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« Windows » – Le haïku de forme libre – par Stephen Wolfe (4)

10 octobre 2011

°
Le Haïku de forme libre

Le haïku traditionnel (ou «teikei haiku») a plusieurs caractéristiques qui définissent clairement le genre. D’abord la forme se compose de 3 parties divisées en syllabes de 5-7-5. En de rares cas on trouve une syllabe supplémentaire dans la première ou dans la deuxième partie, appelée «jiamari». On considère souvent que c’est un défaut d’avoir à recourir à une tactique aussi indisciplinée.
La prochaine exigence du haïku est la présence du «kigo», une référence saisonnière qui souligne le moment vécu à l’intérieur de la structure universelle de la nature. On trouve des milliers de mots de saison dans le Haikai Saijiki, œuvre volumineuse divisée par saison. Ce livre a traditionnellement été le texte définitif pour déchiffrer quelle phase de quelle saison
se trouve dans tel ou tel haïku.
L’élément suivant du haïku traditionnel sont les «kireji», des mots qui servent à couper la ligne ou à interjeter un sentiment d’émerveillement et à augmenter l’intensité du poème. Bien que pas obligatoires comme la forme 5-7-5 ou le kigo, les kireji sont présents dans certains des plus grands haïkus traditionnels. Les «kireji» les plus communs sont «ya», «keri» et «kana». «Ya» s’emploie le plus souvent dans la partie initiale, telle que dans le haïku immortel de Bashô :

herbes d’été (ya)
restes
des rêves guerriers

Ici le «ya» installe les herbes d’été comme étant l’image de base du poème, et ce qui suit tourne autour de cette image ou ce symbole. Un autre exemple et le plus traditionnel de tous les haïkus :

vieille mare (ya)
une grenouille saute
le bruit de l’eau

Bashô ici installe la vieille mare, en utilisant «ya», comme l’image centrale du poème. L’action subséquente se base sur l’existence de cette image initiale.
Dans un autre des haïkus classiques de Bashô, on note l’usage de «keri» :

sur une branche dénudée
s’arrête un corbeau (keri)
crépuscule d’automne

« Keri » est ici utilisé pour élever le langage utiliser pour décrire un événement plutôt commun. « Keri » est un mot seulement employé dans le « bungo », langage littéraire. De plus, il coupe la ligne, renforçant l’impact de la « phrase » finale : « crépuscule d’automne ». En employant « keri », Bashô a relié les trois parties – la branche dénudée, le corbeau qui se pose et le crépuscule d’automne – sans utiliser trop de prépositions encombrantes. La dernière phrase coule des deux premières sans avoir l’air d’être une explication.
Un autre exemple du « keri » post-verbal :

la rose de Sharon au bord de la route
par mon cheval
mangée (keri)

Bashô emploie ici « keri » dans la partie finale pour ajouter une touche culminante.
L’emploi de « kana » est semblable à celui de « keri » sauf que « kana » suit des noms et se trouve presque toujours situé à la fin du haïku. Par exemple, dans ce haïkaï de Bashô :

à travers le lever de soleil soudain
dans les fleurs de pruniers
un chemin de montagne (kana)

Le « kana » terminal ajoute une touche d’émerveillement et de surprise tout en donnant un tour littéraire. La même chose ce produit avec cet autre haïkaï de Bashô :

quelle fleur est-ce
je ne sais ;
parfum (kana)

L’utilisation du mot « kana », ici, ajoute un coup à la fin et en même temps souligne que le « parfum » est la raison d’être du poème.
Bien que « ya », « kana » et « keri » soient les kireji les plus fréquemment employés, il y en a beaucoup d’autres qui sont utilisés afin d’ajouter une connotation littéraire et afin de placer une émotion.
En termes de forme donc, les trois attributs indicateurs du haïku traditionnel sont la forme en 5-7-5 avec une syllabe supplémentaire à l’occasion, le kigo ou la référence saisonnière, et le kireji qui ajoute de l’émotion et rend le poème littéraire.
En termes de contenu, on assimile généralement le haïku à la nature et son cours, « setsugekka », littéralement « neige, lune et fleurs » qui charrient cependant le sens général des phénomènes naturels. Le haïku traditionnels a tendance à examiner la relation de l’homme avec la nature, et sa perception de la nature.
Le haïku de forme libre oblitère totalement les règles du haïku. Il n’y a pas de forme préconçue. Seisensui et Ippekirô ont tendance à écrire des poèmes plus longs que le 5-7-5, alors que Santôka et Hôsaï optèrent pour la brièveté. Les kireji sont rarement employés, et sont dédaignés comme étant des reliques d’un genre artificiel de poésie. Les kigos sont souvent omis, et quand il y a un mot de saison, il est employé comme partie intégrante au poème plutôt que comme une obligation préalable. Ippekirô, qui publia un magazine semi-radical de haïku appelé « Kaiko« , parla de sa poésie en ces termes :

Quelques uns disent que ce sont des haïkus. D’autres disent que ce n’en sont pas. Quant à moi, peu m’importe comment vous les appelez. Mes poèmes, à mon idée, se positionnent différemment du haïku. En premier lieu je me fiche du sentiment de la saison. *

