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« Le Haïku au Sénégal… » 2/6

23 février 2017

(suite)

Plutôt que de faire un topo général , je vais simplement donner quelques extraits des (nombreuses) interventions qui forment les 4/5 de ce livre, dans l’ordre de lecture :

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De l’avant-propos de  l’ambassadeur du Japon au Sénégal, S.E.M. Takashi SAITO (2007) :

« Avec des mots simples et bien agencés qui concentrent l’inspiration et donnent le rythme, le haïku, poème des saisons, fixe l’instant éphémère et l’image unifie l’événement, la circonstance, les sensations et les sentiments. Il indique aussi la présence subtile de l’être. Un haïku réussi est, pourrait-on dire, une esquisse adroite surgie de la créativité vivace du poète pour qui « l’extase sublime de l’âme » est à chaque instant possible.

Au Japon comme au Sénégal, le haïku est un mélange de beaux paysages colorés, de parfums délicats et de sons variés qui donnent des sensations vivifiantes. Le haïku caractérisé aussi par l’instantanéité est un véritable moment de synergie entre le poète et son environnement comme les autres arts du Japon tels le nô, la calligraphie, la cérémonie du thé et l’art des jardins en procurent subtilement.

(…)

Je suis persuadé que de nouveaux horizons vont s’ouvrir et que l’univers du haïku va s’élargir davantage au profit de l’amitié et de la paix dans le monde.

(…)

La parution de cet ouvrage (…) est une belle concrétisation des échanges culturels entre le Japon et le Sénégal.

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D’Akira NAKAJIMA, Ambassadeur du Japon au Sénégal , extrait de son article : « L’Afrique et le Japon vus par Senghor » :

« En 1979, l’année même de la visite officielle de SENGHOR au Japon, Sonoo UCHIDA, ambassadeur du Japon au Sénégal (poste qu’il occupa entre juillet 1977 et janvier 1981) organisa dans ce pays un premier Concours de Haïku. L’ambassadeur UCHIDA oeuvra aussi pour la diffusion de ce genre poétique, notamment en écrivant une série de plus de vingt articles critiques sur le Haïku en général et Bashô en particulier (ces articles parurent dans le quotidien Le Soleil entre octobre 1978 et janvier 1981). Par la suite, en 1983, SENGHOR lui-même fut invité à assister à ce concours. (…) Au cours de la conférence qu’il donna à cette occasion, SENGHOR félicita Chiyuki HIRAOKA (qui succéda à Sonoo UCHIDA comme ambassadeur – entre janvier 1981 et nov. 1983) d’avoir insisté sur la nécessité de respecter en langue française le nombre exact de syllabes (5/7/5) qui composent le haïku. Lui même était bien placé pour savoir combien le rythme est essentiel en poésie. (…)

(2006)

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De S.E.M. Sonoo UCHIDA, précurseur et initiateur du haïku au Sénégal et premier organisateur du concours de haïku en 1979.

(L’Ambassadeur UCHIDA est actuellement (en 2006) le Président de l’Association Internationale de Haïku qui regroupe une vingtaine d’associations à travers le monde.)

« A nos amis amateurs de Haïku au Sénégal. »

(…) Selon le premier président du jury, le professeur KANE, ancien doyen de la faculté des Lettres de l’Université Cheikh Anta Diop, le Haïku qui se compose avec des mots courts pour exprimer sa sympathie avec la nature, s’apparente ainsi à la tradition de la poésie classique sénégalaise.

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De Samba TALL, employé à l’Ambassade du Japon au Sénégal, et Lauréat du Concours International de Haïku organisé en 1990 par la préfecture d’Ehimé dans le cadre du Festival Culturel National du Japon) : « 25 années de haïku au Sénégal (1979-2005) » :

« Poème des saisons, précis, simple et raffiné, il traduit l’instant qui unit intimement le monde de la nature et celui des émotions humaines.

