Archive for the ‘tanka’ Category

Compte-rendu du 128e kukaï de Paris

25 juin 2017

du 24 juin 2017, au Bistrot du Jardin (33 rue Berger, 75001).

En présence de 18 personnes, 34 haïkus ont été échangés. 23 ont obtenu une ou plusieurs voix : 3 à 4 voix, 9 à 3 voix, 4 à 2 voix et 7 à 1 voix.

°

Avec 4 voix :

métro bondé –

la mouche affolée

cherche une place

: Philippe Macé ;

son sourire 

d’une oreille à l’autre

– mousse au chocolat

: Patrick Fetu ;

un tour chez IKEA –

meubler le vide

d’un dimanche

: Philippe Macé.

°

Avec 3 voix :

entre les deux rosiers blancs

un papillon blanc ?

: Daniel Py ;

Jour d’été –

un coquelicot s’enracine

à la grille d’égout

: Danièle Etienne-Georgelin ;

le bleu du lin

caresse

le bleu du ciel

: Philippe Gaillard ;

le bruit sombre du clapot

cendres dispersées

: Patrick Fetu ;

merle en silhouette

le choeur de l’aube

entonne le jour

: Eléonore Nickolay ;

Métro du soir

L’odeur du lilas

Répand des sourires

: Christiane Bardoux ;

polar –

sur la page du crime

une tache de vin

: Minh-Triêt Pham ;

rappel de paiement

le sourire du facteur –

gratuit

: Eléonore Nickolay ;

sentier fleuri –

deux chiens se reniflent

le derrière

: Michel Duflo.

°

Avec 2 voix :

deux cyprès penchés

tendrement vers la lune

écoutent un piano

: Philippe Bréham ;

fête médiévale –

toujours sur sa tablette

le chevalier

: Minh-Triêt Pham ;

sous la canicule

les jardins morts de soif

les migrants aussi

: Annie Chassing ;

une feuille vert tendre

de plus à l’arbuste…

une aile de papillon

: Marie-Alice Maire.

°

Avec 1 voix :

Canicule –

Le chat tire un maillot humide

de l’étendoir

: Danièle Etienne-Georgelin ( – « retravaillé ».)

dans le mauve 

du bougainvillier

déjà l’été

: Michel Duflo ;

dans son esprit

le temps

ramassé

: Valérie Rivoallon ;

fête de la musique –

l’aube

sans le merle

: Annie Chassing ;

Jacquemart-André

Les Vénitiens de Tiepolo

Etudient le menu

: Dominique Durvy ;

jardin de ville

le gendarme joue

à saute-mouches

: Marie-Alice Maire ;

pluie torrentielle –

abritée sous le ceiba

l’araignée sous moi

: Valérie Rivoallon.

°

Nous remercions Annie Chassing de nous avoir confectionné – et distribué des grenouilles en origami !

Nous saluons Ben Coudert, venu au début de notre séance nous présenter son premier (et dernier) né : La revanche des petits riens, Ed. Unicité, 2017.

D’autres recueils ont été présentés :

Entre Ciel et Mer, de Patrick Fetu (Ed. Unicité),

Alsace-Vietnam, de Christiane Ranieri et Minh-Triêt Pham (Ed. Unicité),

Haïku, vol. 1 (« La Culture Orientale ») de R.H. Blyth, traduit en français par D. Py (Ed. Unicité.)

Passion Haïku et Horizon Haïku, deux anthologies contemporaines de haïku, Ed. Pippa (2017).

°

Certains d’entre nous sommes enduites allés à la librairie Pippa, pour une lecture par le groupe « Haïkoustics » (en l’occurrence Valérie Rivoallon et Philippe Gaillard) de haïkus de recueils publiés (ou republiés) en 2017 : En plus d’extraits d’Alsace-Vietnam et d’Entre Ciel et Mer mentionnés plus haut, ont été lus certains de Bulles de Musique de D. Py (Ed. Pippa, 2013, 2017) et de Les Haïkus de la Corde à linge (Dir. Danièle Duteil) de la revue Rivalités (Québec), janv. 2017.

°

Nos prochains kukaïs auront lieu les :

9 septembre 2017

(en présence de Janick Belleau et Danièle Duteil, qui présenteront leur recueil de « tankas doubles » : de Villes en Rives, Ed. du tanka francophone, fév. 2017.)

14 octobre

18 novembre

16 décembre.

°

Merci ! Et bel été à tous !

