Archive for novembre 2011

‘Tierra de nadie’ 5) – Salim Bellen

27 novembre 2011

°

Bougainvillées
la cabane du pauvre
cachée

°

S. Bellen, in Tierra de nadie, 5).

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Haïku japonais d’avant la mort – GOKEI – GOSEN – GOSHI – GOSHU

27 novembre 2011

GOKEI
(mort le 27è jour du 8è mois de 1769, à 53 ans)

des champs mourant :
le dessous des herbes gelé
heure de ma mort

°
GOSEN
(mort à l’hiver de 1799)

le printemps va arriver
avant la fin de l’an
mais moi…

°
GOSHI
(mort le 13è jour du 9è mois de 1775, à 66 ans)

Rendant merci
à la vie, je me retourne et m’incline
vers l’Est.

NB : Pour remercier le vivant des grâces reçues durant sa vie, le poète mourant se tourne vers l’Est avant de cheminer vers l’Ouest, direction du Paradis.

°
GOSHU
(mort le 28è jour du 6è mois de 1788, à 66 ans)

dégoûté du monde, je me retire sous la moustiquaire

°

(à suivre : H-)

Les 1012 haïkaï de Bashô – 46-53

27 novembre 2011

°

étoiles dans les yeux – souhaitant voir les fleurs sur les cerisiers pleureurs

(automne, année inconnue)

°

Ah cette vie ! des patates douces encore – la source de la lune des moissons

(automne 1672)

NB : « imo » (« patates douces ») et « dane » (« graine ») forment un jeu de mots du sens de « source ».

°

des lettres, oui, pas des feuilles colorées d’automne ratissées – brûlées après lecture

(automne, année inconnue)

NB : Jeu de mots sur « iroha » (« les trois premières des unités sonores japonaises, ou a-b-c (signifiant aussi « feuilles d’automne colorées »). De plus « kaki » (« écrire » et « ratisser » ou « griffer »). « kachu dome » signifie « brûler après lecture », note quelquefois ajoutée à la lettre.

°

dans la bouche de chacun la langue des feuilles rouges de l’automne

(automne, année inconnue)

NB : Le jeu de mots naît de l’idée de dire « dans la bouche de tout un chacun », quand tous parlent de la même chose. La comparaison entre les feuilles rouges et une langue rouge complète l’image.

°

Les regarder me fait presque m’abandonner aux fleurs prostituées

(automne, année inconnue)

NB : L' »ominaeshi » (« fleur vierge », Patrinia scabiosaefolia) porte de longues tiges de petites fleurs jaunes à l’automne. Écrit en caractères chinois, le nom signifie « fleur prostituée », de sorte que la jeune fille peut être chaste ou putain.

°

aujourd’hui, la nuit n’a pas de temps pour dormir – contemplation des fleurs –

(automne, année inconnue)

NB : Parodie ou réécriture du 28è tanka des Contes d’Ise.

°

voyez la forme – encore immature de la nouvelle lune de ce soir

(automne, année inconnue)

NB : C’est une « honki-dori » (« référence littéraire ») à un waka du Dit du Genjidans lequel l’expression « mada katanari » est employée pour se référer à une enfant « pure » parce qu’elle n’est pas encore assez grande pour s’accoupler. « yoi zukiyo » est la « jeune nouvelle lune qui n’apparaît que tôt le soir puis disparaît ». En corrélation avec une jeune fille envoyée se coucher de bonne heure.

°

séparée par des nuages, l’oie sauvage vit pendant un moment loin de son ami

(automne 1672)

On suppose que Bashô fait référence à son ami Magodayû, qui vivait à Iga. « kari » signifie à la fois « oie sauvage » et « temporairement ».

°

(à suivre : 54-1012)

« Le Pampre » 2)

26 novembre 2011

°
suite de l' »anthologie » des 283 haïkaï compilée par René Maublanc, dans la revue « Le Pampre », n° 10-11 (1923) :

IX Paysages

La récompense du travail,
C’est le regard sur la nature.
L’oeil du paresseux ne voit rien.

