Archive for avril 2010

R.H. Blyth HAIKU vol 2 Printemps (suite : p. 381)

26 avril 2010

°

Assari to
haru wa ki ni
asagi-zora

Le printemps est venu
en toute simplicité :
un ciel jaune pâle

Issa.

Nous sommes constamment étonnés par la simplicité et la complexité de la Nature. Un nombre infini de phénomènes, et nous l’appelons par un seul nom : le printemps. Le printemps, dans toute sa variété, est contenu dans un seul phénomène : la minceur de la couleur jaune du ciel. Que l’ on trouve couramment dans le ciel vespéral; on peut le voir dans une fameuse estampe en couleurs d’Hiroshige, de petits nuages moutonnants sur l’horizon. Ce « jaune » est probablement le « vert » du vers de Coleridge :

 » La lumière verte qui s’attarde à l’ouest.  »

Haru na hi ya
mizu sae areba
kure nokori

Le jour de printemps s’achève
s’attardant
où il y a de l’eau

Issa.

Même quand le jour est fini et que le ciel semble s’assombrir, la lumière reste encore sur les mares, les rizières, partout où il y a la moindre présence d’eau. Ce verset est inhabituellement objectif pour Issa, mais il y a toujours dans la strophe la plus purement objective une suggestion de sentiment humain, un sens douloureux du passage du temps.

Samisen wo
kaketaru haru no
nochaya kana

Un shamisen ° suspendu
dans le salon de thé de la lande :
le printemps.

Shiki

° shamisen : sorte de banjo rectangulaire, mais aux cordes en soie, et plus expressif.

Il y a une harmonie du printemps, le shamisen avec sa suggestion silencieuse de joyeuse relaxation du corps et de l’esprit sous les fleurs de cerisier, l’échoppe de thé avec ses « fair charmers » coquettement audacieux, la lande, au dehors, avec ses nouvelles feuilles et ses fleurs. À côté de ceci, on a un sentiment du raffinement et de la civilisation inattendues au milieu de la nature. C’est beaucoup plus explicité dans un autre verset de Shiki, écrit sous une peinture qu’il a faite lui-même, d’un pot de fleurs oblong.

Kusabana no
hachi narabetaru
tokoya kana

Pots de fleurs
alignés
chez le barbier

Il porte en incipit :

 » Une plante en pot apportée hier par le barbier « .

Shiki, en tant que poète, ressent profondément la poésie, pas des choses, ni de la Nature, mais de l’homme, des autres gens, et spécialement là où on les attend le moins. Le barbier, homme de ciseaux et de peignes, de flatteries et de commérages locaux, possède aussi sa faiblesse divine pour la forme significative.

Mannaka ni
fuji sobietari
kuni no haru

Au centre
le Mont Fuji domine :
le printemps dans notre pays.

Shô-u.

(à suivre…)

Publicités

kyôbun au pyjama

26 avril 2010

°

fin avril –
dénudée
ma voisine sans rideau
enfile
pantalon
puis veste
de pyjama

Cerner
le réel
de très près

– la barrière des mots

les mots font obstacle

(les mots sont obstacles ?) –

Faire que les mots
ne soient plus obstacle(s)
entre toi et le réel

°

d.(25-26/4/10)

kyôka (court)

25 avril 2010

°

chaque matin,
polir la vitre
du poème

que les mots
transparaissent

°

d.(25/4/10)

Haïkus… Py – août 2009

20 avril 2010

°

sous le cerisier
brunes, rabougries,
nombreuses

(2/8)

°

grillons et cigales –
la lune
entre les peupliers

(3/8)

°

pleine lune
il se tripote
mollement

quittant les violons irlandais :
grillons et cigales —
pleine lune d’aout

°

quiétude
du jardin :
son jet d’eau
ses pigeons

°

feuilles et plumes
du marronnier :
deux pigeons se crêpent

°

stridulences
sporadiques
dans la nuit

(4/8)

°

un avion
vers le soleil du matin —
étirements de course à pied

(5/8)

°

toutes ces femmes
non osées,
terreau de mes rêves…

(Fab.)

sur tout son cou
des grains –
jusqu’où ?

son visage
scelle
ma nuit

mes yeux
sur leurs formes
se posent

où le pourraient
mes mains
mes lèvres
avides…

pentes incommensurables,
vertigineuses,
paysages infinis …

(idéaliser la lumière)

pleine lune
un sommeil
rêvé de vous

pleine lune
son sommeil assailli
de mystères féminins

pleine lune
sa nuit toute
en féminie !

°

valises
dans le matin tôt
: fin du stage

°

le 9/8/7 l’ami disparu
le 7/8/9 la fin du stage de musique

(Loches, 7/8/9)

°

par la vitre
entr’ouverte du métro :
une femme horizontale

feuille ? –
tombant facilement
sous le charme…

(toutes saisons)

Jardin des Plantes
Les valises
des visiteurs

agrippés
aux grilles :
jeunes singes

valise
repartant du parc
avec une feuille rousse

°

(S.S.S.)

Les dorures des ordures

(8/8)

°

Balancez la lumière !

°

une pendule
cognait
au mur…

: les trois points
du temps
qui reste

°

(Kyôkus :)

1)
Ce qui est amusant dans le haïku, c’est de brouiller la piste du sujet.

