Archive for janvier 2013

« Aurore irradiée », Conte fantastique, de Laurent Mabesoone.

28 janvier 2013

°°°

Le 22 mars 2014 à 5 heures 2 du matin, Aurore Le Roy naquit avec l’aube, dans une petite clinique entre Blois et Chambord.
De l’autre côté de l’Eurasie, au Japon, il était déjà midi.
Ce même 22 mars 2014 à midi 2, heure japonaise, la piscine du combustible usé du réacteur 4 de la centrale nucléaire de Fukushima Daiichi s’écroula. Tokyo fut déclarée zone interdite.
Le Japon, et dans une moindre mesure le reste du monde, s’apprêtaient à faire face à des bouleversements sans précédents.
Ne se doutant de rien, le père d’Aurore, Florent Le Roy, devant le berceau du bébé tant attendu, laissait exploser sa joie : « Marie, grâce à toi, je suis enfin père. Maire, je t’aime ! Il me semble que la vie jusqu’à présent n’était qu’un mensonge. Je vivais en noir et blanc et je vis maintenant en couleurs, je vivais en deux dimensions et je connais maintenant la troisième dimension. Notre vie à trois commence enfin, Marie adorée, Aurore adorée ! »
Dans cette même clinique, une amie de lycée de Florent Le Roy exerçait la profession de pédiatre. Elle portait un prénom original : Lilas. Lilas entra précipitamment dans la chambre des Le Roy.
 » Florent, tu es au courant ? La centrale de Fukushima est en flammes… Je ne suis pas spécialiste, mais cette fois, on parle d’un très gros panache sur l’Europe dès ce soir. Il faut protéger ta fille. Ca, c’est de l’iode stable. Les pharmacies sont déjà dévalisées. Il faut en donner à la petite pour éviter qu’elle fixe l’iode radioactif du panache. Tu dissous un quart de comprimé dans son prochain biberon. Les deux autres comprimés, c’est pour Marie et toi. Autre chose : tu ne dis rien à personne… C’est la seule boîte de la clinique ! »
Dès le lendemain, même dans cette campagne paisible du Bord de Loire, les avis de déménagements se succédèrent. Les gens aisés partaient surtout pour l’Hémisphère Sud (Nouvelle-Calédonie, Polynésie, Réunion, etc.), car tout l’Hémisphère Nord était désormais menacé par les retombées du « deuxième accident de Fukushima ». Les Français, réputés pour leur sens de l’individualisme, furent, avec les Allemands, les plus nombreux à s’exiler. Lorsque les premières cartographies de contamination des sols furent disponibles, plusieurs semaines plus tard, il apparut que le Continent Européen était contaminé à hauteur de ce que connut Tokyo après la première catastrophe. L’Amérique du Nord, elle, était beaucoup plus sévèrement touchée. Des bandes organisées s’étaient formées à Los Angeles et à Seattle pour le contrôle de la nourriture non-contaminée, et les émeutes dégénéraient peu à peu en guerre civile.
Mais le père d’Aurore ne pouvait pas fuir facilement la France. Il était le Maire du petit village de Chambord, responsable de la protection du plus beau joyau de la Renaissance Française.
À partir du mois de mai, les retombées de césium radioactif en provenance du Japon diminuèrent sensiblement. Il semblait que le combustible nucléaire de la piscine du réacteur 4 de Fukushima se fût presque totalement consumé. En France, on apercevait à nouveau quelques enfants (portant des masques en tissu N95) jouer dans les rares squares decontaminés…
Florent Le Roy était croyant. Il voulait absolument faire baptiser sa fille. La cérémonie fut fixée au 15 août, mais, vu les circonstances exceptionnelles, seuls les amis proches et la famille furent invités. Lilas, l’amie de lycée de Florent, qui fut d’un grand secours lors de la naissance d’Aurore, accepta de devenir marraine. Deux autres amies de lycée du couple Le Roy furent invitées. Étonnamment, elles portaient toutes deux des prénoms de fleurs. Rose, devenue cantatrice professionnelle, promit de chanter une vocalise sur « La Belle au bois dormant » de Tchaïkowsky pendant la cérémonie. Violette, maintenant journaliste littéraire au Monde, écrivit une balade en vieux français sur la rencontre de Florent et Marie, quand ils étaient lycéens…
Une autre amie de lycée, répondant au nom de Carla Boisset, elle, ne fut pas invitée. Les relations entre Carla et le couple Le Roy étaient « compliquées »… Carla, une excellente élève au lycée, disputait toujours à Florent la première place à chaque examen important. Dans le coeur de Carla, cette rivalité se transforma en amour passionné. Mais Florent vivait déjà une idylle avec Marie, la jeune fille la plus convoitée du lycée. Par dépit, Carla se réfugia dans ses études, réussit au concours d’entrée de Polytechnique, intégra EDF, puis fut nommée directrice de la centrale de Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher). Célibataire, elle vivait dans un petit appartement de fonction sur l’île même où se trouve la centrale. « Marie, n’envoie pas d’invitation à Carla ! Vu ce qui se passe à Fukushima, je suppose qu’elle a autre chose à faire… »
Le 15 août en début d’après-midi, Carla Boisset, qui recevait des amis ingénieurs nucléaires américains, décida de faire visiter à ses hôtes le Château de Chambord. Comme à l’accoutumée, elle gara sa voiture entre la Chapelle et la Mairie, résidence des Le Roy. Elle sortit son téléphone, toucha l’icône « Florent L. Maire de Chambord » afin de demander à son « copain de lycée » une visite personnalisée du château…
À l’instant même où sonnait le téléphone, un tonnerre de cloches s’échappa de la chapelle. Florent Le Roy, entouré de tous les êtres qui lui étaient chers, irradiant de bonheur, s’avançait sur le parvis, tenant Aurore dans ses bras. Chacun dans la foule des invités connaissait Carla. Tous restèrent interdits devant son apparition.
« Famille Le Roy, je vous maudis ! N’oubliez jamais cet instant ! Vous serez punis de m’avoir humiliée de la sorte. Florent Le Roy, regarde bien cet enfant dans tes bras, car cet enfant n’atteindra jamais l’âge adulte. Il mourra avant, je te le jure. C’est moi, l’experte en poisons qui te le dis : cet enfant mourra ! »

