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« Le haïku au Sénégal » 6/6

1 mars 2017

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« Le haïku cerne une fraction d’instant qui se veut reflet d’infini. Il cristallise le monde de la nature et des émotions humaines. C’est une mélodie, mieux une harmonie entre la nature, d’une part, l’esprit, le coeur et le corps de l’homme, d’autre part. »

« Cette affinité avec la nature est l’essence même du haïku. »

« Les poètes de haïku sont aussi des peintres. Ils ont une prodigieuse aptitude à peindre les choses d’une manière si vivante que le lecteur demeure captivé par la justesse de l’observation. »

: Yoshitaka KAWAMURA, Ambassadeur du Japon au Sénégal, 2000.

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« A regarder de très loin on ne voit pas le sens secret des choses ni les rapports intimes qui les unissent. »

« Dire enfin le caractère éminemment universel de ces trois vers comme une valse à trois temps où Amour, Nature etEmotion mènent le bal. »

: Adam Sow DIEYE, professeur de lettres, 2000.

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« En art, plus les moyens sont élémentaires, plus la sensibilité apparaît. »

: Gustave MOREAU.

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« LE HAÏKU EST UNE PHILOSOPHIE » : Louis CAMARA, écrivain, 2000 :

« (…) Certes ces premiers haïkus sénégalais sont encore empreints de naïveté et pèchent parfois par excès de lyrisme. »

(…) Le haïku est une école de discipline, de maîtrise de soi, de simplicité, d’humilité, une méthode de formation de l’esprit ; c’est pourquoi son introduction dans notre système éducatif et scolaire ne pourrait qu’avoir des effets bénéfiques. De même, sa pratique dans nos langues africaines pourrait s’avérer fort positive pour ces dernières, car par leurs structures morphologiques, elles devraient pouvoir servir de moule adéquat à cette forme d’expression poétique unique en son genre. Je voudrais d’ailleurs à ce sujet vous lire un court poème appartenant à un genre particulier appelé Oriki en langue Yoruba :

La mouche perchée

Sur la calebasse de vin de palme,

Son abdomen éclate… 

En dehors de sa brièveté et de sa simplicité, d’autres similitudes de ce poème avec le haïku japonais, telles que la légèreté, la cocasserie ou même le sentiment nous paraissent évidentes. Précisons que ces notions de légèreté ou Karumi, de cocasserie ou Kokkei, et de sentiment ou sabi en sont essentielles dans la composition du haïku japonais.

(…) La pratique du haïku plus qu’un simple exercice de langage, est liée à un art de vivre, à une philosophie de la vie indissociable d’une forme de spiritualité.

(…) Notre époque est marquée par une sorte de folie de la vitesse et de la consommation faisant progressivement de l’homme un automate qui veut se rendre maître de la nature, la dominer, au lieu de vivre avec elle. Mais cela n’est pas nouveau. (…)

MATSUO Bashô :

Les gens du siècle

ne remarquent pas les fleurs

du châtaignier près du toit

(…) Voici ce qu’il disait à son disciple SORA : « Si parfaite que soit la technique, si tu es séparé de la chose même, tu ne produiras qu’une contrefaçon. »

(…) Le haïku, c’est avant tout la vérité qui surgit de la vie de tous les jours, et en particulier du silence. Cette vérité, (…) elle est dans ce que l’on voit, elle est dans ce que l’on entend. Elle ne nécessite pas une ascèse initiatique, mais seulement une vigilance de tous les instants, une permanente acuité des sens que l’on ne peut acquérir que par un entraînement de tous les jours. (…)

De KOBAYASHI Issa :

Un monde de douleur et de peine

alors même que les cerisiers

sont en fleurs…  »

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« HAÏKU : UN APPEL A LA SAUVEGARDE DE LA VIE », par Amadou LY, professeur de lettres, Université Cheikh Anta DIOP de Dakar, 2001 :

(…)

Le haïku est peut-être la façon la plus brève et la plus frappante de nous rappeler à notre devoir d’attention et de protection vis-à-vis des autres formes de vie, animale et végétale, avec lesquelles nous partageons notre planète et dont nous sommes les principaux prédateurs.

(…)

Le jury, pour cette fois, a tenu à privilégier le fond sur la forme, la pertinence du discours et son adéquation aux critères de la saison et du sentiment. Car un poème peut être formellement correct, et n’avoir que cette justesse prosodique comme richesse, alors qu’un autre, quelque peu boiteux, peut être riche de l’émotion qu’il suscite. »

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« LE THEME DE L’EAU DANS LE HAÏKU », par Adama Sow DIEYE, professeur de lettres, 2003 :

(…) Telle autre poète-femme dit la rareté de cette éclosion nocturne :

Etoile de pluie

ses pétales roses se déplient

fleur de baobab.

: Mme Macha SMYRNE, 2003 (116/136)

(…) Riches de notre diversité, tous conviés, écrit SENGHOR, au festin catholique ; à entendre, faut-il le préciser au sens étymologique : le festin du monde entier. »

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« L’Ambassadeur Sonoo UCHIDA avait bien senti que les germes du haïku allaient bien pousser dans le terreau fertile du Sénégal où le culte de la nature est une réalité. Le Sénégal, un pays alors dirigé par SENGHOR, un poète président. »

« Les trois dernières éditions du concours ont connu un succès remarquable grâce à un partenariat réussi entre Air France, l’hôtel Le Méridien Président et l’Ambassade du Japon. »

: Takashi SAITO, Ambassadeur du Japon au Sénégal, 2007.

