Compte-rendu du K.P. 119

20 novembre 2016

Samedi 19 novembre a eu lui notre 119e kukaï de Paris, en présence de 19 personnes, 38 haïkus ont circulé :

°
Avec 6 voix :

station Trinité

une feuille morte

remonte l’escalier

: Jacques Quach.

°

Avec 4 voix :

précipice –

le cadrage incertain

de son dernier selfie

: Ben Coudert;

un papillon blanc

traverse mon regard

je vois le silence

: Nicolas Lemarin

°

Avec 3 voix :

dégel

la goutte au nez

de la gargouille

: Christiane Ranieri;

double arc-en-ciel

après la pluie

et quelques verres

: Minh-Triet Pham;

milieu de l’automne –

la symétrie parfaite

de ses fesses

: Michel Duflo;

pluie d’automne –

l’autocuiseur chuchote

une odeur de pommes

: Dominique Borée;

pluie glaciale –

un bouquet de lavande

sur le tableau de bord

: Valérie Rivoallon;

sentier boueux –

l’automne ne me lâche pas

d’une semelle

: Michel Duflo;

seule…

dans la fenêtre des voisins

ricane leur citrouille

: Eléonore Nickolay.

°

Avec 2 voix :

au coin de ma rue

elle joue à la marchande

avec sa vertu

: Margot Coudert;

forêt d’automne

après le défilé de mode –

les robes tombent

: Jacques Quach;

pensif, ce vieil homme

devant sa carte d’identité

valable jusqu’en 2023 !

: Philippe Bréham;

tout l’or

du biloba

– qui va le ramasser ?

: Daniel Py;

un court instant

le signe de Zorro

– vol d’oies sauvages

: Dominique Borée;

zone industrielle –

ma mélancolie se fond

dans le paysage

: Ben Coudert.

Avec 1 voix :

au cul du tracteur

ce ralenti du tonnerre

couleurs de l’automne

: Frédérique Leriche;

Chatte en chaleur

Sur ses côtes apparentes

Le soleil du matin

: Fujii Lika;

dans mon bol de thé

les bulles écailles tremblent

vol du papillon

: Frédérique Leriche

derrière l’église,

une mante religieuse

sur le cyclamen

: Philippe Gaillard;

de toutes parts dans les bois

le rire des corbeaux japonais :

Ha-Ha ! Ha !

: Philippe Bréham;

il loupe son train –

sur l’affiche

Coluche se marre

: Antoine Gossart;

panne d’essence,

obligés de se parler,

la vie quoi

: Philippe Gaillard;

pleine lune –

la sienne

inaccessible

: Minh-Triet Pham;

repose 

sur les chrysanthèmes blancs –

une feuille morte

: Valérie Rivoallon;

Soirée paisible…
Dans le soleil orangé

l’arbre millénaire

: Danièle Etienne-Georgelin.

°

Sans voix, mais remarqués :

musicien aveugle

sur ma photo la lumière

de son âme

: Christiane Ranieri;

sous la lune d’automne

je pousse un vélo

et mon petit enfant

: Christophe Jubien.

°°

Dominique Borée nous a présenté son dernier recueil de haïku (avec les tondi de Jean-Michel Le Claire) aux éditions de la Lune Bleue, 2016.

En voici un :

soleil de plomb –

je reviens sur mes pas

pour des prunes.

°°

Notre prochain kukaï de Paris aura lieu samedi 10 décembre 2016 auBistrot d’Eustache, à 15 h 30.

 

 

 

« Seule compagne » – wakas – 6/6

21 octobre 2016

°

Ryôkan:

(1758-1831) moine de la branche Soto du Zen. Bien que véritable maître de Zen , il ne prit jamais la tête d’un temple, vivant plutôt de son bol de mendiant et de protecteurs, marchant à travers la « campagne de neige » du nord-ouest de la province de Niigata. Calligraphe renommé, on dit qu’il pouvait également faire rebondir une balle en soie d’enfant plus haut que n’importe qui. Il prit le nom Zen de Daigu, ou Grand Idiot. La plupart de sa poésie et de sa calligraphie semble avoir été spontanée et offerte. En plus de ses poèmes en chinois, ses haïkus et ses tankas, il est célèbre pour avoir écrit sur un cerf-volant, lors d’un de ses voyages, un poème de deux lignes et quatre mots : « au-dessus des cieux / de grands vents ». Dans sa vieillesse il tomba amoureux d’une jeune nonne avec qui il échangea des poèmes d’amour. Il finit sa vie comme gardien d’un sanctuaire Shinto.

Katami tote / nani ka nokosan / haru wa hana / natsu hototogisu / aki wa momijiba

What might I leave you / as a last gift when my time comes? / Springtime flowers, / the cuckoo singing all summer, / the yellow leaves of autumn.

Que pourrais-je vous laisser

comme dernier cadeau, mon heure venue?

Des fleurs au printemps,

le coucou chantant tout l’été,

les feuilles jaunes de l’automne.

°

Yosano Akiko:

(1878-1942) une auteure prolifique de poésie, de nouvelles, d’essais, de contes, de traductions, et d’une autobiographie. Elle était à la pointe du mouvement pour les droits des femmes. Son livre le plus célèbre est un recueil de tankas principalement érotiques publié en 1901, Midaregami (« Cheveux emmêlés »).

