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46 HAIKU d’hiver – Blyth – p.1183-1200

12 juin 2011

°
(p.1183 :)

la pluie d’hiver
nous montre ce que nous voyons
comme si c’était il y a longtemps

Buson

pluie d’hiver;
une souris court
sur le koto *

Buson

* : sorte de harpe, longue d’un mètre environ, qui se joue horizontalement.

pluies de mai ;
une souris court autour
du vieux panier d’osier

Rankô

°
(p.1184 :)

le son d’une souris
marchant sur une assiette
est froid

Buson

le bruit des dents
d’un rat qui mord du fer
est froid

Buson



dans le froid du temple,
le bruit d’une souris
mâchant de l’anis chinois

Buson



une souris
traverse une flaque
dans la tempête d’automne

Buson

sur un parapluie, crépitement des gouttes,
mais il entre à côté;
le soir s’assombrit

Ranran

°
(p.1185 :)

qui est éveillé,
sa lampe brûlant encore ?
pluie froide à minuit

Ryôta

premier gel :
un beau matin,
le goût de l’eau de riz !

Chora

°
(p.1186 :)

une baie rouge
tombée
sur le givre du jardin

Shiki

il tombe de la neige fondue ;
insondable, infinie
solitude

Jôsô

°
(p.1187 :)

la vieille mare ;
une sandale de paille échouée au fond,
neige fondue

Buson



première neige :
les feuilles des jonquilles
plient à peine

Bashô

pluie de printemps,
assez pour mouiller les petits coquillages
sur la petite plage

Buson

averse d’été
trois gouttes à peu près
sur le visage de la grenouille

Shiki

°
(p.1188 :)

première neige de l’année
sur le pont
en construction

Bashô

la première neige –
de l’autre côté de la mer,
quelles montagnes ?

Shiki

ni ciel,
ni terre,
il n’y a que de la neige
tombant sans cesse

Hashin

°
(p.1189 :)


la neige a tout pris :
des champs et des montagnes,
rien ne subsiste

Jôsô

les lumières du palais
sont restreintes
cette nuit de neige

Shiki

la neige du soir tombe,
un couple de canards mandarins
sur un lac ancien

Shiki

tandis que les volailles
dormaient,
une abondante chute de neige

Kien

°
(p.1190 :)

après qu’on a coupé les herbes de la pampa,
sur les chaumes restant,
la neige est haute

Shiki

le gribouillis sur le mur
a l’air pitoyable
ce matin de neige

Buson

°
(p.1191 :)

nous admirons
même les chevaux,
ce matin de neige !

Bashô

un long ruban de rivière
serpente à travers
la lande enneigée

Bonchô

une femme et un moine
convoyés
à travers la neige tombante

Meisetsu

°
(p.1193 :)

comme il est beau
le corbeau d’habitude odieux,
ce matin de neige !

Bashô

sur lande et montagne
rien ne remue
ce matin de neige

Chiyo-ni

allume le feu,
et je te montrerai quelque chose de beau :
une énorme boule de neige !

Bashô

°
(p.1194 :)

la boule de neige
devint finalement
énorme

Ôemaru

comme la boule de neige
devint rapidement
trop forte pour nous !

Yaezakura

°
(p.1195 :)

en forme d’okumi, *
la neige s’infiltre
jusqu’à mon oreiller

Issa

* insert de kimono qui va en s’élargissant du col vers le bas

croque-croque :
le cheval mâchant de la paille,
un soir de neige

Furukuni

le trou droit
fait en pissant
dans la neige
à la porte

Issa

°
(p.1196 :)

debout immobile
sur la route du soir,
la neige tomba avec plus d’insistance

Kitô

Allons
maintenant admirer la neige
jusqu’à tomber !

Bashô

°
(p.1197 :)

les chiens gentiment
s’écartent
sur la route enneigée

Issa

la neige que nous avons vu tomber ensemble,
est-elle tombée
cette année aussi ?

