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« Le Pampre » n° 10/11 : « Le haïkaï français » : Le coeur (4/4)

12 février 2012

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XXIV LE COEUR :

Ton poignet contre ma joue
Toque doucement,
Tendre oiseau soumis.

Jean Beaucomont (déc. 1920)



Douce voix
Qui glisses sur mon coeur
Comme le reflet de la lune sur un lac sombre.

J-M. Junoy (1920)



Des soirs que j’aimais
Une robe de l’an passé
M’a rendu l’odeur.

Madame Lesage (mai 1921)

Mon ami vieillit,
Mais chaque ride est pour moi
Un sillon de tendresse neuve.

Marianne Fock (mai 1923)

Sous les cendres refroidies,
Une braise rougeoie encore :
Souvenir cuisant…

Marianne Fock (mai 1923)

À la moindre brise,
Sous les cendres de mon coeur,
Une braise flambe

René Maublanc (3/8/22)

Ne me parle pas d' »affinités secrètes » :
L’amour n’est pas une alliance,
C’est un combat.

Pierre de Palma (mai 1923)

Un sentiment est une robe à traîne.
Il est bien malaisé d’empêcher
Qu’on ne marche dessus.

Pierre-Albert Birot (1920)

Quand elle est gentille avec moi,
Est-ce pour m’encourager,
Ou pour vexer l’autre ?

René Maublanc (4/1923)

Entre deux amis,
Sous la tonnelle fleurie,
Je me suis guéri de l’amour.

Paul-Louis Couchoud (1905)

La flamme était haute
De celui que j’ai perdu :
Je m’y chauffe encore.

André Cuisenier (1921)

Mes amis sont morts.
Je m’en suis fait d’autres.
Pardon…

René Maublanc (19-20 juillet 1917)

Le doux bambin qu’on nous avait prêté
Ne jouera plus sur le sable du jardin,
Il est remonté au pays des rêves…

Julien Vocance

°°°

Voir « le pampre » n° 13 (p. 27-29 : Notes de lecture sur Cent haïkaï, de René Maublanc, éd. du Mouton blanc, à Maupré (S. et L.) par René Druart (une plaquette in 12°).

(à suivre…)

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« Le Pampre » 2)

26 novembre 2011

°
suite de l' »anthologie » des 283 haïkaï compilée par René Maublanc, dans la revue « Le Pampre », n° 10-11 (1923) :

IX Paysages

La récompense du travail,
C’est le regard sur la nature.
L’oeil du paresseux ne voit rien.

: Jules Renard, 1907
(5 phrases tirées des Histoires naturelles et de Ragotte et découpées en trois.)

Comme une breloque blanche
Sur un grand gilet vert :
Le village sur la colline.

: Georges Long (mars 1923)

Sur la toile tendue du ciel,
La locomotive écrase
Un tube de blanc.

: René Druart, 1923.

Le vent
Hésitant
Roule une cigarette d’air.

: Paul Éluard (1920, Trois haïkaï publiés par la NRF)

Dans l’éclaircie de l’allée d’arbres,
Subite joie blanche
De deux fillettes.

: René Druart (1923)

D’une main elle bat le linge
Et de l’autre rajuste
Ses cheveux sur son front.

: Paul-Louis Couchoud (1905)

Un gros tas de feuilles vertes
Passe sur la route
Avec des jambes d’homme

: René Maublanc (14 juin 1917)

Un rayon de soleil
Joue sur le mur blanc :
Un sabre d’or.

: Georges Long (mars 1923)

Des paquets de mer ont franchi la digue :
Par-dessus le mur
Le lierre déborde.

: Julien Vocance.

Sur le cercle d’horizon blanc
Vingt petits nuages blancs
Ronds comme des ballons captifs.

: René Druart (1921).

Horizons :
Dômes de nuages
Et les peupliers minarets.

: Julien Vocance.

L’épaule brumeuse des monts
Sous les écharpes du soleil
Frissonne encore.

: René Georgin (février 1922)

Sur le ciel gris,
Balancement des branches noires.
Indécision.

: Olivier Realtor.

De ton coffre de brume,
Impuissant soleil,
Enfin sortiras-tu ?

: Henri Druart (1923)

La vallée est un golfe,
Où la ville se noie,
En sonnant les cloches.

: René Maublanc (Bar-le-Duc, mars 1920)

Une plume donne au chapeau
Un air de légèreté :
La cheminée fume.

: Paul Éluard (1920)

Une borne sur la route,
Un mot dit par un passant,
Et c’est l’exil.

: Marianne Fock (Mai 1923, 6 haïkaï inédits)

Mais en exil
À quoi bon cette fleur, cet insecte,
Ce nuage ?

