Archive for mai 2015

‘Une mare cachée’ : anthologie moderne de haïku – 18/24 :

31 mai 2015

°

cha ga saite kata no hotori no higure kana

Kusama Tokihiko (m) (1920-) Ancien Directeur du Musée du Haïku à Tokyo.

buissons de thé en fleur –
et le ciel s’assombrit
derrière mes épaules

°

shirakumo no ushiro harukeki koharu kana

Iida Ryûta (1920-)

Loin au-delà des nuages
qui dérivent blancs dans le ciel –
été indien

°

hitori kuru mata hitori kuru ochibamichi

Imai Tsurujo (f) (1897-1993) Membre associée du groupe de haïku Tamamo (« Algue ») mené par Hoshino Tsubaki.

quelqu’un s’avance
et puis un autre arrive –
le sentier dans les feuilles tombées

°

tôrei no umikiregire ni sabôrin

Sekimori Katsuo (1937-) Etudia avec Ôno Rinka ; est maintenant à la tête du groupe de haïku Seirei (« Libellule »).

par intermittences
entre les arbres du bord de grève –
une calme mer d’hiver

°

hi wa nigete fuyumeku kokoro nokorikeri

Hoshino Tsubaki (f) (1930-) A la tête du groupe Tamamo (« Algue »)

comme l’hiver lui-même
toute la lumière s’en est allée
ne laissant que mon coeur derrière

Ce haïku rappelle un verset célèbre de son grand-père Takahama Kyoshi (1874-1959) :

hebi nigete ware o mishi me no kusa ni nokoru

après qu’il a fui
les yeux du serpent me regardent
toujours dans l’herbe

°

fukurô ya tsuki ni ukabishi kakurenuma

Toyonaga Minoru (m) (1931-) Leader du groupe Fûju (« Vent et arbres »)

hululement d’un hibou –
les rayons de la lune se reflètent
sur une mare cachée

°

kaze yande chû tômei ya fuyu no kô

Katô Suiman (1930-) Mène le groupe de haïku Nichirin (« Soleil ») fondé par Susuki Takuo dans la préfecture de Gifu.

quand le vent tombe,
le ciel parfaitement transparent –
labour hivernal

°

(A suivre, p. 204)

Publicités

Compte-rendu du kukaï de Paris n° 101

30 mai 2015

En présence de 20 haïkistes, 43 haïkus ont été échangés. 26 d’entre eux ont obtenu une voix et plus.

Avec 5 voix :

plage –
une fillette enterre
son père

: Minh Triêt Pham.

Avec 4 voix :

début de l’été
les pubs annoncent la fin
de la cellulite

: Eléonore Nickolay ;

Maison de famille
l’odeur du temps parfume
chaque objet

: Nicolas Lemarin ;

persiennes mi-closes
glissant sur ses cheveux
des rubans de lumière

: Cécile Duteil ;

Silence du soir
les pierres
se reposent

: Véronique Arnault.

Avec 3 voix :

au bord de la mare
un chat
à pas verts

: Daniel Py ;

lune noire
les trilles du rossignol
éclairant la nuit

: Eléonore Nickolay ;

matin de mai
assise sur le perron
vernissant ses ongles

: Dominique Borée ;

Mistral de mai
accrochée à la façade
la cigale factice

: Monique Junchat ;

Nuages fugaces –
Des milliers de pins
pour les attraper

: Isabelle Ypsilantis ;

Piaillements d’oiseaux
tôt le matin
vous avez un message

: Véronique Arnault ;

vents de printemps
le Père Noël au balcon
hoche la tête

: Daniel Py.

Avec 2 voix :

Balade dans les Rocheuses
d’une pierre
je fais deux haïkous

: Leïla Jadid ;

Cerf-volant –
Un dragon
Maître du vent

: Isabelle Ypsilantis ;

le blues m’accompagne
jusqu’au xylophone
– couloir du métro

: Dominique Borée ;

une terrasse un soir –
toutes les choses du monde
se diluent…

: Philippe Bréham.

Avec 1 voix :

Chant du merle –
Echos d’un mur à l’autre
Où es-tu l’oiselle ?

