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Compte-rendu du kukaï de Paris n° 76

17 mars 2013

Compte-rendu du kukaï (# 76) du 16 mars 2013.

En présence de 11 (puis 12) personnes (dont 3 nouvelles), 29 haïkus ont été échangés.
24 d’entre eux ont obtenu une voix – ou plus :

°

Avec 4 voix :

Arbres élagués –
leurs moignons torves
griffent le brouillard

: Danièle Étienne-Georgelin ;

dans la penderie
trois gants
de la main gauche

: Daniel Py ;

et :

Juste assez de neige
pour écrire leurs noms
– deux amoureux

: Patrick Fetu.

°

Avec 3 voix :

Comme il penche
le panneau « Sens interdit »
– rires d’enfants

: Paul de Maricourt ;

un monument
tout neuf
dans le village
un peu mort

: Daniel Py ;

et :

Un trait de pinceau –
Naissance d’un saule
sur la toile

: Isabelle Ypsilantis.

°

Avec 2 voix :

aquagym :
juste au niveau de l’eau
son rire en canard

: Daniel Py ;

Comme un air d’opéra
dans la cuisine –
Tournedos Rossini

: Minh Triêt Pham ;

Concert de printemps
Les chaussettes du violoniste
En laine

: Gilbert Stern ;

Étrange rencontre –
Des bouddhas sur le rivage
roulés par les vagues *

: Isabelle Ypsilantis ;

* Île de Putuoshan, Chine.

fumette –
toute la nuit
le voisin hilare

: Valérie Rivoallon ;

Île Pisse-Vinaigre *
un charivari de bernaches
débarquées sans papiers

: Roselyne Fritel ;

* Champigny-sur-Marne, (par le RER A !)

premier kukai –
il est temps de me mettre
au sport d’équipe

: Minh Triêt Pham ;

et :

Rousse à souhait
la feuille sèche dévale
la Promenade des Anglais

: Roselyne Fritel.

°

Avec 1 voix :

Chutes de neige
La maison de campagne
Enfile son écharpe

: Oriane Obendorfer ;

Concert de printemps
Les pantalons du premier violon
trop courts

: Gilbert Stern ;

Givre sur la vitre –
Goût de miel et de citron
sur les papilles

: Isabelle Ypsilantis ;

La pluie
sur sa frimousse
épouse ses larmes.

: Patrick Fetu ;

meurt un tournesol
sur le bord de la fenêtre –
crépuscule d’automne

: Minh Triêt Pham ;

noir total –
seul le silence ose
y pénétrer

: Valérie Rivoallon ;

Poète des rues
entre deux verres
il en déclame d’autres.

: Patrick Fetu ;

sous
sa poitrine – son cœur
immobile

: Valérie Rivoallon ;

Temps glacial
les hérons à leur poste
de l’eau à mi-jambe

: Roselyne Fritel ;

et :

Une bicyclette
dans le brouillard épais,
sa musique va…

: Danièle Étienne-Georgelin.

°°

Quelques livres y ont été vendus/achetés :

La Valise entr’ouverte’ ( : 1ère anthologie du kukaï de Paris)
Aware – Une introduction au haïku’ (de Betty Drevniok)
Tierra de nadie’ (de Salim Bellen),
tous trois aux éditions Unicité.

Quelques projets de publications prochaines (avril – juin 2013) ont été évoqués :

– ‘Le Singe renifle en décembre – et autres textes’ : Haïbuns de Salim Bellen, éd. Unicité- Afah (avril 2013);
– ‘Enfansillages 2’, éd. Unicité (mai 2013);
– un recueil de haïkus de Valérie Rivoallon, éd. Unicité (mai 2013);
– ‘Le Haiku moderne en anglais – et autres haïkus de George Swede’, illustrations de Serge Tomé, éd. Unicité (juin 2013);
– ‘Fleurs du Silence’ haïkus de Philippe Bréham, éd. San (avril 2013);
– Un recueil de haïkus de Monique Serres, éd. Pippa (mai 2013);
– un recueil de haïkus (autour de la musique) de Daniel Py, éd. Pippa. (juin 2013)

: un riche printemps haïkiste en perspective !

