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Sur la forme du haïku, par Noboyuki Yuasa :

1 juin 2017

dans « The  Englishness of English Haiku and the Japaneseness of Japanese Haiku », in A Silver Tapestry, The best of 25 years of critical writing from the British Haiku Society, 2015, pp. 51-64 :

(Extraits, pp. 56-9) :

« Le prochain élément de base du haïku dont j’aimerais discuter est sa forme. Certains pourraient dire que la question de la forme n’existe pas dans le haïku japonais, parce que, traditionnellement, la soi-disant forme 5-7-5 a été généralement acceptée comme étant la norme. C’est vrai d’une certaine manière parce que, pour le moment, la plupart des haïkus japonais s’écrivent dans un japonais semi-classique, particulièrement adaptable à cette forme traditionnelle. Mais, si un jour les haijins (japonais) devaient décider d’écrire en japonais moderne, la question de la forme sera un problème sérieux. Certains poètes, en fait, on déjà pris cette décision.

Taneda Santoka (1882-1940) en est un bon exemple. Il écrivit la plupart de ses haïkus dans un japonais familier moderne. Avec pour résultat qu’il a dû rejeter la forme traditionnelle dans beaucoup de ses haïkus :

wakeittemo / wakeittemo / aoi yama

dans ce poème, in a adopté un plan en 5-5-5, mais dans le poème suivant, il adopta un plan en 5-7-2 :

mozu naite / mi no sutedokoro / nashi

Bien que Santaka utilise beaucoup de formes irrégulières, je pense que c’est une erreur de penser qu’il a écrit des vers libres. Ses poèmes montrent deux motifs plutôt contradictoires. Il souhaite utiliser un japonais familier moderne aux dépends de la forme traditionnelle, mais en même temps, il ne peut pas complètement ignorer la forme traditionnelle. Il souhaite donc la garder où cela est possible. La forme traditionnelle dans les poèmes de Santoka est semblable à la face à moitié effacée de la surface d’un rocher. (…)

Je pense que c’est ce que fait un grand écrivain à une forme littéraire : il la détruit de façon à pouvoir la recréer de nouveau pour pouvoir l’adapter à son propre usage. Pour faire court, une forme littéraire existe à la fois pour qu’on l’observe et pour qu’on la casse.

Me tournant vers le haïku anglais, maintenant, que peut-on dire à propos de sa forme ? Des essais ont été réalisés pour garder le procédé syllabique japonais dans le haïku anglais. Je l’ai fait ainsi dans cet article pour des raisons évidentes, mais beaucoup de poètes  ont trouvé cela trop restreignant. Dans ma traduction de Bashô, j’ai utilisé une forme sur quatre lignes, ce qui a été critiqué par certains comme étant une violation. Je ne souhaite pas particulièrement m’en défendre ici, mais j’avais des centaines de poèmes à traduire, et j’ai trouvé impossible de garder le procédé syllabique originel de bout en bout. De plus, j’ai déjà fait remarquer quelle haïku a débuté comme une révolte contre la tradition du waka, et cela inclut une révolte contre son formalisme. En traduisant des walka, j’essaierais de garder le procédé syllabique même en anglais, ce que j’ai fait dans ma traduction de Ryokan (1757-1831), mais en traduisant des haïkus, j’ai pensé que je pouvais prendre plus de libertés. (…)

Je ne vais pas dire quelle forme est la meilleure pour le haïku anglophone. Finalement, le choix de la forme doit être laissé aux poètes, individuellement. Un poète peut trouver que garder le plan syllabique est trop contraignant ; un autre peut penser que c’est un challenge excitant. Un poète peut trouver que la forme sur quatre lignes est plus adaptée à son propos ; un autre peut la trouver trop longue et lâche. Les variations à l’intérieur de la forme en trois lignes sont si grandes et nombreuses qu’il n’est même pas possible de dire s’il y aura une forme standard en trois lignes ou pas, dans le haïku anglophone. Cependant, j’aimerais voir un petit peu plus de conscience de la forme chez les poètes de haïku anglophone. (…)

En discutant des poèmes de Santoka, j’ai déjà dit qu’il y a des motifs contradictoires dans son esprit : un désir de préserver la forme traditionnelle, et un désir de la détruire et de la recréer. Je pense que ses poèmes ont émergé de la tension entre ces désirs contradictoires. Je crois que cela s’applique aussi bien et autant au haïku anglophone.

(…)

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Chiyo-ni + Harold Stewart (Cercle, triangle, Carré (2)) :

30 avril 2017

De la moustiquaire

j’attache un coin –

la lune des moissons est haute

: Chiyo-ni.