Ce point de vue est peut-être général pour les poètes de forme libre. Cependant, au cours des différents entretiens qui ont ponctué cette enquête, j’ai reçu des regards courroucés quand j’employais l’expression de « haïku de forme libre ». Le terme d' »ichigyôshi », poème d’une ligne, semblait apaiser les traditionalistes. Pour beaucoup d’érudits et de poètes âgés, le haïku est le haïku et c’est tout : Hôsaï et Santôka écrivirent des poèmes qui n’avaient pas de rapport avec le haïku.
L’éloignement du matériau poétique du haïku traditionnel avait tendance à élargir l’utilisation de procédés poétiques considérés comme tabous dans le haïku traditionnel. Shiki, quand il dénonçait Bashô comme étant trop subjectif, soutenait ardemment la notion de Buson de « ari no mama », les choses telles qu’elles sont. Buson croyait qu’il était du devoir de l’artiste de capturer la réalité objective sans aucune interférence subjective. Buson pratiquait lui-même ce qu’il énonçait à la fois dans sa peinture et dans sa poésie. Selon cette école de pensée, Bashô violait la doctrine de base en apportant trop du sentiment du poète lui-même dans son oeuvre. En survolant l’oeuvre de haïjins tels que Buson, Shiki et Kyoshi on réalise vite que le genre était déjà amplement devenu « shasei », des sketches de scènes naturelles ; l’objectivité, « kyakkansei » l’emportait sur la subjectivité, « shukansei ».
Dans la poésie du mouvement de la forme libre, on observe un fort retournement dans l’approche poétique. La subjectivité prend le dessus. La vision intérieure du poète se mêle au monde extérieur pour créer une révolution du haïku. L’impressionnisme, « inshô » et le symbolisme, « shôchô », deviennent une partie intégrale du poème. La conscience du poète est la base de l’expression. Deux termes souvent associés avec le haïku de forme libre sont « jiko no naishin », son coeur ou monde intérieur, et « dokuji no haiku », des haïkus de la nature originale, unique, de chacun. Les mondes poétiques de Buson et de Hôsaï semblent se situer sur des galaxies différentes.
Seisensui utilisait le slogan « geijutsu yori geijutsu ijo e », « plutôt que l’art, au-delà de l’art ». Buson aurait frémi en entendant ces mots.
Un autre aspect qu’on trouve dans le haïku de forme libre de Santôka et de Hôsai , est celui d’un profond sentiment religieux. La foi spirituelle de Hôsai se manifeste souvent par des symboles tels qu’un enfant, la mer ou une feuille tombée. Souvent ses vers en apparence simples font écho à la profondeur de Kôans Zen. Quand il dit, par exemple :

manquant le but,
le clou se tord

le lecteur sent peut-être que Hôsai parle de la vie en général et de notre approche d’elle. Il ne serait pas surprenant d’entendre un maître Zen demander « pourquoi le clou se tordit-il quand il ne fut pas tapé droit ? »
Un exemple supplémentaire de cette poésie qui ressemble au Koan Zen :

On dirait que les fourmis ne sortent plus de leur trou

Ici encore, on pourrait poser la question : « pourquoi ? »

°

* R.H. Blyth, A History of Haiku, vol. II, (Tokyo : Hokuseido Press, 1964, p. 205.

(à suivre…L’Ère Taishô et le Haïku de Forme Libre)

Haiku : A Poet’s Guide – Lee Gurga – (4)

24 août 2011

p.5 :

Haïku japonais classique

Dans son livre Le Haiku Essentiel (The Essential Haiku) Robert Hass présente l’oeuvre de trois haïjins célèbres : Bashô Matsuo, Buson Yosa et Issa Kobayashi. Les Japonais reconnaissent traditionnellement quatre grands maîtres : ces trois-ci et Shiki. Quelques uns de nos jours feraient de Chiyo-ni (1703-1775), la plus célèbre des femmes maîtresses du haïku, la cinquième.
Bashô, premier des grands maîtres du haïku, fut actif pendant la deuxième moitié du dix-septième siècle. Il vécut à une période où le haikai no renga (poésie liée) était à l’apogée de sa popularité. Le haikai no renga descendait de la poésie raffinée de cour appelée simplement renga. Une dérivation populaire de la classe des marchands, le haikai no renga était apprécié pour son humour et son exposition d’esprit verbal. Bien qu’il soit connu de nos jours comme un grand haijin, Bashô gagna sa vie, en fait, en enseignant le haikai no renga. Au fur et à mesure que le temps passa, le caractère superficiel de la plupart des choses qui s’écrivaient alors le mécontenta, et il s’efforça de développer par le hokku une poésie de plus grande profondeur. Son poème le plus célèbre :

vieille mare…
une grenouille saute
bruit de l’eau

est remarquable par sa simplicité et son absence d’étalage verbal. On peut l’interpréter soit comme un rapport sans ornement de quelque chose que Bashô expérimenta, ou comme l’énoncé profond d’une illumination Zen.
[…]