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« Le haïku au Sénégal » 5/6

1 mars 2017

EPOPEE DU HAÏKU, par Abdou Anta KA, écrivain, dramaturge, 1991 :

(…) témoin de la plus belle aventure littéraire survenue durant ces dix dernières années dans son pays. A savoir l’introduction combien réussie du haïku au Sénégal, grâce, cela mérite d’être souligné, à l’action généreuse de l’Ambassadeur Sonoo UCHIDA, un diplomate certes, mais encore un haijin (…) qui publie sous le pseudonyme d’Ensei. Voici un de ses haïkus :

Je ferme les yeux

Tout l’univers est rempli

Du chant des oiseaux.

Déjà, en l’an 1979, l’un de vous a composé ce haïku qui a ému plus d’un connaisseur ou d’un simple lecteur comme moi :

Le lit craquelé

Du marigot évaporé

Rit tristement au soleil incendiaire.

: M. El Hadj Libasse DIOP (1/136)

(…)

Le Négro-africain affirme que toutes les créations humaines, végétales, animales sont les fils d’une même toile d’araignée. On ne peut en toucher un sans ébranler les autres.

En d’autres termes, la création est une et indivisible. Il n’y a pas d’opposition entre l’homme, l’arbre, l’animal. Mieux, entre ces existants, il y a des liens ou des correspondances, d’où l’unité entre l’homme et la nature, si chère aux pionniers du haïku.

Le mérite du haïku sera de rendre, en nous, plus vivante encore, la présence spirituelle de la nature. (…)

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« La naissance prochaine de l’Association des Haijins du Sénégal permettra de mieux impliquer des écrivains sénégalais au destin du haïku. » Mohamadou KANE, 1992.

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« Le sentiment de la nature est d’abord le bonheur par émerveillement devant les phénomènes cosmiques sans doute quotidiens mais pouvant avoir sur une sensibilité de poète une emprise exceptionnelle. »

Madior DIOUF, 1995.

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« Je me pose tout de même une question : pourquoi n’aurions-nous pas l’audace de faire des haïkus originaux en wolof, en sérère, en diola avec leurs traductions en français pour ceux qui ne comprennent pas nos langues nationales ? Je crois que ce serait une bonne idée. Nous devons nous approprier le haïku en l’enracinant dans notre culture authentique. Cela nous enrichira et nous enrichirons aussi le haïku à notre manière. »

: Ousmane SEMBENE, écrivain, cinéaste, 1995.

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« L’essence du haïku réside dans l’étonnement de la vie quotidienne. Il suffit tout simplement de voir autour de soi avec plus de sensibilité pour faire un haïku. »

: Tetsuo ITO, Ambassadeur du Japon au Sénégal, 1997.

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« Léopold Sédar SENGHOR a dit la valeur du haïku ; « le plus beau poème est celui où l’image, les images analogiques ont le plus de multivalence : de sens ».

« La poésie des profondeurs ne peut guère divorcer d’avec le réel concret si souvent prosaïque. »

: Madior DIOUF, 1998.

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(à suivre…)

 

« Le Haïku au Sénégal » 4/6

28 février 2017

Allocution de S.E.M. L’ambassadeur Manabu YAMAMOTO, 1984 :

(Le haïku) cette forme poétique typiquement japonaise mais comparable, à bien des égards, à une certaine poésie africaine traditionnelle (…) Le haïku s’est donc bien installé au Sénégal comme un événement culturel saisonnier

(…) le haïku a contribué à susciter et à raffermir l’amour de la nature qui est déjà une essence de l’âme humaine.

(…) Comme vous le savez, il s’agit d’un poème très court, évoquant simplement l’unité de l’homme et de la nature, donc né de la contemplation des paysages et des facettes de la vie quotidienne.

(…) l’exercice du haïku, qui est une combinaison harmonieuse de l’art et des aspects concrets de la vie quotidienne, nous offre des moments d’évasion bienfaisante.

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Allocution de S.E.M. L’ambassadeur Manabu YAMAMOTO, 1985 :

(…) Le haïku s’est bien installé au Sénégal, comme un événement culturel saisonnier, on peut bien l’affirmer aujourd’hui, à l’issue du 7e concours annuel. Il s’agit d’un haïku d’inspiration sénégalaise, reflétant la sensibilité créatrice des Sénégalais inspirés par la contemplation de leur propre environnement, par les facettes et les aspects concrets de leur vie quotidienne. Je me réjouis de constater que la voie du haïku est bien tracée, distinctement de celle du haïku japonais dont il n’est retenu ici, parmi les règles, que la concision et la référence à la nature dans un  sens très large.

(…) le haïku a ramené les Sénégalais à la vraie poésie, à la nature, aux vicissitudes de la vie…, sa brièveté le rapproche des genres poétiques traditionnels sénégalais et son expression imagée est très appréciée.

Ces appréciations mettant l’accent sur la contribution du haïku à la renaissance d’une poésie sénégalais de communion avec la nature (…)

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Le Haïku et la poésie populaire sénégalaise, par Amadou LY, professeur de Lettres à l’Université de Dakar, 1985 :

(…) les Sénégalais font de la poésie sans le savoir, en des formes variées, souples mais néanmoins contraignantes, et en toutes circonstances : baptêmes, circoncisions, mariages, funérailles, humbles et quotidiennes activités domestiques, chasse, pêche, cérémonies religieuses, lune, et même disputes et brouilles entre voisines, tout est prétexte à chansons, et donc à poésie.

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Le Haïku, un genre bien sénégalais, par Cheik Aliou NDAO, écrivain, 1987 :

(…) En insistant sur les saisons, le haïku souligne l’éternel recommencement, la marche du cycle des éléments dont l’homme est une partie. C’est ici que l’idée rejoint l’Afrique. Les poètes de chez nous se sont sentis à l’aise dans la conception d’une telle forme. Ne leur a-t-on pas appris depuis la tendre enfance les lois de solidarité qui lient toutes les composantes de la Nature ? Ne savent-ils pas que la pierre, le baobab, le soleil, l’animal protecteur du clan ont droit au même respect ?

