Archive for the ‘lune’ Category

« So Happy to see Cherry Blossoms »

27 janvier 2017

Haïkus de l’Année des Grand tremblement de terre et raz-de-marée, anthologie par Madoka Mayuzumi, Ed. Red Moon Press, 2014 :

ABE Ryûsei (11 ans, ville de Yamada, Iwate) – 48 :

Je suis si content de voir les fleurs de cerisier à pleine maturité *

ce haïku donna à Madoka Mayuzumi le titre de son anthologie : « So Happy to see Cherry Blossoms », (Haïkus de l’Année du Grand Séisme et du Grand Tsunami), Red Moon Press, 2014.

°°

AKAGAWA Seijô (86 ans, Sendai, Miyagi) – 75 :

condoléances pour le séisme même du saké doux dans le colis

°°

AMI Takao (66 ans :Sendai, Miyagi) – 62 :

La mer s’étant calmée je verse du jeune thé *

« Shincha » (« nouveau thé ») renvoie au thé cueilli à la fin du printemps et mis sur le marché au début de l’été.

°°

ARA Fumiko (91 ans : Village d’Iitate, Fukushima) – 30 :

froid printanier douloureux d’évacuer à 90 ans

– 95 :

Même pendant l’évacuation les répliques continuent jusqu’au Festival d’O-Bon

°°

ARA Kazuko (63 ans, de Minamisôma, Fukushima) – 50 :

Au quartier des affaires frappé par le désastre viennent les hirondelles

°°

EBIHARA Yuka (44 ans : Minamisôma, Fukushima) – 34 :

désastre du séisme débris empilés sur la Colline des Fleurs

– 97 :

La lumière de la pleine lune enveloppe lentement un village dépeuplé

°°

FUNAHASHI Matsuko (59 ans : Minamisôma, Fukushima) – 61 :

le train abandonné sur sa voie la pluie de mai

°°

GORAI Shôko (78 ans, Minamisôma, Fukushima) – 67 :

Evacuée la maison vide murmure de jeunes hirondelles

– 90 :

A Tanabata * « Je veux maman » dit un enfant de victimes

* Tanabata, un des cinq festivals sacrés du Japon.

G.S : « Un garçon de quatre ans qui perdit ses parents dans le raz-de-marée dit « Je veux maman », quand on lui demanda quels étaient ses souhaits pour les parures de Tanabata. »

°°

HATTORI Nami (64 ans, Shiogama, Miyagi) – 17 :

Panne dans la cuisine seule une lune trouble

°°

HAYANO Kazuko (81 ans, ville d’Iwaizumi, Iwate) – 101 :

ville natale près de la plage après tout de nouvelles pommes de pin

°°

HIRAMA Chikuhô (89 ans, ville de Shibata, Miyagi) – 82 :

sous le soleil brûlant un bateau flotte sur un monceau de débris

°°

HOSHIZORA Maiko (18 ans, Kesennuma, Miyagi) – 111 :

l’année qui s’achève cette année je n’ai que trop pleuré

°°

KAWABATA Michiko (80 ans, Ishinomaki, Miyagi) – 92 :

au pays des séismes des voix allègres pleines de soleil automnal

°°

KIKUTA Tôshun (84 ans, Kesennuma, Miyagi) – 110 :

en récupération dans un camp provisoire le saké est chaud

°°

KOIDE Toshie (75 ans, Minamisôma, Fukushima) – 108 :

enroulant un enfant dans une seule couverture la nuit du raz-de-marée

– 58 :

Les hirondelles n’ont pas oublié la maison endommagée

°°

KOIKE Michiko (41 ans, de Miyako, Iwate) – 43 :

amassant la boue à la pelle rejetant la boue à la pelle lueur du soir de printemps

°°

KONNO Eiko (69 ans, Fukushima, Fukushima) – 70 :

emporté un bateau de pêche reste là dans le champ estival

°°

KÔRI Ryôko (77 ans, Minamisôma, Fukushima) – 71 :

à Fukushima les humains ne peuvent plus vivre les herbes prospèrent

°°

MIYAKI Mieko (63 ans, Minamisôma, Fukushima) – 68 :

Evacués mère et fils sortent voir les lucioles

°°

MORI Mikiko (40 ans, Kesennuma, Miyagi) – 98 :

Sur le pays dévasté la lumière de la lune brille franchement

°°

OKADA Akiko (78 ans, de Tagajô, Miyagi) – 44 :

comme en rampant une autre réplique arrive dans l’obscurité printanière

°°

ÔMIKA Chieko (85 ans, Minamisôma, Fukushima) – 100 :

Avec le désastre difficile à cerner le froid qui s’insinue

°°

SAITÔ Kazuko (82 ans, de Sendai, Miyagi) – 52 :

en moi les répliques sont venues habiter profond printemps

°°

SAITÔ Keisui (77 ans, ville de Yamamoto, Miyagi) – 40 :

Il ne reste que des débris dans ma ville natale la montagne sourit *

* Le mot de saison, « yama warau », « la montagne rit », « la montagne sourit » désigne le printemps. Il provient de la première ligne d’un poème chinois écrit par le peintre « de montagne et d’eau » Guoxi (1023-1085) :
la montagne de printemps est simple-sensuelle, comme si elle souriait **

(…)

** Le caractère chinois pour « rire », « sourire », signifie également « fleurir ».
N.B. : Nombre de kigos japonais proviennent du chinois (voir aussi un article récent sur https://haicourtoujours.wordpress.com/, à ce sujet).

°°

SAKAKIBARA Kôji (35 ans, Morioka, Iwate) – 115 :

dans un port alignés pour une prière silencieuse le Premier jour de Travail

°°

SATÔ Isao (69 ans : village de Noda, Iwate) – 63 :

resté maintenant seul, cette brise odorante

– 107 :

se regroupant autour de lampes provisoires l’hiver commence

°°

SATÔ Kuniko (79 ans, Minamisôma, Fukushima) – 16 :

les vagues du printemps en partant avalent mon village

°°

SATÔ Nobuaki (77 ans, Iwanuma, Miyagi) – 74 :

Tenant un pot de roses elle déménage dans une maison de fortune

°°

SHIGA Atsuko (78 ans, Minamisôma, Fukushima) – 27 :

Où je suis venue fuir les radiations les pissenlits jaunes

°°

SHIGA Hideki (81 ans, village de Kawauchi, Fukushima) – 65 :

un seul pin dans le raz-de-marée du siècle debout, vert

°°

TAKAE Sueko (77 ans, Minamisôma, Fukushima) – 89 :

les rails d’acier de la ligne désaffectée rouillant : vulpins *

queues de renard.