: Danièle Etienne-Georgelin ;

Devoir accompli
il fait un petit somme
l’aquarelliste

: Marie-Alice Maire ;

Foire aux plantes
l’hôtesse de caisse
a les ongles verts

: Monique Junchat ;

L’orage s’éloigne
La tête sur mon ventre
il se rendort

: Mo Coudert ;

mi-figue mi-raisin
raie de soleil – raie de pluie
mon manteau bleu-gris

: Alice Schneider ;

Parc à la française –
le jardinier laisse un coeur
de fleurs sauvages

: Marie-Alice Maire ;

Poèmes d’enfance
au fond d’une vieille malle
quatre boutons d’or

: Christiane Ranieri ;

Soir d’été
Mêlé à la lavande
Le parfum des moules-frites

: Leïla Jadid ;

sur un balcon
la jeune fille qui me regarde
arrose sa plante…

: Philippe Bréham ;

Un an de plus
chaque semaine remplir
son pilulier.

: Patrick Fetu.

0 voix (mais remarqué) :

jardin détrempé
des escargots partouzent
au pied du prunus

: Michel Duflo.

Le recueil de haïkus Un Bâton dans les Andes précédé de L’Echelle brisée (2) de l’ami Salim Bellen, illustré par Madame Hiro Hata (éd. Unicité, mai 2015) a été présenté – et apprécié par l’assistance.

Le prochain (102ème) kukaï de Paris aura lieu le samedi 27 juin, à 15 heures, au Parc des Buttes Chaumont (75019). R-V. aux grilles d’entrée, devant la mairie du 19è arrondissement !

Daniel.

‘Une mare cachée’ : anthologie moderne de haïku – 17/24

28 mai 2015

°

shûto no todokanu dô no futobashira

Ueno Akiko (f) (1919-1999)

A l’intérieur du temple
les colonnes les plus épaisses cachées
des lumières de l’automne

°

tsuma ga ite yonaga o ieri sô omou

Morio Sumio (m) (1919-)

Ma femme à mon côté
parle de la nuit s’allongeant
et je sais cela aussi

°

mokuyô no hitori wa warau kakibiyori

Kuroda Momoko (f) (1938-) Leader du groupe de haïku Kaze no Michi (« La Voie du Vent »)

une courge-serpent
s’assombrit avec l’hiver
jusqu’au vermillon le plus profond

°

teikisen tsumini no naka ni kaki no mi mo

Fujinami Kôdô (1932-)

dans son chargement
le paquebot emporte un lot
de kakis

°

watarikishi tori no mio teru miyama numa

Sekimori Katsuo (m) (1937-) Leader du groupe de haïku Seirei (« Libellule »)

Des oiseaux migrateurs laissent
des rides lumineuses sur un étang
au fond des montagnes

°

hi wa jika ni kamo no senjin oyogidasu

Matsumoto Midori (f) (1928-) Editrice en chef de la revue de haïku Tachibana (« Orange sauvage »).

dans la lumière directe du soleil
l’avant-garde des canards
commence à nager

°

tsuru ayumu rittô to iu mabushisa ni

Kagiwada Yûko (f) (1931-) Leader du groupe de haïku Miraizu (« Figure future »)

une grue s’avance
dans cette clarté appelée
le début de l’hiver

°

fuyu ni iru kami ni furetaru fude no oto

Kamikura Utsuwa (1927-) Leader du groupe de haïku Fûdo (« Climat »)

l’hiver s’installe –
le son d’un pinceau de calligraphe
touchant le papier

°

tomo ni oi isshi isshô tsuwa no hana

Kondô Ikkô (1912-1996) (m) Memebre fondateur du groupe Hama (« Plage »).

avec ce maître-ci
j’avance en âge toute ma vie –
les feuilles-d’argent en fleur

°

(A suivre, p. 195)

‘Une mare cachée’ : une anthologie moderne de haïku – 16/24

26 mai 2015

°

kanoyo yori hikari o hiite amanogawa

Ishihara Yatsuka (m) (1919-1998). Apprit beaucoup du poète Miyoshi Tatsuji (1900-1964) et écrivit beaucoup de livres sur son oeuvre. Leader du groupe de haïku Aki (« Automne »).

La Voie Lactée
prenant la lumière du
Monde de l’Au-delà

°

akikusa ni megane Jêmusu Dein no ki

Ishi Kanta (1943-) (m). Ex-éditeur de la revue de haïku Kanrai (« Tonnerre du milieu de l’hiver »), leader du groupe Enkan (« Anneau de feu »).

sur une pelouse automnale
une paire de lunettes – l’anniversaire
de la mort de James Dean

: James Dean : 1931- 1955.

