Archive for avril 2014

Haïkus de Salim Bellen (in UBDLA) – 89-99 –

30 avril 2014

Les mouches cheminent
sur la Voie du Milieu
aux talons des moines

Une mouche
dans le bénitier
reçoit l’extrême-onction

°°°

Chaque soir à la même heure
la salle du dojo * s’ouvre
au concert des grillons

Quand le soleil s’abaisse
les officiants se recueillent :
champs de tournesols

Les végétariens du Temple
ce jour ont mangé la poule
tuée par le chien °

° cf in Tierra de nadie, p.75.

Si je ferme la porte à l’erreur
et la fenêtre au doute
la vérité se mure

Un pas en avant
deux en arrière ;
avancez, dit le Maître

Être ou ne pas être ?
Tisane ou café ?
la question, une nuit de zazen

Sur le dos du moine
le gros chien laissa l’empreinte
des pas du Bouddha

S’asseoir, se lever, se rasseoir
sans commentaire
les moines zen

Ni droite ni gauche
dans les mains jointes ;
ni préhension

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Haïkus, etc. Py – avril 14 – 3/3) –

30 avril 2014

dans le métro
un homme
bat
rebat
inlassablement
trois cartes

Le capitalisme bien compris :
les riches plus riches,
les pauvres plus pauvres

/ Enrichir les riches
Appauvrir les pauvres

Un jusqu’au gouttiste
(: essore la bouteille)

couvant

(Kyôku court à la répétition dans le haïku :)

la répétition dans le haïku :
aïe aïe aïe !

dernier coup de balai –
l’araignée
sur les derniers carreaux

nous traversons L’Oeil
puis nous traversons Le Boeuf :
retour de vacances

(Suite au Cimetière des chiens d’Asnières-sur-Seine, le 27/4/14 :)

pour son anniversaire
une visite au cimetière
animalier d’Asnières

« À notre bébé chéri KIKI »
« SUSHI Ange Poilu »
« TAMISE Ton Waouh Waouh nous manquera toujours »

sur la pierre de MOON *
des pétales de marronniers
tombés

* 1964-1980

/ sur le marbre luisant
de MOON
des pétales de marronniers
(tombés)

« À mon CHATCHAT tant aimé »
« KOLA dors bien »
« Ma MAMMINE (= un chien) Grand amateur de fromage »

des rires
dans le cimetière des chiens
et des chants d’oiseaux

« Ici repose Dick,* des tranchées compagnon fidèle »
* 1915-1929.

Lever la patte

au milieu des tombes canines
un bosquet de
Où (?)

sortie de l’immeuble
pour la balade-haïku
: « tiens, une marche ! »

le Restaurant Van Gogh
non loin du Cimetière des chiens –
Asnières

entre Seine et pont
une femme en boubou
devant sa tente *

* Quechua.

les cônes rouges
des marronniers au carré
Orly, fin avril

les cônes glorieux
des fleurs de marronniers
Avenue de la Victoire



(pour des musiciens :)

anguille sous croches (?)

« Secoue ta phrase
pour en faire tomber
les mots inutiles »

(D.P. – 2009.)

la vie squatidienne

Si le mille-pattes pense
à ses pieds,
il est foutu !

(Tanka du futur retraité :)

jour après jour a
près jour après jour après
jour après jour ah

que je le veuille ou non, ce
seront les grandes vacances

sortie du travail –
un chat noir
traverse dans les clous blancs

°

Haïkus absents de « L’intégrale » Kemmoku-Chipot – 3 –

30 avril 2014

386) ite toke te / fude ni kumihosu / shimizu kana

fonte / le pinceau aspire l’eau / d’une source

Printemps 1688. On considère que c’est une réécriture du verset n° 349 (= 336, chez Kemmoku-Chipot) :

tsuyu itete / fude ni kumihosu / shimizu kana

rosée gelée / un pinceau aspire sec / l’eau claire

Hiver 1687. Bashô prit les mots « kumihosu / shimizu » (« aspirant sec / de l’eau claire ») dans un waka de Saigyô. Dans les peintures à l’encre, on utilise le blanc du papier pour indiquer de l’eau. Parce que la rosée est gelée, Bashô ne peut pas humidifier ses encre et pinceau et ne peut donc tracer que de l’eau claire sur sa peinture.

Bashô reformula probablement son poème plus ancien après avoir lu le célèbre waka de Saigyô : « s’égouttant / sur des rochers moussus / la source d’eau claire / insuffisante / pour cette vie d’ermite ». Dans ce poème, au lieu que la glace libère assez d’eau pour humidifier un pinceau, la source est si minuscule qu’y plonger le pinceau l’assèche.

