Posts Tagged ‘Les 1012 haïkaï de Bashô’

Les 1012 haikai de Bashô 255)

3 septembre 2012

JR 255 (K-C 250) :

(M’arrêtant à une Maison dans les Montagnes de la Province de Kai)

Le coursier passe
se réconfortant d’orge
pendant la nuit

Note :
Été 1685. Les chevaux noirs de Kai étaient célèbres en tant que cadeaux pour l’empereur. Le mot « koma » est un terme élégant, poétique pour « cheval ». Une fois encore, le sujet de ce verset pourrait être Bashô. Le cheval (Bashô) devait se satisfaire d’herbe comme nourriture au lieu de plats de riz. La note liminaire se réfère au séjour de Bashô à Tanimura, dans la Province de Kai (aujourd’hui Préfecture de Yamanashi), en 1682 et 1683, après que sa maison de Tokyo a brulé, le 28 décembre 1682.

(Tr. K-C :
« Quel réconfort !
mon cheval passe la nuit
près des épis de blé ».)

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Les 1012 haikai de Bashô – 246-253)

23 février 2012

°
246
(À Minakuchi, tombant sur un ami pas vu depuis vingt ans)

deux vies
entre elles ont vécu
les fleurs de cerisiers

(printemps 1685)

NB : L’ami de Bashô s’appelait Hattori Dohô (1657-1730). Bashô ne l’avait pas vu depuis qu’il avait neuf ans. (…)

247
(Une vue paisible de la campagne au printemps)

un papillon ne vole
que dans un champ
de soleil

(été 1685)

NB : Cette strophe suggère que le champ était constitué de soleil. Les fleurs jaune vif du colza pourraient faire penser au soleil sur la terre.

248

l’iris « oreilles-de-lapin »
me donne l’idée
d’un poème

(été 1685)

NB : La compréhension de ce verset se complique avec la référence à un waka de Toshiharu Oseko, au chapitre neuf des Contes d’Ise.

249
(Une vue de l’anse de Narumi-gata. Par un beau et doux jour de printemps , un bateau vu très loin au large semble se mouvoir très lentement, quelquefois même être à l’arrêt. Les fleurs de pêchers d’un rose vif sont au premier plan, sur la plage.)

un bateau qui débarque
s’arrête pour se reposer sur une plage
de fleurs de pêchers

(printemps 1685)

NB : Ce poème pourrait concerner de vraies pétales de pêcher soufflées des arbres qui se posent sur la plage ou à de petits coquillages roses dans le sable, qui ressemblent à des pétales de pêcher.

250
(Un prêtre bouddhiste de la province d’Izu, Inbe Rotsû, qui voyageait seul depuis un an, en entendant parler de moi, est venu à Owari pour voyager avec moi.)

maintenant que nous sommes ensemble,
broutons des épis d’orge
avant notre voyage

(été 1685)

NB : Inbe Rotsû vécut de 1651 à 1738. Bashô utilise un terme animalier pour manger, ce qui implique aussi qu’ils mangent à même l’épi au lieu de le cuire. Il y a aussi un association entre les épis d’orge et l’oreiller d’herbes (= le voyage) puisque tous deux portent des grains.

251
(Dans les montagnes de la province de Kai)

le bûcheron
reste bouche fermée
hautes herbes gratte-langue

(été 1685)

NB : Cette plante accrochante ( : le gaillet gratteron – Galium aparine – ) pouvait grandir jusqu’à la hauteur du menton d’un homme. (Cette traduction française permet un jeu de mots supplémentaire entre la bouche fermée du bûcheron et la langue que ces gratte-langue (, autre appellation de cette plante) auraient pu atteindre.)

