Les 1012 haikai de Bashô – 36-45)

°

du temple d’Uchiyama –
les visiteurs ne peuvent pas savoir
que les cerisiers fleurissent

(printemps 1670)

NB : jeu de mots entre le nom du temple Uchiyama Kongôjôin Eikyûji à Nara, de la secte bouddhiste ésotérique de Shingon, et « uchi » (« dans ») + « yama » (« montagne » ou « enceinte du temple »

°

arrivée du printemps
même un garçon sait décorer
la corde de paille de riz

(printemps 1671)

Au Nouvel An, premier jour du printemps, une corde faite de paille de riz tressée (symbole shinto) était suspendue au-dessus de la porte des maisons. Jeu de mots comprenant « warawa » (« garçon ») et « wara nawa » (« corde de paille de riz »).

°

mets-la pour l’essayer
la veste rembourrée
la robe fleurie

(printemps 1671)

la « jinbe ga haori » est une veste rembourrée. La « hana goromo » est une robe fleurie mise pour contempler les fleurs de cerisiers. « Haori » ressemble à « gaori » qui signifie « se rendre à la beauté des fleurs », et « kite » signifie « venir » ou « porter ».

°

la pluie du début de l’été
mesurant les hauts-fonds
de la rivière Souvent-vue

(été 1670)

NB : Le nom de la rivière, Minare, peut se traduire par : « tellement vue qu’elle en est familière ». Elle est un bras de la rivière Yoshimo. Quelques uns considèrent que la strophe personnifie la pluie, mais d’autres la considèrent comme un simple jeu de mots.

°

bosquet d’été / petite épée
portée – au fond des montagnes
un pompon sur la hanche

(été 1672)

NB : le mot « kodachi » signifie un « bouquet d’arbres » ou une « courte épée ». On peut voir cette strophe comme une personnification dans laquelle la montagne est un guerrier portant une épée d’arbres.

°

belle,
du melon-princesse –
un coeur d’impératrice

(été 1671)

le jeu de mots s’articule sur « hime uri » (« le melon-princesse », Cucumis melo) et « zane » (« coeur » ou « noyau ») qui sonne comme « sane » (« clitoris »).

°

couple de cerfs –
poil sur poil en accord
poil dur

(automne 1671)

NB : Bashô utilise le mot « ke » (« poil ») trois fois. Dans sa vieillesse, Bashô admit que dans sa jeunesse il aimait les hommes. Cette strophe, écrite à l’âge de vingt-huit ans, peut sembler provenir de ces expériences.

°

n’aimant pas les fleurs
les bouches des bavards
la bouche du vent

(printemps – année inconnue)

NB : L’expression « iya yo » (« je n’aime pas ») était couramment employée dans des chansons populaires. L’expression « hitori ni wa iya yo » (« je n’aime pas dormir seul ») était très proche de « hana ni iya no ».

°

quand vous en plantez
prenez en soin comme d’un bébé
cerisier sauvage

(printemps – année inconnue)

NB : Ce verset se base sur un manuel chinois de jardinage. Le poème de Bashô figure dans une anthologie compilée par Kigin, en 1676, qui contenait 6600 poèmes de 900 poètes. Ces chiffres donnent une idée de la popularité du haikai à cette époque.

°

pousse de bambou –
une goutte de rosée suinte le long des nodules
de générations de bambous

(été – année inconnue)

NB : Le jeu de mots est formé avec « yoyo », qui peut être « nodules » du bambou ou « génération après génération ». « Toyo no » est un adverbe qui décrit comment des gouttes de liquide suintent ou coulent.

°

(à suivre : 46-1012)

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