Archive for juin 2011

Poèmes de mort japonais – F

30 juin 2011

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FUSEN
(meurt le 29è jour du 11è mois de 1777, à 57 ans)

alors, aujourd’hui est le jour
où le bonhomme qui fond
est un véritable homme !

Fusen mourut au milieu de l’hiver, et l’image d’un homme qui fond comme un bonhomme de neige est saisonnière.
Au Japon, les bonshommes de neige représentent Daruma (en sanscrit : Bodhidharma), le moine indien qui, selon la tradition, alla en Chine en 520, et y fonda la secte du bouddhisme zen. L’expression yukibotoke (« Bouddha de neige ») a une signification supplémentaire, car hotoke est le terme employé par les Japonais pour désigner toute personne décédée. L’image n’est pas uniquement de saison, mais aussi du caractère transitoire de la vie.

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FUSO
(mort le 11è jour du 4è mois de 1886, à 47 ans)

sur la fleur de lotus
la rosée du matin
s’amenuise

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FUWA
(mort au 2è mois de 1712)

la terre est parfumée
de pétales de prunier qui tombent
sur le chemin de la maison

Fuwa, résidant à Yamagata, au nord du Japon, mourut loin de chez lui à Kyoto, à la saison de la floraison des pruniers. Dans les régions septentrionales froides du Japon, les pruniers fleurissent plus tard qu’ailleurs dans le pays.

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(à suivre…G)

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Poèmes de mort japonais – E –

30 juin 2011

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ENRYO
(meurt le 15è jour du 7è mois de 1855, à 55 ans)

Les eaux de l’automne
de ce monde m’éveillent
de mon ivresse

Une des coutumes japonaises est de donner de l’eau (shimizu), « eau de mort » aux mourants. Ceci n’est pas seulement un moyen de soulager ses lèvres asséchées : c’est toujours un parent ou un ami proche qui la lui donne, et l’eau provient d’une source particulière. Dans le poème d’Enryo, les dernières eaux de ce monde sont des eaux de l’automne (aki no mizu)parce que le poète mourut tôt à cette saison. Les eaux éveillent le ourant de l’intoxication de cette vie et le dégrisent des illusions de l’existence.

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ENSEI
(meurt le 16è jour du 5è mois de 1725, à 69 ans)

Cadeau de départ pour mon corps :
quand il le souhaitera,
ma dernière respiration

Einsei remercie son corps pour les services qu’il lui a rendus durant sa vie, et comme « cadeau de départ », il est prêt à le délivrer de l’âme, quand il le désire.

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ENSETSU
(meurt le 19è jour du 9è mois de 1743, à 73 ans)

rafale d’août :
je n’ai plus d’affaires
en ce monde

Ensetsu grandit dans un temple bouddhiste zen et fut prêtre, des années ensuite. Au haïku écrit avant sa mort il joignit – comme c’est la coutume chez les moines zen – un poème de mort en chinois :

Beaucoup de choses me sont advenues
en suivant le Bouddha
pendant 37 ans
Qu’est la mort ?
librement, de mon être véritable,
ho ! ho !

« Ho ! » est une traduction de Totsu, un cri d’éveil.
Ensetsu était très attaché à son maître de haïku, Rosen, avec lequel il parcourut le Japon. Quand Ensetsu entendit que son maître était tombé malade, il se hâta de le rejoindre, bien que lui-même souffrît de fortes douleurs stomacales. Du jour où Rosen mourut, la maladie d’Ensetsu empira et il survécut à son maître à peine un mois.

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ENSHI
(meurt le 12 février 1900, à 63 ans.)

toutes les choses vivantes
ont leur fin :
un saule noueux

Kobu signifie « gonflant » et peut faire référence à un noeud dans le bois d’un arbre. Cependant le même mot s’applique aux tumeurs des maladies atteignant l’homme.