2)
L’avantage de l’interrogation, c’est d’ouvrir tous les champs des possibles…

2 bis)
En dire moins
pour ouvrir plus
l’imaginaire du lecteur

3)
À force d’écrire,
arriver au langage
coulant

°

la valse
des valises
avalées
par le ruban

au jardin des plantes
la corolle d’une femme…

aujourd’hui c’est le 9
le soleil « se lève »
les mondes jonglent
ô globes !

°

(Castillon, 06 :)

figues
sur les marches d’un escalier,
fleurs de Kobé
dans un autre

fontaine :
sculpture
devenue végétale…

en terrasse :
chaud, chaud, le melon !

soleil –-
un drapeau dans le vent
flotte

cloche de midi au village –
crissement sporadique

une mouche
en silence
dans la chambre

(9/9)

°

(kyôku :)

Le haïku, c’est une histoire de :
très vrai
très près
très frais

°

dès que retourné :
s’envole du bol

blanches barbes
sous la rambarde :
vent du matin

(10/8)

°

le lac
des attractions
féminines …

°

quand l’écriture est un don
(être ouvert à ce don)

l’éclair de noter !…

(11/8)

°

61 –
when will I see
my first firefly ?

les lucioles ?
Il paraît qu’elles existent –
61 ans

nuit blanche
mots noirs

°

je lui parle de Loches
Elle me répond limaces

à l’angle du matin
un chien

après-midi
le tilleul fume
sur la terrasse

(12/8)

°

sur la table
un miroir –
pas de lune
cette nuit

sur la table
un melon –
pas de lune

sur la table
un verre vide –
pas de lune

un melon
sur le balcon –
soleil d’août

(13/8)

°

(kyôbun :)

Le haïku dépasse l’intellect.
Il fait appel / mobilise
tous les sens…

Chétif, malingre, le haïku qui n’est que de tête.

°

pêché des pommes
dans la fontaine :
jog du 14 août

assis sur la terrasse :
la montagne
les nuages

en bas
la mer

sur le balcon
les coups
de la cloche

(midi)

(kyôbun à la pomme acide :)

pomme acide –
les nuages
sur la montagne

Poser,
puis se demander quels peuvent être les liens * (/ quel peut être le lien *) entre les deux images du haïku

* autre(s) que logique(s) (, évidemment).

(14/8)

°

(kyôbun aux mots qui font lumière :)

Écrire
c’est déblayer
des mots importuns
pour (ne) laisser
(que) ceux qui
font
lumière

°

la fontaine aux pommes
le banc-paysage
les infimes présents

sons de ces cloches animalières
sur deux notes
accrochés au flanc de cet après-midi
du milieu d’août

mi-août
le portable
silencieux

(15/8)

°

chut, un truc se trame !

une mouche sur un chat –
le tonnerre au loin

(16/8)

°

le chat,
la montre :
même attitude
à la sieste

°

(K. :)

écrire en creux

Écrire
c’est
faire la lumière

°

giggling fifteen…

(17/8)

°

le bleu glisse
de la pente de la montagne
vers la mer

l’angélus couvre tout le paysage :
le ciel et la montagne et la mer là-bas
mais bientôt tout reprend sa place
et
je me souviens qu’elle fuit la caresse de ma main gauche sur son bras…

( : Dom.)

duodécaplés :
12 babies
(a Tunisian woman)

complicité des pierres
et des racines-
aiguilles de pins au soleil

arrêtez le chronomètre
et alors la rose sent

(il y aurait là déjà de quoi
faire « la » révolution.)

jog du 19 août :
le chien dans la fontaine,
fourmis à leur repas sur une pomme

°

120 à l’heure sur l’A7 :
boucles blondes
devant le conducteur

(20/8)

°

les voisins déménagent –
l’orage gronde

sous silence
sur parole

la ficelle du thé
dans le courant d’air
d’août

un caillou
une flaque
lui suffisent pour jouer

(21/8)

°

(tanka en prose :)

et quand nous n’y serons plus,
les ombres de l’arbre continueront-elles de jouer sur le mur du fond,
au mois d’août ?

(Lyon, 22/8)

°

Qu’elle est furtive – fugitive l’admiration de la beauté des femmes qui passent qui ne font que passer qui arrivent que l’on croise et qui continuent leur chemin et toi tu restes là les yeux comme des soucoupes à quémander quoi de leur beauté passée ?

(25/8)

°

(Kyôbun au haïku monostiche :)

Retourner vers le haïku monostiche –

: effacer (/ essuyer ?) les vers
qui coupent (même un tant soit peu) artificiellement.