Yuagari o / mikaze mesuna no / waga uwagi / enjimurasaki / hito utsukushiki 

Following his bath, / I gave my handsome lover / my best purple robe / to keep him from the cold. / He blushed, and was beautiful.

Après son bain,

j’ai donné à mon bel amant

ma plus belle robe pourpre

pour le protéger du froid.
Il rougit, et il était beau.

°

Saigyô:

Yami harete / kokoro no sora ni / sumu tsuki wa / nishi no yamabe ya / chikaku naruran

The mind is all sky, / the heart utterly empty, / and the perfect moon / is completely transparent / entering western mountains.

L’esprit est entièrement ciel,

le coeur est totalement vide,

et la lune parfaite

est complètement transparente

en pénétrant les montagnes de l’ouest.

°

Dans le waka, le langage est la plupart du temps simple; il utilise certains mécanismes comme le « mot oreiller »  ou « makura kotoba » (épithète fixe), et « mot de coupe » ou « mot pivot », kakekotoba, un jeu sur les mots à base d’homophones, créant des sens pluriels; sa thématique est restreinte; et il dépend plus de la qualité émotionnelle que du simple caractère.

Bien que les anciens poètes japonais fussent imprégnés de poétique chinoise, le tanka garda un caractère essentiellement japonais, assez différent des formes poétiques classiques chinoises plus courtes en quatre lignes de 5 ou 7 caractères.

Le haïku  en trois lignes et 17 syllabes, doit probablement plus aux versets chinois qu’au tanka. Ce pourrait être le résultat d’avoir allongé la deuxième ligne de quelques syllabes, puis de laisser tomber complètement la troisième ligne, en utilisant le « mot de coupe » pour établir la conception d’une évocation infinie.

Mis en perspective historique, le haïku est au mieux une forme de poème mineure associée à juste titre avec la littérature du Zen. Le tanka, lui, a été la forme poétique nutritive de la poésie japonaise depuis plus de mille ans.

Dans la traduction, seule la pensée survit. (Pas la forme « rigide »).

Les poètes des origines ne se restreignaient pas à une mesure syllabique absolue; quelques tankas peuvent varier jusqu’à autant que 4 ou 5 syllabes.

La poésie japonaise est brodée d’échos et de paraphrases appelés honkadori.

Le poème (de Saigyô : Sora ni naro…) nous ramène au monde réel, un  monde articulé en quelques idées essentielles nobles et simples.

… le moment éphémère pris dans le cadre temporel infini du poème. Mais (le brame du cerf, le chant du rossignol, la neige sur les fleurs de prunier…) ne sont pas des symboles. La lune est la lune.

°

Fujiwara no Ietaka (1158-1237) établit le « sentiment intensément sincère » (ushin) comme un aspect important du « style noble » qui domina l’orthodoxie poétique tout au long de la période médiévale.

Fujiwara Shunzei (1114-1204) un des poètes les plus importants du Shinkokinshû, était un ami proche et professeur de Saigyô, et un critique influent, crédité d’avoir promu la qualité du yugen, un « sentiment esthétique non exprimé explicitement », ou le sens sombre du mystère qu’on trouve souvent dans la peinture de sumi, et d’avoir ajouté l’élément de sabi, la solitude essentielle, à ses wakas.

Mibu no Tadamine (vers 920), un des compilateurs Kokinshû, est généralement crédité d’avoir introduit l’idée de yugen, (« sentiment esthétique non exprimé directement ») dans la poésie japonaise.

Motoori Norinaga (1730-1801), un desz plusgrands érudits du Japon, et son commentaire du Conte du Genji reste un monument.Il préconisa une poétique se fondant sur le Kokinshû du Xè siècle, soulignant la qualité du mono no aware, la beauté des moments provisoires.

Ono no Komachi (milieu du IXè siècle), seule femme faisant partie des « six génies poétiques ». Aristocrate de grande beauté. Sa poésie est particulièrement appréciée pour son emploi du mot « de coupe » ou « pivot » (kakekotoba).

°

« Seule compagne » – wakas – 5/6

20 octobre 2016

°

Ikkyû Sôjun:

(1394-1481) un des plus grands poètes et maîtres Zen de toute la littérature japonaise. Nommé à la tête du gigantesque complexe du temple Daitokuji, à Kyoto, il y régna neuf jours avant de dénoncer l’hypocrisie des moines et de les inviter à débattre leurs différents « dans les bordels et maisons de saké » où on pouvait le trouver. Grand musicien, il fut aussi l’un des plus grands calligraphes. A soixante-dix ans il tomba amoureux d’une chanteuse aveugle de quarante ans plus jeune que lui et scandalisa la communauté bouddhiste en l’hébergeant dans son temple. Il revint au Daitokuji pour superviser sa reconstruction après un terrible incendie. Lui et son entourage contribuèrent grandement à approfondir la culture japonaise: son ami Murata Shuko était le théoricien principal de la cérémonie du thé; son ami Iio Sôgi était le plus grand maître des versets liés; son ami Komparu Zenchiku apporta le Zen dans le théâtre Nô; l' »Ecole de Sôgi » de peinture était constituée entièrement d’élèves d’Ikkyû, et il révolutionna la musique du shakuhachi (flûte en bambou).

