Archive for the ‘Chine’ Category

« So Happy to see Cherry Blossoms »

27 janvier 2017

Haïkus de l’Année des Grand tremblement de terre et raz-de-marée, anthologie par Madoka Mayuzumi, Ed. Red Moon Press, 2014 :

ABE Ryûsei (11 ans, ville de Yamada, Iwate) – 48 :

Je suis si content de voir les fleurs de cerisier à pleine maturité *

ce haïku donna à Madoka Mayuzumi le titre de son anthologie : « So Happy to see Cherry Blossoms », (Haïkus de l’Année du Grand Séisme et du Grand Tsunami), Red Moon Press, 2014.

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AKAGAWA Seijô (86 ans, Sendai, Miyagi) – 75 :

condoléances pour le séisme même du saké doux dans le colis

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AMI Takao (66 ans :Sendai, Miyagi) – 62 :

La mer s’étant calmée je verse du jeune thé *

« Shincha » (« nouveau thé ») renvoie au thé cueilli à la fin du printemps et mis sur le marché au début de l’été.

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ARA Fumiko (91 ans : Village d’Iitate, Fukushima) – 30 :

froid printanier douloureux d’évacuer à 90 ans

– 95 :

Même pendant l’évacuation les répliques continuent jusqu’au Festival d’O-Bon

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ARA Kazuko (63 ans, de Minamisôma, Fukushima) – 50 :

Au quartier des affaires frappé par le désastre viennent les hirondelles

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EBIHARA Yuka (44 ans : Minamisôma, Fukushima) – 34 :

désastre du séisme débris empilés sur la Colline des Fleurs

– 97 :

La lumière de la pleine lune enveloppe lentement un village dépeuplé

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FUNAHASHI Matsuko (59 ans : Minamisôma, Fukushima) – 61 :

le train abandonné sur sa voie la pluie de mai

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GORAI Shôko (78 ans, Minamisôma, Fukushima) – 67 :

Evacuée la maison vide murmure de jeunes hirondelles

– 90 :

A Tanabata * « Je veux maman » dit un enfant de victimes

* Tanabata, un des cinq festivals sacrés du Japon.

G.S : « Un garçon de quatre ans qui perdit ses parents dans le raz-de-marée dit « Je veux maman », quand on lui demanda quels étaient ses souhaits pour les parures de Tanabata. »

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HATTORI Nami (64 ans, Shiogama, Miyagi) – 17 :

Panne dans la cuisine seule une lune trouble

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HAYANO Kazuko (81 ans, ville d’Iwaizumi, Iwate) – 101 :

ville natale près de la plage après tout de nouvelles pommes de pin

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HIRAMA Chikuhô (89 ans, ville de Shibata, Miyagi) – 82 :

sous le soleil brûlant un bateau flotte sur un monceau de débris

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HOSHIZORA Maiko (18 ans, Kesennuma, Miyagi) – 111 :

l’année qui s’achève cette année je n’ai que trop pleuré

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KAWABATA Michiko (80 ans, Ishinomaki, Miyagi) – 92 :

au pays des séismes des voix allègres pleines de soleil automnal

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KIKUTA Tôshun (84 ans, Kesennuma, Miyagi) – 110 :

en récupération dans un camp provisoire le saké est chaud

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KOIDE Toshie (75 ans, Minamisôma, Fukushima) – 108 :

enroulant un enfant dans une seule couverture la nuit du raz-de-marée

– 58 :

Les hirondelles n’ont pas oublié la maison endommagée

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KOIKE Michiko (41 ans, de Miyako, Iwate) – 43 :

amassant la boue à la pelle rejetant la boue à la pelle lueur du soir de printemps

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KONNO Eiko (69 ans, Fukushima, Fukushima) – 70 :

emporté un bateau de pêche reste là dans le champ estival

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KÔRI Ryôko (77 ans, Minamisôma, Fukushima) – 71 :

à Fukushima les humains ne peuvent plus vivre les herbes prospèrent

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MIYAKI Mieko (63 ans, Minamisôma, Fukushima) – 68 :

Evacués mère et fils sortent voir les lucioles

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MORI Mikiko (40 ans, Kesennuma, Miyagi) – 98 :

Sur le pays dévasté la lumière de la lune brille franchement

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OKADA Akiko (78 ans, de Tagajô, Miyagi) – 44 :

comme en rampant une autre réplique arrive dans l’obscurité printanière

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ÔMIKA Chieko (85 ans, Minamisôma, Fukushima) – 100 :

Avec le désastre difficile à cerner le froid qui s’insinue

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SAITÔ Kazuko (82 ans, de Sendai, Miyagi) – 52 :

en moi les répliques sont venues habiter profond printemps

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SAITÔ Keisui (77 ans, ville de Yamamoto, Miyagi) – 40 :

Il ne reste que des débris dans ma ville natale la montagne sourit *

* Le mot de saison, « yama warau », « la montagne rit », « la montagne sourit » désigne le printemps. Il provient de la première ligne d’un poème chinois écrit par le peintre « de montagne et d’eau » Guoxi (1023-1085) :
la montagne de printemps est simple-sensuelle, comme si elle souriait **

(…)

** Le caractère chinois pour « rire », « sourire », signifie également « fleurir ».
N.B. : Nombre de kigos japonais proviennent du chinois (voir aussi un article récent sur https://haicourtoujours.wordpress.com/, à ce sujet).