 

Commentaire de Harold Stewart (dans son essai : « On Haiku and Haiga ») :

« Bien que le lecteur occasionnel ou paresseux, habitué à ce que ses poètes fassent tout l’effort d’imagination, puisse ne pas y voir grand chose, le connaisseur japonais reconnaît aussitôt un chef-d’oeuvre. La source de sa délectation réside dans la structure géométrique abstraite produite par le carré de la moustiquaire, le triangle formé quand on en attache un coin, et le cercle de la pleine lune ainsi dévoilée. »

Cercle, triangle, carré :

30 avril 2017

Commentaire de R.H. Blyth sous la calligraphie de Sengai, de « Cercle, triangle, et carré », dans Zen and Zen Classics (vol. 4) de R.H. Blyth :

« Ce sont les trois Formes fondamentales de l’univers : la Divinité, la Nature, l’Humanité. Le Cercle est l’infinité finie, l’a-temporalité temporelle. Le Triangle est la Loi Naturelle, fixe, inaltérable, parfaite dans la Galaxie, et « le grain de sable que l’art meut et transporte. » Le Carré est humain et vulnérable, la forme de la brique (primitive), la maison, le château, la cité, l’état. Le Cercle, le Triangle et le Carré peuvent s’inscrire à l’intérieur et se circonscrire sans chacun des autres, et également à l’infini. Cela nous rappelle les anciens symboles occultes et alchimistes.

Le Docteur Suzuki m’écrit : « Mon interprétation est que le Cercle représente « le Sans-Forme », le « Vide » ou la « Vacuité », où il n’y a pas encore séparation de la lumière et de l’obscurité. Le Triangle symbolise « le début de la forme à partir du ‘sans-forme' ». Le carré est la combinaison de (deux) triangles et représente la multiplicité des choses. Pour faire court, Cercle, Triangle et Carré sont une sortes d’histoire de la création.

Il y a, cependant, une autre interprétation. Sengai peut avoir souhaité synthétiser ici l’unité de tous les enseignements bouddhistes : le Zen, le Shingon et le Tendai.

Le Cercle est le Zen.

Le Triangle est les trois mystères du Shingon, qui sont : le mystère de la bouche, ou les « secrets oraux » ; les secrets corporels ; et le secret de l’esprit (le mystère). Ces trois secrets étant connus comme étant le « Sanmitsu ». Le Shingon enseigne l’unité des trois : oral, corporel et mental.

On peut également considérer le Triangle comme correspondant à la Vacuité, au Phénoménoménalisme et au « Milieu » du Tendai (qui signifie « synthèse » ou « identité »). Le Tendai enseigne l’identité de la Vacuité et de ce monde phénoménal qui est temporel et spatial.

Le Carré est les « quatre « Grands », qui sont les quatre éléments dont se compose le monde : la terre, l’eau, le feu et le vent.

L’idée de Sengai est probablement d’exposer l’unité de tous les enseignements bouddhistes : le Zen, le Shingon et le Tendai. »

 

« Le haïku au Sénégal » 6/6

1 mars 2017

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« Le haïku cerne une fraction d’instant qui se veut reflet d’infini. Il cristallise le monde de la nature et des émotions humaines. C’est une mélodie, mieux une harmonie entre la nature, d’une part, l’esprit, le coeur et le corps de l’homme, d’autre part. »

« Cette affinité avec la nature est l’essence même du haïku. »

« Les poètes de haïku sont aussi des peintres. Ils ont une prodigieuse aptitude à peindre les choses d’une manière si vivante que le lecteur demeure captivé par la justesse de l’observation. »

: Yoshitaka KAWAMURA, Ambassadeur du Japon au Sénégal, 2000.

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« A regarder de très loin on ne voit pas le sens secret des choses ni les rapports intimes qui les unissent. »

« Dire enfin le caractère éminemment universel de ces trois vers comme une valse à trois temps où Amour, Nature etEmotion mènent le bal. »

: Adam Sow DIEYE, professeur de lettres, 2000.

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« En art, plus les moyens sont élémentaires, plus la sensibilité apparaît. »

: Gustave MOREAU.

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« LE HAÏKU EST UNE PHILOSOPHIE » : Louis CAMARA, écrivain, 2000 :

« (…) Certes ces premiers haïkus sénégalais sont encore empreints de naïveté et pèchent parfois par excès de lyrisme. »

(…) Le haïku est une école de discipline, de maîtrise de soi, de simplicité, d’humilité, une méthode de formation de l’esprit ; c’est pourquoi son introduction dans notre système éducatif et scolaire ne pourrait qu’avoir des effets bénéfiques. De même, sa pratique dans nos langues africaines pourrait s’avérer fort positive pour ces dernières, car par leurs structures morphologiques, elles devraient pouvoir servir de moule adéquat à cette forme d’expression poétique unique en son genre. Je voudrais d’ailleurs à ce sujet vous lire un court poème appartenant à un genre particulier appelé Oriki en langue Yoruba :

La mouche perchée

Sur la calebasse de vin de palme,

Son abdomen éclate… 

En dehors de sa brièveté et de sa simplicité, d’autres similitudes de ce poème avec le haïku japonais, telles que la légèreté, la cocasserie ou même le sentiment nous paraissent évidentes. Précisons que ces notions de légèreté ou Karumi, de cocasserie ou Kokkei, et de sentiment ou sabi en sont essentielles dans la composition du haïku japonais.

