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Résumé de »Vous êtes cela – Mon chemin de haïku » par James W. Hackett (1929-2015).

27 février 2016

dans « Albatros/s » Vol IV, n° 1/2, pp. 9-13 :

Cet essai suggère que le bouddhisme zen a une influence profonde sur le développement de la poésie du haïku au Japon, et que les meilleurs haïkus reflètent les qualités du zen. Plusieurs haïkus de Hackett y figurent, ainsi que des citations de sources spirituelles représentant des religions occidentales et orientales, et des oeuvres – en particulier – de R.H. Blyth (1898-1964), le mentor de Hackett. « Vous êtes cela » contient un avant-propos et une conclusion personnels.Cet essai se compose de deux parties principales:

  1. Le moment-haïku
  2. Le poème haïku.

AVANT PROPOS PERSONNEL : Quelle que soit l’approche du haïku, l’écrivain (et le lecteur) ne devrait pas confondre la simplicité du haïku véritable avec l’insignifiant. Parce que, comme Blyth le discerna, « les haïkus ont une simplicité illusoire à la fois pour ce qui concerne la profondeur de leur contenu et leurs origines. » Le but définitif de la poésie de haïku est de refléter ces moments très particuliers dans lesquels nous voyons et expérimentons la vie des choses, et n’est pas concerné par le trait d’esprit, le didactisme, ni même la beauté. Les vrais haïkus ont une profondeur illusoire, caractérisée par des qualités existentielles qui peuvent s’exprimer dans n’importe quelle langue. Les haïkus peuvent être une manière de prise de conscience vivante qui, combinée avec la méditation, devient un chemin qui mène, par-delà la poésie, vers une appréciation bienheureuse de ce présent éternel qu’est la vie.

PREMIERE PARTIE : Le moment-haïku.

On néglige souvent, en écrivant des haïkus, la distinction cruciale que l’on doit faire entre la perception initiale d’un instant particulier dans la nature – le moment-haïku – et le processus final d’écriture dans lequel l’écrivain essaie de partager son expérience avec autrui. La première partie aborde six aspects du zen requis pour le haïku. Ce sont :

  1. Le Présent Eternel
  2. La contemplation de (re)centrage
  3. La plus grande nature
  4. L’immédiateté et la franchise
  5. La chose telle qu’elle est
  6. L’interpénétration spirituelle.

1) LE PRESENT ETERNEL est la première caractéristique du moment-haïku. Clé de toute discussion du moment-haïku est le dévouement constant du poète à refléter le Maintenant éternel de la création.

profonds dans le cours d’eau

les gros poissons immobiles

face au courant

La plus grande bénédiction (pour moi) du zen et du haïku est leur préoccupation pour le présent éternel. Ce fut la convergence du haïku sur le Maintenant qui attisa d’abord mon intérêt pour cette poésie et me fit la développer en anglais. Car, avant d’écrire du haïku, un accident presque mortel occasionna l’expérience suggérée par mon verset :

Avec l’arrivée de la mort,

Seul ce moment présent

se fait connaître comme réel

Cette révélation me fit comprendre que « le chemin de la poésie… consiste à donner la valeur la plus grande possible à chaque instant. » (Blyth).

La conscience de l’éternel présent de la vie n’est pas réservée à la philosophie orientale. La qualité transcendante du Maintenant a été reconnue par de grands sages d’autres religions, y compris par le mystique chrétien du Moyen-âge Maître Eckhart, qui prêcha avec ferveur : « L’Eternité est maintenant » et « Dieu crée l’univers entier complètement et entièrement dans ce Maintenant présent. » Il y a donc la possibilité d’intuitions mystiques quand on écrit et vit une Voie Zen du haïku.

2) LA CONTEMPLATION DE RECENTRAGE est cette pratique que Wordsworth décrivit comme : « Regarder fermement l’objet. »

Encore et encore

le mille-pattes grimpe sur cette tige brisée

– puis essaie au-delà

La contemplation de (re)centrage de la nature est inestimable pour la découverte de moments-haïku, et formait la base de l’approche du haïku par Bashô. Les poètes de haïku devraient expérimenter l’éventail le plus large possible de sujets naturels. Des moments de haïku merveilleux sont le fruit de la contemplation proche de la nature, même des soi-disantes formes les plus inférieures de la vie.

L’araignée tisse autour

et autour de son modèle ancien

vers le centre

3) LA PLUS GRANDE NATURE. Selon le zen : « Les paroles des maîtres sont exactement au bout des plantes en fleur. » Pendant des siècles, on a considéré le haïku comme représentant la poésie de la nature; une poésie dans laquelle les humains, s’ils sont présents, baignent dans ce que les écologistes ont appelé « la plus grande Nature ». Il y a de profondes raisons spirituelles aussi bien qu’écologiques qui font que nous devons retenir le concept classique de haïku comme étant une forme de poésie de la nature.

