« Une Histoire du Haïku » R.H. Blyth – 18) Haïkus entre Bashô et Buson :

6 juin 2017

Ch. XIV, pp. 226-43 :

KIKAKU :

La pleine lune d’automne ;

sur le tatami

l’ombre du pin

°

RANSTESU :

Une fleur de prunier ;

la chaleur

d’une fleur de prunier

(adapt. d.p.)

°

BUNSON (mort en 1713), élève de Bashô, puis de Kyoroku :

La claire lune d’automne

Des endroits sombres,

la voix des insectes.

°

MOKUDÔ (? – ?), élève de Bashô :

La brise de printemps souffle

à travers les champs d’orge

le bruit des eaux

°

BAKUSUI (1720-83), élève de Kiin, puis de Shikô et d’Otsuyu :

Rentrant à la maison

par un autre chemin –

Ces violettes !

°

RITO (1680-1754), élève de Ransetsu :

Fleurs de pêcher épanouies ;

tout autour

nulle autre trace du printemps

°

MÔGAN (?-?), élève de Bashô, de Kyorai :

Fleurs de cerisiers

tombant dans le palanquin

d’un Daimyo

°

SUIÔ (?-?), élève de Bashô :

Une nuit d’automne :

rêves, ronflements,

sauterelles stridulantes

°

SHIDÔ ou FÛCHIKU (?-?), élève de Bashô :

Le vieux moine également,

le surplis sur l’épaule,

admire les fleurs de cerisier

°

YAYÛ (1701-83) :

Premier jour de l’année

les gens qui foulent la neige

ne sont pas haïssables

Je peux voir

deux ou trois étoiles ;

des grenouilles coassent

A l’époque de Yayû, le senryû se développa.

Un nid de guêpes :

il les défie

une serviette autour du visage

tirant de jeunes pousses de riz

il pisse dans la rizière

d’à côté

Se rafraîchissant au soir

l’aveugle s’oublie

dans l’obscurité

Une sieste de midi –

cette mouche

ne me laissera pas devenir papillon !

°

SENKAKU (1676-1750), élève de Sentoku :

Le vieil an s’en alla

frappant et trépignant

sans un regard en arrière

°

HAJIN (1677-1742) :

Un guerrier

s’en allant dans un bar à vin

sous la neige la nuit

°

SENTOKU ou TENTOKU, mort en 1726, à 63 ans. Elève de Rogen, puis s’associe avec Rosen. Avec Fukaku, ce fut lui le (plus) responsable de la dégénérescence du haïku après la mort de Bashô.

°

FUKAKU (mort en 1753, à 92 ans).

°

SOGAN (mort en 1791, à 83 ans) :

Rassemblant de jeunes pousses ;

laissant l’enfant

ramper sur le sol

Les rayons du soleil

obliquant sur la cloche du temple ;

la chaleur restante

°

RENSHI (mort en 1742, à 63 ans). Elève de Sampû :

Jeunes pousses !

Les laissant non-arrachées

à la fenêtre

Froide pluie d’hiver –

une rue de prostituées,

le mois sans dieux

°

SÔSUI (le Premier), mort en 1744, à 60 ans :

Un raccourci ;

les feuilles tombées 

cachent l’eau de pluie

°

SHISEKI (ou RYÔWA), mort en 1759, à 83 ans. Elève de Bashô, de Ransetsu :

L’épouvantail

portant un chapeau

pour un pèlerinage au sanctuaire d’Isé

Ô la maigreur

des vieilles cuisses

près du feu !

°

RYÛKYO (mort en 1748, à 63 ans). Elève de Tentoku, puis de Bakurin :

Fleurs de colza

resplendissantes et brillantes –

et un seul temple !

°

KIIN (mort à 1748, à 51 ans). Elève de Hokushi, d’Otsuyu :

Les graines de paulownia

dispersées

sous la première pluie de l’hiver

°

CHÔSUI (le Premier), mort en 1769. Elève de Ryokyô :

Etres humains éparpillés

sur l’horizon

à la pêche aux coquillages à marée basse

°

(A suivre : ch. XVII : TAIGI.)