(…) La pratique du haïku plus qu’un simple exercice de langage, est liée à un art de vivre, à une philosophie de la vie indissociable d’une forme de spiritualité.

(…) Notre époque est marquée par une sorte de folie de la vitesse et de la consommation faisant progressivement de l’homme un automate qui veut se rendre maître de la nature, la dominer, au lieu de vivre avec elle. Mais cela n’est pas nouveau. (…)

MATSUO Bashô :

Les gens du siècle

ne remarquent pas les fleurs

du châtaignier près du toit

(…) Voici ce qu’il disait à son disciple SORA : « Si parfaite que soit la technique, si tu es séparé de la chose même, tu ne produiras qu’une contrefaçon. »

(…) Le haïku, c’est avant tout la vérité qui surgit de la vie de tous les jours, et en particulier du silence. Cette vérité, (…) elle est dans ce que l’on voit, elle est dans ce que l’on entend. Elle ne nécessite pas une ascèse initiatique, mais seulement une vigilance de tous les instants, une permanente acuité des sens que l’on ne peut acquérir que par un entraînement de tous les jours. (…)

De KOBAYASHI Issa :

Un monde de douleur et de peine

alors même que les cerisiers

sont en fleurs…  »

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« HAÏKU : UN APPEL A LA SAUVEGARDE DE LA VIE », par Amadou LY, professeur de lettres, Université Cheikh Anta DIOP de Dakar, 2001 :

(…)

Le haïku est peut-être la façon la plus brève et la plus frappante de nous rappeler à notre devoir d’attention et de protection vis-à-vis des autres formes de vie, animale et végétale, avec lesquelles nous partageons notre planète et dont nous sommes les principaux prédateurs.

(…)

Le jury, pour cette fois, a tenu à privilégier le fond sur la forme, la pertinence du discours et son adéquation aux critères de la saison et du sentiment. Car un poème peut être formellement correct, et n’avoir que cette justesse prosodique comme richesse, alors qu’un autre, quelque peu boiteux, peut être riche de l’émotion qu’il suscite. »

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« LE THEME DE L’EAU DANS LE HAÏKU », par Adama Sow DIEYE, professeur de lettres, 2003 :

(…) Telle autre poète-femme dit la rareté de cette éclosion nocturne :

Etoile de pluie

ses pétales roses se déplient

fleur de baobab.

: Mme Macha SMYRNE, 2003 (116/136)

(…) Riches de notre diversité, tous conviés, écrit SENGHOR, au festin catholique ; à entendre, faut-il le préciser au sens étymologique : le festin du monde entier. »

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« L’Ambassadeur Sonoo UCHIDA avait bien senti que les germes du haïku allaient bien pousser dans le terreau fertile du Sénégal où le culte de la nature est une réalité. Le Sénégal, un pays alors dirigé par SENGHOR, un poète président. »

« Les trois dernières éditions du concours ont connu un succès remarquable grâce à un partenariat réussi entre Air France, l’hôtel Le Méridien Président et l’Ambassade du Japon. »

: Takashi SAITO, Ambassadeur du Japon au Sénégal, 2007.

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« Le Haïku au Sénégal » 4/6

28 février 2017

Allocution de S.E.M. L’ambassadeur Manabu YAMAMOTO, 1984 :

(Le haïku) cette forme poétique typiquement japonaise mais comparable, à bien des égards, à une certaine poésie africaine traditionnelle (…) Le haïku s’est donc bien installé au Sénégal comme un événement culturel saisonnier

(…) le haïku a contribué à susciter et à raffermir l’amour de la nature qui est déjà une essence de l’âme humaine.

(…) Comme vous le savez, il s’agit d’un poème très court, évoquant simplement l’unité de l’homme et de la nature, donc né de la contemplation des paysages et des facettes de la vie quotidienne.

(…) l’exercice du haïku, qui est une combinaison harmonieuse de l’art et des aspects concrets de la vie quotidienne, nous offre des moments d’évasion bienfaisante.

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Allocution de S.E.M. L’ambassadeur Manabu YAMAMOTO, 1985 :

(…) Le haïku s’est bien installé au Sénégal, comme un événement culturel saisonnier, on peut bien l’affirmer aujourd’hui, à l’issue du 7e concours annuel. Il s’agit d’un haïku d’inspiration sénégalaise, reflétant la sensibilité créatrice des Sénégalais inspirés par la contemplation de leur propre environnement, par les facettes et les aspects concrets de leur vie quotidienne. Je me réjouis de constater que la voie du haïku est bien tracée, distinctement de celle du haïku japonais dont il n’est retenu ici, parmi les règles, que la concision et la référence à la nature dans un  sens très large.