(…)

Au cours de ces 25 années, le Concours de Haïku, organisé par l’Ambassade du Japon avec la collaboration de l’Université Cheikh Anta DIOP de Dakar et dont la 20e édition a eu lieu en 2005, a permis aux nombreux participants de maîtriser les règles et de comprendre l’univers, l’essence et l’ambiance du haïku. (…)

Le Haïku est aujourd’hui enseigné dans les collèges et lycées comme un genre poétique caractérisé par la référence à la nature, la spontanéité, la simplicité, la concision et la rigueur. Il illustre des cours de littérature, au même titre que les poèmes classiques africains et français.

A propos du Concours de Haïku :

Après de nombreux voyages d’études aux quatre coins du Sénégal, à la recherche des origines du patrimoine culturel sénégalais et ouest-africain, l’Ambassadeur Sonoo UCHIDA comprend que les Sénégalais ont un amour et un respect profonds pour la nature, fondés sur les valeurs engendrées par leurs croyances et leurs religions traditionnelles, bien avant l’Islam et le Christianisme.
Il comprend aussi que les Sénégalais ont une croyance vivace en la force et au pouvoir spirituel du mot et de la parole, et, de plus, qu’ils ont l’habitude de composer des poèmes et des chants courts pour mettre en exergue leurs valeurs, traduire leurs sentiments et aussi leur sens esthétique. Ces chants de travail et poèmes gymniques valorisent l’honneur, le courage, l’effort, l’abnégation, etc.

(…)

En 1979, le premier Concours de Haïku a été organisé au Sénégal. La moisson a été très bonne. 60 participants dont des écrivains connus et des professeurs d’université ont proposé plus de 600 poèmes. (…)

Le haïku devenant de plus en plus populaire, et ses règles étant mieux maîtrisées, des thèmes comme le soleil couchant, l’hivernage, la jeunesse et la nature, l’aube, le jardin et la maison, la mer et le soleil, ont été proposés aux participants des concours suivants.
En 2005, plus de 700 personnes ont participé au 20e Concours de Haïku. Parmi elles, des amateurs de Haïku de France et du Canada. Des Sénégalais vivants aux Etats-Unis, en Mauritanie et au Kenya ont participé aux concours précédents. Le monde du Haïku s’élargit. »

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De Sonoo UCHIDA : « Historique du haïku » (1980) :

(…)

La langue japonaise, mélodieuse, à la manière de l’italien, se prête volontiers à la poésie légère et allusive parce qu’elle est surtout émotive et phonétiquement pauvre, ce qui favorise et multiplie les jeux de mots et les sens possibles.

(…) « Hokku », « Haikai » et « Haïku », noms qui évoquent la vivacité de ces petites pièces écrites en langue vulgaire (…)

Les vers ne doivent pas briller d’un éclat trop vif ; ils doivent revêtir un aspect naturel, discret, une teinte semblable à la patine des âges. (…)

Chaque année, à la mi-janvier, une très importante manifestation poétique appelée UTAGOKAI-HAJIME est organisée au Palais impérial, à Tokyo. « UTAGO » signifie « poète » ou plus généralement « écrivain » et « HAJIME » signifie « début » ou « commencement ». Cette cérémonie marque l’ouverture de l’année poétique au Japon. C’est une sorte de Concours national de Haïku, et des dizaines de milliers de Japonais y participent. La lecture de leurs poèmes devant les membres de la famille impériale et les plus hauts dignitaires japonais est la seul récompense des lauréats.

ORIGINE DU HAÏKU

(…)

A la période médiévale, le jeu de la composition d’un tanka par deux poètes devint populaire et fut appelé renga, c-à-d. un jeu de poèmes liés. (…)

Au cours des temps, le système s’est développé pour prendre la forme de poèmes en chaîne, c-à-d. qu’il y avait une succession continue de strophes de 17-14-17-14 syllabes, ainsi de suite. (…)

Plus tard, le hokku, la première strophe du renga, devint indépendant et se développa comme un autre genre poétique très populaire, parce que 17 syllabes furent considérées comme suffisantes pour exprimer le sentiment poétique.