(…) Le haïku aide (nos participants) à renouer avec leurs racines.

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Si l’émotion du poète est le point de départ du poème, nous conviendrons avec VALERY qu' »il ne s’agit pas tant d’être ému que d’émouvoir ».

: Adam Sow DIEYE (professeur de lettres de l’Université Cheikh Anta DIOP de Dakar), 1991.

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(à suivre…)

 

« Le Haïku au Sénégal » 3/6

27 février 2017

« SPECIFICITE DU HAÏKU SENEGALAIS », par Madior DIOUF (de l’ Université de Dakar), 1980 :

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Le haïku japonais est marqué par une extrême sobriété. La nudité, le silence et la sérénité comptent aussi parmi ses caractéristiques essentielles et renforcent son élégance. Il laisse donc beaucoup d’espace au lecteur.

(…)

Le haïku sénégalais reflète des sensibilités ethniques et régionales. Il s’agit de la richesse diversifiée de nos terroirs, du retour au pays natal. Il présente la sécheresse, le bois sacré, le vieux baobab qui protège de ses gigantesques doigts crochus la case au toit de chaume ou le grenier…

Les Sénégalais qui s’exercent au haïku ne sont pas seulement talentueux. Ils créent pour dire la différence qui les distingue des autres tout en les rapprochant.

(…)

Fondé sur l’évocation de l’unité de l’homme avec la nature et comportant obligatoirement un sentiment inspiré par la nature, le Haïku apprend aux hommes à regarder leur cadre de vie réel, à parler de la nature avec sincérité, bon goût et sens du concret.

(…)

Le quart des 119 poèmes présentés évoque la pluie qui constitue le premier thème par sa fréquence ; viennent ensuite la sécheresse, le soleil et les paysages d’eau…

(…)

le Haïku est un genre qui enseigne à regarder la nature. Et la création littéraire africaine a besoin de cette incitation ; l’Afrique habituellement ne chante pas la nature. (…) la littérature africaine d’hier et d’aujourd’hui n’exprime pas le sentiment de la nature alors que l’amour du terroir est très fort chez les Sénégalais par exemple, et les hommes d’Afrique en général

Les concurrents de 1980 révèlent aussi une autre intelligence du haïku. Ils ont compris l’importance, pour ce genre de poésie, du sens du concret. Le Haïku est un équivalent de l’arrangement floral. C’est un genre qui, par ses règles, produit des oeuvres qui s’adressent aussi bien aux yeux qu’à l’oreille et à l’esprit : l’imagination aidant, le Haïku saisit l’homme total. Pas besoin de correspondances ni d’images analogiques. Le réel à l’état brut suffit. »

(…)

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EVOLUTION DU HAÏKU AU SENEGAL

par Mohamadou KANE (de l’Université de Dakar) :

(…) Les candidats se recrutent dans une très large mesure parmi les jeunes, pour la plupart des lycéens et des étudiants ; ou bien, ce sont de ces adultes qu’une sorte de grâce poétique maintient dans une certaine jeunesse éternelle.

(…) Ils restèrent cependant prisonniers des idées du moment, et de certaines habitudes de la poésie africaine de langue française. Dans leur approche de la nature, on peut relever une certaine forme de cristallisation des sentiments et de mythification qui constituent autant de freins à la communion véritable. Les lauréats furent nombreux à ne lire dans la nature que les échos de la sécheresse ou le prolongement de la présence des ancêtres tutélaires. De prestigieux aînés avaient développé magistralement ces thèmes, et nombre de candidats ne purent sortir de ces sentiers battus.

(…)

Le haïku (…) c’est (…) l’adéquation de l’écriture, de la pensée et de la sensibilité.

(…)

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ALLOCUTION DE S.E.M. CHIYUKI HIRAOKA (Ambassadeur du Japon au Sénégal), 1981 :

(…)

au premier concours, 60 haijin (poète de haïku) ont proposé leurs oeuvres,  au second concours 140 et cette fois, je suis heureux de savoir que 366 personnes ont participé à notre concours. (…)

l’initiative de mon prédécesseur a une double signification : la première est symbolique en ce sens que le haïku, pour la toute première fois, est enseigné à des Africains, des Sénégalais en particulier, qui l’ont vite assimilé parce que partageant avec nous autres Japonais le goût de l’amour de la nature ; la deuxième signification est l’inauguration d’un domaine insoupçonné de véritables échanges culturels.

(…)

les Sénégalais en apprenant l’esprit du haïku, ouvrent leur coeur aux Japonais et nos deux peuples, à travers l’appréciation de la nature et l’expression spontanée de sentiments intimes universellement partagés, apprendront à mieux se connaître.

(…)

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LA LEçON POETIQUE DU JAPON

par Léopold Sédar SENGHOR (poète, Ancien Président de la République du Sénégal), 1983 :

(…) Si M. Sonoo UCHIDA a lancé le concours de Haïku, c’est qu’il avait senti, partie par situation, partie par expérience, les affinités existant entre la poésie japonaise et la poésie négro-africaine, singulièrement la poésie sénégalaise.

(…) Tandis que l’Europe met l’accent sur l’Idée et, partant, sur la logique, la clarté et l’efficacité, l’Afrique et l’Asie, singulièrement celle du Sud et du Sud-Est, le font sur le Sentiment, l’imagination et la vie.

(…)

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(à suivre… p. 51)

 

 

 

 

« Le Haïku au Sénégal, un regard sur deux civilisations : 1979-2007 » – 1/6

23 février 2017

Rédaction / copyright : Ambassade du Japon au Sénégal. Imprimerie Saint-Paul, mars 2007.