°°°

Publicités

Sur la forme du haïku, par Noboyuki Yuasa :

1 juin 2017

dans « The  Englishness of English Haiku and the Japaneseness of Japanese Haiku », in A Silver Tapestry, The best of 25 years of critical writing from the British Haiku Society, 2015, pp. 51-64 :

(Extraits, pp. 56-9) :

« Le prochain élément de base du haïku dont j’aimerais discuter est sa forme. Certains pourraient dire que la question de la forme n’existe pas dans le haïku japonais, parce que, traditionnellement, la soi-disant forme 5-7-5 a été généralement acceptée comme étant la norme. C’est vrai d’une certaine manière parce que, pour le moment, la plupart des haïkus japonais s’écrivent dans un japonais semi-classique, particulièrement adaptable à cette forme traditionnelle. Mais, si un jour les haijins (japonais) devaient décider d’écrire en japonais moderne, la question de la forme sera un problème sérieux. Certains poètes, en fait, on déjà pris cette décision.

Taneda Santoka (1882-1940) en est un bon exemple. Il écrivit la plupart de ses haïkus dans un japonais familier moderne. Avec pour résultat qu’il a dû rejeter la forme traditionnelle dans beaucoup de ses haïkus :

wakeittemo / wakeittemo / aoi yama

dans ce poème, in a adopté un plan en 5-5-5, mais dans le poème suivant, il adopta un plan en 5-7-2 :

mozu naite / mi no sutedokoro / nashi

Bien que Santaka utilise beaucoup de formes irrégulières, je pense que c’est une erreur de penser qu’il a écrit des vers libres. Ses poèmes montrent deux motifs plutôt contradictoires. Il souhaite utiliser un japonais familier moderne aux dépends de la forme traditionnelle, mais en même temps, il ne peut pas complètement ignorer la forme traditionnelle. Il souhaite donc la garder où cela est possible. La forme traditionnelle dans les poèmes de Santoka est semblable à la face à moitié effacée de la surface d’un rocher. (…)

Je pense que c’est ce que fait un grand écrivain à une forme littéraire : il la détruit de façon à pouvoir la recréer de nouveau pour pouvoir l’adapter à son propre usage. Pour faire court, une forme littéraire existe à la fois pour qu’on l’observe et pour qu’on la casse.

Me tournant vers le haïku anglais, maintenant, que peut-on dire à propos de sa forme ? Des essais ont été réalisés pour garder le procédé syllabique japonais dans le haïku anglais. Je l’ai fait ainsi dans cet article pour des raisons évidentes, mais beaucoup de poètes  ont trouvé cela trop restreignant. Dans ma traduction de Bashô, j’ai utilisé une forme sur quatre lignes, ce qui a été critiqué par certains comme étant une violation. Je ne souhaite pas particulièrement m’en défendre ici, mais j’avais des centaines de poèmes à traduire, et j’ai trouvé impossible de garder le procédé syllabique originel de bout en bout. De plus, j’ai déjà fait remarquer quelle haïku a débuté comme une révolte contre la tradition du waka, et cela inclut une révolte contre son formalisme. En traduisant des walka, j’essaierais de garder le procédé syllabique même en anglais, ce que j’ai fait dans ma traduction de Ryokan (1757-1831), mais en traduisant des haïkus, j’ai pensé que je pouvais prendre plus de libertés. (…)

Je ne vais pas dire quelle forme est la meilleure pour le haïku anglophone. Finalement, le choix de la forme doit être laissé aux poètes, individuellement. Un poète peut trouver que garder le plan syllabique est trop contraignant ; un autre peut penser que c’est un challenge excitant. Un poète peut trouver que la forme sur quatre lignes est plus adaptée à son propos ; un autre peut la trouver trop longue et lâche. Les variations à l’intérieur de la forme en trois lignes sont si grandes et nombreuses qu’il n’est même pas possible de dire s’il y aura une forme standard en trois lignes ou pas, dans le haïku anglophone. Cependant, j’aimerais voir un petit peu plus de conscience de la forme chez les poètes de haïku anglophone. (…)

En discutant des poèmes de Santoka, j’ai déjà dit qu’il y a des motifs contradictoires dans son esprit : un désir de préserver la forme traditionnelle, et un désir de la détruire et de la recréer. Je pense que ses poèmes ont émergé de la tension entre ces désirs contradictoires. Je crois que cela s’applique aussi bien et autant au haïku anglophone.

(…)

°°°

« Une histoire du haïku » R.H. Blyth – 4) : Teitoku et l’école Teimon :

30 mai 2017

P. 64 :

Teitoku Matsunaga (1570-1653) :

Son poème de mort :

Goutte de rosée ma vie

s’évanouit

les vêtements dans le coffre à bijoux

ne pourront plus jamais être portés :

c’est la Loi.

Un autre de ses jisei :

Demain sera comme aujourd’hui,

pensons-nous le jour d’avant

Mais aujourd’hui nous réalisons

que tout est changement :

Ainsi va le monde.

