Archive for mars 2010

Poèmes de mort du Japon – Z – Ed. Tuttle

31 mars 2010

°

de ZAISHIKI
(mort le 15 du 9° mois de 1719, à l’âge de 77 ans) :

Kusa no shimo
tôza bakari zo
shiraururi

Givre sur l’herbe :
une forme éphémère
qui est, et n’est pas !

°°°

(trad. de l’anglais : daniel py)

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Poèmes de mort du Japon – Y – Ed. Tuttle

31 mars 2010

°

de YABA,
mort le 3 du 1° mois de 1740, à 78 ans :

Ware o yobu / koe ya ukiyo no / kata shigure

Une voix m’appelle –
averse soudaine d’hiver
dans ce monde flottant

°

de YAITSU,
mort le 15 du 1° mois de 1807, à 80 ans :

Shimekazari / kugureba tsuki no / jôdo kana

Je passe sous le portique
du Nouvel An – lune
dans le ciel du paradis.

Waga io ni / nete hana o miru / jôdo kana

Paradis –
je vois des fleurs
du cottage où je repose.

Note de Y.H. :

Shimekazari est le nom des décorations faites de corde tressée suspendues aux portes des maisons pour les fêtes du début de l’an. Au 15° jour du premier mois (jour où Yaitsu mourut), on retire puis on brûle ces décorations.
Yaitsu préfaça le 2° poème avec ces mots  » Le pays de la vie est le pays de la lumière éternelle » – c’est-à-dire qu’il n’y a pas de différence entre ce monde et celui de l’éternité.

°°

Poèmes de mort du Japon – W – Ed Tuttle

28 mars 2010

°°°

de WAGIN,
mort le 3 du 1° mois de 1758, à 73 ans :

Kuse ni natte / nishi ogamikeri / hatsu-ashita

L’aube du Nouvel An :
mais j’ai déjà l’habitude
de me prosterner vers l’Ouest.

Note de Y.H. :
Wagin mourut 2 jours après la première aube du nouvel an. Dans une cérémonie
dont l’origine se trouve apparemment dans la religion Shinto, les Japonais se
prosternent aux premiers rayons du soleil de chaque nouvel an. Wagin, un
bouddhiste habitué à se prosterner vers l’Ouest, en direction du paradis, tourne
maintenant son dos au soleil levant. Il suggère ainsi, dans une grimace, qu’il
appartient déjà plus au monde prochain qu’à celui-ci.  »

°

de WAKYU,
mort le 16 du 1° mois de 1692, à 44 ans :

Waga toshi no / yoyoshi no hana no / ageku kana

Mes quarante-quatre ans
fleurissent au dernier chaînon
d’un poème lié.

Note de Y.H.
 » Conventionnellement, le dernier verset (ageku) d’un renga contient un mot de
la saison du printemps. Wakyu compare sa vie longue de 44 ans à un poème lié
qu’il termine avec une image du printemps.  »

°

de WAKYU,
mort le 10 du 11° mois de 1759 :

Tsui ni yuku / yuki fumiwakete / fude no michi

En toute fin
je laboure à travers la neige profonde :
la voie du pinceau.

Note de Y.H. :
 » Wakyu mourut en hiver, et compare ici son prochain voyage à marcher lourdement
dans la neige (yuki fumiwakete). Cette ligne est aussi une ligne-pivot, en ce
que Wakyu semble dire que sa vie en tant que haïjin, disciple de « la voie du
pinceau » (fude no michi), a été aussi difficile que le voyage qu’il va bientôt
effectuer.  »

°°°

(tr. d.py)

Poèmes de mort du Japon – U – Ed Tuttle

28 mars 2010

°°°

de UKO
(mort le 3° jour du mois intercalé de 1743, à l’âge de 57 ans) :

Yuku kumo ni
made tsuredatan
hototogisu

Coucou,
emmène-moi jusqu’où
les nuages dérivent

°

de UKO,
mort le 7 du 3° mois de 1820, à 82 ans :

Uguisu no / naku ya wasururu / waga yowai

La voix du rossignol
me fait oublier
mon âge

°

de UNREI,
mort le 2 du 2° mois de 1717

Degawari wa / anoyo mo nigatsu / futsuka kana

Le deux du deuxième mois :
un échange de serviteurs
dans l’autre monde aussi.