Je commence par la fin pour vous proposer quelques uns des « Poèmes des lauréats du Concours de Haïku 1979-2007 :

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4/136 :

Aveuglante est la poussière

du vent balayant

les feuilles mortes chantant sous nos pas…

: Charles Ely MOREAU, 1979.

12/136 :

Dans son ivresse

le ciel éclate en pluies

de rires et de sanglots.

: Mlle Khady BA, 1981.

14/136 :

Sur l’herbe verte

scintillant,

un collier doré se prélassait.

: Mlle Atté DIOP, 1981.

15/136 :

Verse ! Ô nuit noire ;

verse de longues ondées,

le Sahel veut boire.

: M. Ndiogou SAMB, 1981.

17/136 :

Virevoltant dans l’harmattan,

tu dodelines de la tête,

libellule verte.

: Mlle Hafsatou SALL, 1981.

18/136 :

A cris entrecroisés,

dans l’étendue du crépuscule,

un jet d’hirondelles explose.

: M. Alain MORNU, 1982.

25/136 :

Cheveux du filao

noirs sur le rouge du soir

tristesse du couchant.

: M. René FERRIOT, 1983.

26/136 :

Orange flambée

servie sur une coupe dorée

délice du soir.

: M. Birahim NIANG, 1983.

30/136 :

Derrière la vitre

les danses échevelées

des joyeuses gouttes.

: Mlle Awa DIOP, 1984.

31/136 :

Un concert de crapauds

envahit les ténèbres

et les étoiles se cachent.

: M. Ibrahim KANE, 1984.

33/136 :

Cheveux longs, plis verts

sur la plaine,

l’herbe ondule.

: M. Nicolas FAYE, 1985.

34/136 :

Dans l’azur immaculé

les arabesques changeantes

d’un flamant rose.

: Mlle Seynabou WADE, 1985.

40/136 :

La ménagère frotte ses yeux

que pique la fumée

dans le foyer encore sombre.

: M. Jean Bernard MANGA, 1985.

41/136 :

Un quartier de lune dansait

au fond du puits

troublé par le seau de la ménagère.

: M. Joseph DIOH, 1985.

46/136 :

La porte lentement

s’ouvre sur l’embrasement

d’un vieux flamboyant.

: Mlle Anta LABERY, 1987.

53/136 :

Un amas brumeux

couvre la flore jaune,

les criquets crépitent

: M. Ousmane CISSE, 1989.

55/136 :

Dans notre ciel bleu

une sombre cavalerie

mène le désastre

: M. Ibrahima DIOP, 1989.

58/136 :

Sur le baobab

dans l’obscurité, vogue

la lune… pirogue !

: M. Hermann De VRIENDT, 1989.

62/136 :

Demeure des esprits

Cimetière des griots

Baobab mythique.

: M. Joseph Cyprien DIOH, 1989;

73/136 :

Un oiseau s’agrippe,

la branche danse et remue,

des larmes ruissellent.

: M. KEBSON, 1992.

89/136 :

Dans mon lit blottie

l’odeur de la terre mouillée

me comble de bonheur.

: Mlle Oumy Marguerite NIANG, 1994.

90/136 :

Rafales de boue !

les tam-tam de l’ouragan

rythment le déluge.
: M. Macodou DIENE, 1994.

96/136 :

Les fleurs sourient nues,

l’air embaumé sur leurs seins

sucrés bourdonne.

: M. Ousmane SENE, 1998.

97/136 :

Le paon en émoi

ouvre son bel éventail

au soleil levant.

: Mlle Ramatoulaye WADE, 1998.

101/136 :

Ploc ! voilà la pluie

je m’amuse à avaler

toutes les gouttes.
: Mlle Caroline MAPEL, 1998.

109/136 :

Baobabs ardents

branches de corail surgies

du sol-océan.

: M. Rémy TISSIER, 2001.

122/136 :

Soleil en furie,

le riz doré embrase

le coeur du paysan.

: M. Youssou DIAGNE, 2005.

125/136 :

Tout de pourpre vêtu,

le rutilant flamboyant

salue le soleil.

: Mlle Coumba Samb SARR, 2005.

127/136 :

Un joyeux héron

au bord d’une fenêtre

tout hérissé de blanc.

: M. Guillaume GIL, 2005.

Préfecture de Ehimé

Festival Culturel National du Japon

Concours International de Haïku :

1/2 :

Dans les balafres

du baobab s’incrustent

les silences de la nuit.

: M. Samba TALL, 1990

Lauréat du 2e Prix Haïku en Français.

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(à suivre…)

 

 

Le concept de « ma » (« (l’)entre »), dans la musique (… et dans la poésie de Yosano Akiko):

22 février 2017

« La musique japonaise possède un mot pour cet endroit de silence entre les sons : « ma« , littéralement « (l’) entre ». On considère que c’est en général un concept ésotérique, mais Didier Boyer, un critique et musicien contemporain qui vit au Japon, l’évoque vividement dans sa description du jeu du musicien de jazz Paul Bley :

« Dans une veine semblable à celle de Thelonius Monk, Bley semble vraiment couper ce qu’il juge inutile dans son langage musical. Maintes et maintes fois, il souligne l’espace qui sépare deux sons consécutifs. Il permet au dernier son de résonner jusqu’à sa toute fin, plutôt que de remplir l’espace qui le sépare du suivant avec des notes sans signification.