(…) le haïku a ramené les Sénégalais à la vraie poésie, à la nature, aux vicissitudes de la vie…, sa brièveté le rapproche des genres poétiques traditionnels sénégalais et son expression imagée est très appréciée.

Ces appréciations mettant l’accent sur la contribution du haïku à la renaissance d’une poésie sénégalais de communion avec la nature (…)

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Le Haïku et la poésie populaire sénégalaise, par Amadou LY, professeur de Lettres à l’Université de Dakar, 1985 :

(…) les Sénégalais font de la poésie sans le savoir, en des formes variées, souples mais néanmoins contraignantes, et en toutes circonstances : baptêmes, circoncisions, mariages, funérailles, humbles et quotidiennes activités domestiques, chasse, pêche, cérémonies religieuses, lune, et même disputes et brouilles entre voisines, tout est prétexte à chansons, et donc à poésie.

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Le Haïku, un genre bien sénégalais, par Cheik Aliou NDAO, écrivain, 1987 :

(…) En insistant sur les saisons, le haïku souligne l’éternel recommencement, la marche du cycle des éléments dont l’homme est une partie. C’est ici que l’idée rejoint l’Afrique. Les poètes de chez nous se sont sentis à l’aise dans la conception d’une telle forme. Ne leur a-t-on pas appris depuis la tendre enfance les lois de solidarité qui lient toutes les composantes de la Nature ? Ne savent-ils pas que la pierre, le baobab, le soleil, l’animal protecteur du clan ont droit au même respect ?

(…) Le haïku aide (nos participants) à renouer avec leurs racines.

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Si l’émotion du poète est le point de départ du poème, nous conviendrons avec VALERY qu' »il ne s’agit pas tant d’être ému que d’émouvoir ».

: Adam Sow DIEYE (professeur de lettres de l’Université Cheikh Anta DIOP de Dakar), 1991.

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(à suivre…)

 

« Le Haïku au Sénégal » 3/6

27 février 2017

« SPECIFICITE DU HAÏKU SENEGALAIS », par Madior DIOUF (de l’ Université de Dakar), 1980 :

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Le haïku japonais est marqué par une extrême sobriété. La nudité, le silence et la sérénité comptent aussi parmi ses caractéristiques essentielles et renforcent son élégance. Il laisse donc beaucoup d’espace au lecteur.

(…)

Le haïku sénégalais reflète des sensibilités ethniques et régionales. Il s’agit de la richesse diversifiée de nos terroirs, du retour au pays natal. Il présente la sécheresse, le bois sacré, le vieux baobab qui protège de ses gigantesques doigts crochus la case au toit de chaume ou le grenier…

Les Sénégalais qui s’exercent au haïku ne sont pas seulement talentueux. Ils créent pour dire la différence qui les distingue des autres tout en les rapprochant.

(…)

Fondé sur l’évocation de l’unité de l’homme avec la nature et comportant obligatoirement un sentiment inspiré par la nature, le Haïku apprend aux hommes à regarder leur cadre de vie réel, à parler de la nature avec sincérité, bon goût et sens du concret.

(…)

Le quart des 119 poèmes présentés évoque la pluie qui constitue le premier thème par sa fréquence ; viennent ensuite la sécheresse, le soleil et les paysages d’eau…

(…)

le Haïku est un genre qui enseigne à regarder la nature. Et la création littéraire africaine a besoin de cette incitation ; l’Afrique habituellement ne chante pas la nature. (…) la littérature africaine d’hier et d’aujourd’hui n’exprime pas le sentiment de la nature alors que l’amour du terroir est très fort chez les Sénégalais par exemple, et les hommes d’Afrique en général

Les concurrents de 1980 révèlent aussi une autre intelligence du haïku. Ils ont compris l’importance, pour ce genre de poésie, du sens du concret. Le Haïku est un équivalent de l’arrangement floral. C’est un genre qui, par ses règles, produit des oeuvres qui s’adressent aussi bien aux yeux qu’à l’oreille et à l’esprit : l’imagination aidant, le Haïku saisit l’homme total. Pas besoin de correspondances ni d’images analogiques. Le réel à l’état brut suffit. »

(…)

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EVOLUTION DU HAÏKU AU SENEGAL

par Mohamadou KANE (de l’Université de Dakar) :

(…) Les candidats se recrutent dans une très large mesure parmi les jeunes, pour la plupart des lycéens et des étudiants ; ou bien, ce sont de ces adultes qu’une sorte de grâce poétique maintient dans une certaine jeunesse éternelle.

(…) Ils restèrent cependant prisonniers des idées du moment, et de certaines habitudes de la poésie africaine de langue française. Dans leur approche de la nature, on peut relever une certaine forme de cristallisation des sentiments et de mythification qui constituent autant de freins à la communion véritable. Les lauréats furent nombreux à ne lire dans la nature que les échos de la sécheresse ou le prolongement de la présence des ancêtres tutélaires. De prestigieux aînés avaient développé magistralement ces thèmes, et nombre de candidats ne purent sortir de ces sentiers battus.