L’Essence du Haïku 4) par Bruce Ross

3 août 2011

Donne au saule
toute la haine et tout le désir
de ton coeur

Bashô

III) Sentiment et Emotion

Le sentiment d’émotion généré par la métaphore absolue du haïku fut associé à différentes sortes de valeurs esthétiques dans le haïku japonais traditionnel. Mono no aware, le « pathos des choses » est un terme général qui désigne comment l’on est affecté par les choses. D’autres valeurs esthétiques du haïku sont wabi, la simplicité, sabi, la solitude métaphysique et yugen, le mystère. Dans chaque cas le poète était touché par quelque chose du monde, de ce que John Ruskin a péjorativement surnommé « l’illusion pathétique » en prêtant des sentiments aux choses. Au contraire de la poétique occidentale (sauf le romantisme), par exemple, la poésie et la poétique orientales se centraient sur de tels états de sentiments émotionnels. Ainsi, au lieu d’être une chose insensible, une fleur, dans un certain contexte, pouvait irradier un sentiment d’émotion pour le poète japonais de haïku, non en tant que symbole, mais comme une présence existentiellement valide. Le haïku précédent de Bashô valide la connexion existentielle entre un poète de haïku et une entité naturelle, ici un saule. Si dans la symbolique occidentale le saule signifie la tristesse et apparaît comme tel sur d’innombrables tombes, celui de Bashô est un être à part entière. Bashô, fondateur du haïku japonais, pouvait dire : « Pour apprendre de ce pin, va à lui. », et Shiki, fondateur du haïku japonais moderne, pouvait prôner, en empruntant à l’impressionnisme, le croquis d’après nature, ou shasei, comme un méthode pour le haïku. Notons de plus que le « sentiment » dans le haïku n’est généralement pas l’émotion démonstrative de la poésie occidentale. On n’utilise pas le haïku pour exprimer de fortes émotions, que l’on réserve habituellement au tanka. C’est plutôt un mode de sentiment réceptif entre un poète et son objet naturel, même si le climat émotionnel du poète affecte souvent et dirige même sa relation à son sujet.
Ce haïku du français Daniel Py apporte un aperçu de la nature du sentiment dans le haïku :

Le jour suivant le feu d’artifice
les éclairs de l’orage

Les feux d’artifice dans le poème sont des modes culturellement déterminés d’excitation et évoquent habituellement de fortes émotions. Les éclairs orageux sont des événements peut-être inattendus mais certainement naturels qui provoquent de la frayeur chez l’observateur. Le ton de l’auteur est réfléchi plutôt qu’il n’exprime une forte émotion. Il établit une relation soudaine, proustienne peut-être, entre l’éclat des feux d’artifice de la veille et les éclairs de l’orage au présent. En effet, en reliant les éclairs naturels de l’orage aux feux d’artifice, il établit une métaphore absolue qui évoque un mystère absolu d’explosions brillantes dans le ciel sombre. Cela nous rappelle l’esthétique occidentale du XVIIIè siècle selon laquelle les orages symbolisaient une forte émotion et une ferveur religieuse.

(à suivre : IV) La Non-Conscience de Soi.)

20 HAIKU d’hiver + 3 de printemps – OISEAUX et ANIMAUX – Blyth – p.1256-1265

13 juin 2011

°
(p.1256 :)

la chauve-souris
vit cachée
sous le parapluie cassé

Buson

après avoir porté l’eau salée,
le pêcheur rentre chez lui,
laissant là les pluviers

Onitsura

°
(p.1257 :)

les pluviers de la côte
jouèrent,
mouillant leurs pattes

Buson

la lune à l’aube ;
les pluviers de la côte
s’évanouissent au loin

Chora

lavant une casserole –
ridules sur l’eau :
une mouette solitaire

Buson

°
(p.1258 :)

les oiseaux d’eau;
femme dans un bateau
lavant de jeunes légumes verts

Buson

oiseaux d’eau ;
au milieu d’arbres desséchés,
deux palanquins

Buson

un sanctuaire;
des oiseaux flottent endormis;
les lumières lointaines des jardins

Shiki

°
(p.1259 :)

l’oiseau aquatique,
bec dans son poitrail,
dort en flottant

Ginkô

l’oiseau aquatique
a l’air lourd –
mais il flotte !

Onitsura

°
(p.1260 :)

la poitrine
de l’oiseau aquatique
rencontre son reflet

Mahara

l’air sur le visage de la sarcelle d’hiver :
« j’ai fait du tourisme
sous l’eau ! »

Jôsô

le jour se lève ;
la voix des canards sauvages
entoure le château

Kyoroku

°
(p.1261 :)

la mer s’assombrit
la voix des canards sauvages
est vaguement blanche

Bashô

vagues de chaleur au printemps ;
un insecte inconnu
vole blanchement

Buson

°
(p.1263 :)

le bruit de la chauve-souris
volant dans le fourré
est sombre

Shiki

le bébé,
quand on lui montre même une fleur
ouvre la bouche

Seifu-jo

le jeune coucou
appelle ses parents
d’une voix jaune

Issa

le roitelet
gagne sa vie
bruyamment

Issa

°
(p.1264 :)

le roitelet gazouille –
mais devient adulte
de toute manière !

