Posts Tagged ‘Bashô’

Glossaire des termes relatifs au haïku – (H-I) :

20 novembre 2014

HON’I : Caractère essentiel. Un principe esthétique de base du renia dans lequel la manière dont on voyait ou écrivait sur certaines choses suivait certains principes ou règles. Ainsi l’amour était toujours l’amour non partagé, les voyages impliquaient toujours de la souffrance et partir de la capitale, où les fleurs signifiaient les fleurs de cerisiers et la lune signifiait la lune des moissons, sauf si autrement mentionné.

HONZETSU : Allusion. Ce terme fait référence à l’allusion à un poème chinois écrit auparavant. A cause de ses études poussées de la poésie chinoise, on pourrait qualifier beaucoup de « honkadori » de Bashô de « honzetsu ».

HORAKU : Poèmes écrits ou donnés dans les temples comme ex-votos pour les dieux ou Bouddha.

HOSOMI : Délicatesse / sveltesse. Le concept que Bashô avait pour sa poésie au même titre que « sabi » et « shiori ».

HYAKUIN : 100 versets. Terme désignant un renga de cette longueur. Avant que Bashô ne raccourcisse le renia à 36 versets, la longueur habituelle d’un renia était de 100 strophes.

IISUTE : Une séquence courte avec un nombre irrégulier de strophes ou un renia qui s’est terminé abruptement.

JI : Simple. Terme employé pour décrire les versets d’un renia qui sont moins impressionnants. Un des arts de la forme est la combinaison des « mon », versets les plus marquants, avec les versets moins voyants.

JIAMARI : Lignes hypermétriques. Dans la poésie avec des mesures métriques comptées, « kana », quelquefois la ligne aura plus de 7 ou de 5 syllabes. Le hokku du corbeau de Bashô (le plus célèbre) comporte deux « syllabes » de plus au deuxième « vers ».

JIGUCHI

(à suivre…)

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Glossaire des termes littéraires relatifs au haïku – (suite : « H »)

20 novembre 2014

HANA NO KU : Les versets de fleurs (n°s 17 et 35 d’un « Kasen » renga), dans lesquels on doit mentionner les fleurs de cerisiers.

HANJA : Le juge d’un concours de poésie.

HANKASEN : Un demi-kasen, ou renga ne contenant que 18 strophes.

HIBIKI : Echo. Terme utilisé pour décrire deux strophes reflétant des images proches, ou un lien « de même manière ».

HIE : Froid. Le concept de beauté froide, glacée, prisée par les poètes et écrivains médiévaux.

HIKIAGE : Avancé. Nom d’un lien de fleur ou de lune qui se produit avant sa place fixée dans un renga.

HIRAKU : Nom de toute strophe de renia qui n’a pas de nom précis. Celles autres que le verset de départ (hokku), le deuxième verset (wakiku), le troisième (faisan), et le dernier (ageku).

HOKKUWAKI : Autre terme pour un « tan renga » qui combine les noms des deux premières strophes d’un renia.

HONKADORI : Variation par allusion. Une strophe qui a emprunté des images ou des idées à la littérature ou se réfère à un incident communément connu d’écrits ou d’écrivains du passé. Appelé aussi HONMONDORI (« Emprunter pour dépasser »).

Deisetz Suzuki / Bashô

11 septembre 2013

« L’homme est un roseau pensant, mais il accomplit ses plus grandes oeuvres lorsqu’il ne calcule ni ne pense; il faut reconstituer « l’innocence de l’enfant » par de longues années d’entraînement dans l’art de s’oublier soi-même. Lorsque ce but est atteint, l’homme pense et pourtant il ne pense pas. Il pense, comme la pluie qui tombe du ciel ; il pense comme les houles qui déferlent sur l’océan; il pense comme les étoiles qui illuminent les cieux nocturnes; il pense comme les pousses vertes dans la paisible brise du printemps. En fait, il est la pluie, l’océan, les étoiles, la verdure. »

Deisetz Suzuki, cité par Alan Watts, in Matière à réflexion, éd. Denoël Gonthier, 1972.