Carla Boisset alla retrouver dans la voiture ses amis américains, fit le tour du château, les raccompagna à la gare, puis s’empressa de regagner la centrale de Saint-Laurent-des-Eaux. L’été 2014 fut marqué par une longue sécheresse, qui diminuait gravement la quantité d’eau disponible pour le circuit de refroidissement. La directrice descendit à la salle de commande. Elle jeta un coup d’oeil sur la météo : vent du N-E, 5 m/s. Si un accident venait à se produire dans de telles conditions, le panache radioactif s’abattrait directement sur la forêt du Domaine de Chambord, à 15 km au sud-ouest de là. Carla Boisset fit une annonce, afin de rassembler tout son personnel. Calmement, elle sortit un document d’une enveloppe, sans le montrer directement à ses employés, et elle déclara :
« Mesdames, Messieurs. J’ai reçu ce matin un ordre émanant du ministère de l’Énergie, apostillé par le cabinet du Président de la République et par l’ASN. Il m’y est demandé de procéder d’urgence à une expérience dont le contenu est encore secret. Vous vous en doutez, il s’agit de tester une nouvelle méthode de refroidissement plus efficace, mais je ne peux pas vous en dire plus pour l’instant. Cette manoeuvre sera menée par moi seule, entre 15.45 et 16.00. Je vous prie de regagner immédiatement la salle commune et de vous tenir en attente jusqu’à 16.00. Je ferai une annonce dès qu’il vous sera permis de me rejoindre dans la salle de commande. »

Le 15 août 2014 à 15 heures 46, Mlle Clara Boisset, directrice de la centrale nucléaire EDF de Saint-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher), opéra de son propre chef la fermeture de la valve principale du circuit de refroidissement du réacteur B1. Ensuite, elle retira sa blouse blanche, la plia consciencieusement, la déposa sur son bureau et quitta son lieu de travail.
Une trentaine de minutes plus tard, une apartie du personnel de la centrale, intrigué par l’absence d’annonce, se rendit dans la salle de commande. En l’absence de ressources suffisantes en eaux fluviales, l’emballement du réacteur ne put être stoppé, et sa fusion totale commença vers 3 heures le lendemain matin.