Bashô

la neige ventée
tombe et souffle autour de moi
debout

Chora

°
(p.1199 :)

devrais-je périr
sur cette lande enneigée,
je deviendrai aussi
un Bouddha de neige

Chôsui

admirant la neige
un à un
ils disparaissent
dans la neige qui tombe

Katsuri

°
(p.1200 :)

quand je pense que c’est
ma neige
sur mon chapeau,
il semble léger

Kikaku

quand je pense qu’elle est mienne,
la neige sur le parapluie
est légère

(Kikaku)

« oui, oui ! » m’écriai-je,
mais l’on continua de frapper
au portail enneigé

Kyorai

°
(p.1201 : à suivre…)

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48 HAIKU d’hiver – Blyth – p.1164-1182

11 juin 2011

°
(p.1164 :)

la lune croissante
est tordue :
froid saisissant

Issa

sans compagnie,
jetée sur la lande,
cette lune d’hiver

Roseki

dans la rafale desséchante
une lune seule
roule à travers ciel

Meisetsu

°
(p.1165 :)

marchant dessus, seul
dans le froid clair de lune :
le bruit du pont

Taigi

l’ombre des arbres ;
mon ombre bouge
dans le clair de lune hivernal

Shiki



rencontrant un moine
sur le pont :
lune d’hiver

Buson

°
(p.1166 :)

neige éclairée par la lune :
où la vie
sera jetée

Kikaku

les rois Deva en faction :
le clair de lune glacé
sur leurs jambes nues

Issa

°
(p.1167 :)

pas une pierre
à jeter au chien :
lune d’hiver

Taigi

un chat errant
s’enfuit sous les avant-toits –
la lune d’hiver !

Jôsô

dans le clair de lune glacé,
de petites pierres
crissent sous les pas

Buson

°
(p.1168 :)

clair de lune hivernal ;
l’ombre de la pagode en pierre,
l’ombre du pin

Shiki

le vieil homme du temple
fend du bois
sous le clair de lune hivernal

Buson

°
(p.1169 :)

lune d’hiver –
un temple sans portail :
qu’il est haut, le ciel !

Buson

ce petit portail
fermé à double-tour :
la lune d’hiver !

Kikaku

sortant du palanquin :
au-dessus de mon portail
la lune d’hiver
haut dans le ciel

Taigi

nuit de lune :
les ombres inégales
des baguettes de la nasse d’osier

Shirao

°
(p.1170 :)

sur le toit
ils regardent un feu ;
la lune d’hiver

Shiki

plus froide même que la neige
la lune d’hiver
sur des cheveux blancs

Jôsô

rencontrai et passai
un prêtre bouddhiste de grande taille
sous la lune d’hiver

Baishitsu

°
(p.1171 :)

sous la lune d’hiver
le vent de la rivière
affûte les rochers

Chora

au son de la voix
du faisan doré
qui ne peut dormir,
la lune est froide

Kikaku

°
(p.1172 :)

première averse d’hiver :
le bambou de la crémaillère
se balance

Seira

°
(p.1173 :)

première pluie d’hiver ;
on m’appellera
« voyageur »

Bashô

il pourrait se transformer
sous la pluie d’hiver,
ce parapluie prêté par un temple !

Buson

°
(p.1174 :)

se réveiller vivant, dans ce monde :
quel bonheur !
pluie d’hiver

Shôha

la pluie d’hiver teint
les lettres sur la pierre tombale –
tristesse

Rôka

dans le jardin neuf,
les pierres
harmonieusement posées ;
première pluie d’hiver

Shadô

°
(p.1175 :)

que de personnes
sous la pluie d’hiver
courent de l’autre côté
du long pont de Seta !

Jôsô

les porteurs de javelots
les brandissent encore
sous la pluie hivernale

Masahide

°
(p.1176 :)

marchant sous la pluie hivernale,
le parapluie
me repousse

Shisei-jo

le vent ne veut pas
que la pluie froide d’hiver
tombe au sol

Kyorai

qu’elles sont affairées
sur la mer
sous la pluie,
les voiles gonflées,
les voiles affalées !