« Apprenez du pin ce qu’est le pin… »
Bashô

« Le rire dans le haiku japonais » par Nobuyuki Yuasa

22 février 2013

Tiré de « Haijinx » Vol. I, n° 1 (printemps 2001), et d’après Rediscovering Bashô – une célébration de son tricentenaire, Global Books, 1999 :

« Le rire dans le haiku japonais »
par Noboyuki Yuasa,
fait partie d’un recueil d’essais qui détaillent les influences de Bashô sur le haïku d’aujourd’hui:

°°°

On conçoit généralement de nos jours que le rire appartient au domaine du senryû et que même un sourire n’est qu’accidentel dans le haïku. Il y a en effet beaucoup à dire pour la défense de ce point de vue habituel. Le haïku s’est formé à partir du hokku, poème initial de versets liés, requérant plus de dignité et de profondeur que le restant des poèmes de la chaîne, tandis que le senryû s’est formé à partir des « hiraku », les strophes comme simples membres de la partie centrale de la chaîne où l’on attendait plus d’esprit et d’imagination. On a aussi considéré généralement deux choses comme essentielles au haïku : le « kigo » , un « mot-de-saison » qui donne de l’élégance au poème, et le « kireji », un « mot-de-coupe » qui élève le statut du poème en lui donnant son indépendance syntaxique et son pouvoir émotionnel. Ni l’un ni l’autre ne sont nécessaires dans le senryû. De plus, on dit que les traits caractéristiques du senryû se trouvent dans la peinture (description) de « jinji », les affaires humaines, normalement de manière comique, et dans l’utilisation franche de « zokugo », des termes vulgaires.
Ayant dit cela, je ne peux cependant pas m’empêcher de questionner cette vue traditionnelle. Quand Yamazaki Sokan (1460-1540) et Arakida Moritake (1473-1549) initièrent le « haikai no renga », à l’ère Muromachi, celui-ci fut intentionnellement créé comme une révolte contre la tradition élégante du waka et du renga. Ceci étant suggéré par le titre même de l’anthologie qu’édita Sokan : Inu Tsukuba Shu, « Inu » signifiant « chien » et « Tsukuba » n’étant pas uniquement une métaphore du waka, mais également le titre de l’anthologie de renga compilée par Nijo Yoshimoto (1320-1388). Un exemple de l’anthologie de Sokan nous convaincra facilement de la « chiennerie » de sa poésie :

Sirote tes larmes –
Il n’y a rien pour moucher ton nez
dans ce mois sans dieux

Dans le japonais original, puisque « sans dieux » et « sans papier » se prononcent de la même manière, il y a là un jeu de mots qui impressionne le lecteur par son esprit. D’après les critères actuels, c’est probablement plus du senryû que du haïku. Pourtant, il fut choisi pour cette anthologie par le poète que l’on considère habituellement comme le père de la tradition du haïku. On peut voir le même esprit dans le poème suivant, de Sokan lui-même :

Dans la pleine lune
fourrez un manche, cela fera
un superbe éventail

Ce poème est iconoclaste au sens où la pleine lune, considérée traditionnellement comme l’incarnation même de la beauté élégante est ramenée du ciel à la terre. Cependant le poème n’est pas sans posséder quelque beauté, parce que lune et éventail mettent en valeur la fraîcheur du soir.

Un exemple de Moritake, maintenant :

Le saule vert
peint un sourcil sur le visage
d’une berge

Ce poème, à mon avis, est plus traditionnel que celui de Sokan en ce qu’il décrit une belle scène printanière, mais l’emploi hardi d’une métaphore le « distingue » de la poésie traditionnelle. On lit le poème d’une double façon, car derrière le saule nous voyons le visage d’une femme avec de beaux sourcils.

