Archive for the ‘renga’ Category

« Une histoire du haïku » : R.H. Blyth – 1)

29 mai 2017

P. 43 :

« Une tradition voudrait que le premier hokku à devenir indépendant du renga soit celui-ci, de l’Empereur Horikawa (1087-1107), dans le Tsukubashû :

Le flûtiste « Kuro-otoko » *

joua de la flûte

près du kurodo **

* « kuro-otoko » signifie : « l’homme noir ».

** : une partie du Palais, près de la cuisine. »

« On ne sait pas quand on commença à écrire des haïkus, probablement du temps de l’Empereur Gotoba.

Exemples de haïkus très anciens :

L’orage

poursuit 

les fleurs qui s’éparpillent

: Fujiwara Saide (1162-1241).

Une éclaircie dans les nuages

d’où tombe la neige

sur les monts lointains

: Senjun. »

P. 45 :

Deux poètes : Sôkan (1465-1553) et Moritake (1473-1549) furent à l’origine du haïkaï renga, qui constituait l’origine immédiate du haïku.

Haikai signifie « badin » et « joueur », pas solennel ni sérieux.

°

(A suivre :)

Sôgi :

Glossaire de termes relatifs au haïku 2)

29 avril 2014

FUSHIMONO : Directives. Dans la pratique du renga ancien on employait dans le premier verset certains mots pour orienter la composition selon certains thèmes ou manières de voir. Par exemple, utiliser le mot « noir » orientait le thème vers des objets sombres pour les versets suivants.

GA : Élégance ou Véritablement artistique. C’était le terme statutaire dont se prévalaient différents poètes prisés pour leur oeuvre ou leur école. Bashô s’attribuait également cette classification à une époque où on ne considérait pas son oeuvre comme le méritant. Cependant, plus tard, l’opinion générale changea pour être d’accord avec lui. « GA » fait partie de « RENGA », signifiant « élégance liée ».

GAGAKU : Musique élégante. Musique rituelle généralement instrumentale jouée pour certaines occasions à la cour impériale. On la joue encore de nos jours. La composition de cette musique était basée sur le concept de jo-ha-kyû, adopté et adapté pour être utilisé dans le renga.

GA NO UTA : Poèmes d’élégance. C’était une classificationde poèmes de bonne augure utilisés pour féléciter ou complimenter. Le concept influença grandement le ton du hokku.

GOJÛIN : Un renga de cinquante versets.

GOSHÛ : Collection posthume : un recueil de poèmes élaboré après la mort de l’auteur.

GUNSAKU : Travail de groupe. Un groupe de poèmes sur un sujet qui présente plusieurs points de vue. Chaque partie peut en être lue comme un poème complet. Malgré son nom, cette forme peut être écrite par une seule personne.

HA : Le « corps » de 24 versets ou partie centrale d’un KASEN renga. Le renga se divise en trois parties. La première page de six versets forme le JO. La dernière page de six versets forme le KYÛ. Chaque partie a des attributs différents. Le HA se caractérise par de nombreux changements de scènes et contient plus de versets « sans saison », se référant à plus de personnes et avec moins de liens concernant le « temps ».

HAIBUN : Écriture de haïkaï. Prose de style ou de thème poétique entremêlée de haïku. Normalement, les sujets sont autobiographiques ou théoriques, mais quand le coeur en est un voyage, ce style d’écrit s’appelle KIKÔ ou NIKKI : journal de voyage.

(à suivre : HAIGA, …)

Glossaire de termes relatifs au haïku – 1)

28 avril 2014

(cf pp. 411-420 de BASHÔ The Complete Haiku Ed. Kodansha Int., 2008 :)

AGEKU : Nom du dernier verset d’un renga. C’est le lien qui essaie de résumer le poème entier avec une référence qui renvoie au verset initial.

AWARE : La capacité d’un objet à toucher les émotions de quelqu’un, souvent avec du pathos ou de la tristesse. Votre drapeau natal possède « aware » ; celui, mieux conçu, d’un autre pays ne la possède pas.

BASHÔ : Bananier. Nom de plume du poète Matsuo Kinsaku, inspiré par son émerveillement devant cet arbre que lui avait offert un disciple. Il se situait à l’extérieur de la fenêtre de sa nouvelle maison, dans la banlieue de ce qui est aujourd’hui Tokyo, et il fut source de son inspiration. Bashô était Maître de renga, Poète des Poètes, Légende de la littérature japonaise.

CHÔKA : poème long, de structure en 5/7/5 – 7/7 unités rythmiques (« mores ») des strophes d’un renga écrit par une seule personne. C’était le genre le plus en vogue il y a environ un millier d’années. Mais le chôka n’a ensuite connu que de brèves remises en vigueur, à différentes époques.

DAI : Sujet. Le sujet du poème est noté soit dans le premier verset, soit dans une préface. Cela signifie que les poètes ont décidé de convenir d’un thème d’écriture.

DAISAN : Troisième. Dans le renga, le troisième verset, qui se termine (en anglais) par un verbe (souvent un gérondif).