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SAKAKIBARA Kôji (35 ans, Morioka, Iwate) – 115 :

dans un port alignés pour une prière silencieuse le Premier jour de Travail

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SATÔ Isao (69 ans : village de Noda, Iwate) – 63 :

resté maintenant seul, cette brise odorante

– 107 :

se regroupant autour de lampes provisoires l’hiver commence

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SATÔ Kuniko (79 ans, Minamisôma, Fukushima) – 16 :

les vagues du printemps en partant avalent mon village

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SATÔ Nobuaki (77 ans, Iwanuma, Miyagi) – 74 :

Tenant un pot de roses elle déménage dans une maison de fortune

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SHIGA Atsuko (78 ans, Minamisôma, Fukushima) – 27 :

Où je suis venue fuir les radiations les pissenlits jaunes

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SHIGA Hideki (81 ans, village de Kawauchi, Fukushima) – 65 :

un seul pin dans le raz-de-marée du siècle debout, vert

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TAKAE Sueko (77 ans, Minamisôma, Fukushima) – 89 :

les rails d’acier de la ligne désaffectée rouillant : vulpins *

queues de renard.

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TAKAHASHI Aiko (83 ans, Minamisôma, Fukushima) – 94 :

Père Mère au travers de violents séismes je lave leur tombe

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TAKANO Mutsuo (64 ans, ville de Tagajô, Miyagi) – 45 :

sur la quille du bateau retourné les fleurs de cerisier n’arrêtent pas

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YOKOTA Kiichi (83 ans, village de Kawauchi, Fukushima) – 93 :

Pour Tanabata je souhaite seulement que l’évacuation soit suspendue

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YOSHIDA Keiko (70 ans, ville de Shibata, Miyagi) – 51 :

Les cerisiers fleurirent et se dispersèrent avec les enfants qui ne reviendront pas

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YOSHINO Hiroko (38 ans, ville de Namie, Fukushima) – 15 :

froid printanier et la maison et la voiture emportées

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Origine chinoise des kigos

23 janvier 2017

De Madoka Mayuzumi, in « So happy to see Cherry Blossoms » (Haiku from the Year of the Great Earthquake and Tsunami), Red Moon Press, 2014 :

« On peut retracer les origines du kigo aux genres établis pour le Wenxian, l’anthologie chinoise de poésie et de prose en 60 volumes, que le Prince Héritier Zhaoming (501-531) édita. »

« Les poètes japonais apprirent beaucoup des poètes chinois, mais ils adoptèrent aussi les divisions et les pratiques saisonnières astrologiques de la Chine. Avec comme résultat que beaucoup de mots et de concepts de saison aujourd’hui dérivent de ce pays. »

(p. 41).

« Ritto, « l’hiver commence », (lidong en chinois) est un des vingt-quatre segments saisonniers qu’utilisaient les Chinois pour diviser l’année. »

(p. 107).

Compte-rendu du KP 121

8 janvier 2017

En présence de 21 personnes, 41 haïkus ont été échangés. 25 d’entre eux ont obtenu une voix ou plus.

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Avec 5 voix :

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jardin d’hôpital –

une fillette chauve

joue à la princesse

: Minh-Triet Pham ; *

retour de campagne

une odeur d’autrefois

sur le pyjama

: Jacques Quach ;

« Vitrine en cours »

l’étreinte de l’étalagiste

et du mannequin nu

: Antoine Gossart.

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Avec 4 voix :

°

éoliennes –

la conversation

tourne à l’orage

: Michel Duflo.

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Avec 3 voix :

°

ce saule

taillé tôt ce matin

ne pleure plus…

: Philippe Bréham ;

°

entrée du cimetière

mon pied glisse

sur une feuille morte

: Christiane Ranieri ;

°

Entre les flocons

l’épaisseur du silence

derrière la vitre

: Nicolas Lemarin ;

°

gare de Lyon,

dans la salle d’attente,

un pigeon voyageur

: Philippe Gaillard ;

°

mort à 88 ans

l’ancien amant de ma femme

un choc pour nous deux !… **

: Philippe Bréham ;

°

Noël

dans les yeux de l’enfant

les souvenirs du grand-père

: Patrick Fetu ;

°

Noël –

elle offre le cadeau de son ex-amant

à son ex-belle mère

: Valérie Rivoallon.

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Avec 2 voix :

°

massif central –

une citerne

broute un champ

: Daniel Py ;

°

mouillée par la pluie,

une coccinelle avance

au petit bonheur

: Philippe Gaillard ;

°

Paysage noir et blanc

Seule tache de couleur,

Le rouge-gorge

: Leïla Jadid ;

°

réveillon

nos ombres déjà

dans l’an nouveau

: Eléonore Nickolay ;

°

toast du Nouvel An

entre deux bises l’odeur

d’une bougie qui s’éteint

: Cécile Duteil ;

°

une corneille

sur la poubelle verte

– tri sélectif

: Jacques Quach.

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Avec 1 voix :

°

aube du nouvel an –

un morceau de marron glacé

coincé entre les dents

: Michel Duflo ;

°

bible à la main

il fait sa prière

pour traverser

: Patrick Fetu ;

°

jour de Noël

le chêne nu s’habille

d’un nuage d’étourneaux

: Antoine Gossart ;

°

Le soleil est bas

seule avec mon ombre

qui me murmure le silence

: Rikako Ando ;

°

Nouvel hiver

3 générations regardent…

« Les Feux de l’amour »

: Leïla Jadid ;

°

Pleine lune –

Les fumées lumineuses

des cheminées

: Danièle Etienne-Georgelin ;

°

seule à nouveau

son cadeau d’adieu

des fleurs de givre

: Eléonore Nickolay ;

°

Un banc figé

Sur le temps qui passe –

Les nuages en fuite

: Catherine Noguès.