Couler (les mots) comme l’eau,
disait déjà Santoka
(l’ivrogne)…

le débit de l’eau
le débit des mots …

… la coupure artificielle du vers

°

dans la cabine téléphonique
le mendiant en chaise roulante
abrité de la pluie

°

Johnny didn’t get his gun ce soir :
le cinéma de plein air
sous la pluie

le pétard mouillé
de Johnny got his gun :
cinéma en plein air sous la pluie

Johnny didn’t get his gun tonite
The outdoor movie show
Down the rain

(Place A. Courtois, Lyon, 25/8)

°

huile d’amante douce

°

pourtour d’eau :
un souvenir de feuille

silhouette mouillée
d’une feuille absente
: trottoir lyonnais

°

visite nocturne
d’une coccinelle :
fin août parisien

nuit parisienne :
coccinelles d’entrer
dans ma chambre

(26/8)

°

un stylo égaré
au pieds d’un puits
n’écrit (probablement) plus

aile verte
au bout d’une branche

aile blanche
qui s’élève du feu

(Nogent s/Oise, 28/8)

°

un rayon de lumière
posé
en haut d’un meuble

sur ses paupières fermées
danse la lumière –
dernière demeure

(Lyon, 31/8 – Anne van Dyck, 1953-2009)

°

Trois heures trente en Lorraine

20 avril 2010

*

(Par erreur de trajet)
me retrouve près d’un bled
au doux nom de
Deuxnouds Dt B.
D 190
(25 kms de Verdun)

soleil et pissenlits

*

les vaches broutent
le milieu de l’après-midi
– TGV au loin

*

noires et blanches
d’un côté de la route
brunes de l’autre

– tourterelles et coucous

*

D 126
Mondrecourt
Cne des Trois Domaines

*

premières hirondelles
rue Principale °
pas un magasin

*
° la seule rue
*

plus d’animaux
que d' »âmes » qui vivent ?

*

une boîte jaune de la Poste
quelques pissenlits au pied

*

égaré (du) tgv
un pas de sénateur ?

un pas de sécateur ?
(: couper les mots ?)

*

deux heures encore
à ambler
en herbe(s) ?

*

(TGV :)

des longs
des courts
qui passent
sans s’arrêter
– un tracteur
ou deux
dans l’heure

(en Lorraine)

*

retour vers
D 126
Rignaucourt 1

*

Le paysan
arrête son tracteur
pour faire un brin de causette

il espère avoir fini de traire les vaches
à l’heure du dernier tgv
vers 22 heures 20

*

Issoncourt

Son Hôtel-Restaurant
Le Relais
de la Voie Sacrée

*

Marché 2 heures (et plus),
et pas un point de bière

(- dans la Meuse !)

*

Avais-je la tête
encore
sur son corps ?
: trompé de quai

*

Gare Meuse TGV SNCF
Voie Sacrée
Et drapeau tricolore

*

Écartées
les fesses de la colline
laissent passer le train

*

Sur le bus-navette tgv :
« Le plaisir de bouger en Meuse »

*

d.(19/4/10)

L’extrême concision – René Sieffert

19 avril 2010

°

 » N’oublions pas (…) que l’extrême concision permet à l’auteur de suggérer et au lecteur d’imaginer toutes les interprétations que son humeur du moment lui inspire.  »

René Sieffert, in Introduction à Bashô, Le Manteau de pluie du Singe, POF, 1986, p. XIII

°

Réponses Py au questionnaire AFH pour le livre (3) : Anthologie à 10 (2006)

19 avril 2010

Questionnaire livre 3 AFH – Daniel Py – (… auquel j’ai renoncé à participer) :

°°°

1) Quelle place tient le haïku dans votre vie quotidienne ?

– Quasi omniprésente.

2) Quel a été votre premier contact avec le haïku ?

– a) le premier saisissement ravi – choc extatique – ressenti à la lecture du haïkaï de Buson : « sur la cloche du temple / un papillon / endormi » (fin années 1960).
– b) le premier essai (transformé) de rédaction d’un « haïku » (début 1971) : « de branche en branche / l’oiseau envolé / la lumière se balance »

3) Quelle définition minimale donneriez-vous du haïku ?

– Celle de Bashô : « Le haïkaï, c’est simplement ce qui se passe ici, maintenant. »

4) Comment situez-vous le haïku dans la poésie ?

– Ailleurs. Autrement. Aux antipodes :
Alors que le poète (occidental) développe ses sensations ET son ressenti ( : pensées, commentaires, sentiments) en enjolivant, en embellissant, en ornementant, le haïjin, à l’inverse, cherche à nous faire voir le plus simplement, le plus clairement, le plus justement possible la scène dont il a été témoin, en s’abstrayant de son moi, des mots encombrants, et de tous les artifices littéraires prévalant en poésie (« occidentale ») –
Le haïku est un a – poème.

5) Y a-t-il un lien entre haïku et spiritualité ?

– C’est historiquement indéniable : Le Bouddhisme indien, le Bouddhisme chinois puis le Bouddhisme japonais ; le Taoïsme, le Zen chinois puis le Zen japonais ; le Confucianisme ; (la poésie chinoise puis le waka et le renga ; l’art chinois puis la peinture japonaise) furent les différents courants de « sentiment-pensée » qui permirent – et aboutirent à – la « création » du haïkaï par Bashô et ses disciples.
– D.T. Suzuki, entre autres introducteurs éminents du Zen à l’Ouest, considéra le haïku comme l’expression du Zen en poésie.
– Vladimir Devidé, un haïjin croate contemporain, avance qu’« un haïku est la (seule correcte) réponse au koan zen suivant : « On ne peut pas exprimer son expérience en mots, et cependant il faut le faire. Alors, parle, parle ! »
– Onitsura (1660-1738), à la question : Quelle est l’essence du haïkaï ? répliqua : « Un camélia fleurit dans le jardin ».

6) Comment inscrire sa pratique du haïku entre modernité et héritage des Anciens ?