« Marie, réveille-toi, vite ! Je viens d’entendre un bruit, comme un bruit d’explosion… ça venait de la centrale, je crois… j’étais réveillé, et alors, j’entends un gros bruit sourd… »
« Allume la télé pour voir ! »
FLASH SPÉCIAL : UN ACCIDENT AURAIT EU LIEU À LA CENTRALE NUCLÉAIRE DE SAINT-LAURENT-DES-EAUX. PAS D’ÉVACUATION NÉCESSAIRE POUR L’INSTANT.
« Fuyons, je t’en prie, Florent, fuyons tout de suite avec Aurore ! »
« Oui… mais attends ! Tu te souviens des comprimés d’iode que Lilas nous a donnés à la maternité… il t’en reste pour Aurore ? »
« Oui, il en reste deux, c’est vrai ! Comme la piscine de Fukushima n’a presque pas relâché d’iode radioactif, on avait gardé les nôtres, au cas où… Là, ils sont là, dans mon sac ! »
« Mets un quart de pastille dans le biberon ! Allez, on part tout de suite pour Blois, on verra après…

En milieu de matinée, un périmètre d’évacuation de 15 km fut décrété. Le Château de Chambord et son immense domaine de 5500 hectares de forêt furent immédiatement déclarés zonz interdite. Par la suite, ce territoire fortement contaminé reçut un surnom presque poétique : « le bois dormant de Chambord ».

La famille Le Roy s’insalla d’abord chez leur amie Lilas, dans la banlieue nord de Blois.
Toute l’armée française et de nombreux pompiers furent mobilisés afin de refroidir le réacteur, et le « melt-through » (percement du confinement souterrain sous le poids du corium, tel qu’il se produisit lors de la première catastrophe de Fukushima) fut évité de justesse. Mais l’explosion hydrogénique du réacteur B1 avait aussi endommagé le réacteur B2, lequel menaçait de s’emballer. Une force spéciale, issue de toutes les armées de l’UE, permit de stabiliser le réacteur B2, malgré le niveau de radiations très élevé sur le site. Dès septembre, le gouvernement fit voter un budget exceptionnel pour la construction d’un immense sarcophage. Des aides au déménagement furent débloquées assez rapidement, afin d’étendre la zone interdite à toute la Sologne.
Blois avait été relativement épargnée par les retombées car, miraculeusement, le vent avait soufflé du Nord jusqu’à la fin août. On y relevait à peine 0,5 microsievert/heure de radiations ambiantes (4 fois les radiations naturelles). Cependant, au sud de la Loire, on releva de nombreux « points chauds de radioactivité » : Bourges et Nevers, pourtant distantes de plus de 80 km, enregistraient entre 0,6 et 1 microsievert/heure. Le sancerre blanc 2014 fut interdit à la vente, car il dépassait les 500 becquerels de césium radioactif au litre. Certains bourgognes et beaucoup de vins du pays de Loire aussi. En ce qui concerne le blé de la Beauce, le gouvernement prétendait qu’une dizaine de becquerels au kilo ne constituait pas un danger « immédiat » pour la santé…

16 ans plus tard : printemps 2030. Aurore a 16 ans.
La France traverse une période plutôt faste, d’un point de vue moral comme économique.
Bien sûr, la population du sud des Pays de la Loire a décliné, la défiance à l’égard des productions agricoles françaises a ruiné le secteur primaire de l’économie… Mais, après l’accident de Saint-Laurent, un mouvement civique inédit, par sa ferveur et sa profondeur, grandit à travers tout le pays. Un référendum sur l’arrêt immédiat du nucléire fut imposé par le peuple à François Hollande, et le dernier réacteur nucléaire français fut stoppé définitivement le 16 août 2016, jour de la deuxième commémoration de l’accident. En fait, les énormes travaux publics, nécessaires au démantèlement des centrales, poussaient l’économie vers le haut, ainsi que le développement des énergies renouvelables.
La famille Le Roy, domiciliée maintenant à Blois, a créé une ONG, « Le bois dormant de Chambord », qui vient en aide à toutes les personnes déplacées de la zone interdite. La ville de Blois dans son ensemble est devenue le lieu de nombreux mouvements citoyens, culturels et artistiques, fer de lance du mouvement antinucléaire mondial, et c’est tout naturellement qu’elle fut choisie en 2020 pour accueillir le siège de la nouvelle instance de l’ONU en remplacement de l’AIEA : le Fond International pour la Dénucléarisation (FID).