Hajime naku / owari mo naki ni / waga kokoro / umare shisuru / mo ku no ku nari

Without beginning, / utterly without end, / the mind is born / to struggles and distresses, / and dies — and that is emptiness.

Sans début,

totalement sans fin,

l’esprit est né

pour les luttes et les détresses,

et meurt — et c’est le vide.

°

Ikkyû Sôjun:

Tsuyu to kie / maboroshi to kie / inazuma no / kage no gotoku ni / mi wa omou beshi

Like vanishing dew, / a passing apparition / or the sudden flash / of lightning — already gone — / thus should one regard one’s self.

Comme de la rosée s’évanouissant,

une apparition rapide

ou l’éclair soudain

d’un orage — déjà passé —

ainsi devrait-on se considérer soi-même.

°

Ikkyû Sôjun:

Tsuki wa ie / kokoro wa nushi to / miru toki wa / nao kari no yo no / sumai naru keri

The moon is a house / in which the mind is master. / Look very closely: / only impermanence lasts. / This floating world, too, will pass.

La lune est une maison

dans laquelle l’esprit est le maître.

Regarde très attentivement:

seule l’impertinence dure.

Ce monde flottant, aussi, passera.

°

Ikkyû Sôjun:

Kokoro towa / ikanaru mono wo / iu yaran / sumie ni kakashi / matsukaze no oto

And what is mind / and how is it recognized? / It is clearly drawn in sumo ink, the sound / of breezes drifting through pine.

Et qu’est-ce que l’esprit

et comment le reconnaît-on?

Il est clairement tracé

à l’encre sumi, le son

de brises passant à travers les pins.

°

Sôgi:

(1421-1502) fut un maître du renga (versets liés) dont les journaux de voyage furent une source d’inspiration et un  modèle pour Bashô (particulièrement pour le Oku no hosomichi, ou Le chemin étroit vers l’intérieur). Son nom est lié pour toujours à l’île de Kyushu (qu’il appelait par son nom ancien de Tsukushi) et de la Frontière septentrionale de Shirakawa.

Nagakeji yo / mono yo wa tare mo / uki tabi to / omoinasu no no / tsuyu ni makasete

Everyone’s journey / through this world is the same, / so I won’t complain. / Here on the plains of Nasu / I place my trust on the dew.

Le voyage de chacun

à travers ce monde est semblable,

alors je ne me plaindrai pas.

Ici, dans les plaines de Nasu

je me fie à la rosée.

°

Sôgi:

Onozukara naru / kotowari o miyo / yadosu to mo / mizu wa omowanu / tsuki sumite

To each thing its own / true deepest inner nature: / water does not think / of itself as the consort / of the bright moonlight it hosts.

A chaque chose sa propre

véritable nature interne la plus profonde:

l’eau ne pense pas

qu’elle est l’épouse

de l’éclatant clair de lune qu’elle accueille.

°

Sôchô:

(1448-1532), élève et compagnon de Sôgi pendant plus de 40 ans, adepte d’Ikkyû, auteur de journaux de voyage qui influencèrent Bashô et d’autres. Si ses renga sont moins policés que ceux de Sôgi, son esprit est plus original. Comme Ikkyû il faisait un pied-de-nez aux conventions, étant le père de deux enfants bien qu’appartenant à une secte célibataire Shingon.

Ika ni sen / mono kakisusabu / te wa okite / hashi toru koto to / shiri noguu koto

Now what can I do? / My writing hand in a cast / is useless — / can’t manipulate chopsticks, / can’t even wipe my ass!

Maintenant que puis-je faire?

ma main qui écrit dans un plâtre

est inutile —

ne peut pas manipuler les baguettes

ne peut même pas torcher mon cul!

°

(à suivre…)

 

« Seule compagne » – wakas – 4/6

20 octobre 2016

°

Jusammi Chikako:

(vers 1300), courtisane, et disciple de Kyôgoku Tamekane. Son poème dans ce livre est tiré de la 14ème anthologie impériale, Gyôkuyôshû (vers 1313).

Nobe toki / obana ni kaze wa / fukimichite / samuki yubi ni / aki zo kureyuku

From over the moors, / the wind stirs the pampas grass / along this narrow road, / and the evening sun grows cold, / and autumn begins to close.

De sur les landes,

le vent agite l’herbe des pampas

le long de cette route étroite,

et le soleil du soir se refroidit,

et l’automne commence à partir.

°

Kyôgoku Tamekane:

(vers 1252-1316) soeur aînée de Kyôgoku Tamekane, connue principalement pour ses poèmes d’amour.

Tori no michi no / ato naki mono o / omoitachite / hitori shi nakedo / hito shirameya mo

Like a bird’s sky-road / which leaves no trail in the air, / my life, too, shall go / unnoticed, and if I cry, / will anyone know or care?

Comme la route céleste d’un oiseau

qui ne laisse aucune trace en l’air,

ma vie aussi partira

sans qu’on s’en aperçoive,

et si je pleure,

qui saura ou se souviendra?

°

Kyôgoku Tamekane:

Koto no ha ni / idete urami wa / tsukihatete / kokoro ni komuru / usa ni narunuru

Once my bitterness / has found its way into words, / it dissipates, / running deep into my heart, / anger replaced by sadness.