°°

TAKAHASHI Aiko (83 ans, Minamisôma, Fukushima) – 94 :

Père Mère au travers de violents séismes je lave leur tombe

°°

TAKANO Mutsuo (64 ans, ville de Tagajô, Miyagi) – 45 :

sur la quille du bateau retourné les fleurs de cerisier n’arrêtent pas

°°

YOKOTA Kiichi (83 ans, village de Kawauchi, Fukushima) – 93 :

Pour Tanabata je souhaite seulement que l’évacuation soit suspendue

°°

YOSHIDA Keiko (70 ans, ville de Shibata, Miyagi) – 51 :

Les cerisiers fleurirent et se dispersèrent avec les enfants qui ne reviendront pas

°°

YOSHINO Hiroko (38 ans, ville de Namie, Fukushima) – 15 :

froid printanier et la maison et la voiture emportées

°°°

Haïkus – senryûs – etc. – Py – Août 2015

10 septembre 2015

Le long de la Seine

des alignements de tentes

du Ministère de l’Economie et des Finances

jusqu’au Quartier Latin…

(Paris fin juillet)

tout le long de la Seine

des migrants Africains

par centaines de tentes

ces étrangers

qui viennent s’échouer

sur les bords de la Seine

(sous leurs kilomètres de tentes…)

ceux qui s’échouent

tant et plus

au fond des mers…

°

(Une antho. :)

Des trois lignes

en nausée

de trois lignes…

°

dernier jour de juillet

les bambins

d’un centre de loisirs

dans une flaque d’ombre

°

un canard

plaqué

au sol…

°

l’amenuisement inexorable

de l’épaisseur des rouleaux

de papier-cul

(Ce qui ne varie jamais)

l’extension du domaine

de mes livres…

la solution :

transformer mes livres

en P.Q ?

°

premier mercredi d’août

un bon morceau de lune

traverse

la fenêtre de la chambre

(Millau, 5/8/15)

°

après la vie ?

ben quoi :

rien !

°

Télévision Française :

Faire passer les comiques

à 2 heures du matin

: pas vraiment drôle !

°

La croix des cathos

martèle à l’humain :

t’es là pour en chier !

°

se regardant dans la glace

elle s’envoie un baiser

°

laissant derrière lui

le haïku –

et des milliers de papillons-haïku

°

« je vais t’en mettre une »

: l’affection en cinq doigts ?

°

ballotage –

les soubresauts des gens

dans la charrette de foin

°

Merlin,

le canari muet

envolé cet été

Merlin

parti pour le paradis

des canaris,

le silence encore plus grand

de la salle à manger

l’absence définitive

de Merlin, canari,

compagnon de haïku

(Duilien :)

l’absence de la cage –

l’absence du canari

°

Nouvelle pièce de théâtre

promise à un brillant avenir :

Les Précieuses Testicules

°

un des légumes

préféré des tortionnaires :

l’épinard haché (?)

°

Faire un tour d’oeuf rance…

°

Quand retirer un mot du haïku

permet de mieux « visualiser » la scène qui s’y produit…

Essayez !

Qui vous oblige

à remplir votre haïku

à ras-bord ?

°

Douze fauteuils roulants

devant les champs de batailles napoléoniennes :

télé à l’Ehpad.

°

toute en rondeurs

idéalement situées,

elle fait tourner plus d’un oeil !

°

seul

comme un point

sur un i

°

Il ne pensait pas

faire de l’autoroute

un objet littéraire :

l’autoroute

tire la langue

à la vitesse

°

Un a(m)phorisme…

°

Persev/errare

Diabolic/umanum

°

Le haïku ?

: beaucoup de bruit

pour peu !

°

(5-7-5, si on veut… :)

En (grandes) vacances,

je me refais une santé,

je lis du Desproges

me marrant tout seul

sur la terrasse :

la folie Desproges

(ce balcon

encore à l’ombre

où je lis

et me marre

avec Desproges

mort

et enterré…)

Non seulement je lis Desproges,

mais en plus je le recopie,

grandes vacances

Avant la cure de raisin

du mois de septembre,

une cure de rire

au mois d’août :

avec Desproges

°

Lire

pour bien lisser

le temps

°

Le son de la « vraie » vie :

le court bruit d’une scie

dans Castillon, le onze août

à treize heures cinquante-deux

La première cigale

(qui monte jusqu’à moi)

(à) 14h18

°

Levant mon verre

vers l’horizon :

« Cheers ! »

Finir la bière

avant que le soleil

ne finisse de manger la table…

°

On dirait qu’un moteur tourne en rond –

sueur sur un front du onze août

°

regardant

vaguement

ce cimetière marin

°

Un camion Chierici

(à Menton)

°

surpris à lire

sur l’ordonnance :

mézigue, 67 ans.

°

Cet ex-président

de l’inculture notoire ,

ce sark(o)-veau-d’or…

Sarko, critique littéraire ! :

après Madame (des galeries) de la Fayette,

voici Hemingway !

(en 2015)

°

Dans le village

je croisai

un fil d’araignée

°

premier à tester mon pastis :

un moustique

mort

°

le

ha!

sard

°

Les scélé rats

qui accouchent

de lois scélé rates…

°

Journée des gauchers,

aujourd’hui –

et je n’lai su qu’à 21 heures !

°

SVP, ôtez le sentimentalisme du haïku (!)

(où il n’a pas sa place !)

(tanka ? : )

sentimental

à la moi-l’noeud !

°

l’étang,

ce rond dur…

°

Qu’est-ce que j’ai fait au soigneur

(pour mériter ça) ?

°

(Après la boulimie),

reste-t-il des boulimiettes ?

°

dans le train

elle se titille

un mamelon

rêve suivant

°

les moustiques

ont appris

le silence

ou bien

mon oreille

°

Le haïku

devrait (r)éveiller

le lecteur ;

le 5-7-5

m’endort

°

au milieu de la sieste

un grand coup sur mon dos

 » – Saloperie de mouche ! »

°

Elle descend en voiture

vers là-bas –

je regarde

aussi vers là-bas

– les fourmis entre mes pieds

d’un côté ou d’un autre

°

les heures plantes

°

De nouveau la pluie

– intermittente

(mais qui ne pointait pas au chômage)

pluie

intermittente –

– Pôle-Emploi

°

(5-7-5-+ :)

« imagine-toi

le roi et le prix Nobel

de littérature,

croa, croa, croa… »

: Katarina Mazetti, in Entre Dieu et moi, c’est fini, Babel-Gaïa, 2007, p. 130.

°

Cessons d’être des lèche-haïculs !

N’oeuvrer qu’à la moelle du haïku !

°

De nouveau

en faire de moins en moins

aboutir

°

Le haïku

n’est pas un projet d’avenir

le haïku

est un présent,

un passé (tout) simple,

à peine sec

°

Pour éviter les maux de tête :

Ricarbonate ?