399) sato-bito wa / ine ni uta yomu / miyako kana

Le lotus est le prince des fleurs. On dit que l’arbre-pivoine est le riche aristocrate des fleurs. Un plant de riz sort de l’eau boueuse, mais il est plus pur que le lotus. En automne il porte du riz odorant, de sorte que le plant a le mérite des deux : il est pur et apporte l’abondance.

les villageois / composent des chants pour le riz / comme dans la capitale.

Printemps 1688. Certains pensent que Bashô dit que les chants des villageois sont les plants du riz qu’ils cultivent.

410) tanoshisa ya / aota ni suzumu / mizu no oto

un délice / se rafraîchir dans une rizière / le bruit de l’eau

Été 1688. L’idée pourrait être que le bruit de l’eau se délecte de la fraîcheur de la rizière ou que la personne se délecte de cette fraîcheur.

Haïkus de Bashô (absents de « L’Intégrale » Kemmoku-Chipot) – 2 –

29 avril 2014

257) : torisashi mo / kasa ya sute ken / hototogisu

L’oiseleur aussi / jeta probablement son chapeau / coucou

Été 1685. Bashô écrivit ce verset sur un éventail décoré de l’image d’un oiseleur. Ce verset pourrait indiquer que Bashô était très las de voyager.

335) : iragozaki / miru mono mo nashi / taka no koe

Le Cap Irago / rien n’y ressemble mieux / que la voix du faucon

Hiver 1687. Le Cap Irago se trouve à la pointe de la péninsule d’Atsumi. Il était renommé pour sa beauté scénique et a été associé aux faucons depuis fort longtemps.

348) : iza yuka n / yuki mi ni korobu / tokoro made

Allons maintenant / admirer la neige nous tomberons / pour l’atteindre

Hiver 1687. Ceci est une version du poème qui suit. Elle fut publiée dans le Carnet d’un havresac.

347) : iza saraba / yuki mi ni korobu / tokoro made

Adieu maintenant / pour admirer la neige nous tomberons / jusqu’à y arriver

(Cette version fut également traduite et publiée dans Bashô, Seigneur ermite, de Kemmoku et Chipot, sous le numéro 332.)

Une réunion pour admirer la neige fut organisée le trois décembre 1687 chez Yûdô, un libraire de Nagoya. Cette version du poème fut publiée dans Hanatsumi.

(À SUIVRE : 386)…)

Haïkus de Salim Bellen (UBDLA – 80-88)

29 avril 2014

La mouche du coche
sur le moine
progressant

Le moine se donne un coup
par erreur
quand il frappe la mouche

Ce n’est rien, une mouche !
se dit le pratiquant
quand ses pensées le grattent

Le moine et le vin
la mouche attend
qu’ils tournent au vinaigre

Le moine
chasse la mouche
elle revient au galop

On ouvre la fenêtre
quelquefois
pour distraire la mouche

Les hommes comme les mouches
se cognent souvent
à la transparence *

* cf Tierra de nadie, p. 62-2.

Le moine
ignrant
a pris la mouche

Chasse-mouche
ou bâton à merde
le kyosaku ! °

Une émeraude
sur l’excrément :
la mouche verte

(À suivre 89-222)

Glossaire de termes relatifs au haïku 2)

29 avril 2014

FUSHIMONO : Directives. Dans la pratique du renga ancien on employait dans le premier verset certains mots pour orienter la composition selon certains thèmes ou manières de voir. Par exemple, utiliser le mot « noir » orientait le thème vers des objets sombres pour les versets suivants.

GA : Élégance ou Véritablement artistique. C’était le terme statutaire dont se prévalaient différents poètes prisés pour leur oeuvre ou leur école. Bashô s’attribuait également cette classification à une époque où on ne considérait pas son oeuvre comme le méritant. Cependant, plus tard, l’opinion générale changea pour être d’accord avec lui. « GA » fait partie de « RENGA », signifiant « élégance liée ».

GAGAKU : Musique élégante. Musique rituelle généralement instrumentale jouée pour certaines occasions à la cour impériale. On la joue encore de nos jours. La composition de cette musique était basée sur le concept de jo-ha-kyû, adopté et adapté pour être utilisé dans le renga.

GA NO UTA : Poèmes d’élégance. C’était une classificationde poèmes de bonne augure utilisés pour féléciter ou complimenter. Le concept influença grandement le ton du hokku.

GOJÛIN : Un renga de cinquante versets.