Une fois que mon amertume

a trouvé son chemin de mots,

elle se dissipe,

courant profondément dans mon coeur,

la tristesse remplace la colère.

°

Kyôgoku Tamekane:

Ika narishi / hito no nasake ka / omoiizuru / koshitakata katare / aki no yo no tsuki

Sometimes I wonder / what thoughts, what feelings he knew / as he was leaving. / Telle me what you remember, / poor cold, silent autumn moon.

Quelquefois je me demande

quelles pensées, quel sentiments il avait / en partant. / Dis-moi ce dont tu te souviens,   / pauvre lune froide et silencieuse d’automne.

°

Kyôgoku Tamekane:

Ume no hana / kurenai niou / yûgure ni / yanagi nabikite / haruzame zo furu

De pâles fleurs de prunier

parfument subtilement le soir,

tissant l’ombre et la lumière.

Les saules étirent leurs doigts.
Les pluies de printemps continuent de tomber.

°

Kôhô Kennichi:

(1241-1316) fils de l’Empereur Go Saga. Membre du groupe Gozan (Cinq Montagnes) de poètes Zen à Kyoto, contribua à plusieurs anthologies impériales, et professeur de Musô Soseki.

Ware dani mo / sebashi to omou / kusa no io ni / nakaba shashiiru / mine no shiragumo

Here in a thatched hut / hidden among mountain peaks, / with barely room for one, / I’m suddenly invaded / by wandering white clouds

Ici dans une chaumière

cachée au milieu des pics montagneux,

avec à peine assez de place pour un seul,

je suis soudain envahi

de nuages blancs errants

°

Musô Soseki:

(1275-1351) fut, avec Saigyô, Ikkyû et Ryôkan, un des grands poètes Zen de toute la littérature japonaise. Sous la férule de Kôhô Kennichi, il atteignit l’éveil en 1305. Il fonda le Temple Tenryu, à l’ouest de Kyoto, en 1339.

Furusato to / sadamuru kata no / naki toki wa / izuku ni yuku mo / ieji nerikeri

Sometimes, while wandering, / when I cannot find which road / leads back the way I came, / the road goes anywhere, / and anywhere at all is home.
Quelquefois, errant,

quand je ne peux pas trouver quel chemin

retourne d’où je suis venu,

le chemin va n’importe où,

et n’importe où est chez soi.

°

(à suivre…)

« Seule compagne » – wakas – 3/6

20 octobre 2016

°

Fujiwara no Teika:

(1162-1241) Devint un éditeur important en littérature, rassemblant et publiant beaucoup de textes anciens dont le Genji monogatari, des journaux, des essais, et de la poésie pour le Shin chokusenshû (La Nouvelle anthologie Impériale) en 1232, ainsi que l’anthologie la plus populaire au Japon, Hyakunin isshu (De cent poètes, un poème).

Monon omowanu / hito no kike kashi / yamazato no / kôreru ike ni / hitori naku oshi

You fail to think / on the transience of things, / listen: do you hear, / in that far mountain village, / a duck cry on the frozen pond?

Toi qui échoues à penser

à la fugacité des choses,

écoute: entends-tu

dans ce village éloigné de montagne

le cri d’un canard sur la mare gelée?

°

Dôgen Kigen

(1200-1253) étudia le Zen en Chine et devint un des écrivains et enseignants les plus influents de la tradition Zen. Son impact sur la pratique américaine du Zen a été encore plus important.

Ashibiki no / yamadori no o no / shidario no / naganagashi yo o / aketekeru kana

Longer than the tails / of wandering mountain pheasants / on foot-weary hills, / the long night lies before me, / though it too leads into dawn.

Plus longue que les queues

de faisans errants des montagnes

sur des collines ardues,

la longue nuit est devant moi,

bien qu’aussi elle mène vers l’aube.

°

Jakuren :

(1139-1202) Prêtre et poète du Shinkokishû; neveu de Fujiwara Shunzei.

Sabishisa wa / sono iro to shi mo / nakarikeri / maki tatsu yama no / aki no yûgure

Call it loneliness, / that deep, beautiful color / no one can describe: / over these dark mountains, / the gathering autumn dusk.

Appellez-la solitude,

cette belle couleur profonde

que nul ne peut décrire:

sur ces montagnes sombres

descend le crépuscule d’automne.

°

Kyôgoku Tamenori

(1227-1279) père de Kyôgoku Tamekane et fils de Kyôgoku Tameie et de sa veuve, la poétesse connue sous le nom de Nonne Abutsu.

Aki fukuru / asaji ga niwa no / kirigirisu / yo ya samukarashi / koe yowariyuku

Autumn nearly gone, / hidden in my garden grass, / some crickets remain. / It must be growing cold: / their songs are getting faint.

L’automne presque en allé,

cachés dans les herbes de mon jardin,

restent quelques grillons.

Il doit faire de plus en plus froid:

leur chant s’amenuise.

°

La nonne Abutsu:

(1222-1283), femme de Kyôgoku Tameie, entra dans un monastère bouddhiste après sa mort.