: Jules Renard, 1907
(5 phrases tirées des Histoires naturelles et de Ragotte et découpées en trois.)

Comme une breloque blanche
Sur un grand gilet vert :
Le village sur la colline.

: Georges Long (mars 1923)

Sur la toile tendue du ciel,
La locomotive écrase
Un tube de blanc.

: René Druart, 1923.

Le vent
Hésitant
Roule une cigarette d’air.

: Paul Éluard (1920, Trois haïkaï publiés par la NRF)

Dans l’éclaircie de l’allée d’arbres,
Subite joie blanche
De deux fillettes.

: René Druart (1923)

D’une main elle bat le linge
Et de l’autre rajuste
Ses cheveux sur son front.

: Paul-Louis Couchoud (1905)

Un gros tas de feuilles vertes
Passe sur la route
Avec des jambes d’homme

: René Maublanc (14 juin 1917)

Un rayon de soleil
Joue sur le mur blanc :
Un sabre d’or.

: Georges Long (mars 1923)

Des paquets de mer ont franchi la digue :
Par-dessus le mur
Le lierre déborde.

: Julien Vocance.

Sur le cercle d’horizon blanc
Vingt petits nuages blancs
Ronds comme des ballons captifs.

: René Druart (1921).

Horizons :
Dômes de nuages
Et les peupliers minarets.

: Julien Vocance.

L’épaule brumeuse des monts
Sous les écharpes du soleil
Frissonne encore.

: René Georgin (février 1922)

Sur le ciel gris,
Balancement des branches noires.
Indécision.

: Olivier Realtor.

De ton coffre de brume,
Impuissant soleil,
Enfin sortiras-tu ?

: Henri Druart (1923)

La vallée est un golfe,
Où la ville se noie,
En sonnant les cloches.

: René Maublanc (Bar-le-Duc, mars 1920)

Une plume donne au chapeau
Un air de légèreté :
La cheminée fume.

: Paul Éluard (1920)

Une borne sur la route,
Un mot dit par un passant,
Et c’est l’exil.

: Marianne Fock (Mai 1923, 6 haïkaï inédits)

Mais en exil
À quoi bon cette fleur, cet insecte,
Ce nuage ?

: J-M. Junoy (5 haïkaï tirés de la plaquette « Amour et Paysages »)

Je me tais. J’écoute
Un pas qui vient sur la route
Et mon coeur qui bat.

: Anonyme (décembre 1920)

X Printemps

Des points blancs dans un buisson noir.
Est-ce encore de la neige,
ou déjà des fleurs ?

: René Maublanc (23 février 1919).

Avril !
Tiens, il a encore neigé cette nuit ?
Non ! Une haie d’aubépines en fleurs.

: Jean Bach-Sisley (2 haïkaï).

Dans la liesse des fleurs
Le noyer rébarbatif
Perpétue un gerçant hiver.

: Henri Druart (1 mai 1923)

Tous ces verts marronniers pansus
Se moquent entre eux du noyer
Qui n’a pas encore de feuilles.

: Roger Lecomte (avril 1923).

Mon sorbier brandit vers le ciel,
Pour le repeindre en bleu et blanc,
Cent petits pinceaux vert-pomme.

: Jean Breton (Mars 1921, 25 haïkaï dont 16 inédits).

Hideur de la prison.
Le criminel a souri
Au pissenlit de la lucarne.

: Henri Druart (1 mai 1923)

Des gouttes de sang
Sont tombées du ciel
Pour s’accrocher au cerisier.

: Bernard Desclozeaux (3 haïkaï inédits).

XI Été

Les joncs même tombent de sommeil.
Je rôtis délicieusement.
Midi.

P-L. Couchoud (1905).

Le train sur son chemin géométrique
Traverse le mois de juin.
Les coquelicots font la haie.

: Pierre-Albert Birot (2 haïkaï publiés dans la NRF)

En plein jour de la prairie
La voie lactée.
Marguerites des près.