(…)

Le haïku (…) c’est (…) l’adéquation de l’écriture, de la pensée et de la sensibilité.

(…)

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ALLOCUTION DE S.E.M. CHIYUKI HIRAOKA (Ambassadeur du Japon au Sénégal), 1981 :

(…)

au premier concours, 60 haijin (poète de haïku) ont proposé leurs oeuvres,  au second concours 140 et cette fois, je suis heureux de savoir que 366 personnes ont participé à notre concours. (…)

l’initiative de mon prédécesseur a une double signification : la première est symbolique en ce sens que le haïku, pour la toute première fois, est enseigné à des Africains, des Sénégalais en particulier, qui l’ont vite assimilé parce que partageant avec nous autres Japonais le goût de l’amour de la nature ; la deuxième signification est l’inauguration d’un domaine insoupçonné de véritables échanges culturels.

(…)

les Sénégalais en apprenant l’esprit du haïku, ouvrent leur coeur aux Japonais et nos deux peuples, à travers l’appréciation de la nature et l’expression spontanée de sentiments intimes universellement partagés, apprendront à mieux se connaître.

(…)

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LA LEçON POETIQUE DU JAPON

par Léopold Sédar SENGHOR (poète, Ancien Président de la République du Sénégal), 1983 :

(…) Si M. Sonoo UCHIDA a lancé le concours de Haïku, c’est qu’il avait senti, partie par situation, partie par expérience, les affinités existant entre la poésie japonaise et la poésie négro-africaine, singulièrement la poésie sénégalaise.

(…) Tandis que l’Europe met l’accent sur l’Idée et, partant, sur la logique, la clarté et l’efficacité, l’Afrique et l’Asie, singulièrement celle du Sud et du Sud-Est, le font sur le Sentiment, l’imagination et la vie.

(…)

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(à suivre… p. 51)

 

 

 

 

« Le Haïku au Sénégal… » 2/6

23 février 2017

(suite)

Plutôt que de faire un topo général , je vais simplement donner quelques extraits des (nombreuses) interventions qui forment les 4/5 de ce livre, dans l’ordre de lecture :

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De l’avant-propos de  l’ambassadeur du Japon au Sénégal, S.E.M. Takashi SAITO (2007) :

« Avec des mots simples et bien agencés qui concentrent l’inspiration et donnent le rythme, le haïku, poème des saisons, fixe l’instant éphémère et l’image unifie l’événement, la circonstance, les sensations et les sentiments. Il indique aussi la présence subtile de l’être. Un haïku réussi est, pourrait-on dire, une esquisse adroite surgie de la créativité vivace du poète pour qui « l’extase sublime de l’âme » est à chaque instant possible.

Au Japon comme au Sénégal, le haïku est un mélange de beaux paysages colorés, de parfums délicats et de sons variés qui donnent des sensations vivifiantes. Le haïku caractérisé aussi par l’instantanéité est un véritable moment de synergie entre le poète et son environnement comme les autres arts du Japon tels le nô, la calligraphie, la cérémonie du thé et l’art des jardins en procurent subtilement.

(…)

Je suis persuadé que de nouveaux horizons vont s’ouvrir et que l’univers du haïku va s’élargir davantage au profit de l’amitié et de la paix dans le monde.

(…)

La parution de cet ouvrage (…) est une belle concrétisation des échanges culturels entre le Japon et le Sénégal.

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D’Akira NAKAJIMA, Ambassadeur du Japon au Sénégal , extrait de son article : « L’Afrique et le Japon vus par Senghor » :

« En 1979, l’année même de la visite officielle de SENGHOR au Japon, Sonoo UCHIDA, ambassadeur du Japon au Sénégal (poste qu’il occupa entre juillet 1977 et janvier 1981) organisa dans ce pays un premier Concours de Haïku. L’ambassadeur UCHIDA oeuvra aussi pour la diffusion de ce genre poétique, notamment en écrivant une série de plus de vingt articles critiques sur le Haïku en général et Bashô en particulier (ces articles parurent dans le quotidien Le Soleil entre octobre 1978 et janvier 1981). Par la suite, en 1983, SENGHOR lui-même fut invité à assister à ce concours. (…) Au cours de la conférence qu’il donna à cette occasion, SENGHOR félicita Chiyuki HIRAOKA (qui succéda à Sonoo UCHIDA comme ambassadeur – entre janvier 1981 et nov. 1983) d’avoir insisté sur la nécessité de respecter en langue française le nombre exact de syllabes (5/7/5) qui composent le haïku. Lui même était bien placé pour savoir combien le rythme est essentiel en poésie. (…)

(2006)

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De S.E.M. Sonoo UCHIDA, précurseur et initiateur du haïku au Sénégal et premier organisateur du concours de haïku en 1979.