Cette tradition ouvertement comique, débutée avec Sokan et Moritake, fut d’une certaine manière révisée dans les premières années de l’ère d’Edo par Matsunaga Teitoku (1571-1653) qui essaya d’élever le « haikai no renga » du niveau d’une rébellion infantile. Il dit dans Tensui Sho que puisque le « haikai » est une forme de « waka », il ne faudrait pas le rabaisser au rang de poésie vulgaire. Mais Teitoku ne renia pas le rire. Il essaya plutôt de l’affiner. Un de ses disciples, Saito Tokugen (1559-1647) compara le renga au No et le haikai aux « kyogen » (interludes comiques joués entre les pièces de théâtre No), disant que tout ce qui était « inférieur », comme le kabuki, devrait être banni. Voici un poème de Teitoku qui montre la différence existant entre lui et les poètes le précédant :

Les boulettes aux fleurs
elles semblent préférer, toutes ces
oies sauvages qui s’en retournent

Teitoku provoqua souvent le rire en utilisant une expression proverbiale à un endroit inattendu. Dans ce poème, le proverbe populaire « des boulettes plutôt que des fleurs » sert à expliquer pourquoi les oies sauvages retournent au nord quand le printemps arrive au Japon.

Teitoku réussit, sans aucun doute, à chasser la vulgarité du haïkaï. D’un autre côté, il est indéniable que sa poésie devint quelque peu pédante : plus savante mais moins imaginative que celle de ses prédécesseurs. Cette tendance fut vivement attaquée par Nishiyama Sôin (1605-1682). Celui-ci forma avec ses disciples un groupe appelé « Danrin », ce qui signifie « forêt loquace ». Ce nom suggère que son groupe était plus proche de la vie des gens du commun. Par suite de cela, ils s’éloignèrent de la pédanterie de Teitoku, infusant à leur poésie un esprit de plus grande liberté. Voici un poème de Soin :

les ayant regardé longtemps
je chéris les fleurs, mais, ah,
la douleur dans mon cou !

Derrière ce poème nous voyons le tanka de Saigyo :

Les ayant regardé longtemps,
je chéris les fleurs si tendrement
que quand elles se dispersent
je ressens d’autant la tristesse
de leur faire mon dernier adieu

Nous devons ici admettre que, dans une certaine mesure, le poème de Soin est iconoclaste, mais d’une qualité autre que celui de Sokan. Le but de Sokan, nous l’avons vu, était de détruire le monde élégant du waka, tandis que celui de Soin était plutôt de présenter une scène humoristique. Je crois pouvoir dire que Soin fut le premier poète à découvrir la légitimité du rire dans le « haikai no renga ». Je pense que c’est ce que Okanichi Ichu (1639-1711) ressentait quand il disait dans Haikai Mokyu que l’essence du haikai est le rire (kokkei). Selon lui, le haïkaï devait s’écrire « sans rime ni raison », c’est-à-dire avec « des mots qui sortent spontanément de la bouche pour plaire à l’auditeur. »

Noboyuki Yuasa.

Compte-rendu du kukaï (n°75) de Paris

17 février 2013

Résultats du kukaï de Paris n° 75, du 16 février 2013.

°°
Bonsoir !

Tout d’abord, Mme Hiro Hata, nous informa que le 16 février est le « Saiigyoh ki », le jour anniversaire de Saigyo(h) Hoshi, poète et bonze. Né en 1118 et mort le 16 février 1190. De lui on se souvient particulièrement de son célèbre waka (écrit plusieurs années avant sa mort) :

Negawaku wa
Hana no shita nite
Haru shinan
Sono kisaragi no
Mochidzuki no koro

Puisse le ciel
Me faire mourir au printemps
Sous les fleurs de cerisiers
Au deuxième mois
Quand la lune est pleine

Le ciel exauça son vœu, et il mourut ainsi le jour anniversaire de la mort du Bouddha.

Bashô tenait Saigyo en très haute estime, fut souvent « inspiré » par lui, et entreprit son Périple vers le Nord profond, sur ses traces.

°°

En présence de 17 personnes, 51 haïkus ou senryûs furent échangés. 24 d’entre eux obtinrent une ou plusieurs voix :

°

Avec cinq (5) voix :

Adelina / je réapprends à mon père / le nom de sa mère

: Monique Coudert ;

cerises laquées / lui offrir ma bouche / à croquer

: Cécile Duteil ;

Lac étale, / froissé / par deux canards

: Danièle Étienne-Georgelin.