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* Au kukaï de Paris n° 6, du 26 mai 2007, Jean Deronzier (Québec) s’était fait remarquer avec ce haïku d’une grande similarité (qui avait obtenu 6 voix) :

matin d’hôpital / une enfant chauve / coiffe sa poupée

Ce haïku était paru, ensuite, dans La Rumeur du coffre à jouets, Ed. L’Iroli, 2009, et dans notre première anthologie des haïkus du kukaï de Paris : La Valise entr’ouverte, Ed. Unicité, 2010.

°

** Philippe Bréham nous avait gratifié d’une première version de ce texte, au kukaï de Paris 86 du 8 février 2014, sous cette forme :

mort à 88 ans / l’ancien amant de ma femme – / petit choc pour moi aussi !

(qui lui avait valu une voix, alors.)

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Notre prochain kukaï, le 28 janvier prochain aura lieu le jour du Nouvel An chinois, pour inaugurer l’année du Coq de feu ! 15h30 au Bistrot d’Eustache, toujours !

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‘Au plus près du réel’, dialogues de Denis Bourgeois avec Gao Xingjian – 3/3/

25 août 2016

p. 157 :

G.X. – On ne peut écrire sur ce qu’on est en train d’éprouver. On a besoin d’une certaine distance. »

p. 159 :

D.B. – C’est toujours une nouvelle aventure que d’écrire, il faut se renouveler, »

p.160 :

G.X. – toutes les théories sur l’écriture, ça ne sert à rien; il faut d’abord la patience, puis la concentration, et enfin un vrai calme intérieur, une maîtrise de soi. Sinon on se noie. Il faut plutôt savoir attendre, que la vague t’emporte. On doit retenir son souffle pour attendre le moment de la création.

p. 165 :

D.B. – « ça tend vers quoi, ta pratique de l’écriture ?
G.X. – Vers l’inconnu. »

p. 167 :

G.X. – « Seuls les gens qui ont bien vécu ont des choses à dire. Si on se contente de manipuler des idées esthétiques, on n’arrive pas à un tel résultat. »

p.168 :

D.B. – Mais cette nécessité de l’expérience de vie au coeur de l’écriture désintègre la notion même de littérature. (…) Effectivement, moi, ce qui m’intéresse maintenant quand je lis, c’est de regarder s’il y a une expérience de vie qui peut me faire comprendre quelque chose. Et plus c’est réel, plus c’est concret, plus c’est vrai, plus ça me touche.

G.X – Même avec une vie très riche, très intéressante, il faut aiguiser sa sensibilité. (…) Je suis revenu à Joyce, à Finnegan’s Wake. Il a une vie et un univers très riches. Ce n’est pas seulement une aventure de la langue.

p. 170 :

D.B. – « En fait, la forme ne peut jamais être déterminée à l’avance. La forme naît simplement de ce que tu as à raconter. Tu inventes la forme au fur et à mesure en fonction de ce que tu veux exprimer. C’est pour cela que la forme prend une allure nécessaire et perd son caractère artificiel. »

p. 171 :

D.B. – « Tant que tu inscris ta recherche sur une base formelle, il est impossible que tu fasses quelque chose d’intéressant.

G.X. – ce sont toujours des codes déjà établis, et donc déjà morts. »

p. 172 :

G.X. – Si c’est une création originale, cela suppose une nouvelle forme.

D.B. – Mais pas la forme pour la forme, seulement pour s’exprimer, pour essayer de toucher au plus près du réel. »

G.X. – Il faut toujours en revenir au réel. (…) Et la façon dont on classe les genres, les modes, les styles aujourd’hui n’a aucune importance ni aucune incidence sur le travail d’écriture.

D.B. – Par rapport à Joyce, j’y reviens, il est quand même allé très loin dans la destruction des formes, est-ce que tu crois qu’on peut aller plus loin ?

G.X. – Oui.
D.B. – Mais dans la direction de Joyce, on ne peut pas aller plus loin. Ca veut dire qu’il faut prendre d’autres directions.
G.X. – Moi, je reviens plutôt à une certaine simplicité. Des phrases très simples.

p. 176 :

G.X. – Comme tu ne peux pas revivre avec des amours anciennes, de même pour l’écriture, tu ne peux pas refaire ce que tu as déjà fait. Tu cherches autre chose. (…) L’amour est une créativité. C’est tellement éphémère. Si on n’arrive pas à le renouveler, ça périt. C’est tellement fragile, comme l’écriture.

p. 178 :

D.B. – « Ce qu’on fait par l’écriture, c’est de se mettre sous tension, comme quand on branche un appareil électrique, et on va mettre sous tension les autres.

G.X. – Le moyen d’établir cette tension est particulier à chacun et peut toujours devenir plus fin, plus raffiné, plus exploratif du réel. »

p. 179 :

G.X – Il faut entrer dans cette tension par l’écriture.

D.B. – Mais pour aboutir à quoi?

G.X. – A sentir plus profondément la vie. On ne peut pas tout connaître. Devant la vie, je me sens toujours bête, bouche bée, comme un simple d’esprit. Il y a des choses que je ne connais pas du tout.