Issa

Voyez ! cette tombe solitaire
avec le roitelet,
c’est toujours ici !

Issa

°
(p.1265 :)

l’holothurie :
où sa tête, où sa queue ?
Dieu seul le sait

Kyorai

ne faisant absolument rien,
l’holothurie a vécu
huit-mille ans

Shiki

°
(p. 1266 : ARBRES ET FLEURS : à suivre…)

59 HAIKU d’hiver + 1 de printemps – Blyth – p.1231-1255

13 juin 2011

°
(p.1231 :)

réclusion hivernale;
la sarcelle
a l’habitude de la baignoire

Shiki

rivière en hiver;
y flottent
les fleurs offertes au Bouddha

Buson

la cascade s’assèche –
de l’eau goutte
sur les feuilles

Shimpû

°
(p.1232 : DIEUX ET BOUDDHAS)

Les bruits qui s’y sont mêlés
ont disparu :
reste le son du bol frappé

Chora

frappant le bol,
et buvant les gouttes de pluie
de mon visage

Raizan

°
(p.1233 :)

un enfant pleurant dans la nuit ;
nous franchîmes cette chaumière aussi
frappant les bols

Buson

endormant l’enfant,
et sortant frapper les bols –
l’obscurité

Buson

dépassant une maison
où l’on se marie –
frappant les bols

Kyoroku

frappant les bols,
les frères chantent
d’une même voix

Chora

°
(p.1234 :)

les lanternes –
encore plus pathétiques ;
prières hivernales

Buson

°
(p.1235 :)

dans les nuages
il y a des voix :
prières hivernales

Ryôta

les dieux s’en vont, l’on dirait ; *
hyororo, hyororo,
crient les milans

Issa

* Au 1er octobre, au Japon, tous les dieux quittent leur sanctuaire pour rejoindre le Grand Sanctuaire d’Izumo.



le dieu est absent;
ses feuilles mortes s’entassent,
tout est déserté

Bashô

°
(p.1236 :)

dans le temple Zen
des aiguilles de pin tombent;
le mois sans dieux

Bonchô

misérables
dieux de ma maison,
s’il vous plaît, accompagnez-les aussi !

Issa

faisant leur lessive
tandis que les dieux sont absents –
il pleut aussi aujourd’hui

Issa

°
(p.1237 :)

les Dix Nuits : *
toutes sortes d’imbéciles
ce soir de pleine lune

Issa

* du 15 au 26 octobre, les croyants de la Secte de la Terre Pure se rassemblent dans les temples pour réciter le Nembutsu.

tant qu’on y est,
polir la pipe ;
la cérémonie avancée

Issa

simple et honnête,
le serviteur
balaie aussi la neige du voisin

Issa

°
(p.1238 :)

le Bouddha sur la lande ;
du bout de son nez
pend un glaçon

Issa

debout sous la pluie froide
pour le salut d’autrui,
Bouddha de la compassion

Issa

°
(p.1239 : AFFAIRES HUMAINES)

nettoyage de printemps –
Dieux et Boudhas
dehors sur l’herbe

Shiki

santé et forces défaillantes ;
mes dents raclent
sur le sable des algues

Bashô

première pluie d’hiver ;
seulement pour aujourd’hui,
que d’autres aussi soient vieux !

Bashô

°
(p.1240 :)

allant acheter du riz,
le sac couvert de neige
comme mouchoir !

Bashô

ce feu de charbon;
nos ans déclinent
de la même manière !

Issa

°
(p.1241 :)

le feu couvert;
du profond de la nuit
on cogne à la porte

Kyoroku

le feu couvert :
plus tard, ce qui est dans la poêle
se met à bouillir

Buson

m’éveillant la nuit;
la lampe basse,
l’huile gèle

Bashô

°
(p.1242 :)

apportant des veilleuses
pour chaque chambre –
le brame du cerf !

Kyoshi

j’approchai le brasero
de mes jambes, mais mon coeur
en était loin

Buson

dans la guérite, de jour,
un brasero :
personne…

Shiki

°
(p.1243

dehors, un Seigneur
trempé jusqu’aux os –
moi, sous mon kotatsu *

Issa

* Petit brasero sur lequel on étend des couvertures sous lesquelles on positionne pieds et jambes.

°
(p.1245 :)

le kotatsu
qui veille sur mon ermitage
est ma principale icône

Jôsô

pour y écrire,
le kotatsu
est juste un peu trop haut

Ensui

°
(p.1246 :)

le grillon crie
de manière oublieuse :
ce brasero !