Quant à ce qui constitue la plus grande nature, contemplez les grandes peintures de paysages chinoises et japonaises. Les humains, si toutefois on les représente, sont montrés comme faisant partie intégrale de la création naturelle. Ces peintures sont d’exquis exemples de la vivions mystique de la nature qui a si profondément influencé les esprits orientaux. La vision myope anthropocentrique de l’Occident est une vision dangereusement limitée, comme la science écologique l’a montré. Créer des haïkus en dehors du reste de la nature trahit une ignorance de notre place dans la plus grande nature, et un esprit appauvri. Les sages de l’Inde védântique ont réalisé il y a des millénaires que « Le Seigneur… se trouve dans les plantes et dans les arbres… et s’étend dans tout l’univers. » Pour de seules raisons spirituelles, le haïku doit continuer à être une forme de poésie de la nature. La profondeur et la largeur de la Création naturelle (et la conscience universelle) ne méritent rien de moins.
Ecologiquement parlant, nous pouvons espérer que retenir le dévouement traditionnel du haïku pour la nature aidera à recentrer la conscience et les valeurs humaines sur la précieuse biosphère terrestre  que chaque jour l’ignorance et la cupidité humaines mettent de plus en plus en danger.

4) Immédiateté et caractère direct (ce que le zen nomme l’Ainsité.)

La qualité d' »ainsité » dans le haïku implique la conscience instantanée, sensuelle du poète de l' »éternel présent » de la vie. Le moment-haïku devient alors un moyen de contemplation recentrante pour le poète. en libérant notre esprit de pensées errantes, nous devenons l’ami attentif de nos sens, ce que requiert le zen et le haïku.

Comme disait Thoreau : « Qu’est-ce que j’ai à faire dans les bois si je pense à quelque chose en-dehors des bois ? »

5) LA CHOSE TELLE QU’ELLE EST (ce que le zen nomme la talité.) La qualité spéciale et concrète de la chose juste-telle-qu’elle-est du moment-haïku. Blyth note que « la talité des choses est ce que le poète cherche (et devrait chercher), écoute (et devrait écouter), sent ‘devrait sentir), goûte (devrait goûter). » Blyth écrit aussi : « La grande erreur de la vie et de la poésie est le désir de fuir les choses au lieu d’y pénétrer, de s’échapper de ce monde (matériel) pour un monde de rêve. »

Rien que des montagnes… / cependant, sur chaque vent, /  l’odeur de la mer

Dans cette flaque marine / s’échappant d’un crabe écrasé, / plusieurs petits crabes

L’esprit du haïku se conforme à la talité, dans le concret et la sensualité (« sensuosity ») des choses. En créant des haïkus, il est impératif que le concret et la particularité des CHOSES devraient gouverner et notre conscience et notre témoignage.

Les figures de rhétorique sont une menace distrayant du caractère direct du haïku, et devraient être évitées. Aussi vénérables que soient ces techniques poétiques, elles détournent de la qualité essentielle du haïku de la chose juste-telle-qu’elle-est.

6) L’INTERPENETRATION spirituelle est une des qualités les plus importantes du moment-haïku, une qualité bien connue de Bashô, mais communément négligée par poètes et commentateurs. Comme dit Blyth : « La Voie du haïku requiert… un plongeon perpétuel du soi dans les objets. »

Le long fil d’une toile / flottant à chaque extrémité, navigant libre / sur la brise de la montagne

L’interpénétration spirituelle est un état ontologique dans lequel un sens transcendant d’identité est perçu intuitivement entre ce que nous pensons habituellement de nous-mêmes et des autres choses.

Matin très froid : / des moineaux assis / sans cous

Centré maintenant / sur l’odeur d’un vieil os / l’esprit de mon chien

Le haïku requiert un coeur tout-compatissant. Interpénétrer, s’unir aux choses, nous trouver en union avec toutes choses, c’est vivre la Voie du Zen. Dans la mesure où cet esprit se manifeste en syllabes, cela peut être un Chemin-de-haïku. Que cette interpénétration ait été un principe cardinal pour Bashô est confirmé par son plaidoyer de « pénétrer dans l’objet, percevoir sa vie délicate, et ressentir ses sentiments, d’où il découle qu’un poème parle de lui-même. »

De Bashô, encore :

« … Gardez vos préoccupations subjectives par-devers vous-mêmes. Votre poésie coule de son propre chef quand vous et l’objet vous unissez… Aussi bien tournée que puisse être votre poésie, si vous et l’objet êtes séparés, alors votre poésie n’est pas de la vraie poésie, mais une apparence de la vraie. »

Mantenant libre dans le monde / le vieux perroquet perché: / sa solitude!

D.T. Suzuki suggère que l’interpénétration peut annoncer quelque chose de cosmique. « … une infinie fusion ou interpénétration de toutes choses, chacune avec son individualité, renfermant cependant quelque chose d’universel. »

A l’intérieur de sa graine creuse / et tout le temps autour d’elle : / la forme du vide

Se rapprochant des déferlantes / chaque empreinte de pas devient / celle de la mer

Les écritures mystiques de l’Inde donnent des exemples livides d’interpénétration spirituelle. Là, le coeur tout-compatissant embrasse l’entier royaume écologique de la vie. Tel que les Upanishads le révèlent : « Le Seigneur est la vie qui sourd brillante de chaque créature »  et : « Vous êtes Cela ».