Aurore est une jeune fille resplendissante de beauté, de grâce et d’intelligence. Dès son entrée au lycée, elle sait ce qu’elle veut faire de sa vie : étudier à l’Institut d’Études Politiques de Paris, puis travailler au siège du FID à Blois, tout en aidant ses parents avec leur ONG.

22 mars 2030.
C’est l’anniversaire d’Aurore.
La famille Le Roy vit dans un petit appartement de la banlieue nord de Blois – la partie la moins contaminée de la ville. Ils ne sont plus la famille aisée qu’ils étaient à Chambord, mais ils veulent tout de même fêter joyeusement les seize ans de leur fille. Les amis fidèles de la famille sont plus que jamais présents pour Aurore. Lilas est la confidente de l’adolescente. Rose viendra aussi ce soir à la fête, bien sûr. Elle chantera quelque chose… mais son activité principale, depuis 2014, n’est plus le chant lyrique : elle a créé une association de bienfaisance, « Les enfants de Chambord ». Violette n’est plus journaliste au Monde : elle a fondé le quotidien international « NO NUKES ».
Et Carla Boisset ?
Biensûr, l’ancienne directrice de la centrale de Saint-Laurent-des-Eaux n’a pas sa place dans une telle assemblée…
« Je me demande bien ce qu’elle doit faire de ses journées en prison… », se dit Florent en préparant les petits fours… À ce moment précis, quelqu’un sonne à la porte.
Aurore, toute joyeuse, s’attendant à la visite d’un copain de lycée un peu en avance pour la fête, court vers la porte d’entrée.
« Mademoiselle Aurore Le Roy… ? Oh, quelle jolie jeune fille vous êtes devenue ! Je suis une ancienne amie de votre papa… »
La vieille dame toute frippée tend une main osseuse vers Aurore.
Aurore la serre, et sent dans la paume glaciale de Clara Boisset une aiguille de seringue.
« Bien… Bonne journée, Demoiselle ! Mes amitiés à votre papa… je suis débordée depuis ma sortie de prison… Ah ah ah ! »
Aurore est déjà effondrée au sol. La dose de curare dans la seringue était faible, mais suffisante pour causer un arrêt cardiaque, dans le cas d’Aurore.
Dans le cas d’enfants élevés en zone contaminée, l’ingestion chronique de césium radioactif par voie alimentaire, même à très faible dose, se traduit presque toujours, au bout de plusieurs années, par une faiblesse du muscle cardiaque.

Florent essaie sans relâche plusieurs techniques de réanimation.
Sa fille ne bouge pas.
Il essaie de joindre son amie pédiatre Lilas Loiseau sur son portable.
Pas de réponse.
Et sa femme est partie faire des courses pour la fête d’anniversaire…
« Ma petite, ne t’inquiète pas, tout va bien… Je t’emmène à l’hôpital tout de suite. En voiture on y est en cinq minutes. »
Florent parle à sa fille comme si elle était encore vivante.
Il descend l’escalier, arrive au garage, et aperçoit son LM (sorte d’ULM, amélioré vers les années 2025, afin de permettre à toute personne moyennement habile d’effectuer des vols avec une sécurité maximale).
Florent, au dernier moment, se détourne de sa voiture et monte dans le LM. Tenant Aurore dans ses bras, il décolle en direction de la zone interdite.
Après 16 ans d’exil, Florent et Aurore sont enfin de retour au Château de Chambord.

Printemps 2130. Un siècle a passé.
Philippe Loiseau, jeune et brillant archéologue, a été chargé de pénétrer dans la zone interdite de Chambord. Exceptées quelques missions sporadiques dans des parties de la forêt, il s’agit de la première mission scientifique ayant pour objectif le château même : le gouvernement français étudie en ce moment la possibilité d’ouvrir à nouveau une partie du château aux touristes.