: Julien Vocance.

Dans le soir brûlant
Nous cherchons une auberge.
O ces capucines !

: P-L. Couchoud (1905)

Avec sa petite faucille,
Comment pourra-t-elle
Faucher tout le champ ?

: P-Louis Couchoud (1905)

XII Automne

Vers le ciel indigo
Le pommier vend son étalage
De porcelaines écarlates.

: Jean Breton (septembre 1920)

XIII Hiver

Faute de feuilles,
Le marronnier, dans la nuit claire de Février,
Prend des étoiles.

: Jean Breton (Février 1922).

La neige est trop blanche :
Les chats gris sont noirs,
Et les blancs, jaunes.

René Maublanc (Février 1919)

Une semelle et un écu
Cheminent dans la neige :
Piste du braconnier unijambiste

: Albert Poncin (1920)

XIV La nuit

Il reste écrit sur le couchant
Que le vent chassa le soleil
À coups de balai.

: Jean Breton (Avril 1922)

Les monts figés qui s’assombrissent,
Au loin des maisons qui s’éclairent :
Sérénité.

: René Georgin (Février 1922)

Caïmans de la route,
Gueule ouverte dans l’ombre,
Des troncs de noyers.

: Julien Vocance

Plateau d’argent
Qui quête des étoiles :
La lune.

: Georges Long (Mars 1923)

Nuit d’Août. Les crêtes des montagnes
Avec les étoiles filantes
Jouent à la balle.

: René Georgin (Février 1922)

La lune citron
Rit en baignant de rayons
Tous les cimetières.

: Anonyme, Décembre 1920. (Un haïkaï publié dans L’Humanité)

Clouée dans la plaine
Comme un monstre de feu,
La ville nocturne.

: René Druart (1923)

XV La montagne

XVI Voyages

Le train arrivait ;
J’avais un baiser tout prêt ;
Le train est parti.

: Jean Baucaumont (3 haïkaï publiés dans L’Humanité)

Des relents d’huile cuite,
Des parfums de jasmin :
Un patio.

: Maurice Gobin, Cordoue, 1917.

Un gros ventre rose
Sur un petit âne :
Vers la mosquée.

: Maurice Gobin, Eyoub, 1917.

D’un tas de linge sale qui chemine
On voit à l’arrière émerger
un crâne de bébé noiraud qui dodeline.

: Jean Breton (Avril 1922)

Sur un monceau d’épais tapis
Trois moricauds de bronze trônent :
Et sous le tout un ânon trotte.

: Jean Breton (Avril 1922)

Noirs esclaves des sultanes,
Les ifs montent la garde
Autour des orangers.

: Jean Breton (Avril 1922)

(à suivre… :

XVII L’eau
XVIII La mer
XIX Tanka
XX La guerre
XXI Vincennes, 14 Juillet 1917.
XXII Les ruines
XXIII Tercets philosophiques
XXIV Le coeur.)

Correction du haïku d’Albert Poncin p.22 de ‘Seulement l’écho’ (D.Chipot), éd.La part commune

26 novembre 2011

Bonjour

Il faudrait lire ce haïkaï d’Albert Poncin (= avec un point d’interrogation final), ainsi :

L’une peut dire « Papa »,
L’autre ne sait pas.
Ma nièce ou sa poupée ?

Albert Poncin, 1920.
in la revue « Le Pampre » n°10/11, 1923.

(cité par D. Chipot, dans Seulement l’écho, p.22, éd. La part commune, 2010.)

Pour contrer Barthes (et autres Sieffert…) ?