°

Avec quatre (4) voix :

ciel clair – / un temps / à s’envoler

: Valérie Rivoallon ;

et

Nuit de carnaval / L’étrange beauté d’un masque / Gardien d’un secret

: Isabelle Ypsilantis

°

Avec trois (3) voix :

Soir de la Saint-Valentin / Les lumières du restaurant / Vide

: Oriane Oberndorfer.

°

Avec deux (2) voix :

le saule / sa / danse du vent /

: Daniel Py ;

Les ombres / Se reflètent sur l’eau calme / – Pudeur du soir

: Noémie Guibert ;

L’hiver et pourtant / Dans l’air le parfum / Des mimosas

: Isabelle Ypsilantis ;

Nouvelles lunettes – / elles me font pleurer / quand je vois leur prix !

: Patrick Fetu ;

Saint-Valentin – / des petits cœurs sur le papier / hygiénique

: Valérie Rivoallon ;

et :

Sur la mer / le vent à rebrousse-poils – / Moutons d’écume

: Gwenaëlle Laot.

°

Avec une (1) voix :

goutte de parfum / dans le creux du cou / volatilisée

: Cécile Duteil ;

Hall de gare – / Les soubresauts du chien errant / dans son sommeil

: Meriem Fresson ;

j’éteins la lampe / pour écouter la nuit / en l’attendant

: Monique Coudert ;

Mer agitée – / les rochers deviennent / les tremplins des vagues

: Gwenaëlle Laot ;

neige à perte de vue / au-dessus / le panache de la centrale atomique

Roselyne Fritel ;

pas un souffle / dans l’air diaphane / les éoliennes traînent des ailes d’albatros

: Roselyne Fritel ;

Rentrée des classes – / il sifflote sur le chemin / l’ado au fusil

: Françoise Lonquety ;

Repas de famille / Entre les plats on commente / les premiers pas

: Gwenaëlle Laot ;

seul à skis / dévalant la pente immense / les sapins m’observent

: Philippe Bréham ( ? ) ;

Sur le bitume glacé / les coups saccadés / d’une canne

: Lydia Padellec ;

Table voisine – / il assassine son bordeaux / à coups de glaçons

: Patrick Fetu ;

Un, deux, trois / quatre flocons et encore un / sur le nez du bonhomme de neige !

: Lydia Padellec..

et :

Vu du ciel – / l’ombre définitive / des pins calcinés

: Françoise Lonquety.

°

Sans voix (mais avec commentaires !…) :

pêche – / plus de haïkus / que de poissons

: Valérie Rivoallon ;

et :

Première signature – / je demande son stylo / à la lectrice

: Meriem Fresson.

°°°

Philippe Bréham nous a fait part de son ouvrage nouvellement paru : Le Vent du Temps qui passe, contes et haïkus, éd. SAN, nov. 2012. disponible chez http://www.assosan.fr (prix conseillé : 15,90 €).

Tierra de Nadie (mouches, moines et papillons), haïkus de Salim Bellen (traduits de l’espagnol par Josette Pellet et Daniel Py), y a été également proposé. Il est disponible chez http://www.editions-unicite.com ou directement chez l’éditeur, François Mocaer, contre un chèque de 13 € au 46, ave. Jean-Jaurès, 93110 Rosny-sous-Bois.

Merci !

°°°

Les prochains kukaïs de Paris se tiendront les :
samedi 16 mars à 16 h 30 au bistrot d’Eustache (n° 76)
samedi 6 avril, de même !… (n° 77).

Amicalement en haïku,
Daniel.

Commentaires sur le haïbun, et sur le Chichi no shuen nikki, d’Issa, par S.(L.) Mabesoone

1 février 2013

Extraits d’un échange entre Monique Serres et Seegan (Laurent) Mabesoone, avec leur permission. Qu’ils en soient remerciés ici :

De Seegan (Laurent) Mabesoone, à Monique Serres, daté du 23 janvier 2013 :