Bashô

agité,
l’esprit du voyageur –
ce brasero portable

Bashô

dix ans d’étude dans la pauvreté :
une couverture
élimée

Shiki

°
(p.1247 :)

réparant une déchirure
dans le kamiko *
avec quelques grains de riz cuit

Buson

* : sorte de par-dessus fin pour se protéger du froid, fait de papier froissé traité au jus de kaki.

un kamiko
montre les entrailles
du haïkaï

Shiki

chrysanthèmes se fanant;
chaussettes séchant sur la clôture :
un beau jour

Shiki

°
(p.1248 :)

réclusion hivernale ;
écoutant, ce soir,
la pluie dans la montagne

Issa

cinquante ans,
mais non, jamais,
réclusion hivernale

Issa

°
(p.1249 :)

sans mérite
sans culpabilité :
réclusion hivernale

Issa



réclusion hivernale;
de nouveau je vais m’appuyer
contre ce poteau

Bashô

réclusion hivernale;
sur le paravent doré
le pin vieillit

Bashô

°
(p.1250 :)

réclusion hivernale;
au plus profond de l’esprit,
les montagnes de Yoshino

Buson

montagnes vues aussi
par mon père, comme ceci,
dans son confinement hivernal

Issa

°
(p.1251 :)

quand je vois l’océan,
chaque fois que je le vois,
ô, mère ! *

Issa

* La mère d’Issa mourut quand il avait trois ans.

la flamme immobile,
ronde sphère
de réclusion hivernale

Yaha

réclusion hivernale;
il y a une question que je voudrais poser
à Sàkyamuni

Shiki

°
(p.1252 :)

un oiseau appelle;
le bruit de l’eau s’assombrit
autour de la nasse

Buson

un clair matin d’hiver;
le charbon est de bonne humeur :
il craque, crépite !

Issa

la nuit avance :
bruit du charbon
qu’on casse sur du charbon

Ryôta

°
(p.1253 :)

le soleil
dans l’oeil du faucon
revenu sur mon poing

Tairo

à cheval
mon ombre
rampe glacée

Bashô

le soleil brille
sur les pierres
de la lande desséchée

Buson

°
(p.1254 :)

le vieux calendrier
me remplit de gratitude
comme un soutra

Buson

soir sombre –
la couverture du calendrier
qui s’achève

Buson

°
(p.1255 :)

« les fabricants de gâteaux de riz
sont chez le voisin ! »
dit l’enfant

Issa

°
(p.1256-1265 : OISEAUX ET ANIMAUX : à suivre…)

24 HAIKU d’hiver – CHAMPS et MONTAGNES – Blyth – p.1219-1230

13 juin 2011

°
(p.1219 :)

un oiseau s’envole
le cheval bâté prend peur –
la lande desséchée !

Shiki

des poules picorent
au loin
sur la lande desséchée

Kanrô

sur le chemin de retour
le soir est tombé
sur cette lande désolée

Mokudô

°
(p.1221 :)

la queue du cheval
prise dans les ronces
sur la lande desséchée

Buson

°
(p.1222 :)

portant un fardeau
ses deux mains dans ses manches
sur la lande désolée

Raizan

la voix criant sur le cheval
fait partie de la tempête
sur la lande desséchée

Kyokusui

le quittant,
il franchit la montagne :
lande désolée !

Buson

°
(p.1223 :)

une lanterne
entra dans une maison
sur la lande désolée

Shiki

°
(p.1224 :)

un oiseau solitaire
pour compagnon
sur la lande désolée

Senna

un grand arbre
s’élève jusqu’aux nuages
sur cette lande désolée

Shiki

il ne reste
que le portail de l’abbaye
sur la lande d’hiver

Shiki

°
(p.1225 :)

ici et là au loin,
des champs de légumes
sur la lande désolée

Shiki

un garçon du village
mène un chien
sur la lande désolée

Shiki

°
(p.1226 :)

l’écureuil volant
écrase le petit oiseau
sur la lande désolée

Buson

Son Eminence l’Abbé
chie
sur la lande désolée

Buson

°
(p.1227 :)

le voyageur qui marche
sur la lande desséchée
mange une orange

Shiki

pins et cryptomères ;
un sanctuaire à Fudô
sur la lande désolée

Shiki

°
(p.1228 :)

malade en voyage,
mes rêves errent
sur la lande désolée

Bashô

°
(p.1229 :)

sous lune et fleurs :
quarante-neuf ans
d’errance stérile

Issa

voyageant de par le monde –
deci delà, deci delà,
hersant le petit champ

Bashô

un chat errant
défèque
dans le jardin d’hiver

Shiki

le corps d’un chien
jeté dans la rivière
cet hiver

Shiki

°
(p.1230 :)

canards becquetant
feuilles et tiges de verdure
sur la rivière hivernale

Shiki

rivière hivernale ;
pas assez d’eau
pour quatre ou cinq canards

Shiki

°
(p.1231 : à suivre)

25 HAIKU d’hiver + 1 d’automne – Blyth – p.1201-1210

12 juin 2011

°
(p.1201 :)

beaucoup de parapluies
passent
ce soir de neige

Hokushi

si c’était mon enfant,
il ne vous accompagnerait pas,
cette nuit de neige !

Ukô-ni

°
(p.1202 :)

jour de neige ;
il est aussi le fils de quelqu’un,
ce contrôleur de fûts vides !