(…)

Il ne faut pas chercher de solution à tout prix, ce qui importe, c’est la stimulation. Il y a toujours des carrefours inattendus, c’est ça le réel.

p. 180 :

D.B. – L’écriture, ce n’est donc rien d’autre que de garder une certaine curiosité pour la vie.
G.X. -La connaissance de la vie évolue toujours. On n’en est qu’au début.
D.B. – Et tu crois qu’il y aura une fin ?

G.X. – Non.

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‘Au plus près du réel’ dialoguesde Gao Xingjian avec Denis Bourgeois, 2/3 :

25 août 2016

p.95 :

G.X. – Pour un écrivain, l’écriture dépasse effectivement maintenant la question de la forme. C’est plutôt un oeil nouveau, un nouveau regard, une nouvelle façon de sentir, de voir les choses. »

p. 105 :

« La structure théorique n’a jamais servi à rien pour la création artistique.
La théorie, c’est la vanité humaine. On veut remplacer l’explication divine de l’univers par des ressassements théoriques, pour boucher ce grand trou noir qu’est le monde. Le théoricien veut jouer ce rôle-là, il veut tout éclaircir, trouver la formule définitive, etc. »

p. 109 :

« Pourquoi définit-on des genres? C’est absurde. (…) Parfois, dans mon écriture, je fais des efforts pour détruire  cette distinction de genres littéraires. Ca devient une gangue trop figée. »

p. 110 :

« Ce n’est jamais la forme en elle-même qui a une signification, ce qui compte, c’est le mouvement continu de la création. »

p. 111 :

« L’art doit impulser quelque chose de vivant, sinon ce n’est pas de l’art. »

p. 112 :

« Le réel est inépuisable. Il y a toujours de nouveaux aspects à découvrir. On ne peut jamais dire qu’on a vraiment connu quelque chose dans cette vie, dans cette société, et sur soi-même. Non. On reste toujours loin de tout connaître. On cherche un langage littéraire qui capte ce mouvement. »

 » Il faut avoir une confiance minimale dans le langage. (…) Il faut aiguiser cet outil de la langue pour fouiller ce réel qui fuit tout le temps. Et alors, on réussit à transmettre un peu de vie. »

p. 125 :

« L’écriture est avant tout un travail. (…) C’est un moyen de pousser plus loin l’observation par les sensations, par le regard, l’ouïe, le toucher, etc., pour connaître la vie d’une autre personne. Un univers que tu ne peux pas atteindre normalement… »

« … Et la réaction du lecteur peut confirmer (ou infirmer) ton observation. C’est communicable, donc ce n’est pas une simple invention. »

p. 133 :

« Joyce, en l’occurrence (dans Molly Bloom), cherchait aussi par l’écriture à aller au plus près du réel, et le réel se décompose, comme toujours, quand on le serre de trop près. Et pour Proust, c’est pareil. Autrement dit, l’écrivain chercherait toujours à âtre au plus près du réel, mais dans son résultat, il créerait des formes artistiques nouvelles. »

pp. 133-4 :

« Si on (…) ne se contente pas d’une description plate du quotidien, alors on entre dans un réel de l’esprit, de sensations, de hauteur, les mots deviennent légers, flottants, les mots s’éparpillent, ça devient magique. Il faut avoir un respect de la langue. On ne peut pas écrire directement comme ça, il  faut être patient, laisser la langue venir, on observe, on attend, les phrases viennent, se succèdent à elles-mêmes, et aussi sans quitter cette sensibilité du réel, sinon ça devient n’importe quoi. »

« Il faut d’abord savoir bien décrire, ou plutôt écrire le réel, ça c’est la base. (…)

« Il faut trouver un moyen de se détacher de la subjectivité, dans une certaine mesure. »

p. 135 :

« Le but de l’écriture, c’est de rendre compte de cette sensation-là que tu as eue au moment où tu observes telle chose, ça peut même être cette sensation-là que tu as eue au moment où tu t’apprêtes à décrire telle chose. »

pp. 135-6 :

 » Si on se contente de photocopier par la langue cette réalité, ça n’a aucune valeur. Ce qui est fascinant, c’est plutôt de franchir cette frontière pour atteindre ce monde obscur et intérieur. Tous les grands écrivains dépassent les catégories – réalisme, romantisme, etc. »

p. 136 :

D.B. – Quels sont alors les critères opératoires en littérature?

G.X. – Moi, je regarde avant tout le caractère vivant. »

p. 140 :

D.B. – Pour écrire, pour toucher quelque chose de juste dans l’écriture, il faut vivre justement. Ce n’est pas vraiment une question de morale, mais je vois que la responsabilité de l’écrivain est toujours en jeu. Tu ne peux pas écrire quand tu n’es pas en adéquation avec toi-même. On ne peut pas écrire de chose vraiment intéressante en se mentant à soi-même.