Saki no yo ni / tare musebiken / shitashimo no / tokenu tsurasa o / mi no chigiri to wa

In what previous life / did someone assigne this fate: / under sash so tight, / and condemned to live alone / with no one to untie it.

Dans quelle vie antérieure

quelqu’un a-t-il imposé ce destin:

ceinture du dessous si serrée,

et condamnée à vivre seule

sans personne pour la dénouer.

°

Reizei Tamesuke:

(1263-1328) fils d’Abutsu et de Kyôgoku Tameie, et poète important.

Tarachine no / oi no yowari ni / mumareaite / hisashiku sowanu / mi o zo uramuru

Already Mother’s / breasts hung low with the years / when I was born. / Now I shall live to mourn her / through a lifetime’s falling tears.

Les seins de Mère

déjà pendants du poids des ans

quand je naquis.

Maintenant je vivrai pour la pleurer

toute une vie de larmes tombantes.

°

L’Empereur Retiré Fushima:

(1265-1317) régna pendant la période Kamakura tardive (1287-1298), protecteur de Kyôgoku, il lui commanda l’édition de l’anthologie impériale Gyokuyôshû. Un des souverains les plus érudits et éclairés.

Koyoi toe ya / nochi no ikuyo wa / ikutabi no / yoshi itsuwari to / naraba naru tomo

Come back, love, tonight. / Whether all your lovely vows / prove to be empty / on dark nights like these, oh, / come back, even if you lie.

Reviens, amour, cette nuit.

Même si tous tes aimables serments

s’avèrent être creux

lors de nuits sombres comme celles-ci, oh,

reviens, même si tu mens.

°

(à suivre…)

 

 

 

 

 

« Seule compagne » – wakas – 2/6

20 octobre 2016

Fujiwara Okikaze:

(autour de 900), également célèbre pour ses peintures sur écrans et pour sa musique.

Tare o ka mo / shiru hito ni semu / takasago no / matsu mo mukashi no / tomo naranaku ni

Where shall I turn now / when I am in need of a friend? / At Takasago, / even aging stately pines / cannot replace lost friends.

Où me tournerai-je maintenant

quand j’ai besoin d’un ami?

A Takasago,

même les majestueux pins âgés

ne peuvent pas remplacer les amis perdus

°

Saigyô:

(1118-1190) né dans une branche mineure du clan Fujiwara, famille célèbre par les soldats qu’elle a donnés, lui prononça ses voeux bouddhistes dès l’âge de 23 ans. C’est l’un des pionniers de ce qu’on peut appeler la poésie zen de la nature. Son influence sur des poètes tels que Bashô, Ikkyû et Ryôkan fut grande.

Hitori sumu / katayama kage no / tomo nare ya / arashi ni haruru / fuyu no yo no tsuki

Living alone now / deep in these mountain shadows, / you are my companion / once this storm is weathered, / dear old cold winter moon.

Vivant maintenant seul

au fond des ombres de ces montagnes,

tu es ma compagne

une fois que cet orage s’est calmé,

chère vieille lune froide d’hiver.

°

Saigyô :

Ishinabete / mono o omowanu / hito ni sae / kokoro o tsukuru / aki no hatsukaze

Even among those / who think themselves indifferent / toward most things, / it touches the very soul, / this first cool autumn wind.

Même chez ceux

qui se pensent indifférents

à la plupart des choses,

le premier vent frais d’automne

touche l’âme même.

°

Saigyô :

Fukaki yama ni / kokoro no tsuki shi / suminureba / kogami ni yomo no / satori o zo miru

Deep within the mountains, / the mind’s moon brightly shines, / its light mirroring  / all things everywhere, itself / mirrored in the enlightened mind.
Au profond des montagnes,

la lune de l’esprit brille clairement,

sa lumière reflétant

toutes choses partout, elle-même

reflétée dans l’esprit éveillé.

°

Saigyô :

 Sora ni naru / kokoro wa haru no / kasumi nite / yo ni araji tomo / omoitatsu kana

He whose heart and soul / are at one with the great Void / steps into the mist / and suddenly thinks himself / stepping right out of this world.

Celui de qui le coeur et l’âme

ne font qu’un avec la grande Vacuité

avance dans le brouillard

et soudain pense qu’il

ne fait que sortir de ce monde

°

Saigyô :

Shi nite fusamu / koke no mushiro o / omou yori / kanete shiraruru / iwakage no tsuyu

Dead, I’ll lie forever / alone beneath a blanket / of cold moss / remembering what is learned / only from dew and dark stone.

Mort, je reposerai pour toujours

seul sous une couverture

de mousse froide

me rappelant ce qu’on apprend

seulement de la rosée et de la pierre sombre.

°

Kamo no Chômei

(1153-1216) « abandonna le monde » pour vivre dans une hutte dans les montagnes occidentales à distance de marche de Kyoto. Auteur de Hôjoki, un rapport sur la vie dans une « hutte de quatre pieds carrés », et du Mumyôshô, un des premiers manuels de poésie. Il chronique l’incendie dévastateur de la capitale en 1177, et la famine qui dura deux ans à partir de 1181.

Makura tote / izure no kusa ni / chigiru ran / yuku o kagiri no / nobe no yûgure

Needing a pillow, / where shall I find grasses / that I can bind? / Wherever I’m bound to go, / this evening moor is home.