Un bulldozer ouvre une brèche dans le mur de béton qui entoure la zone, à l’endroit où le château est le plus accessible. Philippe n’a pas été choisi uniquement pour ses capacités intellectuelles, mais aussi pour son endurance physique. En effet, depuis le début du 22ème siècle, peu de jeunes gens sont capables, comme lui, de parcourir à pied plusieurs kilomètres à travers ronces et buissons. Les nombreux accidents nucléaires survenus dans la première moitié du 21ème siècle (avant la loi de dénucléarisation générale promulguée par le FID en 2043) ont provoqué, de génération en génération, l’apparition d’une multitude de maladies génétiques rares, plus ou moins handicapantes. Philippe fait un premier pas. Il file droit vers le château, une machette à la main. Le compteur geiger indique environ 1 microsievert/heure. Pas de problème. Il s’agit encore du niveau de radiations ambiantes moyen dans l’Hémisphère Nord. Bien sûr, ce niveau est dix fois supérieur au « niveau naturel », mais il faudrait revenir au moins un siècle en arrière pour avoir une chance de trouver sur Terre un seul lieu à moins de 0,5 microsievert/heure.
Le but de la mission est de mesurer la radioactivité ambiante dans les environs du principal centre d’intérêt touristique du château : le Grand Escalier. Cet escalier monumental, dont on attribue les plans originaux à Léonard de Vinci, se présente comme une double révolution savamment agencée, de sorte qu’il est possible de se croiser, d’un escalier à l’autre, sans se voir. On peut supposer que la masse de pierres de taille, ajoutée à l’épaisseur des murs du château, constitue une bonne isolation aux rayons gamma, rendant peut-être possible la réouverture de cette pièce au grand public.
Sur le chemin qui mène à la chapelle du château, Philippe mesure un pic de radioactivité de 10 microsievert/h. Rien de bien encourageant. À l’aide de sa machette, il déflore la vaste trame de ronces centenaires qui obstrue l’entrée du château, puis défonce la porte vermoulue à coups de bottes. Le calendrier du guichet pour touristes affiche une date incroyable : 16 août 2014.
Arrivé au coeur du château, les radiations chutent en dessous de 2 microsievert/h. Au fond la Salle du Grand Logis de François Ier. Philippe aperçoit le Grand Escalier, enlacé par mille bras de ronces. Il se faufile dans le soubassement et relève la tête vers l’axe de l’escalier.
Deux êtres humains,
ou plutôt deux momies d’êtres humains se trouvaient dans ce cylindre de pierre. Philippe escalade la paroi jusqu’à la loge où ils étaient blottis. Il reconnaît immédiatement leur tenue caractéristique du début du 21è siècle. Et ses connaissances en Histoire lui donnent la réponse de cette énigme : il s’agit de Forent Le Roy, dernier Maire de Chambord, disparu mystérieusement en mars 2030 avec sa fille Aurore.
Le Maire s’était donc caché là, et s’était laissé mourir de désespoir. Philippe regarde son compteur Geiger : 0,04 microsievert/heure. Un chiffre incroyablement bas. Ce lieu est si parfaitement isolé que seuls les rayons gamma cosmiques parviennent, très faiblement. Un miracle de radiométrie ! Philippe comprend la portée de cette découverte : les corps qu’il a découverts ont conservé intact, pendant 100 ans, le génome humain qui partout ailleurs se détériorait gravement. Grâce aux cellules de ces corps, il sera enfin possible de réparer le code génétique humain.
Grâce au corps d’Aurore, l’Humanité sera sauvée.

Alors,
Philippe,
reconnaissant,
déposa
un baiser
sur les lèvres
d’Aurore.

°°°

Laurent (Seegan) Mabesoone.
(20/28…)

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Résultats du kukaï de Paris n° 74 :

20 janvier 2013

Bonjour !

En présence de 15 personnes, ce samedi 19 janvier 2013, 46 haïkus ont été échangés, dont 24 ont obtenu une ou plusieurs voix.

°

Avec 5 voix :

Nouvelle année –
je présente mes voeux
au nain de jardin

: Michel Duflo,

et :

train du soir
par la portière ouverte
montent quelques flocons

: Daniel Py.