G.X. – Tous les grands écrivains ont une quête du réel. Ils apportent involontairement quelque chose de nouveau de par leur volonté d’approcher la réalité. Mais si on fait exprès de créer quelque chose de nouveau, ça devient mort. On fait semblant de renouveler ce marché de la littérature, mais il n’y a qu’une apparence de travail. (…)  Si on est si près du réel, ce n’est pas possible d’être démenti. Il faut avoir suffisamment confiance pour ne pas suivre les modes artistiques. Si c’est vraiment bon, ça a sa raison d’être. »

p. 146 :

« je ne peux pas me décrire moi-même par l’écriture, aussi fine que puisse être ma faculté de m’auto-observer. Ceci, parce que écrire est un acte, et que, comme tout acte, il est tourné vers l’extérieur.
Le fait d’écrire est quelque chose de très paradoxal, c’est une sorte d’interface entre ce que je ressens et ce que je suis capable de communiquer avec les autres. »

‘Au plus près du réel’ dialogues de Gao Xingjian avec Denis Bourgeois, 1/3

25 août 2016

éd. de l’Aube, 2001 :

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p. 41 :

« Le fait d’écrire oblige au geste initial de la sincérité à soi-même, même si ensuite, on n’a de cesse de l’éluder, de le diluer dans les mots. »

p. 58 :

« Ecrire, c’est vouloir sentir de plus près ce réel, même s’il reste mystérieux. »

p. 59 :

« C’est ce réel que nous cherchons à atteindre. (…) Il y a toujours quelque chose d’insaisissable. Nous sommes toujours en quête de ce réel insaisissable, impossible, que nous n’avons pas encore connu. »

p. 62 :

« Quand la littérature devient un métier, il y a des procédés de fabrication à l’oeuvre, mais on ne peut plus parler d’écriture. Il faut chaque fois chercher une fraîcheur d’écriture. »

p. 63 :

« La communication sort de la difficulté radicale à communiquer. Le réel se constitue de notre difficulté à le rencontrer. Mais n’y a-t-il pas toujours un fond d’irréel qui fait qu’on ne sortira jamais de l’insaisissable? »

p. 64 :

G.X. – La beauté est toujours un état éphémère, ce sont tous les instants de passage. Tout ce qui est impossible à fixer, c’est la beauté.

D.B. – Donc, l’art ne pourrait pas être une forme aboutie. Ce serait simplement une structure qui contiendrait un mouvement insaisissable, comme dans la vie réelle?

G.X. – Oui, c’est ça.
D.B. – Le travail d’écrivain consisterait donc à reproduire ce qui reste le mystère absolu de la vie, à savoir l’insaisissable ? »

G.X. – Voilà à quoi on perd sa vie en tant qu’écrivain ! »

p.65 :

« L’écriture (…), ce saisissement incontrôlé de l’insaisissable. »

« Que ce soit dans le réel ou dans l’art, on ne sort jamais de l’éphémère »

 » Le problème n’est pas de représenter, de montrer le réel, de quelque façon que ce soit, mais de construire une approche de l’insaisissable, car c’est finalement ainsi qu’on touche au plus près du réel. »

p. 90 :

« Je suis assez d’accord avec le texte de Gombrowicz contre les poètes. En général, ce sont des montages de clichés. Ils ne travaillent que la forme. Ils ont oublié la sensibilité de la langue. »

D.B. – Comment atteindre cette sensibilité, comment rendre « vivante » ton écriture?

p.91 :

G.X. – Je cherche à garder cette sensibilité, à évacuer les idées. J’éteins la lumière, je ferme les volets, je me concentre, je m’écoute, parfois je parle à haute voix, pour rester au plus près de cette sensibilité. »

(…)

« Tout cela pour me vider l’esprit, pour retrouver un rapport instinctif aux mots, pour ne plus avoir de rapport aux significations. L’esprit est purifié. Et une fois que je suis entré dans l’écriture, je n’entends plus rien, je parle mais je n’en suis pas conscient.

(…)

pp.91-2 :

« Quand on ne prête plus attention à la langue, c’est là qu’elle devient vivante. Ce n’est même plus de l’écriture, la langue coule automatiquement, instinctivement. Ce n’est pas l’intelligence qui travaille, mais il y a une sorte d’intelligence primaire, une aisance. »

p. 92 :

G.X. – « Depuis Flaubert et Mallarmé, on accorde trop d’importance à la langue, le travail de l’écriture devient une affaire de linguiste. Cela a fini par étouffer le travail propre à l’écriture.

 A travers la langue, on peut découvrir, sentir le réel. Si on coupe son lien au réel à travers la langue, elle devient alors un objet, un outil, elle est morte. »

D.B. – (…) quand on essaie d’écrire, c’est justement le moment le moment où il ne reste plus de langue. »

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( à suivre…)

‘La Raison d’être de la littérature’ : Gao Xingjian,

25 août 2016

(Prix Nobel de littérature, 2000), éd. de l’Aube, 2001.

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Pp. 20-1 :

« La littérature ne vise absolument pas à la subversion, mais elle est précieuse pour révéler ce qu’on connaît peu en l’homme ou pour montrer le visage réel d’un monde que l’on  croit connaître mais dont on est en fait dans l’ignorance. La vérité est certainement la qualité la plus fondamentale de la littérature, et la moins réfutable. »

p. 21 :

« Mieux vaut que l’écrivain revienne à la place du témoin et exprime, autant qu’il le peut, le réel. »

 

pp. 21-2 :

« La littérature, quand elle entre en contact avec le réel, peut tout révéler sans exception, depuis le for intérieur des hommes jusqu’au processus des événements, c’est là sa force, à la condition que l’écrivain montre telle quelle la réalité de l’existence humaine, sans inventer de toutes pièces.

p. 22 :

 La perspicacité de l’écrivain pour saisir la réalité décide de la valeur de l’oeuvre et cela, ni les jeux d’écriture, ni les techniques de composition ne peuvent le remplacer. (…) on peut se rendre compte au premier coup d’oeil si un écrivain a enjolivé les multiples facettes de la vie ou s’il les a exposées sans détours. »

« Savoir si ce qui est écrit est réel ou non signifie aussi : écrit-on de manière sincère ? Ici, le réel n’est pas seulement jugement de valeur littéraire, il revêt aussi un sens éthique. »

« Le réel, en littérature, pour l’écrivain, équivaut presque à l’éthique, et c’est même l’éthique suprême. »

p. 24 :

« Si l’on oublie l’homme vivant qui se trouve derrière le langage, les raisonnements d’ordre sémantique peuvent facilement devenir simple jeu intellectuel.