« En ce qui concerne la définition du genre haïbun, je crois qu’il est possible de se référer à d’autres japonologues que moi, MM Sieffert, Origas ou Mlle Pigeot, entre autres.
Je vais essayer de résumer : depuis Bashô (ou plus exactement depuis Yayu (1701-1783) avec son « Uzura koromo »), le haïbun s’est différencié du kyobun (« prose folle » = prose relevant de haïjin, par opposition aux textes élégants gabun des kajin – poètes de waka).
En effet, le haïbun est considéré dès lors comme « un texte de style typique du haikai ». (Pour le « Haibun gaku daijiten » de Kadokawa : haikai teki bunsho).
Ainsi, le problème n’est pas de savoir si le texte comprend ou non des haiku (hokku). Par exemple, le « genjuan no ki » de Bashô n’en comprend qu’un ou deux (selon les manuscrits).
Ce « style typique du haikai », en prose, tout comme dans le hokku ou le renku, consiste dons dans la concision (kanketsusa) et les sauts de registre (kire), d’où naît le haimi (« humour du haikai » ou « esprit du haikai »).
À ce titre, le Okuno hosomichi (traduit par Sieffert « Sente du bout du Monde ») peut être considéré comme un haïbun, bien sûr, mais il est généralement classé dans les kikobun (« proses de l’itinéraire », dites aussi Michiyukibun, cf J. Pigeot, etc.). Car ce texte possède aussi tous les traits stylistiques des récits de voyages médiévaux.
Bref, le « Chichi no shuen nikki » d’Issa est considéré à juste titre comme le plus grand haibun du XIXè siècle (Bunka/bunsei).
Même s’il ne comprenait pas un seul hokku, il le serait tout de même, car on y observe un style concis et hybride, avec de nombreux « sauts de registres» entre la réalité la plus prosaïque et les considérations religieuses, philosophiques, voire littéraires (ceci est facilement perceptible dans le texte original, car il existe dans le japonais classique une quasi-incompatibilité entre le style grave su sino-japonais et la souplesse du « japonais de souche » ; le haibun se joue de cette frontière).
Comment dire… imaginez qu’il existe en français un style mélangeant avec « l’esprit du sous-entendu » le latin antique et le français moderne ! C’est cela le haïbun, avec ou sans haiku dans le texte.

Seegan (Laurent) Mabesoone.

Idem, du 30 janvier 2013 :

(…)
Pour ce qui est de mon analyse du texte en japonais, il y a ma thèse… en japonais, sur le site de l’université Waseda, ci-dessous :
http://dspace.wul.waseda.ac.jp/dspace/handle/2065/493?mode=full

De Monique Serres à Seegan Mabesoone, le 24 janvier 2013 :

Afin de mieux visualiser le « style typique haikai », ses sauts de registres avec le jeu sur les frontières entre éléments prosaïques et réflexions plus philosophiques s’appuyant sur des niveaux de langue différents, vous serait-il possible (…) de l’expliciter sur un passage de votre traduction, par exemple : le passage du 4 mai du journal d’Issa – cette grande journée lumineuse de rémission dans la maladie du père – (…)

De Seegan Mabesoone à M.S., le 30/1/13 :

Entre les passages d’Issa :
1)
« Le 4. Grand changement » jusqu’à « jusqu’au village de Furuma », Seegan commente :
« Tout ce passage est très prosaïque, réaliste, dans une langue « vulgaire » : japonais de base « kun yomi ».

Entre
2)
« Les nuages de pluie avaient disparu » et « entendre ses premières vocalises. » :
« passage très littéraire, mais toujours en japonais de base « kun yomi », et non en sino-japonais : références à la littérature féminine classique de Heian – wabun

Entre :
3)
« En fait, ledit oiseau… » et « d’entendre chanter le coucou pour la première fois. » :
« À nouveau, prose vulgaire. »

Entre
4)
« Voici le coucou ! » et « Jour de rémission » :
Deux hokku particulièrement « raffinés » (miyabi/ga), sans mélange « raffiné-vulgaire », ce qui est inhabituel dans les hokku d’Issa. Ce style fait donc écho au passage en « prose élégante » du 2)

Entre
5)
« Aujourd’hui c’est le jour du repiquage » jusqu’à « où nous le garderions encore quelque temps avec nous ! » :
« passage en langue vulgaire, incroyablement réaliste pour son époque, sans aucune référence, pour rappeler une certaine vulgarité de l’entourage d’Issa »