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(à suivre… F)

Poèmes de mort japonais – D –

30 juin 2011

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DAIBAI
(meurt le 29è jour du 5è mois de 1841, à 70 ans)

mes 70 ans – l’herbe
de la pampa desséchée
et tout autour
des iris fleurissent

Daibai mourut en été, quand l’iris (ayame) fleurit. Il compare son vieil âge à un plant desséché d’herbes de la pampa (kareobana), bien que cette herbe meure en hiver.
Daibai, érudit en littérature chinoise, en réponse à des critiques qui doutaient de sa capacité à devenir un haijin, composa cette strophe :

vous ne pouvez pas
faire connaître le goût du poisson
fugu
à qui n’en a jamais goûté !

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DOHAKU
(mort en 1675)

sans chargement
en direction du ciel
le vaisseau de la lune

Il y a un petit jeu de mots dans le poème oeiginal. Tsumi peut signifier « péché » aussi bien que « chargement ». On pourrait ainsi rendre la première ligne par « sans péché ».
Tsuki no fume signifie, comme traduit : « vaisseau de la lune », mais la ligne peut aussi se comprendre comme « vaisseau sous la lune ».

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(à suivre… : E)

Poèmes de mort japonais – C –

30 juin 2011

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CHIBOKU
(meurt le 28è jour du 5è mois de 1740, à 44 ans)

le cours d’eau
est frais – galets
sous les pieds

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CHIKURO
(meurt le 23 mars 1895, à 71 ans)

papillons en vol :
la fin du voyage –
Suma Akashi

Suma, une région de Kobe, le long de la côte de la baie d’Osaka.
Akashi, une ville proche, et le nom d’un détroit donnant sur la baie. L’endroit est célèbre pour la beauté de son paysage.

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CHIRI
(meurt le 18è jour du 7è mois de 1716, à 69 ans)

premières moissons :
mon oreiller relevé
j’avale riz et thé

Chiri mourut en automne, pendant la moisson du riz
Chagayu est un gruau fait de riz, de thé vert et de sel.
takamakura, « haut oreiller », se réfère métaphoriquement à un sommeil paisible, libre des soucis de ce monde.

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CHIRI
(meurt le 17 septembre 1917, à 16 ans)

Festival des Morts
Combien de temps peut-il durer ?
Les lanternes haut perchées

Il semble que par « lanternes haut perchées », la poétesse avait à l’esprit les lumières accrochées dans l’entrée, lors du Festival de Bon, qui avait eu lieu quelques mois avant sa mort.

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CHIRIN
(meurt le 24è jour du 12è mois de 1794, à 60 ans)

sur terre comme au ciel
nul grain de poussière –
neige sur les collines basses

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CHIYOJO
(meurt le 19è jour du 1er mois de 1746, après 20 ans)

un faon gambade
dans le champ – je mets ma nouvelle
robe de printemps

Chiyojo fait un jeu de mots sur kanoko, qui signifie littéralement un faon, mais qui se réfère aussi à un motif à pois blancs sur un kimono, qu’elle portait peut-être cette annéee-là.

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CHOGO
(meurt le 3è jour du 9è mois de 1806, à 45 ans)

les gens me manquent
puis je les déteste :
fin de l’automne

°
CHOHA
(meurt en 1740, à 36 ans)

un océan en furie
jeté du pont –
un bloc de glace

°
CHOKO
(meurt le 2è jour du 10è mois de 1731, à 46 ans)

je ne verrai pas cette scène finale
jusqu’au bout – mon rêve
s’effiloche

Choko vécut le printemps, l’été, l’automne de sa dernière année, mourant au deuxième jour de l’hiver. On peut aussi comprendre « cette scène finale » à la lumière d’une croyance, selon laquelle l’homme a reçu le don de 50 ans à vivre. Choko ne réussit pas à atteindre de quatre ans cette espérance de vie attribuée

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CHORI
(meurt le 19è jour du 10è mois de 1768, à 39 ans)

les feuilles ne tombent jamais
en vain – tout alentour
les cloches sonnent

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CHOSHI
(meurt le 25è jour du 8è mois de 1768, à 51 ans.)

sur son chemin de l’ouest,
vers le paradis –
un oiseau migrateur

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CHOWA
(meurt le 17è jour du 10è mois de 1715, à 78 ans)

Ceci est un poème
que les gens ne se disputent pas –
vents de l’hiver

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(à suivre… D.)