Kyorai

°
(p.1177 :)

le pêcheur :
sa terrible intensité
dans l’averse du soir !

Buson

la pluie commence à tomber :
le couvreur de la chaumière
se retourne
et regarde la mer

Jôsô

°

p.1178 :)

la pluie souffle
dans la forêt de bambous ;
c’est le soir

Seisei

étoiles sur la mare ;
l’averse d’hiver
à nouveau
frise l’eau

Sora

les rayons du soleil penchent
d’un côté de la rivière ;
d’un nuage flottant
tombe une pluie froide

Buson

°
(p.1179 :)

un taureau à bord,
le traversier *
sous la pluie d’hiver

Shiki

* = bac / ferry …

la bruine d’hiver
imbibe tranquillement
les racines du camphrier

Buson

°
(p.1180 :)

il a plu suffisamment
pour que les chaumes dans le champ
noircissent

Bashô

froide pluie d’hiver
les taureaux sur la lande
croisent leurs cornes

Rankô



se faire saucer par la pluie d’hiver
sans kasa *,
eh bien, eh bien !

Bashô

°
(p.1181 :)

la pluie d’hiver
tombe sur l’étable ;
un coq chante

Bashô

pluie froide d’hiver;
dans la voix soumise du crapaud,
malheur et affliction

Buson

les soirées des anciens
étaient comme les miennes,
ce soir de pluie froide

Buson

°
(p.1182 :)

il pleut partout sur la terre,
et encore plus
sur mon logis

Sôgi (1420-1502)

il pleut partout sur la terre
et encore plus
sur le logis de Sôgi

Bashô

°
(p.1183 : à suivre...)

25 Haiku d’été (+ 1 de printemps + 1 d’automne) – Champs et Montagnes – Blyth – p.704-714

24 avril 2011

taiboku wo . mite modorikeri . natsu no yama

Rankô

revenant
après avoir vu un arbre gigantesque :
les montagnes d’été

taiboku wo . nagamete itari . shita-suzumi

Kyoroku

assis dessous,
je regarde
le grand arbre

natsuyama no . taiboku taosu . kodama kana

Meisetsu

un arbre géant tomba
échos et re-échos
dans les montagnes d’été

°
(p.706 :)

natsuyama ya . uguisu kigisu . hototogisu

Issa

dans les montagnes d’été
des cris d’uguisu, de faisans,
d’hototogisu

uma hoku hoku . ware wo e ni miru . natsuno kana

Bashô

je me trouve dans une peinture;
le cygne avance lentement
sur la lande estivale



uma hoku hoku . ware wo e ni miru . kokoro ka,na

Bashô

le cygne avance ;
je me sens comme
dans une peinture

je me régalai du paysage de Shosho,
y peignant même mon propre bateau

in : le Zenrinkushu

junrei no . bô bakari yuku . natsuno kana

Ishû

seules les strophes
des pèlerins traversent
la lande estivale

°
(p.707 :)

kagerô ya . tera e yukareshi . tsue no ana

Issa

vagues de chaleur ;
les trous de la canne
qui se rendit au temple

(= au printemps)

magusa ou . hito wo shiori no . natsuno kana

Bashô

un homme portant sur son dos du fourrage
comme s’il était notre guide
sur la lande d’été

taezu hito . ikou natsuno no . ishi hitotsu

Shiki

l’un après l’autre
les gens pausent sur cette pierre
sur la lande d’été

°
(p.708 :)

no wo yoko ni . uma hikimuke yo . hototogisu

Bashô

chevauchant sur la lande d’été –
« Ah, mène le cheval de ce côté ! »
là où le coucou chante

mizu funde . kusa de ashi fuku . natsuno kana

Raizan

m’éclaboussant à travers l’eau,
frottant mes pieds sur l’herbe –
la lande l’été !