252
(Le prêtre Daiten, du temple Engakuji est décédé au début de l’année. J’eus du mal à le croire, mais j’écrivis une lettre à Kikaku avec le verset de déploration suivant, pendant mon voyage :)

ayant manqué les fleurs de pruniers
je me prosterne devant celles des lespédèzes
en larmes

(1685, saisons mixtes)

NB : Le prêtre Daiten vécut entre 1629 et 1685. Kikaku était un des disciples de Bashô. Le poème semble dire que puisque la fleur de prunier (le prêtre) manque, non seulement au voyage, mais aussi à la vie, Bashô se prosterne en vénération et en lamentation devant les lespédèzes. Les deutzies, traduites souvent par « lespédèzes » étaient l’une des sept herbes d’automne associées au regret, à la tristesse et à la douleur.

253
(Donné à Tokoku :)

un coquelicot blanc
un papillon arrache une aile
en souvenir

(été 1685)

NB : Tokoku, marchand de riz à Nagoya, était un des élèves préférés de Bashô. Les pétales de coquelicots sont triangulaires et tombent l’un après l’autre, de sorte qu’il peut sembler que des ailes de papillon tombent de la fleur.

°

(à suivre : 254-1012)

Les 1012 haïkaï de Bashô – 238-245)

21 février 2012

°
(Maison d' »Une Branche » à Take no Uchi)

monde de senteurs
dans une branche de fleurs de prunier
une poule

(printemps 1685)

NB : Akashi Genzui était un docteur qui écrivait sous le patronyme de Isshi-ken (« Maison d’une branche »). La poule d’hiver possède un chant joyeux et complexe. Le verset utilise l’association parce que sur une branche de fleurs de prunier se trouvent « un monde de senteurs » et une poule.

°
(Je m’en fus à Kyoto pour visiter la villa montagnarde de Mitsui Shûfû à la Pruneraie de Narutaki)

fleurs blanches
hier
on a volé la grue

(printemps 1685)

NB : Mitsui Shûfû (1646-1717) était un poète de l’école Danrin (…) Bashô utilise une légende concernant un ermite chinois, Lin He Jing, qui adorait fleurs et grues, comme base de son poème. Chez son hôte, il y avait beaucoup de pruniers, mais la grue manquait. En disant qu’on avait volé la grue, Bashô suggère que son hôte vivait dans une région infestée de criminels. L’école de poésie de Bashô s’opposait à celle des poètes Danrin.

°

le chêne
ne fait pas attention aux fleurs
une pose

(printemps 1685)

Ce verset fut composé comme verset de salutations pour Mitsui Shûfû. Bashô compare son hôte au Quercus glauca, une variété de chêne qui pousse en montagne, impliquant que c’est un véritable homme qui contraste avec l’ostentation des fleurs.

°
(Rencontrant le Prêtre Ninkô au Temple Saiganji, à Fushimi)

ma robe de soie
des pêches de Fushimi
gouttent ici

(1685)

NB : Le Prêtre Ninkô (1606-86) était connu pour sa vertu. On connaissait Fushimi pour ses pêches sucrées et juteuses et pour son saké.

°
(Franchissant les montagnes sur la route d’Ôtsu)

sur un sentier de montagne
où quelque chose pourrait vous charmer
une violette sauvage

(printemps 1685)

°
(Une vue du Lac)

à Karasaki, le pin
est entouré d’une brume
plus douce que les fleurs

(printemps 1685)

NB : Le pin à Karasaki, au bord du lac Biwa était si célèbre qu’on y faisait déjà référence dans la poésie ancienne. Le lac Biwa, près du mont Nagara, est un endroit réputé pour ses fleurs de cerisiers. Au début du printemps, l’humidité s’élevant du lac qui se réchauffe pouvait atténuer la vue de cet arbre célèbre.