°

« Tu ne tueras point. »

– Où ça ?

– Où ça ?

°

(j’ai vu)

le sexe rose

d’un pou

entrer dans sa pou(illeus)e

Un coccineau

grimpe sa coccinelle :

doc. de cul ?

un tortu

grimpe sa tortue

ad hoc

(de cul ?)

°

Une opi-gnon

L’opinion ses meuhs !

°

une mouche à moto

ce matin…

°

grosse tuile ? :

le marbre de la table

(du balcon)

cassé

°

une forte dispute conjugale

et

les roucoulements de deux pigeons

°

le troubli

°

homme

mur

homme

Tous ces pays

ont-ils la nostalgie

de la Grande Muraille ?

La méditerranée

(entre autres mers) :

quel pastis !

contemplant

vaguement

ce cimetière marin

du bon côté

de la manche

°

le sommeil si long à venir….

le si long sommeil avenir…

°

dehors l’azur bleu retentit

les bleues simagrées de Provence

… et les simagrées de canard(s) ?

°

cor

tiquer

°

Qu’est-ce que ça singifie ?

°

richerche

°

fenêtre ouverte

le premier bruit

un tsi tsi

°

le haïku ?

:

ni plus °

° : nie le plus…

débusquer

les petits mots

de trop

Faire

le ménage

des mots *

* dans les mots

_

La forme du haïku

doit épouser son sens

(pas l’inverse !)

Ce n’est pas de la coquille

que naît l’escargot !

Ce n’est pas du vase

que naît la fleur !

°

La pire entorse qu’on puisse faire au haïku

c’est de trahir son esprit.

°

migrants :

mer

de

°

Le senryû

dévoile

le senryû

démolit

les murs

°

con tem plant

ran tan plan

ra ta pla ti

°

(plis…)

Une mise en slip…

°

jaune

tracteur

brun

°

ralentir

retraite

°

De la raie des fesses

à la raie des seins

ou inversement

: sa griffe-haïku !

°

Bien au centre

l’unique mot :

« autour »

°

Fort de son assertion

qu’il répondait toujours,

j’envoyai mon premier recueil de haïkus

à Kenneth White.
Il s’intitulait : « Haïkus et chemises ».

M. Kenneth White ne m’a jamais répondu.

°

Le haïku

c’est un lingot

juste coulé

°

au bord de la Méditerranée

le ponton de plongée

oscille doucement

(à la mi-journée)

°

ce soir

des chats

à chat

sur des murets

°

le balcon

dûment balayé :

une pièce de monnaie-du-pape

°

Que des lignes principales, dans le haïku !

(Les lignes secondaires ne sauraient y avoir leur place.)

Le haïku est une ébauche – que terminera le lecteur.

°

Les nuages se poussent du col

(: Alpes de Haute-Provence, depuis la vallée du Var – Nice-Digne.)

°

Des cascadeurs

Des cascoudeurs

Transparence

Transpirances

°

De l’automobile

faire coucou aux passagers

d’un train d’antan

saluer les gens

de deux mondes

qui se croisent

°

Parce qu’ils remplissent un moule,

ils croient faire un bon gâteau ?

°

champignons jaunes

tout le long de la montée

du col Fromage

°

sarbacane,

sarbacabane

sarbacabanane

sarbacabananas

°

Le haïku à un coup –

le haïku qui n’a qu’un coup ?

(: 5-7-5)…

°

Morsang :

Mord(u) jusqu’au sang

jusqu’à ce que Morsang suive…

°

de nouveau

en pleine nuit

l’odeur du pain (s’)épanoui(t)

°

la fourmi

sans crème solaire

ni chapeau

(montée du col Fromage)

°

le train dans un sens

la pluie dans l’autre

– rentrée –

°

Même court, parfois trop long, le haïku !

Haïkiste,

retire ton commentaire

de l’image !

°

dans son quartier,

la lune

°

Dépourvu de mots

il ne put que s’exclamer

Ah !

(deux ou trois fois)

(- pas 5 ni 7 !)

°

dans l’oeil (droit) de la voiture

un clin de soleil

(matin)

°

dans la caresse du fermier

à ses bêtes

la mort

bientôt

°

terrasse de fin d’août

une guêpe

déguste à son tour

les raisins de ma cure

°

marchant sur le chemin

encore troué de flaques

en chaussures de concert…

quelques cris d’oiseaux

°

Ah, moucheron,

que lis-tu de beau

dans mon carnet ?

°

mini(m)haïku

trop de mots

tue le haïku

°

Les montgolfières

envahissent le ciel

soir d’août

sur Chaumont-sur-Loire

gouttes qui s’élèvent

dans le silence du soir

parfois le bruit des gaz

qu’on remet

dérivant lentement
dans le silence du soir
vers la fin de l’août

ciel

constellé de montgolfières

parfois le souffle de l’une d’elles

La loire, l’étalée…

cueillette de mûres –
des montgolfières
dans le ciel du soir

le coucher de soleil

a accouché

d’une dizaine de montgolfières

(Chaumont-sur-Loire)

°

Si tu mets « trille »

au féminin,

je t’étrille !

°

Les murs nus du haïku…

sans accessoire

sans artifice

sans ornements

sans falbalas :

le haïku nu

/(comme au sortir de son oeuf)

°

au sol

un parallélépipède :

la lune ronde

sur la table
près du lit
la lumière
de la pleine lune

le temps du marathon féminin de Pékin

la lune a glissé

de la table

au parquet

– premiers cris du coq

troisième nuit

que la pleine lune

revient se poser

sur la table

un parallélépipède

de pleine lune…

°

(synesthésie :)

un (petit) bruit frais

au Festival des Jardins

de Chaumont-sur-Loire

dans un des quarts

du bassin d’eau carré

(du jardin coréen)

un massif de lotus

°

relançant dans la jeune mare

une jeune grenouille

égarée

« sauvé la petite grenouille perdue ploc! »

(: Dany)

°

au pied du saule

au bord de la Loire

s’écouler pensées…

°

dernière nuit d’août

toute constellée d’aoûtats

°

sur une poubelle

de Vitry-sur-Seine

« Je suis Charlie »

°

Attiré

vers le vide – joyeusement –

vers le silence absolu,

vers l’effacement…

°

en  cre  ux

en

cre

ux

°°°

‘Une mare cachée’ : anthologie moderne de haïku – 18/24 :

31 mai 2015

°

cha ga saite kata no hotori no higure kana

Kusama Tokihiko (m) (1920-) Ancien Directeur du Musée du Haïku à Tokyo.

buissons de thé en fleur –
et le ciel s’assombrit
derrière mes épaules

°

shirakumo no ushiro harukeki koharu kana

Iida Ryûta (1920-)