DOKUGIN : Une séquence de haïkaï ou un renga écrit par une seule personne.

ENGO : Association verbale. Ce sont des mots dont on pense qu’ils s’associent par le sens, l’usage ou le son. Les équivalents (anglais) sont les homonymes et les synonymes.

FUEKI : Le changement. Un des buts que Bashô se fixait pour sa manière d’écrire des haïkaï.

FÛGA : L’esprit d’élégance et de raffinement qu’on s’attendait à trouver en Arts et en Poésie. Bashô donna ce nom à son style d’écriture de poèmes uniques, afin de les élever au rang des waka et des renga.

FÛRYÛ : « Folie », dans le sens où le poète ou l’artiste est si dévoué à son art que ses actions paraissent « folles » aux yeux des autres. Concept selon lequel l’artiste est différent et en dehors du monde ordinaire des gens « sensés » et qu’il a donc le droit et le devoir de vivre ainsi.

FURIMONO : Choses qui tombent. Classification de matériaux pour le renga, auxquels on associe les « choses qui tombent » telles la pluie, la neige, les feuilles et la rosée. Le contraire en est SOBIKOMONO : les « choses qui s’élèvent », telles que la brume, la fumée et les nuages.

(À suivre…)

« Le rire dans le haiku japonais » par Nobuyuki Yuasa

22 février 2013

Tiré de « Haijinx » Vol. I, n° 1 (printemps 2001), et d’après Rediscovering Bashô – une célébration de son tricentenaire, Global Books, 1999 :

« Le rire dans le haiku japonais »
par Noboyuki Yuasa,
fait partie d’un recueil d’essais qui détaillent les influences de Bashô sur le haïku d’aujourd’hui:

°°°

On conçoit généralement de nos jours que le rire appartient au domaine du senryû et que même un sourire n’est qu’accidentel dans le haïku. Il y a en effet beaucoup à dire pour la défense de ce point de vue habituel. Le haïku s’est formé à partir du hokku, poème initial de versets liés, requérant plus de dignité et de profondeur que le restant des poèmes de la chaîne, tandis que le senryû s’est formé à partir des « hiraku », les strophes comme simples membres de la partie centrale de la chaîne où l’on attendait plus d’esprit et d’imagination. On a aussi considéré généralement deux choses comme essentielles au haïku : le « kigo » , un « mot-de-saison » qui donne de l’élégance au poème, et le « kireji », un « mot-de-coupe » qui élève le statut du poème en lui donnant son indépendance syntaxique et son pouvoir émotionnel. Ni l’un ni l’autre ne sont nécessaires dans le senryû. De plus, on dit que les traits caractéristiques du senryû se trouvent dans la peinture (description) de « jinji », les affaires humaines, normalement de manière comique, et dans l’utilisation franche de « zokugo », des termes vulgaires.
Ayant dit cela, je ne peux cependant pas m’empêcher de questionner cette vue traditionnelle. Quand Yamazaki Sokan (1460-1540) et Arakida Moritake (1473-1549) initièrent le « haikai no renga », à l’ère Muromachi, celui-ci fut intentionnellement créé comme une révolte contre la tradition élégante du waka et du renga. Ceci étant suggéré par le titre même de l’anthologie qu’édita Sokan : Inu Tsukuba Shu, « Inu » signifiant « chien » et « Tsukuba » n’étant pas uniquement une métaphore du waka, mais également le titre de l’anthologie de renga compilée par Nijo Yoshimoto (1320-1388). Un exemple de l’anthologie de Sokan nous convaincra facilement de la « chiennerie » de sa poésie :

Sirote tes larmes –
Il n’y a rien pour moucher ton nez
dans ce mois sans dieux

Dans le japonais original, puisque « sans dieux » et « sans papier » se prononcent de la même manière, il y a là un jeu de mots qui impressionne le lecteur par son esprit. D’après les critères actuels, c’est probablement plus du senryû que du haïku. Pourtant, il fut choisi pour cette anthologie par le poète que l’on considère habituellement comme le père de la tradition du haïku. On peut voir le même esprit dans le poème suivant, de Sokan lui-même :

Dans la pleine lune
fourrez un manche, cela fera
un superbe éventail

Ce poème est iconoclaste au sens où la pleine lune, considérée traditionnellement comme l’incarnation même de la beauté élégante est ramenée du ciel à la terre. Cependant le poème n’est pas sans posséder quelque beauté, parce que lune et éventail mettent en valeur la fraîcheur du soir.

Un exemple de Moritake, maintenant :

Le saule vert
peint un sourcil sur le visage
d’une berge

Ce poème, à mon avis, est plus traditionnel que celui de Sokan en ce qu’il décrit une belle scène printanière, mais l’emploi hardi d’une métaphore le « distingue » de la poésie traditionnelle. On lit le poème d’une double façon, car derrière le saule nous voyons le visage d’une femme avec de beaux sourcils.