Kanri

lourde chute de neige –
on va fermer
la grande porte de la Barrière

Buson

°
(p.1203 :)

onze chevaliers
chevauchent dans la neige tourbillonnante
sans tourner la tête

Shiki

entrant de la neige tourbillonnante :
« Une chambre pour la nuit ! »
et il jette son épée dans un coin

Buson

logis refusé ;
les lumières d’une rangée de maisons
sous la neige

Buson

°
(p.1204 :)

la lampe nocturne noire de fumée,
la neige froide tombe
dans le soir

Etsujin

un seul parapluie
passe :
soirée de neige

Yaha

°
(p.1205 :)

indifférente au vent,
une feuille du paulownia
tombe

Bonchô

un bulbul chanta
puis se tut :
la neige tomba dans le soir

Arô

de temps à autre
il grêle;
le vent souffle fort

Shiki

°
(p.1206 :)

dans le bateau abandonné
la grêle
rebondit

Shiki

sortant rappeler le poissonnier
invisible ;
la grêle se mit à tomber

Bonchô

°
(p.1207 :)

si sérieusement majestueux
le bruit de la grêle
sur mon chapeau de cyprès

Bashô

les grêlons
brillent en rebondissant des rochers
de la Montagne Rocheuse

Bashô



Comme elle est lourde la pluie
sur le chapeau volé
à l’épouvantail !

Kyoshi

tempête de montagne :
la grêle pénètre
dans l’oreille du cheval

Tairo

°
(p.1208 :)

sur le pont
le bruit de la grêle
est sombre

Shiki

Voyez, enfants,
les grêlons !
Sortons voir !

Bashô

la grêle
vole dans le feu
aussi vite que ses pattes peuvent la porter

Issa

°
(p.1209 :)

dans la pierre-à-encre
du temple de la montagne,
le premier gel est précoce

Buson

je m’éveillai soudain
avec la glace nocturne
quand le pot à eau éclata

Bashô

une mare
au fond de la forêt ;
la glace est épaisse

Shiki

°
(p.1210 :)

je brûlai
le pinceau gelé
à la flamme de la lampe

Tairo

un rat s’approche
de l’huile gelée
de la lampe

Buson

°
(p.1211 : à suivre…)

-

46 HAIKU d’hiver – Blyth – p.1183-1200

12 juin 2011

°
(p.1183 :)

la pluie d’hiver
nous montre ce que nous voyons
comme si c’était il y a longtemps

Buson

pluie d’hiver;
une souris court
sur le koto *

Buson

* : sorte de harpe, longue d’un mètre environ, qui se joue horizontalement.

pluies de mai ;
une souris court autour
du vieux panier d’osier

Rankô

°
(p.1184 :)

le son d’une souris
marchant sur une assiette
est froid

Buson

le bruit des dents
d’un rat qui mord du fer
est froid

Buson



dans le froid du temple,
le bruit d’une souris
mâchant de l’anis chinois

Buson



une souris
traverse une flaque
dans la tempête d’automne

Buson

sur un parapluie, crépitement des gouttes,
mais il entre à côté;
le soir s’assombrit

Ranran

°
(p.1185 :)

qui est éveillé,
sa lampe brûlant encore ?
pluie froide à minuit

Ryôta

premier gel :
un beau matin,
le goût de l’eau de riz !

Chora

°
(p.1186 :)

une baie rouge
tombée
sur le givre du jardin

Shiki

il tombe de la neige fondue ;
insondable, infinie
solitude

Jôsô

°
(p.1187 :)

la vieille mare ;
une sandale de paille échouée au fond,
neige fondue

Buson



première neige :
les feuilles des jonquilles
plient à peine

Bashô

pluie de printemps,
assez pour mouiller les petits coquillages
sur la petite plage

Buson

averse d’été
trois gouttes à peu près
sur le visage de la grenouille

Shiki

°
(p.1188 :)

première neige de l’année
sur le pont
en construction

Bashô

la première neige –
de l’autre côté de la mer,
quelles montagnes ?

Shiki

ni ciel,
ni terre,
il n’y a que de la neige
tombant sans cesse

Hashin

°
(p.1189 :)


la neige a tout pris :
des champs et des montagnes,
rien ne subsiste

Jôsô

les lumières du palais
sont restreintes
cette nuit de neige

Shiki

la neige du soir tombe,
un couple de canards mandarins
sur un lac ancien

Shiki

tandis que les volailles
dormaient,
une abondante chute de neige

Kien

°
(p.1190 :)

après qu’on a coupé les herbes de la pampa,
sur les chaumes restant,
la neige est haute

Shiki

le gribouillis sur le mur
a l’air pitoyable
ce matin de neige

Buson

°
(p.1191 :)

nous admirons
même les chevaux,
ce matin de neige !

Bashô

un long ruban de rivière
serpente à travers
la lande enneigée

Bonchô

une femme et un moine
convoyés
à travers la neige tombante

Meisetsu

°
(p.1193 :)

comme il est beau
le corbeau d’habitude odieux,
ce matin de neige !