°
(p.709 :)

oroshioku . oi ni nae furu . natsuno kana

Buson

l’autel à peine installé
vacilla sous un tremblement de terre
sur la lande d’été

yukiyukite . koko ni yuki yuku . natsuno kana

Buson

encore et encore,
maintenant, ici-même, encore et encore
sur la lande d’été

°
(p.710 :)

kôya yuky . mi ni chikazuku ya . kumo no mine

Buson

marchant sur la vaste lande déserte,
les nuages imposants
se rapprochent

atsuki hi wo . umi ni iretari . mogami-gawa

Bashô

la rivière Mogami
a précipité le Soleil brûlant
dans l’Océan

°
(p.711 :)

hikuki ki ni . uma tsunagitaru . natsuno kana

Shiki

un cheval attaché
à un arbre bas
sur la lande d’été



natsukawa wo . kosu ureshisa yo . te ni zôri

Buson

quel bonheur
que de traverser cette rivière d’été
les sandales à la main !



natsukawa ya . uma tsunagitaru . hashibashira

Shiki

rivière d’été ;
un cheval attaché
au pilier du pont

°
(p.712 :)

natsukawa ya . hashi aredo uma . mizu wo yuku

Shiki

rivière d’été –
il y a un pont
mais le cheval traverse à gué



bajô yori . tazuna yurumeru . shimizu kana

Shiki

à cheval
je détendis les rênes –
l’eau claire !

natsukawa ya . chûryû ni shite . kaerimiru

Shiki

rivière d’été –
à mi-courant,
regardant derrière

watarikakete . mo no hana nozoku . nagare kana

Bonchô

à mi-courant,
admirant
les lenticules

°
(p.713 :)

atozama ni . kouo nagaruru . shimizu kana

Kitô

les petits poissons
reculant
dans l’eau claire

soko no ishi . ugoite miyuru . shimizu kana

Sôseki

les pierres du fond
semblent bouger ;
eau claire



nowaki fukedo . ugokazaru . kumo takashi

Rogetsu

la tempête d’automne fait rage
mais haut dans le ciel
les nuages sont immobiles

(= en automne)

°
(p.714 :)

kiyo-taki ya . nami ni chirikomu . aomatsuba

Bashô

une cascade claire ;
dans les rides tombent
des aiguilles de pin vertes

(N.d.T. : Ce haïkaï est le dernier auquel Bashô travaillait, à sa mort.)

°
(à suivre, p.715-)

20 HAIKU de printemps – Blyth – p.556-561 (Arbres et fleurs)

15 janvier 2011

°
(p.556-640 :)
ARBRES ET FLEURS

tsubaki ochi . tori naki tsubaki . mata ochiru

Baishitsu

une fleur de camélia tombe;
un coq chante;
une autre tombe

tori naite . akaki ko-no-mi wo . koboshikeri

Shiki

des oiseaux chantent
et font tomber
des baies rouges

hitotsu ochite . futatsu ochitaru . tsubaki kana

Shiki

un tombe –
deux tombent –
camélias

(note de R.H. Blyth : « Plus le verset devient simple, plus le sens est fort, pur et profond. »)

ochizama ni . mizu koboshikeri . hana tsubaki

Bashô

la fleur du camélia
tombe,
renversant son eau

°
(p.557 :)

oto nashite . tatami e ochiru . tsubaki kana

Shirao

la fleur de camélia
tombant sur le tatami
produit un son

hakisôji . shite kara tsubaki . chiri ni keri

Yaha

après qu’on a
nettoyé le jardin,
quelques camélias tombent

ochinan wo . ha ni kakaetaru . tsubaki kana

Shôha

La fleur de camélia
allait tomber,
mais se prit dans ses feuilles

°
(p.558 :)

mizu irete . hachi ni uketaru . tsubaki kana

Onitsura

y versant de l’eau,
le vase reçut
le camélia

nagare ezaru . mizu no yodomi no . tsubaki kana

Shiki

dans le marigot,
l’eau qui ne pouvait s’écouler ;
des camélias

°
(p.559 :)