Loin au-delà des nuages
qui dérivent blancs dans le ciel –
été indien

°

hitori kuru mata hitori kuru ochibamichi

Imai Tsurujo (f) (1897-1993) Membre associée du groupe de haïku Tamamo (« Algue ») mené par Hoshino Tsubaki.

quelqu’un s’avance
et puis un autre arrive –
le sentier dans les feuilles tombées

°

tôrei no umikiregire ni sabôrin

Sekimori Katsuo (1937-) Etudia avec Ôno Rinka ; est maintenant à la tête du groupe de haïku Seirei (« Libellule »).

par intermittences
entre les arbres du bord de grève –
une calme mer d’hiver

°

hi wa nigete fuyumeku kokoro nokorikeri

Hoshino Tsubaki (f) (1930-) A la tête du groupe Tamamo (« Algue »)

comme l’hiver lui-même
toute la lumière s’en est allée
ne laissant que mon coeur derrière

Ce haïku rappelle un verset célèbre de son grand-père Takahama Kyoshi (1874-1959) :

hebi nigete ware o mishi me no kusa ni nokoru

après qu’il a fui
les yeux du serpent me regardent
toujours dans l’herbe

°

fukurô ya tsuki ni ukabishi kakurenuma

Toyonaga Minoru (m) (1931-) Leader du groupe Fûju (« Vent et arbres »)

hululement d’un hibou –
les rayons de la lune se reflètent
sur une mare cachée

°

kaze yande chû tômei ya fuyu no kô

Katô Suiman (1930-) Mène le groupe de haïku Nichirin (« Soleil ») fondé par Susuki Takuo dans la préfecture de Gifu.

quand le vent tombe,
le ciel parfaitement transparent –
labour hivernal

°

(A suivre, p. 204)

Compte-rendu du 87è kukaï de Paris :

9 mars 2014

Compte-rendu du kukaï de Paris n° 87 du 8 mars 2014.

En présence de 15 personnes (dont trois nouveaux : Myriam, Lise-Noëlle et Kosuke), 33 haïkus ont été échangés.
20 haïkus ont obtenu une ou plusieurs voix.

°

Avec 4 voix :

printemps parisien / au balcon de la voisine / le bleu des pensées

: Roselyne Fritel ;

restaurant exotique – / faisant le tour des tables / un cancrelat

: Michel Duflo ;

stage d’épée – / sur le sol de la cour / un lombric

: Daniel Py ;

Versailles – / sur le bras du SDF / un tatouage fleur de lys

: Minh Triêt Pham.

°

Avec 3 voix :

avant de m’ouvrir / le vieil ami presque chauve / se peigne avec soin

: Roselyne Fritel ;

bientôt le printemps / le son de sa canne / ponctue le temps

: Cécile Duteil ;

Derrière sa blondeur / l’ombre / d’une moustache noire

: Leïla Jadid ;

Retour du printemps – / Le coq de la voisine / fait ses gammes

: Isabelle Ypsilantis ;

silence – / mon nouveau / compagnon

: Valérie Rivoallon ;

sur l’immeuble d’en face / je regarde mon passé – / fenêtre éclairée

: Philippe Bréham.

°

Avec 2 voix :

Les cygnes quémandent / aux portes des maisons / Loire en crue

: Danièle Georgelin.

°

Avec 1 voix :

Au bleu du ciel / le gris de la tourterelle / se marie.

: Patrick Fetu ;

banc de l’église / le gamin béat / sa petite voiture à la main

: Cécile Duteil (d’après une peinture d’Agim Sulaj) ;

cirque ambulant – / le pantalon léopard / de la dompteuse

: Michel Duflo ;

Écume rosâtre / Mise en scène du printemps / sans scénario

: Kosuke Kawasaki ;

Hiver sans neige – / Des sous-bois tout blancs / de perce-neige

: Danièle Georgelin ;

Il badine toujours / La vie est plaisanterie / Et meurt de froid aussi

: Hiro Hata ;

« L’oiseau de feu » : / dans les coulisses du théâtre, / un pompier

: Daniel Py ;

P4 / Premières bouffées / … et des larmes

: Patrick Fetu

Saint-Valentin – / les nuages flirtent / avec la lune

: Valérie Rivoallon.

°

Pendant le tensaku (« ré-évocation », voire ré-écriture de haïku(s)) ont été discutés – « retravaillés », avec l’assentiment de leurs auteures :

Matin d’hiver / sur la neige blanche / quelques perles rouges
, de Leïla Jadid ;

Avalon – / Dissipation des brumes sur le lac, / Regard émerveillé de Morgane
, de Myriam Rouxel, et :

Violente tempête – / Écroulement du lilas / Sous le poids des sapins
, de Myriam Rouxel également.

°

Kosuke Kawasaki (membre du France Kukai) nous a fait part d’ateliers de haïku organisés par Christian Faure – et lui-même, chaque 3ème samedi du mois à 15 heures au restaurant Osmoz, 33 rue de l’Ouest, 75014 Paris. On peut consulter également sur le site « onvasortir.com » en date du 15/3 (= samedi prochain !) à 15 h : « haïku par Kirus ». Un ginko (une marche assortie d’écriture de haïkus) doit se tenir prochainement dans Paris. Kosuke nous en tiendra prochainement au courant ! – Merci à lui, à eux !

°

Il a été décidé d’avancer l’heure de notre kukaï d’une autre demi-heure. Dorénavant, nos réunions auront lieu à 15 h 30 !
Notre 88è kukaï de Paris aura lieu donc le 12 avril prochain à 15 h 30 !

Merci !
et à très bientôt !

Daniel

°

Compte-rendu du kukai.paris n° 79

16 juin 2013

En présence de treize (13) participants, 41 haïkus ont été échangés. 22 ont obtenu une ou plusieurs voix :

°

Avec quatre (4) voix :

parmi
les queues de roses –
ses orteils

: Valérie Rivoallon ;

et :

Vieille mare –
à l’ondulation des carpes
le corps frissonne

: Françoise Lonquety.

°

Avec trois (3) voix :

Cornet de cerises
dans une feuille de journal
Le monde attendra

: Monique Serres ;

débroussaillage –
le squelette du chaton
de l’été dernier

: Michel Duflo ;

matin clair –
la lune devient
fantôme

: Valérie Rivoallon ;

et :

ouvrant
les portes de l’église
un chant d’oiseau

: Paul de Maricourt.

°

Avec deux (2) voix :

Giboulées – l’escargot
une fois dehors
une fois dedans…

: Patrick Fetu ;

Sous l’avancée
d’un cinéma porno
l’aveugle s’abrite

: Danièle Georgelin ;

et :

un galop de chevaux
soulève le jaune
du désert
– crépuscule.