Fourmi robuste, même / lourdement chargée tu grimpes / le mur abrupt de la montagne

L’interpénétration spirituelle n’est pas confinée à la philosophie orientale comme le maître chrétien Eckhart le souligne : « … Dieu est en toutes choses… Chaque créature est remplie de Dieu… ». « Toutes les créatures sont inter-dépendantes. » « Nous devons apprendre à percer les choses (par l’interpénétration) si nous voulons appréhender Dieu en elles. »

En résumé, l’interpénétration spirituelle crée le sens de l’Unité chantée par les mystiques de différentes religions. Cette union profonde entre poète et sujet est une reconnaissance intuitive de l’Unité dans le Tout qui se conforme à devenir. Le vivre et l’écriture du haïku peut devenir (pour certains) une Voie Spirituelle, une voie de conscience vivante aussi bien qu’une voie de poésie.
IIè PARTIE : LE POEME-HAÏKU. La forme du haïku et le style d’expression.

Wordsworth observa que « la poésie est l’émotion recueillie dans la tranquillité. » Et il devrait en être ainsi de la création de la poésie de haïku également. Cela implique la tâche souvent dévoreuse de temps de créer un poème-haïku, c’est-à-dire d’accomplir la note initiale du moment-haïku en mots soigneusement choisis de manière à ce qu’ils puissent être partagés au mieux avec autrui.

LA FORME DU HAÏkU. Les haïkus ont besoin d’une forme structurale à la fois pour recueillir le respect littéraire et pour décourager l’anarchie. En pratique, j’ai trouvé que le haïk due dis-sept syllabes traditionnel était un défi excitant, et le meilleur moyen de transmettre artistiquement la nuance. Je privilégie une forme en trois lignes composée idéalement de 5-7-5 syllabes. Les haïkus modernes qui sont trop brefs semblent insuffisamment suggestifs, obscurs ou simplement inintelligibles. Les vrais haïkus ne sont pas des puzzles de mots à déchiffrer. Un haïku devrait toujours procurer assez pour garantir l’intérêt du lecteur et la re-création imaginative! Le vrai défi en créant le haïku n’est pas la brièveté, mais le partage du moment-haïku. Une sélection soigneuse de modificatifs et d’articles, ainsi que de noms et de verbes, peut enrichir la vie, le naturel et le son d’un haïku. Egalement, nous devrions nous sentir libres d’utiliser la riche palette suggestive de la ponctuation.
LE STYLE DE L’EXPRESSION DU HAÏKU devrait être gouverné par le naturalisme, la vie et le caractère direct. La vie (pas l’artifice) caractérise la vraie poésie du haïku, de façon à ce que la sainteté du moment-haïku devrait toujours avoir priorité sur le style. Le Naturel devrait gouverner l’expression du haïku, pour que la syntaxe et la diction habituelles soient appropriées au haïku. Je suis d’accord avec Wordsworth que nous devrions employer « une sélection de langage vraiment en usage » par tout un chacun. Toute distorsion délibérée de langage, telle que l’émulation d’un usage japonais est une pratique nuisible à la création du haïku. (Il est significatif de voir que de nombreux haijins japonais importants emploient une norme de 5-7-5 syllabes dans leurs propres haïkus en anglais.) Les vrais haïkus sont directs, pas obscurs, ni abstraits, ni intellectuels. Donc, le didactisme et les jeux de mots sont déplacés dans le haïku. Cependant un humour naturel peut avoir confortablement sa place dans le haïku, tout comme dans le zen.

Les bécasseaux s’enfuyant / se retournent soudain / et pourchassent la mer!

CONCLUSION PERSONNELLE : Bien que le haïku et le zen se soient développés au Japon, je crois fermement qu’ils ont tous deux une portée universelle et ne devraient pas être considérés comme « étrangers » ou exotiques. C’est l’espoir et la motivation de ma vie qu’en utilisant le haïku comme un art du zen, nous pouvons devenir plus conscients de cet éternel présent et de l’Unité spirituelle qui y réside. Cette voie du « Vous êtes Cela » du haïku est dévouée au salut de l’âme d’un monde fou. C’est un chemin embelli par l’émerveillement et la richesse de la vie, qui se réalise à travers une conscience respectueuse du moment qui toujours va se produire. »

James W. Hackett.

 

Ogiwara Seisensui – 5/19 – pp. 290-2/334

18 février 2016

…/…

Cependant, à la différence de ces autres innovateurs formels, Seisensui voulait revendiquer pour sa propre oeuvre un nom traditionnel. Puisqu’attaquer les exigences de la longueur des 17 syllabes et la référence saisonnière c’était attaquer la définition formelle du haïku, Seisensui devait substituer une analyse qui ne se fondait pas sur des éléments formels per se. Ses essais pour le faire et pour défendre son oeuvre en tant que haïkus contre les critiques du poète majeur du vers libre Kitahara Hakushû sont au centre d’une des controverses littéraires les plus vivantes du Japon moderne.

En réfutant Hakushû aussi bien que dans ses autres écrits approfondis sur le sujet, Seisensui distingua le haïku de style libre du vers libre en deux chefs principaux : le premier était le contenu : le vers libre traite de toutes sortes de sujets, mais le contenu du haïku se limite à la nature; le haïku exprime en particulier une relation particulière avec la nature qui se développa durant le cours de l’histoire de cette forme poétique. Le deuxième était le traitement : le vers libre est de structure linéaire et discursive, retraçant le cours des expériences mentales du poète; à l’opposé, le haïku est centripète, mettant la focale sur une perception intuitive, instantanée. Seisensui évoqua ces points dans « Du vers libre et du haïku », un long article qu’il écrivit en réponse à Hakushû. :