(L’Ambassadeur UCHIDA est actuellement (en 2006) le Président de l’Association Internationale de Haïku qui regroupe une vingtaine d’associations à travers le monde.)

« A nos amis amateurs de Haïku au Sénégal. »

(…) Selon le premier président du jury, le professeur KANE, ancien doyen de la faculté des Lettres de l’Université Cheikh Anta Diop, le Haïku qui se compose avec des mots courts pour exprimer sa sympathie avec la nature, s’apparente ainsi à la tradition de la poésie classique sénégalaise.

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De Samba TALL, employé à l’Ambassade du Japon au Sénégal, et Lauréat du Concours International de Haïku organisé en 1990 par la préfecture d’Ehimé dans le cadre du Festival Culturel National du Japon) : « 25 années de haïku au Sénégal (1979-2005) » :

« Poème des saisons, précis, simple et raffiné, il traduit l’instant qui unit intimement le monde de la nature et celui des émotions humaines.

(…)

Au cours de ces 25 années, le Concours de Haïku, organisé par l’Ambassade du Japon avec la collaboration de l’Université Cheikh Anta DIOP de Dakar et dont la 20e édition a eu lieu en 2005, a permis aux nombreux participants de maîtriser les règles et de comprendre l’univers, l’essence et l’ambiance du haïku. (…)

Le Haïku est aujourd’hui enseigné dans les collèges et lycées comme un genre poétique caractérisé par la référence à la nature, la spontanéité, la simplicité, la concision et la rigueur. Il illustre des cours de littérature, au même titre que les poèmes classiques africains et français.

A propos du Concours de Haïku :

Après de nombreux voyages d’études aux quatre coins du Sénégal, à la recherche des origines du patrimoine culturel sénégalais et ouest-africain, l’Ambassadeur Sonoo UCHIDA comprend que les Sénégalais ont un amour et un respect profonds pour la nature, fondés sur les valeurs engendrées par leurs croyances et leurs religions traditionnelles, bien avant l’Islam et le Christianisme.
Il comprend aussi que les Sénégalais ont une croyance vivace en la force et au pouvoir spirituel du mot et de la parole, et, de plus, qu’ils ont l’habitude de composer des poèmes et des chants courts pour mettre en exergue leurs valeurs, traduire leurs sentiments et aussi leur sens esthétique. Ces chants de travail et poèmes gymniques valorisent l’honneur, le courage, l’effort, l’abnégation, etc.

(…)

En 1979, le premier Concours de Haïku a été organisé au Sénégal. La moisson a été très bonne. 60 participants dont des écrivains connus et des professeurs d’université ont proposé plus de 600 poèmes. (…)

Le haïku devenant de plus en plus populaire, et ses règles étant mieux maîtrisées, des thèmes comme le soleil couchant, l’hivernage, la jeunesse et la nature, l’aube, le jardin et la maison, la mer et le soleil, ont été proposés aux participants des concours suivants.
En 2005, plus de 700 personnes ont participé au 20e Concours de Haïku. Parmi elles, des amateurs de Haïku de France et du Canada. Des Sénégalais vivants aux Etats-Unis, en Mauritanie et au Kenya ont participé aux concours précédents. Le monde du Haïku s’élargit. »

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De Sonoo UCHIDA : « Historique du haïku » (1980) :

(…)

La langue japonaise, mélodieuse, à la manière de l’italien, se prête volontiers à la poésie légère et allusive parce qu’elle est surtout émotive et phonétiquement pauvre, ce qui favorise et multiplie les jeux de mots et les sens possibles.

(…) « Hokku », « Haikai » et « Haïku », noms qui évoquent la vivacité de ces petites pièces écrites en langue vulgaire (…)

Les vers ne doivent pas briller d’un éclat trop vif ; ils doivent revêtir un aspect naturel, discret, une teinte semblable à la patine des âges. (…)

Chaque année, à la mi-janvier, une très importante manifestation poétique appelée UTAGOKAI-HAJIME est organisée au Palais impérial, à Tokyo. « UTAGO » signifie « poète » ou plus généralement « écrivain » et « HAJIME » signifie « début » ou « commencement ». Cette cérémonie marque l’ouverture de l’année poétique au Japon. C’est une sorte de Concours national de Haïku, et des dizaines de milliers de Japonais y participent. La lecture de leurs poèmes devant les membres de la famille impériale et les plus hauts dignitaires japonais est la seul récompense des lauréats.

ORIGINE DU HAÏKU

(…)

A la période médiévale, le jeu de la composition d’un tanka par deux poètes devint populaire et fut appelé renga, c-à-d. un jeu de poèmes liés. (…)

Au cours des temps, le système s’est développé pour prendre la forme de poèmes en chaîne, c-à-d. qu’il y avait une succession continue de strophes de 17-14-17-14 syllabes, ainsi de suite. (…)

Plus tard, le hokku, la première strophe du renga, devint indépendant et se développa comme un autre genre poétique très populaire, parce que 17 syllabes furent considérées comme suffisantes pour exprimer le sentiment poétique.