: Daniel Py

°

Avec une (1) voix :

Chat lové –
Le coin de son œil
surveille les enfants

: Danièle Georgelin ;

Ciel noir d’étoiles
Et encore plus loin…
Et encore plus loin…

: Gwenaëlle Laot ;

collé à sa feuille
ce petit escargot protège
mon olivier

: Philippe Bréham ;

Concert dans l’église –
La vieille dévote se hâte
vers (la) confesse

: Danièle Georgelin ;

debout à vélo
contre un mur
de mistral

: Daniel Py ;

Feu rouge raté…
La faute aux coquelicots !

: isabel Asunsolo ;

La lune luit
le téléphone sonne
vite – (les) décrocher.

: Françoise Lonquety ;

Loin de chez moi
je cherche la lune
parmi les lucioles

: Marie-Alice Maire ;

martinets
à siffle-ciel

: Daniel Py ;

plants de tomates –
un cd de Mike Brant
fait l’épouvantail

: Michel Duflo ;

Sur le lilas blanc
elle pose son petit nez
où deux punaises baisent

: isabel Asunsolo ;

Sur les ardoises
ascension irisée
d’un escargot

: Monique Serres ;

et :

une étoile morte
dans la mire du télescope –
se souviendra-t-on de moi

: Michel Duflo.

°

En première partie vente ou échange de recueils / essai :
« Haïkool » anthologie (éd.) L’iroli, présentée par isabel Asunsolo ;
« Bulles de musique » , de et par D. Py (éd. Pippa) + « La valise entr’ouverte », antho du kukai.paris (éd. Unicité) + « Aware » de Betty Drevniok (éd. Unicité) ;
« J’haïkuse » de et par Valérie Rivoallon (éd. Unicité),
et :
« Jour au petit point » de et par Monique Leroux Serres (éd. Pippa).

Rendez-vous fur donné au Salon des éditeurs indépendants samedi 22 et dimanche 23 juin, au Lycée Henri-IV, 23 rue Clovis, Paris 5è (renseignements : http://www.pippa.fr ) pour diverses découvertes (dont « Le haïku moderne en anglais » de George Swede, préfacé et illustré par Serge Tomé, éd. Unicité), dédicaces (et « happenings ») avec les éditions (entre autres) : AFH, Eclats d’encre, Gong, Kolam, Pippa, Unicité…

Notre dernier Kukai.paris avant grandes vacances estivales aura lieu le samedi 29 juin à 16h30 à l’Indiana Café, 33 rue Berger, 75001, M° Châtelet, Les Halles, Louvre-Rivoli.

Merci à tou(te)s !
et à (très) bientôt !

Daniel.

« Le rire dans le haiku japonais » par Nobuyuki Yuasa

22 février 2013

Tiré de « Haijinx » Vol. I, n° 1 (printemps 2001), et d’après Rediscovering Bashô – une célébration de son tricentenaire, Global Books, 1999 :

« Le rire dans le haiku japonais »
par Noboyuki Yuasa,
fait partie d’un recueil d’essais qui détaillent les influences de Bashô sur le haïku d’aujourd’hui:

°°°

On conçoit généralement de nos jours que le rire appartient au domaine du senryû et que même un sourire n’est qu’accidentel dans le haïku. Il y a en effet beaucoup à dire pour la défense de ce point de vue habituel. Le haïku s’est formé à partir du hokku, poème initial de versets liés, requérant plus de dignité et de profondeur que le restant des poèmes de la chaîne, tandis que le senryû s’est formé à partir des « hiraku », les strophes comme simples membres de la partie centrale de la chaîne où l’on attendait plus d’esprit et d’imagination. On a aussi considéré généralement deux choses comme essentielles au haïku : le « kigo » , un « mot-de-saison » qui donne de l’élégance au poème, et le « kireji », un « mot-de-coupe » qui élève le statut du poème en lui donnant son indépendance syntaxique et son pouvoir émotionnel. Ni l’un ni l’autre ne sont nécessaires dans le senryû. De plus, on dit que les traits caractéristiques du senryû se trouvent dans la peinture (description) de « jinji », les affaires humaines, normalement de manière comique, et dans l’utilisation franche de « zokugo », des termes vulgaires.
Ayant dit cela, je ne peux cependant pas m’empêcher de questionner cette vue traditionnelle. Quand Yamazaki Sokan (1460-1540) et Arakida Moritake (1473-1549) initièrent le « haikai no renga », à l’ère Muromachi, celui-ci fut intentionnellement créé comme une révolte contre la tradition élégante du waka et du renga. Ceci étant suggéré par le titre même de l’anthologie qu’édita Sokan : Inu Tsukuba Shu, « Inu » signifiant « chien » et « Tsukuba » n’étant pas uniquement une métaphore du waka, mais également le titre de l’anthologie de renga compilée par Nijo Yoshimoto (1320-1388). Un exemple de l’anthologie de Sokan nous convaincra facilement de la « chiennerie » de sa poésie :

Sirote tes larmes –
Il n’y a rien pour moucher ton nez
dans ce mois sans dieux

Dans le japonais original, puisque « sans dieux » et « sans papier » se prononcent de la même manière, il y a là un jeu de mots qui impressionne le lecteur par son esprit. D’après les critères actuels, c’est probablement plus du senryû que du haïku. Pourtant, il fut choisi pour cette anthologie par le poète que l’on considère habituellement comme le père de la tradition du haïku. On peut voir le même esprit dans le poème suivant, de Sokan lui-même :

Dans la pleine lune
fourrez un manche, cela fera
un superbe éventail

Ce poème est iconoclaste au sens où la pleine lune, considérée traditionnellement comme l’incarnation même de la beauté élégante est ramenée du ciel à la terre. Cependant le poème n’est pas sans posséder quelque beauté, parce que lune et éventail mettent en valeur la fraîcheur du soir.

Un exemple de Moritake, maintenant :

Le saule vert
peint un sourcil sur le visage
d’une berge

Ce poème, à mon avis, est plus traditionnel que celui de Sokan en ce qu’il décrit une belle scène printanière, mais l’emploi hardi d’une métaphore le « distingue » de la poésie traditionnelle. On lit le poème d’une double façon, car derrière le saule nous voyons le visage d’une femme avec de beaux sourcils.