« La poésie traite de toutes sortes de sujets – matériaux lyriques, épiques, scènes naturelles, passions humaines, pensées sociales. Mais, dans mon opinion, le haïku ne doit traiter que d’une chose, une « saveur de la nature » capturée à travers une contemplation de la nature. Le royaume du haïku est de fait très petit, comme il saisit seulement les « saveurs de la nature » dans le grand monde de la poésie. Bien sûr une « saveur de la nature » peut être traitée dans d’autres formes de poésie, mais dans le haïku, elle ne prend pas la forme d’une « expression » au sens ordinaire du mot; elle vise à une « submersion » qui est à l’opposé d’une « expression ». Cela rend le royaume du haïku encore plus petit. »

« Un parfum de la nature » était, dans l’opinion de Seisensui, l’essence de la tradition pré-moderne du haïku. Il se plaisait à répéter la maxime de Bashô : « Suivez la nature et revenez à la nature »; une autre expression de Bashô qu’il aimait était : « Quand vous composez un verset, qu’il n’y ait pas l’épaisseur d’un cheveu entre votre esprit et ce que vous écrivez. » Pour Seisensui, « revenir à la nature » signifiait s’unir à elle et sentir ses pulsations dans son corps. Il exprima cette idée dans sa propre formule : « Ecoutez la nature ». Les vieux maîtres du haïku ne « voyaient » pas la nature, croyait-il, mais ils l' »écoutaient ». » Citant le célèbre haïku de Bashô :

La mer déchaînée / s’étendant jusqu’à l’île de Sado, / la Voie Lactée,

il dit que le poète, ici, « écoutait » la scène, ne la « regardait pas », que l’âme du poète s’élargissait à la taille du ciel et qu’il écoutait les paroles des étoiles. Pour Seisensui, cette relation étroite avec la nature est particulière à la tradition du haïku.

Bien que parfois Seisensui attaquant le vocabulaire des poèmes de Bashô, il révérait l’attitude spirituelle qu’ils exprimaient. Il croyait que dans sa propre oeuvre il cherchait une semblable relation avec la nature. Et puisque son projet poétique était le même que celui du vieux maître, il se sentait justifié d’appeler ses poèmes de style libre haïkus et de se placer lui-même dans cette tradition qui descendait de Bashô. Quelques fois il cherchait même un précédent chez Bashô à ses propres innovations formelles. Il ne pouvait pas revendiquer que le maître du XVIIè siècle écrivait réellement des haïkus de style libre, mais il fit remarquer que Bashô fréquemment s’appuyait plus sur un rythme interne que sur un rythme externe, de sorte que beaucoup de ses meilleurs haïkus ont un rythme plus complexe que le 5-7-5. « Si Bashô n’avait pas été limité par l’idée que le haïku devait être en 5-7-5, je suis certain qu’il aurait écrit plus de bons poèmes », observait audacieusement – et pour sa propre gouverne – Seisensui.
Par exemple, Seisensui trouvait plus naturel de couper

rassemblant les pluies / du début de l’été, comme est rapide / la rivière Mogami!

en :

rassemblant les pluies / du début de l’été / comme est rapide / la rivière Mogami!

Il croyait qu’en certains cas Bashô trouvait son désir de suivre un rythme interne si fort qu’il devait casser le rythme externe de 5-7-5. Un exemple :

Un bananier / dans la bourrasque d’automne: / j’écoute la pluie s’écouler / la nuit dans une bassine,

la structure syllabique est 3-5-7-5 ou 8-7-5, peu importe le soin avec lequel le lecteur conservateur pourrait l’analyser. Seisensui pensait que Bashô utilisait par inadvertance le principe du haïku de style libre quand il portait une grande attention au rythme interne, le rythme propre à son sujet.

(à suivre…)

Haïkus, senryûs,… – Py – Déc. 15 – 2/3

12 janvier 2016

°

(Portrait – en noir et blanc :)

ses bas et son écharpe

zébrés –

son sac-à-dos

panda

°

Les décos de Noël

bien plus modestes cette année –

COP 21

°

cet après-midi

le temps

goutte-à-goutte…

(- siroter)

°

à terre

la tendresse

du ginkgo biloba

°

au matin du 21 novembre naît

un fleurisier

°

Capital(e) :

Trouver un espisse vert…

°

sous la pile des pulls

(une écharpe

crue perdue)

°

entre les feuilles de mon carnet

des feuilles de ginkgo biloba –

Avent

°

« Si le climat était une banque, il serait déjà sauvé. » Hugo Chavez (1954-2013) (- Partagé par Ben Adgnot sur FB.)

°

Penny Harter (in « Round The Pond », Roumanie, 1994):

« Beekeeper / humming / back »

« l’apiculteur / frelonne / en retour » (adapt. Py).

°

des limasseuses…

°

des auto-haïkuiseurs…

°

(Kyôku :)

Quand on aime

on ne compte pas

… les syllabes !

°

Des glaçons

dans mon apéro

– Bientôt A la neige !

°

De hotte

en bas

l’abonbondance…

°

ginkgo ô ginkgo,

tout le long du début de décembre !…

°

dans le sapin

les boules…

un Noël éboulissant…

°

sèche

la feuille de biloba

casse

°

ce matin

ça chauffe sur Internet

– mon bol de thé froid

°

retroussant ses cils

: maquillage RER

°

lendemain d’élections

le panneau d’affichage municipal

tout blanc

°

COP 21

rien n’est encore fait

mais voyez comme

ils s’auto-congratulent !