Ayant besoin d’un oreiller,

où trouverai-je des herbes

que je peux rassembler?

Où que je doive aller,

cette lande du soir est ma demeure.

°

(à suivre)

« Seule compagne » – wakas – 1/6

20 octobre 2016

D’après Only CompanionJapanese Poems of Love and Longing,

traduits par Sam Hamill, Shambhala Centaur Editions, 1997.

°

Bashô :

Omokage ya / oba hitori naku / tsuki no tomo

Now I see her face, / the old woman, abandoned, / the moon her only companion.

Maintenant je vois son visage, / la vieille femme, abandonnée, / la lune pour seule compagne.

« L’observateur, l’observée, la lune — ce ne sont pas trois choses, mais une seule : un moment d’épiphanie, un petit éclair de kenshô ou illumination soudaine. Mais le sens, l’expérience authentique du poème, se trouve seulement en nous-mêmes. Et commence avec la qualité de notre écoute. » (Sam Hamill).

°

Sugawara Michizane :

Furu yuki-ni / iro madowasru / ume no hana / uguisu nomi ya / wakite shinoban

When the snow begins / to fall, it has the color / of white plum blossoms — / only the bush warbler knows / the one from the other.

Quand la neige commence

à tomber, elle a la couleur

de blanches fleurs de prunier —

seul le rossignol distingue

l’une de l’autre

°

Otomo Kuronushi :

Kagamiyama / iza tachiyorite / mite yukamu / toshi henuru mi wa / oi ya shinuru to

On Mirror Mountain / I pause a while to reflect / on all I have done — / survived these many years / just to become an old man

Sur la Montagne du Miroir

je m’arrête un moment pour réfléchir

à tout ce que j’ai fait —

survécu ces nombreuses années

pour seulement devenir un vieil homme

°

Furu no Imamichi

(fin du IX siècle), occupa différents postes gouvernementaux pendant plus de quarante ans.

Ominaeshi / ushi to mitsutsu zo / yukisuguru / otokoyama ni shi / tateri to omoeba

Traveling this road, / one suspicious eye / watches the maiden flowers: / here, on a mountain named Man, / they prosper and multiply.

Voyageant sur cette route,

un oeil méfiant

regarde les valérianes:

ici, sur un mont appelé L’Homme,

elles croissent et prospèrent

NB: « ominaeshi », « fleur-de-demoiselle »…

°

Ôshikôchi no Mitsune

(début du Xè siècle), connu pour avoir écrit des poèmes avec Tsurayuki, Tadamine, et d’autres poètes de cour, et pour ses excursions sur les différents sanctuaires et autres sites célèbres. 193 de ses poèmes ont survécu dans différentes anthologies.

Tsuma kouru / shika zo naku naru / ominaeshi / ono ga sumu no no / hana to shirazu ya

Filled with his longing, / the stag cries from the mountain: / he is unaware / of the fields where he roams: / blossoming maiden flowers.

Empli de langueur,

le cerf brame de la montagne:

il est inconscient

des champs qu’il parcourt:

valérianes en fleur.

°

Ariwara no Narihira

(825-880) Cinquième fils du Prince Abo, lui-même fils de l’Empereur Heizei et de la Princesse Ito. Mais Narihira et ses frères perdirent leurs titres de nobles en 826. Elégant et totalement complaisant, il figure en bonne place dans les Contes d’Ise. C’était l’un des « six génies poétiques » (« rokkasen »).

Tsuki ya aranu / haru ya mukashi no / haru naranu / wa ga mi hototsu wa / moto no mi no shite

Is that the same moon ? / Is this the same old springtime, / the same ancient spring? / And is this not my body, / the same body you once knew?

Est-ce la même lune?

Est-ce la même vieille époque du printemps,

le même vieux printemps?

Et n’est-ce pas mon corps,

le même corps que tu connus autrefois?

°

(à suivre…)

 

 

 

Compte-rendu du kukaï de Paris n° 118, du 15/10/16 :

16 octobre 2016

En présence de 15 participants (dont notre invitée d’honneur Claire Châtelet (« Sprite »), 30 haïkus furent échangés, après une présentation des membres (dont certains nouveaux), et des informations diverses (dont la parution du tout récent Haïkus de la résistance japonaise, choisis, présentés et traduits du japonais par Seegan (Laurent) Mabesoone, aux éditions Pippa.)

21 textes reçurent une voix, ou plus.

°

Avec 5 voix :

équinoxe –

le souffle laborieux

de son poumon restant

: Claire Châtelet (« Sprite »).

°

Avec 4 voix :

Bruissement de feuilles –

Le joggeur est avalé

par la brume

: Danièle Etienne-Georgelin;

Collées

Au chien égaré

Les fleurs fanées

: Fujii Lika (, originellement écrit en japonais – en 5+7+5 mores -, et traduit en français par sa fille, Ando Rikako.)

jardin en automne –

le râteau rouillé

me montre les dents

: Michel Duflo.

°

Avec 3 voix :

Fin septembre

une cigale esseulée

retient l’été

: Nicolas Lemarin;

sous l’abri-bus

voilée,

avec son chat en cage

: Daniel Py.