Cette tradition ouvertement comique, débutée avec Sokan et Moritake, fut d’une certaine manière révisée dans les premières années de l’ère d’Edo par Matsunaga Teitoku (1571-1653) qui essaya d’élever le « haikai no renga » du niveau d’une rébellion infantile. Il dit dans Tensui Sho que puisque le « haikai » est une forme de « waka », il ne faudrait pas le rabaisser au rang de poésie vulgaire. Mais Teitoku ne renia pas le rire. Il essaya plutôt de l’affiner. Un de ses disciples, Saito Tokugen (1559-1647) compara le renga au No et le haikai aux « kyogen » (interludes comiques joués entre les pièces de théâtre No), disant que tout ce qui était « inférieur », comme le kabuki, devrait être banni. Voici un poème de Teitoku qui montre la différence existant entre lui et les poètes le précédant :

Les boulettes aux fleurs
elles semblent préférer, toutes ces
oies sauvages qui s’en retournent

Teitoku provoqua souvent le rire en utilisant une expression proverbiale à un endroit inattendu. Dans ce poème, le proverbe populaire « des boulettes plutôt que des fleurs » sert à expliquer pourquoi les oies sauvages retournent au nord quand le printemps arrive au Japon.

Teitoku réussit, sans aucun doute, à chasser la vulgarité du haïkaï. D’un autre côté, il est indéniable que sa poésie devint quelque peu pédante : plus savante mais moins imaginative que celle de ses prédécesseurs. Cette tendance fut vivement attaquée par Nishiyama Sôin (1605-1682). Celui-ci forma avec ses disciples un groupe appelé « Danrin », ce qui signifie « forêt loquace ». Ce nom suggère que son groupe était plus proche de la vie des gens du commun. Par suite de cela, ils s’éloignèrent de la pédanterie de Teitoku, infusant à leur poésie un esprit de plus grande liberté. Voici un poème de Soin :

les ayant regardé longtemps
je chéris les fleurs, mais, ah,
la douleur dans mon cou !

Derrière ce poème nous voyons le tanka de Saigyo :

Les ayant regardé longtemps,
je chéris les fleurs si tendrement
que quand elles se dispersent
je ressens d’autant la tristesse
de leur faire mon dernier adieu

Nous devons ici admettre que, dans une certaine mesure, le poème de Soin est iconoclaste, mais d’une qualité autre que celui de Sokan. Le but de Sokan, nous l’avons vu, était de détruire le monde élégant du waka, tandis que celui de Soin était plutôt de présenter une scène humoristique. Je crois pouvoir dire que Soin fut le premier poète à découvrir la légitimité du rire dans le « haikai no renga ». Je pense que c’est ce que Okanichi Ichu (1639-1711) ressentait quand il disait dans Haikai Mokyu que l’essence du haikai est le rire (kokkei). Selon lui, le haïkaï devait s’écrire « sans rime ni raison », c’est-à-dire avec « des mots qui sortent spontanément de la bouche pour plaire à l’auditeur. »

Noboyuki Yuasa.

Haïku, etc. de Py 12 / 2012 – 1/2

2 février 2013

Haiku, etc. Py – déc 2012

°°°

2 canards sur l’eau
2 autres amerrissent :
la Seine à Choisy

lavande
fleurie
et sentant bon
en bord de Seine –
1er décembre

Affiner – Peaufiner – Mo(t)finer.

éclair nu cléair e

2 oiseaux s’envolent
en haut d’un poteau
le jour grimpe

la gelée blanche –
traverses de rails

à pas précautionneux
sur le pont
deux décembre

les lèvres rouges
de la feuille :
un baiser
sur le rebord de la fenêtre
ce matin gris *

* sur le rebord du matin gris

la fumée grise
de la cheminée
rencontre
la lumière du soleil –
2 cygnes sur la Seine

2 cygnes sur la Seine
prennent le soleil du matin
2 décembre givré

les deux cygnes
traversent la Seine
et s’approchent du bord
pour me zyeuter

le vol
presqu’immobile
du livre ouvert

elle en fait de l’effet
avec son fort fessier,
la callypigeonnante !

les V en vis-à-vis
de son livre levé
devant sa poitrine

L’oiseau-rire
L’oiseau-lard
(L’oiseau lyre
L’oiseau rare)

« Partero, Partero ! » *
: nous nous rangeâmes
pour laisser passer

* : langage territorial du rêve

dans le jardin
au tournant de décembre
une brouette versée

Faire descendre
les tensions des épaules
vers le bas –
place assise

lentement
sombrant dans son sommeil le plus long –
feuilles d’automne

plateau de cafés à la main
elle tourne dos
pour ouvrir l’hui(s)

S’encensant tant :
ça sent, c’est sûr,
son ascenseur !

(= Dénoncer les rouages…)

Cocor-haïku !

s’éloignant de plus en plus :
le papa qui n’est plus en vie,
qui n’est pas encore en mort

15 jours avant la fin supposée du monde,
la fin d’un papa

L’esprit (/ le souffle)
anime la matière

(ph)raseur

cette journaliste
témoigne de son viol
à la télé
on lui interdit
de prononcer le mot (même)
parce que « trop violent » !

y a d’la nei-
ge y a d’la joie

Le Père Noël mord dur.

traverses blancs
et cailloux :
les rails transfigurés

sans sommeil
le reste de la nuit –
le père :
sans souffle

nos souffles gonflent
en alternance –
plus le sien

le père éteint,
tu allumes
une flamme

ton père décédé
cette nuit
la première neige

RER –
sur ses cheveux
les gouttes
de la neige

(RER :
sur son chignon
les brillants
de la neige)

glissant
sur la première neige —
ton père immobile
à jamais

le tapis de neige
partout sur la campagne –
le père sous son drap

jour de deuil
la première neige

dans le train ce soir
(retour de Reims)
le même Japonais
que ce matin-aller, voisin
à quelques sièges d’encablure

Quand tu t’es essayé à traduire, les formes fixes n’ont guère plus de sens (désormais) que leur signifié (/ contenu).
Ainsi en va-t-il du 5/7/5 en haïku…
Importe le souffle et non plus (désormais) l’argile…
Importe le souffle plus que l’argile !

fragile argile
remodelable au gré du sens…

chez les voisins d’en face :
la lumière
et l’arbre secoué par le vent

le cyclamen
mourant
en même temps
que le Papy

dans les affaires du défunt
sa crème anti-âge

ni est
ni ouest
ni devant
ni derrière
l’immobile
retour
vers le chaos
originel

Dans le salon de coiffure africain
une pub pour Issa,
photographe.

la montagne
ce sont des monceaux d’objets perdus

glandeur nature

sortant des toilettes
avec son cady :
courses de Noël
au supermarché

(Fukushima :)
On recouvre d’un linceul de cendres, de gris,
on efface la catastrophe et sa véracité, sa vividité, son actualité.
On est un con.

chaque mort
ne nous envoie-t-elle pas
à la nôtre ?

prenant religieusement
les clous dans la corbeille
pour clore le cercueil

dernier regard
au pied du cercueil
le sceau de cire rouge

(intégral :)
son voile, un tergal !

une musique d’orgre …

lucioles,
haïkus (de) volant(s)

« haïkus volants »
haïkus rampants
haïkus nageant
haïkus (re)tombant
haïkus s’élevant
(sous le vent / c’est le vent)
… et des haïkoupes volantes ?
(- et des haïkus flambant 9, 8, …)
et des soupes volantes…
(Si les haïkus avaient des ailes, voleraient-ils ?)
haïkus de foudre …

les « haïkus volants » sont-ils des haïsoucoupes ?