shrotsubaki . otsuru oto nomi . tsukiyo kana

Rankô

toute la soirée un seul bruit :
la chute
des fleurs blanches de camélia



akatsuki no . tsurube ni agaru . tsubaki kana

Kakei

à la surface du seau du puits
à l’aube,
un camélia

yanagi ari . funematsu ushi no . nisanbiki

Shiki

un saule –
et deux ou trois vaches
attendant le bateau

°
(p.560 :)

kishi kuzurete . kouwo tamarinu . kawayanagi

Shiki

où la falaise s’est affaissée
des petits poissons s’assemblent
sous le saule de la rivière



hashi ochite . ushiro samushiki . yanagi kana

Shiki

le pont est tombé;
sous le saule,
il fait seul



machi-naka wo . ogawa nagaruru . yanagi kana

un cours d’eau
traversant la ville
et les saules tout du long

°
(p.561 :)

massugu ni . horiwari tôki . yanagi kana

Shiki

dans la distance
la ligne droite du canal
et les saules

ômon ya . yanagi kabutte . hi wo tomosu

Shiki

allumant les lampes
de la Grande Porte,
un saule au-dessus de lui

shigohon no . yanagi torimaku . koie kana

Shiki

quatre ou cinq saules
entourant
une petite maison

ara ao no . yanagi no ito ya . mizu no nagare

Onitsura

Comme ils sont verts
les fils du saule
sur les eaux glissantes !

hito-gomi no . naka e shitaruru . yanagi kana

Rôka-Shônin

tombant
au milieu de la foule,
les branches du saule

°
(suite, p. 562-)

30 HAIKU + 1 waka DE PRINTEMPS – oiseaux et animaux – Blyth, p.490-500

26 octobre 2010

°
(p.490) :

uguisu no . achi kochi to suru ya . koie gachi

Buson

l’uguisu
volant ici et là
parmi quelques petites maisons

°

uguisu ya . yanagi no ushiro . yabu no mae

Bashô

l’uguisu !
derrière le saule,
devant le bosquet

°
(p.491 :)

mujinkyô . uguisu niwa wo . aruki keri

Shôha

l’uguisu marcha
dans le jardin,
royaume non habité par l’homme

°

aujourd’hui tombe la pluie du printemps ;
dehors dans le jardin tranquille,
les pétales des cerisiers
tombent et se dispersent d’eux-mêmes

(: waka de l’Empereur Meiji)

°

ie ni arade . uguisu kikanu . hitohi kana

Buson

n’étant pas à la maison
n’ayant pas entendu l’uguisu
de tout un jour

°
(p.492 :)

waga yado no . uguisu kikan . no ni idete

Buson

sortant sur la lande
j’écouterai
notre uguisu

°

kuru mo kuru mo . heta uguisu zo . ore ga kaki

Issa

ils viennent et viennent
mais sont tous de pauvres chanteurs,
les uguisu de ma barrière !

°

kuwa no e ni . uguisu naku ya . koume-mura

Issa

village du Petit-Prunier :
un uguisu chante,
perché sur le manche d’une houe

°

uguisu ni . hinemosu tôshi . hata no hito

Buson

l’homme au champ ;
tout le jour
les uguisu lointains

°
(p.493 :)

uguisu no . hito naki hata ni . tône kana

Ryôta

un champ vide ;
la voix lointaine
de l’uguisu

°

uguisu ya . cha-no-ki-batake no . asa-zuki-yo

Jôsô

la plantation de thé
sous la lune de la première aube ;
un uguisu chante

°

uguisu ni . temoto yasumen . nagashimoto

Chigetsu

arrêtant ce que je fais
à l’évier :
la voix de l’uguisu !

