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R.H. Blyth HAIKU vol 2 Printemps (suite : p. 381)

26 avril 2010

°

Assari to
haru wa ki ni
asagi-zora

Le printemps est venu
en toute simplicité :
un ciel jaune pâle

Issa.

Nous sommes constamment étonnés par la simplicité et la complexité de la Nature. Un nombre infini de phénomènes, et nous l’appelons par un seul nom : le printemps. Le printemps, dans toute sa variété, est contenu dans un seul phénomène : la minceur de la couleur jaune du ciel. Que l’ on trouve couramment dans le ciel vespéral; on peut le voir dans une fameuse estampe en couleurs d’Hiroshige, de petits nuages moutonnants sur l’horizon. Ce « jaune » est probablement le « vert » du vers de Coleridge :

 » La lumière verte qui s’attarde à l’ouest.  »

Haru na hi ya
mizu sae areba
kure nokori

Le jour de printemps s’achève
s’attardant
où il y a de l’eau

Issa.

Même quand le jour est fini et que le ciel semble s’assombrir, la lumière reste encore sur les mares, les rizières, partout où il y a la moindre présence d’eau. Ce verset est inhabituellement objectif pour Issa, mais il y a toujours dans la strophe la plus purement objective une suggestion de sentiment humain, un sens douloureux du passage du temps.

Samisen wo
kaketaru haru no
nochaya kana

Un shamisen ° suspendu
dans le salon de thé de la lande :
le printemps.

Shiki

° shamisen : sorte de banjo rectangulaire, mais aux cordes en soie, et plus expressif.

Il y a une harmonie du printemps, le shamisen avec sa suggestion silencieuse de joyeuse relaxation du corps et de l’esprit sous les fleurs de cerisier, l’échoppe de thé avec ses « fair charmers » coquettement audacieux, la lande, au dehors, avec ses nouvelles feuilles et ses fleurs. À côté de ceci, on a un sentiment du raffinement et de la civilisation inattendues au milieu de la nature. C’est beaucoup plus explicité dans un autre verset de Shiki, écrit sous une peinture qu’il a faite lui-même, d’un pot de fleurs oblong.

Kusabana no
hachi narabetaru
tokoya kana

Pots de fleurs
alignés
chez le barbier

Il porte en incipit :

 » Une plante en pot apportée hier par le barbier « .

Shiki, en tant que poète, ressent profondément la poésie, pas des choses, ni de la Nature, mais de l’homme, des autres gens, et spécialement là où on les attend le moins. Le barbier, homme de ciseaux et de peignes, de flatteries et de commérages locaux, possède aussi sa faiblesse divine pour la forme significative.

Mannaka ni
fuji sobietari
kuni no haru

Au centre
le Mont Fuji domine :
le printemps dans notre pays.

Shô-u.

(à suivre…)

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