°

kitsutsuki ya ochiba o isogu maki no kigi

Mizuhara Shûôshi (1892-1981)

Son d’un pivert –
des arbres dans la prairie
les feuilles se hâtent de tomber

: Tous les élèves Japonais apprennent ce haïku à l’école.

°

konomi hitotsu sô to naru ko no fuyuzukue

Nakayama Junko (f) (1927-)

un seul gland
sur le bureau d’hiver d’un garçon
destiné à la prêtrise

°

ukuyô ya higure wa kaze ga mayo no goto

Susuki Takuo (1925-1996) Edita la revue de haïku Nichirin (« Soleil »).

messe pour les cormorans morts –
le vent au crépuscule
comme les profondeurs de la nuit

°

ako ka tsuma ina ina tada no nagareboshi

Oikawa Tei (f) (1899-1993) Organisa un groupe de femmes dans l’école Ashibi (« Andromède japonaise ») menée par Mizuhara Shûôshi. Elle perdit toute sa famille pendant la guerre.

mes fils ? mon mari ?
jamais ! mais seulement
une étoile filante ordinaire

°

heigan no nochi no sôgô tsuki hisoka

Akamatsu Keiko (f) (1931-) Membre senior du groupe de haïku Yukige ‘ »Neige fondante »).

yeux fermés sur le monde,
et le visage radieux de joie –
la lune brille faiblement

: elle composa ce haïku quand son mari, le 18ème prêtre du Tokuô-ji, un temple bouddhiste de Tokuyama, décéda.

°

mangetsu no no no kage to naru wasureguwa

Koide Shûkô (m) (1926-) Leader du groupe de haïku Kôjitsu (« Les bons jours »), il appartient aussi au groupe Aki (« Automne ») mené précédemment par Ishihara Yatsuka.

sous la pleine lune
une ombre tombe à travers champ –
une houe oubliée

°

obi yuruku shime furusato no imachizuki

Suzuki Masajo (f) (1906-2003) Membre senior du groupe de haïku Shuntô (« Lumière de printemps »)

desserrant la ceinture,
attendant le lever tardif de lune
là où je suis née

°

tsurube otoshi no ato wa nami ato wa ashi

Saitô Miki (m) (1923-) Leader du groupe de haïku Fumoto (« Pied de la montagne »), et membre senior du groupe Kanrai (« Tonnerre du milieu de l’hiver »)

le soleil plongeant
laisse les vagues onduler derrière lui
et les roseaux aussi

°

(A suivre, p. 184)

‘L’Anthologie du Haiku’ – Cor van den Heuvel – 2) Winona Baker, Geri Barton, Mykel Board :

26 mai 2015

°

Winona Baker :

arbres moussus
un cerf bouge dans
le silence du chasseur

des flocons de neige emplissent
l’oeil de l’aigle
un pilier de totem tombé

ville d’un silence de neige
puis le calme rompu
le sifflet du train

de minces jeunes hommes
autour du capot levé d’une voiture
le printemps est là

Geri Barton :

une douzaine de roses rouges
la boîte légèrement tachée
par la pluie de printemps

Mykel Board :

à travers des jumelles
une femme me regarde
à travers des jumelles

près de l’affiche « Recherché »
l’homme à la barbiche

tirant et mendiant
au bout de sa laisse
le propriétaire du chien

°

‘Une mare cachée’ : anthologie moderne de haïkus – 15/24

24 mai 2015

°

Ieyasu o shiru ki shiranu ki tentakashi

Katô Enu (m) (1920_2002) Mena le groupe de haïku Shôrai (« Vent dans les pins »).

sous un haut ciel d’automne
quelques arbres connaissent Ieyasu,
d’autres non

: Tokugawa Ieyasu (1542-11616), fondateur de l’ère Tokugawa.