°

Avec 2 voix :

bain moussant –

il noie son Iphone

et mes paroles

: Christiane Ranieri;

nuages d’automne –

la mer a sa couleur

des mauvais jours

: Michel Duflo;

Où vas-tu

Si pressé

Nuage…

: Rikako Ando;

Ouverture de chasse –

La pesanteur du brouillard

sur mes épaules

: Danièle Etienne-Georgelin;

rayons du supermarché :

les cimetières vont bientôt fleurir

: Daniel Py;

Remparts de fortune

les draps blancs flottent au vent

Tireurs embusqués

: Catherine Noguès;

retrouvailles –

elle boit son cocktail

et mes paroles

: Minh-Triet Pham;

Visite à mon fils

accompagnant mon thé vert

deux chaussons bleus

: Christiane Ranieri.

°

Avec 1 voix :

anniversaire –

mon thé vert

trop infusé

: Minh-Triet Pham;

heure d’été,

mistral dans le nez,

jasmin dans la tasse

: Philippe Gaillard;

Pointe de l’île –

le fantôme d’Aragon

attend Elsa

: Marie-Alice Maire;

poli par le vent

l’épouvantail dans le champ

rêve d’une écharpe

: Gilles Petitdemange;

Sur l’étang ridé

et la forêt rouillée – pluie

sur mes joues aussi.

: Annie Chassing;

vieux pommier

quelques guêpes apprécient

le goûteux millésime

: Claire Châtelet (« Sprite »);

voiture de fleurs

sous un soleil de printemps

sonne le glas

: Philippe Gaillard.

°°°

Nous avons terminé la soirée (à plusieurs) dans un restaurant alsacien.

Rendez-vous a été pris pour le kukaï 119 au 19 novembre prochain.

°°°

 

 

 

 

Compte-rendu du 117è kukaï de Paris :

25 septembre 2016

Samedi 24 septembre 2016, en présence de 16 participants (dont deux « nouvelles »), 45 haïkus ont été échangés. 31 d’entre eux ont obtenu une voix ou plusieurs.

°

Avec 5 voix :

fleurs des champs —

envie d’en cueillir une

sur sa robe

: Minh-Triêt Pham

°

Avec 4 voix :

bivouac –

une araignée traverse le ciel

sur un rayon de lune

: Antoine Gossart;

et :

faucille de lune

le chat rentre

blessé

: Eléonore Nickolay.

°

Avec 3 voix :

salon du vin bio

l’élu vert

vire au rouge

: Patrick Fetu.

°

Avec 2 voix :

au fond de la douche

plus matinale que moi

huit pattes velues

: Marie-Alice Maire;

aux urgences – 

une mouche arrive

à s’en sortir

: Eléonore Nickolay;

éclipse de soleil

il a levé les yeux au ciel

l’aveugle

: Philippe Bréham;

sur l’écran qui s’éteint

un instant

mon propre visage

: Jacques Quach;

et :

week-end d’été –

sur le tuyau d’arrosage

trafic intense de fourmis

: Antoine Gossart.

°

Avec 1 voix :

Allons dans la neige

Là où personne ne va –

la neige vivante

: Catherine Noguès;

Argentée

la trace laissée

par l’escargot

: Corinne F(ourm)y;

cueillette de mûres –

échapper aux ronces

amoureuses

: Jacques Quach;

dans le parc

son ombre s’allonge –

phase terminale

: Eléonore Nickolay;

De jour en jour

Le chien écrasé sur la route

Disparaît en poussière

: Rikako Ando;

koto du soir

près du temple shintô

le rossignol se tait

: Philippe Bréham;

Là!

Les deux mouettes ont disparu

vers la demi-lune

: Hiro Hata;

la main dans la main

à la porte de l’école –

première pluie d’automne.

: Annie Chassing;

Le chat en entrant

apporte dans sa fourrure

la fraîcheur de l’aube

: Corinne F(ourm)y;

le recul du glacier

laisse la terre pelée –

l’ombre d’un rapace

: Danièle Etienne-Georgelin;

le train arrive

elle se refait une beauté

la vieille voyageuse

: Philippe Bréham;

Papillon!

tu as beau battre des ailes

la fenêtre est close

: Marie-Alice Maire;

Parvis de la Défense

attroupement de costards-cravates

Chasseurs de pokémons

: Marie-Alice Maire;

pluie d’automne –

le matou renonce

à sa virée nocturne

: Danièle Etienne-Georgelin;

Plonger dans la mer

A la nage fixer l’horizon

Goût de l’infini

: Lise-Noëlle Lauras;

plus que le bout de ses orteils

bleu –

quai de septembre

: Daniel Py;

*

(re-travaillé après le kukaï en :)

au bout

de ses ongles d’orteils

un restant de vernis bleu

– rentrée de septembre

*

priorité à droite —

je laisse passer

le pitbull

: Minh-Triet Pham;

randonnée –

la montagne nous prépare

un mauvais coup…

: Danièle Etienne-Georgelin;

Serpent (a mué)

Avoir la même chance que lui

Je veux muer

: Hiro Hata;

Silence,

Laver une tombe

Avec la petite soeur sourde

: Fujii Lika

site de rencontre —

sa femme ne sait pas

qu’il est célibataire

: Minh-Triet Pham;

et :

Yachts sur l’onde bleue

sur les canots chavirés –

flonflons et noyés.