GOSHÛ : Collection posthume : un recueil de poèmes élaboré après la mort de l’auteur.

GUNSAKU : Travail de groupe. Un groupe de poèmes sur un sujet qui présente plusieurs points de vue. Chaque partie peut en être lue comme un poème complet. Malgré son nom, cette forme peut être écrite par une seule personne.

HA : Le « corps » de 24 versets ou partie centrale d’un KASEN renga. Le renga se divise en trois parties. La première page de six versets forme le JO. La dernière page de six versets forme le KYÛ. Chaque partie a des attributs différents. Le HA se caractérise par de nombreux changements de scènes et contient plus de versets « sans saison », se référant à plus de personnes et avec moins de liens concernant le « temps ».

HAIBUN : Écriture de haïkaï. Prose de style ou de thème poétique entremêlée de haïku. Normalement, les sujets sont autobiographiques ou théoriques, mais quand le coeur en est un voyage, ce style d’écrit s’appelle KIKÔ ou NIKKI : journal de voyage.

(à suivre : HAIGA, …)

La Déclaration de Matsuyama 4/12

29 avril 2014

IV) LES PROBLÈMES DE TEIKEI (LA FORME FIXE) ET DES KIGOS (MOTS DE SAISONS)

16) Une question courante qui revient toujours dans les discussions sur le haïku international est de savoir comment traiter de la forme fixe des 5/7/5 « syllabes » et des kigos dans les autres langues et cultures.

17) D’abord, le rythme 5/7/5 est propre à la langue japonaise, et même si d’autres langues devaient utiliser ce rythme, il est évident que ça ne garantirait pas de produire le même effet. Avec le teikei, il ne s’agit pas de compter des syllabes ou d’obtenir des accents, mais de la manière dont la tension pourrait renforcer l’expression poétique quand l’écrivain le souhaite. Dans le cas de la poésie japonaise, la meilleure méthode uilisée pour augmenter la tension poétique a été le recours à la forme en 5/7/5 syllabes.

18) De plus, les techniques et la rhétorique employées dans cette forme fixe sont également, et de mùanière innée, japonaises. Il y a beaucoup de sortes de haïkus. Il y a par exemple des haïkus qui expriment une réalité instantanément perçue, et des haïkus qui utilisent des kireji (mots de coupe employés pour donner un effet surréaliste) pour construire un autre monde en tant qu’art formateur. Des exemples des premiers sont ceux de Takahama Kyoshi :

kirihitoha hi atarinagara ochinikeri
une feuille de paulownia dans le soleil tombant

higashiyama shizukani hane no ochini keri
un volant en plume tombant doucement – colline d’Higashiyama

nagareyuku daikon no ha no hayasa kana
une feuille de radis chinois dérivant si vite

et de Yamaguchi Seishi :

natsukusa ya kinkansha no sharin kite tomaru
herbes d’été les roues de la locomotive s’immobilisent

pisutoru ga puuru no kataki mo ni hibiki
un coup de pistolet rebondit sur la surface dure de la mare

et des exemples des derniers, de Hashi Kanseki :

kaidan ga nakute namako no higure kana
pas d’escaliers… une limace de mer au crépuscule

, de Nagata Kooi :

shounen ya rokujuunen go no haru no gotoshi
un jeune garçon… comme le printemps à soixante ans d’ici

Ils peuvent être difficiles à comprendre pour des non-Japonais, parce que le kireji n’existe pas dans d’autres langues. Ainsi, forcer la forme fixe du haïku japonais et les techniques qui l’accompagnent est un non-sens dans d’autres langues.

(À suivre : 19)… la question des kigos (mots de saisons)…)

Glossaire de termes relatifs au haïku – 1)

28 avril 2014

(cf pp. 411-420 de BASHÔ The Complete Haiku Ed. Kodansha Int., 2008 :)

AGEKU : Nom du dernier verset d’un renga. C’est le lien qui essaie de résumer le poème entier avec une référence qui renvoie au verset initial.

AWARE : La capacité d’un objet à toucher les émotions de quelqu’un, souvent avec du pathos ou de la tristesse. Votre drapeau natal possède « aware » ; celui, mieux conçu, d’un autre pays ne la possède pas.

BASHÔ : Bananier. Nom de plume du poète Matsuo Kinsaku, inspiré par son émerveillement devant cet arbre que lui avait offert un disciple. Il se situait à l’extérieur de la fenêtre de sa nouvelle maison, dans la banlieue de ce qui est aujourd’hui Tokyo, et il fut source de son inspiration. Bashô était Maître de renga, Poète des Poètes, Légende de la littérature japonaise.