– a) Vivre le jour, vivre l’instant présents et
– b) Étudier sans cesse les maîtres anciens (qui nous disent également de vivre l’éternel éphémère !) afin d’apprendre et de comprendre la signification véritable du haïku, son pourquoi, son comment… Un seul conseil : « Bashôtez ! »

7) Quelle particularité reconnaissez-vous au haïku francophone ?

– Quelle curieuse question ! Le haïku francophone existe-t-il ? Peut-on, doit-on le singulariser ?
– Au cas où il existerait, sa particularité serait celle d’être écrit en français !

8) Quel rôle joue la communauté haïkiste dans votre pratique ?

– Important. Celui d’un échange réciproque quasi quotidien.

9) Autre chose sur votre pratique du haïku ?

– Épure, épure, épure.

(D.Py, Paris, juin 2006).

Haïkus… (Carnets) Py sept 09

18 avril 2010

°°°

Dernière fourmi
dans l’évier de l’appartement
que l’on récure
et quitte

(/ que l’on astique
et quitte)

(Lyon, 1/9)

°

(Anne v. D.)

sur ses paupières fermées
danse la lumière –
dernière demeure

(31/8/09)

belle-sœur
incinérée –
pleine lune de septembre

(1/9/9)

°

écrire
c’est se vider
de mots

(3/9)

°

ses photos de femme ronde
– veille de la pleine lune

(3/4-9)

°

(« Elle accuse la quarantaine » :)

De quoi accuse-t-elle
la quarantaine ?

(b)rut de pomme…

(4/9/9)

°

elle efface
la table bouge :
encolure

(médiathèque de Reims, 5/9)

°

dans la lumière du projecteur
insectes de nuit
– fugaces lucioles

après le gazon froid des Buttes-Chaumont
le siège chaud du métro

lune ronde
et une étoile
au-dessus du Festival
de courts métrages

(5/9/9)

°

En pleine nuit
l’odeur du pain
cuit

(6/9/9)

°

(kyôku :)

le haïku, c’est la sensation
immédiate(ment) faite mots

°

groupe de Japonais
à vélo
vers le soleil couchant

(dim. 6/9, rue du Four, 75006)

°

au pied de son poteau
sa bière,
sa flaque

(Reims, 7/9)

°

Le choix de :
travailler peu
gagner peu
dépenser peu
– avoir (/ prendre) le temps de vivre ( à sa guise )

°

la naphtaline
roule son parfum
permanentement

trouverture

kidordi / Qui-dordi…

sur le toit
une tuile de traviole :
9 / 9 / 9

il est midi
/ minuit
moins deux secondes,
à toutes les pendules du RER

son regard aiguisé au point
où n’avoir à caresser les femmes
que des yeux…

sur le quai
étendu
sous une couverture
de survie dorée
des pompiers tout autour
et une perfusion
que l’un
debout
tient

(9/9/9)

°

(Bashôtage au burin urbain :)

brouhaha urbain –
les coups d’un burin
pénètrent la pierre

l’ombre
traverse l’allée
la feuille
se pose

(→ 10/9/9)

°

regret ? (1) – tanka :

sur le quai
la belle jeune femme
a passé —
sa trace ici
comme à regret

(9/9/9)

°

« La vierge et l’enfant » :

l’œuvre pie
de Marie °
déboutonnée
par Jean Fouquet
à Loches

° = Agnès Sorel

(début août – 10/9)

(Auto-école :)

entre ses seins sa cein-
ture de sécurité :
jeune conductrice
arrêtée au feu

(Sèvres, 10/9/9)

°

sur ses carreaux
les gouttes
de nombreuses pluies

ses gouttes séchées
salissent le dehors …
septembre gris

(9/9/9, 50 rue de Meaux, 75019)

°

(senryû par France-Culture (?) :)

Depuis que N.S. a été élu,
la situation
Empire

(10/9/9 : M. Lévy et Laure Adler)

°

(kyôbun a minima :)

le rideau d’en face
s’écarte

: écrire
le rideau d’en face…

: tout ce que révèle
– en s’écartant –
le rideau d’en face

: tout ce que dévoile
le rideau d’en face

°
tanku (= tanka court) :

son reflet
dans la vitre
et pfui !

(11/9)

°

la branche de l’arbre
descend en spirale
vers les pigeons
sur le gazon

(sq. des Batignolles, 11/9)

°

Un idéal : la
TRANSPARENCRE

= haïku(/kyôku) d’un (seul) mot !

(–> 11/9)

°

Préparer
– activement –
sa retraite :

Far niente

Prenez un paquet de gâteaux
quelque(s) livre(s)
le banc d’un parc
un jour de soleil *

Laissez passer le temps
comme ces pigeons
installés dans le gazon

– feuilletez le temps –

Des feuilles tournent
dans le cours d’eau
descendent d’un côté
remontent de l’autre
en lent ballet paisible

( le « sourire du Tao » ?)

* un jou(i)r de soleil (?)