Cette tradition ouvertement comique, débutée avec Sokan et Moritake, fut d’une certaine manière révisée dans les premières années de l’ère d’Edo par Matsunaga Teitoku (1571-1653) qui essaya d’élever le « haikai no renga » du niveau d’une rébellion infantile. Il dit dans Tensui Sho que puisque le « haikai » est une forme de « waka », il ne faudrait pas le rabaisser au rang de poésie vulgaire. Mais Teitoku ne renia pas le rire. Il essaya plutôt de l’affiner. Un de ses disciples, Saito Tokugen (1559-1647) compara le renga au No et le haikai aux « kyogen » (interludes comiques joués entre les pièces de théâtre No), disant que tout ce qui était « inférieur », comme le kabuki, devrait être banni. Voici un poème de Teitoku qui montre la différence existant entre lui et les poètes le précédant :

Les boulettes aux fleurs
elles semblent préférer, toutes ces
oies sauvages qui s’en retournent

Teitoku provoqua souvent le rire en utilisant une expression proverbiale à un endroit inattendu. Dans ce poème, le proverbe populaire « des boulettes plutôt que des fleurs » sert à expliquer pourquoi les oies sauvages retournent au nord quand le printemps arrive au Japon.

Teitoku réussit, sans aucun doute, à chasser la vulgarité du haïkaï. D’un autre côté, il est indéniable que sa poésie devint quelque peu pédante : plus savante mais moins imaginative que celle de ses prédécesseurs. Cette tendance fut vivement attaquée par Nishiyama Sôin (1605-1682). Celui-ci forma avec ses disciples un groupe appelé « Danrin », ce qui signifie « forêt loquace ». Ce nom suggère que son groupe était plus proche de la vie des gens du commun. Par suite de cela, ils s’éloignèrent de la pédanterie de Teitoku, infusant à leur poésie un esprit de plus grande liberté. Voici un poème de Soin :

les ayant regardé longtemps
je chéris les fleurs, mais, ah,
la douleur dans mon cou !

Derrière ce poème nous voyons le tanka de Saigyo :

Les ayant regardé longtemps,
je chéris les fleurs si tendrement
que quand elles se dispersent
je ressens d’autant la tristesse
de leur faire mon dernier adieu

Nous devons ici admettre que, dans une certaine mesure, le poème de Soin est iconoclaste, mais d’une qualité autre que celui de Sokan. Le but de Sokan, nous l’avons vu, était de détruire le monde élégant du waka, tandis que celui de Soin était plutôt de présenter une scène humoristique. Je crois pouvoir dire que Soin fut le premier poète à découvrir la légitimité du rire dans le « haikai no renga ». Je pense que c’est ce que Okanichi Ichu (1639-1711) ressentait quand il disait dans Haikai Mokyu que l’essence du haikai est le rire (kokkei). Selon lui, le haïkaï devait s’écrire « sans rime ni raison », c’est-à-dire avec « des mots qui sortent spontanément de la bouche pour plaire à l’auditeur. »

Noboyuki Yuasa.

Les 1012 haikai de Bashô : 233-237)

20 février 2012

°
(Composé en voyant un écran de fleurs de pruniers et un corbeau à la maison de Sakuei. On y tint une séance de renga avec ce verset-ci comme hokku (verset de départ).)

un corbeau errant
son vieux nid est devenu
un prunier

(printemps 1685)

NB : La note d’en-tête fut ajoutée par Dohô dans son livre Shô Ô Zen-den. Dans ce poème, Bashô se compare au corbeau peint sur l’écran. Au lieu de séjourner dans la simplicité d’un nid de corbeau, il dort au milieu des fleurs de prunier parce qu’il demeure chez un ami élégant. Les corbeaux ne sont habituellement pas tenus pour des oiseaux migrateurs, mais l’idée d’un corbeau errant signifie un oiseau de passage, ou un prêtre en voyage.

°

le plan
pour Kiso en avril
contempler les fleurs

(printemps 1685)

NB : Kiso était le nom d’une région d’une rivière montagneuses. À cause de l’altitude, les fleurs de cerisiers fleurissaient plus tardivement.

°
(Sur la route de Nara :)

c’est sûrement le printemps
sur les montagnes sans nom
un fine brume

(printemps 1685)

NB : Pour aller de Nagoya à Nara, Bashô devait franchir une chaîne montagneuse. Au printemps, les montagnes du bord de mer amassent de l’humidité et remplissent les vallées d’une brume chaude. Y penser fait surgir de nombreux sentiments d’amour et de nostalgie.

°
(Au deuxième mois, je me retirai dans le Hall de Nigatsudô :)

les moines
tirant de l’eau
du bruit glacé des sabots

ou :

tirant de l’eau
les bruits de sabots
des moines gelés

(hiver 1685)

NB : À Nara, dans le temple Tôdaiji se tenait, généralement pendant les deux premières semaines du deuxième mois du calendrier lunaire, correspondant maintenant au mois de mars, une Cérémonie du Puisage de l’Eau. Quand les moines tournaient autour de l’autel, dans leurs déambulations nocturnes, leurs sabots de cèdre rendaient un bruit comme s’ils marchaient sur une terre gelée. La fin de la cérémonie consistait à tirer de l’eau de la source Akai, maintenant appelée Asakai.