°

Nos prochaines dates pour le kukaï de Paris :

6 avril,
18 mai,
8 juin,
29 juin.

°

Merci à tou(te)s !

Daniel.

°

Publicités

AWARE – B.Drevniok – p. 42-46

9 mai 2011

°
(p.42)
Quand se produit une expérience-haïku, le poète de haïku voit, entend, respire, touche et / ou goûte, et / ou sent – le froid, le chaud, etc. – quelque chose dans la vie de chaque jour « ici et maintenant » et répond immédiatement avec une émotion « ici et maintenant », en d’autres mots, « au présent ». Quand il écrit un haïku, le poète nomme simplement les images et / ou les sensations : la réalité de l’expérience (mais pas l’émotion elle-même !) dans une langue ordinaire, simple, directe, et l’écrit dans l' »ici et maintenant » : « au présent ».
L’expérience-haïku a lieu dans le présent.
(p.43)
Elle doit s’écrire AU PRESENT !

Mais il peut y avoir une expérience-haïku enfouie dans la mémoire du poète. Quelque chose la réanime au présent. Cela, aussi, peut devenir un véritable haïku et s’écrire comme s’il se produisait « ici et maintenant ». Ne rejetez pas un instant-souvenir. Profitez-en aussi !

vue montagneuse :
même cette vieille maison
penche dans le vent

Makato

(p.44)

Le haïku ne raconte pas une histoire née dans l’imaginaire de l’auteur.
Le moment-haïku est une expérience réelle et l’objectif principal du haïku est de recréer les circonstances qui suscitèrent l’émotion du poète.
Après avoir écrit le haïku, le poète le propose au lecteur.
Le lecteur se le représente dans son propre esprit, voit ce que vit le poète, entend ce que le poète entendit, etc. comme dans un « rêve éveillé », si l’on veut, et ressent quelque chose de ce que le poète ressentit.
En se plaçant dans les mêmes conditions, le lecteur réagit avec sa propre émotion qui peut être – mais pas forcément – la même que celle du poète.
Le haïku est la forme la plus courte de pure poésie.
Poète et lecteur sont ensemble pour voir et expérimenter un instant du temps : le PRESENT ETERNEL.
(p.45)
REPONSES-HAÏKU
(p.46)
Dans le « voyage du haïku », la première « réaction » à un instant-haïku que vous avez appris à écrire, a été le « haïku d’image(s) ». Bien sûr il y a d’autres « réactions ».
Très souvent, ce qui vous touche, comment cela vous touche, et votre manière d’y réagir, deviennent haïku – d’une catégorie « basique ». Par exemple, les deux parties d’un « haïku d’images » ne font appel qu’à un de vos sens : la vue… Mais les deux parties d’un autre haïku peuvent être totalement différentes : une partie faisant appel à la vue, l’autre partie n’importe quel autre sens… ou une partie utilise n’importe quel sens et l’autre est le « sentiment de la nature ». Il y en d’autres encore ! Quelques « réponses » se placent très facilement, d’autres ne se catégorisent pas si aisément !
(p.47, à suivre…)

AWARE – B.Drevniok – p.37-41

8 mai 2011

(p.37)
L’expérience-haïku est un événement particulier, unique, que l’on écrit comme tel.
C’est ce qui survient en cet endroit-ci, à ce moment-ci, comme Bashô est supposé l’avoir dit.
De cette affirmation nous déduisons que c’est quelque chose qui fait partie de la vie de tous les jours, quelque chose qui, pendant un moment attire l’attention du poète et lui fait regarder à neuf, en s’exclamant « Ah ! », en un souffle aspiré de délice ! de découverte ! de « réalisation » !
Mais ce qui attire le poète n’est jamais isolé. Ce « quelque chose » qui attire l’attention du poète est toujours perçu dans le contexte de « quelque chose d’autre » ! : ce « quelque chose d’autre » qui fait ressortir une qualité qui attira le poète en premier
(p.38)
ce « quelque chose » avec lequel il peut être
COMPARE
CONTRASTE ou
ASSOCIE
d’une manière ou d’une autre.
Dans le haïku, le QUELQUE CHOSE et le QUELQUE CHOSE D’AUTRE sont exposés ensemble avec des images clairement définies. Ensemble, elles se complètent et se réalisent en tant qu’UN EVENEMENT PARTICULIER.