: Annie Chassing.

°

Notre prochain kukaï aura lieu le 15 octobre.

Les suivants :

samedi 19 novembre

samedi 10 décembre.

°

 

 

 

 

 

 

 

Compte-rendu du kukaï de Paris n° 116

5 septembre 2016

Samedi 3 septembre en présence de 16 participants, 33 haïkus ont été échangés. 22 d’entre eux ont obtenu une voix, ou plus.

*

Avec 6 voix :

les yeux au ciel

elle étend sa lessive

entre deux nuages

: Patrick Fetu.

*

Avec 5 voix :

Canicule –

L’escargot s’accroche

à l’arrosoir

: Danièle Georgelin.

*

Avec 3 voix :

Coucher orangé

le ressac lancinant

contre le bunker

: Danièle Georgelin;

Fin de l’été,

Le château de sable s’écoule

Au bord de la mer.

: Fujii Lika;

lavande fanée

à la recherche de l’été

le dernier bourdon

: Eléonore Nickolay;

Même debout

elle reste courbée

la jardinière

: Monique Junchat;

toute la soirée

effleurée par ses mains –

envier la guitare

: Isabelle Freihuber-Ypsilantis.

*

Avec 2 voix :

Ciel d’été

Par la fenêtre du 1er

Je cueille des figues

: Leïla Jadid:

ciel étoilé –

sur l’oreiller la trace

d’un sanglot

: Isabele Freihuber-Ypsilantis;

de ruines en ruines

partir à la recherche

du temps perdu

: Minh-Triêt Pham;

file d’attente

le souffle d’un inconnu

sur ma nuque

: Monique Junchat;

fin de l’été

le trou de la poche du short

encore plus grand

: Eléonore Nickolay;

rentrée des classes –

ni cartable ni école

: Françoise Lonquety.

*

Avec 1 voix :

Au chemin de la forêt

Les arbres fraîchement coupés

me crient tous « Adieu! »

: Rikako Ando;

au travers des feuilles

les taches de soleil

brûlent

: Philippe Bréham;

Encore un peu de jour

Et trois fleurs

de réverbères

: Corinne Fy

 

épilation –

je passe la brosse collante

sur mon chat

: Valérie Rivoallon;

 

mer montante

une brise parcourt les dunes

et puis ma nuque

: Cécile Duteil;

nuit blanche

à broyer du noir

: Patrick Fetu;

pont de Grenelle –

 

mon ombre 

prend l’eau

: Valérie Rivoallon;

prairie –

prendre le taureau par les cornes

et ma bien-aimée par surprise

: Minh-Triêt Pham;

songeant qu’il est gaucher

Il soupire

L’homme de droite

: Leïla Jadid;

Tous les soirs

le clocher de la mairie

s’endort debout

: Corinne Fy.

***

En début de séance, Minh-Triêt Pham nous a apporté son beau recueil de haïkus (en trilingue vietnamien, français et anglais) et photos  (avec texte en braille) : Reflet aveugle, dans ses deux premières éditions : l’une en noir, l’autre en couleurs : les deux pour 16€ aux éditions Unicité, 2016;

Monique Junchat nous a apporté son remarquable (premier) recueil de haïkus : Charivari, éd. Tapuscrits, 2016 – 8,80€;

Hiro Hata nous a annoncé sa prochaine exposition de peinture (une soixante ou soixante-dizaine de toiles) , à la Galerie du Montparnasse (55 rue du Montparnasse) du 6 au 15 octobre prochain (à partir de 14h30 tous les jours). Le vernissage aura lieu lundi  10 octobre, à 18h30;

Eléonore Nickolay nous a apporté le n° 113 de la revue de la Deutsche Haiku Gesellschaft (Association allemande de haïku), dans lequel elle a écrit un portrait de votre serviteur : « Im hier und Jetzt und ohne Pathos. Daniel Py. Ein Porträt » (pp. 6-8) (« Dans l’ici et le maintenant et sans pathos. D.P. Un portrait. »); et, pp.14-5, un article : « Die französische Ecke » (« Le coin français ») sur le thème du « Gong » 51 : « Le haïku, paysage intime », avec des exemples de haïkus, dont celui-ci (mon préféré) : « soir d’hiver – / il raconte sa journée / à son chien » : Michel Duflo.

Eléonore se propose de présenter à l’avenir d’autres portraits de haïjins francophones dans cette belle revue « classieuse » de « Sommergras », tel Serge Tomé, etc.

Qu’elle soit ici remerciée pour cette belle ouverture du haïku français vers nos amis outre-rhénans!

Enfin, Rikako Ando, a le projet de traduire en français un recueil de haïkus (déjà édité au Japon) de son papa. Mr Fujii Rika, avec des illustrations de sa soeur plasticienne, peintre, qui vit à Londres. Nous l’accompagnerons dans ce beau projet…

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Nos prochains kukaïs auront lieu

à 15 h 30 au bistrot d’Eustache (75001), les :

24 septembre (# 117)

15 octobre (# 118)

19 novembre (# 119)

10 décembre (# 120)

prochains.

Ainsi s’achèvera notre 10è année de joyeuses rencontres autour du haïku avec nos amis du kukaï de Paris!

***