°
(À Take no Uchi dans la province de Kazuraki vivait un homme qui prenait grand soin de sa famille. Au printemps il employait beaucoup de travailleurs aux rizières et à l’automne pour la moisson. Sa maison était remplie du parfum des fleurs de prunier, ce qui encourageait et consolait les poètes affligés.)

printemps précoce
vendant du vin de fleur de prunier
le parfum

(printemps 1685)

NB : Ce bouilleur de saké non désigné organisa une séance de renga. Quand on coupe la racine d’iris sucré en petits morceaux pour adoucir le saké, la boisson est appelée vin de prune. Il y a ici une devinette non-dite : qui vend les prunes, le parfum ou la saison des fleurs de prunier ?
°
(à suivre, 238-1012)

Les 1012 haikai de Bashô – 221-225)

13 février 2012

°
(J’allai visiter le Sanctuaire d’Atsuta. Les bâtiments étaient en ruine, les murs de terre étaient écroulés et cachés dans un champ d’herbes folles. On avait élevé des cordes de paille sacrées pour indiquer le site du plus petit sanctuaire et des entassé des rochers pour montrer le sanctuaire lui-même. Des fougères et des mousses poussant en liberté rendaient l’endroit encore plus sacré et vous prenaient le coeur.)

Achetant un biscuit
même les fougères sont desséchées
sur l’aire de repos

(hiver 1684)

NB : À l’époque où Bashô alla voir le sanctuaire, il n’avait pas été rénové depuis l’an 1600, et se trouvait en piteux état. On servait évidemment les biscuits de riz sur des feuilles de fougères desséchées, ce qui concorde avec l’atmosphère pauvre de l’endroit. Bashô aurait pu se sentir aussi desséché que les fougères, ou aussi rassis que les biscuits, ou aussi décrépit que le sanctuaire. Il est intéressant de noter que le sanctuaire est tombé en décrépitude, mais que la maison de thé, pour laquelle Bashô emploie un mot plus impressionnant qu’elle ne le mérite, est toujours en activité.

°

gens du marché
je vendrai mon chapeau tel un
parapluie couvert de neige

(hiver 1684)

NB : La technique d’association est évidente ici, parce que et le chapeau conique et le parapluie couvert de neige ressemblent à des montagnes enneigées.

°
(Ayant assez dormi au bord de la route, je me levai dans le noir pour aller à la plage.)

à l’aube
le blanc d’un poisson des glaces
long seulement d’un pouce

(hiver 1684)

NB : L’une des trois espèces de poissons apparentés à la sardine ou au poisson gobie des glaces formait le sujet d’un proverbe local : « Un pouce de long en hiver, deux au printemps ».

°
(Intercédant auprès de deux personnes inamicales chez Tokoku…)

neige sur neige
cette nuit de décembre
une pleine lune

(hiver 1684)

NB : Alors que Bashô séjournait chez le marchand de riz Tokoku, à Nagoya, deux membres du groupe de renga eurent un différent d’opinions sévère. Bashô, en tant que leader reconnu avait le devoir d’apaiser les tensions. Il semblerait que le message dit que le rayonnement est partout.

°
(Les trois vieillards vénérables étaient doués du talent de l’élégance poétique, qui exprimaient ce qu’ils avaient dans le coeur dans des poèmes d’une valeur éternelle. Ceux qui aiment leurs poèmes honorent naturellement d’un grand respect la poésie liée.)

les lunes et les fleurs :
voici les véritables
maîtres.

(1684, hors saison)

NB : Ces « trois vénérables vieillards » sont les maîtres antérieurs du haikai-no-renga : Matsunaga Teitoku (1571-1653), Yamazaki Sôkan (1460-1540) et Arakida Moritake (1460?-1549). Bashô, cependant, dit dans sa strophe que les véritables maîtres ne sont pas les personnes, mais la lune et les fleurs, qui inspirent la poésie liée. Bashô répète qu’il valorise plus le renga, ou versets liés, que les strophes uniques.

°

(à suivre : 226-1012)

Les 1012 haikai de Bashô – 64-70

3 décembre 2011

°

une lune d’été
partant de Goyu
arrive à Akasaka

(été 1676)

NB : Des 53 auberges de la grande route de Tôkaido, les deux villes les plus proches étaient Goyu et Akasaka, distantes d’un mille. L’idée du poème est qu’à cause de la brièveté de la nuit d’été, et non de la distance entre les deux villes, la lune se lèverait au-dessus de toutes deux presque en même temps.

°

Un vent de Fuji
placé ici sur un éventail
souvenir de Tokyo

(été 1676)

NB : On considérait qu’il était particulièrement élégant, et traditionnel, d’offrir un cadeau placé sur un éventail, plutôt que touché par une main. Ayant peu à donner, Bashô n’offre que la fraîcheur que l’éventail lui-même peut apporter à son hôte.