Note de Y.H. :

 » Selon une tradition séculaire, les serviteurs de familles riches et
d’entreprises commerciales travaillaient sur la base de demi-années. Les dates
de renouvellement des contrats, dans la majeure partie du Japon, se situaient au
2 du 2° mois et au 2 du 8°. À ces dates, beaucoup de serviteurs retournaient
chez eux, et d’autres venaient prendre leur place… La première de ces dates,
au 2° mois, est un mot de saison pour le printemps, dans le haïku, et Unrei,
mort ce jour-même, étend l’image des serviteurs quittant leur office à sa propre
sortie de ce monde dans le suivant.
La mort d’Unrei fut décrite ainsi :

Unrei, samouraï à l’origine, abandonna la société et se mit à errer à travers le
Japon. Il étudia le haïku avec Shiko ((mort en 1743 – voir son jisei dans JDP,
p.292/3)). Après quelque temps, il se bâtit une cabane dans le village d’
Izumozaki, dans la province d’Echigo (présentement Préfecture de Niigata), où il
enseigna le haïku aux locaux. Il y but du vin, apprit à observer les vanités du
monde, et s’abstint de manger des céréales. Quand il eut décidé qu’il avait
assez vécu, il demanda à ses amis de lui construire un cercueil. Le deux du
deuxième mois, Unrei se leva le matin, se rasa la tête, se baigna, changea
d’habits et dit :  » Aujourd’hui il y a une bonne raison de préparer une fête
pour tous. » Il but et mangea avec ses amis, et au milieu de la fête dit :  » Et
maintenant je vais entrer dans ce cercueil, de manière à mettre en pratique ce
que j’ai appris durant ma vie. Quand mon souffle s’arrêtera, prenez soin du
reste. » Il lut un court testament, et sur le même papier écrivit son poème de
mort… Ceux qui étaient avec lui ne le crurent pas. Ils pensait qu’il était
ivre, et quelques uns plaisantèrent même :  » S’il est si facile de quitter ce
monde, alors, allons-nous en tous ! » Cependant, vers midi, Unrei cessa de
respirer, et il mourut appuyé à un pilier, son visage rougi de boisson, dans
l’attitude du sommeil. Ses amis l’enterrèrent à Izumozaki.  »

°

de USEI,
mort le 7 du 7° mois de 1764, à 66 ans :

Rokujûroku / defune wa yasushi / hasu no kaze

soixante-six –
mettant voile en eaux calmes,
brise dans les lotus

Note de Y.H. :
 » Dans le poème de mort d’ Usei, la voix du poète devient celle d’un capitaine
barrant le voilier de la vie. Il annonce la durée du voyage – 66 (ans
d’existence) – la qualité de l’eau comme le vaisseau quitte le port, et celle du
vent qui souffle dans les feuilles des lotus sur le lac de l’après-vie.  »

°

de UTSU
(mort le 24 du 2è mois de 1863, à 50 ans) :

Ki no moto no / koyashi tomo nare / hana no nushi

Le propriétaire des fleurs de cerisiers
se change en compost
pour les arbres

°°°

(tr. d.py)

Poèmes de mort du Japon – TE / TO – Ed Tuttle

28 mars 2010

°°°

de TEISHI
mort le 6 du 9° mois de 1700, à 50 ans :

Asagao wa / hisashiki mono yo / gojû-nen

Un liseron –
mais comme il a duré !
cinquante ans pleins.

°

de TEMBO,
mort le 8° mois de 1823, à 83 ans :

Hana no negai / hanano no tsuyu to / naru mi kana

J’aimerais que ce corps
soit rosée dans un champ
de fleurs

°

de TESSHI
(mort en 1707) :

Mugi no ho ni
o o kakusaba ya
oigitsune

Parmi les tiges d’orge
un vieux renard
cache sa queue

( Teisshi fut célèbre pour les commentaires moqueurs qu’il adressait aux poètes
de son
époque, qu’il comparaît à des prostitué(e)s. La dureté de ses critiques irritait
jusqu’à son
meilleur ami, le poète Kikaku.)

°

de TESSHU,
mort le 6 du 6° mois de 1775, à 52 ans :

Nikugan o / hanarete mitashi / hasu no hana

Quand je quitterai
ces yeux de chair, j’aimerais voir
les lotus.

°

de TOGYU
mort le 15° jour du 8° mois de 1749, à l’âge de 44 ans :

Nam no mama
nokoru ha mo nashi
aki no kaze

quand les vents d’automne soufflent
aucune feuille ne reste
telle qu’avant

°

de TOHO,
mort le 18 du 1° mois de 1730, à 74 ans :

Aware naru / aji atatamaru / hioke kana

De la nourriture fume
sur le poèle –
ah, misère…

Note de Yoël Hoffmann :

 » (…) Toho, natif du même district que Bashô, mais de 13 ans son cadet. Bashô le rencontra pour la première fois quand il n’avait que 9 ans; la fois suivante fut 20 ans plus tard. À cette occasion, Bashô écrivit ce poème  » en honneur d’un vieil ami après vingt ans  » :

Inochi futatsu / naka ni ikitaru / sakura kana

À l’intérieur de ta vie
et de la mienne, vit
une fleur de cerisier.