En résumé, on peut dire qu’à l’origine il y a eu le tanka, et que le renga se développa, divisant le tanka en deux groupes, dont la première partie, le hokku, devint indépendante et reçut plus tard le nom de Haïku.

QU’EST-CE QUE LE HAÏKU ?

(…) Sa caractéristique fondamentale est la saisie instantanée de l’essentiel même de la nature, de l’univers ou de la vie, à travers un objet ou une expérience concrète.

CE QUE LE HAÏKU NOUS APPREND

Le haïku nous apprend à écouter attentivement et à regarder, à bien observer notre cadre de vie réel, à parler de la nature avec sincérité, avec bon goût, avec le sens du concret.

Le haïku s’adresse à la vue, à l’ouïe, à l’esprit aussi, mais dans le sens de la concision.

Le haïku, c’est aussi lapidation d’un sentiment et d’une émotion (…)

Le haïku est un exercice difficile. Pour paraphraser les Peuls, le haïku, comme toute poésie réussie, ce sont « des paroles plaisantes au coeur et à l’oreille ».

En résumé, disons que le haïku est un poème marqué par la sobriété et la brièveté. Le haïku est un poème riche de sens où le son et l’image ne sont pas absents. Le haïku ne compromet pas la beauté de la poésie cérébrale car, il est important de le souligner, après avoir atteint un haut degré de l’esprit, il revient à la banalité quotidienne.

La beauté du haïku est dans l’image : elle est également dans notre coeur : dans le sentiment, mieux dans l’émotion qu’elle suscite au fond de notre coeur.

« Sentiment » et « Emotion » : ce sont les deux idées (qui n’en font qu’une d’ailleurs) qui saisissent le poète et qu’il transmet à ses lecteurs grâce à son art. »

: Sonoo UCHIDA (1980).

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(à suivre… : « Spécificité du Haïku sénégalais », par Madior DIOUF – pp. 31-3)

 

 

 

 

 

 

Le concept de « ma » (« (l’)entre »), dans la musique (… et dans la poésie de Yosano Akiko):

22 février 2017

« La musique japonaise possède un mot pour cet endroit de silence entre les sons : « ma« , littéralement « (l’) entre ». On considère que c’est en général un concept ésotérique, mais Didier Boyer, un critique et musicien contemporain qui vit au Japon, l’évoque vividement dans sa description du jeu du musicien de jazz Paul Bley :

« Dans une veine semblable à celle de Thelonius Monk, Bley semble vraiment couper ce qu’il juge inutile dans son langage musical. Maintes et maintes fois, il souligne l’espace qui sépare deux sons consécutifs. Il permet au dernier son de résonner jusqu’à sa toute fin, plutôt que de remplir l’espace qui le sépare du suivant avec des notes sans signification.

La musique, comme la nature, n’a pas peur du vide, et ce blanc, dûment annoté sur la partition, est ainsi traité comme un autre élément musical. Dans la musique qu’il joue, cette vacuité, cette absence de son, ou plutôt cet intervalle de temps entre deux sons, est en réalité plein de vie. C’est le moment où l’auditeur réalise soudain qu’il est entré dans le monde du musicien, et que les moments entre les notes deviennent des occasions d’entrer dans la musique et d’y voyager. Dans ces moments, le sens du son devient clair comme du cristal. » (dans : « The Poetry of Free-style Jazz Constantly Pushing the Limits » , »La poésie du jazz de-style-libre repoussant sans cesse ses limites », in The Japan Times, 29/5/1999.)

Le jeu de Bley, ainsi décrit, possède une simplicité délibérée qui, en surface, semble assez différente de la poésie d’Akiko YOSANO (1878-1942). Cependant la brièveté du tanka est en elle-même une sorte de simplicité et de minimalisation, et les poèmes en coups de pinceau d’Akiko permettent l’espace entre eux pour annoter le silence. »

: Janine Beichman, in Embracing the Firebird, Ed. de l’Université d’Hawai’i (Honolulu), 2002.

(tr. D. Py).

Pierre-Emile Durand, 5/5 , in

26 août 2016

Le Japon des 4 saisons, éd. du Carabe, 1998. (Extraits) :

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Soustraction ou addition ? (pp. 142-3) :

Malgré l’image de prolifération anarchique que renvoie le Japon urbain contemporain, ce pays reste curieusement et profondément marqué par des valeurs d’économie, de frugalité et de réduction et le vide y constitue encore un espace médian créateur de vie intérieure. Il faut surtout ne pas trop en faire et ne pas en rajouter. (…)

Dans l’écrit comme dans la conversation, l’inutile y est tu et reste soigneusement dosé, ishin-denshin traduisant l’importance de la simplicité extrême et de cette communication sans mots qui dit l’essentiel. Le langage des regards et des gestes, les mouvements du corps et de l’attitude deviennent alors des signes plus parlants que toute parole.
Il faut surtout ne pas trop en dire.