°

faisant deux cents milles
la distance sous les nuages
pour profiter de la fraîcheur

(été 1676)

NB : La mesure de distance était le « ri », approximativement quatre kilomètres. L’ambiguïté du poème laisse à deviner si ce fut Bashô, ou l’air frais qui franchit cette distance ; s’il venait des nuages jusque dans la vallée d’Iga-Ueno, ou si l’air frais venait des hauteurs plus grandes des nuages.

°

contemplant une lune de montagne
rarement vue aussi clairement
dans le vieux et sale Tokyo

(automne 1676)

NB : Ceci fut le verset de départ d’une séance de renga sponsorisée par Kuwana dans la résidence de Watanabe.

°

sur les balances
Kyoto et Tokyo soupèsent
mille printemps

(Nouvel An 1676)

NB : Bashô compare Kyoto où il avait vécu, à Tokyo, où il vivait maintenant. Le printemps arrive mille fois, ou éternellement.

°

décoration des pins
quand je pense aux trente années
de Nouvel An soudain

(Nouvel An 1677)

NB : Au Japon, beaucoup de gens placent encore des branches de bambou ou de pin à l’extérieur de leur porte, pour le Nouvel An. Bashô avait alors 34 ans. Selon la croyance chinoise, un homme devenait adulte à trente-et-un ans.

°

c’est un poème qui débute
le nom du maître de renga
chez lui pour le Nouvel An

(Nouvel An 1677)

NB : Bashô était devenu sôshô (« maître professionnel de haikai-no-renga »). La ligne centrale se constitue du nom de famille de Bashô : Matsuo, et de son « nom de plume » d’alors : Tôsei (« pêche verte »).

°

(à suivre : 71-1012)

L’Essence du haïku 2) par Bruce Ross

1 août 2011

(Cet article est paru dans la revue de haïku nord-américaine : Modern Haiku 38,8.)

°

« Dans ces choses [de la nature] il y a une signification profonde,
mais si nous essayons de l’exprimer, nous oublions les mots. » Toenmei

I La Métaphore Absolue

Le haïku est après tout une sorte de poésie, dérivée de la première strophe du poème écrit à plusieurs, le renga, puis du tanka (appelé, à l’origine, waka), qui, chacun, a une prosodie syllabique d’alternativement 5 et 7 unités sonores.
Comme dans tout poème, le haïku emploie des images, une contenu affectif, des valeurs sonores, un langage figuratif, etc. Les formes poétiques japonaises sont normalement courtes; de fait, le haïku est la forme de poésie la plus courte au monde : 17 unités sonores réparties en une structure de 5 + 7 + 5, pour le haïku traditionnel. Les mêmes structures sonores se trouvent dans les tanka et les renga, reflétant les longueurs de lignes des poésies chinoises et le phrasé des chansons (et autres poésies) de la culture japonaise ancienne. Le japonais est une langue non rythmée et le haïku repose sur les onomatopées et, peut-être, sur la valeur des voyelles de chaque unité sonore, mais pas sur la rime. Les cadences de 5 et 7 unités sonores qui se perpétuent deopuis des siècles dans ces formes po&étiques aident également au maintien d’une sorte de rythme.
L’imagerie du haïku et son contenu affectif sont uniques. Le haïku traditionnel comporte un kigo, ou mot de saison, ou un kidai, c’est-à-dire un sujet de saison, qui inclut des événements humains réccurents en rapport avec les cycles naturels, tels que la récolte du riz. Presque toujours, le haïku traditionnel renferme une image concrète tirée de la nature « non-humaine ». On peut donc définir le haïku comme étant un sentiment humain en rapport avec la nature. Une telle imagerie naturelle a été recensée dans des almanachs poétiques appelés saijiki. L’attrait de la beauté de la nature et du contenu affectif pour une culture dont la religion d’origine, le Shintoîsme, contient une sorte de culte de la nature, et dont le statut agraire, dès les temps les plus anciens, demandait un contact cyclique constant avec cette nature, n’est pas une surprise. La beauté naturelle et le sentiment qui y correspond, que la culture japonaise célèbre, est, de la même manière, une clé de voûte des poèmes lyriques ailleurs dans le monde.
Dans le haïku cette imagerie et ce sentiment sont concrétisés avec un simple minimum suggestif.
Le haïku japonais traditionnel contient occasionnellement un langage figuratif tel que l’exagération, la comparaison et la métaphoré utilisées dans la poésie lyrique différente. Mais de tels outils ont tendance à surcharger un poème aussi petit, aux dépends des valeurs d’économie, de résonnance et de mystère constitutifs du haïku. De plus, les kigo et kidai, avec leurs associations saisonnières enrobent le haïku dans une allégorie qui universalise le monde naturel avec ses cycles.
On peut considérer le haïku comme établissant une relation du particulier à l’universel. Tandis que la plupart des poésies dépendent de la métaphore, avec la force affective de la comparaison imaginative pour en déterminer le succès, le haïku, dans sa particularité, se construit sur une « métaphore absolue » du particulier et de l’universel naturels. La comparaison interne du haïku traditionnel est souvent gouvernée par le kireji, une des particules japonaises qui agit non différemment de la ponctuation en anglais pour faire ressortir le contenu affectif d’une partie du haïku ou sa relation avec la deuxième partie et qui souligne la métaphore absolue. La 1ère ligne, par ex., peut se rapporter au temps, et les 2è et 3è peuvent offrir l’image dans la nature d’un objet ou d’un être particulier. Ensemble, la métaphore absolue et le kireji provoquent une étincelle affective qui unit l’universel au particulier.
Un haïku de la slovène Alenka Zorman montre la métaphore absolue :
Fête de l’Indépendance.
Dans le vent chaud mon foulard
touche un étranger.