°

de TOJAKU,
mort le 8 du 11° mois de 1799 :

Mu ni kaeru / mi zo yuki shimo no / itoi nashi

Je retourne
au vide où le givre et la neige
ne m’importuneront plus

Note de Y.H. :
 » Tojaku mourut en hiver, dont l’image apparaît dans la négation de ses attributs saisonniers.  »

°

de TOJUN,
mort le 29 du 8° mois de 1695, à 73 ans :

Shishô ni wa / chikusa no tsuyu no / gen mo nashi

Même la rosée distillée
d’un millier d’herbes
ne peut soigner cette maladie.

Note de Y.H. :
 » Tojun, père du poète Kikaku, était médecin. Il préfaça son jisei avec ces mots :  » un docteur de 73 ans concocte beaucoup de potions pour lui-même.  »

°

de TOKO
(mort le 11° jour du 2° mois de 1795 à l’âge de 86 ans) :

Jisei to wa
sunawachi mayoi
tada shinan

Les poèmes de mort
ne sont qu’une illusion –
La mort est la mort.

°

de TOKUGEN,
mort le 28 du 8° mois de 1647, à 89 ans :

Ima made wa / iki tawagoto o / tsuku yo kana

Ma vie fut
une folie jusqu’à
cette nuit de lune.

Note de Y.H. :
 » Tsuku signifie à la fois « raconter » (quand il accompagne un mot comme tawagoto, « du charabia ») et « lune » (en japonais classique).  »

°

de TOMOEMON
(acteur de kabuki, d’une troisième génération d’acteurs. On ne sait pas quand il mourut) :

Ongaku no
koe wa anoyo no
hatsu-yagura

Les sons d’une mélodie :
ainsi j’entre en scène
dans l’au-delà

°

de TOYOKUNI,
mort le 7 du 1° mois de 1825 :

Yakifude no / mama ka oboro ni / kagebôshi

Est-ce comme
un croquis au charbon –
une ombre floue ?

°°°

(tr. d.py)

contrebasse

25 mars 2010

°

pizzicati
de contrebasse
ses seins à contretemps

°

d.(19/3/10)

S.S.S.

25 mars 2010

°

l’exécuteur des basses oeuvres

le suppô(si)t(oire) du Capital

°

Mise au point à propos du renku 0)

25 mars 2010

Voici quelques extraits d’un échange à propos du renku, tels que postés entre janvier et mai 2008 sur la liste KasenAn08, lors de l’élaboration d’un kasen renku (à 6) avec anna, Martine, Monika, Jean-Claude, Philippe et Daniel :

°

 » Le renku est un enchaînement de strophes de 3 vers et de deux vers
Cet assemblage n’est cependant pas un empilement tanka + tanka + tanka …

Le tanka (est un « poème court » de 31 syllabes qui) fait effectivement la part de
la nature et des sentiments.

Le renku est une suite, une chaîne de strophes alternées. qui ne demandent pas
de réponse « sentimentale » à un verset « de nature » (ou inversement). Le sentiment
n’en est pas non plus forcément absent : il peut y avoir humour, admiration, compassion,
tendresse, … amour (: il y a des versets qui y sont consacrés) et toute la panoplie des
sentiments humains, mais qui s’expriment au mieux (à mon avis) à travers des notations
« concrètes » … »

(daniel).

Dans KasenAn08, « monikathomapetit » a
écrit :

 » Oui, Daniel, je partage passablement ton avis. D’après ce que j’ai appris
dans le fascicule sur le renku, publié par la revue Gong en avril 2005 (dont je recommande
chaudement la lecture), et en fréquentant des haïjin expérimentés qui pratiquent ce « poème
lié » depuis longtemps (Micheline Beaudry, André Duhaime, William Higginson) , un renku
traditionnel comme celui que nous sommes en train d’essayer n’est pas du tout un
enchaînement de tankas (même si, selon sa forme, il pourrait en avoir l’air et provoquer une
telle méprise.) Il s’agit bien plutôt d’un enchaînement de haïkus – des haïkus sous forme de
tercet (court – long – court) alternant avec des haïkus sous forme de distiques (= 2
lignes, long -long).  »

(Monika).

°

: ceci anticipe et complète la « mise au point à propos du renku » postée antérieurement ici !

(d.)

dérision

22 mars 2010

°

 » déminer par la dérision un monde dangereux tant il se prend au sérieux.  »

R. de Santamaria, in Backchich Hebdo n° 16, p. 15, à propos des membres du groupe Action discrète.

°

(haïku de gueule / 2 quarto)

22 mars 2010

°

Bien aimé ce portrait de Jean Daniel (« le vieux phare de l’Observateur« ) par J-M. Bourget, page 13 de Bakchich hebdo (n° 16) :

 » en artiste du violon sur le moi  » …

°

d.(22/3/10)