En résumé, on peut dire qu’à l’origine il y a eu le tanka, et que le renga se développa, divisant le tanka en deux groupes, dont la première partie, le hokku, devint indépendante et reçut plus tard le nom de Haïku.

QU’EST-CE QUE LE HAÏKU ?

(…) Sa caractéristique fondamentale est la saisie instantanée de l’essentiel même de la nature, de l’univers ou de la vie, à travers un objet ou une expérience concrète.

CE QUE LE HAÏKU NOUS APPREND

Le haïku nous apprend à écouter attentivement et à regarder, à bien observer notre cadre de vie réel, à parler de la nature avec sincérité, avec bon goût, avec le sens du concret.

Le haïku s’adresse à la vue, à l’ouïe, à l’esprit aussi, mais dans le sens de la concision.

Le haïku, c’est aussi lapidation d’un sentiment et d’une émotion (…)

Le haïku est un exercice difficile. Pour paraphraser les Peuls, le haïku, comme toute poésie réussie, ce sont « des paroles plaisantes au coeur et à l’oreille ».

En résumé, disons que le haïku est un poème marqué par la sobriété et la brièveté. Le haïku est un poème riche de sens où le son et l’image ne sont pas absents. Le haïku ne compromet pas la beauté de la poésie cérébrale car, il est important de le souligner, après avoir atteint un haut degré de l’esprit, il revient à la banalité quotidienne.

La beauté du haïku est dans l’image : elle est également dans notre coeur : dans le sentiment, mieux dans l’émotion qu’elle suscite au fond de notre coeur.

« Sentiment » et « Emotion » : ce sont les deux idées (qui n’en font qu’une d’ailleurs) qui saisissent le poète et qu’il transmet à ses lecteurs grâce à son art. »

: Sonoo UCHIDA (1980).

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(à suivre… : « Spécificité du Haïku sénégalais », par Madior DIOUF – pp. 31-3)

 

 

 

 

 

 

Unforgotten Dreams / Rêves non oubliés – poèmes

3 février 2017

du moine zen Shôtetsu (ou Shôgetsu), 1381-1459 :

7/208 (thème : « Amour, en relation avec « attelage » ») :

furihateshi / ashiyowaguruma / yasurai ni / yukitsukarenuru / koi no michi kana

Un vieil attelage

ses jambes prêtes à s’effondrer

s’arrête pour faire une pause –

épuisé de voyager loin

sur

le chemin

de l’amour

12/208 (thème : « Voyageurs traversant un pont ») :

omou koto / shibashi zo iwanu / tabihito no / watarinarawanu / hashi hosoku shite

pendant un certain temps

les voyageurs

s’arrêtent de parler :

si étroit

est le chemin

qui traverse

un pont non familier.

21/208 (thème : « Vivant reclus ») :

iwagane no / koke no shizuku mo / kogakurete / oto no kokoro o / sumasu yado kana

Sous la falaise,

l’eau gouttant

sur la mousse

est cachée par des arbres –

mais

son bruit

lave le coeur

de celui

qui loge là

27/208 (thème : « Lucioles sur un pont ») :

yamabito wa / taenuru mine no / kakehashi ni / yowataru hoshi to / hotaru to zo yuku

Où les gens de la montagne

ont tous disparu,

du sommet

et de son pont de planches *

maintenant

les étoiles

traversant la nuit

et les lucioles

cheminent

 

* un pont de corde et de planches suspendu au-dessus d’une gorge montagneuse.

31/208 (thème : « Se souvenant ») :

omokage ni / mishi yo no arite / nani ka sen / wasurenu yume o / harae matsukaze

Toutes ces images

d’un monde

d’il y a longtemps –

à quoi bon ?

Vents des pins,

venez souffler

s’il vous plaît

sur ces rêves

non-oubliés. *

 

* : Variation allusive au Shin kokinshû (1564) par Minamoto Michiteru :

Perdues dans les herbes folles, / mes manches pourrissent sous de dures larmes / deviennent le gel automnal – / comme les vents d’orage dispersent / mes rêves inoubliés. (asajifu ya / sodé ni kuchinishi / aki no shimo / wasurenu yume o / fuku arashi kana)

(à suivre…)

 

Unforgotten Dreams / Rêves non-oubliés – Introduction :

3 février 2017

Poèmes du moine zen Shôtetsu

édités et traduits par Steven D. Carter (en anglais) – par D. Py (en français).
Columbia University Press, New York, 1997.