°

ichirin no shiragiku ni yo no haritsumeshi

Ôtake Seiji (m) (1937-)

chrysanthème blanc
s’appuyant tout seul
contre la tombée de la nuit

°

haikô ni kasa no rakugaki akishigure

Takahashi Etsuo (m) (1934-) Leader du groupe de haïku Umi (« Mer »)

noms accolés écrits
sur les murs d’une école désaffectée –
bruine d’automne

°

Taishô no otoko no hosomi waremokô

Katô Haruhiko (m) (1913-1993) Editeur du magazine Obi (« ceinture »), appartenant aux groupes Ashibi (« Andromède japonaise ») et « Shachi » (« Orque »). Katô Kôko elle-même étudia l’oeuvre de Mizuhara Shûôshi sous son aile.

la longue silhouette fine
d’un homme né à l’ère Taishô –
la fleur de pimprenelle

: Ere Taishô : 1912-1926.

°

akikumo no ippen kami no yama ni muku

Fujinami Kôdô (1932-) 2Oème meneur du groupe de haïku Ise Shinpûkan (« Maison du Vent Divin d’Ise »), vieux de trois siècles.

un petit nuage d’automne
se dirigeant vers
la montagne du dieu

: le « petit nuage d’automne » représente le Grand Sanctuaire d’Ise, qui est entouré de montagnes.

°

koto tatete usumurasaki ni kaze no aki

Katô Kôko (f) (1931-)

voix de l’automne –
une brise de lavande souffle
à travers les cordes du koto

: ce haïku parut en anglais dans le quotidien du Mainichi Daily News. Tsukamoto Kunio, poète de tanka renommé, complimenta ce verset qui montre le sens japonais de la beauté.

°

ikutabi no tensei oete hanasusuki

Fujiwara Tsukihiko (1952-)

poussant ici après
tant de transmigrations –
herbes de la pampa

: « herbes de la pampa » : mot de saison pour l’automne.

°

tereba kin hikagereba gin susuki kana

Shimomura Umeko (f) (1912-) Membre senior du groupe de haïku Katsuragi, d’après le nom d’un lieu.

or au soleil
et argent dans l’ombre –
l’herbe de la pampa !

°

ha o iruru suki naku ringo kôchôsu

Nozawa Setsuko (f) (1920-1995) Mena le groupe de haïku Ran (« Orchidée »)

ne laissons pas le couteau
plonger au fond de
cette pomme rouge

°

tsubo no kuchi hiroki o utsuru aki no kage

Katsura Nobuko (f) (1914-) Leader du groupe Sôen (« Jardin herbeux »).

sur la vaste bouche
d’un vase lentement bouge
une ombre automnale

°

fukaki mizo arite hanano o hikikaesu

Shinagawa Suzuko (f) (1932-) Apprit le haïku avec Yamaguchi Seishi, étudia haïku et renku avec Hashi Kanseki (1903-1992). Dirige son propre groupe Glöcke (en allemand = « Cloches »), Suzu (en japonais).

devant tourner le dos
aux champs fleuris d’automne
comme le fossé est profond

°

kiriotosu isshun take ni take no suzu

Hoshino Shaichi (m) (1921-) Membre senior du groupe de haïku Suimei (« Eau claire ») qui célébra la 700è publication de sa revue en 1989.

juste au moment de les couper,
une cloche sonne
à l’intérieur des bambous

°

Manjushage kanashimi wa juômujin

Tuskamoto Kunio (m) (1922-) Leader du groupe de tanka et de haïku Reirô (« Brillant »)

Manjusaka
atteignant chaque partie
de la douleur humaine

Selon les croyances bouddhistes, on dit que le Manjusaka (un nom sanskrit), « lycoris radiata », lycoris, fleurit au paradis.

°

hibashira no yume no ato nari manjushage

Suzuki Kazuo (1927-1997) Membre senior du groupe de haïku Azami (« Chardon »)

les rêves s’effacent
des piliers de feu –
manjusaka fané

« manjusaka » = lycoris, lys-araignée.