La musique, comme la nature, n’a pas peur du vide, et ce blanc, dûment annoté sur la partition, est ainsi traité comme un autre élément musical. Dans la musique qu’il joue, cette vacuité, cette absence de son, ou plutôt cet intervalle de temps entre deux sons, est en réalité plein de vie. C’est le moment où l’auditeur réalise soudain qu’il est entré dans le monde du musicien, et que les moments entre les notes deviennent des occasions d’entrer dans la musique et d’y voyager. Dans ces moments, le sens du son devient clair comme du cristal. » (dans : « The Poetry of Free-style Jazz Constantly Pushing the Limits » , »La poésie du jazz de-style-libre repoussant sans cesse ses limites », in The Japan Times, 29/5/1999.)

Le jeu de Bley, ainsi décrit, possède une simplicité délibérée qui, en surface, semble assez différente de la poésie d’Akiko YOSANO (1878-1942). Cependant la brièveté du tanka est en elle-même une sorte de simplicité et de minimalisation, et les poèmes en coups de pinceau d’Akiko permettent l’espace entre eux pour annoter le silence. »

: Janine Beichman, in Embracing the Firebird, Ed. de l’Université d’Hawai’i (Honolulu), 2002.

(tr. D. Py).

« So Happy to see Cherry Blossoms »

27 janvier 2017

Haïkus de l’Année des Grand tremblement de terre et raz-de-marée, anthologie par Madoka Mayuzumi, Ed. Red Moon Press, 2014 :

ABE Ryûsei (11 ans, ville de Yamada, Iwate) – 48 :

Je suis si content de voir les fleurs de cerisier à pleine maturité *

ce haïku donna à Madoka Mayuzumi le titre de son anthologie : « So Happy to see Cherry Blossoms », (Haïkus de l’Année du Grand Séisme et du Grand Tsunami), Red Moon Press, 2014.

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AKAGAWA Seijô (86 ans, Sendai, Miyagi) – 75 :

condoléances pour le séisme même du saké doux dans le colis

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AMI Takao (66 ans :Sendai, Miyagi) – 62 :

La mer s’étant calmée je verse du jeune thé *

« Shincha » (« nouveau thé ») renvoie au thé cueilli à la fin du printemps et mis sur le marché au début de l’été.

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ARA Fumiko (91 ans : Village d’Iitate, Fukushima) – 30 :

froid printanier douloureux d’évacuer à 90 ans

– 95 :

Même pendant l’évacuation les répliques continuent jusqu’au Festival d’O-Bon

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ARA Kazuko (63 ans, de Minamisôma, Fukushima) – 50 :

Au quartier des affaires frappé par le désastre viennent les hirondelles

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EBIHARA Yuka (44 ans : Minamisôma, Fukushima) – 34 :

désastre du séisme débris empilés sur la Colline des Fleurs

– 97 :

La lumière de la pleine lune enveloppe lentement un village dépeuplé

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FUNAHASHI Matsuko (59 ans : Minamisôma, Fukushima) – 61 :

le train abandonné sur sa voie la pluie de mai

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GORAI Shôko (78 ans, Minamisôma, Fukushima) – 67 :

Evacuée la maison vide murmure de jeunes hirondelles

– 90 :

A Tanabata * « Je veux maman » dit un enfant de victimes

* Tanabata, un des cinq festivals sacrés du Japon.

G.S : « Un garçon de quatre ans qui perdit ses parents dans le raz-de-marée dit « Je veux maman », quand on lui demanda quels étaient ses souhaits pour les parures de Tanabata. »

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HATTORI Nami (64 ans, Shiogama, Miyagi) – 17 :

Panne dans la cuisine seule une lune trouble

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HAYANO Kazuko (81 ans, ville d’Iwaizumi, Iwate) – 101 :

ville natale près de la plage après tout de nouvelles pommes de pin

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HIRAMA Chikuhô (89 ans, ville de Shibata, Miyagi) – 82 :

sous le soleil brûlant un bateau flotte sur un monceau de débris

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HOSHIZORA Maiko (18 ans, Kesennuma, Miyagi) – 111 :

l’année qui s’achève cette année je n’ai que trop pleuré

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KAWABATA Michiko (80 ans, Ishinomaki, Miyagi) – 92 :

au pays des séismes des voix allègres pleines de soleil automnal

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KIKUTA Tôshun (84 ans, Kesennuma, Miyagi) – 110 :

en récupération dans un camp provisoire le saké est chaud

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KOIDE Toshie (75 ans, Minamisôma, Fukushima) – 108 :

enroulant un enfant dans une seule couverture la nuit du raz-de-marée

– 58 :

Les hirondelles n’ont pas oublié la maison endommagée

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KOIKE Michiko (41 ans, de Miyako, Iwate) – 43 :

amassant la boue à la pelle rejetant la boue à la pelle lueur du soir de printemps

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KONNO Eiko (69 ans, Fukushima, Fukushima) – 70 :

emporté un bateau de pêche reste là dans le champ estival

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KÔRI Ryôko (77 ans, Minamisôma, Fukushima) – 71 :

à Fukushima les humains ne peuvent plus vivre les herbes prospèrent

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MIYAKI Mieko (63 ans, Minamisôma, Fukushima) – 68 :

Evacués mère et fils sortent voir les lucioles

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MORI Mikiko (40 ans, Kesennuma, Miyagi) – 98 :

Sur le pays dévasté la lumière de la lune brille franchement

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OKADA Akiko (78 ans, de Tagajô, Miyagi) – 44 :

comme en rampant une autre réplique arrive dans l’obscurité printanière

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ÔMIKA Chieko (85 ans, Minamisôma, Fukushima) – 100 :

Avec le désastre difficile à cerner le froid qui s’insinue

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SAITÔ Kazuko (82 ans, de Sendai, Miyagi) – 52 :

en moi les répliques sont venues habiter profond printemps

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SAITÔ Keisui (77 ans, ville de Yamamoto, Miyagi) – 40 :

Il ne reste que des débris dans ma ville natale la montagne sourit *

* Le mot de saison, « yama warau », « la montagne rit », « la montagne sourit » désigne le printemps. Il provient de la première ligne d’un poème chinois écrit par le peintre « de montagne et d’eau » Guoxi (1023-1085) :
la montagne de printemps est simple-sensuelle, comme si elle souriait **

(…)

** Le caractère chinois pour « rire », « sourire », signifie également « fleurir ».
N.B. : Nombre de kigos japonais proviennent du chinois (voir aussi un article récent sur https://haicourtoujours.wordpress.com/, à ce sujet).