Introduction :

p. XVI

(…) La Voie de l’uta classique – nom donné à la forme en 31 syllabes, genre choisi par Shôtetsu (ou Shôgetsu), 1381-1459, était déjà vieille de plus de sept siècles…

Toute sa vie il se considéra comme un moine, bien que quelqu’un pour qui la poésie était à la fois une profession et une vocation religieuse.

p. XXI

(…) Il chercha à être un maître de tous les styles de la tradition, depuis le style du « sentiment intense » (ushin) préféré par les conservateurs de son temps, jusqu’aux styles plus exigeants du « mystère » et de la « profondeur » (yûgen), et du « réalisme objectif » (ari no mama) de l’école de Reizei (Tamemasa, 1361-1417 ; Mochitame, 1401-1454). (…) Ses professeurs Reizei soulignaient l’importance de la discipline et croyaient que « tendre vers un seul style revenait à restreindre la Voie. » Sans aucun doute, Shôtetsu lui-même se réclamait-il de Fujiwara no Teika (1162-1241), le soi-disant « père » de la poésie médiévale, et d’aucun autre poète ultérieur, comme inspirateur.

p. XXIII

(…) Mais il y a une autre influence à l’oeuvre dans les poèmes de Shôtetsu, qui le place légèrement à l’écart de son mentor. C’est le bouddhisme, particulièrement le bouddhisme zen. Il était, après tout, moine zen et ses contemporains se référaient souvent à lui comme à Shôtetsu zenshi, ou Maître Zen ; et il dit assez explicitement qu’il entend la Loi même dans les choses silencieuses :

« Bouddhisme : Fleurs »

Chaque nouveau printemps

les fleurs

ne disent rien,

cependant elles exposent la Loi –

sachant ce qui est au coeur

des vents d’orage

qui dispersent

 

On peut, bien sûr, ne voir de tels poèmes que comme rien de plus qu’affirmations conventionnelles de la doctrine de la mutabilité (mujô), si centrale dans l’entière tradition poétique médiévale.

p. XXVII

Dans mes traductions (: Steven D. Carter dixit), j’ai choisi de ne pas employer tel ou tel format pré-établi pour la simple raison que je veux utiliser les « ressources naturelles » de l’anglais pour mieux suggérer la variété de pauses et d’arrêts dans la forme originelle des uta  (5-7-5-7-7), quelque chose qu’il me semble qu’un format uniforme ne peut pas achever.

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Haïkus préférés (2) : H.F. Noyes – in « Abatross » 2000-2001- Extrait

13 octobre 2015

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« Un chrysanthème
à lui seul
éclaire le jardin assombri »

: Ion Codrescu (in « Drawings among Haiku », ed. Muntenia, Roumanie, 1992).

« Un haïku remarquable, à la fois par son atmosphère « sabi » de solitude et pour son mélange mystérieux de « yugen ». « Tout seul » a clairement une double signification. L’attention du lecteur coule entre trois éléments précieuses : les pétales que je vois luire comme un or antique, ce silence particulier du jardin assombri par la nuit, et ce sens de la solitude qui devient, aux meilleurs de nos moments-haïku, une « Union avec le tout ».

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Le corps et l’âme du haïku – Humberto Senegal (Colombie).