Retraite hivernale :

même les insectes

respectueusement

Meilleures que les fleurs de cerisier

sont les boulettes de pâte –

oies sauvages de retour

A propos de ce haïku, Nobuyuki Yuasa, proposa un commentaire, dans la revue « Blithe Spirit » vol 8, n° 3 (pp. 12-24), sous sa version :

Plus que les fleurs de cerisier
elles semblent aimer les boulettes,
oies sauvage de retour

: « Ce poème représente l’étape où les objets naturels sont employés comme métaphores évidentes des affaires humaines. Dans ce poème, le poète ne s’intéresse pas du tout à la description des oies sauvages retournant chez elles, dans le nord, au printemps, mais il les utilise comme métaphore des hommes qui souhaitent remplir leur estomac avant de régaler leurs yeux avec les fleurs de cerisier. De plus, les oies sauvages retournant chez elles constituent un thème standard du waka traditionnel. Le poète se réjouit donc de jouer le rôle d’un iconoclaste. »

(cité dans A Silver Tapestry , le meilleur des écrits critiques de la BHS, des 25 premières années. Editeur Graham High, The B.H.S., 2015, p. 55)

°

Ses disciples :

Ryûho (mort en 1744).

Il grava son poème de mort sur sa propre tombe et mourut peu après, à 71 ans :

La lune et les fleurs de cerisier –

Maintenant, de ce monde,

je connais le troisième vers

°

Ishû (ou Shigeyori) (mort en 1680, à 74 ans) :

Les bâtons des pèlerins seuls

passent 

sur la lande estivale

Le pied sait que c’est

le premier matin de l’automne

sur la véranda fraîchement lavée

C’est l’équinoxe de printemps

la compassion du Bouddha

nous permet de casser les branches fleuries

°

Teishitsu (mort en 1673, à 64 ans) :

Allons à Saga,

mouettes,

manger de la truite !

°

Bôitsu (1548-1630). Etait aveugle.

Je suis ici au milieu des fleurs !

J’entends les gens rire

dans les montages printanières

Attendant le vent depuis si longtemps,

jusqu’à aujourd’hui,

feuilles tombées !

°

Tokugen (mort en 1647, à 89 ans).
Son dernier verset :

Jusqu’à maintenant

je racontais des balivernes –

Une nuit de lune

N’importe comment nous la voyons,

il n’y a rien de plus noir

que la neige

: « Voici un exemple de comment le zen intellectuel, et la philosophie de Lao-tseu et de Tchouang-tseu, ne peuvent jamais devenir de la poésie. » (R.H. Blyth.)

°

Kigin. (Professeur de haïku de Bashô ; Prêtre shintô) :

Les herbes de la pampa

prennent la forme

du vent d’automne

De l’eau trouble coulant

sous les fleurs de cerisiers

le long de la rivière Yoshino

°

Saimu (mort à 73 ans ; Elève préféré de Teitoku.)

Son jisei :

A l’aube

la cloche résonne dans les fleurs

autour du portail du temple Jôdô

Son corps a fini

en vacuité –

Quelle chose est une cigale !

°

Baisei (mort en 1699, à 89 ans. Disciple de Teitoku.) :

Sont-ce des tourniquets,

ces papillons

volant au milieu des vagues de fleurs de cerisier ?

Le bateau sous la lune

a besoin d’un bon vent

dans le brouillard matinal

°

Dôsetsu (mort en 1654. Disciple de Teitoku.) :

Si cela existait,

la femme-fantôme-de-neige aussi

serait comme un melon blanc

°

Tadatomo (mort en 1676, à 52 ans. Elève de Herukiyo (mort en 1657.))

Charbon blanc ;

c’était autrefois

une branche enneigée

°

Gensatsu (mort en 1689, à 83 ans. Un des « 5 sages d’Edo ».) :

Un faon *

tétant les seins de sa mère

sous les flèches **

* = un bébé en habits de faon

** = un kimono à motif de flèches.

°

Mitoku (mort en 1669, à 82 ans) :

Ces fleurs enneigées

doivent être une réponse

aux « fleurs-de-neige » *

* : « snow-flowers ».

°

Ryôtoku (un des plus anciens disciples de Teitoku) :

Sur la rive de Sumi-no-e

les tambours des vagues

avec la musique des pins

Papillons dansant

parmi les fleurs de cerisier ;

Kagura * sous les Ise-zakura **

* : une sorte de cerisier-saule

** : la danse sacrée du sanctuaire d’Ise.

°

(A suivre :

Sôin et l’école Danrin. (p. 78))

« Le Haïku au Sénégal… » 2/6

23 février 2017

(suite)

Plutôt que de faire un topo général , je vais simplement donner quelques extraits des (nombreuses) interventions qui forment les 4/5 de ce livre, dans l’ordre de lecture :

°°°

De l’avant-propos de  l’ambassadeur du Japon au Sénégal, S.E.M. Takashi SAITO (2007) :

« Avec des mots simples et bien agencés qui concentrent l’inspiration et donnent le rythme, le haïku, poème des saisons, fixe l’instant éphémère et l’image unifie l’événement, la circonstance, les sensations et les sentiments. Il indique aussi la présence subtile de l’être. Un haïku réussi est, pourrait-on dire, une esquisse adroite surgie de la créativité vivace du poète pour qui « l’extase sublime de l’âme » est à chaque instant possible.