CHÔKA : poème long, de structure en 5/7/5 – 7/7 unités rythmiques (« mores ») des strophes d’un renga écrit par une seule personne. C’était le genre le plus en vogue il y a environ un millier d’années. Mais le chôka n’a ensuite connu que de brèves remises en vigueur, à différentes époques.

DAI : Sujet. Le sujet du poème est noté soit dans le premier verset, soit dans une préface. Cela signifie que les poètes ont décidé de convenir d’un thème d’écriture.

DAISAN : Troisième. Dans le renga, le troisième verset, qui se termine (en anglais) par un verbe (souvent un gérondif).

DOKUGIN : Une séquence de haïkaï ou un renga écrit par une seule personne.

ENGO : Association verbale. Ce sont des mots dont on pense qu’ils s’associent par le sens, l’usage ou le son. Les équivalents (anglais) sont les homonymes et les synonymes.

FUEKI : Le changement. Un des buts que Bashô se fixait pour sa manière d’écrire des haïkaï.

FÛGA : L’esprit d’élégance et de raffinement qu’on s’attendait à trouver en Arts et en Poésie. Bashô donna ce nom à son style d’écriture de poèmes uniques, afin de les élever au rang des waka et des renga.

FÛRYÛ : « Folie », dans le sens où le poète ou l’artiste est si dévoué à son art que ses actions paraissent « folles » aux yeux des autres. Concept selon lequel l’artiste est différent et en dehors du monde ordinaire des gens « sensés » et qu’il a donc le droit et le devoir de vivre ainsi.

FURIMONO : Choses qui tombent. Classification de matériaux pour le renga, auxquels on associe les « choses qui tombent » telles la pluie, la neige, les feuilles et la rosée. Le contraire en est SOBIKOMONO : les « choses qui s’élèvent », telles que la brume, la fumée et les nuages.

(À suivre…)

Haïkus de Salim Bellen : UBDLA 67-79)

28 avril 2014

Dévêtu par l’automne
l’arbre
rougit

Il a beau jeter ses feuilles
au gré du vent d’automne;
il n’y a pas désordre

Ces feuilles d’automne au soir
remontent sur l’arbre :
étourneaux

Chaque saison, mêmes vitrines ;
mais ces couleurs de l’automne
jamais ne démodent !

Le Grand Livre de l’automne,
une lecture à la vie
qui s’effeuille

°°°

LA MOUCHE ET LE MOINE

Parfois une mouche
s’empare du dojo
et de ses occupants

Zazen * : bougera, bougera pas ?
passe-temps de la mouche
sur la tête des moines

Il y a toujours quelqu’un
chat, mouche, moine ou tarentule
qui pratique au dojo

Il arrive à la mouche
face aux moines assoupis
de corriger leur posture

S’il y avait au dojo
une mouche par pensée
quel bourdon !

Où est-elle ? se dit le moine
ne sachant que la mouche
sur sa tête est posée

Moines débattant
en sortant du dojo :
t’as vu la mouche ?

Ne bougez pas ou je tire !
dit la mouche du dojo
aux moines face au mur

°°°

(À suivre, 80-222)

Haïkus de Bashô (absents de « L’intégrale » Kemmoku-Chipot). 1)

28 avril 2014

(D’après BASHÔ, The Complete Haiku de Jane Reichhold, Éd. Kodansha International, 2008.)

53) kumo to hedatsu / tomo ka ya kari no / ikiwakare

séparée par les nuages / l’oie sauvage vit un moment éloignée / de son amie

Automne 1672. Certains experts assument que Bashô fait référence à son ami Magodayû, qui vivait à Iga. Le mot « kari » signifie soit « oie sauvage » soit « temporaire ».

237) shoshun mazu / saké ni ume uru / nioi kana

tout début du printemps / vendant du vin de fleurs de prunier / le parfum

À Take no Uchi, dans le comté de Kazuraki, vivait un homme. Il prenait grand soin de sa famille, employant de nombreux travailleurs qui cultivaient les rizières au printemps et récoltaient le riz en automne. Sa maison était emplie du parfum des fleurs de prunier, ce qui consolait et réconfortait les poètes affligés.

Printemps 1685. Ce brasseur de saké anonyme organisa une séance de renga. Quand on coupe la racine de l’iris doux en tout petits morceaux pour parfumer le saké, on appelle cette boisson du vin de prune. Il y a ici une énigme tacite : qui vend les prunes ? : le parfum, ou la saison des fleurs de prunier ?

(à suivre : 257)…)