°

Avec 4 voix :

Mon chien n’est plus –
le tapotement de la pluie
sur le toit

: Martin Dinga

°

Avec 3 voix :

Brouillard
sur l’étang
un bruissement d’ailes

: Isabelle Ypsilantis,

et :

Sourire béat
le bonhomme de neige
a perdu son nez

: Patrick Fetu.

°

Avec 2 voix :

Dans la nuit d’hiver
pas un bruit pas un souffle
l’œil de la lune

: Lydia Padellec ;

la neige la nuit
couvertures
de silence

: Gwenaëlle Laot ;

le rire des jumelles
au même instant
suit la même courbe

: Daniel Py ;

Le sang vif du houx
Un moineau dans la neige
invente l’écriture

: Monique Serres ;

lune d’hiver –
la vallée
éblouie *

: Paul de Maricourt

* lors des commentaires il fut reconnu que ce haïku (« minimal ») méritait mieux que les deux voix qu’il avait obtenues !

et :

Meilleurs vœux –
le nuage
embrasse la montagne

: Oriane Oberndorfer.

°

Parmi les 13 haïkus ayant obtenu une voix, ceux-ci furent plus commentés :

Chambre funéraire
Dernière visite à mon père
Blanc pur de la neige

: Danièle Étienne-Georgelin ;

dernier regard
au pied du cercueil
le sceau de cire rouge

: Daniel Py ;

La neige qui tombe
Par une fenêtre éclairée
le bain de l’enfant

: Monique Serres ;

Pour célébrer le nouvel an
Une coupe –
chez le coiffeur

: Oriane Oberndorfer ;

Retour de la neige –
les déclarations d’amour
sur les pare-brise

: Michel Duflo ;

et :

salle d’eau embuée
le son net d’une goutte
dans l’eau du bain.

: Cécile Duteil.

°
Sans voix, mais néanmoins remarqués :

En fourrure,
une vieille dame
nourrit les paons

: Martin Dinga;

mare au soleil
parmi les lentilles d’eau
les yeux d’une grenouille

: Cécile Duteil

et

Telle une œuvre d’art
sur la neige immaculée
une crotte de chien

: Isabelle Ypsilantis.

°°

À lire aussi sur le blog du kukaï de Paris :
http://kukai.paris.free.fr/blog/

°°

Notre prochain kukaï de Paris aura lieu le 16 février 2013.

Daniel

Haïkus, etc. Py 15-30 nov. 2012 (2/2)

14 janvier 2013

°

N’est-ce pas le comble
pour un poisson
d’être pâlot ?

°°

Ah, enfin des haïkus vrais, forts, vécus,
que ceux de Véronique Dutreix, dans son recueil Baisers de mufle,
préfacé par Micheline Beaudry,
traduit en bulgare par Sidonia Pojarlieva
aux éditions Farrago, Sofia, 2012.

les naseaux fument,
mes doigts gelés
sur le manche de la fourche.
(p. 18)

je porte deux seaux
qui me donnent
la main.
(p.38)

brumes montantes
les chênes rouges
deviennent pagodes.
(p. 48)

un veau est mort,
sa mère
s’est assise dessus.
(p. 50)

l’oreille glacée
du veau mort
est à étiqueter.
(p.51)

– Bravo Véronique !

°°

Elle s’en mail(e)…

°
(rêve)

j’allais la voir
ce soir en voiture
quand il fallut que je me lève

°

les jardins
merveilleusement jonchés
un père qui se meurt

°

les arbres se dénudent,
les nids apparaissent

°

(ancien –> 18/11/12 :)

ce matin
une toile d’araignée
de neige

°

les chemins tout enfeuillés –
le chevet d’un père mourant

°

(cf Philippe Forest : Haikus, etc., éd. C. Defaut 2008, p.61 :)

L’art / Le haïku ? :
évoquer l’absence – l’en-creux

°

Fête des feuilles
… Défaite des feuilles

°

une « métroleuse »

°

le battement d’un cil,
une tempête… *

* le(s) battement(s) d’un ciel ( !…)

°

slowly
going into *
his longest sleep…

* / entering

lentement
entrant dans son plus long sommeil…

feuilles d’automne

°

le bruit des feuilles qui tournent
ce 24 novembre :

kukaï exceptionnel *

* : 31 personnes, dont 13 amis Japonais

°

les lèvres rouges
d’une feuille
sur le rebord de la fenêtre

: baiser d’un matin gris

°

acheter des pinces-à-linge
– envolées de leur fil ?