(J’ai juste vu

que les chefs d’Etats

étaient contents d’eux-mêmes

à l’issue de la COP 21)

Après la COP 21

les chefs d’Etats

vont gueuletonner,

satisfaits.

Après le gueuleton

post-COP

les chefs d’états satisfaits

repus

°

Là-haut

le réveil en ta

lons hauts

°

Les chaînes de Jacob

Amour :

les chaînes de soie…

… pas les chaînes de soi !…

°

le train arrive –

une cloche sonne

au loin

°

« En toute mauvaise foi » ? *

un plagiaire de rien (?)

 

* cf Maxime Decout, Ed. de Minuit, 2015 

La palinodie

du plagiaire

débusqué

Il nous fait une crise

de mauvaise foi ?

mots croisés

le plagiaire

s’est grillé

°

Je commande une bière Record

« Record de douceur »

à la télé du bar

°

« Dropped » *

: Les deux hélicoptères

dropped **

 

* Nom d’une émission télé

** to drop : (laisser) tomber; (se) « crasher ».

°

(Journaux gratuits :)

Des tombereaux d’informations formatées

pour qu’ils n’ingurgitent

qu’un seul son de cloches !

°

des dents

… qu’on aurait envie de lécher

?

°

(Traversée de rame :)

des cuisses haut-perchées

(qui impressionnent

leur public…)

°

Plein de mémères à petit chien

en train vers le Sud-Est

– vacances de Noël

°

couchée

sur son cahier

à écrire…

(18/12, Nice-ville)

°

une régalerie

°

les choses sont

ce caleçon

et elles seront

ce calceron

°

verre de vin

sur la terrasse

au-dessus de Menton

le 20 décembre

(au soleil)

le soleil

descend derrière le Mont

/ se retire du balcon

/ Fraîcheur

le soir

se pose

sur la nappe

du balcon

(Castillon, 20/12)

°

« Non, Kate,

ta p’tite soeur n’est pas

un xylophone ! »

(matin du 21/12, Castellar)

°

Prendre la multinationale 20…

°

dans la rue

que le bruit

(du filet d’eau)

de la fontaine

– Castellar, 22 décembre

°

(A suivre, p. 1, carnet gris).

°

de Michelle Tennison,

29 novembre 2015

dans Hermitage vol III, 2006, un extrait de son article « A Haiku-A-Day and the Haiku Shift » (pp. 84-91) :

pp. 87-8 :

(…)

Parce que je me voyais séparée et différente de mon environnement, je jugeais souvent, ce qui est une barrière évidente à la sensibilité-haïku, et la tendance que j’avais de tirer le haïku vers la sentimentalité avait un sens particulier pour moi. Robert Spiess dans sa série des « Speculations » publiée dans Modern Haiku écrivit : « Les haïkus doivent être la vérité complètement ressentie des choses, pas des concepts romantiques ou sentimentaux d’elles. » (Modern Haiku, vol. 32.1, p. 111). La sentimentalité est une forme de désir, et pour moi, pendant « mon année de haïku », le désir pour ce qui n’était pas présent obscurcissait souvent la vérité de ce qui l’était.

Cette tendance s’exprima au printemps, pendant une exploration du thème du chèvrefeuille dans mon haïku quotidien. Qu’est-ce qui pouvait être plus doux que l’odeur du chèvrefeuille, particulièrement en conduisant dans le New-Jersey, les fenêtres baissées, en continuant ma vie, essayant de ne pas maudire les autres conducteurs et la venue d’un autre magasin, essayant de réaliser ce projet et de maintenir l’esprit du haïku ? Le haïku qui suit est un exemple entre plusieurs autres haïkus de qualité semblable, que je postai cette semaine :

 

dîner avec un ami solitaire

odeur de chèvrefeuille

tout le long du retour

(28 mai 2002)

 

Et avant bien longtemps, le haïku suivant de mon frère arriva, ne me visant pas forcément, mais me donnant matière à réfléchir à son sens d’éveil équilibré et de vérité :

bord calme de l’eau

odeur de chèvrefeuille

et de merde

(Modern Haiku, vol 34.1, 2003)

daté du 29 mai 2002.

Ceci est un bon exemple de l’échange qui se faisait constamment de l’un à l’autre, bien que pas toujours directement, pendant ce projet d’un-haïku-par-jour, qui m’a aidé à affiner ma propre pratique du haïku. Ce n’était définitivement pas l’expérience solitaire habituelle d’écriture du haïku. Je pensai d’abord que son haïku était plutôt cynique, mais je réalisai ensuite qu’il était en fait équilibré et honnête dans ce qu’on peut appeler une manière bouddhiste. Dans Pure Land Haiku : The Art of Priest Issa, David Lanoue parle des qualités de jinen, du naturel, dans le bouddhisme Shin, et comment Issa l’exprime dans la plupart de ses haïkus. (pp. 80-99). Le haïku du chèvrefeuille de mon frère reconnaissait la valeur des choses telles qu’elles sont simplement, sans mise au point de la perception. Il représente un niveau d’acceptation bien plus profond que celui que je vivais, et présente un cadeau de « réalisme sans jugement » (Lanoue, p. 97). A travers cet échange, je pus reconnaître ma propre sentimentalité et ma tendance vers une observation sélective, même à l’intérieur d’une pratique journalière du haïku. J’avais besoin d’être aussi ouverte que possible à la totalité de mon environnement, pas aux seuls éléments les plus plaisants, indépendamment de comment ils ne remplissaient pas mes attentes.