lumière brillante du soleil
à travers les érables d’automne
un aperçu du lac

: Makato

(p.39)
En utilisant ce principe : celui de la COMPARAISON, du CONTRASTE ou de l’ASSOCIATION internes, le poète exprime une relation observée entre deux choses, une juxtaposition qui crée le pivot sur lequel la pensée du lecteur tourne et s’élargit. On peut définir la juxtaposition ainsi : deux sujets non relatés auxquels le poète fut sensible, sont comparés, contrastés ou associés au sein d’un haïku. Cet exposé bref de la scène, de l’événement, révèle différents aspects de la réalité, joints dans la relation mystique de deux images ou / et sensations : deux phénomènes appartenant au même instant, qui sont appréciés au même instant, appréciés différemment au même instant, chacun desquels existe par lui-même.
Ensemble ils montrent une unité insoupçonnée d’harmonisation. Pensez aux deux faces d’une même pièce : une image d’un côté, une image de l’autre, unis par le cercle liant de l’instant du temps dans lequel se produisit l’expérience-haïku.

ombres de nuages soufflées par le vent :
derrière les montagnes,
des montagnes

: Makato

(p.41)
Dans le haïku japonais classique
il n’y avait pas de ponctuation.
A la place étaient utilisés des signes verbaux de ponctuation appelés « kireji », « mots de coupe ». Ils indiquaient un point final, ou la pause qui sépare le haïku en deux parties de 5 et 12 caractères ou de 12 et 5 caractères. Les mots-de-coupe eux-mêmes ne spécifiaient pas la relation qu’il pouvait y avoir entre les deux parties du haïku, mais créaient le déséquilibre classique d’éléments asymétriques, plaisants à l’oeil et à l’oreille.
La langue anglaise n’a pas d’équivalents au « kireji ». La plupart des poètes de haïkus utilisent la ponctuation anglaise appropriée pour marquer les pauses, les coupures ou les arrêts. Pour plus d’informations, reportez-vous à la page 20.
(p.42- à suivre)

AWARE – B. Drevniok – p.27-31

6 mai 2011

°
(p.27)
La tradition du haïku
(p.28)
La « tradition-haïku » est un bref synopsis de l’origine, de la forme, des caractéristiques et de la technique d’écriture du haïku.
Vous avez fait vos premiers pas dans le « voyage-haïku ». Voici un résumé augmenté de quelques faits = un sommaire de ce poème appétissant : le haïku.
(p.29)
Le haïku est :

court, non rimé, imagé et objectif, c’est une sorte de poème de la nature évocateur, qui suggère plus qu’il ne dit.
Il s’est développé au Japon à travers des siècles, jusqu’à – et y compris – aujourd’hui.
Des marchands et des visiteurs du Japon rapportèrent le haïku d’abord en Europe, puis aux USA, où il est maintenant florissant.
Le mot HAÏKU vient de l’expression « haikai renga no hokku », qui signifie « verset de départ d’un long poème lié ». A l’évidence, le poète Shiki créa le mot télescopé HAIKU pour signifier « haika no ku », « couplet haiku », écrit séparément, ne faisant pas partie du plus long « renga », mais qui retenait les caractéristiques du verset de départ du renga, et tout particulièrement le « mot de saison ».
(p.30)
L’expérience-haïku, elle-même, est universelle.
Elle est un moment dans le temps et l’émotion de ce moment.
A cause des grandes différences entre les langues japonaise et anglaise, on ne peut pas écrire le haiku en japonais et celui en anglais sous exactement la même forme.
Cependant, le haïku en anglais doit exprimer l’expérience-haïku, sinon on ne peut pas considérer que c’est du haïku.
(p.31)
La poésie occidentale et le haïku sont très différents l’un de l’autre.
« Dans la littérature occidentale, l’expérience poétique PLUS les réactions intellectuelles et émotionnelles du poète EGAL le poème achevé. Dans le haïku, l’expérience d’origine MOINS la réaction personnelle du poète EGAL le haïku terminé. » (citation du Poème sans Mots du Docteur Eric Amann [voir éd. gammes, 2006, trad. D.Py]).
Ainsi, le haïku se présente d’une manière unique, donnant au lecteur l’expérience même, à travers images et sensations qui montrent sa réalité dans un langage concret et objectif, sans explications ni commentaires subjectifs.