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SAKAKIBARA Kôji (35 ans, Morioka, Iwate) – 115 :

dans un port alignés pour une prière silencieuse le Premier jour de Travail

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SATÔ Isao (69 ans : village de Noda, Iwate) – 63 :

resté maintenant seul, cette brise odorante

– 107 :

se regroupant autour de lampes provisoires l’hiver commence

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SATÔ Kuniko (79 ans, Minamisôma, Fukushima) – 16 :

les vagues du printemps en partant avalent mon village

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SATÔ Nobuaki (77 ans, Iwanuma, Miyagi) – 74 :

Tenant un pot de roses elle déménage dans une maison de fortune

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SHIGA Atsuko (78 ans, Minamisôma, Fukushima) – 27 :

Où je suis venue fuir les radiations les pissenlits jaunes

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SHIGA Hideki (81 ans, village de Kawauchi, Fukushima) – 65 :

un seul pin dans le raz-de-marée du siècle debout, vert

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TAKAE Sueko (77 ans, Minamisôma, Fukushima) – 89 :

les rails d’acier de la ligne désaffectée rouillant : vulpins *

queues de renard.

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TAKAHASHI Aiko (83 ans, Minamisôma, Fukushima) – 94 :

Père Mère au travers de violents séismes je lave leur tombe

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TAKANO Mutsuo (64 ans, ville de Tagajô, Miyagi) – 45 :

sur la quille du bateau retourné les fleurs de cerisier n’arrêtent pas

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YOKOTA Kiichi (83 ans, village de Kawauchi, Fukushima) – 93 :

Pour Tanabata je souhaite seulement que l’évacuation soit suspendue

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YOSHIDA Keiko (70 ans, ville de Shibata, Miyagi) – 51 :

Les cerisiers fleurirent et se dispersèrent avec les enfants qui ne reviendront pas

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YOSHINO Hiroko (38 ans, ville de Namie, Fukushima) – 15 :

froid printanier et la maison et la voiture emportées

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« Seule compagne » – wakas – 6/6

21 octobre 2016

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Ryôkan:

(1758-1831) moine de la branche Soto du Zen. Bien que véritable maître de Zen , il ne prit jamais la tête d’un temple, vivant plutôt de son bol de mendiant et de protecteurs, marchant à travers la « campagne de neige » du nord-ouest de la province de Niigata. Calligraphe renommé, on dit qu’il pouvait également faire rebondir une balle en soie d’enfant plus haut que n’importe qui. Il prit le nom Zen de Daigu, ou Grand Idiot. La plupart de sa poésie et de sa calligraphie semble avoir été spontanée et offerte. En plus de ses poèmes en chinois, ses haïkus et ses tankas, il est célèbre pour avoir écrit sur un cerf-volant, lors d’un de ses voyages, un poème de deux lignes et quatre mots : « au-dessus des cieux / de grands vents ». Dans sa vieillesse il tomba amoureux d’une jeune nonne avec qui il échangea des poèmes d’amour. Il finit sa vie comme gardien d’un sanctuaire Shinto.

Katami tote / nani ka nokosan / haru wa hana / natsu hototogisu / aki wa momijiba

What might I leave you / as a last gift when my time comes? / Springtime flowers, / the cuckoo singing all summer, / the yellow leaves of autumn.

Que pourrais-je vous laisser

comme dernier cadeau, mon heure venue?

Des fleurs au printemps,

le coucou chantant tout l’été,

les feuilles jaunes de l’automne.

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Yosano Akiko:

(1878-1942) une auteure prolifique de poésie, de nouvelles, d’essais, de contes, de traductions, et d’une autobiographie. Elle était à la pointe du mouvement pour les droits des femmes. Son livre le plus célèbre est un recueil de tankas principalement érotiques publié en 1901, Midaregami (« Cheveux emmêlés »).

Yuagari o / mikaze mesuna no / waga uwagi / enjimurasaki / hito utsukushiki 

Following his bath, / I gave my handsome lover / my best purple robe / to keep him from the cold. / He blushed, and was beautiful.

Après son bain,

j’ai donné à mon bel amant

ma plus belle robe pourpre

pour le protéger du froid.
Il rougit, et il était beau.

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Saigyô:

Yami harete / kokoro no sora ni / sumu tsuki wa / nishi no yamabe ya / chikaku naruran

The mind is all sky, / the heart utterly empty, / and the perfect moon / is completely transparent / entering western mountains.

L’esprit est entièrement ciel,

le coeur est totalement vide,

et la lune parfaite

est complètement transparente

en pénétrant les montagnes de l’ouest.

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Dans le waka, le langage est la plupart du temps simple; il utilise certains mécanismes comme le « mot oreiller »  ou « makura kotoba » (épithète fixe), et « mot de coupe » ou « mot pivot », kakekotoba, un jeu sur les mots à base d’homophones, créant des sens pluriels; sa thématique est restreinte; et il dépend plus de la qualité émotionnelle que du simple caractère.

Bien que les anciens poètes japonais fussent imprégnés de poétique chinoise, le tanka garda un caractère essentiellement japonais, assez différent des formes poétiques classiques chinoises plus courtes en quatre lignes de 5 ou 7 caractères.