°

azalées arrangées
dans l’ombre une femme
déchire une morue sèche

(printemps 1685)

°
(Poème en voyage)

à cette ferme de colza
le visage qui contemple les fleurs
est celui d’un moineau

(printemps 1685)

°
(à suivre : 246-1012)

Les 1012 haikai de Bashô : 233-237)

20 février 2012

°
(Composé en voyant un écran de fleurs de pruniers et un corbeau à la maison de Sakuei. On y tint une séance de renga avec ce verset-ci comme hokku (verset de départ).)

un corbeau errant
son vieux nid est devenu
un prunier

(printemps 1685)

NB : La note d’en-tête fut ajoutée par Dohô dans son livre Shô Ô Zen-den. Dans ce poème, Bashô se compare au corbeau peint sur l’écran. Au lieu de séjourner dans la simplicité d’un nid de corbeau, il dort au milieu des fleurs de prunier parce qu’il demeure chez un ami élégant. Les corbeaux ne sont habituellement pas tenus pour des oiseaux migrateurs, mais l’idée d’un corbeau errant signifie un oiseau de passage, ou un prêtre en voyage.

°

le plan
pour Kiso en avril
contempler les fleurs

(printemps 1685)

NB : Kiso était le nom d’une région d’une rivière montagneuses. À cause de l’altitude, les fleurs de cerisiers fleurissaient plus tardivement.

°
(Sur la route de Nara :)

c’est sûrement le printemps
sur les montagnes sans nom
un fine brume

(printemps 1685)

NB : Pour aller de Nagoya à Nara, Bashô devait franchir une chaîne montagneuse. Au printemps, les montagnes du bord de mer amassent de l’humidité et remplissent les vallées d’une brume chaude. Y penser fait surgir de nombreux sentiments d’amour et de nostalgie.

°
(Au deuxième mois, je me retirai dans le Hall de Nigatsudô :)

les moines
tirant de l’eau
du bruit glacé des sabots

ou :

tirant de l’eau
les bruits de sabots
des moines gelés

(hiver 1685)

NB : À Nara, dans le temple Tôdaiji se tenait, généralement pendant les deux premières semaines du deuxième mois du calendrier lunaire, correspondant maintenant au mois de mars, une Cérémonie du Puisage de l’Eau. Quand les moines tournaient autour de l’autel, dans leurs déambulations nocturnes, leurs sabots de cèdre rendaient un bruit comme s’ils marchaient sur une terre gelée. La fin de la cérémonie consistait à tirer de l’eau de la source Akai, maintenant appelée Asakai.

°
(À Take no Uchi dans la province de Kazuraki vivait un homme qui prenait grand soin de sa famille. Au printemps il employait beaucoup de travailleurs aux rizières et à l’automne pour la moisson. Sa maison était remplie du parfum des fleurs de prunier, ce qui encourageait et consolait les poètes affligés.)

printemps précoce
vendant du vin de fleur de prunier
le parfum

(printemps 1685)

NB : Ce bouilleur de saké non désigné organisa une séance de renga. Quand on coupe la racine d’iris sucré en petits morceaux pour adoucir le saké, la boisson est appelée vin de prune. Il y a ici une devinette non-dite : qui vend les prunes, le parfum ou la saison des fleurs de prunier ?
°
(à suivre, 238-1012)

LES 1012 HAIKAI DE BASHÔ – 227-232)

17 février 2012

°

Fête du Nouvel An
j’aimerais la célébrer dans la capitale
avec un ami

(nouvel an 1685)

°
(Passant les vacances du nouvel an dans ma ville dans les montagnes…)

qui est le fiancé
qui porte des gâteaux de riz sur des fougères
l’année du taureau

(nouvel an 1685)

°
(Pris dans une averse d’hiver sur la route…)

sans chapeau
une averse d’hiver tombe sur moi
– et alors ?

(hiver 1685)

°
(Retirant mes sandales dans un endroit, organisant ma suite dans un autre, j’étais toujours sur la route à la fin de l’année.)

l’année finit
alors que je porte encore mon chapeau de cyprès
je mets mes sandales de paille

(nouvel an 1685)

°

oreiller d’herbes
un chien lui aussi sous la pluie froide
par une nuit de voix

(hiver 1685)

NB : L’expression « oreiller d’herbes » indique un voyage où l’on couche en extérieur.