°
(à suivre, p.32-)

AWARE de Betty Drevniok – p. 22-27

4 mai 2011

°
(p. 22)

Quelques derniers mots :

Le haïku de Makato est un « haïku-image » ; pas seulement une « jolie » image, mais une expérience-haïku.
Comme je l’ai écrit précédemment, l’expérience-haïku est réelle !
Le monde / la nature s’étend et nous touche.
On y répond avec émotion.
Il n’y a pas de mots – que le toucher, que la réponse…
Puis vous décidez de vous souvenir de cet instant…
Ecrivez-le – Ecrivez-le d’une manière spéciale, la manière-haïku – en nommant (en ne décrivant pas) les vrais détails de cette expérience-haïku de la manière même dont elle s’est produite.
Si vous examinez votre instant-haïku, vous trouverez qu’il y a une progression chronologique de l’évènement.
(p.23)
Un élément touche en premier, puis un autre se dévoile.
Dans le poème-haïku, ces mêmes éléments toucheront, de nouveau, de la même manière, mais cette fois-ci pour toucher le lecteur.
N’ajoutez pas de mots qui changeront l’expérience originelle. Si vous faites cela, cela devient une expérience différente.
C’est la « manière de mettre en mots », comme dit le vieux dicton, qui fait le haïku.
Vous, poète, devez « créer » avec des mots, afin de « re-créer » l’expérience-haïku, la réalité qui a donné naissance à votre émotion première.
Cela demande de l’habileté et du métier pour partager un un moment de profond sentiment, de vision, sans détailler cette émotion dans le poème.
(p.24)
Quelques haïkus se font aussi rapidement que se produit le « moment ».
D’autres requièrent écriture et ré-écriture…
Mais, indépendamment de la quantité de pensée mise en oeuvre pour sélectionner et arranger les mots dans le haïku, la version finale doit paraître sans effort et spontanée

Ecrire du haïku
est véritablement
de l’ART !

(p.25)
Post-scriptum pour les professeurs :

En suivant les grandes lignes du « voyage-haïku », vous tenez une méthode pour enseigner le haïku à vos élèves :
1) Après une discussion des premières pages, laissez-les « ouvrir la porte et sortir ». Emmenez-les faire une « marche-haïku ».
2) Dans la session de classe suivante, distribuez, ou faites apporter un « carnet de bord ».
Parlez de quoi y écrire à la suite de leur première « balade-haïku ».
3) Refaites une « balade-haïku ». Cette fois-ci, chacun(e) écrit ses propres expériences-haïku dans son journal.
4) Dans une autre séance en classe,
(p.26)
discutez de la manière d’écrire un haïku, d’après les notes de chacun(e).
5) Laissez-les ECRIRE, ECRIRE ! Et laissez ceux qui désirent illustrer leur haïku le faire, créant ainsi un haïga (= haïku + image ensemble). Laissez-les faire des dessins, prendre des photos, des empreintes de la nature, etc.
6) Faites une exposition du projet de classe : « Le voyage-haïku » et, si possible, enregistrez le tout et donnez à chaque élève un livret du « voyage-haïku » en souvenir, et pour l’inspiration…
(p.27)
LA TRADITION DU HAÏKU
(p.28)

(à suivre…)