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« Une Histoire du haïku » R.H. Blyth – 17) : Les femmes haijins : Chigetsu, Sute-jo, Sono-jo, Shûshiki, Kana-jo, Chine-jo, Chiyo-jo, Chôwa, Shôfu-ni :

5 juin 2017

(p. 207)

CHIGETSU (? – ?), mère d’Otokuni :

Les fleurs

à leur apogée

ne savent pas que je vieillis

Les pétales des cerisiers de montagne

tombent et se dispersent

sur le moulin du cours d’eau

Les belles-de-jour fleurissent –

mes parents

ne m’ont pas grondée

Un blizzard –

les oiseaux chantent fort

par-dessus mer et montagne

Une sauterelle stridule

dans les manches

de l’épouvantail

Ma silhouette aussi

a l’air misérable

sur cette lande désolée

Attendant le printemps –

de la glace mêlée

à la poussière et aux ordures

quelle chaleur !

des grenouilles

nées dans les flaques

Quelques nonnes

pas moins pitoyables

que ces épouvantails

°

SUTE-JO (1633-98), élève de Kigin :

Semblant

n’avoir rien à penser –

vent d’automne

Parmi les chemins nuageux

y a-t-il aussi des raccourcis ?

La lune d’été

Comme a chaud

la peau – la peau

qu’une femme cache !

°

SONO-JO (1649-1723), élève de Bashô (en 1689), puis de Kikaku :

Violettes

desséchées

dans le mouchoir de papier

Le chien aboie

au bruit des feuilles,

une bourrasque souffle

La fraîcheur –

Le noeud de mes cheveux

n’atteint pas le col de ma robe

Ô comme j’étais occupée

à cueillir les violettes,

absorbée en elles !

Quand l’enfant que je porte

joue avec mes cheveux –

quelle chaleur !

Le gel est descendu –

le vieux panier d’osier

de la nonne partant en voyage

Pressant mon front

contre le tatami vert –

quelle fraîcheur !

SHÛSHIKI (1668-1725), femme de Kangyoku. Elève de Kikaku :

La queue du faisan

touche doucement

les violettes

Pressant l’enfant

contre mon corps,

la neige froide tombe

Sortant de mon rêve,

quelle couleur 

avaient les iris !

Parent et enfant

sous la même couverture –

le gel de la séparation

(: pour la mort de la plus jeune fille de Kikaku, un an avant sa propre mort.)

°

KANA-JO (? – ?), « femme » de Kyorai :

Le ratisseur de sel entend la nuit

la voix proche

du coucou

Près du lys plantain

la sauterelle

chante son soutra

Les épis d’orge

suivent

les papillons qui oscillent

°

CHINE-JO (XVIIe siècle), soeur de Kyorai :

Aucun petit oiseau

ne passe à travers

ces forêts profondes

Lespédèzes et herbes de la pampa 

comme j’émerge de la route de montagne,

comme mon kasa est lourd !

Si longue est la nuit

que fatiguée du voyage,

je la traverse en dormant

°

CHIYO-JO (et CHIYO-NI), 1701-75 :

Champ ou montagne,

rien ne bouge

ce matin de neige

Comme est vivant et digne d’intérêt

l’endroit où se repose le mendiant,

des insectes chantant tout autour !

La lune d’été

touche

la canne-à-pêche

La fleur du prunier

donne son parfum

à celui qui casse la branche

Le rossignol

essaie encore,

essaie encore !

Me levant

et me couchant –

comme la moustiquaire est grande !

(: Supposé avoir été écrit lors de la mort de son mari (?)

°

(CHÔWA (mort en 1715 à 78 ans) :

Je t’ai attendu

coucou, coucou,

mais me suis endormi)

Une nuit de lune ;

venant sur une pierre

un grillon stridule

Sous la pluie de printemps

toute chose bénie

devient encore plus belle

Les traces de pas

sont celles d’un homme :

premiers flocons de cerisier

°

SHÔFU-NI (1688-1758), femme de Ryôhin, un disciple de Basho (mort en 1730) :

La lune d’automne !

M’appuyant au pilier de la véranda

et en faisant le tour

°

(A suivre, ch. XIV, p. 226 : « Haïkus entre Bashô et Buson »)

 

 

 

« Une Histoire du Haïku » R.H. Blyth – 16) Autres poètes de l’école de Bashô : Masahide, Kyokusui, Mokusetsu, Hajin, Tantan, Shihô, Banko, Yamei.

4 juin 2017

(p. 200)

MASAHIDE (1657-1723) :

Les hallebardiers

continuent de brandir leurs lances

sous la pluie d’hiver

Son jisei :

Quand je partirai

laissez-moi être ami de l’eau,

comme la lune !