(11 septembre 09)

°

la queue de la pie
qui vient picorer l’eau,
puis un pigeon


(ceci n’est pas un haïku au pigeon :)

ce pigeon
dans le gazon
couve le temps

(pie et cygne :)

cette pie
descend sur ses roulettes
boire au bassin

le cygne noir
mine de rien
patrouille

(ceci est un haïku gris :)

sur la tête
du vautour gris
un pigeon gris

( : square des Batignolles, 11/9/9 – Au milieu du bassin, une statue de vautours dérisoires : proie d’oiseaux vifs…)

(onze septembres :)

11 septembre
feuilles et plumes
sur le bassin

des canards
jouent les sous-marins
midi onze septembre

onze septembre
une feuille
sur l’eau
se pose

jeans, chemisette et chaussures de ville,
il jogge
– 13 heures, 11 septembre

°

Redécouvrir
ce 11 septembre *
que les Américains
ont recouvert
du leur

* coup d’état militaire au Chili, le 11/9/1973, qui renversa Salvador Allende,
avec l’aide (jamais démontrée, selon Wikipédia) de la C.I.A.

aujourd’hui
le leurre
de leur
onze septembre

aujourd’hui
mon fils
à Ground Zero

(11/9/09)

°

Dobranoc *
lui souhaita-t-elle
sur son écran
Il éteignit.

* = Bonne nuit ! (Pol.)

°

Kukaï au parc :
du soleil à l’ombre
puis
de l’ombre au soleil

kukaï sur la pelouse :
il écrit
le cul en l’air

Après-kukaï (à Gwenaëlle) :

coucher de soleil :
des perles de bière
dans sa moustache

(Buttes Chaumont, 12/13-9)

°

Au kukaï de Paris, aux Buttes Chaumont, le 12/9/9, J.A.(le président) a pris un bide : 3 haïkus, 0 voix.

°

six mesures de levain
un orage se prépare

°
(rêve :)

quand je montre mon chien
je suis mon chien ;
quand je mange mon chien
je suis mon homme

Ce qui sort de moi
paraît étrange ;
et justement parce que ça (me) paraît étrange,
je le sors de moi.

°

chapelet de colombes
sur les toits du dimanche
matin

Ides de septembre –
le soleil couchant
sur l’emballage du pain d’épice

le sable
qui dérobe son assise
sous votre pied…

(11-13/9)

°

il pisse sur sa peinture
nu
sous la pluie

(13/9/9 : d’une scène du film de Philippe Fernandez :
« Léger tremblement du paysage ».)

°

cataracte –
après l’implant :
les lucioles noires

(14/9)

°

(square René-Viviani, attenant à
St-Julien-le-pauvre :)

pour contenir le tronc
du robinier quadri-centenaire
un contre-tronc de ciment

(75005, 15/9)

°

gros titre d’un quotidien parisien :
 » grippe A, le décès
qui change  » toux !

gros titre rémois :
 » Patinoire sur le parvis :
L’église dit non  »

°

Jouissance :
étaler le temps,
espacer

espacer –
laisse passer !

°

Persévérer – (kyôku à la mer :)

Prenez exemple sur la mer :
polissez votre
haïku

(16/9)

°

(sur le haïku :)

Une amie proche ( a.) me dit que si son haïku est « raté », c’est qu’elle n’a pas su « voir » correctement la « scène-haïku ».
Pour ma part, je considère plutôt que l’on voit, entend, perçoit bien la scène, mais qu’on ne sait pas la mettre en mots justes – ce qui implique un travail postérieur (et acharné ?) de ré-écriture pour « coller » la langue / le langage, les mots, à la sensation vécue.

(16/9)

°

« le fond de la poésie en tant que véracité »
Kim Myong-in

« Si je parvenais à gagner la poésie en me dérobant à moi-même, qu’est-ce que cela aurait à voir avec moi ? »
Kim Myong-in,
in : Introduction à L’Accordéon de la mer, et autres poèmes. Ed. Le Temps des cerises.

°

(rêves :)

heureusement leurs rires sont liés
à l’arpège de la neige

et je n’ai pas le temps d’attendre
demain matin demain matin ses mains

S.O.B.* :

Save
Our
Bodies

Save
Our
Buddies

* To sob = pleurer à gros bouillon, sangloter.
* A sob = un sanglot
* A sob story = un « tire-larmes » (= a tear jerker ; a soap opera = un mélo.)

(17/9/9)

°

Ménage ~
ce matin
ses seins
à la corbeille

(18/9/9)

°

Kasher
son sein
que je saurais boire …

°
Le haïku était (au moins) jusqu’à l’arrivée des occidentaux au Japon (1868) égo-décentré.
C’est (toujours) le véritable esprit
du (véritable) haïku.

°

hypocrisie grippale :
ne plus se serrer la main
ne plus s’embrasser

ne plus faire l’amour
: se masturber.
: mater.

restriction croissante,
répression
des libertés individuelles

rire
de leur crise
pruritaine

Arrêtons leur cinéma !

L’hypocrise (financière)

Ingérence(s) croissante(s)
dans nos vies
privées
de plus en plus
/ de tout

Aux chiottes
leurs mots d’ordre
et de salubrité !

Faire peur au(x) peuple(s) :
leur mot(t)o –
pour asseoir
leurs pets d’échap/pement /pétoire /patoire

°

(kyôku :)

a)
Plus les mots sont polysèmes,
moins besoin d’en employer !

b)
plus les mots polysèment
moins il en faut !

°

(Certains, autour, à côté du haïku :)
À défaut d’en sentir l’esprit, ils n’en captent que la forme… et sont simplement « à côté de la plaque ».

°

Un mauvais traducteur est-il un trouducteur ?

°

Un haïku 5/7/5
c’est un haïku
qui ne sait pas se détacher
/ qui ne s’est pas détaché
du moule japonais.