Le haïku  en trois lignes et 17 syllabes, doit probablement plus aux versets chinois qu’au tanka. Ce pourrait être le résultat d’avoir allongé la deuxième ligne de quelques syllabes, puis de laisser tomber complètement la troisième ligne, en utilisant le « mot de coupe » pour établir la conception d’une évocation infinie.

Mis en perspective historique, le haïku est au mieux une forme de poème mineure associée à juste titre avec la littérature du Zen. Le tanka, lui, a été la forme poétique nutritive de la poésie japonaise depuis plus de mille ans.

Dans la traduction, seule la pensée survit. (Pas la forme « rigide »).

Les poètes des origines ne se restreignaient pas à une mesure syllabique absolue; quelques tankas peuvent varier jusqu’à autant que 4 ou 5 syllabes.

La poésie japonaise est brodée d’échos et de paraphrases appelés honkadori.

Le poème (de Saigyô : Sora ni naro…) nous ramène au monde réel, un  monde articulé en quelques idées essentielles nobles et simples.

… le moment éphémère pris dans le cadre temporel infini du poème. Mais (le brame du cerf, le chant du rossignol, la neige sur les fleurs de prunier…) ne sont pas des symboles. La lune est la lune.

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Fujiwara no Ietaka (1158-1237) établit le « sentiment intensément sincère » (ushin) comme un aspect important du « style noble » qui domina l’orthodoxie poétique tout au long de la période médiévale.

Fujiwara Shunzei (1114-1204) un des poètes les plus importants du Shinkokinshû, était un ami proche et professeur de Saigyô, et un critique influent, crédité d’avoir promu la qualité du yugen, un « sentiment esthétique non exprimé explicitement », ou le sens sombre du mystère qu’on trouve souvent dans la peinture de sumi, et d’avoir ajouté l’élément de sabi, la solitude essentielle, à ses wakas.

Mibu no Tadamine (vers 920), un des compilateurs Kokinshû, est généralement crédité d’avoir introduit l’idée de yugen, (« sentiment esthétique non exprimé directement ») dans la poésie japonaise.

Motoori Norinaga (1730-1801), un desz plusgrands érudits du Japon, et son commentaire du Conte du Genji reste un monument.Il préconisa une poétique se fondant sur le Kokinshû du Xè siècle, soulignant la qualité du mono no aware, la beauté des moments provisoires.

Ono no Komachi (milieu du IXè siècle), seule femme faisant partie des « six génies poétiques ». Aristocrate de grande beauté. Sa poésie est particulièrement appréciée pour son emploi du mot « de coupe » ou « pivot » (kakekotoba).

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« Seule compagne » – wakas – 5/6

20 octobre 2016

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Ikkyû Sôjun:

(1394-1481) un des plus grands poètes et maîtres Zen de toute la littérature japonaise. Nommé à la tête du gigantesque complexe du temple Daitokuji, à Kyoto, il y régna neuf jours avant de dénoncer l’hypocrisie des moines et de les inviter à débattre leurs différents « dans les bordels et maisons de saké » où on pouvait le trouver. Grand musicien, il fut aussi l’un des plus grands calligraphes. A soixante-dix ans il tomba amoureux d’une chanteuse aveugle de quarante ans plus jeune que lui et scandalisa la communauté bouddhiste en l’hébergeant dans son temple. Il revint au Daitokuji pour superviser sa reconstruction après un terrible incendie. Lui et son entourage contribuèrent grandement à approfondir la culture japonaise: son ami Murata Shuko était le théoricien principal de la cérémonie du thé; son ami Iio Sôgi était le plus grand maître des versets liés; son ami Komparu Zenchiku apporta le Zen dans le théâtre Nô; l' »Ecole de Sôgi » de peinture était constituée entièrement d’élèves d’Ikkyû, et il révolutionna la musique du shakuhachi (flûte en bambou).

Hajime naku / owari mo naki ni / waga kokoro / umare shisuru / mo ku no ku nari

Without beginning, / utterly without end, / the mind is born / to struggles and distresses, / and dies — and that is emptiness.

Sans début,

totalement sans fin,

l’esprit est né

pour les luttes et les détresses,

et meurt — et c’est le vide.

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Ikkyû Sôjun:

Tsuyu to kie / maboroshi to kie / inazuma no / kage no gotoku ni / mi wa omou beshi

Like vanishing dew, / a passing apparition / or the sudden flash / of lightning — already gone — / thus should one regard one’s self.

Comme de la rosée s’évanouissant,

une apparition rapide

ou l’éclair soudain

d’un orage — déjà passé —

ainsi devrait-on se considérer soi-même.

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Ikkyû Sôjun:

Tsuki wa ie / kokoro wa nushi to / miru toki wa / nao kari no yo no / sumai naru keri

The moon is a house / in which the mind is master. / Look very closely: / only impermanence lasts. / This floating world, too, will pass.

La lune est une maison

dans laquelle l’esprit est le maître.

Regarde très attentivement:

seule l’impertinence dure.

Ce monde flottant, aussi, passera.

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Ikkyû Sôjun:

Kokoro towa / ikanaru mono wo / iu yaran / sumie ni kakashi / matsukaze no oto

And what is mind / and how is it recognized? / It is clearly drawn in sumo ink, the sound / of breezes drifting through pine.

Et qu’est-ce que l’esprit

et comment le reconnaît-on?

Il est clairement tracé

à l’encre sumi, le son

de brises passant à travers les pins.

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Sôgi:

(1421-1502) fut un maître du renga (versets liés) dont les journaux de voyage furent une source d’inspiration et un  modèle pour Bashô (particulièrement pour le Oku no hosomichi, ou Le chemin étroit vers l’intérieur). Son nom est lié pour toujours à l’île de Kyushu (qu’il appelait par son nom ancien de Tsukushi) et de la Frontière septentrionale de Shirakawa.

