un sens symbolique propre à sa culture particulière ». Assurément, toutes les cultures possèdent des mots-clés symboliques qui leur sont propres et qui ont été entretenus à travers leur histoire. Dans ce contexte, on peut décrire le haïku comme étant un poème universel qui s’exprime essentiellement par le « symbolisme ». Nous pouvons relever aussi que la tendance récente du haïku japonais moderne de s’affiner en tant que poème symbolique va dans le sens de cette direction globale.

23) Dans le cas du Japon, les Renju, comme précédemment expliqué, ont beaucoup contribué à l’acceptabilité de « mots couramment partagés », tels que les kigos. Cela montre la voie vers la possibilité d’utiliser des non-kigos de la même manière que des kigos, si ces non-kigos sont des mots couramment partagés par cette communauté. Même quand un non-Japonais écrit un haïku dans une langue non-japonaise, et même s’il le fait en tant que poète individuel isolé, il ne pourra pas ignorer l’utilité de « mots couramment partagés », qui, à cause de leur fonction symbiotique, ont beaucoup à transmettre.

(À suivre : V. LES « OMBRES » ET LES « ÉCHOS » DANS LES OEUVRES DE POÈTES ÉMINENTS DANS LE MONDE.)

Glossaire de termes relatifs au haïku – 1)

28 avril 2014

(cf pp. 411-420 de BASHÔ The Complete Haiku Ed. Kodansha Int., 2008 :)

AGEKU : Nom du dernier verset d’un renga. C’est le lien qui essaie de résumer le poème entier avec une référence qui renvoie au verset initial.

AWARE : La capacité d’un objet à toucher les émotions de quelqu’un, souvent avec du pathos ou de la tristesse. Votre drapeau natal possède « aware » ; celui, mieux conçu, d’un autre pays ne la possède pas.

BASHÔ : Bananier. Nom de plume du poète Matsuo Kinsaku, inspiré par son émerveillement devant cet arbre que lui avait offert un disciple. Il se situait à l’extérieur de la fenêtre de sa nouvelle maison, dans la banlieue de ce qui est aujourd’hui Tokyo, et il fut source de son inspiration. Bashô était Maître de renga, Poète des Poètes, Légende de la littérature japonaise.

CHÔKA : poème long, de structure en 5/7/5 – 7/7 unités rythmiques (« mores ») des strophes d’un renga écrit par une seule personne. C’était le genre le plus en vogue il y a environ un millier d’années. Mais le chôka n’a ensuite connu que de brèves remises en vigueur, à différentes époques.

DAI : Sujet. Le sujet du poème est noté soit dans le premier verset, soit dans une préface. Cela signifie que les poètes ont décidé de convenir d’un thème d’écriture.

DAISAN : Troisième. Dans le renga, le troisième verset, qui se termine (en anglais) par un verbe (souvent un gérondif).

DOKUGIN : Une séquence de haïkaï ou un renga écrit par une seule personne.

ENGO : Association verbale. Ce sont des mots dont on pense qu’ils s’associent par le sens, l’usage ou le son. Les équivalents (anglais) sont les homonymes et les synonymes.

FUEKI : Le changement. Un des buts que Bashô se fixait pour sa manière d’écrire des haïkaï.

FÛGA : L’esprit d’élégance et de raffinement qu’on s’attendait à trouver en Arts et en Poésie. Bashô donna ce nom à son style d’écriture de poèmes uniques, afin de les élever au rang des waka et des renga.

FÛRYÛ : « Folie », dans le sens où le poète ou l’artiste est si dévoué à son art que ses actions paraissent « folles » aux yeux des autres. Concept selon lequel l’artiste est différent et en dehors du monde ordinaire des gens « sensés » et qu’il a donc le droit et le devoir de vivre ainsi.

FURIMONO : Choses qui tombent. Classification de matériaux pour le renga, auxquels on associe les « choses qui tombent » telles la pluie, la neige, les feuilles et la rosée. Le contraire en est SOBIKOMONO : les « choses qui s’élèvent », telles que la brume, la fumée et les nuages.

(À suivre…)