Archive for the ‘Québec’ Category

Compte-rendu du kukaï de Paris 113 :

22 mai 2016

En présence de notre amie invitée d’honneur Jeanne Painchaud, du Québec, de passage en France, nous étions 18 participants à notre réunion de samedi dernier.

Après un tour de table pour nous présenter, Jeanne nous a parlé de son parcours de haïkiste, et de ses ouvrages, dont le dernier, qu’elle avait apporté, et qui a recueilli un franc succès :

Découper le silence (Regard amoureux sur le haïku), éditions Somme toute, Montréal (QC), 2015,

qui, selon ses propres paroles, est le livre qu’elle aurait voulu pouvoir lire, quand elle a débuté dans le haïku. J’en extrais le haïku inspiré par son fils (haïku qui « appartient » à son premier recueil de haïkus : Je marche à côté d’une joie (première édition : Les heures bleues, 1997; deuxième édition : éd. de L’instant même et éd.Les 400 coups, 1997.) :

Ta petite question

Au-dessus de mon livre:

« tu lis le blanc ou le noir? »

°

Puis nous avons procédé à notre « kukaï » proprement dit, où trente-neuf haïkus ont été échangés. Vingt-sept d’entre eux ont obtenu une voix ou plus.

°°°
Avec quatre (4) voix :

Par la porte ouverte

Un peu de lumière

sur la lumière

: Monique Leroux Serres;

rosée matinale –

le chat a l’air

de marcher pieds-nus

: Antoine Gossart;

trop petites ses mains

pour tant de coquillages

: Patrick Fetu;

vent du large –

il déploie ses ailes

l’oiseau de papier

: Isabelle Freihuber-Ypsilantis.

°

Avec 3 (trois) voix :

petit déjeuner –

la vie retrouve

un goût de miel

: Isabelle Freihuber-Ypsilantis;

sommeil flottant

les canards immobiles

posés en plein ciel

: Antoine Gossart;

tombes oubliées –

leurs noms lus

à voix haute

: Michel Duflo.

°

Avec deux (2) voix :

bruit feutré

des roues de la poussette

dans les pétales du cerisier

: Lucia Dinga-Supova;

dernier métro

la nuit plus intense

le regard des hommes aussi

: Jeanne Painchaud;

pleine lune

poches vides

des soirs comme ça

: Jeanne Painchaud;

ses larmes

elle les garde pour les pierres –

une fourmi s’abreuve

: Valérie Rivoallon;

sur la photo

déchirée une jeune fille

inconnue – ma mère

: Jacques Quach;

sur Skype

un ami mort

déconnecté

: Martin Dinga;

tableau –

l’air penché

du contrebassiste

: Daniel Py;

un lézard veille

sur la pierre tiède

le temps immobile

: Nicolas Lemarin;

vue panoramique –

sur 180 degrés

le brouillard

: Michel Duflo;

°

Avec 1 (une) voix :

ces quatre feuilles rouges

gardent en silence

le souvenir de l’automne

: Philippe Bréham;

couloir d’hôpital

à la chambre douze –

un air d’opéra

: Jacques Quach;

envie pressante –

plus accessible que jamais

le mur Facebook

: Minh-Triêt Pham;

Fraises matinales –

Les petits avalent 

avec gouttes de rosée.

: Hiro Hata;

Légère brise

De pétales de cerisier

baptisée

: Monique Leroux Serres;

L’ombre du mûrier

au pas du soleil couchant

rejoint le muret

: Nicolas Lemarin;

Pissenlit –

J’ai hésité avant de choisir

toute seule.

: Hiro Hata;

porte cochère

deux amoureux

ne font plus qu’un

: Patrick Fetu;

Rafale de vent

entre les pâquerettes

neige de pétales

: Marie-Alice Maire;

Sur sa manche

un pétale de cerisier

le SDF mendie

: Marie-Alice-Maire;

un homme souriant

apporte six parapluies

au cimetière

: Daniel Py.

°°°

Bravo et merci à toutes et tous (et à Jeanne d’avoir accepté notre invitation, et de nous avoir gratifié de moments très chaleureux et enrichissants)!

Notre prochain kukaï aura lieu samedi 11 juin, le week-end même du Marché de la Poésie, place Saint-Sulpice, à Paris.

°°°

 

 

 

 

 

 

Vendredi 20 mai à la librairie Pippa, 14-19h.

19 mai 2016

Bonjour!