Nagakeji yo / mono yo wa tare mo / uki tabi to / omoinasu no no / tsuyu ni makasete

Everyone’s journey / through this world is the same, / so I won’t complain. / Here on the plains of Nasu / I place my trust on the dew.

Le voyage de chacun

à travers ce monde est semblable,

alors je ne me plaindrai pas.

Ici, dans les plaines de Nasu

je me fie à la rosée.

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Sôgi:

Onozukara naru / kotowari o miyo / yadosu to mo / mizu wa omowanu / tsuki sumite

To each thing its own / true deepest inner nature: / water does not think / of itself as the consort / of the bright moonlight it hosts.

A chaque chose sa propre

véritable nature interne la plus profonde:

l’eau ne pense pas

qu’elle est l’épouse

de l’éclatant clair de lune qu’elle accueille.

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Sôchô:

(1448-1532), élève et compagnon de Sôgi pendant plus de 40 ans, adepte d’Ikkyû, auteur de journaux de voyage qui influencèrent Bashô et d’autres. Si ses renga sont moins policés que ceux de Sôgi, son esprit est plus original. Comme Ikkyû il faisait un pied-de-nez aux conventions, étant le père de deux enfants bien qu’appartenant à une secte célibataire Shingon.

Ika ni sen / mono kakisusabu / te wa okite / hashi toru koto to / shiri noguu koto

Now what can I do? / My writing hand in a cast / is useless — / can’t manipulate chopsticks, / can’t even wipe my ass!

Maintenant que puis-je faire?

ma main qui écrit dans un plâtre

est inutile —

ne peut pas manipuler les baguettes

ne peut même pas torcher mon cul!

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(à suivre…)

 

« Seule compagne » – wakas – 4/6

20 octobre 2016

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Jusammi Chikako:

(vers 1300), courtisane, et disciple de Kyôgoku Tamekane. Son poème dans ce livre est tiré de la 14ème anthologie impériale, Gyôkuyôshû (vers 1313).

Nobe toki / obana ni kaze wa / fukimichite / samuki yubi ni / aki zo kureyuku

From over the moors, / the wind stirs the pampas grass / along this narrow road, / and the evening sun grows cold, / and autumn begins to close.

De sur les landes,

le vent agite l’herbe des pampas

le long de cette route étroite,

et le soleil du soir se refroidit,

et l’automne commence à partir.

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Kyôgoku Tamekane:

(vers 1252-1316) soeur aînée de Kyôgoku Tamekane, connue principalement pour ses poèmes d’amour.

Tori no michi no / ato naki mono o / omoitachite / hitori shi nakedo / hito shirameya mo

Like a bird’s sky-road / which leaves no trail in the air, / my life, too, shall go / unnoticed, and if I cry, / will anyone know or care?

Comme la route céleste d’un oiseau

qui ne laisse aucune trace en l’air,

ma vie aussi partira

sans qu’on s’en aperçoive,

et si je pleure,

qui saura ou se souviendra?

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Kyôgoku Tamekane:

Koto no ha ni / idete urami wa / tsukihatete / kokoro ni komuru / usa ni narunuru

Once my bitterness / has found its way into words, / it dissipates, / running deep into my heart, / anger replaced by sadness.

Une fois que mon amertume

a trouvé son chemin de mots,

elle se dissipe,

courant profondément dans mon coeur,

la tristesse remplace la colère.

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Kyôgoku Tamekane:

Ika narishi / hito no nasake ka / omoiizuru / koshitakata katare / aki no yo no tsuki

Sometimes I wonder / what thoughts, what feelings he knew / as he was leaving. / Telle me what you remember, / poor cold, silent autumn moon.

Quelquefois je me demande

quelles pensées, quel sentiments il avait / en partant. / Dis-moi ce dont tu te souviens,   / pauvre lune froide et silencieuse d’automne.

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Kyôgoku Tamekane:

Ume no hana / kurenai niou / yûgure ni / yanagi nabikite / haruzame zo furu

De pâles fleurs de prunier

parfument subtilement le soir,

tissant l’ombre et la lumière.

Les saules étirent leurs doigts.
Les pluies de printemps continuent de tomber.

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Kôhô Kennichi:

(1241-1316) fils de l’Empereur Go Saga. Membre du groupe Gozan (Cinq Montagnes) de poètes Zen à Kyoto, contribua à plusieurs anthologies impériales, et professeur de Musô Soseki.

Ware dani mo / sebashi to omou / kusa no io ni / nakaba shashiiru / mine no shiragumo

Here in a thatched hut / hidden among mountain peaks, / with barely room for one, / I’m suddenly invaded / by wandering white clouds

Ici dans une chaumière

cachée au milieu des pics montagneux,

avec à peine assez de place pour un seul,

je suis soudain envahi

de nuages blancs errants

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Musô Soseki:

(1275-1351) fut, avec Saigyô, Ikkyû et Ryôkan, un des grands poètes Zen de toute la littérature japonaise. Sous la férule de Kôhô Kennichi, il atteignit l’éveil en 1305. Il fonda le Temple Tenryu, à l’ouest de Kyoto, en 1339.

Furusato to / sadamuru kata no / naki toki wa / izuku ni yuku mo / ieji nerikeri

Sometimes, while wandering, / when I cannot find which road / leads back the way I came, / the road goes anywhere, / and anywhere at all is home.
Quelquefois, errant,

quand je ne peux pas trouver quel chemin

retourne d’où je suis venu,

le chemin va n’importe où,

et n’importe où est chez soi.

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(à suivre…)