 

la même tristesse cette année aussi –

serpentant dans les bois

le chèvrefeuille

(12 juin 2002)

 

La sentimentalité est aussi une peur. Le penchant vers la sentimentalité peut être considéré comme un manque de foi si nous croyons que nous allons être blessé(e)(s) d’une certaine manière par la totalité des expériences plutôt que de grandir par elles. Il y a un saut de la foi à franchir pour être ouvert au milieu du chaos, ou même dans ce qu’on juge être un environnement moins qu’idéal. J’avais besoin d’apprendre à faire ce saut.
Tandis que la sentimentalité ne produit pas des haïkus d' »éveil », il peut faire partie du voyage vers la prise de contact. Peut-être que la sentimentalité et les observations de la douceur peuvent paraître comme les larges composantes d’un coeur sensible sur le chemin de la compassion, et je crois que la compassion est la qualité de conscience auxquels ceux d’entre nous aspirons à posséder quand nous considérons le haïku comme un chemin vers une conscience plus élevée, ou une « Voie ». J.W. Hackette décrit cela magnifiquement dans son article dans l’Hermitage de l’année dernière : « That Art Thou : A Spiritual Way of Haiku. » (: « Tu es ceci : Une Voie Spirituelle du Haïku »). Le haïku, en profondeur est bien plus qu’un exercice littéraire. »

(…)

Michelle Tennison.

 

 

Le corps et l’âme du haïku – Humberto Senegal (Colombie).

7 octobre 2015

 » Dans le haïku, la réalité ne nous est pas décrite par autrui à travers ses mots, mais plutôt, la réalité se présente à nous comme un moment dans lequel nous la percevons. Ce n’est pas nous qui allons chercher les éléments de la réalité pour les apercevoir et les nommer en mots, en strophe, ou en poème; ces éléments viennent à nous. Ils sont avec nous dans la réalité; nous ne savons pas d’où ils viennent ni où ils vont.
Le mot est seulement un des nombreux médias par lesquelles les réalités choisissent de s’exprimer à nous, bien que ce ne soit pas un médium particulièrement efficace. On ne devrait pas donner trop de crédibilité aux mots parce que même sans mots nous pouvons approcher de la réalité, de la vraie poésie, et dans notre cas, du haïku. La vie et la poésie n’ont pas besoin d’intermédiaires pour nous atteindre, pour nous toucher. Pas plus que nous n’avons besoin d’intermédiaires entre le monde et nous, ou entre l’essence de la terre et nos coeurs. Le haïku est le (point de) départ esthétique des intermédiaires qui pourraient exister entre le monde et le poète.
Lire ou écrire des haïkus signifie faire le premier pas vers nourrir la confiance dans le sentiment même de la création poétique. Quel est l’héritage que nous ont légué les maîtres du haïku ? Cela a-t-il commencé à germer à l’intérieur du waka ou du katauka, ou du moment même où Bashô l’a consacré ? Est-ce Forme ou est-ce Esprit ? Avoir de l’intuition est le pas fondamental vers une compréhension profonde du haïku. Les deux facettes, la Forme et l’Esprit, nous ont été transmis, mais un seul est vital pour la compréhension et l’élaboration du haïku : l’Esprit. On ne découvre pas l’esprit à travers l’intelligence, la manipulation de données littéraires, les disciplines académiques, la mémorisation de techniques littéraires, ni à travers l’étude de livres compliqués et l’analyse de la théorie et du contenu. L’esprit se découvre seulement par la grâce de l’étonnement et de l’émerveillement.
L’érudition et la sagesse intellectuelle, les sentiers du poète égotiste, ne sont pas adéquats pour quelqu’un qui souhaite sérieusement s’approcher du haïku. Le sentier de l’intuition, du non-être de l’être, mène directement au haïku. C’est notre existence personnelle journalière. Ecrire un haïku c’est résoudre une question, sans aide, avec plus de signes de kôan que ce qui postulé en trouvant la réponse à travers la raison, la littérature, la linguistique et l’esthétique. La brièveté formelle du haïku est une conséquence du désir d’éviter la perte d’expérience par ceux qui recevraient la signification du haïku, expérience que nous gagnons nous-mêmes, et qui ne peut pas être communiquée par les mots.
En Occident, peu d’entre ceux qui cultivent le haïku vont au-delà de la forme. Ils se focalisent sur cette partie de l’héritage des maîtres parce qu’il semble plus facile de compter les syllabes ou de se lier aux saisons que de se présenter, eux et leur étonnement, à ce même étonnement que Bashô doit avoir éprouvé devant les arbres en fleurs, au cri des oiseaux et au bruit de la pluie.
Ceux qui s’attachent à la forme en développant le haïku ne possèderont pas l’indispensable innocence nécessaire pour aller au-delà de la technique – importante jusqu’à un certain point, certes, mais pas essentielle si elle devient obstacle au naturel de l’écriture et de la perception du poème. Rien ne devrait paraître qui n’est pas, d’une certaine manière, vivant. Tout haïku qui n’est pas le résultat intime d’un moment de lucidité dans la vie du poète, sera faux et manquera à l’Esprit. Si notre haïku n’est pas un produit de l’éveil, de l’humilité personnelle, de la simplicité de pensée, de l’anti-intellectualisme et de notre propre relation avec la poésie et le monde, nous n’aurons utilisé des mots que pour faire une horrible caricature de la nature et de nous-même.