°
(le soleil se couchant)

la mer s’assombrit
et la voix du canard
est vaguement blanche

(hiver 1685)

NB : Unités sonores de ce haikai : 5/5/7. Ce poème est un exemple de synesthésie parce que le son est une couleur. Il y a aussi un paradoxe. Pendant un coucher de soleil nautique, la mer semble plus claire, ou plus blanche que le ciel.

°
(à suivre, 233-1012)

Les 1012 haikai de Bashô – 221-225)

13 février 2012

°
(J’allai visiter le Sanctuaire d’Atsuta. Les bâtiments étaient en ruine, les murs de terre étaient écroulés et cachés dans un champ d’herbes folles. On avait élevé des cordes de paille sacrées pour indiquer le site du plus petit sanctuaire et des entassé des rochers pour montrer le sanctuaire lui-même. Des fougères et des mousses poussant en liberté rendaient l’endroit encore plus sacré et vous prenaient le coeur.)

Achetant un biscuit
même les fougères sont desséchées
sur l’aire de repos

(hiver 1684)

NB : À l’époque où Bashô alla voir le sanctuaire, il n’avait pas été rénové depuis l’an 1600, et se trouvait en piteux état. On servait évidemment les biscuits de riz sur des feuilles de fougères desséchées, ce qui concorde avec l’atmosphère pauvre de l’endroit. Bashô aurait pu se sentir aussi desséché que les fougères, ou aussi rassis que les biscuits, ou aussi décrépit que le sanctuaire. Il est intéressant de noter que le sanctuaire est tombé en décrépitude, mais que la maison de thé, pour laquelle Bashô emploie un mot plus impressionnant qu’elle ne le mérite, est toujours en activité.

°

gens du marché
je vendrai mon chapeau tel un
parapluie couvert de neige

(hiver 1684)

NB : La technique d’association est évidente ici, parce que et le chapeau conique et le parapluie couvert de neige ressemblent à des montagnes enneigées.

°
(Ayant assez dormi au bord de la route, je me levai dans le noir pour aller à la plage.)

à l’aube
le blanc d’un poisson des glaces
long seulement d’un pouce

(hiver 1684)

NB : L’une des trois espèces de poissons apparentés à la sardine ou au poisson gobie des glaces formait le sujet d’un proverbe local : « Un pouce de long en hiver, deux au printemps ».

°
(Intercédant auprès de deux personnes inamicales chez Tokoku…)

neige sur neige
cette nuit de décembre
une pleine lune

(hiver 1684)

NB : Alors que Bashô séjournait chez le marchand de riz Tokoku, à Nagoya, deux membres du groupe de renga eurent un différent d’opinions sévère. Bashô, en tant que leader reconnu avait le devoir d’apaiser les tensions. Il semblerait que le message dit que le rayonnement est partout.

°
(Les trois vieillards vénérables étaient doués du talent de l’élégance poétique, qui exprimaient ce qu’ils avaient dans le coeur dans des poèmes d’une valeur éternelle. Ceux qui aiment leurs poèmes honorent naturellement d’un grand respect la poésie liée.)

les lunes et les fleurs :
voici les véritables
maîtres.

(1684, hors saison)

NB : Ces « trois vénérables vieillards » sont les maîtres antérieurs du haikai-no-renga : Matsunaga Teitoku (1571-1653), Yamazaki Sôkan (1460-1540) et Arakida Moritake (1460?-1549). Bashô, cependant, dit dans sa strophe que les véritables maîtres ne sont pas les personnes, mais la lune et les fleurs, qui inspirent la poésie liée. Bashô répète qu’il valorise plus le renga, ou versets liés, que les strophes uniques.