Entre
6)
« Le lien entre un enfant » et « je suis resté à lui masser le cou et les pieds. » :
« passage très littéraire, mais cette fois, dans un style antique sino-japonais (l’équivalent de notre latin). Nombreuses citations en – lecture chinoise des caractères, ou expressions abstraites tirées des classiques chinois (kan-bun), afin de conclure dans un style « carré », adapté au sujet philosophique. »

« Voici un peu comment les « sauts de registres » constituent le « sel » du style hybride qu’est le haïbun.
Le changement de style permet de créer un choc émotionnel et de seulement sous-entendre la subjectivité (comme à l’intérieur d’un haïku, avec la juxtaposition inattendue de deux sujets). »

Seegan (Laurent) Mabesoone.

Les faux-haïkus de Thomas Pilaster

15 octobre 2012

Rubrique : Les faux haïkus de Thomas Pilaster, in « Capacités réduites ».
Dans sa notice d’introduction, l’auteur * nous informe :

« Il faudrait s’entendre à la fin sur la définition du haïku. Le haïku est exclusivement japonais, intraduisible sans dommages. Sa construction rigoureuse – trois vers obéissant à une invariable métrique 5.7.5 – ne souffre nulle approximation, non plus que l’assemblage des petits os d’un squelette de rossignol et pour les mêmes raisons.
Apparu au XVè siècle, il est d’abord la forme privilégiée du jeu de mots et l’humour demeurera par la suite l’une de ses nuances essentielles, peut-être la plus subtile, autant dire que les tercets comiques de Pilaster ne relèvent pas du genre. »
(p.167)

« Le haïku s’apparente pour lui à une technique de chasse aux papillons sans les mains, sans filet ni chloroforme, également efficace pourtant puisque le spécimen capturé rejoint les autres crucifiés de la collection. Or le haïku japonais au contraire offre l’éternité à l’éphémère papillon ; le petit escargot n’est pas au bout de ses peines (« Petit escargot / grimpe doucement surtout / c’est le mont Fuji »), mais Issa a construit tout exprès pour lui un escalier à sa taille.
De toutes façons, il faut être un cuistre affirmé pour oser profaner un genre poétique si singulièrement lié à un peuple et à sa culture. »
(pp. 169-170)

« Bashô a longtemps vécu dans un monastère bouddhiste et sa poésie se souvient de ce séjour. »

« Cette sagesse est évidemment étrangère à Pilaster qui ne recourt à la forme brève, au contraire, que pour n’être pas obligé de parler d’autre chose que de lui-même, de déborder du seul sujet qui l’occupe : son moi chétif et avaricieux tient tout entier dans chacun de ses tercets. »
(p.168).

« CAPACITÉS RÉDUITES » :

Je me ferai connaître
on ne verra que moi
par les fenêtres °

° « Le lecteur pourra au moins s’amuser à repérer dans ces tercets des effets de rimes ou d’assonances appartenant aux formes poétiques les plus désuètes, ainsi que des octosyllabes ou des alexandrins non moins sonores d’être différemment articulés -… »

Donc les arbres grandiraient
plus vite s’il pleuvait
de la soupe

Oh moi
je n’aurais pas osé
rayer le tigre

Le paon
se marie
à l’église °

° « Voir « Autant d’hippocampes » p. 85. D’une seule phrase, (« Le paon se marie à l’église. ») Pilaster fait trois vers. Le profit est évident. Mais l’effort est-il suffisant pour changer le phraseur en poète ? Notons au passage que dans l’annuaire du téléphone les noms et les numéros sont également disposés en colonnes. »

Ma grosse voisine nue
sa silhouette de danseuse
par le trou de la serrure

Quel bonheur
vous ici
moi ailleurs

Vite un sucre
pour ma phrase debout
sur ses pattes arrière °

° « L’auto-dérision ne saurait signifier qu’il n’y a pas effectivement de quoi rire ni dispenser personne de se moquer. »

Il n’aura pas volé
son rhume le bonhomme
de neige

Je suis mort dans mon lit
c’est moins formidable
qu’on ne le dit

Que ma veuve ° répande
autour d’elle dans le vent
ses cheveux

° « Pour un bon mot, certains, dit-on, n’hésiteraient pas à tuer père et mère. Pilaster, non moins cruel et cynique, feint d’oublier que sa femme est morte depuis quinze ans. »

Mon regard
depuis longtemps éteint
parvient encore aux étoiles

* Éric Chevillard, in ‘L’œuvre posthume de Thomas Pilaster’, éd. de Minuit, 1999, pp. 165-178.