« Chigetsu, morte en 1705, était la meilleure poétesse de l’école de Bashô. (…)  » R.H. Blyth

°

uguisu no . nakeba naniyara . natsukashiu

Onitsura

l’uguisu chante,
et mon coeur s’emplit
d’une vague envie

°
(p.494 :)

uguisu no . magetaru eda wo . kezuriken

Kikaku

Il doit avoir raboté
la branche
pliée par l’uguisu

°

uguisu no . kyôdai zure ya . onaji koe

Issa

Les uguisu –
sont-ils frères ?
la même voix !

°

uguisu o . koe tôki hi mo . kure ni keri

Buson

tout le jour les voix des uguisu
lointaines ; ce jour aussi
finit

°
(p.495 :)

uguisu ya . gozen e detemo . onaji koe

Issa

L’uguisu !
même devant sa Majesté,
la même voix !

°

asagoto ni . onaji hibari ka . yane no sora

Jôsô

chaque matin
dans le ciel au-dessus de mon toit
est-ce la même alouette ?

°
(p.496 :)

asakaze ya . tada hito-suji ni . age-hibari

Ryôta

dans la brise matinale
s’élèvent les alouettes,
d’un seul coeur

°

nagaki hiwo . saezuri taranu . hibari kana

Bashô

tout le long jour –
et cependant pas assez pour l’alouette,
chantant, chantant

°

yabujiri wa . mada kurai zoyo . naku hibari

Issa

ah, alouette qui chante !
la toute fin du bosquet
est toujours dans l’ombre

°
(p.497 :)

ariake ya . ame no naka yori . naku hibari

Issa

aurore :
l’alouette chante
du milieu de la pluie

°

ko ya matan . amari hibari no . taka-agari

Sampû

tes enfants vont attendre,
alouette
si haut dans le ciel !

°

shirakumo no . ue ni koe aru . hibari kana

Kyoroku

Voix
au-dessus des nuages blancs :
alouettes

°
(p.498 :)

kuma mo naki . sora ni kakururu . hibari kana

Rikuto

l’alouette
se cache
dans l’étendue de ciel bleu

°

haranaka ya . mono nimo tsukazu . naku hibari

Bashô

au milieu de la plaine
chante l’alouette
libérée de tout

°
(p.499 :)

kojima nimo . hatake utsunari . naku hibari

Issa

même sur une petite île
un homme labourant un champ,
une alouette chantant au-dessus

°

aomugi ya . hibari ga agaru . are sagaru

Onitsura

l’alouette s’élève
l’alouette tombe –
comme est vert l’orge !

°

kawabune ya . hibari nakitatsu . migi hidari

Rankô

le bateau fluvial ;
des alouettes s’élèvent, chantent,
à gauche, à droite

°
(p.500 :)

kumo ni nami . tatete saezuru . hibari kana

Seien

l’alouette chantant
ride
les nuages

°

kôsaku no . no wa shizumarinu . yûhibari

Kiin

dans les champs de labeur
tout est calme;
alouettes au soir

°

(à suivre : p.501- )

22 Haïkus tirés de R.H. Blyth vol II Printemps (p.404-441)

15 octobre 2010

PRINTEMPS –Le ciel et les éléments – p. 404-441


(p.404) :

korekiri to . miete dossari . haru no yuki

Issa

Comme si c’était tout,
Il en tomba beaucoup –
Neige de printemps.



akebono ya . mugi no hazue no . haru no shimo

Onitsura

L’aube du jour;
Au bout de la feuille d’orge
le gel du printemps.

suppon mo . toki ya tsukuran . haru no tsuki

Issa

La tortue aussi
peut dire l’heure,
cette lune de printemps !