Chaque haïku, s’il est authentique, est « satori », une extase de l’observé et de l’observant en union et en manifestation, grâce à la simplicité et à l’impersonnalité du poète. Quand il y a rencontre entre le haïku et le coeur du poète, et pas son intellect ni sa raison, une nouvelle entité vitale s’épanouit, pour laquelle rien n’est mort et qui ne manque pas de sens ni de langage pour exister.
Les mots de l’écrivain de haïku doivent se convertir en prolongation du sentiment. Et ces sentiments, à leur tout, doivent devenir le prolongement de l’esprit. Dans l’acte de production du haïku, l’esprit du poète est le prolongement de tout ce qui l’entoure : le paysage, les odeurs, les couleurs, etc., le monde. Un haiku a la dimension d’une exclamation de l’émerveillement qu’il contient, ou de centaines de versets inspirés par la soudaine découverte de la réalité. La mesure en est toujours donnée en profondeur du sentiment, de l’émotion éprouvée — par le degré de conscience qui emplit le moment de l’observation. Comment pouvons nous découvrir quoi que ce soit si nous avons décidé au préalable qu’il n’y a rien à découvrir, ou si nous croyons que nous connaissons et comprenons déjà les choses que nous remarquons ? Comme avec le zen, l’expérience esthétique du haïku est un phénomène personnel et pas un savor atteint par l’analyse du haïku ou la comparaison du haïku avec d’autres poésies. Comprendre Bashô, sa poésie, son oeuvre et ses esthétiques littéraires, c’est découvrir l' »ici et maintenant », l’esprit de l’être, en nous-mêmes et dans le monde qui nous entoure. Et cet esprit qui existe sous des millions de formes, n’appartient à aucune culture, homme, école d’écriture, philosophie ni religion. C’est la pomme que le vent fait balancer au vent. C’est la pomme. C’est le vent. C’est la branche. C’est le mouvement. C’est le poète qui le découvre, même dans la vitesse et la précipitation du monde moderne. »

: Humberto Senegal, in « The body and the soul of haïku » (traduit par Margaret Simmons), pp.233-5, in l’anthologie de Ion Codrescu : Ocolind iazul / Round the Pond, ed. Muntenia, Constantza, Roumanie, 1994.

(trad. fr. D. Py.)

A propos de Taneda Santôka dans « Dans « Le Bol du Mendiant » :

17 mai 2015

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Citations tirées de Dans « Le Bol du Mendiant », éd. Atelier Manda, 2008.

De la préface (p.4) :

« Le rythme créé par l’absence de règle dans la structure de ses haïku (…) »

: Tsukasa KAWADA, Consul Général du Japon à Strasbourg.

De la présentation de Taneda Santôka (Santôka, son nom de plume, signifie « le feu au sommet de la montagne »), pp. 164-5 :

« Santôka compose ses haïku dans une forme complètement libre, abandonnant le rythme de 5-7-5 syllabes et le recours au kilo (mots de saison) au profit d’une expression libre, d’une apparente grande simplicité. La poésie peut être répartie sur deux, trois ou quatre lignes selon l’image recherchée. Pour Santôka (…) si les mots expriment le sujet, seuls le rythme, la musique, la répétition des mots donnent vie aux mots. »

« (…) haïku, poésie qui pour lui, indissociable de la « pure expérience », est l’expression de la spontanéité, de la simplicité, de la quiétude et de l’impermanence. Ecrits dans une langue simple, les haïku de Santôka sont le reflet de son quotidien, des choses communes auxquelles on ne prête plus guère attention. « Il est des trésors cachés dans l’instant présent » affirme-t-il. »

(Il) « rêvait de « mourir seul, en paix, dans un champ comme les moineaux et les éléphants ». »

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Ses 7 recueils de haïku :
Le bol du mendiant, 1930
Stoupa d’herbes et d’arbres, 1933
Voyages dans les montagnes et sur les eaux, 1935
Paysage d’herbes folles, 1936
Feuilles de kaki, 1937
Froide solitude, 1939
Corbeau, 1940.

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(D’après mon comptage – qui n’est peut-être pas tout-à-fait précis ? –
de ce premier recueil (91 haïku), la moyenne des mores s’élève à 14 par haïku.
2 haïkus en comptent 9
2 en comptent 10
6 en comptent 11
16 en comptent 12
13 en comptent 13
13 en comptent 14
12 en comptent 15

Seuls 6 haïkus comptent 17 mores, et parmi ceux-ci seuls trois sont de facture « académique » (5-7-5) !