Demain, vendredi 20 mai, rendez-vous à la librairie-galerie Pippa, 25 rue du Sommerard, 75005 (M° Cluny-La Sorbonne) à partir de 14 heures (et jusqu’à 19 h)

en présence de Brigitte Peltier, notre hôtesse, la poétesse québécoise Jeanne Painchaud, votre serviteur, Laurent (Seegan) Mabesoone par Skype – du Japon, et vous-mêmes!

Jeanne Painchaud fera une présentation-vente-signature de son dernier ouvrage sur le haïku : Découper le silence, Regard amoureux sur le haïku, éd. Somme toute, Montréal 2015;

j’aurai l’honneur de présenter les Haikus sur les chats de Kobayashi ISSA, choisis , présentés et traduits du japonais classique par Seegan (Laurent) Mabesoone, qui pourra nous en entretenir également par écrans (skype) interposés, depuis le Japon, où il réside, en début de séance le plus probablement  (vu le décalage horaire entre nos deux pays!). L’éditrice en est, évidemment, Brigitte Peltier (éditions Pippa), et l’ouvrage en est tout récent (2016).

Nous vous y espérons, évidemment, nombreux!

Merci d’avance!

D.

 

 

 

 

 

Kukaï de Paris #113, samedi 21 mai 2016

19 mai 2016

Bonjour!

Notre 113è kukaï de Paris aura lieu samedi 21 mai (après-demain!) à 15 heures au bistrot d’Eustache, 37 rue Berger, 75001 Paris.
Notre amie québécoise Jeanne Painchaud en sera l’invitée d’honneur.
Elle nous présentera son dernier ouvrage : Découper le silence, Regard amoureux sur le haïku, éd. Somme toute, Montréal 2015.

 

à samedi!

 

D.

 

 

 

Vient de paraître :

23 avril 2015

°°°

« à l’instar du kukaï de Paris » (en 2010 et 2014), Haïku Québec vient de publier (sous la direction d’André Vézina) : « Kukaï, une aventure poétique » aux éditions David. 14,95 $. (www.editionsdavid.com) : 168 haïkus de 31 auteurs.

matin d’avril
des volées d’oies blanches
à tue-tête

: Adrienne Tremblay.

sous la pluie
une dame et son chien
même manteau

: Geneviève Rey.

brin rose, brin bleu
dans le nid du merle
mon vieux tricot

: Adrienne Tremblay.

fête d’enfant
la valise du clown
s’ouvre toute seule

: Renée Simard.

Chez Simons
au rayon des dessous chics
deux femmes voilées

: Céline Lajoie.

deux passagers
dos à dos –
le même livre

: Ginette-Andrée Poirier.

nuit noire
au milieu de nulle part
un rafiot clandestin

: Jeannine St-André.

livre d’occasion
sur la page de garde
le nom de mon ex

: Andrée Paradis.

°°°

Bonnes découvertes – ou redécouvertes !

Daniel

PS : Micheline Beaudry, Jean Deronzier, Abigail Friedman, Esther Greaves, Diane Lemieux, et Renée Simard, qui figurent dans cette anthologie-ci, sont aussi à l’honneur dans notre première antho du kukaï de Paris : La Valise entr’ouverte, éd. Unicité, 2010 !

« cette poésie « sans mots » » par Alan Watts

16 septembre 2013

Dans ‘The Way of Zen’ (‘La Voie du Zen’ en français) d’Alan Watts, dans ma traduction du chapitre 4 « Zen in the arts » (« Le Zen dans les arts »), p. 201, Alan Watts écrit :

« Depuis les temps les plus reculés, les maîtres zen avaient montré une faiblesse pour les poèmes courts, nains – laconiques et directs comme leurs réponses aux questions sur le bouddhisme. (…) ainsi la poésie du Zen la plus expressive est celle qui « ne dit rien », qui, en d’autres termes n’est pas philosophie ni commentaire SUR la vie (…)
p.202 : Un tel usage de la poésie exprime tout à fait la même sorte de vision artistique que nous trouvons dans les peintures de Ma-yüan et Much’i, la même utilisation de l’espace vide rendu vivant par quelques coups du pinceau. En poésie, l’espace vide est le silence environnant que requiert un poème ((chinois)) de deux lignes – un silence de l’esprit dans lequel on ne pense pas « au » poème, mais on éprouve en fait la sensation qu’il évoque – d’autant plus fort que peu a été dit.
Au 17° siècle les Japonais avaient amené cette poésie « sans mots » à la perfection dans le haïku, ce poème de 17 syllabes seulement, qui laisse tomber le sujet presque aussitôt qu’il le prend. »