Au Japon comme au Sénégal, le haïku est un mélange de beaux paysages colorés, de parfums délicats et de sons variés qui donnent des sensations vivifiantes. Le haïku caractérisé aussi par l’instantanéité est un véritable moment de synergie entre le poète et son environnement comme les autres arts du Japon tels le nô, la calligraphie, la cérémonie du thé et l’art des jardins en procurent subtilement.

(…)

Je suis persuadé que de nouveaux horizons vont s’ouvrir et que l’univers du haïku va s’élargir davantage au profit de l’amitié et de la paix dans le monde.

(…)

La parution de cet ouvrage (…) est une belle concrétisation des échanges culturels entre le Japon et le Sénégal.

°°°

D’Akira NAKAJIMA, Ambassadeur du Japon au Sénégal , extrait de son article : « L’Afrique et le Japon vus par Senghor » :

« En 1979, l’année même de la visite officielle de SENGHOR au Japon, Sonoo UCHIDA, ambassadeur du Japon au Sénégal (poste qu’il occupa entre juillet 1977 et janvier 1981) organisa dans ce pays un premier Concours de Haïku. L’ambassadeur UCHIDA oeuvra aussi pour la diffusion de ce genre poétique, notamment en écrivant une série de plus de vingt articles critiques sur le Haïku en général et Bashô en particulier (ces articles parurent dans le quotidien Le Soleil entre octobre 1978 et janvier 1981). Par la suite, en 1983, SENGHOR lui-même fut invité à assister à ce concours. (…) Au cours de la conférence qu’il donna à cette occasion, SENGHOR félicita Chiyuki HIRAOKA (qui succéda à Sonoo UCHIDA comme ambassadeur – entre janvier 1981 et nov. 1983) d’avoir insisté sur la nécessité de respecter en langue française le nombre exact de syllabes (5/7/5) qui composent le haïku. Lui même était bien placé pour savoir combien le rythme est essentiel en poésie. (…)

(2006)

°°°

De S.E.M. Sonoo UCHIDA, précurseur et initiateur du haïku au Sénégal et premier organisateur du concours de haïku en 1979.

(L’Ambassadeur UCHIDA est actuellement (en 2006) le Président de l’Association Internationale de Haïku qui regroupe une vingtaine d’associations à travers le monde.)

« A nos amis amateurs de Haïku au Sénégal. »

(…) Selon le premier président du jury, le professeur KANE, ancien doyen de la faculté des Lettres de l’Université Cheikh Anta Diop, le Haïku qui se compose avec des mots courts pour exprimer sa sympathie avec la nature, s’apparente ainsi à la tradition de la poésie classique sénégalaise.

°°°

De Samba TALL, employé à l’Ambassade du Japon au Sénégal, et Lauréat du Concours International de Haïku organisé en 1990 par la préfecture d’Ehimé dans le cadre du Festival Culturel National du Japon) : « 25 années de haïku au Sénégal (1979-2005) » :

« Poème des saisons, précis, simple et raffiné, il traduit l’instant qui unit intimement le monde de la nature et celui des émotions humaines.

(…)

Au cours de ces 25 années, le Concours de Haïku, organisé par l’Ambassade du Japon avec la collaboration de l’Université Cheikh Anta DIOP de Dakar et dont la 20e édition a eu lieu en 2005, a permis aux nombreux participants de maîtriser les règles et de comprendre l’univers, l’essence et l’ambiance du haïku. (…)

Le Haïku est aujourd’hui enseigné dans les collèges et lycées comme un genre poétique caractérisé par la référence à la nature, la spontanéité, la simplicité, la concision et la rigueur. Il illustre des cours de littérature, au même titre que les poèmes classiques africains et français.

A propos du Concours de Haïku :

Après de nombreux voyages d’études aux quatre coins du Sénégal, à la recherche des origines du patrimoine culturel sénégalais et ouest-africain, l’Ambassadeur Sonoo UCHIDA comprend que les Sénégalais ont un amour et un respect profonds pour la nature, fondés sur les valeurs engendrées par leurs croyances et leurs religions traditionnelles, bien avant l’Islam et le Christianisme.
Il comprend aussi que les Sénégalais ont une croyance vivace en la force et au pouvoir spirituel du mot et de la parole, et, de plus, qu’ils ont l’habitude de composer des poèmes et des chants courts pour mettre en exergue leurs valeurs, traduire leurs sentiments et aussi leur sens esthétique. Ces chants de travail et poèmes gymniques valorisent l’honneur, le courage, l’effort, l’abnégation, etc.