°

minimalistes : haïcou-courts

°

(Senryû :)

Journée du patrimoine :
Il va voir sa grand-mère

°

(senryû :)

France 2007 :
36 millions de porteurs de lunettes.

La France ne voit pas clair :
elle élit n’importe qui.

°

(Paris-Trouville) :

Li-
plein les
sieux *

* par où l’on passe, célèbre pour sa basilique que l’on ne peut que voir lors de l’arrêt du train en gare, avant de continuer vers Trouville-Deauville.

Trouver Trouville –
Dove ° Deauville ?

°°°

UN JOUR À DEAUVILLE :

dès la gare :
l’iode
les mouettes

fond d’écrin :
des cris
de mouettes

°

de mouette
une plume
sur le trottoir

°

Elvis
amarré
devant le casino

le cri répété d’une mouette,
les roues d’une voiture

le grincement d’une balançoire,
les mouettes

Lissant un peu plus
les planches de Trouville —
Caillebotte *

* auteur d’une peinture (célèbre) qui montre le travail de rabotage d’un parquet par plusieurs raboteurs

au fond du lavabo
des toilettes publiques
un dépôt de sable

(un) quatuor
acrobatique
de cerfs-volants :

cerfs-volants –
une grue
au-dessus de la ville

quatre cerfs-volants
se suivent
et se ressemblent…

quatuor
de cerfs-volants
en tir/e-groupé

Fascinating rhythms *
du quatuor
de cerfs-volants

* nom (mais au singulier) d’un fort célèbre standard de jazz, joué, entre autres, par Yehudi Menuhin et Stéphane Grapelli.

les entrechats
du quatuor de cerfs-volants ;

en marge d’une affiche de Savignac :
LES 4 CHATS
TROUVILLE SUR MER

D’un côté quatre cerfs-volants
de l’autre quatre maîtres

quatre cerfs-volants groupés
quatre maîtres groupés

ballet aérien :
quatuor d’ailes
domptées

d’un côté
quatuor de cerfs-volants
de l’autre
colonie de mouettes

(ceci n’est pas un haïku :)

quelques mouettes
applaudissent la régate
dans un soleil brumeux

(un) papillon de septembre
le long des planches *
de Trouville

* « promenade le long de la mer, à Deauville et à Trouville, immortalisée par Claude Lelouch dans son film « Un homme et une femme » !

la mémoire,
(elle est) comme un océan sans fin
qui te remplit les poches

(: ça non plus n’est pas un haïku !)

à l’ombre du muret
sieste sur Trouville

la sieste
à l’ombre des mouettes –
samedi, Trouville

vivre
libre
vibre

appel sporadique
d’une mère sur la plage
le soleil se couvre

maillot mis à sécher
sur la rampe d’un escalier –
une mouche pressée

écho lointain
d’une dispute –
tonnerre au fond du ciel

vague dispute –

la mer au loin

la balle au bond
où sont les chiens ?

pissant sous l’escalier
un avion passe

trois cerfs
qui s’envolent
– la fin de l’été

retour vers la civilisation
et ses trop (haut) parleurs

marche tranquille
des oiseaux
dans le sable bas

en dernier :
coquillages
et l’instructrice de chi-kong

sous leur étreinte allongée
son string noir

le soleil couchant
sur ses pieds :
grains de sable

(retour en train)

de ses chaussettes retournées
les grains de sable
sautent

°

parti à la mer –
fait un plein de mots
à trier …

°

des mouvements de sa main
pour ventiler son vernis –
soir de septembre

les décolletés bientôt
vont plonger dans l’hiver –
pommes d’automne

(19/9)

°
quelques kyôkus – et autres :

un haïku 5/7/5
c’est un haïku

qui ne s’est pas détaché
du “moule” japonais

ce bien vieux 5/7/5…
Est-il utile ?
Est-il pertinent en français ?

°

Ils savent du souffle

(du seul souffle, comme de l’unique trait de pinceau ?)

ce qu’on leur en a dit…
guère plus, à ce qu’il semble,
singes savants (?) qui répètent à l’envi leur leçon…

Cela leur suffit-il ?
Expérimenter ?
Ô Rimbaud, la peur de l’inconnu (!) les fige (!) les momifie !

Ils ont le moule. Surtout ne pas le casser ! Il n’y aurait plus jamais de gâteaux !
Ô peureux, Ô figés du haïku, restez dans vos momies,
dans vos chambres sacrées, dans vos tombeaux pyramidaux !

– De l’air, de l’air, de l’air !

(19/9)

°

(à la ramasse :)

du pommier
en gare de Deauville
mes emplettes

°

ce soir :
jus frais
du pommier
de la gare de Deauville

°

ce soir
du caniveau :
mon marché de pêches

(Compotes en vue !)