°

(à suivre : 226-1012)

Les 1012 haikai de Bashô – 216-220)

9 février 2012

°
(Au temple Kuwana Hontô)

pivoine d’hiver
les pluviers doivent être
un coucou dans la neige

(hiver 1684)

NB : Bashô résidait à une branche du temple du Nishi-Honganji à Tokyo, à la tête duquel se trouvait l’hôte de Bashô, le poète de l’école Kigin Koeki (1642-1709). Ce verset était un e salutation pour Koeki, dans un effort de louer la pivoine d’hiver.

°
(Après avoir passé de bons moments à Kuwana, je suis arrivé à Atsuta)

venant pour le plaisir
et pour pêcher le poisson-globe
faisant jusqu’à sept kilomètres

(1684)

NB : La distance de sept ri correspond à environ 2 miles et demi (4 kilomètres), mais le poème a besoin du mot « sept », parce qu’il parodie le Man’yôshû (poème n° 1740). Tous deux tournent autour de la légende d’Urashima Tarô qui alla pêcher et s’en réjouit tant qu’il ne rentra pas pendant sept jours. Le voyage de Kuwana à Atsuta se faisait en bac.

°
(Voyant un voyageur)

même un cheval
un matin de neige
est quelque chose à voir

(hiver 1684)

°
(Le propriétaire de l’auberge, Tôyô, est un poète si enthousiaste que j’ai décidé de rester chez lui un certain temps)

dans cette mer
jetant mes sandales
la pluie sur mon chapeau

(hiver 1684)

NB : Tôyô (1653-1712) était le meneur d’un groupe de renga à Atsuta, Nagoya. Quelques sommités traduisent cette strophe comme si elle impliquait Bashô jette ses vieilles sandales et son vieux chapeau dans la mer en un rituel purificateur ou simplement parce qu’ils sont vieux et usés. D’autres croient que seules ses sandales furent jetées tandis qu’il restait sous la pluie. Si l’on pense à la technique associative, Bashô pourrait dire que ses sandales et la pluie qui coule de son chapeau s’abiment dans la mer.

°

« Chanson du luth »
la nuit, de la musique de banjo
bruit de la grêle

(hiver 1684)

NB : « La chanson du Luth » était un poème composé par le poète chinois Po Chû (777-846) quand il fut exilé à la campagne avec une fonction politique moindre. Bashô peut se comparer à lui, ou dire qu’au lieu d’avoir le luxe d’écouter un luth, tout ce qu’il a c’est la grêle sur le toit.

°

(à suivre, 221-1012)

Les 1012 haikai de Bashô – 210-215)

3 février 2012

°
(Nous allâmes de Yamato à Yamashiro, passant par la route d’Ômi à Mino. Après Imasu puis Yamanaka, je vis la vieille tombe de Tokiwa. Je me demandais ce qu’Arakida Moritake, d’Isa, voulait dire par l’expresssion de son poème « le vent d’automne ressemble au Seigneur Yoshitomo ». Ainsi composai-je :)

le coeur de Yoshitomo
ressemblait peut-être
au vent d’automne

(automne 1684)

NB : Yoshitomo (1096-1156) fut un gouverneur légendaire, cruel et assoiffé de sang, qui tua tous ceux qui se dressaient en travers de son pouvoir.

°
(Sur la tombe de Tomonaga dans la province de Mino)

enseveli dans la mousse
le lierre distrait
une prière bouddhiste

(automne 1684)

NB : Bashô donne une qualité humaine au lierre, le rendant « distrait ». L’idée intéressante est que, bien qu’il voie le lierre comme étant distrait, la juxtaposition des lignes peut donner l’idée que le lierre est une prière inoubliée. Il y a aussi l’idée que la tombe est ensevelie par trois éléments : la mousse, le lierre, et les prières

°
vents d’automne
dans les halliers et les champs
la barrière de Fuwa

ou :

vents d’automne
comme des halliers et des champs
la barrière indestructible

(automne 1684)

NB : Fuwa signifie « indestructible ». La barrière était le poste-frontière du district de Fuwa où l’on identifiait et/ou fouillait les voyageurs.