21 novembre 2011

Retrouvé, de Jean Sarocchi, dans la Revue d’études Japonaises « Daruma » n°1,
du printemps 1997, au sein de son article « traduire le haïku », pp.17-80 :

°

« les 17 syllabes du haiku traditionnel, réparties 5/7/5, sont souvent rendues,
en français ou en anglais, par un compte à peu près égal de syllabes, réparties
en trois vers. Il suffit de lire des haiku dans leur graphie japonaise pour
s’apercevoir à l’oeil nu (c’est-à-dire non armé d’intellection) que les trois
vers n’y sont pas, ou rarement. Or le spécialiste patenté, René Sieffert,
s’applique, tel un scrupuleux écolier, à ce comptage, sans éviter pour autant le
mécompte. (…) En revanche, fasciné par Barthes, dont l' »Empire des signes »
figure, dans la décennie 1970-80, une sorte de livre canonique, [Maurice Coyaud]
ne s’interroge nullement sur la sorte d’intimité que Barthes entretient avec le
haiku. Et si je fronde les spécialistes parce qu’ils échouent à traduire, il me
faut avec eux m’étonner que les traductions soient reçues telles quelles, sans
soupçon, par des écrivains aussi subtils que Barthes. Mais Barthes n’est pas un
poète, le signe a trop d’empire sur lui. »
(p.19)

°
(p.29 :)

« si Roland Barthes se leurre dans l' »Empire des signes » quand il espère
s’initier là-bas à une « systématique de l’inconcevable », ils ([Merleau-Ponty et
Barthes] nous charment, l’un et l’autre, par ces « abstracts » de philosophe ou de
sémiologue, qui trahissent leur ancrage d' »Occidentaux ».

°

(p.31)
« Je n’ai pas lu Bashô, Barthes non plus ne l’a pas lu, ni même Bonnefoy ou
Jaccottet : font comme si ; leur contradiction, c’est d’avouer qu’ils n’y
entendent rien, puis de commenter ou de célébrer comme s’ils avaient entendu  »

°

(p.42)
« On peut s’étonner que Barthes, si fasciné par les signes, et convaincu qu’un
signe ne s’ouvre jamais que sur le visage d’un autre signe, n’envisage pas,
citant des haiku, les signes japonais, chaque fois, correspondant, et leur
calque phonique, pire, qu’il ne s’interroge même pas sur la qualité de ces
signes traduits dont il se suffit comme s’ils appartenaient à « l’empire des
signes », au même titre que la tempura ou le sashimi. A fortiori s’étonnera-t-on
que Bonnefoy, poète, lui, et de surcroît capable sur l’écriture-peinture du
haiku d’une pénétrante réflexion, se hasarde à interpréter des poèmes dont il ne
vérifie pas le graphisme et la sémantique, s’exposant ainsi à des bévues. »

°

(p.51)
 » L’on prétend que le haïku suspend le sens, ne veut rien dire (Barthes), donc
le commentaire serait impossible. Faux ! Le haiku veut toujours dire quelque
chose. L’idée que ça ne veut rien dire est une coquetterie de sectaires
précieux. Buson écrit : « c’est le soir, l’automne je pense seulement à mes
parents ». Si le commentaire ici n’est pas de mise, ce n’est pas que le sens soit
manquant, c’est qu’il est transparent. Mais nombre de haiku tels quels
(traduits) décevants pour le lecteur étranger gagnent évidemment à être
commentés. »

°

(p.58)
« Question de mouche, je ne sens aucune différence entre Issa (« dans la véranda
la mouche frotte ses mains suppliantes on la tue ») et moi. Tout le discours de
Barthes sur la différence japonaise s’effondre : capucin de cartes truquées. »

°
Bien à vous,
D.

Compte-rendu du kukaï de Paris n°60 du 19/11/11

20 novembre 2011

Bonjour !

En présence de 13 personnes, dont notre amie Québécoise Jeanne Painchaud, 41 haïkus furent échangés. 23 d’entre eux obtinrent une voix ou plus.

°°°
A obtenu 7 voix :

ciel de traîne / la lumière prisonnière / du pot de coings
(Danièle Duteil).

°
A obtenu 6 voix :

les blés ondulent – / je ne saurai jamais / danser le tango
(Michel Duflo).