Pour l’essentiel, le Japon se méfie de l’abondance et de la profusion (…) Pour les Japonais, l’Occident est régi par tashizan, cette arithmétique de l’addition traduite par la richesse de nos intérieurs, de leur mobilier et motifs décoratifs, par la conquête permanente et jamais assouvie de nouveaux espaces. L’Occident aime ajouter.
Hikizan, c’est l’arithmétique de la soustraction. Elle régit le dépouillement japonais et est productrice de beauté et de vérité. Le beau est mince, le vrai aussi (…)

Cette arithmétique du retrait est profondément ancrée dans cet esprit japonais habitué à réduire, à synthétiser et à simplifier. (…) en ces temps où il est devenu vital de raccourcir les délais, de réduire les coûts, de simplifier les processus et de concentrer les informations utiles.
Pour mieux le comprendre revenons à la langue et prenons wakeru. Au sens physique du verbe, c’est l’action de sectionner, de diviser; aussi de démêler les cheveux. Cet idéogramme représente d’ailleurs un sabre qui sectionne. Abstraitement, wakaru a la même racine et est représenté par le même kanji. Il signifie dépouiller, enlever tout ce qui empêche d’atteindre l’essentiel, c’est-à-dire comprendre. Dès lors, wakaru hito c’est l’homme qui cherche à comprendre (…)

Diviser, dégager, dépouiller, éliminer l’inutile, simplifier, sont des actes préalables tant à l’expression de la beauté, sabi, qu’à la compréhension profonde et à l’acuité du regard. Par synthèse et simplification, la soustraction permet aux Japonais d’avancer au mieux et au plus vite. L’Occidental quant à lui fait intervenir une autre logique. Il analyse, il développe.

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Le mot, le silence et l’intuition (pp. 143-4) :

La démarche analytique est lente et inadaptée aux situations d’urgence. Au Japon, le réflexe construit par répétition doit prendre le pas sur la réflexion logiquement articulée, sûre mais laborieuse. Ainsi le Japonais est entraîné à l’accomplissement du geste juste, ce que l’on peut appeler le geste de l’âme. Il laisse faire ses mains. Guidées inconsciemment par l’esprit, elles convergent spontanément vers la solution. Le Japonais développe ainsi une capacité intuitive qui le porte à comprendre les choses globalement et de manière analogique, par les relations mystérieuses qui entretiennent l’esprit et les sens. Ainsi il tend à transcender le seul mode logique et linéaire, c’est-à-dire celui que privilégie l’Occident.

Cet esprit doit probablement beaucoup au zen et est présent partout au Japon, particulièrement dans la formation tournée vers l’acquisition de réflexes par mémorisation et répétition (…)

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Avant tout la forme (pp. 145-7) :

(…) la capacité à rester silencieux ou en retrait étant plutôt bon signe et considéré comme une force et une profondeur.

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(p. 145) :

Un esprit libre

Planant

Au-dessus des plaines de l’été

(Hokusai)

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(p. 156) :

Etre dans le vent, c’est le destin des feuilles mortes.

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(Fin).

Pierre-Emile Durand, 4/ , in

26 août 2016

Le Japon des 4 saisons, éd. du Carabe, 1998. (Extraits) :

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La ligne et le fil (pp. 140-1) :

Comme il craint toute rupture ou séparation, le Japonais préfère (…) ce qui relie à ce qui divise.

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L’esprit de continuité (pp. 141-2) :

L’esprit de continuité des Japonais est fortement marqué et constitue une clef essentielle de compréhension. (…)

Seulement représenté par les successeurs, l’esprit du fondateur doit être maintenu et respecté, dans le droit fil de la lignée créée.
En France, il est fréquent que le nouveau dirigeant piaffe d’impatience de pouvoir enfin apporter sa marque propre. Pour mieux exister, il cherche à effacer les traces, d’autant plus d’ailleurs qu’elles sont profondes et manifestes.

Au Japon il en va tout autrement et le successeur ne cherche pas avant tout à affirmer son identité. Selon les termes de Miura, il ne fait pas acte d’expression, mais se dissimule à l’intérieur de ce qui est déjà construit, de ce qui est déjà en place… il se moule dans l’acquis. Ainsi, celui qui suit se doit de respecter ce qui a présidé à la création de l’entreprise dont il hérite. (…)

Rien ne peut pousser sans racines et l’énergie vitale et nourricière qui est à l’origine de la construction et du développement doit être remerciée et arrosée quotidiennement.
Il ne faut surtout pas rompre le fil ou déraciner l’arbre, car il s’agit d’une perte du sens, pénalisante pour tous.

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(à suivre…)