°

pas encore mort
mais dormant à la fin du voyage
le soir d’automne

(automne 1684)

NB : Quand Bashô entreprit ce voyage, il crut qu’il allait y mourir. Là, à la fin de l’automne, il n’est pas mort, mais ne fait que dormir, au but de son voyage.

°
(Dans l’automne avancé, souhaitant voir les feuilles colorées des cerisiers, je pénétrai dans la montagne de Yoshino, mais, les pieds douloureux à cause de mes sandales de paille, je m’arrêtai pour me reposer et posai ma canne.)

les feuilles se dispersent
lumière du cerisier
sur un chapeau à lattes de cyprès

(automne 1685)

NB : Les voyageurs portaient des chapeaux plats, semblables à des paniers tissés de fines lamelles de cyprès. Le mot anglais « light » (: « léger » ou « lumière ») permet encore plus d’interprétations pour ce poème. Les arbres sont moins denses sans leurs feuilles. Sans feuilles plus de lumière tombe sur le chapeau de soleil de Bashô. Une autre idée est que Bashô trouve les feuilles qui tombent sur son chapeau si charmantes qu’il ne sent pas leur poids. De plus, les feuilles ont entreposé toute la lumière de l’été, et quand elles tombent, la lumière de l’été tombe aussi.

°

comme il est dur
le bruit des grêlons
sur un chapeau de cyprès !

(hiver 1684)

NB : Parce que les lammelles fines du cyprès étaient plus solides que la paille, les voyageurs préféraient ce genre de chapeaux.

°
(à suivre : 216-1012)

Les 1012 haikai de Bashô – 205-209)

1 février 2012

°
(Visitant le temple de Futakamiyama Taima, je vis un pin vieux d’un millier d’années environ, qui étendait ses branches au-dessus d’un jardin. Il était si grand qu’il aurait pu recouvrir le troupeau que Tchouang-Tseu mentionna dans son histoire. Ce fut un très grand et précieux bonheur que le pin, sous la protection de Bouddha, eut échappé à la hache.)

prêtre et belle-de-jour
combien de fois réincarnés
sous la loi du pin

(saisons mixtes, 1684)

NB : L’arbre dans l’histoire de Tchouang-Tseu était un chêne japonais qui pouvait recouvrir des milliers de vaches, tellement il était grand. L’arbre put survivre aussi longtemps parce qu’on ne le considérait bon à rien d’autre. Dans le poème de Bashô, le pin était un rappel de la manière dont prêtres et belles-de-jour, sous les lois du Dharma, se réincarneraient encore et encore, tandis que le vieux pin, dans son vieil âge sous la protection du Bouddha, n’avait plus à affronter les cycles des morts et des renaissances.

°
(Les restes de la chaumière de Saigyô se trouvent du côté droit du temple intérieur; on y accède en continuant quelques centaines de pas sur un chemin de bûcheron. La cabane fait face à une profonde vallée dotée d’une vue splendide. L' »eau claire qui ruisselle » est toujours la même qu’aux temps anciens, et, même maintenant, les gouttes s’écoulent toujours.)

la rosée goutte, goutte
voulant rincer enfin
la poussière de ce monde

(automne, année inconnue)

NB : La référence de Bashô à « la claire eau qui goutte » vient du poème de Saigyô : « s’égouttant / la pure eau de source tombe / sur des rochers moussus / pas assez pour en tirer / pour cette vie d’ermite »

°

Ignorant l’hiver
la maison où l’on décortique le riz
le bruit de la grêle

(été 1684)

NB : (…) Parce qu’ils avaient beaucoup de riz à décortiquer, leur hiver serait aussi chaud qu’un été. Le seul bruit de grêle serait celui du battage du riz pour en ôter l’enveloppe.

°

frappez le battoir
pour que je l’entende
femme du temple

(automne 1684)

NB : Poétiquement parlant, on supposait que le son du battoir pour y battre la soie tissée, était romantique voire érotique, quand une femme s’y attelait, tard, une nuit d’automne.