Une qualité existentielle se trouve, à l’évidence, dans ce haïku qui foisonne de libération, d’humanité et de joie. Le mot de fête marque un événement historique de liberté que maint pays célèbre. Le vent est, à juste titre, réconfortant. Ce vent donne un exemple naturel de ce que la poète américain T.S. Eliot dénommait une corrélation objective, une image poétique tirée du monde réel qui représente, ou métaphoriquement se connecte avec une émotion intérieure. Dans le haïku, la connexion est généralement construite de manière imaginative. Un sens de synchronicité ou d’une connexion déterminée moins évidemment y est présent. Cette métaphore absolue veut que le foulard de l’auteure soulevé par le vent aille toucher une autre personne, parfaitement étrangère. Ce vent permet à un moment de célébration partagée de devenir un moment d’humanité partégée, à travers une imagerie évocatrice, concrète. L’auteur et l’étranger s’unissent. Mais peut-être que Toenmei a raison. Quelque chose de mystérieux se produit dans ce haïku, qui ne peut pas être réellement exprimé par des mots, mais qui peut être ressenti à travers les mots.

(à suivre : II) Le Particulier.)

Haïkus, etc. de Py – août 2010 (1/3)

7 septembre 2010

Haïkus, etc de Py, août 2010

°

(Kyôbun au craquement :)

craquement
aussitôt
le ciel déferle

(Dire l’instant

avec le moins de mots possibles
le plus immédiatement possible)

2//8

°

la grande victoire d’août :
si peu de monde
dans la grande ville !

°

coups de boules
en Marcel –
torpeur d’août

°

pigeon –
ronds de pluie

2/8 (Place Ambroise Courtois, 69008)

°

éclatant
du couchant :
le bâtiment
sur fond gris

°

Publicité Évian :
« Vivons jeunes »

– Mourons vieux !

2/8 (Hôpital cardiologique Louis Pradel, Lyon)

°

Hector Boyau

°

un corbeau
traverse
un coin
du matin

°

Je voudrais être celui
qui a dit à de Nagy Bocsa :
« Ne me touche pas,
tu me salis ! »

°

un aventuroeil

un avencurieux

°

Hospital
Hours
Hovering
Helicopter

heures à
l’hôpital –
hélicoptère(s)

3/8 (Hôpital L. Pradel, Lyon)

°

(monostiche d’hiver :)

… étendait son manteau

°

Aren’t we all made of words ?
Ne sommes-nous pas tous faits de mots ?

°

un imper vert
pour pervers

°

dans le verre le rouge
– hors du verre le rose
couchant

°

l’aile d’un oiseau
file
un verre

3/8

°

déjà
quelques cris
mordent l’aube

3/4-8

°

(monoku :)

autour

°

Dire le moi n’est que le premier degré de l’écriture.

°

toujours être
à la pointe du chant
à la pointe de l’aile

°

un corbeau
trace son cordeau
(de chant)

°

(kyôbun aux mots :)

les mots qui au mieux
correspondent au réel

les mots qui ne trichent pas

(tout est éthique
en cette poétique,
en chaque acte,
chaque haïku…)

°

réduire réduire

éduire

°

anna dit (le 5? août) :
« Le haïku, c’est un tableau »
daniel écrit (le 4 août) :
« le haïku / c’est un tableau / qu’on contemple »

°

rumble grumble
l’on ramasse la nuit

les ordures
tapent sur les fesses
du jour

une tondeuse
déjà
tond
les oreilles

piaillements
parsemant l’août
(naissant)

4/8, Lyon.

°

(anna dit :)

« J’adore l’aventure quand y a rien »

4/8, Montpellier.