(19-20/9)

un canard dit au-revoir au soir –
jardin public

un couteau
oublié dans le sac :
écrasé

burqa,
masque anti-grippe :
même combat !

suicides au travail :
cadenciel enfer

suicides
en prison :

l’enfer
en tôle

(20/9)

°

bouclée
derrière ses barreaux
: la Jeanneke Pis *

La Jeanneke Pis
n’a que 24 ans –
Elle est déjà
sous le verrou

Il (/Elle ?) pisse sa Pils

* : Bruxelles

°

tous les matins
le bouclier de ton sein
me désarme

toutes ces arabesques
sur sa main :
la fin du ramadan

sieste aux Buttes –
une corneille
par-dessus l’orchestre

consignes
signes cons

le paysage en pente
commence à prendre couleurs
demain l’automne

(Avenay)

veille de l’automne
long embrasement du ciel
en apéritif

(Reims, 21/9)

*
« des miettes sur la table /
ton pain dévoré. »

: M-A. (21/9/09)

°

l’odeur du pain
la pleine nuit

°

la gueule du four
la pleine nuit

(25/9/09)

°

dans le haïku
le je
n’est que décor,

participant dilué
dans le paysage

Le haïku n’est pas écriture du « je »
Mais écriture du monde
(dont l’homme n’est que bulle en surface, témoin modeste…)

Plus tu disparais,
plus le monde est grand

plus tu es petit
dans le haïku,
plus il a de place

plus l’auteur prend de place,
moins son haïku est intéressant

Plus tu prends de place dans ton haïku,
moins il en reste
pour ce qui importe !

(23/9)

°

haïku
trace
qui passe
se pose
ne pèse

trop rapide
pour être compliqué

sans réfléchir :
martiale attaque ou riposte,
spontané.

*

haïku
d’un seul trait (d’encre),
d’un seul élan
haïku vif

semblable en cela
à l’écriture automatique
des surréalistes,
celle du haïjin…

haïku jet d’encre
d’un unique coup de mots
: l’idéal – haïku

haïku d’un seul coup

(23/9)

°

Dans le haïku,
essaie d’estomper
au possible
ce soi
s’insinuant sans cesse !

°

du haïku
le soi banni…

du haïku
le soi haï ( ? )

(27/9)

°

« anti-crise sandwich
2 euros »

(rue d’Amsterdam)

(gros titre :)

« Le palmarès
des hôpitaux »
!!!!!

musicien de métro :
sa flûte dans un sac
Leader Price

(22/9/09)

°

(S.S.S.) :

Suppression de la CNDS (Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité) =

Impunité
Police :
100 pour sang !

(23/9)

ceux qui nous voilent la face
ont quelque chose à cacher…

(Dé)voiler la farce ?…

(26/9/09)

°

(S.S.S.) :

Le moi est un tyran
(domestique / ou pas)

Regardez le MoiJe
qui nous gouverne ! :

une telle (t)erreur de casting !

(23/9)

°

La forme 5/7/5 (du haïku) me paraît généralement artificielle, contrainte (/ contraignante). *
Or le haïku – bien que certains aient beaucoup de mal avec (cette notion) ! – est / doit être / rester aussi naturel que possible.
Écrivez donc vos haïkus LIBREMENT. Ils n’en auront que plus de fraîcheur, de souplesse, de spontanéité, de force !

* C’est pour moi un jeu inutile et stérile.

La forme, au fond, on s’en fout ! (pourvu qu’elle colle au (rythme du) sens !)

Tout dépend de ce que tu mets dans ton poème :
des mots
ou
du sens

 » Faire  » du 5/7/5 (pur et dur) c’est – surtout – se mettre des bâtons dans les pieds

(25/9)

°

un haïku
rapide, direct,
d’un seul trait d’esprit,
de plume,
oiseau qui traverse le blanc
et disparaît

(d’après M-A. D.)

Fulguraïku,
un haïku désintellectualisé
(/non intellectualisé, sans réfléchir)
direct, rapide,
immédiat…

(27/9)

°

dire ce qui est
et que les mots s’effacent

(d’après Alix Helme-Guizon)

(22/9)

°

Bien sûr que le « je » est sous-jacent (dans la plupart des cas), et qu’il est « traduit / transcrit » du japonais (cf Bashô The Complete haiku par Jane Reichhold (Ed Kodansha) où l’on trouve un certain nombre (limité, il va sans dire) de pronoms personnels (traduits) de la 1° personne.
Il doit rester discret au possible et ne pas être mis devant, au centre, etc.

Tout un recueil en 5/7/5 ?
J’ai bien peur de finir par m’y ennuyer, malgré toute les qualités d’écriture et le talent de l’auteur(e), à cause de la monotonie de la répétition du même rythme – fût-il impair, il finit par ronronner de systématisme ! – de son systématisme donc. (De la même manière qu’à l’école finissaient par me bercer et m’endormir les sonnets sur les vagues de leurs alexandrins…)
Chaque poème dit quelque chose de différent. Il devrait le dire différemment à chaque fois, à ce qu’il me semble (voir le fameux poème de Guillevic :

Le poème :

Un contenant
Qui trouve sa forme

Au fur et à mesure
Qu’il se remplit

: Guillevic, Art Poétique, Gallimard 1989, p. 125.)

°

le haïku
trouve sa forme
entre trop
et pas assez

= trouver « le point H(aïku) » !

°

mouche d’automne
en vol silencieux
dans la chambre

(24/9)

°

cruchifié… :
une histoire à la Perrette
et à son pot cassé ?…

entre la merde
et l’urine :
le nouveau né.