(p.406) :

asakawa ya . nabe susugu te ni . haru no tsuki

Issa

la face de la lune –
douze ans d’âge, à peu près,
je dirais !

oborozuki . kawazu ni nigoru . mizu ya sora

Buson

sous la lune embrumée,
l’eau et le ciel obscurcis
par la grenouille


(p.407) :

ushi-beya no . ushi no unari ya . oborozuki

Shiki

meuglement de la vache
dans l’étable
sous la lune brumeuse

kawa-shimo ni . ami utsu oto ya . oborozuki

Taigi

en aval de la rivière
le bruit d’un filet jeté;
lune brumeuse


(p. 408):

izakaya no . kenka mushidasu . oborozuki

Shiki

la querelle dans le débit de vins
reprend,
sous la lune brumeuse

onna oute . kawa watarikeri . oborozuki

Shiki

portant une fille
pour traverser la rivière;
la lune brumeuse


(p.409) :

ume ga ka no . tachinoborite ya . tsuki no kasa

Buson

le halo de la lune –
n’est-ce pas l’odeur des fleurs de prunier
qui s’élève jusqu’au ciel ?

kagerô ya . ume chirikakaru . ishi no ue

Shiki

vagues de chaleur;
les pétales du prunier en voletant
descendent sur les pierres

kagerô ya . konogoro dekishi . koishi-michi

Shiki

vagues de chaleur
du sentier de gravier
récent

(p.410) :

kagerô ya . horohoro ochiru . iwa no suna

Tohô

vagues de chaleur;
le sable du rocher
tombe par à-coups



kagerô ya . hito-kuwa-zutsu ni . tsuchi kusaki

Rankô

vagues de chaleur ;
quelle odeur de terre
à chaque coup de la houe !

kagerô ya . sanzen gen no . ie no ato

Shiki

(Du grand incendie de Kanda :)

les vagues de chaleur
des ruines
de trois mille maisons

kagerô ya . hakisute gomi no . zeni ni naru

Issa

vagues de chaleur ;
de la poubelle nettoyée,
de l’argent !


(p.411)

kagerô ni . kodomo asobasu . kitsune kana

Bonchô

la renarde
laisse ses petits jouer
dans la vague de chaud

kasa de suru . saraba ya . usugasumi

Issa

avec leur kasa *:
au-revoir, au-revoir !
dans la brume fine

* « un kasa est une sorte de parapluie, fait de lamelles de sauge, de lamelles de bambou, ou de l’enveloppe extérieure de pousses de bambou. » (R.H. Blyth).


(p.412) :

komabune no . yorade sugiyuku . kasumi kana

Buson

le bateau coréen
ne s’arrête pas, mais passe
dans la brume


(p.413) :

futamatani . narite kasumeru . nokawa kana

Shirao

se divise
dans le brouillard
la rivière de la lande

hoku hoku to . kasunde kuru wa . donata kana

Issa

clic, clac,
l’homme qui vient dans la brume,
qui est-il ?



kasumi keri . yama kie-usete . tô hitotsu

Shiki

il s’embrume,
les montagnes s’estompent et disparaîssent :
un seul stupa *

* « tumulus ou montagne funéraire en forme de dôme, contenant les restes d’un défunt… »


(p.414 : à suivre…)

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HAIKU de Blyth vol.II Le Printemps 2)

23 février 2010

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niwatori no
tsuchi ni mi wo suru
haru-hi kana

la poule
s’enfouit dans la terre;
jour de printemps

Rankô.

Un tel verset peut être considéré d’un côté avec l’emphase sur la volaille, sa nature, ses habitudes. Si ça ne va pas plus loin, ce n’est guère plus que de l’ornithologie, aussi plaisant et intéressant que ça puisse être. De l’autre côté, on peut prendre la poule qui se couvre de terre sèche et chaude comme un symbole du printemps, du jour de printemps. La vérité, cependant, est que nous devons prendre les choses différemment, de sorte que dans les poules mêmes nous voyons à la fois les poules et leur « poulitude », et la poule en tant que tout le printemps, et ce qu’il signifie en tant que printemps. C’est seulement ainsi que nous pouvons vraiment comprendre la poule en l’envisageant comme l’incarnation du printemps. C’est seulement ainsi que nous pouvons vraiment comprendre le printemps en le voyant comme l' »esprit de la poule ». La même chose s’applique à des strophes telles que la suivante, de Shiki :

hikuki ki ni
tobi no oriiru
haruhi kana

Un cerf-volant
tombé dans un arbre bas;
jour de printemps

yado no haru
nanimo naki koso
nanimo are

Dans ma hutte ce printemps
Il n’y a rien –
Il y a tout !