Cette formule fort controversée (surtout – uniquement ? – en France (!)) du « poème sans mots » a inspiré Éric W. Amann pour écrire son « essai sur le zen dans le haïku » (: « A study of zen in haïku » : ‘The Wordless Poem’, 1969, 1978) / ‘Le poème sans mots’ (trad. D. Py), éd. gammes, Canada, 2006.

haïku, etc. – Py – mai 2012 – 2/2

6 juin 2012

°

après-midi
une mouche décore
mon abat-jour

afternoon
a fly decorates
my lamp-shade

la mouche arpente
(tout) l’après-midi
la chambre

°

retirer l’épingle du « je »

°

un matin,
frémir
avec le mimosa

mimosart — l’ami Mozart…

°

(toutes voyelles :)

« du mimosa bleu »
« si tu radotes »
« beau tussilage »
« sirotes-tu là ? »
« beau pull marine »
« Lu Marine, oh ! »
(…)

°

petites peaux
du coin des ongles :
les petites douleurs
du tout du long de la vie !…

°

chaque fois que je le peux
je passe par le jardin *
des frères Druart,**
(haïjins rémois)

* aujourd’hui sans fleurs / ni soleil (Reims, 18/5/12)
** : René (1888-1961), et Henri (1902-1979).

°

de sous le portail,
violettes,
regardant la rue

from under the gate,
violet,
looking at the street

°

autour des panneaux électoraux
les oiseaux contents ?
– soir de mai

°

sur la mariée
des grains de riz
sur le nouveau président
l’orage

°

deux voisins de métro :
les mêmes chaussures
– sauf la couleur

°

trois hommes
(/ un haïku)
passe(nt) sur le pont

°

les si volubiles oiseaux
ce matin de fin mai

°

un voile noir
scintille au soleil
– école maternelle

°

traverse le banc
une fourmi
en passant par l’assis

°

un dur d’oreille,
c’est un peine-à-ouïr (?)

°

La tour Eiffel –
une femme,
une jambe devant l’autre

°

toute une rangée
de nains de fenêtre
(- fin mai)

°

cette nuit
les haïkus (:) géants
par rapport à l’insecte qui traverse

°

Le « printemps d’érable »
ou « l’écoeuranctite aigüe »
des Québécois

°

soulevant une roue
pour ne pas écraser un gendarme
– trottoir de Vitry

°
d.

George Swede ‘Almost Unseen’ suite et fin : 121-168

28 avril 2012

SWEDE G. Almost Unseen – 121-168 (fin.)

(p.94)

anchored supertanker
its reflection
trembles

pétrolier géant au mouillage
son reflet
tremble

(p.95)

creek
cricket
creaking

ruisseau
criquet
crissant

the caretaker
polishes the canon until
it shows clouds

le gardien
polit le canon jusque qu’à
ce qu’on voie des nuages

(p.96)

medieval town
to the worn stone steps
I add my own

ville médiévale
aux marches de pierre usées
j’ajoute la mienne

drought
graveyard grass
still green

sécheresse
l’herbe du cimetière
encore verte

on the boardwalk
a blind man listens to the sea
finding its way back

sur les planches
un aveugle écoutant la mer
retrouve son chemin

(p.97)

a crow caws and caws
my wife checks the lines
under her eyes

un corbeau croasse et croasse
ma femme examine les lignes
sous ses yeux

one button undone
in the clerk’s blouse – I let her
steal my change

un bouton défait
sur le chemisier de l’employée – je lui laisse
piquer ma monnaie

(p.98)

in the old elm’s shade
the black cat opens one eye
sunspot on its tail

à l’ombre du vieil orme
le chat noir ouvre un œil
une tache de soleil sur sa queue

train to a ghost town
the historian asks to sit
facing backwards

train vers une ville fantôme
l’historien demande à s’asseoir
vers l’arrière

(p.99) (# 131)

ebb tide
the marina’s old yarn spinner
snoring softly

marée descendante
le vieux conteur du port de plaisance
ronfle doucement

this faded photo
from my childhood – still worth
a thousand words

cette photo décolorée
de mon enfance – dit encore
beaucoup de choses

(p.100)