Le langage n’est pas seulement le vecteur de concepts et de points de vue, il touche en même temps la sensation et l’intuition, (…) »

 

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‘Une mare cachée’ : anthologie moderne de haïku – 13/24

22 mai 2015

°

izumi no soko ni ippon no saji natsu owaru

Iijima Haruko (f) (1921-2000) Membre du groupe de haïku Taka (« Faucon »).

une cuiller
au fond de la fontaine –
l’été est parti

°

« kakute natsu hatsu » to rippukuchô ni kakite neru

Imoto Nôichi (m) (1913-1998)

« Enfin la fin de l’été »
écrit de mauvaise humeur
et puis au lit

°

shinimo no aka no hotette orinikeri

Gotô Hinao (1917-) Leader de Fûei (« Improvisation ») et membre associé du groupe Hototogisu (« Coucou »).

la chair écarlate
de nouvelles patates douces
toutes rouges de couleurs

°

me mo mimi mo ushinai gege no sagirigaki

Tomita Chôji (m) (1940-) Ancien leader du groupe de haïku Wakatake (« Jeune bambou »). Comme le poète Murakami Kijô (1865-1938), il a perdu la vue et l’audition.

la dernière répétition
sans voir ni entendre –
cherchant les mots

°

ryûtô no te o hanareyuku magiwa kana

Ochiai Suibi (1937-) Leader du groupe de haïku Ukino (« Champ flottant »).

juste au moment
où cette lanterne flottante
quitte mes mains…

°

yukisugite mune no Jizôe akari kana

Washitani Nanako (1923-) Leader du groupe de haïku Nanpû (« Vent du Sud »).

après être passée
la clarté de la fête de Jizô
reste dans mon coeur

°

shiranui o ichiretsu no musha yogirishi yo

Kawano Ryôsô (m) (1929-)

a travers le feu follet sur la mer
un seul rang de guerriers
passe en marchant

°

tômeina uo ga sora tobu yoru no aki

Fukuhara Jûô (1903-1992)

un poisson transparent
vole dans le ciel sombre –
une nuit d’automne

°

asagao no kon no kanata no tsukihi kana

Ishida Hakyô (1913-1969) (m) Fondateur du groupe de haïku Tsuru (« Grue »).

mois et jours futurs
s’étendent au-delà du sombre et du bleu
des belles-de-jour

°

shinryô ya kama no hasaki ni kusa no kuzu

Ikeda Shûsui (1933-) (m) Memre associé du groupe de haïku Seizan (« Montagne bleue »).

première fraîcheur d’automne –
sur le bord d’une faucille
une tige d’herbe

°

hachijû wa dôjo nimo nite shirofuyô

Yasome Aiko (1934-) (f) Membre associée du groupe de haïku Kari (« Chasse »).

Quatre-vingts ans
et toujours juste comme une fillette –
l’hibiscus blanc

°

sono nochi no chôjû ni Tobasôjôki

Suzuki Eiko (f) (1929-) Membre senior du group Shuntô (« Lumière de printemps »).

Depuis lors
on se souvient de Tobasôjô
par les animaux et les oiseaux

: Tobasôjô : peintre et prêtre de l’ère Heian (794-1185)

°

poppentei kosumosu afure hito afure

Yamada Mizue (1926-) Leader du groupe de haïku Mokugo (« Langage des arbres »).

de cosmos et d’invités
ma hutte-poppen est remplie
à ras bord

: « poppen » : un petit instrument de musique en verre.

°

michibata ni uru hajutô mo Kudara kana

Arima Akito (m) (1930-) Spécialiste en physique atomique, ancien président de l’Université de Tokyo et Leader du groupe de haïku Ten’i (« Providence »). Apprit le haïku avec Yamaguchi Seison (1892-1988).

les pêches blanches
vendues au bord de la route
font aussi partie
de Kudara

: Kudara : un des trois anciens royaumes de Corée. Les pêches blanches indiquent l’automne.

°

(A suivre, p. 148)

Glossaire des termes relatifs au haïku (U-Z)

26 novembre 2014

UTAKOTOBA : « Mots poétiques ». Les Japonais ont depuis longtemps idéalisé certains mots, particulièrement ceux qui apparaissaient dans les trois premières anthologies impériales de poésie. Ces mots, et seulement eux, étaient jugés dignes d’être employés dans un véritable poème.

UTAMAKURA : C’étaient, originellement, des expressions codifiées pour représenter certaines images afin de répondre à l’exigence des unités sonores en 5 et 7 d’un poème. Ces expressions furent créées pour des lieux, des personnes, des choses, et des manières d’être. Apprendre ces termes représentait une part importante de l’éducation d’un poète.

UTSURI : « Réflexion ». La relation entre les strophes d’un renga où il y a un sens de mouvement ou de transfert.

WABI : « Pauvreté ». Beauté jugée être le résultat d’une vie simple.

WAKA : L’ancien nom du TANKA. Nom encore utilisé à la Cour Impériale du Japon, pour ses poèmes.