Bashô

sur lande et montagne
rien ne remue
ce matin de neige

Chiyo-ni

allume le feu,
et je te montrerai quelque chose de beau :
une énorme boule de neige !

Bashô

°
(p.1194 :)

la boule de neige
devint finalement
énorme

Ôemaru

comme la boule de neige
devint rapidement
trop forte pour nous !

Yaezakura

°
(p.1195 :)

en forme d’okumi, *
la neige s’infiltre
jusqu’à mon oreiller

Issa

* insert de kimono qui va en s’élargissant du col vers le bas

croque-croque :
le cheval mâchant de la paille,
un soir de neige

Furukuni

le trou droit
fait en pissant
dans la neige
à la porte

Issa

°
(p.1196 :)

debout immobile
sur la route du soir,
la neige tomba avec plus d’insistance

Kitô

Allons
maintenant admirer la neige
jusqu’à tomber !

Bashô

°
(p.1197 :)

les chiens gentiment
s’écartent
sur la route enneigée

Issa

la neige que nous avons vu tomber ensemble,
est-elle tombée
cette année aussi ?

Bashô

la neige ventée
tombe et souffle autour de moi
debout

Chora

°
(p.1199 :)

devrais-je périr
sur cette lande enneigée,
je deviendrai aussi
un Bouddha de neige

Chôsui

admirant la neige
un à un
ils disparaissent
dans la neige qui tombe

Katsuri

°
(p.1200 :)

quand je pense que c’est
ma neige
sur mon chapeau,
il semble léger

Kikaku

quand je pense qu’elle est mienne,
la neige sur le parapluie
est légère

(Kikaku)

« oui, oui ! » m’écriai-je,
mais l’on continua de frapper
au portail enneigé

Kyorai

°
(p.1201 : à suivre…)

48 HAIKU d’hiver – Blyth – p.1164-1182

11 juin 2011

°
(p.1164 :)

la lune croissante
est tordue :
froid saisissant

Issa

sans compagnie,
jetée sur la lande,
cette lune d’hiver

Roseki

dans la rafale desséchante
une lune seule
roule à travers ciel

Meisetsu

°
(p.1165 :)

marchant dessus, seul
dans le froid clair de lune :
le bruit du pont

Taigi

l’ombre des arbres ;
mon ombre bouge
dans le clair de lune hivernal

Shiki



rencontrant un moine
sur le pont :
lune d’hiver

Buson

°
(p.1166 :)

neige éclairée par la lune :
où la vie
sera jetée

Kikaku

les rois Deva en faction :
le clair de lune glacé
sur leurs jambes nues

Issa

°
(p.1167 :)

pas une pierre
à jeter au chien :
lune d’hiver

Taigi

un chat errant
s’enfuit sous les avant-toits –
la lune d’hiver !

Jôsô

dans le clair de lune glacé,
de petites pierres
crissent sous les pas

Buson

°
(p.1168 :)

clair de lune hivernal ;
l’ombre de la pagode en pierre,
l’ombre du pin

Shiki

le vieil homme du temple
fend du bois
sous le clair de lune hivernal

Buson

°
(p.1169 :)

lune d’hiver –
un temple sans portail :
qu’il est haut, le ciel !

Buson

ce petit portail
fermé à double-tour :
la lune d’hiver !

Kikaku

sortant du palanquin :
au-dessus de mon portail
la lune d’hiver
haut dans le ciel

Taigi

nuit de lune :
les ombres inégales
des baguettes de la nasse d’osier

Shirao

°
(p.1170 :)

sur le toit
ils regardent un feu ;
la lune d’hiver

Shiki

plus froide même que la neige
la lune d’hiver
sur des cheveux blancs

Jôsô

rencontrai et passai
un prêtre bouddhiste de grande taille
sous la lune d’hiver

Baishitsu

°
(p.1171 :)

sous la lune d’hiver
le vent de la rivière
affûte les rochers

Chora

au son de la voix
du faisan doré
qui ne peut dormir,
la lune est froide

Kikaku

°
(p.1172 :)

première averse d’hiver :
le bambou de la crémaillère
se balance

Seira

°
(p.1173 :)

première pluie d’hiver ;
on m’appellera
« voyageur »

Bashô

il pourrait se transformer
sous la pluie d’hiver,
ce parapluie prêté par un temple !

Buson

°
(p.1174 :)

se réveiller vivant, dans ce monde :
quel bonheur !
pluie d’hiver

Shôha

la pluie d’hiver teint
les lettres sur la pierre tombale –
tristesse

Rôka

dans le jardin neuf,
les pierres
harmonieusement posées ;
première pluie d’hiver

Shadô

°
(p.1175 :)

que de personnes
sous la pluie d’hiver
courent de l’autre côté
du long pont de Seta !

Jôsô

les porteurs de javelots
les brandissent encore
sous la pluie hivernale

Masahide

°
(p.1176 :)

marchant sous la pluie hivernale,
le parapluie
me repousse

Shisei-jo

le vent ne veut pas
que la pluie froide d’hiver
tombe au sol

Kyorai

qu’elles sont affairées
sur la mer
sous la pluie,
les voiles gonflées,
les voiles affalées !