°
(Je franchis montagnes et vallées, le soleil de l’automne avancé déjà au déclin. Parmi tous les endroits célèbres ici, j’allai d’abord faire mes dévotions au mausolée de l’ancien empereur Go-Daigo.)

la tombe impériale date
vous souvenez-vous de l’endurance
fougère du souvenir

(automne 1684)

NB : Shinobu désigne à la fois une fougère appelée « pied de lièvre » et « se rappeler » ou « endurer ». Bashô pense que les plantes autour de la tombe doivent se rappeler les personnes qui ont visité ce lieu sacré. Il voudrait pouvoir accéder à ces souvenirs.

°
(à suivre : 210-1012)

Les 1012 haikai de Bashô – 201-204)

30 janvier 2012

°
(Visitant une maison de thé, une femme nommée Papillon me demanda un hokku contenant son nom. J’écrivis donc ceci pour elle, sur un morceau de soie :)

le parfum d’orchidée
des ailes du papillon
parfume les habits

(printemps 1684)

NB : Ce verset emploie une technique fantaisiste pseudo-scientifique en disant que les ailes du papillon ont un parfum semblable aux orchidées. Sedirea japonica est une orchidée japonaise classique qui a une odeur lourde de lis et de citron. Le mouvement d’éventail des ailes du papillon est semblable à la manière dont on évente de l’encens sur un vêtement pour le parfumer.

°
(Rendant visite à un homme retiré des affaires du monde dans sa chaumière :)

du lierre planté
avec quatre ou cinq bambous
tempête automnale

(automne 1684)

NB : « Aisatsu ku » (« poème de salutations ») donné à son hôte pour le complimenter de son mode de vie simple.

°
(Au début de septembre, je revins sur le lieu de ma naissance. Rien ne subsistait de ma mère. L’herbe en face de sa chambre s’était flétrie au gel. Tout avait changé. Les cheveux de mon frère et de mes soeurs étaient blancs et des rides s’étaient formées entre leurs sourcils. Nous ne pouvions que dire : « Nous sommes heureux d’être toujours en vie. » Rien de plus. Mon frère aîné ouvrit une cassette d’amulettes et me dit avec révérence : « Regarde les cheveux blancs de Mère. Tu es revenu après un si long temps. Ceci est comme la boîte à bijoux d’Urashima Tarô. Tes sourcils ont blanchi. » Nous pleurâmes un moment, puis je composai ce verset :)

Si je les prenais dans ma main
ils s’évanouiraient en larmes chaudes
gel automnal

(automne 1684)

NB : L’histoire d’Urashima Tarô dit qu’il sauva une tortue de quelques méchants garnements sur une plage. La tortue l’emmena ensuite au Palais du Dragon sous la mer, où il prit du bon temps. Quand il revint au village, il n’y reconnut plus personne, tellement il était resté longtemps. Tout ce qu’il possédait, c’était une boite de souvenirs du Palais du Dragon, qu’il ne devait pas ouvrir. Mais seul et curieux, il ouvrit la boite. En sortit de la fumée qui rendit ses cheveux et ses sourcils tout blancs. La mère de Bashô mourut le 20 juin 1683, un an presque avant la composition de ce poème. Bashô y était revenu pour un service commémoratif.

°
(Voyageant vers Tamato, nous sommes arrivés à Take no Uchi en Katsuge, qui est le village natif de Chiri, ainsi y sommes-nous restés pour nous reposer.)

arc pour battre le coton
aussi apaisant qu’un luth
derrière les bambous

(été 1684)

NB : Bashô emmena un de ses disciples, Chiri d’Asakusa (voir poème 188) dans sa ville natale. Le watayumi est un outil en forme d’arc fait de tendon de vache et de baleine utiliser pour battre les fibres de coton pour en extraire les graines et impuretés avant de les filer.

°
(à suivre : 205-1012)