°

KYOKUSUI (mort en 1717) :

L’étoile du soir s’évanouit

derrière le sommet –

la voix du cerf

Nuit froide !

le bruit d’une cascade

tombant dans la mer

La voix qui crie après le cheval

est la tempête

de la lande desséchée

MOKUSTESU (? – ?) :

Le vieil arbre

montre son mécontentement

aux fleurs qui s’épanouissent

°

HAJIN (1677-1742), professeur de Buson, élève de Kikaku et de Ransetsu :

Le hiragushi *

soudain chante, une seule fois :

nuit de lune

* sorte de cigale avec une voix stridente mais musicale. Ne chante que tôt le matin et le soir.

Son jisei :

Je ne savais pas

que le Royaume de l’Ouest

était prêt à me recevoir

TANTAN (1674-1761), élève de Kikaku :

« La poésie chinoise est une longue épée ; le waka est une épée ; le renga est une épée courte ; le haïkaï est un poignard. »

Première neige

sur le rocher

que les vagues ne peuvent atteindre

Son jisei :

Gelée matinale

et sur elle un dessin du mont Fuji

fait par un bâton

°

SHIHÔ (? – ?) :

Sous la pluie d’été

il s’agit simplement de faire

ce que dit le cavalier

Le tonnerre et les éclairs

cognent sans cesse

sur la lande d’herbes de la pampa

°

BANKO (mort en 1724)

°

YAMEI (? – ?)

La plaine au printemps –

la voix du faisan

l’a avalée !

Allant acheter un poney

les herbes de la pampa

me saluent

°

(A suivre : Ch. 13 : Les femmes haijins : Chigetsu, Sute-jo, Sono-jo, Shûshiki, Kana-jo, Chine-jo, Chiyo-jo, Shôfu-ni.)

 

 

« Une Histoire du Haïku » – R.H. Blyth 15 – Autres poètes de l’écoles de Bashô : Otokuni, Yasui, Bokudô, Rôka, Sora, Tôrin, Haritsu, Ranran :

4 juin 2017

(p. 194) :

OTOKUNI (? – ?) Etudie le haïku avec Bashô, avec sa mère Chigetsu, et sa femme.

Sur terre et sur l’eau

les oiseaux lancent leurs cris

à la tempête de neige

°

YASUI (mort en 1743, à 86 ans) :

Oies sauvages

oui, vous avez mangé mon orge,

mais maintenant nous devons nous séparer

L’alouette !

elle rivalise de forces

avec le vent du printemps

La première neige

tombe sur le paulownia

qu’elle a planté cette année

NB = à propos de sa femme, morte jeune.

°

BOKUDÔ (? – ?), frère aîné de Hokushi.

Sous les jeunes feuilles vertes

ce matin de printemps

il est naturel que je sois endormi

°

RÔKA (1672-1703) :

Un vol de cormorans

têtes dressées, remontent

le rapide cours d’eau

La neige de la nuit dernière

s’éclaircit ;

comme brille le bocage !

Son jisei (?) :

Verticalement et horizontalement

il fait plus noir près du paravent –

pluie froide d’hiver

Admirant la lune,

marchant sur les déchets crépitants du chanvre

au-delà de la porte du fond. 

On voit aussi

une enfant avec la variole

cet automne d’orge *

* automne de l’orge = l’été.

suspendue pour la première fois,

comme la moustiquaire sent,

pendant 2 ou 3 jours !

°

SORA (1649-1710) :

Toute la nuit

écoutant le vent automnal

de la montagne par derrière

Marchant, marchant sans cesse

même si je tombe épuisé,

je me reposerai dans ces champs

fleuris de lespédèzes

Ses petits seront fatigués de l’attendre –

l’alouette

s’élève si haut !

Quel oiseau est-ce,

solitaire et froid

dans la tempête automnale ?

°

TÔRIN (1639-1719) :

Sur sa tombe, ce verset :

Une pêche blanche ;

une goutte d’eau se détache

d’une couleur pure

°

HARITSU (1663-1747) :

Jusqu’à ce qu’elles fleurissent,

personne n’y fait attention –

fleurs d’azalées.