(…)

En 1979, le premier Concours de Haïku a été organisé au Sénégal. La moisson a été très bonne. 60 participants dont des écrivains connus et des professeurs d’université ont proposé plus de 600 poèmes. (…)

Le haïku devenant de plus en plus populaire, et ses règles étant mieux maîtrisées, des thèmes comme le soleil couchant, l’hivernage, la jeunesse et la nature, l’aube, le jardin et la maison, la mer et le soleil, ont été proposés aux participants des concours suivants.
En 2005, plus de 700 personnes ont participé au 20e Concours de Haïku. Parmi elles, des amateurs de Haïku de France et du Canada. Des Sénégalais vivants aux Etats-Unis, en Mauritanie et au Kenya ont participé aux concours précédents. Le monde du Haïku s’élargit. »

°°°

De Sonoo UCHIDA : « Historique du haïku » (1980) :

(…)

La langue japonaise, mélodieuse, à la manière de l’italien, se prête volontiers à la poésie légère et allusive parce qu’elle est surtout émotive et phonétiquement pauvre, ce qui favorise et multiplie les jeux de mots et les sens possibles.

(…) « Hokku », « Haikai » et « Haïku », noms qui évoquent la vivacité de ces petites pièces écrites en langue vulgaire (…)

Les vers ne doivent pas briller d’un éclat trop vif ; ils doivent revêtir un aspect naturel, discret, une teinte semblable à la patine des âges. (…)

Chaque année, à la mi-janvier, une très importante manifestation poétique appelée UTAGOKAI-HAJIME est organisée au Palais impérial, à Tokyo. « UTAGO » signifie « poète » ou plus généralement « écrivain » et « HAJIME » signifie « début » ou « commencement ». Cette cérémonie marque l’ouverture de l’année poétique au Japon. C’est une sorte de Concours national de Haïku, et des dizaines de milliers de Japonais y participent. La lecture de leurs poèmes devant les membres de la famille impériale et les plus hauts dignitaires japonais est la seul récompense des lauréats.

ORIGINE DU HAÏKU

(…)

A la période médiévale, le jeu de la composition d’un tanka par deux poètes devint populaire et fut appelé renga, c-à-d. un jeu de poèmes liés. (…)

Au cours des temps, le système s’est développé pour prendre la forme de poèmes en chaîne, c-à-d. qu’il y avait une succession continue de strophes de 17-14-17-14 syllabes, ainsi de suite. (…)

Plus tard, le hokku, la première strophe du renga, devint indépendant et se développa comme un autre genre poétique très populaire, parce que 17 syllabes furent considérées comme suffisantes pour exprimer le sentiment poétique.

En résumé, on peut dire qu’à l’origine il y a eu le tanka, et que le renga se développa, divisant le tanka en deux groupes, dont la première partie, le hokku, devint indépendante et reçut plus tard le nom de Haïku.

QU’EST-CE QUE LE HAÏKU ?

(…) Sa caractéristique fondamentale est la saisie instantanée de l’essentiel même de la nature, de l’univers ou de la vie, à travers un objet ou une expérience concrète.

CE QUE LE HAÏKU NOUS APPREND

Le haïku nous apprend à écouter attentivement et à regarder, à bien observer notre cadre de vie réel, à parler de la nature avec sincérité, avec bon goût, avec le sens du concret.

Le haïku s’adresse à la vue, à l’ouïe, à l’esprit aussi, mais dans le sens de la concision.

Le haïku, c’est aussi lapidation d’un sentiment et d’une émotion (…)

Le haïku est un exercice difficile. Pour paraphraser les Peuls, le haïku, comme toute poésie réussie, ce sont « des paroles plaisantes au coeur et à l’oreille ».

En résumé, disons que le haïku est un poème marqué par la sobriété et la brièveté. Le haïku est un poème riche de sens où le son et l’image ne sont pas absents. Le haïku ne compromet pas la beauté de la poésie cérébrale car, il est important de le souligner, après avoir atteint un haut degré de l’esprit, il revient à la banalité quotidienne.

La beauté du haïku est dans l’image : elle est également dans notre coeur : dans le sentiment, mieux dans l’émotion qu’elle suscite au fond de notre coeur.

« Sentiment » et « Emotion » : ce sont les deux idées (qui n’en font qu’une d’ailleurs) qui saisissent le poète et qu’il transmet à ses lecteurs grâce à son art. »

: Sonoo UCHIDA (1980).