°
Ont obtenu 5 voix :

nuit de lune / les silences comblés / par le bruit des vagues
(Danièle Duteil) ;

et :

Train de banlieue – / la bouche ouverte / d’une poupée
(Paul de Maricourt)

°°
A obtenu 4 voix :

manège – / le cri de l’enfant autiste / décrochant la lune
(Michel Duflo).

°
A obtenu 3 voix :

Photo de famille – / le frémissement des lèvres / avant le sourire
(Lydia Padellec).

°
Ont obtenu 2 voix :

échos du jour – / le soleil / sur l’herbe floue
(Paul de Maricourt) ;

L’ascenseur – / Juste un parfum / pour m’accueillir
(Patrick Fetu) ;

Le tracteur dans le champ – / Envie de retourner / la terre
(Gwenaëlle Laot) ;

Palais vénitien – / au pas de la porte / un pigeon
(Meriem Fresson) ;

Sur sa terre / Mon père étale du goémon – / Marée haute au jardin
(Gwenaëlle Laot).

°°
Avec 1 voix :

à son envol / la dernière feuille / est tombée
(Antoine Gossart) ;

Brise vénitienne – / à l’unisson sur les eaux / deux bouteilles de plastique
(Meriem Fresson) ;

ciel constellé / un vide immense / sans la lune !
(Philippe Bréham) ;

corbeaux / sur des arbres / bariolés
(Daniel Py) ;

dans le soleil d’automne / en mourant / elles dansent
(Antoine Gossart) ;

Derrière les arbres / un tintement de cloche / puis – la bergère
(Valérie Rivoallon) ;

Feuillage dense / fixement regarder / l’immobile
(Meriem Fresson) ;

ils goûtent au ciel / les douze poissons rouges / une bulle à la fois
(Jeanne Painchaud) ;

Père Lachaise – / sur les tombes délaissées / les feuilles jaunes
(Gwenaëlle Laot) ;

sur sa tombe / derrière le pot de fleurs / un escargot
(Patrick Fetu) ;

Sur ton visage lumineux / l’ombre d’une mèche / rivalise avec les vagues
(Lydia Padellec) ;

vignes vendangées – / la partie de dominos / peut reprendre
(Michel Duflo).

°° A été commenté, pour sa structure inhabituelle et minimaliste :

Pluie / sur les Champs-Elysées / Qu’importe !
(Valérie Rivoallon).

°°°

Jeanne Painchaud, qui vient de publier aux éditions de la Lune Bleue (de Lydia Padellec) Le ciel si pâle (haïkus), qui est déjà épuisé (!), nous a présenté son travail de diffusion du haïku sous diverses formes : boîtes-haïkus, enveloppes-haïkus, jeux de marelle-haïkus, parcours-haïkus en pochoirs sur trottoirs… exposés dans divers lieux : expositions, médiathèques, distributeurs de cigarettes « recyclés », festivals… Elle nous a initiés au pliage (origami) afin de fabriquer une lanterne-haïku. On peut consulter avec profit son site :
http://www.jeannepainchaud.ca
Nous avons ensuite terminé cette très agréable soirée, dans notre bistrot d’Eustache habituel, autour d’un bon repas. Merci à toutes et à tous ! Et au samedi 10 décembre prochain pour notre dernier kukaï 2011, à 15 heures d’abord, sous la houlette de Lydia qui nous fera réaliser des cartes-postales-haïkus, moyennant la modique somme de 5 euros. Apportez pour ce faire votre timbre postal (et un haïku – ou bien vous l’écrirez sur place)).
Nous continuerons à 16h30 avec notre « concours » habituel. Lieu prévu – devinez donc ! : le bistrot d’Eustache, 37 rue Berger, Paris 75001. A bientôt donc, et bons haïkus en prévision !
D.