WAKAN : Combinaison de poèmes japonais et chinois. Dans un concours WAKAN, les poèmes japonais étaient opposés aux poèmes chinois, dans un renku WAKAN, les versets japonais étaient enchaînés en alternance avec les versets chinois dans le style d’un renga.

WAKIKU : « Verset de côté ». Nom officiel du deuxième chaînon d’un renga.

YASE : Concept de beauté frugale et fine, telle qu’un pommier fleurissant un jour particulièrement froid.

YONGIN : un renga à quatre.

YOJÔ : Un concept de sentiments évoqués mais non ouvertement exprimés dans un poème. Peut aussi faire référence à un style poétique qui vise à incarner cet attribut. S’apparente au non-dit.

YUGEN : « Mystère ». Mot décrivant une poésie si mystérieuse que de nombreux volumes ont été écrits pour l’expliquer.

ZAPPAI : « Haïkaï varié, irrégulier, ou inférieur ». Autre terme pour le senryû. Les écoles Danrin et Teimon entretenaient ce style d’oeuvres que méprisait grandement Bashô. Selon la légende, il aurait dit que ce style de poésie n’était pas digne de l’art véritable du haïkaï et que de tels poèmes étaient seulement quelque chose « qu’un paysan pouvait apprécier, houe en main ».

ZO : « Varié ». Dans le haïkaï, cette classification indiquait le manque d’un mot de saison, ou la présence de mots de saison mélangé(e)s dans un lien. Dans un renga, cette désignation thématique appelait une strophe qui montrait des activités humaines.

ZOKU : « Verset varié ». Verset considéré comme inférieur ou commun, et ne faisant pas partie de l’art véritable. Cette désignation concernait tous les genres d’écriture jugés inférieurs, y compris des pièces comiques et des divertissements, peu importe combien sérieux ils devinrent. On donnait cet attribut péjoratif au haïkaï, chose qu’il essaie encore de surmonter lentement, en dépit du respect accordé à Bashô et à son oeuvre.

ZÔSHI : voir SÔSHI.

ZUIGA : Les dernières cinquante strophes composées le cinquième jour de l’écriture d’un SENKU.

°°°

: in Bashô, The Complete Haiku, par Jane Reichhold, éd. Kodansha Int., 2008 : « Glossary of literary terms ». (pp. 411-20).

Haiku, etc. de Py, Août 2013 – 2/2

19 septembre 2013

Haïkus, etc. Py – Août 2013 – 2/2

°°°

Avec ses deux baguettes
et ses dix-huit rouleaux de PQ
remontant du supermarché

°

sang venimé
sang venimeux

plus ou moins proche
Orient

À sang

Aff(r)eux
/ Affres

Apocalypse

(Syrie Tuerie)
(Syrien n’est fait…)

°

Comment peut-on prendre au sérieux
une revue de haïkus (/ le haïku lui-même !)
si elle publie du N’importe/quaïku ?!

Entendant un certain « haïku » ( ? ),
son amie sort :
« C’est du grand n’importe quoi ! »
– Ah, comme j’ai plaisir
à l’entendre !

Méfiez-vous
des faux-prophètes
du haïku !

Y a pas bon Banyana !

Si peu sûrs d’eux
qu’il leur faut un pape,
un évêque,
un gourou, etc…

L’évêque,
ses moustaches collées de Banyana !

°

Chi-kong au parc
une libellule se pose
sur sa main tendue

( : Mihaela, Parc Méliès, Orly, 15/8 )

°

un os de seiche
sur le balcon –
à des centaines de kilomètres de la mer…

°

Jean-François Millet (1814-1875) se propose, dans ses peintures, évidemment, d’
« exprimer le règne du silence »

La peinture doit « utiliser l’ordinaire pour exprimer le sublime… C’est là qu’est la réelle puissance », pensait Millet.

(Van Gogh était fasciné par Millet.)

« Je désire que les choses n’aient point l’air d’être amalgamées au hasard et par l’occasion, mais qu’elles aient entre elles une liaison indispensable et forcée ; que les êtres que je représente aient l’air voués à leur position, et qu’il soit impossible qu’ils pourraient être autre chose »
« Je désire mettre pleinement et fortement ce qui est nécessaire, mais je professe la plus grande horreur pour les inutilités et les remplissages, les choses ne peuvent avoir d’autre résultat que l’affaiblissement. »
J-F. Millet
« Extraire du réel même du banal ce qu’il contient de sublime et de typé – insérer ces formes dans la lumière (, voilà Millet ! »)
Pierre Miquel

Par petites touches
l’artiste *
donne au musée
quelques infos complémentaires

(Barbizon, musée / maison J-F. Millet,16/8/)

* Ion Codrescu

Barbizon
l’appareil photo d’une Japonaise
sur le nez d’une jardinière

°

(Musée Rodin :)

statues au jardin :
toutes ces poses qu’ils prennent
pour une photo !

au pied de la statue de la Méditation
un invalide
en photeuil

dans le jardin du musée Rodin,
une pensée
penchée

la statue
dans le plus simple appareil –
des hordes de photographes

un coca
et une guêpe :
elle se sauve

/

elle fuit son coca :
guêpe

un moustique tué
sur la ligne :
« Sur la Porte de l’Enfer »

°

la crémaillère blanche
d’un avion à réaction

(Orly)

°

(Que tu écrives)
Que ton cœur batte, cher poète,
le lecteur en a cure
comme de l’an trente-trois !