°°°

(à suivre… : « Spécificité du Haïku sénégalais », par Madior DIOUF – pp. 31-3)

 

 

 

 

 

 

Le concept de « ma » (« (l’)entre »), dans la musique (… et dans la poésie de Yosano Akiko):

22 février 2017

« La musique japonaise possède un mot pour cet endroit de silence entre les sons : « ma« , littéralement « (l’) entre ». On considère que c’est en général un concept ésotérique, mais Didier Boyer, un critique et musicien contemporain qui vit au Japon, l’évoque vividement dans sa description du jeu du musicien de jazz Paul Bley :

« Dans une veine semblable à celle de Thelonius Monk, Bley semble vraiment couper ce qu’il juge inutile dans son langage musical. Maintes et maintes fois, il souligne l’espace qui sépare deux sons consécutifs. Il permet au dernier son de résonner jusqu’à sa toute fin, plutôt que de remplir l’espace qui le sépare du suivant avec des notes sans signification.

La musique, comme la nature, n’a pas peur du vide, et ce blanc, dûment annoté sur la partition, est ainsi traité comme un autre élément musical. Dans la musique qu’il joue, cette vacuité, cette absence de son, ou plutôt cet intervalle de temps entre deux sons, est en réalité plein de vie. C’est le moment où l’auditeur réalise soudain qu’il est entré dans le monde du musicien, et que les moments entre les notes deviennent des occasions d’entrer dans la musique et d’y voyager. Dans ces moments, le sens du son devient clair comme du cristal. » (dans : « The Poetry of Free-style Jazz Constantly Pushing the Limits » , »La poésie du jazz de-style-libre repoussant sans cesse ses limites », in The Japan Times, 29/5/1999.)

Le jeu de Bley, ainsi décrit, possède une simplicité délibérée qui, en surface, semble assez différente de la poésie d’Akiko YOSANO (1878-1942). Cependant la brièveté du tanka est en elle-même une sorte de simplicité et de minimalisation, et les poèmes en coups de pinceau d’Akiko permettent l’espace entre eux pour annoter le silence. »

: Janine Beichman, in Embracing the Firebird, Ed. de l’Université d’Hawai’i (Honolulu), 2002.

(tr. D. Py).

De Sôkan à Chiyo-ni

1 février 2017

°

Sôkan (1464-1552) :

S’ils passaient sans bruit

les hérons ne seraient

qu’une ligne de neige

à travers le ciel

Chiyo-ni (1703-75) :

S’il ne criait pas

je ne distinguerais pas le héron.

Matin de neige.

(tr. Kemmoku-Chipot)

ou :

Si ce n’était pour leur voix

les hérons disparaîtraient

ce matin de neige

(tr. Blyth-Py)

°

Le Tanka Japonais Moderne 6/6 par Makoto Ueda

8 mai 2016

in Modern Japanese Tanka, introduction (suite et fin) (Extraits) :

Le tanka dans le Japon d’aujourd’hui :

  Dans le Japon d’aujourd’hui, le tanka semble plus florissant que jamais. En plus des deux revues principales de tanka publiées depuis la période de l’après-guerre, deux autres ont vu le jour : la première en 1977, la seconde en 1987. De plus, plusieurs centaines de « petites revues » publient des tankas de groupes disséminés partout dans le pays.

En 1979 et 1980, un éditeur majeur publia 20 volumes de « Shôwa Man’yôshû » (« Man’yôshû de l’ère Shôwa ») rassemblant quelques 50 000 tankas écrits sous le règne de l’Empereur Shôwa.
Une autre grande maison d’édition publia le « Gendai tanka zenshu » (« La grande collection du tanka moderne ») en 15 volumes, en 1980 et 81, rendant lisibles virtuellement tous les livres importants de tanka publiés pendant les derniers cent ans.

Puis, en 1987 « Sarada kinenbi » (« L’anniversaire de la salade »), un mince volume de tankas composé par une jeune professeure devint un grand best-seller, vendant quelques deux millions d’exemplaires en six mois. (…)

Parmi beaucoup de poètes talentueux écrivant du tanka aujourd’hui, deux ont été sélectionnés pour cette anthologie : Sasaki Yukitsuna (né en 1938) et Tawara Machi (née en 1962). (…)

Yukitsuna commença sa carrière comme représentant des « jeunes hommes en colère ». Il était contre l’ordre établi du tanka, entre autres, mécontent de l’attitude neutraliste des réalistes du « shasei » et de l’élitisme des poètes de l’école d’art.(…) Ses tankas sont vivaces, non-sentimentaux et affirmatifs, s’adressant à l’humanité dans une langue virile, sonore. On a donné à ses tankas le label de « otoko uta » (« poésie masculine »)(…) Mais beaucoup de ses adeptes féminines l’imitèrent. La plus éminente d’entre elles étant :

Tawara Machi. (…) Ses tankas affirment également l’humanité et célèbrent ses aspects positifs mais avec des thèmes et dans un langage plus familiers, proches des lecteurs moyens que ne le sont les oeuvres de Yukitsuna. (…)