°

RANRAN (1648-93) :

La rose de Sharon

ne rit

ni ne pleure

Dans la rizière

la lune de printemps :

les ombres de la nuit sont tombées

°

(A suivre : Masahide, Kyokusui, Mokusetsu, Hajin, Tantan, Shihô, Banko, Yamei)

« Une Histoire du Haïku » R.H. Blyth – 14) Autres poètes de l’école de Bashô : Shadô, Rosen, Sodô, Riyû, Senna, Gochû, Tokoku :

4 juin 2017

Ch. XII, p. 187 :

SHADÔ – ou CHINSEKI – ( mort en 1737) :

Sur la haute levée

des « bulbuls » crient :

aujourd’hui avec ses nuages floconneux

°

ROSEN (1662-1743). Elève de Kigin, puis de Bashô. Il inscrivit son jisei sur sa pierre tombale :

Un logis rond

est meilleur qu’un carré :

réclusion hivernale

Lors des adieux

ma voix me revint rapportée

par les joncs

°

SODÔ (1643-1716) Elève de Kigin.

Un hibiscus,

comme une beauté

après son bain

Une averse soudaine ;

la lave du Mont Asama

est fraîche

Feuilles flottantes, feuilles recourbées,

les manières de ce lotus

sont trop variées

Le printemps est presque fini ;

la rose jaune est pâle,

la rhubarbe est amère

°

RIYÛ (1661-1705) :

Il est difficile de s’asseoir

près du mur nu –

quel froid !

°

SENNA (1651-1723) :

En retard pour la lune d’automne

les pluviers volent

pendant la journée

Une tache d’encre de Chine

sur ses lèvres, un jeune garçon

prend le frais du soir

°

GOCHÛ (? – ?), élève de Riyû :

Coupant les bambous,

le soleil brille sur le temple ;

premières feuilles colorées

NB : voir BONCHÔ :

Il fait froid ;

les montagnes où l’on coupe les bambous

ont changé de couleurs

Voir aussi RANKÔ :

Les feuilles colorées tombées,

on voit le temple de Seikanji

au travers des bambous

°

(p. 193)

TOKOKU (mort en 1690) : un des élèves préférés de Bashô :

Pluie sur les feuilles de cerisiers

Un prêtre du temple

porte de hauts sabots

Un matin de gel

le « bead-tree »

relâche ses baies

°

(A suivre : Otokuni, Yasui, Bokudô, Rôka…)

« Une Histoire du Haïku » R.H. Blyth – 13) Autres poètes de l’école de Bashô : Tohô, Shintoku, Rotsû.

4 juin 2017

TOHÔ (1657-1730) : Compila le « Sanzôshi » (« Les 3 carnets de notes » : dits de Bashô sur le haïkaï. Dont ce passage :
« Le maître dit : « Apprenez des pins, apprenez des bambous. » – « Apprendre » signifie s’unir aux choses et sentir leur nature la plus profonde. Ceci est le haïkaï. »

Poulains en été ;
le sable de la falaise
tombe grain après grain

Sur la feuille de paulownia
s’étale la brillance –
une luciole !


(p. 184)

SHINTOKU (1633-1689). Il apprit de l’école de Teitoku, puis de celle de Danrin et s’associa aussi avec des poètes de celle de Bashô

Comme c’est effrayant !
une femme avec des lunettes
à la fin de l’année !

Jour de pluie
quelqu’un passe devant mon portail
tenant des iris

ROTSÛ (1651 ? – 1739 ?) : un mendiant, qui rencontra Bashô en 1688.

« Rien pour toi ! »
disent-ils tous –
fin de l’année

Sur le lac Yogo
mêmes les oiseaux aquatiques
dorment ?

Au bananier feuillu
que va faire
ce vent d’automne ?

Les oies sauvages sont tombées
sur ma nuque,
cette nuit de gel !

°°°

(A suivre, Ch. XII, p. 187 : Shadô, Rosen, Sodô…)

Compte-rendu du 127e kukaï de Paris, du 3/6/17 :

4 juin 2017

En présence de 20 personnes, dont deux nouveaux venus : Michèle et Alain, 40 haïkus ont été échangés. 27 ont obtenu une voix ou plus :

°

Avec 5 voix :

hier la pluie –

la dernière

pour le grand pin

: Isabelle Freihuber-Ypsilantis

et :

tiédeur du soir –

des tintements de verres

que l’on rentre

: Cécile Duteil.

°

Avec 4 voix :

au passage

deux grains de raisin

: Daniel Py ;

Canicule

un à un ils s’envolent

les noeuds papillon

: Patrick Fetu ;

et :

Hôtel de province

ma valise en main

face au papier peint

: Philippe Macé.