°

(A suivre, p. 174)

Haïkus, etc – Py – Nov. 14

24 mai 2015

°

on s’arrête dans une grande gare
face au repère U –
le rire sonore d’un ouvrier
derrière la locomotive

(1er nov. , 1 h 20)

°

dénuement
dénouement

°

1er novembre
dès l’aube
un agrégat de contrôleurs
traquant le fraudeur

°

quai d’Austerlitz
le doux roulement des valises
débarquant de la nuit

°

les tiges de fleurs, mâts ;
les fils d’araignée, voiles

°

la toile d’araignée
prend
le soleil

°

dix jours après
l’opération trémalo
testicule droi

°

matin deux novembre :
des haïkus
une gorgée de thé;
des haïkus
une gorgée de thé…

°

des « hélicoptères » ont atterri
sur notre terrasse
2 novembre

°

à trou-du-cul-du-monde,
bien là,
il,
désert

°

pas une feuille
de l’arbre
ne bouge
veille de novembre

°

les feuilles de l’arbre
tombent
colorant la haie

°

le loir
à la nuit
attaque une pomme

°

avançant, avançant
sur ce sentier infini
de haïkus…

avançant, avançant,
filant sans cesse sa trace
sur le chemin des haïkus

sous la théière :
Haiku volume 2
printemps

la bouilloire
se remet périodiquement
en route :
collé aux haïkus…

°

merci pour votre parfum,
chère disparue
de l’ascenseur !

°

repoussons
la corvée
à deux mains !

°

Ces haïjins préférés :
qui pratiquent la plus grande simplicité :
Ryôkan, Hôsai, Santôka,…

°

trente secondes après
qu’ils ont tous appuyé sur leur appareil,
la Tour Eiffel
se met à scintiller

(rue Montessuy)

°

les musiciens
font la pause –
Tchernobal

°

luciole
saisie au vol
haïku

°

ce matin
le soleil un moment
s’allonge sur le bar

°

Dans le haïku,
ce qui n’est pas indispensable
n’est pas nécessaire

°

ce matin
le soleil plonge
dans le pot de confiture
d’abricots

°

une femme
qui ressemble à ma soeur
me regarde
mais ne me reconnaît pas

°
(Exposition Hokusaï, Grand Palais) :

aux expositions
finissant toujours par
se détourner des oeuvres
pour regarder les visiteurs…

« Kintoki est une jolie femme
buvant le saké parfumé
du Nouvel An »,
lus-je en me penchant au-dessus de l’épaule
d’une visiteuse parfumée

« Oban »,
la fête des morts
aux sombres voyelles

« Commis lâchant un pet »
: estampe.

le blanc
laissé blanc :
la rivière si pure !

(: « La rivière Sumida : vue panoramique des deux rives ».)

Hokusaï à profusion :
il n’est pas resté
à se tourner les puces !

quelle belle estampe
de Hokusaï
la belle Ono no Komachi !

celle-ci
dans ses baskets
pue des pieds
: visiteuse à l’expo

 » le lien entre poème et illustration n’ayant rien d’évident… »

une femme (très) enceinte
regarde le kakemono
de Zhong Kui l’Exorciste
aux manches bouffantes
croisées devant son ventre

(Niki de Saint Phalle, Grand Palais) :

le fréquent pardon
des visiteurs qui se bousculent
à l’expo

sortant de l’expo
Niki de Saint Phalle
la pleine lune
de novembre

°

l’ordinateur me change
« ernière émarque » en
« ornière énarque »

°

dans le salon d’Honneur
pour la remise des médailles du travail,
ça sent la naphtaline

derrière l’Hôtel-de-ville
où a lieu la remise
des médailles du travail,
les Pompes Funèbres

°

Faire plume de tout vent.

°

rapides, efficaces,
les élagueurs :
feuillages au rectangle

°

le je sous-jacent
(avant le sous-jacinthes) !?

°

De leur vivant
certains s’érigent déjà
leur monument aux mores °

°… pour la France ?

, déjà dressent
leur statue haïkuist(r)e

°

les sonneries
du frigidaire
font un concours
de loquacité

°

quelle merveilleuse odeur
du pain qui cuit dans la machine
une nuit d’automne !

°

la pie
dans l’arbre jaune
fait bouger
chaque branche
où elle se pose

°

« Entre deux assauts
on avait beaucoup de temps
à tuer »
(: M. Rougier, Directeur du Musée de la Grande Guerre à Meaux, à la télé)

°

L’armée coûte à la France
2 milliards par jour
au Mali –
Renflouer la sécu ?

°

elle compte sur ses doigts
non pas les pieds d’un haïku :
les mailles de son tricot

(RER C, 18 h 25)

°

passant le barreau d’une grille
une bulle de savon
se divise

(: ancien -> 11/14)

°

voiture et moto
se sont embrassées
en haut de ma rue –
ambulances de novembre

°

amis
commençant à tomber –
mouches d’automne

°

Cette grande simplicité
de Kyoshi *
aussi !