°

engueulade
par la fenêtre :
nuit montpelliéraine

coups sourds
en boucle(s) :
apparte en ville

5/8

°

paupière dorée
de la grenouille verte
– lentilles d’eau

°

Les grenouilles
brassent les lentilles –
mare du soir

grenouille
au ras des lentilles

(Bashô, sors de ton trou !)

face à face
avec les
grenouilles

les yeux
dans les yeux
des grenouilles



(grenouille :)

entraînement à la vitesse
vers le rebord du bassin

tournoyante volte-face
contre la pierre du rebord

(17-18 heures, Jardin des Plantes, 6/8)

bras et voix d’enfants
tendues au-dessus de l’eau

au Jardin des plantes
dans le portable
un chant de mésange

_

en équilibre au bord du bassin
avec son appareil-photo

une jeune pouffe
au-dessus
d’une tortue

juste s’arrêter un instant
bâiller aux grenouilles

du rideau d’arbres
tant d’espèces

le cassier
capte tout le jaune

deux conversations
au portable
et un croa


: (in : « De cinq à six », renga avec anna au Jardin des Plantes de Montpellier, 6/8)

°

la minette
de sa poussette
semble pousser
maman dans l’eau
qui prend des photos
du bord du bassin

6/8

°

poisson ciné :
courbe noire

le film finit
en arête de poisson

°

(pour anna :)

Nous sommes le cyclomoteur-haïku.
Nul(le) ne résiste à nos pétarades.

(Nous leur faisons la haïku-nique ;
Nous sommes des haïku/nicants )

°°

le
vase
la

saslave

salve
avale
salive

Salve Regina

: La reine salive ?

vase : couche bousue

°°

une robe,
un costume,
de soi-rire !

°

Renga (à deux) :

la même corde
du haïkoeur
pincée

°

les voyageurs
bras en l’air :
la clim du bus

7/8

°

grenouille qui saute :
un point d’exclamation
horizontal

°

des étoiles de soleil
sur le dos de la main

°

(Kyôbun au haïku léger :)

Tu marches, voyages, randonnes,
tu transportes léger
Tu avances en haïku,
tu (l’) allèges

= le haïku léger.

Certains
(encore novices ?)
ont le haïku lourd.

7/8/10

s’alléger
des mots qui gênent. *

* qui brillent,…

°

Plus tu dois capter vite,
moins il te faut de mots

sinon : tu l’as perdue,
ta vision fugace !

Plus le vol est rapide,
moins il comporte de mots

Plus tu iras vite,
moins tu auras de temps
pour dire
(capter)

°

Quelle énergie
a votre haïku ?

°

Créer un Association
pour la défonce du haïku ?

°

Moins construire le haïku
que le déconstruire,
que l’épouiller, …

°

(Rêve) :

A good haiku leaves no trace

Un bon haïku ne laisse pas de trace(s)…

(- le moins de trace(s) possible(s)…)

°

burobjet

°

vos /
pentes chaudes
de l’après-midi d’août

(7/8/10)

°

première mouche
millavoise
au cyber-café

°

le poète en rade
poétarade… ?

°

du jambon de Marseille
du savon de Bayonne

°

haïku,
danse fragile
d’une luciole noire

trace d’une allumette
sur un grattoir

trace de freinage d’un pneu
sur l’autoroute

souvenir lumineux
d’une étoile consumée

trace luisante
d’un escargot
sur une feuille de salade

une estafilade

le copeau
d’un menuisier

une cicatrice

l’écorchure d’une ronce
sur un mollet

un seul trait de pinceau

un seul mouvement

un seul élan,

un haïku.

le tanka,
c’est une trace
appuyée

(le haïku,
une trace
(plus) légère)

_

bon, on se dépêche de ramasser les miettes,
et on observe …

le cri d’un corbeau

le son d’une trompe marine
d’une corne de brume

le haïku : le plus rapide possible,
le plus direct possible

une traînée noire…

l’impact d’un fruit tombé d’un bec

une trace de merde
dans une cuvette de chiottes

ou sur un drap

Un haïku c’est
laisser tomber des épisodes inutiles
c’est dégraisser
c’est résumer

c’est « conciseler » ?

je n’ai pas mal aux cris

c’est la ride creusée par le vent

c’est la frange de la lune sur une vague

l’os retrouvé d’un squelette dans le désert

une veinule à travers un galet

un clou dans une épaule ?

une feuille de platane
qui tombe dans ma main

la première fleur d’hibiscus
sectionnée par l’orage

l’araignée croquée par le chien

la cicatrice presque disparue
sur une joue pâle

un rail de coke

un alcool englouti

un dring … dring

d’un mouvement
(ou de deux)
: le haïku

construire le moins possible

dans les toilettes
la lampe
papillonne

le néon
qui rend l’âme ?

la crotte qui s’allonge
du nez au doigt ?

un roulement qui passe

les singes d’un côté
les singes de l’autre

(- la vallée)

construire
ne pas oublier de
déconstruire…

8/8

°

dans la nuit
les veilleuses
des appareils électroniques

°

(tombale ?)

Né en 1948
Néant 20.. ?

°

entre écran
et carnet

la nuit discrète

°

un aller-retour ronflé

une nuit qui traîne
jusqu’à très tôt

une couleur qui change
si
peu

un deuxième oreiller
pour que le sommeil vienne ?

( : vers 5 h. du matin.)

de temps à autre
son ronflement
ouvre une autre porte…

en vain
l’ascenseur de l’oreiller :
sommeil absent

remplacer nuit blanche
par mots noirs

remplir nuit blanche
de mots noirs

°

les abeilles du réel

°

les mouches silencieuses des mots
sans ailes…

noircir, noircir
pour contrer la nuit blanche ?

notes de nuit,
ô combien silencieuses !

un éternuement
en bas
dans le noir
: le départ du jour

°

(rêve :)

je sens qu’un jour
tu vas avoir une situation
avec plusieurs nuages…

°

le loup se gare où ?

