Posts Tagged ‘les 1012 haikai’

Les 1012 haikai de Bashô – 186-190)

22 janvier 2012

°

glace sévère
la gorge du rat
à peine humide

(hiver 1683)

NB : Parce qu’il n’y avait pas d’eau potable à proximité, Bashô devait l’acheter. Ce poème aurait pu se baser sur la fable de Tchouang Tseu selon laquelle : « Un rat boit l’eau de la rivière, mais pas plus qu’il ne faut. » Bashô s’excusait peut-être de la quantité d’eau qu’il devait acheter ou en pensant au paradoxe d’avoir à acheter de l’eau en vivant près d’une rivière.

°

le printemps se lève
dix quarts de vieux riz
au nouvel an

(Nouvel an, 1684)

NB : Les disciples de Bashô étaient dans l’obligation de veiller à ce que sa gourde de riz restât pleine, en rétribution de ses services. Bashô se sentait bien entretenu parce que ses élèves lui avaient donné plus que ce qu’il n’utilisait. Ce verset utilise le contraste technique entre le nouvel an et le vieux riz. La première séquence du poème disait « comme je suis riche ». La révision ajoute un mot de saison et supprime le commentaire émotionnel.

°
(Dans la maison de Chiri à Asakusa :)

la soupe d’algues
montre de tels talents
dans un bol décoré

(printemps 1684)

NB : Asakusa était renommé pour ses alguesnori, largement consommé au Japon, et qu’on utilise de nos jours pour enrober les sushi. Le asagi wan était un bol décoré de fleurs et d’oiseaux en rouge et blanc sur un fond bleu clair.

°
(Bunrin m’a envoyé une peinture du Bouddha quittant la montagne, que j’ai placée sur mon autel.)

gloire au Bouddha
sur un piédestal d’herbes
quelle fraîcheur

(été 1684)

NB : Bunrin était un des élèves de Bashô. La plupart des peintures représentent le Bouddha sur des fleurs de lotus, mais Bashô ne peut utiliser que de l’herbe pour piédestal. Le poème peut aussi signifier qu’au lieu d’un autel en bois, celui-ci n’était fait que d’herbes tissées ou nouées.

°

N’oubliez pas
de profiter de l’air frais à
Sayo de Nakayama

(été 1684)

NB : Cette strophe fut offerte à Fûbaku, employé du sanctuaire d’Ise, alors prêt à faire le voyage de retour pour son travail. Sayo no Nakayama (« Centre des Montagnes ») était un des lieux, sur la route du Tôkaidô, célèbre parce que Saigyô, comme d’autres poètes avant lui, évoqua l’endroit dans un de ses poèmes.

°

(à suivre : 191-1012)

°

Publicités

Les 1012 haikai de Bashô – 31-35)

14 novembre 2011

°

se réjouissent / les gens – au temple Hatsuse / cerisiers sauvages

(printemps 1668)

°

cerisier-« fil » / quand on veut s’en retourner / les pieds s’emmêlent

(printemps 1668)

°

quand le vent souffle / le cerisier-« chien » s’amenuise / comme une queue

(printemps 1668)

°

crête d’une vague / les fleurs comme la neige fondent / pour revenir précoces

(saisons diverses, 1668)

NB : La crête d’une vague s’appelle « la fleur » à cause de la similitude entre l’eau blanche et les cerisiers en fleur. Les grands flocons pelucheux de neige s’appellent des « fleurs de neige ». Bashô combine ces images avec différentes significations de sorte que les « fleurs » de neige qui ont fondu forment une vague de fleurs, comme l’eau, qui revient comme des fleurs qui s’épanouissent trop précocement à cette saison.

°
katsura otoko / suma zu nari keri / ame no tsuki

cet homme élégant / clairement ne vit plus – / lune de pluie

(automne 1669)

NB le mot « suma » peut signifier « vivre » ou « s’éclaircir ». D’après des légendes chinoises, la figure qu’on voit sur la lune était un « katsura » (« arbre de Judée »). L’image devint celle d’un homme élégant ou un lapin bondissant, image japonaise traditionnelle. Le lien culturel se trouve au chapitre 73 desContes d’Ise : « Arbre de Judée sur la lune ». Le chapitre 23 contient la ligne « otoko / suma zu nari keri » (L’homme ne vint pas vivre avec lui/elle), ce qui donne au verset de Bashô un autre tour.