°

Avec 3 voix :

au fond

de la crème anti rides –

un sourire

: Valérie Rivoallon ;

côté passager

les traces

d’un oiseau de passage

: Isabelle Freihuber-Ypsilantis ;

jour de canicule –

une joggeuse me demande

du feu

: Minh-Triêt Pham ;

et :

Retour de vacances

les fourmis refusent

de rendre la maison

: Alain Henry.

°

Avec 2 voix :

impromptu –

au piano se mêle

la grêle sur le carreau

: Jacques Quach ;

le pigeon rejoint

son ombre

en haut du mur blanc

: Jacques Quach ;

le silence –

chut… silence

le silence

: Francis Kretz ;

Lever de soleil –

dans sa chambre d’hôpital

mon père s’éteint

: Joëlle Ginoux-Duvivier ;

L’oiseau qui chante bien

ne se fait jamais siffler.

: Pascal Lys ;

nacre du printemps –

sur une épluchure d’asperge

la mite argentée

: Annie Chassing ;

pas un chat au cimetière des chiens ~

juste un drôle d’oiseau

: Pascal Lys ;

pelouse autorisée

un couple s’ébat

dangereusement

: Philippe Macé ;

et :

Pour combien de temps

son visage d’enfant

la jeune sans-logis ?

: Patrick Fetu.

°

Avec 1 voix :

Ah, Folâtrer

de fleur en fleur

derrière le papillon

: Danièle Etienne-Georgelin ;

Ciel si lourd –

le coq de la girouette

épingle un nuage

: Joëlle Ginoux-Duvivier ;

la mère à l’E.H.P.A.D.,

allégée de tout espoir,

sourit

: Philippe Gaillard ;

le vieux saule

son ombre a caressé

les yeux de l’aveugle

: Philippe Bréham ;

Odeur des thuyas –

Les mouettes planent

aux couleurs du couchant

: Danièle Etienne-Georgelin ;

planète bleue vire au rouge

mettre Trump au vert !

: Annie Chassing ;

Pour conter fleurette

la petite fleur des champs

sauve la mise

: Alice Schneider ;

sans se poser

le flocon fond au vent –

fleur de printemps

: Francis Kretz ;

et :

soir d’été

ce bambou caresse le mur

sans le toucher

: Philippe Bréham.

°

0 voix, mais remarqués :

l’orage est passé –

ouvrir ma fenêtre

au chant du merle

: Cécile Duteil

et

Maison de retraite –

à l’heure de manger leur soupe

ils râlent en douce

: Michèle Lila Harmand.

°°°

Prochain kukaï de Paris : samedi 24 juin, 15h30, bistrot d’Eustache (75001).

Puis, dans la foulée :

lecture de haïkus (extraits de recueils publiés en 2017), par le groupe « Haïkoustics », à la librairie-galerie Pippa (6 rue Legoff, 75005) !

°°°

 

 

« Une Histoire du Haïku » R.H. Blyth – 12) Autres poètes de l’école de Bashô : Ryôto, Shôhaku, Kakei

2 juin 2017

(p. 180) :

RYÔTO (1661-1717) Prêtre Shinto d’Ise.

ça va !

ça va !

le printemps de ma vieillesse

Son jisei :

Certainement, je suis prêt !

Ah, le coucou

de cette aube !

Les violettes fleurissent ;

les courtisanes doivent vouloir

voir les champs !

Houe à la main,

il sort pour réprimander –

fleurs de pêcher

°

SHÔHAKU (1650-1722). Etudia avec Teishitsu puis Bashô.

Les convolvulus fleurissent ;

couché dans ma chambre :

l’automne de mes années

Bottes de paille ici et là;

la lande desséchée

est vaste et solitaire

°

KAKEI (1648-1716). Editeur de trois des 7 anthologies de l’école de Bashô :

La lune de deux jours 

peut être soufflée

par la froide bourrasque d’hiver

En silence

les pétales du pêcher tombent

dans le feu du jardin

Tiges d’herbes

et une sauterelle

aux pattes cassées

La belle-de-jour

est d’un blanc pur,

la rosée invisible

°

TOHÔ (1657-1730). Compila le Sanzôshi, »Les trois carnets de notes » : dits de Bashô sur le haïkaï ; dont ce passage :

« Le maître dit : « Apprenez des pins, apprenez des bambous. » « Apprendre » signifie s’unir aux choses et en sentir la nature la plus profonde. Ceci est le haïkaï. »

Poulains en été ;

le sable de la falaise

tombe grain après grain

Sur la feuille de paulownia

le rayonnement s’étale –

une luciole !