* 1874-1959.

°

l’acométissage
de Philae
sur Tchouri

les feuilles d’automne

°

quel accueil ! *
l’odeur du pain
une fois la clé tournée dans la serrure

* : « Ah, Quel délice ! » (= d’après Les 33 délices de Jin Shungtan, tard. du chinois par S. Leys)

°

pluie et vent
ce matin l’arbre jaune
continue son effeuillage

°

en bas du toboggan
des feuilles rousses ;
la cloche de Saint-Eustache

au pied de Saint-Eustache
l’arbre à trois couleurs *
trémulantes
mi-novembre

* : vert, jaune, roux.

°

larges feuilles de paulownia
à terre –
un avion entre dans un nuage

°

le froid du concombre
pelé dans ma main
– j’éternue

°

un écolier roux
passe sous un arbre
ce 18 novembre

°

sortie de la chèvrerie;
sentir les roses
alignées

°

fin novembre
elle sort son sein dans la rue
(nourrir son enfant)

°

au matin du 21 novembre, naît
un fleurisier

°

le paradis,
est-ce une affaire de
pommier(s) en flirt ?

°

une fête africaine
d’hommes en costumes blancs
et bonnets d’or

°

Dans le haïku,
passer du brouillard
sur les mots…

estomper le contour des mots…
/ flouter le haïku
/ embrumer

°

enveloppé
dans son duvet –
approche de Noël

°

le même enfant roux
la semaine suivante –
les arbres de la rue

°

lave
de voitures
coulant
vers Paris
un soir de novembre

°

la Tour Eiffel
passe en revue les nuages –
une péniche
tourne sur la Seine

fin novembre clément –
un oiseau chante d’un arbre
la Tour Eiffel scintille

la péniche s’arrête
un moment
pour regarder
la Tour Eiffel
scintiller

jogging du soir :
s’arrêtant juste
pour prendre une photo
de la Tour Eiffel

ce soir
un concert
de sifflets de flics
avant le Pont de l’Alma

jouant du sifflet
à qui mieux-mieux
les flics,
place de la Résistance

les flics sifflent à tout va –
des mouettes en contre-chant
en contrebas

°

(Du haïku répé-teuf-teuf) :

coups de sifflets coups
de sifflets coups de sifflets
: un carrefour de flics

coups
sifflets
flics

coups de sifflets
à qui mieux-mieux :
carrefour de flics

°

cinq cris noirs
accroissent le matin
(de) fin novembre

°

sous les voies
cette souris s’en vient
chiper pitance

(allant, venant,
retournant se cacher sous les rails)

°

Il y a les mots
et il y a
tout ce qui tourne autour des mots

: c’est à cela que mon oreille s’affine…

°

dp

L’anthologie du haïku – Cor van den Heuvel – 1) Eric Amann, Kay M. Avila, Nick Avis :

23 mai 2015

Eric Amann :

Panneaux publicitaires
mouillés
sous la pluie
printanière

La tente du cirque
toute repliée :
brouillard d’octobre

La neige tombe
sur le parking vide :
veille de Noël

Un train de nuit passe :
les photos des morts tremblent
sur le manteau de cheminée

Les noms des morts
s’enfoncent de plus en plus
dans les feuilles rouges

Enterrement hivernal :
un ange de pierre tend sa main
vers le ciel vide

Kay M. Avila :

Coucher de soleil
un dernier parachute
descend en flottant doucement

Nick Avis :

Le printemps est là
les traces boueuses des pattes du chat
sur le rebord de la fenêtre

le soleil derrière les collines
le pêcheur rentre ses avirons
et dérive vers la côte

me languissant d’être près d’elle
je me souviens de ma chemise
pendant dans son placard

le téléphone
sonne une seule fois
pluie d’automne

la neige fraîchement tombée
ouvrant un nouveau paquet
de papier-machine

L’étoile du soir
juste au-dessus de la neige le bout
d’un aulne

des lumières septentrionales miroitent
une petite nyctale siffle
sur la côte lointaine

‘Une mare cachée’ : anthologie moderne de haïku – 14/24

23 mai 2015

°

hakutô wa te ni ima mune ni michikuru mono

Matsumoto Asahi (m) (1918-) Professeur de littérature japonaise, leader du groupe de haïku Tachibana (« Mandarinier »), et membre du groupe Kawa (« Rivière »).

seule une pêche blanche
tenue ici dans ma main, et cependant
quelque chose emplit mon coeur

°

suiren no shin ni asoberu tsuyudôji

Asakura Kazue (f) (1934-2001) Membre associée du groupe de haïku Ashibi (« Andromède japonaise »).

juste au coeur
d’un nénuphar joue
un enfant goutte de rosée

: « goutte de rosée » indique que la saison est l’automne.