Les 1012 haikai de Bashô – 36-45)

19 novembre 2011

°

du temple d’Uchiyama –
les visiteurs ne peuvent pas savoir
que les cerisiers fleurissent

(printemps 1670)

NB : jeu de mots entre le nom du temple Uchiyama Kongôjôin Eikyûji à Nara, de la secte bouddhiste ésotérique de Shingon, et « uchi » (« dans ») + « yama » (« montagne » ou « enceinte du temple »

°

arrivée du printemps
même un garçon sait décorer
la corde de paille de riz

(printemps 1671)

Au Nouvel An, premier jour du printemps, une corde faite de paille de riz tressée (symbole shinto) était suspendue au-dessus de la porte des maisons. Jeu de mots comprenant « warawa » (« garçon ») et « wara nawa » (« corde de paille de riz »).

°

mets-la pour l’essayer
la veste rembourrée
la robe fleurie

(printemps 1671)

la « jinbe ga haori » est une veste rembourrée. La « hana goromo » est une robe fleurie mise pour contempler les fleurs de cerisiers. « Haori » ressemble à « gaori » qui signifie « se rendre à la beauté des fleurs », et « kite » signifie « venir » ou « porter ».

°

la pluie du début de l’été
mesurant les hauts-fonds
de la rivière Souvent-vue

(été 1670)

NB : Le nom de la rivière, Minare, peut se traduire par : « tellement vue qu’elle en est familière ». Elle est un bras de la rivière Yoshimo. Quelques uns considèrent que la strophe personnifie la pluie, mais d’autres la considèrent comme un simple jeu de mots.

°

bosquet d’été / petite épée
portée – au fond des montagnes
un pompon sur la hanche

(été 1672)

NB : le mot « kodachi » signifie un « bouquet d’arbres » ou une « courte épée ». On peut voir cette strophe comme une personnification dans laquelle la montagne est un guerrier portant une épée d’arbres.

°

belle,
du melon-princesse –
un coeur d’impératrice

(été 1671)

le jeu de mots s’articule sur « hime uri » (« le melon-princesse », Cucumis melo) et « zane » (« coeur » ou « noyau ») qui sonne comme « sane » (« clitoris »).

°

couple de cerfs –
poil sur poil en accord
poil dur

(automne 1671)

NB : Bashô utilise le mot « ke » (« poil ») trois fois. Dans sa vieillesse, Bashô admit que dans sa jeunesse il aimait les hommes. Cette strophe, écrite à l’âge de vingt-huit ans, peut sembler provenir de ces expériences.

°

n’aimant pas les fleurs
les bouches des bavards
la bouche du vent

(printemps – année inconnue)

NB : L’expression « iya yo » (« je n’aime pas ») était couramment employée dans des chansons populaires. L’expression « hitori ni wa iya yo » (« je n’aime pas dormir seul ») était très proche de « hana ni iya no ».

°

quand vous en plantez
prenez en soin comme d’un bébé
cerisier sauvage

(printemps – année inconnue)

NB : Ce verset se base sur un manuel chinois de jardinage. Le poème de Bashô figure dans une anthologie compilée par Kigin, en 1676, qui contenait 6600 poèmes de 900 poètes. Ces chiffres donnent une idée de la popularité du haikai à cette époque.

°

pousse de bambou –
une goutte de rosée suinte le long des nodules
de générations de bambous

(été – année inconnue)

NB : Le jeu de mots est formé avec « yoyo », qui peut être « nodules » du bambou ou « génération après génération ». « Toyo no » est un adverbe qui décrit comment des gouttes de liquide suintent ou coulent.

°

(à suivre : 46-1012)

haiku, etc. de Py – nov 11 – 1/2)

15 novembre 2011

°

après le cri du coq
et le blanc du jour,
le vol d’une punaise

une punaise
parcourt
la revue du tanka

venue
jusqu’aux livres de haïkus
la punaise

repartie

°

2 novembre :
inaugurer
la Fête des Mores

°

le haïku =
l’art du vrai
/ le dés-art

le n-art/urel

narturel

arturel

: le plus arturel possible

°

(passons :)
une araignée tend son arc

°

la pluie –
nous restons étendus –
premier novembre

°

La compagnie du chrysanthème

°

1 minute 11
au téléphone
ce 1/11/11

°

blanchir
les mots

°

« La comédie de Fukushima » *

des querelles de becquerels
autour de
Fukushima leur amour (?)