7 octobre 2015

 » Dans le haïku, la réalité ne nous est pas décrite par autrui à travers ses mots, mais plutôt, la réalité se présente à nous comme un moment dans lequel nous la percevons. Ce n’est pas nous qui allons chercher les éléments de la réalité pour les apercevoir et les nommer en mots, en strophe, ou en poème; ces éléments viennent à nous. Ils sont avec nous dans la réalité; nous ne savons pas d’où ils viennent ni où ils vont.
Le mot est seulement un des nombreux médias par lesquelles les réalités choisissent de s’exprimer à nous, bien que ce ne soit pas un médium particulièrement efficace. On ne devrait pas donner trop de crédibilité aux mots parce que même sans mots nous pouvons approcher de la réalité, de la vraie poésie, et dans notre cas, du haïku. La vie et la poésie n’ont pas besoin d’intermédiaires pour nous atteindre, pour nous toucher. Pas plus que nous n’avons besoin d’intermédiaires entre le monde et nous, ou entre l’essence de la terre et nos coeurs. Le haïku est le (point de) départ esthétique des intermédiaires qui pourraient exister entre le monde et le poète.
Lire ou écrire des haïkus signifie faire le premier pas vers nourrir la confiance dans le sentiment même de la création poétique. Quel est l’héritage que nous ont légué les maîtres du haïku ? Cela a-t-il commencé à germer à l’intérieur du waka ou du katauka, ou du moment même où Bashô l’a consacré ? Est-ce Forme ou est-ce Esprit ? Avoir de l’intuition est le pas fondamental vers une compréhension profonde du haïku. Les deux facettes, la Forme et l’Esprit, nous ont été transmis, mais un seul est vital pour la compréhension et l’élaboration du haïku : l’Esprit. On ne découvre pas l’esprit à travers l’intelligence, la manipulation de données littéraires, les disciplines académiques, la mémorisation de techniques littéraires, ni à travers l’étude de livres compliqués et l’analyse de la théorie et du contenu. L’esprit se découvre seulement par la grâce de l’étonnement et de l’émerveillement.
L’érudition et la sagesse intellectuelle, les sentiers du poète égotiste, ne sont pas adéquats pour quelqu’un qui souhaite sérieusement s’approcher du haïku. Le sentier de l’intuition, du non-être de l’être, mène directement au haïku. C’est notre existence personnelle journalière. Ecrire un haïku c’est résoudre une question, sans aide, avec plus de signes de kôan que ce qui postulé en trouvant la réponse à travers la raison, la littérature, la linguistique et l’esthétique. La brièveté formelle du haïku est une conséquence du désir d’éviter la perte d’expérience par ceux qui recevraient la signification du haïku, expérience que nous gagnons nous-mêmes, et qui ne peut pas être communiquée par les mots.
En Occident, peu d’entre ceux qui cultivent le haïku vont au-delà de la forme. Ils se focalisent sur cette partie de l’héritage des maîtres parce qu’il semble plus facile de compter les syllabes ou de se lier aux saisons que de se présenter, eux et leur étonnement, à ce même étonnement que Bashô doit avoir éprouvé devant les arbres en fleurs, au cri des oiseaux et au bruit de la pluie.
Ceux qui s’attachent à la forme en développant le haïku ne possèderont pas l’indispensable innocence nécessaire pour aller au-delà de la technique – importante jusqu’à un certain point, certes, mais pas essentielle si elle devient obstacle au naturel de l’écriture et de la perception du poème. Rien ne devrait paraître qui n’est pas, d’une certaine manière, vivant. Tout haïku qui n’est pas le résultat intime d’un moment de lucidité dans la vie du poète, sera faux et manquera à l’Esprit. Si notre haïku n’est pas un produit de l’éveil, de l’humilité personnelle, de la simplicité de pensée, de l’anti-intellectualisme et de notre propre relation avec la poésie et le monde, nous n’aurons utilisé des mots que pour faire une horrible caricature de la nature et de nous-même.