°

(Dear deer, d’après une photo sur Internet :)

ses bois
enflammés :
Noël

°

des cris
sur l’étang :
un conflit de canards

°

mare, miroir
étale et paisible
– ploc !

°

face aux cimes
tiers
de lune

°

(ancien :)

à la boulangerie,
plus de baguettes –
la cliente :
longiligne

°

une seule lune
20 000 lampadaires
(27 novembre)

°

presque seuls
dans la cohue des couloirs du matin
ce couple enlacé

°

la couleur d’écran
de ce téléphone portable
exactement la même
que du dessus du piano

°

le maquereau ond-
ule
au micro-ondes ?

°

distribution de rires féminins
ce matin
dans le tgv

°

fin novembre
une feuille verte encore
dans le sas d’entrée

°

charafoin
charabia

°

le tec
ste
la te
ste

°

désor
mais

désar
mais

°

vaccination
faxination

°

une feuille verte
dans la rame
dernier novembre

°

les lendemains
les aujourd’huis
qui déjantent…

°°°

Haïkus, etc de Py – 1/15 Nov 2012

12 janvier 2013

Haïkus, etc. Py – Nov 2012 – ½

 

°

 

1er novembre

le vert s’accorche

au paysage

 

(SNCF Paris-Montpellier)

 

°

 

1er novembre

elle ramasse

des feuilles encore vertes

du ginkgo biloba

 

(Millau, square A. Malraux)

 

°

 

les grosses carpes

se serrent

au milieu de la mare

– 1er novembre

 

°

 

le ginkgo biloba

en duo jaunissant :

ciel –

terre

 

°

 

les carpes dans la mare

les pigeons dans les allées

les canards derrière le grillage :

à chacun son clan !

 

/

 

les carpes dans la mare,

les canards sur la pelouse –

la fête des mores !

 

°

 

bûchettes et charbons entreposés :

le barbecue du Foyer Soleil

déjà prêt

– 2 novembre

 

°

 

la fumée de cette cheminée

rejoint bientôt la couleur du ciel

(jog) deux novembre

 

°

 

des gouttes de pluie

sous le fil –

les pinces-à-linge

oisives

 

°

 

gangue de bois

 

°

 

ô beau biloba

tes feuilles en balais

jaune en haut

vert en bas

bientôt choie(ro)nt

 

°

 

Le haïku :

 

au centre de la mare

au centre du corps

 

entre centre inférieur

et centre supérieur

 

: au centre médian, le « chi » du haïku !

 

°

 

la ligne de partage des zoos

(entre) haïku – (et) non-haïku …

( ? )

 

°

 

l’impasse-murailles

 

°

 

samedi 3 novembre :

le « fünz »* à mi-pente

des causses millavois

 

* nuage fin, effilé ( : patois aveyronnais).

 

°

 

venant prendre note

chaque jour

de l’avancement du jaune

dans le ginkgo biloba

 

(plus vert en haut qu’en bas)

 

°

 

il est golo pépère Totor !

: langage territorial

d’un enfant

 

°

 

passer de vie

à très plus

 

°

 

nuclear

unclear

 

°

 

une trompe, religieuse(ment)

 

°

 

gong après gong

essayant d’imposer

B.N.

 

whafh !

whafh ?

 

°

 

les braises de Millau

dans la vallée

un tôt matin début novembre,

de la montée vers Montpellier

 

°

 

le M

de Millau :

les piles

de son pont neuf

 

°

 

du fond du bus

(j’entends) le lent ballet

des essuie-glaces

vers Lodève

 

°

 

du fond de la vallée

naissent * les couleurs

de l’automne

 

* / se lèvent

 

°

 

un petit déjeuner

de couleurs d’automne

en redescendant du Larzac

 

°

 

le soleil s’offre une percée

à flanc de causse

… et à sommet(s)

 

°

 

les bourgs s’éveillent

– frileux ? –

(d’) autour de leur église

 

les nuages s’ouvrent

vers la mer du sud

 

°

 

les gouttes de pluie

de l’aube

brillent maintenant

rosée

sur la vitre avant

 

°

 

les arbres défilent

 

comme s’il * emportait

leur rosée, plus loin,

vers le soleil

 

* le bus

 

(5/11, 7h55)

 

°

 

Bleuir le papier –

Ah les grandes étendues

tout alentour !