sweltering twilight
a waft of cool air
from the graveyard

crépuscule étouffant
une bouffée d’air frais
vient du cimetière

August heat
the old orange cat sits up and licks
the sun from its tail

chaleur d’août
le vieux chat orange s’assied et lèche
le soleil sur sa queue

spider spins its web
in the window
with a view

l’araignée tisse sa toile
sur la fenêtre
avec vue

(p.101)

children’s day at the zoo
I find myself watching
the children

jour des enfants au zoo
je regarde
les enfants

in the hammock
the undertaker dozes – arms crossed
on his chest

dans le hamac
le croque-mort somnole – bras croisés
sur sa poitrine

(p.102)

used bookstore
a sunset beam lights a row
of forgotten authors

livres d’occasion
un rayon du soleil couchant éclaire une rangée
d’auteurs oubliés

(p.103)

for sale
an old house with creaky stairs
and a cricket

à vendre
une vieille maison aux marches craquantes
et un grillon

(p.104)

town dump
two magpies jabber
on an old brass bed

décharge municipale
deux pies jacassent
sur un vieux lit en cuivre

(# 141)

waiting room empty
bits of leaves
under each chair

salle d’attente vide
des morceaux de feuilles
sous chaque siège

(p.105)

clothesline
the widow’s black lace panties
covered with frost

corde à linge
les petites culottes en dentelles de la veuve
couvertes de givre

dead roadside deer
a snowflake melts
on its open eye

cerf mort au bord de la route
un flocon de neige fond
sur son œil ouvert

abandoned farmhouse
prairie sky in all
the windows

ferme abandonnée
le ciel de la prairie
à chaque fenêtre

sunrise
the fisherman’s shadow stretches
across the river

lever de soleil
l’ombre du pêcheur
traverse
la rivière

the gull with one leg – soaring

la mouette unijambiste – s’envole

first frost
only a dead fly
in the mailbox

premier gel
une seule mouche morte
dans la boîte aux lettres

(p.107)

half-dug grave – lunch hour

tombe à moitié creusée – l’heure du déjeuner

fallen leaves
the hands that gather them
have liver spots

feuilles tombées
les mains qui les assemblent
ont des taches de vieillesse

(p.108)

against the tombstone
with the faded name
homeless man rests

contre la pierre tombale
au nom effacé
le sans-abri se repose

(# 151)

on display
in the museum – ancient grains
of dust

dans la vitrine
au musée – d’anciens grains
de poussière

hut that houses
the fisherman’s nets
full of cobwebs

la cabane qui abrite
les filets du pêcheur
pleine de toiles d’araignée

(p.109)

snowfall
the graveside red roses
turning white

chute de neige
les roses rouges autour de la tombe
blanchissent

at the height
of the argument – the old couple
pour each other tea

au plus fort
de leur dispute – le vieux couple
se verse du thé

storm over
the old scarecrow hunchbacked
with snow

l’orage passé
le vieil épouvantail
bossu de neige

falling pine needles – the tick of the clock

des aiguilles de pin tombent – le tic-tac du réveil

(p.111)

statues in the square
the raised hand of the war hero
fills with snow

statues dans le parc
la main levée du héros de la guerre
s’emplit de neige

among the souvenirs
on her dresser
my roses

parmi les souvenirs
sur sa coiffeuse
mes roses

(p.112)

grand father’s deathbed
more and more snowflakes
cling to the window

lit de mort de grand-père
de plus en plus de flocons
s’accrochent à la fenêtre

under each eye
of the graveyard Jesus
a small icicle

sous chaque œil
du Jésus du cimetière
un petit glaçon

fresh snow falling
the nurse changes
my bandages

neige fraîche qui tombe
l’infirmière
change mes pansements

(p.113) (# 161)

as the coffin lowers
several watches sound
the hour

tandis que le cercueil descend
plusieurs montres
sonnent l’heure

my stomach growls
the old tomcat opens
one yellow eye

mon estomac gronde
le vieux chat
ouvre un œil jaune

(p.114)

their gravestones
hers newer and taller
than his

Leurs pierres tombales
celle de la femme
plus neuve et plus grande
que celle de l’homme

the aged mother cuts – the corpse’s fingernails

la vieille mère coupe – les ongles du cadavre

open coffin
grandfather’s smile wrinles
show through the make-up

cercueil ouvert
les rides du sourire de grand-père
apparaissent sous le maquillage

(p.116)

snow over everything
mother hums as she brushes
her white hair

la neige recouvre tout
mère fredonne en brossant
ses cheveux blancs

anniversary
the old widow wipes dust from
the bedside photo

jour anniversaire
la veuve âgée époussette
la photo de chevet

(p.117) (# 168)

each haiku
another piece in
the endless jigsaw

chaque haïku
un autre morceau du
puzzle éternel

George Swede :
Almost Unseen,
Selected haiku of George Swede.
Brook Books, 2000.