Fukushima :
prises de becquerels

Fukushima :
crise(s) de becquerels

* : article d’Étienne Barral, p.15, Franscope.

°

-balterner

°

sur le parvis
de la cathédrale de Reims
le bruit d’un bouchon

– Quel est le bruit d’un bouchon ?

°

transports en commun
pets du matin

°

elle disparut
dans le gouffre du soir…

°

À Longueuil (QC)
une rue
de Maricourt

À Orly (Fr)
l’Avenue de Dorval

°

acheté une plante –
laissé son nom
chez le fleuriste

°

Je, est-il besoin d’en faire tout un plat ?

plat – je

_

plat – je – nous

à plat je

je, le centre de quel monde ?

Qui est je ?

Êtes-vous je ?

à je nous ?

où est je ?
As-tu vu je ?
Quel est ton je ?

Quel je ?

« je » est-il le centre du haïku ?
pour vouloir tant en parler,
l’exalter ?

« je » = pas très intéressant !

je ? bof !

je ? Tout le monde est supposé en avoir un
– et alors ?

– Quel est l’intérêt du « moi » ?
– : Prendre plus de place

°

laisse passer
laisse pisser
laisse se dissiper…

°

une poubelle
roule son orage
en bord de rue

°

Interroger les mots
: justesse
/ : justice ?

°

à la terrasse du bistrot
face au soleil de novembre
elle lit
SOLAIRE *

* Nrf, Gallimard.

°

(1)2 novembre –
faire la toilette du more !

°

Bashô, dès son quatrième haikai
entorse la règle 5/7/5 :
« kyô wa kuman / kusen kunju no / hanami kana » *
(Nouvel An 1666)
* : 5/5/5.

°

icono(p)lastique

iconnarclaste ?

°

chemin écrivant

planté dans l’encre

°

nuit blanche
Lune bleue *
Bâton rouge

(haï coudra peau)

* éditions.(L.P.)

°

se pencher
à peine
sur l’un peu

°

TROU VER

°

diè si ré

°

j onction

°

s’é-pencher (sur soi) =
(l’) anti-haïku !
Tanka, oui, peut-être !

°

(à suivre… )

Les 1012 haikai de Bashô – 31-35)

14 novembre 2011

°

se réjouissent / les gens – au temple Hatsuse / cerisiers sauvages

(printemps 1668)

°

cerisier-« fil » / quand on veut s’en retourner / les pieds s’emmêlent

(printemps 1668)

°

quand le vent souffle / le cerisier-« chien » s’amenuise / comme une queue

(printemps 1668)

°

crête d’une vague / les fleurs comme la neige fondent / pour revenir précoces

(saisons diverses, 1668)

NB : La crête d’une vague s’appelle « la fleur » à cause de la similitude entre l’eau blanche et les cerisiers en fleur. Les grands flocons pelucheux de neige s’appellent des « fleurs de neige ». Bashô combine ces images avec différentes significations de sorte que les « fleurs » de neige qui ont fondu forment une vague de fleurs, comme l’eau, qui revient comme des fleurs qui s’épanouissent trop précocement à cette saison.

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katsura otoko / suma zu nari keri / ame no tsuki

cet homme élégant / clairement ne vit plus – / lune de pluie

(automne 1669)

NB le mot « suma » peut signifier « vivre » ou « s’éclaircir ». D’après des légendes chinoises, la figure qu’on voit sur la lune était un « katsura » (« arbre de Judée »). L’image devint celle d’un homme élégant ou un lapin bondissant, image japonaise traditionnelle. Le lien culturel se trouve au chapitre 73 desContes d’Ise : « Arbre de Judée sur la lune ». Le chapitre 23 contient la ligne « otoko / suma zu nari keri » (L’homme ne vint pas vivre avec lui/elle), ce qui donne au verset de Bashô un autre tour.

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(à suivre…)