Chaque haïku, s’il est authentique, est « satori », une extase de l’observé et de l’observant en union et en manifestation, grâce à la simplicité et à l’impersonnalité du poète. Quand il y a rencontre entre le haïku et le coeur du poète, et pas son intellect ni sa raison, une nouvelle entité vitale s’épanouit, pour laquelle rien n’est mort et qui ne manque pas de sens ni de langage pour exister.
Les mots de l’écrivain de haïku doivent se convertir en prolongation du sentiment. Et ces sentiments, à leur tout, doivent devenir le prolongement de l’esprit. Dans l’acte de production du haïku, l’esprit du poète est le prolongement de tout ce qui l’entoure : le paysage, les odeurs, les couleurs, etc., le monde. Un haiku a la dimension d’une exclamation de l’émerveillement qu’il contient, ou de centaines de versets inspirés par la soudaine découverte de la réalité. La mesure en est toujours donnée en profondeur du sentiment, de l’émotion éprouvée — par le degré de conscience qui emplit le moment de l’observation. Comment pouvons nous découvrir quoi que ce soit si nous avons décidé au préalable qu’il n’y a rien à découvrir, ou si nous croyons que nous connaissons et comprenons déjà les choses que nous remarquons ? Comme avec le zen, l’expérience esthétique du haïku est un phénomène personnel et pas un savor atteint par l’analyse du haïku ou la comparaison du haïku avec d’autres poésies. Comprendre Bashô, sa poésie, son oeuvre et ses esthétiques littéraires, c’est découvrir l' »ici et maintenant », l’esprit de l’être, en nous-mêmes et dans le monde qui nous entoure. Et cet esprit qui existe sous des millions de formes, n’appartient à aucune culture, homme, école d’écriture, philosophie ni religion. C’est la pomme que le vent fait balancer au vent. C’est la pomme. C’est le vent. C’est la branche. C’est le mouvement. C’est le poète qui le découvre, même dans la vitesse et la précipitation du monde moderne. »

: Humberto Senegal, in « The body and the soul of haïku » (traduit par Margaret Simmons), pp.233-5, in l’anthologie de Ion Codrescu : Ocolind iazul / Round the Pond, ed. Muntenia, Constantza, Roumanie, 1994.

(trad. fr. D. Py.)

A propos de Taneda Santôka dans « Dans « Le Bol du Mendiant » :

17 mai 2015

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Citations tirées de Dans « Le Bol du Mendiant », éd. Atelier Manda, 2008.

De la préface (p.4) :

« Le rythme créé par l’absence de règle dans la structure de ses haïku (…) »

: Tsukasa KAWADA, Consul Général du Japon à Strasbourg.

De la présentation de Taneda Santôka (Santôka, son nom de plume, signifie « le feu au sommet de la montagne »), pp. 164-5 :

« Santôka compose ses haïku dans une forme complètement libre, abandonnant le rythme de 5-7-5 syllabes et le recours au kilo (mots de saison) au profit d’une expression libre, d’une apparente grande simplicité. La poésie peut être répartie sur deux, trois ou quatre lignes selon l’image recherchée. Pour Santôka (…) si les mots expriment le sujet, seuls le rythme, la musique, la répétition des mots donnent vie aux mots. »

« (…) haïku, poésie qui pour lui, indissociable de la « pure expérience », est l’expression de la spontanéité, de la simplicité, de la quiétude et de l’impermanence. Ecrits dans une langue simple, les haïku de Santôka sont le reflet de son quotidien, des choses communes auxquelles on ne prête plus guère attention. « Il est des trésors cachés dans l’instant présent » affirme-t-il. »

(Il) « rêvait de « mourir seul, en paix, dans un champ comme les moineaux et les éléphants ». »

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Ses 7 recueils de haïku :
Le bol du mendiant, 1930
Stoupa d’herbes et d’arbres, 1933
Voyages dans les montagnes et sur les eaux, 1935
Paysage d’herbes folles, 1936
Feuilles de kaki, 1937
Froide solitude, 1939
Corbeau, 1940.

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(D’après mon comptage – qui n’est peut-être pas tout-à-fait précis ? –
de ce premier recueil (91 haïku), la moyenne des mores s’élève à 14 par haïku.
2 haïkus en comptent 9
2 en comptent 10
6 en comptent 11
16 en comptent 12
13 en comptent 13
13 en comptent 14
12 en comptent 15

Seuls 6 haïkus comptent 17 mores, et parmi ceux-ci seuls trois sont de facture « académique » (5-7-5) !