°°°

furu ike ya / La vieille mare – Bashô – nouvelle « adaptation » !

20 mai 2012

°

vieille mare –
une grenouille saute dans
le bruit de l’eau

°

(d’après Jane Reichhold, in BASHO, The Complete Haiku, pp.152 et 262.)

Haïkus d’avant la mort – de HAKURO à HOYU –

25 décembre 2011

°
HAKURO
(mort le 19è jour du 12è mois de 1766)

un colvert souffrant
tombe à travers la nuit froide
et part en chancelant

NB : à l’automne 1690, Bashô résida dans la ville de Katata, sur le lac Biwa. Là, il tomba malade et écrivit :

un colvert souffrant
tombe à travers la nuit froide –
mon assoupissement en voyage

A l’évidence, Hakuro pensait à Bashô en écrivant son poème de mort.

°

HAKUSEN
(mort le 23è jour du 8è mois de 1820, à 65 ans)

Ô, belle-de-jour,
soixante et cinq ans –
moi aussi disparais

°
HAKUSETSU
(mort le 7è jour du 6è mois de 1735, à 75 ans)

en paix,
au-dessus de ma maladie
l’été se consume

°
HAKUTO
(mort en 1727)

Fleurs de deutzies :
moi, qui réprimandais les paresseux,
je dors tard le matin

°
HANRI
(mort le 12è jour du 5è mois de 1835, à 71 ans)

Ma vie :
échos d’une langue qui claque
au-dessus des eaux pures

NB : shitauchi (claquement de la langue) se réfère au son qu’une personne fait avec sa langue pour signifier les regrets de ses échecs passés et sa résignation devant l’inévitable.

°
HOGYOKU
(mort le 11è jour du 5è mois de 1869, à 35 ans)

Sons vifs
d’un écho de coupe
Herbes du Nouvel An

NB : Hogyoku (Hijikata Saizo) fut un officier de l’armée du shogun, défaite par les forces impériales pendant la restauration Meiji. Il se retira avec son armée dans l’île d’Hokkaido, dans le nord. Là, monté sur un cheval, sabre au clair, il fit une sortie à la tête de ses hommes pour une bataille perdue au-devant des forces de l’empereur. Il fut blessé par une balle ennemie et tomba de cheval. Deux de ses amis le portèrent dans un abri au mileu de pins, où il mourut. Quand ils retirèrent son uniforme, ses compagnons trouvèrent, contre son dos, le rouleau ensanglanté sur lequel il avait écrit son poème de mort.

°
HOKUSO
(mort le 6è jour du 6è mois de 1790)

Ô, esprit sacré,
laissez-nous nous mettre en route
vers les cieux de l’Ouest

°
HOROKU
(mort le 11 avril 1878)

temple de montagne :
aussi loin que l’oreiller où je suis étendu
le saule répand ses fleurs

°
HOU
(mort le 1er jour du 1er mois de 1811, à 86 ans)

hibernation :
avant longtemps je deviendrai
saumon séché

°
HOYU
(mort à la fin du XVIIè siècle)

Gloire aux cieux :
seul dans l’aurore à la lune
un coucou chante

°

(à suivre : INSEKI)

Le haïku en noir et blanc (Proposition du 9/8/11)

18 décembre 2011

°
(Proposition du 9/8/11 :)

Du haïku en couleurs
vers un haïku en noir et blanc !

/ Pâlir (Polir) le haïku !

= Décolore ton haïku pour que le lecteur le recolorie !


(Lu le 16/12/11 :)

« Plus tard, Bashô dit : « La Poésie d’autres écoles est comme une peinture en couleurs. Dans mon école, on devrait écrire la Poésie comme si c’était une peinture à l’encre noire. »

(: in Bashô The Complete Haiku, par Jeanne Reichhold, Kodansha Int., 2008, p.256)

°