°

kotori mina chitte tsuyukeki ki to narinu

Toyonaga Shûkô (1927-)

tous les oiseaux s’égaillent
loin de l’arbre, qui se tient
dans les rosées qui trempent

°

shima no kaze kari no takasa ni ideshi kana

Shindô Ikkô (1929-1999) Leader du groupe de haïku Hito (« Humanité »).

Vent sur l’île
soufflant à la hauteur
des oies sauvages en vol

°

minaoto o sakidatete kuru kariwatashi

Imase Gôichi (1936-) Leader du groupe Taigan (« La rive opposée »).

le bruit de l’eau –
présage du vent d’automne
rapportant les oies

°

chirabatte yama ni hi no tsuku kariwatashi

Suzuki Setsuko (f) (1932-) Membre senior des groupes de haïku Mon (« Porte ») et Oki (« Au large »).

un arrosage de lumières
sur un flanc sombre de montagne –
le vent qui porte les oies

: septembre.

°

shiroki fune koshin ni idete aki no kaze

Sawaki Kin’ichi (m) (1919-2001) Leader du groupe de haïku Kaze (« Vent »), Président de l’Association des Poètes de Haiku.

un navire blanc avance
jusqu’au coeur d’un lac –
brise automnale

°

akikaze ya nurashite haka no moji ukabu

Yamazaki Hisao (m) (1927-) Leader du groupe de haïku Seizan (« Montagne bleue »).

vent d’automne –
des lettres émergent une à une
sur la pierre tombale mouillée

°

akikaze o zenshin de kiku ojika no me

Fukuda Kineo (1927-) Membre associé du groupe de haïku Hakuro (« Rosée blanche »).

les yeux d’un cerf
qui sent à travers tout son corps
vent d’automne qui se lève

°

akikaze ya tawamureni kau oni no men

Kagiwada Yûko (f) (1932-) Leader du groupe de haïku Miraizu (« Figure future »).

vent d’automne –
seulement pour m’amuser j’achète
un masque de diable

°

ochiaite sansui sumi o tagaezaru

Ueda Gosengoku (1933-1997) (m) Leader du groupe de haïku Aze (« Réception royale »).

se rencontrant,
l’eau de torrents de la montagne
en harmonie et claire

: Les mots « eau claire » suggère l’automne.

°

inazuma no naka inazuma no hashirikeri

Inahata Teiko (f) (1931-) Leader du groupe de haïku Hototogisu (« Coucou »), fondé par son grand-père Takahama Kyoshi. Dans les arts traditionnels du Japon, la transmission par hérédité est chose courante.

– éclair
rentrant en courant
éclair –

°

(A suivre : p. 160)

Haïkus, etc. Py – déc. 14

23 mai 2015

°

ouvrir la porte :
se laisser pénétrer
par l’odeur du pain
cuit

°

chaque jour
que tourne le monde,
merci

°

un sapin clignote –
Père Noël, pendu,
oublié à ton balcon,
voici revenu
le temps de tes exploits !

°

rencontrai ce soir
un curculionidé *
dans le dictionnaire

* = de la famille des charançons.