: J-M. Junoy (5 haïkaï tirés de la plaquette « Amour et Paysages »)

Je me tais. J’écoute
Un pas qui vient sur la route
Et mon coeur qui bat.

: Anonyme (décembre 1920)

X Printemps

Des points blancs dans un buisson noir.
Est-ce encore de la neige,
ou déjà des fleurs ?

: René Maublanc (23 février 1919).

Avril !
Tiens, il a encore neigé cette nuit ?
Non ! Une haie d’aubépines en fleurs.

: Jean Bach-Sisley (2 haïkaï).

Dans la liesse des fleurs
Le noyer rébarbatif
Perpétue un gerçant hiver.

: Henri Druart (1 mai 1923)

Tous ces verts marronniers pansus
Se moquent entre eux du noyer
Qui n’a pas encore de feuilles.

: Roger Lecomte (avril 1923).

Mon sorbier brandit vers le ciel,
Pour le repeindre en bleu et blanc,
Cent petits pinceaux vert-pomme.

: Jean Breton (Mars 1921, 25 haïkaï dont 16 inédits).

Hideur de la prison.
Le criminel a souri
Au pissenlit de la lucarne.

: Henri Druart (1 mai 1923)

Des gouttes de sang
Sont tombées du ciel
Pour s’accrocher au cerisier.

: Bernard Desclozeaux (3 haïkaï inédits).

XI Été

Les joncs même tombent de sommeil.
Je rôtis délicieusement.
Midi.

P-L. Couchoud (1905).

Le train sur son chemin géométrique
Traverse le mois de juin.
Les coquelicots font la haie.

: Pierre-Albert Birot (2 haïkaï publiés dans la NRF)

En plein jour de la prairie
La voie lactée.
Marguerites des près.

: Julien Vocance.

Dans le soir brûlant
Nous cherchons une auberge.
O ces capucines !

: P-L. Couchoud (1905)

Avec sa petite faucille,
Comment pourra-t-elle
Faucher tout le champ ?

: P-Louis Couchoud (1905)

XII Automne

Vers le ciel indigo
Le pommier vend son étalage
De porcelaines écarlates.

: Jean Breton (septembre 1920)

XIII Hiver

Faute de feuilles,
Le marronnier, dans la nuit claire de Février,
Prend des étoiles.

: Jean Breton (Février 1922).

La neige est trop blanche :
Les chats gris sont noirs,
Et les blancs, jaunes.

René Maublanc (Février 1919)

Une semelle et un écu
Cheminent dans la neige :
Piste du braconnier unijambiste

: Albert Poncin (1920)

XIV La nuit

Il reste écrit sur le couchant
Que le vent chassa le soleil
À coups de balai.

: Jean Breton (Avril 1922)

Les monts figés qui s’assombrissent,
Au loin des maisons qui s’éclairent :
Sérénité.

: René Georgin (Février 1922)

Caïmans de la route,
Gueule ouverte dans l’ombre,
Des troncs de noyers.

: Julien Vocance

Plateau d’argent
Qui quête des étoiles :
La lune.

: Georges Long (Mars 1923)

Nuit d’Août. Les crêtes des montagnes
Avec les étoiles filantes
Jouent à la balle.

: René Georgin (Février 1922)

La lune citron
Rit en baignant de rayons
Tous les cimetières.

: Anonyme, Décembre 1920. (Un haïkaï publié dans L’Humanité)

Clouée dans la plaine
Comme un monstre de feu,
La ville nocturne.

: René Druart (1923)

XV La montagne

XVI Voyages

Le train arrivait ;
J’avais un baiser tout prêt ;
Le train est parti.

: Jean Baucaumont (3 haïkaï publiés dans L’Humanité)

Des relents d’huile cuite,
Des parfums de jasmin :
Un patio.

: Maurice Gobin, Cordoue, 1917.

Un gros ventre rose
Sur un petit âne :
Vers la mosquée.

: Maurice Gobin, Eyoub, 1917.

D’un tas de linge sale qui chemine
On voit à l’arrière émerger
un crâne de bébé noiraud qui dodeline.

: Jean Breton (Avril 1922)

Sur un monceau d’épais tapis
Trois moricauds de bronze trônent :
Et sous le tout un ânon trotte.

: Jean Breton (Avril 1922)

Noirs esclaves des sultanes,
Les ifs montent la garde
Autour des orangers.

: Jean Breton (Avril 1922)

(à suivre… :

XVII L’eau
XVIII La mer
XIX Tanka
XX La guerre
XXI Vincennes, 14 Juillet 1917.
XXII Les ruines
XXIII Tercets philosophiques
XXIV Le coeur.)