Quels sont les charmes de la forme ancienne des 31 syllabes aux yeux des lecteurs et des poètes d’aujourd’hui qui mènent une vie complètement différente de celle des poètes du « Kokinshû »? (…)

Quelques exemples parmi les poètes vivants :

Kondô Yoshimi, un architecte, semble avoir été attiré par la beauté simple de la structure en 57577 syllabes. (…)

Tsukamoto Kunio, par contraste, s’intéresse à la forme du tanka précisément parce qu’elle est pré-moderne et contient donc une beauté et un ordre qui ont été perdus en cet époque moderne. (…)

Sasaki Yukitsuna écrit du tanka, dit-il parce qu’il croit que la forme poétique ancienne est fondamentalement un langage poétique à la première personne, langage qui peut peut-être encore surmonter la séparation du langage d’avec les choses qu’il est censé désigner. Pour Tawara Machi, l’attrait principal du tanka est plus fonctionnel que philosophique. Elle considère que la forme pré-déterminée du verset est un « filet » qui filtre le désordre de l’expérience. Elle apprécie la tension qu’elle ressent lorsque son filet filtre l’essentiel et laisse le reste. Beaucoup d’autres explications sont fournies par des poètes contemporains, quant aux charmes du tanka, sans qu’il y ait un consensus apparent entre eux. (…)

La forme du tanka est fixe et cependant flexible. Il offre une forme toute faite de sorte que les poètes n’ont pas à se soucier de la forme de leur énonciation verbale et cependant la forme est si malléable qu’ils peuvent la plier presque à volonté. (…)

Une question (plus) pertinente pourrait être de se demander si la forme du tanka est assez universelle pour être transplantée en sol étranger et pousser aussi vigoureusement que le haïku. Ayant lu quelques exemples récents de tankas anglais, j’ai tendance à le penser. »

Makoto Ueda.

(trad. fr. : D. Py).

Le Tanka Japonais Moderne – 5/6 par Makoto Ueda

8 mai 2016

in Modern Japanese Tanka, introduction (suite) , extraits :

Le tanka d’avant-garde :

Le tanka d’avant-garde désigne les oeuvres de certains jeunes poètes qui, avec leurs énergie saisissante et technique audacieuse  , choquèrent les lecteurs lambdas de tanka au milieu des années 1950. (…) Leurs tankas étaient moins lyriques que ceux des « Modernistes ». Ils semblaient plus socialement conscients. Ils avaient aussi tendance à avoir une technique plus intellectuelle, un ton plus ironique et une expression plus abstruse.

On peut voir clairement ces éléments dans les oeuvres de Tsukamoto Kunio (1922-2005). (…) Il défendait le « réalisme de l’âme » (…) Comme font souvent les haijins, il prend avantage de la forme fixe courte pour présenter des images entrant mutuellement en conflit, créant ainsi une comparaison ou un contraste saisissants. (…) Il y ajoute souvent la technique du waka de l’allusion classique. Le sens de ses poèmes est souvent enrichi par des allusions ironiques à l’héritage culturel du Japon et de l’Occident, dans lesquels il est immensément versé.

Nakajô Fumiko (f. 1922-1954) : Ses tankas étaient hardiment radicaux et une un impact saisissant sur la scène du tanka du milieu du siècle. (…) Pendant la période où elle écrivit ses plus beaux tankas, elle savait qu’elle allait mourir d’un cancer du sein. Sa vie, avant cela, avait été très malheureuse. (…) Elle était à l’aise avec la forme du tanka parce qu’elle ressentait que son enfermement syllabique était semblable à la vie confinée qu’elle menait dans un pavillon de cancéreux. (…) Pour Fumiko, qui ne croyait en aucune religion, le tanka était sa lumière et son salut.

Le tanka dans le Japon d’aujourd’hui :

(à suivre…)

 

(Trad. de l’anglais : D. Py.)

 

 

 

Le tanka Japonais Moderne 4/6 – par Makoto Ueda

8 mai 2016

dans Modern Japanese Tanka : « Introduction » … suite (Extraits) :

La deuxième guerre mondiale et ses conséquences :

Peu de chefs-d’oeuvres littéraires virent le jour entre 1937 et la défaite du Japon lors de la 2è guerre mondiale, comme le gouvernement de l’époque restreignait largement la liberté de parole. (…) La fin de la guerre, en 1945 (…) marqua pour les poètes et les écrivains le début d’une période qui leur permit d’écrire tout ce qu’ils voulaient. (…)

Les poètes de tanka avec des tendances de gauche fondèrent le « Jinmin Tanka » (« Le tanka du peuple ») six mois après la fin de la guerre.

Le groupe « Araragi » qui avait arrêté sa revue en 1944, reprit sa publication.

Les poètes aux penchants plus romantiques se rassemblèrent pour faire revivre « Myôjô » en 1947.