AWARE – B. Drevniok – p.17-21

29 avril 2011

°
(p.17)
La caméra s’arrête sur la bouteille. Un gros plan montre les gouttes de rosée autant que la clarté de la bouteille même, intérieur et extérieur reflétant reflétant la lumière du soleil.
Le film ne dit pas ce que le cameraman ressent. Il présente la réalité de ce qu’il ressent.
Le haïku ne dit pas ce que l’écrivain ressent. Il présente la réalité de ce qu’il ressent.
Et l’esprit du lecteur va et vient entre les deux images, créant une scène mentale : la réalité à laquelle il/elle répond.(p.18)
Revenons au haïku : les deux images sont montrées; elles ne sont ni expliquées ni décrites en détail.
Où pendent les gouttes de rosée n’est même pas mentionné.
L’émotiion de l’écrivain n’est ni expliquée ni décrite.
Tout est « coupé » au minimum : « le minimum le plus maximal », pour donner au lecteur juste ce qu’il faut.
Chaque mot importe.
Ainsi que dans vos notes (de votre « journal de bord ») votre haïku, aussi, doit conteir assez de mots pour que le lecteur puisse reconstruire l’instant-haïku.
Si le lecteur est perplexe, il/elle tournera vite la page, ne comprenant pas du tout le haïku, parce qu’il est trop bref – juste un fragment de l’instant-haïku.
Le rapport auteur-lecteur est absolument nécessaire.
Vous devez écrire assez pour que le lecteur lise assez pour pouvoir partager la réalité – partager l’émotion…
(p.19)
En même temps, vous ne devez pas imposer vos pensées à votre lecteur. Un haïku s’écrit pour que le lecteur expérimente lui aussi cet instant-haïku.
Ecrivain et lecteur sont ensemble – indépendants l’un de l’autre, admirant la même chose représentée dans le haïku.
Pour le lecteur, les mots eux-mêmes deviennent les images / actions, de nouveau, au moment où il (/ elle) les lit.
Le poète de haïku ne dit pas au lecteur ressentir. C’est le propre état de conscience du lecteur qui dirige son émotion comme il (/ elle) pénètre l’instant-haïku, l’expérience-haïku.
Ce que le haïku signifie pour le lecteur est le sens du haïku, maintenant. Il appartient donc également au poète et au lecteur, mais différemment…
(p.20)
La PONCTUATION
est utilisée avec modération dans le haïku.
Les sauts de lignes doivent être naturels et logiques, à la fin des pensées ou des phrases (non « enjambées » : ce qui signifie de couper les lignes à des endroits bizarres pour respecter le vieux compte strict de 17 syllabes – 5/7/5.).
Décidez de vouloir – ou non – utiliser la ponctuation. Vous pourrez, bien sûr, indiquer simplement les pauses en fin de ligne. Cependant, la ponctuation anglaise peut aider à exprimer ce que le poète de haïku veut indiquer…

Les signes de ponctuation les plus fréquents utilisés dans le haïku anglais sont :
(p.21)
– le tiret (« -« ) : utilisé en fin de ligne pour
a) indiquer un contraste fort entre objet ou événement, avant et après.
b) appuyer différents aspects du même sujet.
– le point-virgule (« ; ») : indique que l’emphase est plus ou moins aussi forte dans les deux parties.
– les deux points (« : ») placent l’emphase sur ce qui va suivre.
– la virgule (« , ») indique une légère pause; sépare les éléments d’une série, etc.
– l’ellipse / les points de suspension (« … ») marquent une pensée, une pensée qui continue ou le passage du temps.
– le point d’exclamation (« ! ») exprime la surprise soudaine.
– le point (« . ») termine tout. Rarement utilisé, il est quelquefois approprié.
(p.22)

(à suivre.)

AWARE – B. Drevniok – p.12-16

28 avril 2011

°
(p.12)
Explication :