(C’est une telle tautologie,
c’est une telle évidence,
c’est une platitude « éculéenne » !

– digne du romantisme
le plus décadent !)

Auteur, pense à ton lecteur,
aie pitié de lui !

°

une fleur exulte,
Mozart.

°

mon cœur bâton cœur
basson cœur
bah !

Si tu écrivais
mon cœur bat
et si j’écrivais
mon pied bot ?

°

quatre aigrettes
ensemble dérivent
au milieu d’une conversation au jardin

°

Au-dessus des cosmos,
des papillons blancs –
Château de Talcy

les bourdons butinent

considérant la ride
sur le front du guide
au château

°

En bord de Loire
sous la pleine lune
des araignées d’eau

sous la pleine lune
les remous d’encre noire
de la Loire

(l’encre luisante de la Loire
sous la pleine lune (d’août))

°

Dans le haïku,
du blanc volant

°

la tondeuse voisine
nous rase les oreilles
7 h 30 ce 21 août

°

Il aura fallu
deux voitures
pour achever
ce papillon

(route de vacances)

°

Pour un haïku « hors-je »

°

des mongolfières s’élèvent

°

table de neuf convives
puis la pleine lune

/

tablée de neuf
sur la terrasse
puis la pleine lune

°

pleine lune –
des insectes
autour du lampadaire

°

un fil d’araignée
en cascade
sur la fontaine
asséchée

°

La voile d’une araignée
au-dessus d’un cours d’eau

la pirouette bleue
de la clématite
« pirouette bleue »

une libellule bleue
sort de la photo –
toile d’araignée

promenade tranquille
dans l’Arboretum
des Prés des Culands

(Meung-sur-Loire)

°

pêcheur à la ligne –
au fond de la Mauve
des feuilles d’acacias

une samare
glisse
à la surface de la mauve
– perdue ?

°

à l’encre l’on s’échine
à tracer des oiseaux volants –
une fourmi passe au bas de la feuille

°

« stepping stones » =
pierres où poser le pied *
(pour franchir
ce ruisseau
d’enfance…)

* / pierres pour poser le(s) pas

°

chaque fleur
accouchant
d’un papillon clair

°

le livre (neuf) (de haïkus)
sabi – me
au soleil

°

Make ’em laugh
(in haiku) !

Cocassiette…

Cocassaïku

L’étincelle comique du haïku…
(haïkunoclaste…)

°

les trois points de suspension
étant les « stepping stones »
: les pierres où poser le pas
vers le moins en moins de bruit

vers le moins en moins de mots
vers le silence
vers l’infini
(vers le vide ?..)..

°

chaises de jardin
recevant
le soleil
en silence

°

entre les bras du fauteuil
un fil d’araignée

°

une araignée tricote
de-ci de-là
au-dessus du jardin

°

dernière semaine d’août –
le soleil
tire les chaises à l’ombre

°
(« Miroir, ô mon miroir ! »)

Fau-il que l’on se farcisse
encore longtemps
tous ces haïkus-Narcisse

qu’ils viennent de Lapalisse
ou de Pétaouchnok ?

°

pour le boulot, je (/ il) freine…
(l’orme charme, mais l’être freine !)

°

Narcisse – hic !

°

Il a (mal)mené sa barque…

°

piasson(n)é

°

la pluie
qu’on n’a pas eu depuis longtemps
cette nuit
essaie ses instruments
près de la fenêtre

°

« Yi buzuo, er buxin » (proverbe chinois)
« Commencer par ne rien faire
pour ensuite ne plus s’arrêter. »

°

Dans la ville du château de Dracula,
ton peigne au matin
perd une dent

(Bran, 5/8)

°

Dans le haïku, chasser l’anecdotique,
le quant-à-soi, l’(auto-)exhibitionnisme.

Dans le haïku, se livrer à l’exhibitionnisme
équivaut à cultiver
l’anti-esprit-haïku,
exactement.

(D’autres y pratiquent, par ailleurs, le voyeurisme…)

°

cabine d’essayage –
pensant à André Cayrel

(City Park Mall, Constantza, 12/8)

°

Ah, montrer ses organes à tous,
quel pied !
( : l’anatomiquaïku / anatomikaïku )

°

sur la trace
du parfum « Envol »
perdu *

Moire et satin
soir et matin

* de chez Ted Lapidus

°

tic toc mon cœur bat
…….
toc toc mon pied bot

°

les zarbitudes

°

extraordiniare / extraordignare

°

À la porte du magasin Naturalia
2 clodos nature

°

elle se pointe des pieds
pour l’embrasser
– Saint-Michel

°

Elle, sa longue perruque rousse,
lui chauve
(Montpellier)

°

Nuit d’automne

(d’après Hubert Haddad in ‘Les haïkus du peintre d’éventails’, éd. Zulma, 2012)

°

(Pensant à M.)

son humour de chauve
(/ le chauve… sourit)

°

chauve, un (dans le bus aussi
/, assis)

°

le chauve
met son chapeau
: voyage en bus

°

Et si je passais par le jardin public
(Et) s’il y passait un haïku ?

(jardin A. Malraux, Millau)

°

Appuyée au panneau

°

L’i dans un coin

°

(Érotisme… :)

Les travaux DER-CUL !?

°

ces Italiennes
au sabir sonore
et soûlant
dans ce train
du 31 août

(Montpellier-Nice, SNCF)

°

Le sabir
toujours plus sonore
des étrangers
(puisque différent…)

°°°