Poèmes de mort japonais – BOK – BUS

30 juin 2011

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BOKUKEI (Nakajima Saburosuka)
(meurt le 16è jour du 5è mois de 1869)

coucou, moi aussi
je chante, crachant du sang
mes pensées bienveillantes

Le coucou a une gueule ruge, et à cause de cela, ou peut-être à cause de son cri rauque, un proverbe dit que « quand le coucou chante, son sang coule. »

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BOKUSUI
(meurt le 29 novembre 1914, à 40 ans)

Un monde qui s’en va –
La neige qui fond
n’a pas d’odeur

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BUFU
(meurt le 24è jour du 7è mois de 1792)

Ô, peu m’importe
où les nuages d’automne
dérivent !

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BUNZAN
(meurt le 14è jour du 1er mois de 1787)

j’ai traverseé de l’année dernière
à la nouvelle –
aujourd’hui est la limite

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BUSON
(meurt le 25è jour du 12è mois de 1783, à 68 ans)

ces derniers temps
les nuits s’achèvent
dans une blancheur de fleurs de prunier

On dit que, environ un mois avant sa mort, Buson alla ramasser des champignons dans les collines et qu’à son retour il tomba malade. Le 24è jour du 12è mois, veille de sa mort, il appela son disciple Gekkei, lui donna un pinceau et lui demanda d’inscrire trois poèmes. L’image d’un rossignol apparaît dans les deux premiers, et dans le troisième, celle d’un prunier. Ces deux images sont associées à la fin de l’hiver et au début du printemps.

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(à suivre…)

Poème de mort japonais – Bashô

26 juin 2011

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BASHÖ
(mort le 12è jour du 10è mois de 1694, à 54 ans)

claire cascade,
de vertes aiguilles de pin
éparpillées sur les vagues

Ceci est une révision de son poème composé en juin de cette année 1694 :

claire cascade
nulle poussière sur les vagues
lune d’été

Quand ses élèves lui firent entendre qu’il devait laisser un poème de mort, Bashô répliqua que n’importe lequel de ses poèmes pouvait être son poème de mort. Cependant, le 8è jour du 10è mois, après avoir réuni ses élèves autour de son lit, il écrivit ce poème :

malade en voyage
mon rêve s’égare
sur les champs desséchés

Bashô mourut quatre jours plus tard.

Poème de mort japonais – BANKOKU

26 juin 2011

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BANKOKU
(mort le 3è jour du 11è mois de 1748, à 70 ans)

la plus longue nuit de l’hiver :
de pétales de prunier tombent et enfin
la lune de l’ouest

La « lune de l’ouest » fait allusion à la Terre Pure de l’Ouest.

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Poème de mort japonais – BAKO

26 juin 2011

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BAKO
(mort le 1er jour du 5è mois de 1751, à 65 ans)

me retournant vers la vallée :
plus de maisons, seul
le chant du coucou

l’hototogisu, espèce de coucou, également « oiseau du temps » (en caractères chinois), apparaît souvent en poésie comme un messager de la mort.

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Poème de mort japonais – BAISEKI

26 juin 2011

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BAISEKI
(mort le 16è jour du 9è mois de 1716, à 67 ans)

le voyage vers l’Ouest,
un chemin que tous voudraient prendre :
champ de fleurs

Dans les sectes Jodo ou de la Terre Pure du Bouddhisme japonais, on croit que les morts renaissent dans la Terre Pure de l’Ouest, sous le règne d’Amida, le Bouddha de la Lumière Eternelle. On dépeint souvent la mort comme étant un voyage vers l’Ouest.

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Poème de mort japonais – BAISEI

26 juin 2011

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BAISEI
(mort le 1er jour du 1er mois de 1745)

Ile de l’Eternité :
une tortue sèche sa carapace
aux premiers rayons de l’année

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