°°°

(Prochainement :
The Essence of Modern Haiku,
300 poems by Seishi Yamaguchi, 1993
Ed. Mangajin Inc. (USA).
)

George Swede ‘Almost Unseen’ 91-120

27 avril 2012

George Swede Almost Unseen Brook Books, 2000. (Presque invisibles)

p.77 (91)

mental hospital
my shadow stays
outside

hôpital psychiatrique
mon ombre reste
dehors

(p.78)

the family gathered
a tear of embalming fluid runs
from my brother’s eye

la famille réunie
une larme du liquide d’embaumement coule
de l’œil de mon frère

my hands just washed
yet I wash them again
after the news

mes mains lavées
je les relave cependant
après les nouvelles

(p.79)

leaving my loneliness – inside her

laissant ma solitude – en elle

dusk
a lone car going the same way
as the river

crépuscule
une seule voiture dans le même sens
que la rivière

after the search for meaning – bills in the mail

après la quête de sens – des factures au courrier

in the empty parking lot
a crow caws and caws
who knows why

dans le parking vide
un corbeau croasse et croasse
qui sait pourquoi

(p.80)

cheap hotel room
the mirror’s crack gives me
a smile

chambre d’hôtel bon marché
la fente du miroir me rend
un sourire

(p.81)

no milk left
a white cloud
in my coffee

plus de lait
un nuage blanc
dans mon café

(p.82)

the man
with the split personality
shadow boxing

l’homme
souffrant d’un dédoublement de la personnalité
boxe
avec son ombre *

* (ou :

simule
la boxe)

(101)

in one corner
of the mental patient’s eye
I exist

dans un coin
de l’œil du malade mental
j’existe

(p.83)

mental hospital
a fly beating
on the window

hôpital psychiatrique
une mouche cogne
contre la vitre

old aunt’s
prolonged goodbye – the twitter
of evening birds

l’au-revoir prolongé
de la vieille tante – le gazouillis
des oiseaux du soir

(p.84)

on the old snow shovel – cherry blossoms

sur la vieille pelle à neige – des fleurs de cerisier

open window
spring breeze stirs the dust
on her photo

fenêtre ouverte
la brise de printemps réveille la poussière
de sa photo

in the warm March sun – an old hatred melting

au chaud soleil de mars – une vieille haine se dissout

empty parking lot
lone cloud
in the lone puddle

parking vide
un seul nuage
dans la seule flaque

(p.85)

reconciliation – thistles blooming

réconciliation – les orties fleurissent

in the backyard
mother recalls her first love
ripe apple scent

dans l’arrière-cour
mère se rappelle son premier amour
odeur de pommes mûres

(p.86) 111

around the eyes
of the old fisherman
permanent ripples

autour des yeux
du vieux pêcheur
des ridules permanentes

spring breeze
my dead grand father’s rocker
creaks on the porch

brise de printemps
le fauteuil à bascule de mon grand-père mort
grince sur le patio

(p.87)

alone at last
I wonder where
everyone is

seul enfin
je me demande où est passé
tout le monde

earplugs
now my heart is
too loud

bouchons d’oreilles
maintenant mon cœur
bat trop fort

what ebbtide left
in this tiny shell
still holds the sky

ce que la marée laissa
dans ce petit coquillage
contient encore le ciel

(p.92)

climbing deeper
into the cave’s silence
into myself

grimpant de plus en plus profond
dans le silence de la grotte
en moi-même

warm spring breeze
the old hound runs
in his sleep

brise chaude de printemps
le vieux chien court
dans son sommeil

cleaning lady arrives
a dandelion puff
in her hair

la femme de ménage arrive
une aigrette de pissenlit
dans les cheveux

half into the open grave – the aging mourner’s shadow

à moitié dans la tombe ouverte – l’ombre du vieil endeuillé

abandoned factory
rows of dandelions
in the parking lot

usine désaffectée
des rangées de pissenlits
sur le parking

(à suivre : 121 (p.94))

G. Swede ‘Almost Unseen’ Haïkus choisis 71-90

26 avril 2012

George Swede Almost Unseen, Brook Books, 2000.