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dp (17/5/15)

Atelier, lectures, signatures : les 2 premiers vendredis de mars

16 février 2015

Bonsoir !

le vendredi 6 mars :
– atelier haïku et senryû à 14 h 30
suivi d’une lecture de senryûs, haïkus, etc. extraits du recueil 
Fourmi sur ma jambe, de Daniel Py,
en présence de l’éditrice d’Eclats d’encre Sandrine Fay
+ signature (jusqu’à 19 h) :

à la librairie Pippa,
25 rue du Sommerard
75005 Paris
(M° Cluny-La Sorbonne)

+ lecture (à 17 h) et signature de la romancière Geneviève Roch (Le Guetteur halluciné, éd Eclats d’encre)
+ lecture à 18h et signature de la poète Eliane Vernay (Signes du rien, éd. Eclats d’encre)

le vendredi 13 mars :
de 14h30 à 19 h :
lancement de l’anthologie Trente haijins contre le nucléaire, éd. Pippa,
dans le même lieu

Les auteur(e)s sont chaleureusement invité(e)s
ainsi que leurs ami(e)s et connaissances
Les collations seront offertes sur place par la libraire-galeriste-éditrice Pippa : Brigitte Peltier!

Qu’on se le dise – … et que l’on y vienne !
;-)

Daniel

M. Onfray sur le structuralisme, dans ‘La Passion de la méchanceté’ :

19 septembre 2014

(p.98) :

« … le structuralisme, un genre de religion talmudique du texte qui prit Le Livre pour une divinité nouvelle, avec son cortège de divinités associées : le texte, l’écrit, la langue, le syntagme, le morphème, le signifiant, le signifié et autres idoles qui inaugurent l’ère de « la littérraâââturrre » – pour parler comme le Céline des Entretiens avec le professeur Y. »

M. Onfray sur R. Barthes, dans ‘La Passion de la méchanceté’ :

19 septembre 2014

à propos de Barthes et son article intitulé « La Mort de l’auteur » (1968), texte repris dans Le Bruissement de la langue (1984), pp.  122-3 de La Passion de la méchanceté (Sur un prétendu divin marquis) :

« Le texte n’est plus une confession autobiographique aux racines immanentes, mais un saint sacrement littéraire, une divine hostie textuelle, un graal verbal ! »

(et encore, à propos de Sade, Fourier, Loyola, de R. Barthes, toujours (pp. 126-7) :

« La collision entre ces trois noms propres signale d’ailleurs que la cohérence ne réside pas dans le registre des idées, mais dans celui de la langue. »

(et, pp. 128-9) :

« Sade, c’est donc un discours, une langue – des mots, rien que des mots. Dès lors, si un benêt de mon genre voit de l’inceste dans l’inceste, du viol dans le viol, des mauvais traitements dans des mauvais traitements, s’il prend une incision au couteau pour une incision au couteau, un coup pour un coup, c’est qu’il fait preuve d’une singulière étroitesse de vue, sinon d’esprit : car il faut y voir, ici une métaphore, là une asyndète, ailleurs une anacoluthe. Le réel (y compris littéraire) n’existe pas, trop trivial, il n’existe qu’agencement de figures de rhétorique. »

Michel Onfray, dans sa conclusion (p. 177), fustige donc, outre les Breton, Bataille, Lacan et le Foucault structuraliste, « Barthes et sa religion textuelle ».

à juste titre, ajouterais-je !

Surréalisme et haïku ?

19 septembre 2014

NOTE DE LECTURE La Passion de la méchanceté (Sur un prétendu divin marquis) de Michel Onfray, éd. Autrement, 2014.

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(p. 102) :

« Breton et les siens vivent en présence d’objets imaginaires, aux antipodes de la réalité tangible. Perspicace comme il pouvait l’être dès qu’il quittait le terrain de la politique, Sartre affirme avec justesse que le surréalisme a pour « projet d’anéantir tout le réel » au profit d’un monde merveilleux… »

C’est ainsi que surréalisme et haïku me frappent comme étant antinomiques et donc incompatibles !