(cf Cécile Guilbert, in Sans Entraves et sans temps morts, NRF Gallimard, p.267)

toutes télévisions éteintes,
la nappe de la nuit

°

courir à côté du train :
les rires de l’enfant

(gare de Lyon, 27/9)

°

(S.S.S. :)

« Liberté, Égalité, Fraternité » :
le drapeau de chagrin
rongé 4 à 4
par Sarko
et (ses) boys

croisé dans la rue
une refaite …
: seins et face

(Place de Clichy, 29/9)

°

une femme de méninges…

°°°

Kyôbun au moins de mots

18 avril 2010

°

 » cette fonction opacifiante de l’esprit  »
D. Odier, in Chan & Zen, p.125

Effacer ces mots (opaques)
qui opacifient le réel…

(Aux mots :
ne pas s’y fier !)

°

d.(18/4/10)

Projet érotique 1/4

18 avril 2010

(68) EROS PY

°°°°°°°

ventre arrondi :
du col de son manteau
la tête d’un chat

*
vallons des vignes champenoises –
à mon côté
une femme enceinte

*
le train tourne
lentement
le soleil
la révèle

*
train du matin –
le soleil le long
de son buste

*
nuit d’amour
la pleine lune
change de fenêtre

*
gothique
à taille de guêpe –
le rouge de ses paupières

*
sur les pavés du Pont Royal
son petit cul tremble à vélo —
fin juillet

*
belle
elle bâille
moins belle

*
l’élégante
au bord du trottoir crache
et descend dans le métro

*
croisant ses mots
et ses jambes –
banc de métro

*
bas quadrillés
sur ses belles cuisses
– sudoku ?

*
fesses rebondissantes :
un string
– ou rien

*
répétiton d’orchestre
l’altiste se penche :
string

*
le slip rouge
de la violoncelliste
– concert à Luçon

*
noir à fleurs bleues
le slip de l’altiste
– Shostakovitch

*
elle tire son archet
son bras révèle
la pointe de son sein

*
heureuse
de faire sauter ses seins
à notre vue
elle aborde le métro

*
elle arrive dans le métro
Boum ses seins ! –
elle s’assoit

*
« shop » sur son sein gauche
et je n’en sus pas plus
– soir de métro

*
parfum dans l’escalier
les marches du soir
plus légères

*
tissu soyeux
où sa hanche lisse glisse …
métro du matin

*
son bras à peine
frotte le mien –
tissus de juin

*
doigts longs et fins
posés sur le bar –
elle finit sa bière

*
une fine longue blonde
passe dans la rue
fine longue blonde

*
de son sein droit
deux ailes s’élèvent
– bus 66

*
sans fin sans cesse
passent
cent seins cent fesses

*
juste avant de traverser
la bretelle de son soutien-peu
glisse

*
le V de son jean
m’invitant ?

*
décolleté en W
cœur à l’envers

*
dans son décolleté
plongeant
– me noyant

*
l’écran plat
la fille en relief

*
à la librairie
revenant humer son parfum
rayon poésie

*
ses taches de rousseur
jusqu’où
– sur tout son corps ?

*
accroupie devant l’héliogravure :
le V profond
de son string

*
à l’exposition des Pointillistes,
les pointes de ses seins

*
dans les motifs de ton haut,
tes seins
en filigrane

*
de ses seins
elle joue :
Bar des Sports

*
pour la barmaid
j’entrai dans le bar
– cacahuètes

*
« vagues sans fin », lis-je
en voyant son cul
s’éloigner

*
sa queue de cheval
à droite, à gauche
– octobre

*
vers le haut puis vers le bas
puis vers le haut :
les seins de la boiteuse

*
dans la rue
rencontré
une femme baguée

*
Beauté voilée
au volant
d’une Porsche rouge

( : d’après Salim Bellen )

*
jeune fille au top léger –
les fruits ronds de son sac plastique

*
décolletés précoces
fruits déjà murs
d’avril

*
le vent
retrousse sa jupe –
sa main en feuille

*
mannequins en dessous fins –
la neige sur la haie

*
la chaleur de ta bouche
dehors la neige

*
je frissonne sous ta langue –
dehors la neige

*
dans sa blouse rose
et son sourire chaud…
« rêvons, c’est l’heure »

*
au coin de sa bouche
elle enfonce un crayon
– un tiers novembre

*
la lunette
des toilettes
sous ses fesses
elle lit

*
je me couche dans ton lit
je me lève dans ta bouche

*
midi pile –
ta bouche
sur mon sexe

*
le toucher
de tes cheveux
en haut de mes cuisses

*
suçant mon sexe
tu penses aux poireaux
restés dans la cocotte

*
sur mon sexe
tu gobes le soleil –
tilleuls en fleur

*
ta main gauche
sur mon sexe droit
– giboulée d’avril

*
nuit d’hôtel –
seul au lit avec
les Courtisanes du Japon

*
à l’entrée
du Musée de l’Érotisme :
AIR CON

*
Lu
sur sa porte :
« je suis ouverte »

*
sur son fessier blanc
ce mot :
OKAY

*
« J’ADORE »
disait le devant
de son top généreux
– soleil de mars

*
sur son t-shirt
ne pas oser tout lire
– soleil de fin mars

*
sur son t-shirt
un « KISS » remuant –

*
entre omoplate et bretelle
un dauphin saute

*
au-dessus de son string
deux ailes s’envolent
dernier jour d’août

*
sur une belle femme
faisant un tour complet
– dernier jour d’août

°°°°

© Daniel Py, Paris, oct.- 08.