De vos notes, prenez deux images, deux choses complètement sans rapport, distinctes, que vous VOYEZ dans votre instant-haïku, deux choses qui co-existent dans un même laps de temps, à la même saison, dans le même monde.
Ensemble, dans une combinaison surprenante, elles révèlent un aspect de la réalité, complètement différente de ce qu’elle sera jamais.
Je vous donne un exemple : Supposez que vous êtes MAKATO et, relisant vos notes, vous vous souvenez d’une promenade d’un matin d’été – le soleil si chaleureux, tout étant couvert de gouttes de rosée réfléchissant la lumière. Pour votre première ligne, écrivez : « gouttes de rosée, partout… »
Cela campe la scène et donne une idée large d’une saison, une saison de temps chaud et d’une sorte particulière d’humidité, l’humidité « gouttes-de-rosée ».
(p.13)
Une image, « quelque chose » avec laquelle vous comparerez, contrasterez ou associerez « quelque chose d’autre » de votre expérience-haïku.
Utiliser des « comparaisons » (des similarités) approfondit la signification à l’intérieur du haïku – avec, toujours, une « association » surprenante de choses !
Et vous lisez dans vos notes : « L’air est si clair – j’ai trouvé une vieille bouteille de vin – avec des gouttes de rosée dessus, également… bouteille de vin pleine de la lumière du soleil ! » Vous vous souvenez de votre respiration profonde à cet air plein de la lumière du soleil, vous remplissant aussi, pour ainsi dire, et d’admirer la forme et la clarté de la bouteille, le soleil la traversant, ainsi que contenu à l’intérieur, tout comme le vin y fut retenu – vide de vin, pleine de soleil.
(p.14)
Mais vous ne pouvez pas dire tout cela à votre lecteur en deux lignes !
Vous devez choisir et présenter l’objet spécifique le plus important et un point d’observation particulier qui s’y rattache : la bouteille de vin remplie de soleil.
MAINTENANT le haïku « devient », tandis que vous le composez : sur la page, c’est l’instant lui-même !

gouttes de rosée partout
une bouteille de vin, aussi,
pleine de soleil

MAKATO;

(p.15)
Lisez votre haïku à voix haute, pour vous-même. Faites en sorte qu’il sonne bien à votre oreille et qu’il donne l’essence de votre instant.
Qu’avez-vous dit à votre lecteur, par ces trois courtes lignes ?
Vous avez fait apparaître les visions de gouttes de rosée, d’un matin chaud après une nuit fraîche. La rosée s’est formée, le soleil s’est levé, mais il est encore assez tôt pour que la rosée ne se soit pas encore évaporée. Les gouttes, partout, reflètent la lumière du soleil. La bouteille de vin oubliée, vide, reflète aussi la lumière du soleil, sur le dos, à l’intérieur, sur le ventre, à l’extérieur : véritablement « pleine de soleil » !
Mais vous n’avez pas dit au lecteur ce que vous avez ressenti… l’émotion du « c’est beau : tout plein de soleil, MOI aussi ! »
et vous ne le devez pas !
Cela fait partie du jeu du haïku,
(p.16)
le jeu du « Montrez mais ne dites pas… »
Vous présentez un instant-haïku, une expérience-haïku – vous ne dites pas ce qu’ils signifient ; vous ne dites pas ce que vous ressentez. Il n’y a aucune discussion à ce propos.
Je ne répéterai ceci jamais assez !

Une manière facile d’y penser :
On peut considérer le haïku comme étant deux scènes d’un court métrage. Dans cet exemple la caméra filme les « gouttes de rosée partout ».
L’auteur se trouvait-il à la campagne ?
Le lecteur était-il en ville ?
Ou le contraire ?
Cela ne fait aucune différence.
Dans la campagne les gouttes de rosée s’accrochent aux feuillages et aux débris pareillement – et il en est de même en ville !
Dans chacune des scènes, la caméra photographie tout, avec les gouttes de rosée réfléchissant la lumière du soleil…
(p.17)