71 (p.62)

grandfather’s old boots
I take them
for a walk

les bottes du grand-père,
je les emmène
marcher

(p.63)

autumn clothesline
his and her pyjamas
frozen together

corde à linge en automne
leurs pyjamas,
à lui et à elle,
gelés ensemble

calmly talking divorce
underfoot the crackle
of fallen leaves

parlant sereinement de divorce
sous leurs pas le crissement
des feuilles tombées

(p.64)

among the yellow roses
the yellow butterfly
grows still

au milieu des roses jaunes
le papillon jaune
s’immobilise

divorce proceedings over
wet leaves stick
to my shoes

les formalités du divorce accomplies
des feuilles humides collent
à mes chaussures

(p.65)

under the dirty,
one-eyed hen – a perfect
white egg

sous la poule sale
et borgne, un œuf blanc
parfait

(p.66)

at the edge of the precipice – I become logical

au bord du précipice – je deviens logique

windowless office
a fly buzzes against
my glasses

bureau sans fenêtre
une mouche vrombit
contre mes lunettes

(p.67)

streetwalker
with a black eye – halo
around the moon

prostituée avec
un œil au beurre noir – halo
autour de la lune

(p.69)

red evening clouds
the nurse changes
my bandages

nuages rouges du soir
l’infirmière change
mes bandages

(81)

grandpa’s fiddle
silent on the mantel
a cricket creaks

le violon de grand-père
silencieux sur la cheminée
un grillon crisse

(p.70)

through a hole
in the fog – billboard’s girl’s
radiant face

à travers un trou
dans le brouillard – le visage radieux
de la fille de l’affiche

in the pawnshop window
a hooker studies
her reflexion

dans la vitrine du prêteur sur gages
une prostituée examine
son reflet

(p.72)

she ices
the birthday cake
snow on the mountain

elle glace
le gâteau d’anniversaire
neige sur la montagne

(p.73)

still on the bookshelf
the mother-in-law’s finger line
through the dust

encore sur l’étagère de la bibliothèque
la trace du doigt de la belle-mère
à travers la poussière

still channel waters
the bow of the ferry plows
through the Milky Way

eaux calmes du canal
l’étrave du ferry laboure
la Voie Lactée

(p.74)

fishermen scrape
boats in dry dock – harbor ice
breaking up

des pêcheurs grattent
les bateaux en cale sèche – la glace du port
se brise

winter morning – her cold pyjamas

matin d’hiver – son pyjama froid

(p.75)

the sound of thaw
in the drain – we both start
to speak first

bruit du dégel
dans le tuyau – tous deux commençons
à parler en premier

(p.76)

ice-edged pond
the divorcee’s ring
on white skin

mare entourée de glace
l’anneau de peau blanche
du divorcé *

* / de la divorcée

neighbor’s washing day
clothesline full
of icicles

jour de lessive du voisin *
la corde à linge couverte
de glaçons

* / de la voisine

(à suivre : 91/)

G. Swede ‘Almost Unseen’ haïkus choisis 61-70)

25 avril 2012

hot summer night
she takes off
her crucifix

nuit chaude d’été
elle retire
son crucifix

the dragonfly
zigzags the pond – a rainbow
in its wing

la libellule
zigzague sur la mare – un arc-en-ciel
en son aile

marital dispute
I patch cracks
in the cement

dispute conjugale
je bouche des fentes
dans le ciment

passport check
my shadow waits
across the border

contrôle des passeports
mon ombre attend
de l’autre côté de la frontière

at the fork
in the trail – I piss
two streams

à l’embranchement
de la piste – je pisse
double jet

clear creek water
flowing over smooth stones
how young she looks

eau claire du ruisseau
coulant sur des pierres lisses
qu’elle a l’air jeune !

again, the bald barber
cuts my hair
too short

encore une fois, le coiffeur chauve
coupe mes cheveux
trop court

putting holes
in my argument
the woodpecker

creusant des trous
dans mon raisonnement
le pic vert

first autumn leaves
my gold filling
gently throbs

premières feuilles d’automne
mon plombage en or
doucement palpite

knothole in the fence
an evening sunbeam betrays
the spider’s web

trou nodal dans la barrière
un rayon de soleil vespéral trahit
la toile d’araignée

(à suivre : 71/168)