J’ai vu des haïkus consternants
voler bas
et à toute allure !…

drôles de drones !

J’ai vu des haïkus
sauter sans parachute,
j’ai vu des haïkus
s’écraser lamentablement

j’ai même vu des haïkus papaux
capoter…

j’ai même lu des haïkus grotesques !

j’ai même vu des haïkistes errants
se mettre le doigt (et même toute la main)
dans la lune !…

Celui qui a vu
des haïkus voler
a-t-il trop
fumé la moquette ?

tweet, tweet,
@pontifex fait le benoît
en perdition…

le 12/12/12
benoît XVI saisit l’occasion :
twit twit twit twit ! *

* by the way, en anglais « twit » = andouille

au cimetière
les cordes
pour pendre
le cercueil ?

Si Monsieur et Madame Lhermitte
avaient appelé leur fils Bernard,
serait-il devenu une célébrité ?

Bernard-L’(h)ermite
et Thierry Lhermitte :
deux sacrées vedettes !

monocle = cercloeil

une feuille
plaquée
sous la gelée blanche

un joggeur
avec lampe frontale
dans le soir de décembre

un chien
à collier rouge fluo
dans le noir de décembre

en cas de séisme,
le piano,
un vrai tueur à roulettes

( : cf pp 140-1 de Ce n’est pas un hasard, chronique japonaise, de Ryoko Sekiguchi, éd. Plon, 2011.)

autour de la crèche
le char et la pelleteuse :
moderne Bethléem

(→ 13/12/12)

in – tweet – if

L’os à Mo(s)ëlle

rêv-eillé
rêve-illé

me surprenant à penser à Salim
: le dos bien droit
sur mon siège de métro

la prostituée, une prof’ de fuck ?

il a mal au cra(b)e…

d’après le son
de la voiture qui passe,
quelle heure peut-il bien âtre ?

migrations – grimacions

les simagrées – la cime agrée

dans l’arbre dénudé
le nid
reçoit le ciel d’hiver

(mi-décembre)

°°°

Résultats du kukaï de Paris n° 74 :

20 janvier 2013

Bonjour !

En présence de 15 personnes, ce samedi 19 janvier 2013, 46 haïkus ont été échangés, dont 24 ont obtenu une ou plusieurs voix.

°

Avec 5 voix :

Nouvelle année –
je présente mes voeux
au nain de jardin

: Michel Duflo,

et :

train du soir
par la portière ouverte
montent quelques flocons

: Daniel Py.

°

Avec 4 voix :

Mon chien n’est plus –
le tapotement de la pluie
sur le toit

: Martin Dinga

°

Avec 3 voix :

Brouillard
sur l’étang
un bruissement d’ailes

: Isabelle Ypsilantis,

et :

Sourire béat
le bonhomme de neige
a perdu son nez

: Patrick Fetu.

°

Avec 2 voix :

Dans la nuit d’hiver
pas un bruit pas un souffle
l’œil de la lune

: Lydia Padellec ;

la neige la nuit
couvertures
de silence

: Gwenaëlle Laot ;

le rire des jumelles
au même instant
suit la même courbe

: Daniel Py ;

Le sang vif du houx
Un moineau dans la neige
invente l’écriture

: Monique Serres ;

lune d’hiver –
la vallée
éblouie *

: Paul de Maricourt

* lors des commentaires il fut reconnu que ce haïku (« minimal ») méritait mieux que les deux voix qu’il avait obtenues !

et :

Meilleurs vœux –
le nuage
embrasse la montagne

: Oriane Oberndorfer.

°

Parmi les 13 haïkus ayant obtenu une voix, ceux-ci furent plus commentés :

Chambre funéraire
Dernière visite à mon père
Blanc pur de la neige

: Danièle Étienne-Georgelin ;

dernier regard
au pied du cercueil
le sceau de cire rouge

: Daniel Py ;

La neige qui tombe
Par une fenêtre éclairée
le bain de l’enfant

: Monique Serres ;

Pour célébrer le nouvel an
Une coupe –
chez le coiffeur

: Oriane Oberndorfer ;

Retour de la neige –
les déclarations d’amour
sur les pare-brise

: Michel Duflo ;

et :

salle d’eau embuée
le son net d’une goutte
dans l’eau du bain.

: Cécile Duteil.

°
Sans voix, mais néanmoins remarqués :

En fourrure,
une vieille dame
nourrit les paons

: Martin Dinga;

mare au soleil
parmi les lentilles d’eau
les yeux d’une grenouille

: Cécile Duteil

et

Telle une œuvre d’art
sur la neige immaculée
une crotte de chien

: Isabelle Ypsilantis.

°°

À lire aussi sur le blog du kukaï de Paris :
http://kukai.paris.free.fr/blog/

°°

Notre prochain kukaï de Paris aura lieu le 16 février 2013.

Daniel

Haïkus, etc de Py – 1/15 Nov 2012

12 janvier 2013

Haïkus, etc. Py – Nov 2012 – ½

 

°

 

1er novembre

le vert s’accorche

au paysage

 

(SNCF Paris-Montpellier)

 

°

 

1er novembre

elle ramasse

des feuilles encore vertes

du ginkgo biloba

 

(Millau, square A. Malraux)

 

°

 

les grosses carpes

se serrent

au milieu de la mare

– 1er novembre

 

°

 

le ginkgo biloba

en duo jaunissant :

ciel –

terre

 

°

 

les carpes dans la mare

les pigeons dans les allées

les canards derrière le grillage :

à chacun son clan !

 

/

 

les carpes dans la mare,

les canards sur la pelouse –

la fête des mores !

 

°

 

bûchettes et charbons entreposés :

le barbecue du Foyer Soleil

déjà prêt

– 2 novembre

 

°

 

la fumée de cette cheminée

rejoint bientôt la couleur du ciel

(jog) deux novembre

 

°

 

des gouttes de pluie

sous le fil –

les pinces-à-linge

oisives

 

°

 

gangue de bois

 

°

 

ô beau biloba

tes feuilles en balais

jaune en haut

vert en bas

bientôt choie(ro)nt

 

°

 

Le haïku :

 

au centre de la mare

au centre du corps

 

entre centre inférieur

et centre supérieur

 

: au centre médian, le « chi » du haïku !