Kyorai

°
(p.1177 :)

le pêcheur :
sa terrible intensité
dans l’averse du soir !

Buson

la pluie commence à tomber :
le couvreur de la chaumière
se retourne
et regarde la mer

Jôsô

°

p.1178 :)

la pluie souffle
dans la forêt de bambous ;
c’est le soir

Seisei

étoiles sur la mare ;
l’averse d’hiver
à nouveau
frise l’eau

Sora

les rayons du soleil penchent
d’un côté de la rivière ;
d’un nuage flottant
tombe une pluie froide

Buson

°
(p.1179 :)

un taureau à bord,
le traversier *
sous la pluie d’hiver

Shiki

* = bac / ferry …

la bruine d’hiver
imbibe tranquillement
les racines du camphrier

Buson

°
(p.1180 :)

il a plu suffisamment
pour que les chaumes dans le champ
noircissent

Bashô

froide pluie d’hiver
les taureaux sur la lande
croisent leurs cornes

Rankô



se faire saucer par la pluie d’hiver
sans kasa *,
eh bien, eh bien !

Bashô

°
(p.1181 :)

la pluie d’hiver
tombe sur l’étable ;
un coq chante

Bashô

pluie froide d’hiver;
dans la voix soumise du crapaud,
malheur et affliction

Buson

les soirées des anciens
étaient comme les miennes,
ce soir de pluie froide

Buson

°
(p.1182 :)

il pleut partout sur la terre,
et encore plus
sur mon logis

Sôgi (1420-1502)

il pleut partout sur la terre
et encore plus
sur le logis de Sôgi

Bashô

°
(p.1183 : à suivre...)

32 HAIKU d’hiver + 1 d’automne – Blyth – p.1146-1160

10 juin 2011

°
(p.1146 :)

la lumière de la chambre voisine
s’éteint aussi :
nuit froide

Shiki

après avoir tué l’araignée,
solitaire
nuit froide

Shiki

mère et moi
attendant ma jeune soeur ;
cette nuit froide

Shiki

un pasteur,
quatre ou cinq croyants;
une nuit froide

Shiki

une nuit de froid glacial ;
le bruit des rapides
changea plusieurs fois

Shiki

mes voisins me haïssent,
qui raclent leurs casseroles
cette nuit d’hiver !

Buson

°
(p.1147)

mes os
sentent les couvertures;
nuit de gel

Buson

un seigneur passa :
après lui,
le froid !

Shiki

°
(p.1148 :)

franchissant le mont Shirane
après avoir vu une merde de renard –
quel froid !

Shiki

voix de gens
qui passent à minuit :
quel froid !

Yaha

°
(p.1149 :)

ce jour d’hiver,
il fait chaud au soleil –
mais il fait froid !

Onitsura

atteignant le portail
la cloche du temple Mii
se fige

Issa

°
(p.1150 :)

même pris
sous la meilleure lumière,
il a l’air frigorifié

Issa

(: auto-portrait.)

°
(p.1151 :)

même vue de dos
sa tête
semble froide

Issa

regardée très favorablement,
c’est une tête
froide

Issa

regardée très favorablement,
c’est une tête
sans forme

Issa

regardée très favorablement,
c’est une ombre
froide

Issa

regardée très favorablement
c’est une attitude
froide

Issa

°
(p.1152 :)

une nuit de larmes à glacer les entrailles :
le son de la rame
frappant la vague

Bashô

« je suis seul », dis-je.
il le consigna dans le registre ;
quelle nuit froide d’automne !

Issa

°
(p.1153 :)

soir d’hiver :
l’aiguille a disparu –
comme c’est terrible !

Baishitsu

le voleur a disparu
par les toits –
froide nuit d’automne

Buson

la cloche du temple sonne
à cause d’un voleur :
bosquet d’hiver

Taigi

°
(p.1154 :)

hiver ;
une jeune courtisane
grattant la suie d’une casserole

Issa

le saumon séché,
et l’émaciation de Kûya * aussi,
à la saison la plus froide

Bashô

* Saint Kûya (902-972)

°
(p.1155 :)

l’année s’en va :
une rue d’artisans –
tous les sons cette nuit !

Goshin

l’année qui s’en va ;
je cachai mes cheveux gris
à mon père

Etsujin

°
(p.1156 :)

je suis jaloux
de celui qu’on réprimande :
fin de l’année

Issa

même ainsi, même ainsi,
soumis devant l’Au-delà –
fin de l’année

Issa

°
(p.1158 :)

l’année s’achève :
je porte toujours chapeau
et sandales de paille

Bashô

°
(p.1159 :)

depuis que Bashô a quitté ce monde,
pas encore ne s’est
« achevée l’année  »

Buson

°
(p.1160 :)

« aboie, allons, aboie ! »
le chien aussi hâte l’an
avec le reste des convives

Issa



trois hommes se rencontrent
pour le réveillon du Nouvel An,
et se querellent

Bashô

°
(p.1161 : à suivre…)


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