AWARE – Betty Drevniok – p.7-11

26 avril 2011

°
(p.7)
Mais, tout d’abord, faisons un petit tour d’horizon de l’instant-haïku, souvent défini comme « la sensation de la réalité ».
Quelque chose de « réel » attire le poète, et il(/elle) ressent quelque chose – peut-être la beauté de l’instant, peut-être l’inverse, ou toute autre émotion ! : ceci est l' »instant-haïku », l’expérience-haïku ; la réalité de l’ici-et-maintenant, et une émotion.
Mais quand le poète zoome sur la réalité, elle change :
la feuille tombe…
le soleil se cache derrière un nuage…
l’oiseau disparaît de la vue…
et l’instant est passé !
Pour le poète de haïku, le temps est immobile, inscrit dans son « carnet de bord » du « voyage-haïku.
(p.8)
De même qu’un peintre fait un croquis préliminaire à partir duquel il travaille, ainsi vous, poète de haïku, devez écrire le croquis de votre propre instant-haïku.
A la différence des moments évanescents de la réalité, il reste la trace pour qu’il devienne un haïku que l’on peut apprécier ensuite.
Dans votre carnet particulier, votre « carnet de bord », notez vos expériences : les petites particularités de chaque jour qui attirent votre attention, vous arrêtent et vous font y regarder à deux fois, qui vous intéressent, qui vous ravissent…
Faites-en une description simple, dans la bonne perspective :
placez les « choses proches » au près,
les « choses lointaines » au loin,
les « choses élevées » en haut
et les « choses basses » en bas.
Quelque chose bouge-t-elle ? (: allant, venant, tournant…)
(p.9)
Notez la saison (la date), l’heure du jour (ou de la nuit)
le temps (clair, venteux, pluvieux, lourd…)
la température (chaud, frais, froid…)
les sons (forts, faibles, répétés…)
les odeurs (cheveux mouillés, fourrure, laine, feuilles sèches, herbe coupée…)
, tout ce qui vous touche (une brise, une branche, un moustique…) ou que vous avez touché (la courbe d’un coquillage, de la mousse sèche, une plume…)
la couleur du ciel (gris, bleu intense, la teinte du couchant…)
la couleur de la terre (vert-printemps, desséchée, couverte de neige…)
Tout ceci ne sera pas dans votre expérience-haïku (mais peut-être même des choses entièrement différentes)
Ecrivez seulement ce qui est en rapport avec votre propre instant-haïku !
(p.10)
Faites court
mais pas trop court
au point que plus tard vous ne puissiez plus savoir pourquoi vous l’avez écrit !
Que ressentez-vous – à examiner la beauté d’un(e) violet(te); à être intéressé(e) par la manière dont un mille-pattes bouge; à écouter un crapaud dans l’étang…
Peu importe votre émotion, c’est VOTRE instant-haïku ! et vous l’avez pris en notes !
Si vous n’écrivez pas l’expérience-haïku quand elle vous touche, vous ne vous en souviendrez pas. Vous pensez que oui, mais, plus tard, vous aurez beau chercher dans votre mémoire, le moment sera parti, perdu pour toujours.
(p.11)
Peut-être que votre haïku va se former immédiatement, peut-être que non. Sinon, plus tard, vous devrez travailler à placer les objets, les images et / ou les actions, à partir de vos notes, à leur juste place dans le haïku.
Seul(e), au calme, relisez soigneusement vos notes – souvenez-vous de l’instant – recréez-le dans votre esprit.
Souvenez-vous comment vous vous êtes senti(e) – ressentez-le encore – et écrivez votre premier haïku, appelé le « haïku-image ». Ecrivez-le en trois lignes brèves, en utilisant le principe
de la COMPARAISON
du CONTRASTE
ou de l’ASSOCIATION
(Reportez-vous aux pages 37/40 pour une explication plus détaillée).

°
(à suivre, p.12-)

AWARE – Un premier livre de haiku – de Betty Drevniok, Portal Publ., 1980 – traduction Py –

25 avril 2011

°
(p.2 :)