 

°

 

la ligne de partage des zoos

(entre) haïku – (et) non-haïku …

( ? )

 

°

 

l’impasse-murailles

 

°

 

samedi 3 novembre :

le « fünz »* à mi-pente

des causses millavois

 

* nuage fin, effilé ( : patois aveyronnais).

 

°

 

venant prendre note

chaque jour

de l’avancement du jaune

dans le ginkgo biloba

 

(plus vert en haut qu’en bas)

 

°

 

il est golo pépère Totor !

: langage territorial

d’un enfant

 

°

 

passer de vie

à très plus

 

°

 

nuclear

unclear

 

°

 

une trompe, religieuse(ment)

 

°

 

gong après gong

essayant d’imposer

B.N.

 

whafh !

whafh ?

 

°

 

les braises de Millau

dans la vallée

un tôt matin début novembre,

de la montée vers Montpellier

 

°

 

le M

de Millau :

les piles

de son pont neuf

 

°

 

du fond du bus

(j’entends) le lent ballet

des essuie-glaces

vers Lodève

 

°

 

du fond de la vallée

naissent * les couleurs

de l’automne

 

* / se lèvent

 

°

 

un petit déjeuner

de couleurs d’automne

en redescendant du Larzac

 

°

 

le soleil s’offre une percée

à flanc de causse

… et à sommet(s)

 

°

 

les bourgs s’éveillent

– frileux ? –

(d’) autour de leur église

 

les nuages s’ouvrent

vers la mer du sud

 

°

 

les gouttes de pluie

de l’aube

brillent maintenant

rosée

sur la vitre avant

 

°

 

les arbres défilent

 

comme s’il * emportait

leur rosée, plus loin,

vers le soleil

 

* le bus

 

(5/11, 7h55)

 

°

 

Bleuir le papier –

Ah les grandes étendues

tout alentour !

 

°

 

8 heures :

naît la voix de la radio

vers Saint-André-la-garrigue

 

soleil au sud

 

°

 

depuis si longtemps

tournant autour

des nombrils de nudistes…

 

/

 

loin du Maguelone *

ne regardant

que les pieds des chaises ‘ « 

 

(Bar « Asian Live », près gare St Roch, Montpellier)

 

«  et pas les pattes des juments

‘ de ce * bar-PMU de Montpellier

 

/

 

Arpenté en vain

la Carrieira Magalona *

à la recherche du PMU (disparu)

d’où je pouvais mater

les culs des juments,

hélas !

 

* rue de Maguelone, Montpellier

 

°

 

dansanlacés

sur le quai de Nice-ville

ce cinq novembre

à l’attente…

 

°

 

le pain sent

le sein pend

 

fesser, c’est fait…

 

°

 

elle tourne en ron(ge)…

 

°

 

le chien dort

dans le fauteuil

le chat

dans le canapé

puis je resserre un robinet

dans la cuisine

 

(nuit du 5 au 6/11/12, Castillon, 06)

 

°

 

dans le mur

un martelet…

le matin

bien sûr !

 

°

 

Dit-on

« café allongé »

parce que c’est parfois

mortel ?

 

°

 

au rayon frais

oreillons frais

 

°

 

Rebecca Rébécarre

Collègue Oleg

 

°

 

vélodie(s)…

 

°

 

jog du 8 novembre :

des meuleuses

dans des maisons

de montagne

 

°

 

jog du 8 novembre :

un (beau) champignon

s’en paye une (belle) tranche

au soleil

 

°

 

la seinture

de la conductrice

 

°

 

jog du 8 novembre –

des genêts gênant

sa progression…

 

°

 

allumette, gentille allumette,

allumette, je te soufrerai

 

°

 

Fable : « l’apôtre et le pitre »

 

(l’épître de l’apôtre)

 

°

 

j’ai vécu

– je peux en témoigner –

le combat sans merci

entre une femme

et sa balance

 

°

 

« Désencombrer » *

« plus d’espace, de clarté,

de légèreté » !

 

: Dominique Loreau, L’Art de la simplicité – le mental, éd. Soliflor 2011, p. 131.

 

* son haïku… ( ? )

 

°

 

« C’est l’esprit

qui fait circuler la matière » *

 

: D. Loreau, op. cit., p. 133

 

* 5/7/5

 

°

 

vagues l’an vers l’an ver

 

°

 

le 5/7/5

sans l’esprit du haïku,

c’est lettre(s) morte(s)

 

°

 

vers inerte, …

 

°

 

où le souffle ?

où l’humour ?

 

°

 

Le sens de l’humour dans les haïkus de …, …, … ?

 

°

 

marchandises – morchandises – marchand’os …

 

°

 

Il pleut sur Nice (,)

du linge aux balcons (-)

( : 10 nov.)

 

°

 

(De Nice vers / juste avant Antibes : très longue plage :)

 

la mer rendue à la mer

(- et aux marins ?)

novembre gris sous pluie

 

°

 

Déboulonnons

les cuistres

(et les haïcuistres),

par Jupiter !

 

°

 

(No car-ticket :)

 

no fine ?

: just fine !

 

°

 

un haïcourt, c’est un éco-gnome ?

 

°

 

chassez l’artificiel,

il revient au trop !

 

°

 

Après Mai,

vint Juin

(…)

 

°

 

tra(ver)cer

 

°

 

un goulet d’étrangement

 

°

 

Lors de mon prochain voyage au Japon,

irai-je visiter

Foutu-Shima ?

 

°

 

quoi qu’essaie l’enfant,

la lune revient toujours

dans l’eau du seau

 

(En (re)voyant le film « Miel », de Semih Kaplanoglu, 2010)

 

/

 

dans le puits

le seau

de la lune

 

°

Les 1012 haikai de Bashô – 259)

6 septembre 2012

JR 259 (K-C 254) :

(Trois personnes vivant à Reiganjima arrivèrent chez moi tard hier soir. Leurs noms étaient tous les mêmes. Cela me rappela le poème de Li Po : « Buvant seul sous la lune », et je m’amusai à composer alors ce verset :

la coupe de vin (la lune)
remplie de trois noms
pour boire ce soir

Note : « 1685 – saisons mixtes. Reiganjima se trouvait sur la rivière Fukagawa, non loin du cottage de Bashô. Dans le poème de Li Po, il lève sa coupe pour saluer la pleine lune et remarque une ombre sur le sol en même temps que dans sa coupe. Il compte cela comme s’il y avait trois personnes ensemble. Bashô considère les trois personnes qui ont le même nom comme trois parties d’une seule personne, de la même façon que le décrit le poème de Li Po. Ce verset fut inclus dans l’essai de Bashô : « Trois noms ».

(Tr K-C : « Clair de lune – / Cette nuit la coupe de saké / s’emplit de trois noms ».)