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dp (17/5/15)

‘Une mare cachée’ : anthologie moderne de haïku – 8/25

16 mai 2015

kaze kureba mizu waku gotoshi wakabayama

Kikuchi Tsuneko (f) (1922-) Leader dru groupe de haïku Ran (« Orchidée »).

au flanc de la montagne
le vent tourbillonne comme de l’eau
à travers de jeunes feuilles vertes

nirewakaba haneuchiwa hodo no kaze o hi ni

Kurokawa Miki (m) (1905-1994) Membre associé des groupes de haïku Hototogisu (« Coucou ») et Natsukusa (« Herbes d’été »).

nouvelles feuilles d’orme
le vent effleure un mémorial de pierre
tel un éventail de plumes

: Kurokawa Miki éleva des mémoriaux de pierre pour de nombreux haijins japonais dans le jardin littéraire qu’il créa à Kanie, dans la préfecture d’Aiche.

takenoko ga mayo no adoro no lusa no naka

Iida Ryûta (1920-)

une pousse de bambou
parmi les buissons épineux
au profond de la nuit

asashi no hayai ie no aomugi ni rôba

Kaneko Minako (f) (1925-) Membre associée du groupe de haïku Kaitei (« Milles nautiques ») et femme du poète Kaneko Tôta.

une vieille femme
dans le blé vert à côté d’une maison
au soleil levant

bôtan no hyaku no yururu wa yu no yô ni

Mori Sumio (m) (1919-) Leader du groupe de haïku Sugi (« Cèdre ») et membre de l’Académie Japonaise des Arts.

cent pivoines
bouillonnant dans la brise comme
de l’eau bouillante

bonnô no beni o honnori hakubotan

Hinoki Kiyo (f) (1937-) Leader du groupe de haïku Tôya (« Flèches lointaines »)

pivoines blanches
si faiblement rougies
de désir charnel

amatsuhi ni kin no shibe haki kurobotan

Matsumoto Sumie (f) (1921-) Ecrit des haïkus depuis plus de cinquante ans, dès l’âge de 19 ans. A étudié le style de la « description objective », caractéristique de l’école de haïku Hototogisu (« Coucou »). Publie maintenant son propre magazine de haïku : Kaze no Michi (« La Voie du Vent »).

jusque vers le soleil
projetant leurs étamines dorées –
les pivoines noires

tanidani ni fuji no kakehashi seigogatsu

Koga Mariko (f) (1924-) Membre associée du groupe de haïku Tochi (« Marron d’Inde »).

ponts de glycine
recourbés au-dessus des vallées
ce Mai Sacré

yama shotte yorozu uru mise mushanobori

Kurenuma Keiichi (m) (1924-1995)

un grand magasin
portant une montagne sur son dos –
une bannière de samouraï

dokomademo umi dokomademo satsukibare

Hoshino Tsubaki (f) (1930-) Leader du groupe de haïku Tamamo (« Algue marine ») que fonda sa mère, Tatsuko, première femme à éditer et publier un magazine de haïku. Tatsuko fut encouragée dans cette aventure par son père Takahama Kyoshi, et le groupe commença en 1931. Le 700ème numéro de la revue du groupe parut en juillet 1989. Tsubaku compose son oeuvre avec un esprit libre et ouvert.

la mer s’étendant
aussi loin que peut percevoir l’oeil –
ciel bleu de mai

aobazuku ima tenohira ni nanimo nashi

Kawakami Kiseki (m) (1920-) L’auteur appartient au groupe de haïku Tsuru (« Grue »), dont le leader est Hoshino Bakkyujin.

hululement d’un hibou –
la paume de ma main est
complètement vide

(A suivre, p. 87)

La sentimentalité, ennemie mortelle de la poésie, par R.H. Blyth.

8 mai 2015

« Le senryû est anti-poétique au sens qu’il ne souhaite nous montrer ni la beauté du monde ni la vie secrète des choses. Néanmoins, il s’attaque à tous les ennemis de la poésie, à commencer par le plus mortel de tous : la sentimentalité. Ainsi :

Socrate fut exécuté;
Confucius perdit son travail;
Shakamuni mourut en voyage.

: Kenkabô. »

: R.H. Blyth, in Japanese Life and Character in Senryu, Hokuseido Press, 1960. pp.461-2.

La forme…

8 mai 2015

« La forme est cohérente avec le fond, ce qui est bien le maximum qu’on puisse exiger d’une forme. »

: Michel Houellebecq, dans « Jacques Prévert est un con », in
Rester Vivant – et autres textes, Librio n° 274, 1991, 1999.

Vient de paraître :

23 avril 2015

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« à l’instar du kukaï de Paris » (en 2010 et 2014), Haïku Québec vient de publier (sous la direction d’André Vézina) : « Kukaï, une aventure poétique » aux éditions David. 14,95 $. (www.editionsdavid.com) : 168 haïkus de 31 auteurs.

matin d’avril
des volées d’oies blanches
à tue-tête

: Adrienne Tremblay.

sous la pluie
une dame et son chien
même manteau

: Geneviève Rey.

brin rose, brin bleu
dans le nid du merle
mon vieux tricot

: Adrienne Tremblay.

fête d’enfant
la valise du clown
s’ouvre toute seule

: Renée Simard.

Chez Simons
au rayon des dessous chics
deux femmes voilées

: Céline Lajoie.

deux passagers
dos à dos –
le même livre

: Ginette-Andrée Poirier.

nuit noire
au milieu de nulle part
un rafiot clandestin

: Jeannine St-André.

livre d’occasion
sur la page de garde
le nom de mon ex

: Andrée Paradis.

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Bonnes découvertes – ou redécouvertes !

Daniel

PS : Micheline Beaudry, Jean Deronzier, Abigail Friedman, Esther Greaves, Diane Lemieux, et Renée Simard, qui figurent dans cette anthologie-ci, sont aussi à l’honneur dans notre première antho du kukaï de Paris : La Valise entr’ouverte, éd. Unicité, 2010 !