Archive for novembre 2011

Kukaïs de Paris n°s 59, 60, 61 :

13 novembre 2011

Bonjour !
…en attendant la « fin d’un/du monde » ? (: je viens de recevoir des messages concernant l’Arabie Saoudite offrant un pont aérien à Israël pour pouvoir bombarder (avec l’appui des USA, il va sans dire !) plus facilement l’Iran (donc ses installations nucléaires / attention les dégâts (en vies humaines et en futures légions (et lésions) cancéreuses (dans combien de régions ?) – : Ah, soufflez, Vents du Vive le Nucléaire !) entre Noël et le Nouvel An !… Meilleurs voeux !…)
,
retrouvons-nous donc samedi prochain au bistrot d’Eustache pour échanger nos haïkus avec la Québécoise Jeanne Painchaud qui animera notre deuxième partie de séance (kukaï n°60) ! Ceux qui voudront rester ensuite pour partager le repas du soir (sur place – ou ailleurs) seront les bienvenus !

Merci à vous

Daniel

°

Pour le kukaï (61) du 10 décembre, Lydia nous a proposé d’animer un atelier « carte de voeux »-mail art à 15 heures (durée une heure trente environ). Nous enchaînerons donc ensuite avec notre kukaï proprement dit.
Il s’agira d’apporter son timbre (de collection de préférence) et son haïku (ou bien de l’écrire sur place). Lydia apportera le matériel pour les cartes et collages – découpages – coloriages, etc. afin que chacun réalise son chef d’oeuvre carte-« mail-art » (en français « art postal » !). Elle nous guidera donc, individuellement et collectivement dans la réalisation de cette carte.
Une contribution (minime sera demandée à chaque participant(e) : maximum 5 € !) pour Lydia

Re merci !

D.

PS : lors de notre dernier « kukaï » avec Dorothy Howard, nous avons, à sa demande, composé des petits assemblages d’objets (voir l’album photos du mail précédent), que nous avons disposés devant nous, et chacun devait écrire les haïkus que lui inspirait tel ou tel « assemblage ». Lecture fut faite ensuite par chacun des haïkus écrits à propos de son propre assemblage. Dorothy a ensuite demandé à chacun/e de signer son/ses propres haïku/s, et les a rassemblés pour peut-être « en faire quelque chose » (?) à sa manière, avec les photos à l’appui… pour la revue Casse-pieds ? … Attendons…
Il n’a donc pas été fait de sélection-concours avec nombre de voix à la clé, comme nous le faisons habituellement.
C’est pourquoi je n’ai pas non plus posté de compte-rendu / résultats pour cette dernière séance.

À samedi prochain donc, 19 novembre, à 16 h 30, au premier étage du Bistrot d’Eustache !

Merci à tou(te)s et bonne semaine, d’ici là !

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Les 1012 haikai de Bashô : 21-30)

13 novembre 2011

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averse hivernale – / déçu ou malheureux et / pin (ou :) attend la neige

=> averse hivernale / le pin est malheureux et / attend la neige

(hiver 1666)

NB : bon exemple de personnification. L’idée est qu’au début de l’hiver les feuilles des autres arbres changent, mais que le pin (« matsu ») doit attendre (« matsu ») d’être couvert de neige pour se transformer.

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(à la maison de quelqu’un dont un enfant est mort)

se penchant vers la terre / le monde sans dessus-dessous / de la neige sur les bambous

(hiver 1666)

NB : Une histoire appelée « Neige sur les bambous » montre une mère qui se lamente de la mort de son enfant qui se produisit sous des bambous couverts de neige. Il y a aussi un jeu de mots sur « yo », qui peut être soit « le monde » soit « les noeuds » sur un bambou.

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grêlons mêlés / à de grands flocons de neige / habit finement dessiné

ou :

grêlons mêlés / sur une robe sans doublure / (au) dessin délicat

(hiver 1666)

NB : les grêlons et la neige sur un fond de ciel sombre ressemblent aux petits points imprimés sur l’habit d’un kimono. L’humour vient de l’idée d’une robe d’été sans doublure, en hiver. Il y a aussi la suggestion que la robe est fraîche à cause du motif des grêlons et de la neige.

°

le visage d’une fleur / se sentir timide – / lune brumeuse

(printemps 1667)

NB : La personnification peut se rapporter soit à la fleur, soit à la lune : la lune brumeuse est timide devant la fleur ou bien la fleur est timide au clair de lune.

°

pleine floraison / que le prunier ne soit pas touché par les mains / (du) vent !

(printemps 1667)

NB : Le vent est clairement personnifié par le jeu de mots avec « sude » (« laisser quelque chose intouché par des mains ») ou « su-de » (« une main vide »). De plus le « su » de « sui » signifie « amer » ou « la nourriture conservée au vinaigre ».