°

(à suivre…)

Les 1012 haikai de Bashô : 21-30)

13 novembre 2011

°

averse hivernale – / déçu ou malheureux et / pin (ou :) attend la neige

=> averse hivernale / le pin est malheureux et / attend la neige

(hiver 1666)

NB : bon exemple de personnification. L’idée est qu’au début de l’hiver les feuilles des autres arbres changent, mais que le pin (« matsu ») doit attendre (« matsu ») d’être couvert de neige pour se transformer.

°

(à la maison de quelqu’un dont un enfant est mort)

se penchant vers la terre / le monde sans dessus-dessous / de la neige sur les bambous

(hiver 1666)

NB : Une histoire appelée « Neige sur les bambous » montre une mère qui se lamente de la mort de son enfant qui se produisit sous des bambous couverts de neige. Il y a aussi un jeu de mots sur « yo », qui peut être soit « le monde » soit « les noeuds » sur un bambou.

°

grêlons mêlés / à de grands flocons de neige / habit finement dessiné

ou :

grêlons mêlés / sur une robe sans doublure / (au) dessin délicat

(hiver 1666)

NB : les grêlons et la neige sur un fond de ciel sombre ressemblent aux petits points imprimés sur l’habit d’un kimono. L’humour vient de l’idée d’une robe d’été sans doublure, en hiver. Il y a aussi la suggestion que la robe est fraîche à cause du motif des grêlons et de la neige.

°

le visage d’une fleur / se sentir timide – / lune brumeuse

(printemps 1667)

NB : La personnification peut se rapporter soit à la fleur, soit à la lune : la lune brumeuse est timide devant la fleur ou bien la fleur est timide au clair de lune.

°

pleine floraison / que le prunier ne soit pas touché par les mains / (du) vent !

(printemps 1667)

NB : Le vent est clairement personnifié par le jeu de mots avec « sude » (« laisser quelque chose intouché par des mains ») ou « su-de » (« une main vide »). De plus le « su » de « sui » signifie « amer » ou « la nourriture conservée au vinaigre ».

°

ici et là – / un masque se peigne par lui-même / cheveux de saule

ou :

vent de printemps – / peignes sur un masque / cheveux de saule

(printemps 1667)

NB : plusieurs combinaisons sont possibles pour donner le sentiment que les vents du printemps dans les longues branches du saule font penser à la chevelure d’une femme, dénouée pour être peignée. La métaphore peut dire aussi l’inverse, à savoir que la chevelure dénouée de la femme est comme les longues branches du saule. Un autre jeu de mots est formé par « achi kochi » (« ici et là ») et « kochi » (un « vent d’est » ou « vent printanier »). « Sabaki » a plusieurs nuances de significations, incluat « peigner », « dénouer (la chevelure) », « vendre », « disposer de », « avoir affaire à » ou « juger ».

°

à ne pas ouvrir bourgeons / tristesse – mon / sac de poèmes

ou

à ne pas ouvrir bourgeons / tristesse – vents du printemps / sac à poèmes

(printemps 1667)

NB : Parce que Bashô utilise « kochi » au lieu du conventionnel « ware » pour « mon », le verset prend deux versions différentes. La technique d’association veut que les fleurs ne soient pas encore ouvertes, et que le sac de poèmes de Bashô non plus. Le sac de poèmes fermé ressemble au bourgeon dans son potentiel de beauté.

°

flocons de neige biscuits / se transforment en fils blancs / saule –

(hiver 1667)

°

vents printaniers / espérant que les fleurs éclatent toutes / de rire

(printemps 1668)

NB : la phrase « warau hana » peut signifier « les fleurs s’épanouissant toutes ensemble » ou « éclater de rire ».

°

été proche / couvrir (ou épargner) sa bouche / les fleurs du vent

(printemps 1668)

NB : Une légende veut que le Dieu des Vents ait eu un sac dans lequel il transportait les vents orageux. Ce poème est encore une manière de demander au vent de se réserver pour l’été, quand une brise fraîche est bienvenue, plutôt que de venir maintenant souffler sur les pétales (des cerisiers et) écourter le plaisir des gens qui admirent les fleurs.

°

(à suivre…)