Sodô.

Ceci est poésie seulement si nous le prenons comme un jet spontané de sentir quelque nouvelle expression particulière de la signification infinie des choses. Une souris court sur le tatami, et l zoo tout entier ne peut pas manifester plus de vie ! Le mildiou couvre un vieux morceau de cuir, et le mystère et le pouvoir de la nature sont révélés. La « philosophie » du verset peut être illustrée par un poème d’Hakurakuten :

Jour d’été

La fenêtre de l’est n’est pas chaude au crépuscule ;
À travers la fenêtre du nord s’en vient une brise fraîche.
M’asseyant ici, m’appuyant là,
Je n’ai pas quitté la pièce de tout le jour ;
Mais si l’esprit par essence n’est attaché à rien,
Chez soi ou à l’étranger, c’est du pareil au même.

Cela provient de Rôshi, chapitre 47. Du sage, il dit :

 » Sans sortir de chez lui, il connaît tout du monde ; sans regarder par sa fenêtre, il connaît la Voie du Ciel. Plus nous nous éloignons, moins nous apprenons. Ainsi le sage sait en n’allant pas, perçoit en ne voyant pas, fait en ne faisant pas.  »

L’expression zen de la strophe de Sodô est plus laconique et meilleure :

Rien n’existe de par soi-même.

Ce Mugaku exprime de cette manière étrange mais profonde :

Je pensais
Que j’aimerais
Te donner quelque chose –
Mais dans la secte de Daruma,
nous ne possédons absolument rien.

daibutsu no
utsura-utsura to
haruhi kana

Le Grand Bouddha
somnole, somnole
tout ce jour de printemps

Shiki.

La figure du Bouddha assis (à Kamakura ou Nara) est le sujet ostensible du verset de Shiki, bien qu’il n’en soit pas le sujet réel. La figure imposante, impassible, aux yeux presque clos, semble endormie, à moitié vivante seulement. Elle exprime à sa manière quelque chose du calme d’un jour printanier, sa longueur, sa tranquillité, son imobilité et son caractère bienveillant. Ceci, une fois de plus, vient de l’état d’esprit du poète, dont la léthargie et la tranquillité en harmonie avec celle du Bouddha et du jour printanier, s’expriment à travers eux, et eux, à travers lui.
Le Bouddha est parfois printemps, parfois été, parfois automne, parfois hiver, et il est donc le sujet de chaque conversation, de chaque strophe.

kobune koide
ôbune meguru
haruhi kana

jour printanier :
un petit bateau faisant le tour
d’un grand (vaisseau)

Shiki.

Ici, comme dans la strophe précédente, la taille du gros bateau, soulignée par celle du petit, sa lenteur, l’animation joyeuse et calme de la scène, tout exprime quelque chose de la nature du printemps et de l’homme.
Moins réussi, parce que disant plus par les mots ce qui devrait être appréhendé malgré les mots :

haru no hi ya
hito nanimo senu
komura kana

Jour printanier ;
Pas une âme ne bouge
dans le hameau

Opposez cela au verset suivant :

sanjaku no
niwa wo nagamuru
haruhi kana

Admirant
un jardin de trois pieds
un jour de printemps

Un jardin japonais minuscule, comme on peut en trouver partout dans les grandes villes du Japon, exprime la complétude, la monotonie, le calme, l’intimité d’un jour de printemps. Ainsi Shiki a-t-il énoncé le sens du printemps, ce qu’il est réellement, grâce à la grande figure du Bouddha, deux bateaux, un village etun jardin miniature. Bien que chaque chose soit elle même, et seulement ça, son essence cependant ne peut s’exprimer que par quelque chose d’autre, par toutes les autres choses.

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(à suivre, p.381)