°

ici et là – / un masque se peigne par lui-même / cheveux de saule

ou :

vent de printemps – / peignes sur un masque / cheveux de saule

(printemps 1667)

NB : plusieurs combinaisons sont possibles pour donner le sentiment que les vents du printemps dans les longues branches du saule font penser à la chevelure d’une femme, dénouée pour être peignée. La métaphore peut dire aussi l’inverse, à savoir que la chevelure dénouée de la femme est comme les longues branches du saule. Un autre jeu de mots est formé par « achi kochi » (« ici et là ») et « kochi » (un « vent d’est » ou « vent printanier »). « Sabaki » a plusieurs nuances de significations, incluat « peigner », « dénouer (la chevelure) », « vendre », « disposer de », « avoir affaire à » ou « juger ».

°

à ne pas ouvrir bourgeons / tristesse – mon / sac de poèmes

ou

à ne pas ouvrir bourgeons / tristesse – vents du printemps / sac à poèmes

(printemps 1667)

NB : Parce que Bashô utilise « kochi » au lieu du conventionnel « ware » pour « mon », le verset prend deux versions différentes. La technique d’association veut que les fleurs ne soient pas encore ouvertes, et que le sac de poèmes de Bashô non plus. Le sac de poèmes fermé ressemble au bourgeon dans son potentiel de beauté.

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flocons de neige biscuits / se transforment en fils blancs / saule –

(hiver 1667)

°

vents printaniers / espérant que les fleurs éclatent toutes / de rire

(printemps 1668)

NB : la phrase « warau hana » peut signifier « les fleurs s’épanouissant toutes ensemble » ou « éclater de rire ».

°

été proche / couvrir (ou épargner) sa bouche / les fleurs du vent

(printemps 1668)

NB : Une légende veut que le Dieu des Vents ait eu un sac dans lequel il transportait les vents orageux. Ce poème est encore une manière de demander au vent de se réserver pour l’été, quand une brise fraîche est bienvenue, plutôt que de venir maintenant souffler sur les pétales (des cerisiers et) écourter le plaisir des gens qui admirent les fleurs.

°

(à suivre…)

Contre Pascal Bruckner…

13 novembre 2011

…(vu à FR3 hier soir), et (f)auteur d’un pamphlet « incroyablement superficiel » supposé dénoncer « le fanatisme de l’Apocalypse » du discours écologique, il faut lire l’article de François Jarrige (page 13) de « La décroissance » (« le journal de la joie de vivre ») de novembre 2011, sous le titre de « Nouveau philosophe, vieilles escroqueries ».
Il y est conseillé aux lecteurs de lire plutôt (sur le discours écologique en France), de Michael Bess : La France vert-clair. Écologie et modernité technologique (1960-2000), Champ Vallon, 2011.

Pascal Bruckner semble (res)sortir le même f(u)meux (!) argument que « le nuage de Tchernobyl s’est arrêté aux frontières de la France » en disant que La France n’est pas le Japon, que NOTRE sécurité nucléaire, bla, bla, bla…

mais le danger nucléaire (r)est(e) partout le même et les déchets nucléaires sont un problème irrésolu (- irrésolvable / pour des milliers d’années terrestres ?)…

Depuis Fukushima
nous sommes tous
(des) Japonais

dp.(13/11/11)

Les 1012 haikai de Bashô : 11-20

12 novembre 2011

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azalées de roche / colorées par les larmes – / coucou rouge

(été 1666)

NB : où l’on voit Bashô créer le mot-valise hototogishu à partir du nom de l’oiseau « hototogisu » (nommé d’après son chant : « ho-to-to ») et de « shu » : « rouge » ou « vermillon ».

°

pendant un moment aussi / désirer – le coucou / plusieurs milliers d’années

(été 1666)

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du vent d’automne / la porte coulissante de la bouche – / voix perçante

(automne 1666)

°

au festival des étoiles / les coeurs ne peuvent se rencontrer / extase de pluie

(automne 1666)

NB : « Tanabata », le 7ème jour du 7ème mois (célébré maintenant le 7 juillet), ou Fête des étoiles. Bashô compose ici encore un mot « uchûten » qui incorpore « pluie au milieu du ciel » et « extase ».

°

pour être clair / je vis dans la capitale – / pour la lune d’aujourd’hui

ou :

seulement clair / je vis dans la capitale – / pour la lune de Kyoto

(automne 1666)

NB : « sume » signifie « clair » et « vivre ». « Kyô » signifie soit « aujourd’hui » soit « Kyôto », la ville. De plus « kyô no tsuki » signifie « la lune des moissons de l’automne ».

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image pluvieuse / de la Princesse Brillante Inférieure – / visage de la lune

NB : « Shita Teru Hime », fille du seigneur Ôkuninushi, dans un mythe shinto. Elle est considérée comme la Mère de la poésie Waka.

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la voix des roseaux / bruit comme le vent d’automne / mimiques

ou :

la voix des roseaux / bruit comme le vent d’automne / transféré(e) d’une autre bouche

(automne 1666)

NB : Un jeu de mots existe avec « kuchi utsuchi » qui se réfère soit à des « mimiques » soit à « de la nourriture ou de l’eau transférée de la bouche d’une personne à une autre ». (: D’une mère à son bébé.)