°

(A suivre : Shintoku, Rôtsu, Shadô, Rosen…)

 

« Une Histoire du Haïku » R.H. Blyth – Ch. XI : « Autres poètes de l’école de Bashô » :

2 juin 2017

BONCHÔ (? – 1714)

La vache est devenue

mince et belle

sur la lande d’été

Le rossignol chante !

mes sabots collent

à la terre du champ

Ce roitelet

est-il venu au hameau

pour piailler pour moi dans ma solitude ?

La faible lumière de la fenêtre

avec des bûches entassées autour –

pluie froide de l’hiver

Un certain moine

hait

la capitale fleurie

(cf Shiki :

un certain moine

retourne chez lui

sans attendre la lune)

Jetant les cendres

les fleurs blanches du prunier de la haie

sont ternies

A travers la ville

diverses odeurs et vapeurs

sous la lune d’été

°

UKÔ (femme de Bonchô) :

L’ouvrage de couture

souillé sans la porter

par les pluies de juin

A travers les coups

de la cloche du soir,

le chant du coucou

°

IZEN (1646- 1711) :

Nous séparant

et grimpant la côte,

mangeant un kaki

J’ai fait ta connaissance,

épouvantail,

mais maintenant nous devons nous séparer

La nuit grandit

au-dessus des rizières

la Voie Lactée

le bord en pente de l’eau,

le chant des sauterelles

dans les flots

La courte nuit –

S’enfuyant sans régler

son asile de nuit

D’un coup d’aile l’oiseau s’élève

de l’eau 

légèrement, gaiement

Tombe dans mon grand mouchoir,

alouette dansante,

et je t’emmitouflerai dedans !

Les jeunes feuilles

bruissent et murmurent

sous la pluie ventée

°

(A suivre : Ryôto, Shôhaku, Kakei, Tohô…)

 

« Une Histoire du Haïku » – R.H. Blyth – 11) – Les 10 disciples de Bashô : Shikô, Etsujin, Hokushi :

2 juin 2017

SHIKÔ (1665-1731). Moine zen, il devint ensuite docteur. Elève de Ryôto ; rencontra Bashô en 1690. Fonda sa propre école. Ecrivit un nombre impressionnant de livres. Ses haïkus sont pratiquement des senryûs.

Le batelier

est dur d’oreille !

Fleurs de pêcher

Réprimandé

je vais dans la chambre d’à-côté –

Qu’il fait froid !

Considérez combien je suis seul,

tout seul en ce monde mondain,

avec une chaufferette

Froid, il est difficile de dormir ;

Si vous ne pouvez pas dormir,

il fait encore plus froid

ça m’est égal de devenir une vache !

je pourrais dormir le matin

et être au frais le soir

N.B. : « Quelqu’un a dû dire à Shikô qu’il deviendrait un animal dans une vie prochaine, s’il continuait avec le vin, les femmes et les chansons. »

Dans la bourrasque hivernale

un oiseau solitaire

a l’air d’avoir froid

Le cheval aplatit ses oreilles ;

fleurs froides

du poirier

Les champs tout désolés –

Rien ne s’étire

sauf le cou des grues

Moineaux qui piaillent

dans le réfectoire,

la pluie du soir tombe

Le clairon du coq d’à-côté

semble lointain

ce soir de neige

La pluie d’été

cesse assez pour que les alouettes chantent ;

puis à nouveau…

°

ETSUJIN (1656 – 1739?)

J’ai décidé de ne pas aimer –

comme j’envie

les chats amoureux !

La première neige –

Après l’avoir admirée,

je me lave le visage

Les roses jaunes 

au bord de la falaise

qui s’effrite

°
HOKUSHI (1665-1718)

Mâts alignés –

l’île

cachée dans le brouillard

Le soleil luit

sur la poutre du pont

à travers la brume du soir

Les belles-de-jour

fleurissent et fanent

côte à côte

Quand elle change de place,

le bruit des ailes de la cigale

est frais et reposant

Le son chaud

de la cloche fêlée du temple –

lune d’été

Ecrivant quelque chose

puis l’effaçant –

la fleur de coquelicot !

: ceci est le jisei d’Hokushi.

°

(A suivre : « Les autres poètes de l’école de Bashô » (ch. XI, p. 173))