°

L’appel du pied de nez !

°

une mouche
patine
autour du bol

°

les mots remplissent
les nuits blanches

puis s’éteignent à l’aube

°

le jour subreptice

le jour se glisse
par les interstices

°

hommêtes

°

Un premier livre de haïkus :
chacun devrait savoir
que ce n’est qu’un coup d’essai
rarement transformé !

°

un bruit traverse un mur

un bruit longe un mur

un bruit dans un mur
rapide
et puis c’est fini
c’est ce que dit Bashô :
ce présent si vif !

saisir
(et lâcher)
aussi vite !

°

des ptites poules
en pulls
pouffent…

°

une nuit sans dormir
à vomir
des mots…

°

une tourterelle
taille son crayon :
tou – tou – tou
tou – tou – tou
tou – toouu – tou

°

le haïku c’est le contraire de la poésie
fantaisie flou fantasmé :
le haïku :
juste, exact, précis

°

nuit blanche
noire de mots

(noir(e)(s) de monde)

°

la chasse à l’homme,
la chasse aux Roms…

Vel’ d’hiver,
vel’ d’été …

°

Avec le haïku,
ce si court poème,
on n’en a jamais fini

°

Ne pas péter
plus haut que ses mots…

°

(tous) les ronds-de-cuir du haïku :
dans leurs canapés en
SK-
AÏKU-
IR !?

°

Par qui sont entendus
les appels au secours des poissons ?

°

le haïku est-il souvent
en surcharge pondérale ?

°

Dehors
Sarko !

Français de non-souche !

°

haïku,
le lac des signes ?

°

un chant
beaucoup plus alouettain…

°

l’éveil végétal…

°

longueurs
et largeurs
d’ondes…

°

où que tu sois
le jour perce

°

haïkiste :
je fais le more ? *

* le plus par le moins !

°

la preuve par l’œuf

°

9 000 000 d’€ =
le prix d’une combinaison spatiale ISS

178 000 000 d’€ =
les dépenses militaires mondiales
en une révolution ISS *

* toutes les heure et demie
9696 personnes meurent
dans le monde

8/8

°

descendus (les) quelques degrés
de (la) nuit,
remonter la couverture

9/8

°

solide comme un soc

°

Aller à l’essentiel
Ne pas se perdre dans les détails
Il y a urgence (absolue)

ne pas perdre de temps
ne pas perdre son temps
à tourner autour des pots,

viser juste,
toujours au centre,

bull’s eye
bull’s high

porter
un seul coup
mais
fatal

9/8/10

°

d. (à suivre…)

anna-daniel : de 5 à 6, Jardin des Plantes – 40 strophes, renga

13 août 2010

°°

paupière dorée
de la grenouille verte
– lentilles d’eau

fraîcheur du parc
en attendant d’être grenouilles
les têtards

grenouilles dans le bassin
– Bashô, sors de ton trou !

5 heures
une cloche sonne
le chant de la fauvette

bras et voix d’enfants
tendus au-dessus de l’eau

quelle casse-couilles
cette grand-mère
devant le bassin

Dutronc, au-secours !
jardin botanique

avachis sur un banc
à comater
et commenter le décor

pas de colliers,
juste un sac en bandoulière

sous la tonnelle
dégarnie
l’ombre du liquidambar

plouf !…plouf !
retour sur l’eau

une odeur de vase
que les papyrus
ne retiennent plus

sur le banc
à chacun ses papiers

dans ce jardin
l’état sauvage
est cultivé

loin d’Hiroshima

les lotus sont dans
l’autre bassin

la sonnerie d’un portable
pour un autre rendez-vous

hé hé hé !!!

faut-il en rire ?
le bassin aux exclamations

elles confondent
tétards et alevins
faut-il en rire ?

larmes des carpes…

sans bouger du banc
6 août 1945
6 août 2010

°°

en équilibre au bord du bassin
son appareil photo


elle se penche
la même idée
nous traverse

rires partagés
sous les chants d’oiseaux

trois quarts
l’ombre remplit
le bassin

une jeune
en pouffe
au-dessus d’une tortue


plein mois d’août
des collants et des bottes
Ah! la mode !

c’est quoi ce coin ?

le jardin des plantes
fermé à 20 h.

°°

juste s’arrêter un instant
bâiller aux grenouilles

trop lente !!
l’oiseau est passé
trop vite

du rideau d’arbres
tant d’espèces

vol battu
tiens !
un oisillon

le cassier
capte tout le jaune

maintenant dans l’ombre
les grenouilles
s’agitent

deux conversations
aux portables
et un croa

passionnant jardin des plantes !!!

jeune fille
à la vue perdue
devant le bassin

6 heures

°°

anna et daniel,
Jardin des Plantes, Montpellier, 6 août 2010.