°

endormi le lespédèze – / élégant / visage de fleur

(automne 1666)

NB : ce « kasuri », ou technique d’ajouter du sens en changeant une voyelle, joue avec « birei » (« bouche bée ») et « burei » (« beau »).

°

le miroir de la lune / vu(e) une nuit parfumée d’automne – / Nouvel An pour les yeux

(automne 1666)

NB : La combinaison de la lune d’automne et du Nouvel An illustre l’humour du haïkaï parce que les saisons sont volontairement mélangées. Il y a une combinaison de jeux de mots avec « me » (« oeil »), « shôgatsu » (« Nouvel An »), et « me shôgatsu » (« apprécier de voir quelque chose de beau ou de bon »).

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gel flétri / les fleurs des champs encore en fleur / ont l’air déprimé –

(automne 1666)

NB : Bashô a(urait) pris le vers « les fleurs ont l’air déprimé » d’une chanson populaire de l’époque.

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Les 1012 haïkaï de Bashô – 3) à 10)

11 novembre 2011

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vieille dame cerisier/ fleuri – souvenirs / de la vieillesse

Bashô (printemps 1664) – 3/1012.

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Kyoto comme pour / une foule de 99 mille / contemplateurs de cerisiers

Bashô (Nouvel an 1666). 4/1012

NB : À l’époque on disait que Kyoto comptait 98 mille maisons.
NB2 : Ce haïkaï est construit en 5/5/5.

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Les gens prenant de l’âge / la jeunesse d’Ebisu / semble l’accentuer

Bashô (printemps 1666). 5/1012

NB : Ebisu, un des sept dieux de la Fortune ou de la Longévité, dont les spécialités étaient la pêche, la navigation sûre et les affaires.

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bruit de chute – / l’oreille en a mal / pluie des pruniers

Bashô (printemps 1666). 6/1012

NB : les fruits de l’ume, qui ressemblent plus à des abricots qu’à des prunes, mûrissent entre mi-juin et mi-juillet. Les pluies de cette époque sont donc appelées « pluies des pruniers ».

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iris aux oreilles de lapin / ressemble – ressemble / reflet dans l’eau

Bashô (été 1666). 7/1012

°

la fleur se montre aussi / pour l’oeil des pauvres gens / ortie-ogre empanaché

Bashô (été 1666). 8/1012

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sous la pluie du jeune printemps / vous plairait-il de voir – / visage de lune

(été 1666). 9/1012

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fleur de lune / fascinant – un corps / flotte distraitement

(été 1666). 10/1012

NB : Le yûgao (« visage du soir, » Lagenaria siceraria) s’appelle aussi « fleur de lune » parce que ses grandes fleurs blanches s’ouvrent à la fraîcheur du soir…

Les 1012 haïkaï de Bashô – 2)

11 novembre 2011

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la lune – éclaireur / entrez donc ici / auberge de voyage

Bashô, automne 1663.

NB : On considère ce verset comme étant la parodie d’un tanka de la pièce de Nô Kurama Tengu, qui comporte cette ligne « les fleurs vous guideront ».

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Tierra de nadie 24 – Salim Bellen

11 novembre 2011

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le tintement
de la cloche
dans les brouillards du rêve

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Salim Bellen, Tierra de nadie (24), 2006.

Haïkus du haïbun « L’arête de la Vierge » – Salim Bellen, Lsred, fin.

11 novembre 2011

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Vierge à la colline ;
l’aréopage des monarques
nous ouvre la voie

L’enfant sur la crête
au filet à papillons
attrape le ciel

L’odeur du jasmin
sur cette arête des Andes
parfume Marie

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Salim Bellen, (mercredi 3 janvier 2007), p.151 de Le singe renifle en décembre
extraits du dernier haïbun du recueil : « L’arête de la Vierge ».

Les 1012 haïkaï de Bashô – 1

11 novembre 2011

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le printemps – s’en vint
deux jours avant la fin
de l’an

Bashô (1/1012, printemps 1663)

NB : en lien avec la strophe d’Ariwara Motokata (888/953) qui ouvre l’anthologie impériale Kokinwakashû : « avant que l’année ne se termine / le printemps est déjà arrivé /… »

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Marco Fraticelli : ‘But the full moon’ – extraits

7 novembre 2011

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Easter sunday / thin women / on television
lundi de Pâques / des femmes minces / à la télévivion

funeral morning / I peel a boiled egg

matin d’enterrement / j’écale un oeuf dur

it’s not me / but the full moon / that awakens her
ce n’est pas moi / mais la pleine lune / qui la réveille

between each wave / my children / disappear
entre chaque vague / mes enfants / disparaissent

september 11 / all my tv’s / on the same channel
onze septembre / toutes mes télés / sur la même chaîne

waves / lapping / my scar
les vagues / lèchent / ma cicatrice

after lovemaking / sand / between the sheets
après l’amour / du sable / entre les draps

: Marco Fraticelli, extraits de But the full moon, Red Iron Press (Toronto, 2002)