Une nouvelle génération de poètes peu satisfaits de la plupart des théories et pratiques des poètes d’avant-guerre fondèrent la « Société des Nouveaux Poètes de Tanka » à la fin de 1946. Ils commencèrent à échanger des idées sur la manière de pouvoir créer des tankas qui refléteraient la société radicalement nouvelle qui commençait à émerger dans l’après-guerre. C’est ce groupe de poètes qui en vint à produire quelques unes des meilleures oeuvres de l’après-guerre, et donna le ton pour les poètes de tanka de la deuxième moitié du XXè siècle.

Un des deux auteurs de la Société est Kondô Yoshimi (né en 1903), bien qu’il ait été associé au groupe « Araragi » dans sa jeunesse (…) Comme les poètes du courant dominant d' »Araragi », il croyait au « shasei » comme principe de composition du tanka. A leur différence, cependant, il croyait que le sujet de la poésie devait refléter le désir du poète de changement social. (…) « Nous devons voir la (vie) telle qu’elle devrait être tout en regardant la réalité telle qu’elle est. » (…) Dans son optique, aucun poète ne pouvait dépeindre la vie sans être conscient de la situation politique contemporaine. Son tanka traite donc librement de la bombe atomique, de la guerre de Corée, du Traité de Sécurité Mutuelle USA-Japon, et de la guerre du Vietnam – tous observés par les yeux d’un intellectuel concerné qui croit fermement que l’homme peut créer un monde meilleur par des moyens politiques.

L’autre membre éminent de la « Société des Poètes du Nouveau Tanka » était Miya Shûji ( 1911-86) qui alla dans une direction différente de Yoshimi dans sa quête d’innovation du tanka d’après-guerre. (…) Shûji n’avait pas ou peu de foi dans le gouvernement. En 1949 il se déclara « solitaire » (…) Sa méfiance envers le gouvernement ne signifiait pas un désintérêt pour la politique ou la société, et il continua en écrivant des tankas sur des sujets tels que les Jeux Olympiques de Tokyo en 1964, l’invasion soviétique de la Hongrie et les révolutions en Irak, d’un point de vue détaché des idéologies politiques. Il avait commencé à écrire des tankas sous Kitahara Hakushû, mais sa poésie ultérieure se rapproche des meilleurs poèmes écrits par les poètes d' »Araragi ».

Le tanka d’avant-garde. :

(à suivre…)

(trad. de l’anglais : D. Py).

Le tanka moderne japonais 3/6 – par Makoto Ueda

8 mai 2016

(suite de l’Introduction – p. xxvii – extraits) :

Les « Modernistes » :

Le mouvement gauchiste a eu pour effet de polariser la scène du tanka contemporain, car il poussa les poètes du camp opposé plus loin dans la direction de la poésie « pure », dénuée d’implications politiques et sociales. Les poètes de ce dernier camp étaient connus comme « modernistes » parce que, comme leurs homonymes européens, ils croyaient en l’art pour l’art, au désir de s’échapper de la sordide réalité de la vie, et à une préférence pour l’imagerie surréaliste et le langage symbolique. (…)

Ils insistaient pour que la poésie s’adresse non seulement à la réalité sociale existante, mais à l’expérience humaine universelle (…)

Il semble indubitables que leurs meilleurs tankas sont plus lisibles aujourd’hui que quoi que ce soit écrit par le mouvement gauchiste.
En 1930, quelques modernistes formèrent l’Ecole d’Art du Club de Tanka. Son principal organisateur, Maekawa Samio (1903-1990) devint le chantre des poètes anti-prolétariens grâce à son premier recueil de tankas Shokubutsusai (Le Rite des plantes) (…) « On ne doit jamais trouver le tanka impliqué dans des luttes contre la réalité boueuse », écrivit-il à 48 ans. « Il se trouve dans l’émotion abstraite, sans forme ni figure visibles, et fait la sorte de murmures que les ailes d’un ange feraient dans le vent. » Cependant, avec tout son enthousiasme pour un tel vol libre de l’âme, il ne fut pas tenté d’écrire des tankas de style libre. Il essaya d’utiliser la forme fermée conventionnelle pour créer une tension avec ce qu’il renfermait, et réussit remarquablement dans cette tentative.

Une autre figure du camp moderniste fut Saitô Fumi (f.)(1909-2002) qui débuta en poésie avec l’aide de Samio. Ses tankas, comme ceux du poète plus âgé, sont remplis d’images surréalistes qui suggèrent sa recherche persistante d’idéaux au-delà de la réalité du monde. Dans sa préface au premier livre de Fumi : Gyoka, Samio prédisait qu’elle serait la première femme d’envergure depuis Yosano Akiko. Elle justifia cette prédiction, mais en explorant une région du tanka distinctement différente d’Akiko.

La 2ème guerre mondiale et ses conséquences

(à suivre…)