°

mettre l’eau à l’oreille
mettre la puce à la bouche

°

ils semblent bien dodus
ces deux canards
sur la Seine gonflée
– fin de l’an

°

parapentes –
sur l’évier
des rognures d’ongles

°

les doigts de la pluie
sur les peaux du soir
(12 décembre)

°

par les vallées
et les sous-bois
son respir pioche la nuit

°

jusqu’au bout de l’orteil
le sentiment du printemps

°

dans un après-midi blanc
de décembre,
des cris noirs

°

jeune(s)
déjà recroquevillé(s)
sous les écouteurs
dans les écrans

°

Dans le haïku
je cherche le blanc,
je cherche l’espace

°

les jumelles, parfois,
ont le même rire
exactement
au même moment

°

portes en s’ouvrance

°

une perle, son haïku –
huîtres du réveillon

après les huîtres du réveillon,
une coquille
dans son haïku

°

sur le pain
je trace
l’idéogramme (chinois)
de miel
puis le mange

°

L’eulalie ondulante,
la souple eulalie
(: miscanthe, suzuki, herbe d’argent)

°

Le haïku est un poème blanc

(: un poème de si peu de mots…)

poème blanc :
poème dont les mots s’effacent,
laissant (la) place à l’espace…
à la brume…

poème blanchi…

Blanchir le haïku.

°

Tel qui avoua avoir
bien du mal avec « le naturel »
a naturellement
bien du mal
avec le haïku
(auquel il se voua
cependant) !

°

(Dans le haïku,)
il ne s’agit pas de remplir le vide,
il s’agit de le creuser…

°

Noël à l’EHPAD :
sieste en demi-cercle
autour de la télé

sieste en demi-cercle
autour de l’aquarium

°

bla bla bla bla bla :
c’est le début
d’un faux haïku.

Pour écrire un faux
-haïku : bla bla bla bla bla
bla bla bla bla bla !

°

Noël
près de mère
assoupie en son fauteuil –
lecture

laissé dormir mère –
le soir
tombait
sur le livre

dans son rêve elle prononce :
« On n’a qu’à faire comme ça !
… Au revoir ! »
et poursuit sa course
en fauteuil

assis
face à mère endormie dans son fauteuil –
le Noël de ses 94 ans

°

« l’essentiel du monde »,
« élimine les scories » =
pas de bla bla bla !

: Haïku de bègue !?

loin des bruits
et de la fureur
des mots répétés automates

le vide / le blanc !

un haïku de blanc !

haïku bouché de mots
comme de cheveux un lavabo

°

d’une écriture simple
limpide
et sans fioritures
(comme d’Emmanuel Bove – ?)

°

liane souple
à mon côté
nos épousailles

°

lumières d’après Noël
la pluie commence à rayer
la vitre du train

– cet Orléans-Paris
tant parcouru étudiant

vendredi soir 26 décembre
et peu de monde qui monte
vers la capitale

– la pluie a maintenant rayé
la vitre jusqu’en bas

°

la fran(ca)cophonie ?

°

montée vers la station de ski –
la neige s’enroule
autour d’un tronc d’arbre

°

Pourquoi le haïku est-il un poème blanc ?
: parce qu’en son centre se trouve le « kireji »
(le « mot »-de-coupe)
qui creuse * l’espace
entre les mots

* crée, permet, promeut

°

Ostensignes…

°

les dameuses
remontent les pistes :
leurs projos
dans le noir du matin

(4 h).

sous les sprays
des canons à neige
la dameuse descend la piste

puis la remonte

ballet des deux dameuses
à lisse-pistes

à flancs du mont
les faisceaux des dameuses
sous le nuage des canons à neige

au bas de la piste
la dameuse
à rebrousse-neige

je bois un verre d’eau
dehors la déneigeuse

dameuses, déneigeuse
au travail –
effaçant ses lignes
de sur le livre

les dameuses ont cessé –
la gomme continue
dans le noir du matin

souffler sur les roulures de gomme

éliminer
élimer
limer
mer

(+ le mot est « petit »,
+ il est vaste ?)

les dameuses
sont rentrées se coucher –
il n’y a plus que le bruit du frigidaire
qui tourne
vers le matin

disparaître
quand les autres
vont apparaître…

en piste sur les pentes
les dameuses –
n’égalisant pas les étoiles

éclairant
le nuage de neige artificielle,
la dameuse
repasse

les dameuses m’amusent

ciel bleui :
les étoiles
damées

la piste rose d’un avion
au tout matin –
les remonte-pente
à l’arrêt

au jeune matin bleu
des petits nuages roses
s’approchent de la montagne blanche

°

pierre,
on te dit sorcière,
et dans la rivière
pleure par amour

°

la dameuse
fume son nuage de neige –
dernier matin de l’année

ce matin la dameuse
soigne le bas de la piste

°

dp