 

°

 

8 heures :

naît la voix de la radio

vers Saint-André-la-garrigue

 

soleil au sud

 

°

 

depuis si longtemps

tournant autour

des nombrils de nudistes…

 

/

 

loin du Maguelone *

ne regardant

que les pieds des chaises ‘ « 

 

(Bar « Asian Live », près gare St Roch, Montpellier)

 

«  et pas les pattes des juments

‘ de ce * bar-PMU de Montpellier

 

/

 

Arpenté en vain

la Carrieira Magalona *

à la recherche du PMU (disparu)

d’où je pouvais mater

les culs des juments,

hélas !

 

* rue de Maguelone, Montpellier

 

°

 

dansanlacés

sur le quai de Nice-ville

ce cinq novembre

à l’attente…

 

°

 

le pain sent

le sein pend

 

fesser, c’est fait…

 

°

 

elle tourne en ron(ge)…

 

°

 

le chien dort

dans le fauteuil

le chat

dans le canapé

puis je resserre un robinet

dans la cuisine

 

(nuit du 5 au 6/11/12, Castillon, 06)

 

°

 

dans le mur

un martelet…

le matin

bien sûr !

 

°

 

Dit-on

« café allongé »

parce que c’est parfois

mortel ?

 

°

 

au rayon frais

oreillons frais

 

°

 

Rebecca Rébécarre

Collègue Oleg

 

°

 

vélodie(s)…

 

°

 

jog du 8 novembre :

des meuleuses

dans des maisons

de montagne

 

°

 

jog du 8 novembre :

un (beau) champignon

s’en paye une (belle) tranche

au soleil

 

°

 

la seinture

de la conductrice

 

°

 

jog du 8 novembre –

des genêts gênant

sa progression…

 

°

 

allumette, gentille allumette,

allumette, je te soufrerai

 

°

 

Fable : « l’apôtre et le pitre »

 

(l’épître de l’apôtre)

 

°

 

j’ai vécu

– je peux en témoigner –

le combat sans merci

entre une femme

et sa balance

 

°

 

« Désencombrer » *

« plus d’espace, de clarté,

de légèreté » !

 

: Dominique Loreau, L’Art de la simplicité – le mental, éd. Soliflor 2011, p. 131.

 

* son haïku… ( ? )

 

°

 

« C’est l’esprit

qui fait circuler la matière » *

 

: D. Loreau, op. cit., p. 133

 

* 5/7/5

 

°

 

vagues l’an vers l’an ver

 

°

 

le 5/7/5

sans l’esprit du haïku,

c’est lettre(s) morte(s)

 

°

 

vers inerte, …

 

°

 

où le souffle ?

où l’humour ?

 

°

 

Le sens de l’humour dans les haïkus de …, …, … ?

 

°

 

marchandises – morchandises – marchand’os …

 

°

 

Il pleut sur Nice (,)

du linge aux balcons (-)

( : 10 nov.)

 

°

 

(De Nice vers / juste avant Antibes : très longue plage :)

 

la mer rendue à la mer

(- et aux marins ?)

novembre gris sous pluie

 

°

 

Déboulonnons

les cuistres

(et les haïcuistres),

par Jupiter !

 

°

 

(No car-ticket :)

 

no fine ?

: just fine !

 

°

 

un haïcourt, c’est un éco-gnome ?

 

°

 

chassez l’artificiel,

il revient au trop !

 

°

 

Après Mai,

vint Juin

(…)

 

°

 

tra(ver)cer

 

°

 

un goulet d’étrangement

 

°

 

Lors de mon prochain voyage au Japon,

irai-je visiter

Foutu-Shima ?

 

°

 

quoi qu’essaie l’enfant,

la lune revient toujours

dans l’eau du seau

 

(En (re)voyant le film « Miel », de Semih Kaplanoglu, 2010)

 

/

 

dans le puits

le seau

de la lune

 

°