« Le Pampre » 2)

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suite de l' »anthologie » des 283 haïkaï compilée par René Maublanc, dans la revue « Le Pampre », n° 10-11 (1923) :

IX Paysages

La récompense du travail,
C’est le regard sur la nature.
L’oeil du paresseux ne voit rien.

: Jules Renard, 1907
(5 phrases tirées des Histoires naturelles et de Ragotte et découpées en trois.)

Comme une breloque blanche
Sur un grand gilet vert :
Le village sur la colline.

: Georges Long (mars 1923)

Sur la toile tendue du ciel,
La locomotive écrase
Un tube de blanc.

: René Druart, 1923.

Le vent
Hésitant
Roule une cigarette d’air.

: Paul Éluard (1920, Trois haïkaï publiés par la NRF)

Dans l’éclaircie de l’allée d’arbres,
Subite joie blanche
De deux fillettes.

: René Druart (1923)

D’une main elle bat le linge
Et de l’autre rajuste
Ses cheveux sur son front.

: Paul-Louis Couchoud (1905)

Un gros tas de feuilles vertes
Passe sur la route
Avec des jambes d’homme

: René Maublanc (14 juin 1917)

Un rayon de soleil
Joue sur le mur blanc :
Un sabre d’or.

: Georges Long (mars 1923)

Des paquets de mer ont franchi la digue :
Par-dessus le mur
Le lierre déborde.

: Julien Vocance.

Sur le cercle d’horizon blanc
Vingt petits nuages blancs
Ronds comme des ballons captifs.

: René Druart (1921).

Horizons :
Dômes de nuages
Et les peupliers minarets.

: Julien Vocance.

L’épaule brumeuse des monts
Sous les écharpes du soleil
Frissonne encore.

: René Georgin (février 1922)

Sur le ciel gris,
Balancement des branches noires.
Indécision.

: Olivier Realtor.

De ton coffre de brume,
Impuissant soleil,
Enfin sortiras-tu ?

: Henri Druart (1923)

La vallée est un golfe,
Où la ville se noie,
En sonnant les cloches.

: René Maublanc (Bar-le-Duc, mars 1920)

Une plume donne au chapeau
Un air de légèreté :
La cheminée fume.

: Paul Éluard (1920)

Une borne sur la route,
Un mot dit par un passant,
Et c’est l’exil.

: Marianne Fock (Mai 1923, 6 haïkaï inédits)

Mais en exil
À quoi bon cette fleur, cet insecte,
Ce nuage ?

: J-M. Junoy (5 haïkaï tirés de la plaquette « Amour et Paysages »)

Je me tais. J’écoute
Un pas qui vient sur la route
Et mon coeur qui bat.

: Anonyme (décembre 1920)

X Printemps

Des points blancs dans un buisson noir.
Est-ce encore de la neige,
ou déjà des fleurs ?

: René Maublanc (23 février 1919).

Avril !
Tiens, il a encore neigé cette nuit ?
Non ! Une haie d’aubépines en fleurs.

: Jean Bach-Sisley (2 haïkaï).

Dans la liesse des fleurs
Le noyer rébarbatif
Perpétue un gerçant hiver.

: Henri Druart (1 mai 1923)

Tous ces verts marronniers pansus
Se moquent entre eux du noyer
Qui n’a pas encore de feuilles.

: Roger Lecomte (avril 1923).

Mon sorbier brandit vers le ciel,
Pour le repeindre en bleu et blanc,
Cent petits pinceaux vert-pomme.

: Jean Breton (Mars 1921, 25 haïkaï dont 16 inédits).

Hideur de la prison.
Le criminel a souri
Au pissenlit de la lucarne.

: Henri Druart (1 mai 1923)

Des gouttes de sang
Sont tombées du ciel
Pour s’accrocher au cerisier.

: Bernard Desclozeaux (3 haïkaï inédits).

XI Été

Les joncs même tombent de sommeil.
Je rôtis délicieusement.
Midi.

P-L. Couchoud (1905).

Le train sur son chemin géométrique
Traverse le mois de juin.
Les coquelicots font la haie.

: Pierre-Albert Birot (2 haïkaï publiés dans la NRF)

En plein jour de la prairie
La voie lactée.
Marguerites des près.

: Julien Vocance.

Dans le soir brûlant
Nous cherchons une auberge.
O ces capucines !

: P-L. Couchoud (1905)

Avec sa petite faucille,
Comment pourra-t-elle
Faucher tout le champ ?

: P-Louis Couchoud (1905)

XII Automne

Vers le ciel indigo
Le pommier vend son étalage
De porcelaines écarlates.

: Jean Breton (septembre 1920)

XIII Hiver

Faute de feuilles,
Le marronnier, dans la nuit claire de Février,
Prend des étoiles.

: Jean Breton (Février 1922).

La neige est trop blanche :
Les chats gris sont noirs,
Et les blancs, jaunes.

René Maublanc (Février 1919)

Une semelle et un écu
Cheminent dans la neige :
Piste du braconnier unijambiste

: Albert Poncin (1920)

XIV La nuit

Il reste écrit sur le couchant
Que le vent chassa le soleil
À coups de balai.

: Jean Breton (Avril 1922)

Les monts figés qui s’assombrissent,
Au loin des maisons qui s’éclairent :
Sérénité.

: René Georgin (Février 1922)

Caïmans de la route,
Gueule ouverte dans l’ombre,
Des troncs de noyers.

: Julien Vocance

Plateau d’argent
Qui quête des étoiles :
La lune.

: Georges Long (Mars 1923)

Nuit d’Août. Les crêtes des montagnes
Avec les étoiles filantes
Jouent à la balle.

: René Georgin (Février 1922)

La lune citron
Rit en baignant de rayons
Tous les cimetières.

: Anonyme, Décembre 1920. (Un haïkaï publié dans L’Humanité)

Clouée dans la plaine
Comme un monstre de feu,
La ville nocturne.

: René Druart (1923)

XV La montagne

XVI Voyages

Le train arrivait ;
J’avais un baiser tout prêt ;
Le train est parti.

: Jean Baucaumont (3 haïkaï publiés dans L’Humanité)

Des relents d’huile cuite,
Des parfums de jasmin :
Un patio.

: Maurice Gobin, Cordoue, 1917.

Un gros ventre rose
Sur un petit âne :
Vers la mosquée.

: Maurice Gobin, Eyoub, 1917.

D’un tas de linge sale qui chemine
On voit à l’arrière émerger
un crâne de bébé noiraud qui dodeline.

: Jean Breton (Avril 1922)

Sur un monceau d’épais tapis
Trois moricauds de bronze trônent :
Et sous le tout un ânon trotte.

: Jean Breton (Avril 1922)

Noirs esclaves des sultanes,
Les ifs montent la garde
Autour des orangers.

: Jean Breton (Avril 1922)

(à suivre… :

XVII L’eau
XVIII La mer
XIX Tanka
XX La guerre
XXI Vincennes, 14 Juillet 1917.
XXII Les ruines
XXIII Tercets philosophiques
XXIV Le coeur.)

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Une Réponse to “« Le Pampre » 2)”

  1. daniled Says:

    Intéressants, tous ces haïkus ou tercets. Le genre a beaucoup évolué cette dernière décennie. Pas toujours en bien peut-être mais quelques bons kus surnageront.

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