LE VOYAGE HAÏKU

nature – conscience – nature humaine

« Le Voyage Haïku » est un voyage partout – et un voyage nulle part à la fois…
C’est l’éternité et c’est maintenant…
C’est :
la brume parfumée de pétunias, la pluie du petit matin, un champignon, l’ombre de nuages…
Quand les astronautes allèrent sur la lune, ils prirent des photos de notre planète flottant dans l’espace.
Quelqu’un cita l’expression « le village global » pour décrire la terre.
Nous vivons tous ensemble dans le grand Village-Global, et nous sommes tous, au fond, les mêmes, indépendamment d’où nous vivons – avec les mêmes émotions, le même amour de la vie et de la nature…
(p.3)
Chaque matin le soleil se lève
Chaque soir le soleil se couche
La lune suit ses phases
Les étoiles de notre galaxie bougent à travers les cieux
Les saisons passent également à travers
la nouveauté du printemps
la plénitude de l’été
la douceur de l’automne
la dureté de l’hiver
Et nous sommes tous UN avec tout cela
Vous êtes tous UN avec tout cela
Où que vous soyez
Et comme vous êtes.
(p.4)
Pour commencer votre voyage-haïku, ouvrez simplement la porte, et sortez. Là, dans le ciel et sur la terre, se trouvent la totalité de notre existence, l’univers, le monde.
Restez là, debout, seul(e), et, s’il vous plaît, donnez-vous du temps pour être seul(e).
Du temps, pour permettre à l’univers de vous toucher,
du temps pour permettre au monde de vous toucher,
et du temps, pour vous permettre de devenir « conscient »…
« conscient » de la réalité, « conscient » de l’ici et du maintenant, conscient de l’instant, de l’instant-haïku.
Un vieux dicton nous enseigne :
Prenez le temps de respirer les fleurs en passant.
(p.5)
Il dit en fait :
Soyez conscient(e) des choses qui vous entourent,
laissez les choses vous atteindre et vous toucher, comme dans les mots japonais : « mono no aware », l' »émotion » des choses et l' »émotion » du monde, de la vie, « yo no aware ».
(p.6)
Le poète de haïkus suit la règle la plus ancienne de l’écriture !
Ecrivez sur ce quevous connaissez.
Ainsi en arrivons-nous à Bashô et à sa définition :
 » Le haïkaï est
ce qui se passe
en ce moment-ci
à cet endroit-ci. »

Appréciez ce fait qu’il n’est pas important que ce soit la nuit ou le jour, quel temps il puisse faire, ni même le lieu où vous êtes !
Dedans, dehors, en ville, à la campagne, les instants-haïku se produisent n’importe où, n’importe quand !
Vous vous tenez à l’orée de la grande aventure de votre vie : le voyage-haïku.

Ouvrez votre carnet, prenez votre crayon, et commencez à écrire !…

°
(suite, p.7-)

Alan Watts – The Way of Zen (p. 204, suite)

21 décembre 2010

°

 » Les haïku et les waka transmettent peut-être plus aisément que la peinture les différences subtiles entre les quatre atmosphères de « sabi », « wabi », « aware » et « yugen ». La tranquille, exaltante solitude de « sabi » est évidente dans :

sur une branche desséchée
un corbeau perché
dans le soir d’automne

(Bashô)

°
(p.205)

« Sabi » est cependant la solitude dans le sens du détachement bouddhiste, de voir toutes les choses arriver « d’elles-mêmes » dans une miraculeuse spontanéité.

(…)

« Wabi », la reconnaissance inattendue de l' »ainsité » fidèle de choses très ordinaires, particulièrement quand l’ombre du futur a momentanément fait échec à notre ambition, est peut-être l’atmosphère de :

un portail de broussailles
et en guise de serrure
cet escargot

(…)

« Aware » n’est pas vraiment la douleur morale, et pas tout à fait la nostalgie dans le sens habituel de désirer le retour d’un passé chéri. Aware est l’écho de ce qui est passé et de ce qui fut aimé, leur donnant une résonance telle celle qu’une grande cathédrale donne à un choeur de sorte qu’ils seraient plus pauvres sans elle.

Personne ne vit à la barrière de Fuha;
l’appentis de bois est en ruine;
tout ce qui reste
est le vent d’automne.

(p.206)
(…)
Aware est le moment critique entre la vision de la nature transitoire du monde avec tristesse et regret, et la vision comme la forme réelle de la Grande Vacuité.

les feuilles tombantes
se posent l’une sur l’autre;
la pluie tombe sur la pluie

Comme « yugen » signifie une sorte de mystère, c’est le mot le plus déconcertant de tous à décrire, et les poèmes doivent parler pour eux-mêmes :

La mer s’assombrit
les voix des canards sauvages
sont vaguement blanches

dans le brouillard épais,
qu’est-ce que l’on crie
entre colline et bateau ?

Ou un exemple de yugen dans les poèmes « Zenrin » :

Le vent tombé, les fleurs tombent encore;
Un oiseau chante, le silence de la montagne
s’approfondit

Parce que l’entraînement au zen a impliqué un usage constant de ces couplets chinois depuis au moins la fin du XVè siècle, l’émergence du haïku est à peine surprenante. L’influence saute aux yeux dans ce haïku yugen-à-rebours par Moritake.

Le Zenrin dit :

Le miroir brisé ne reflètera plus;
La fleur tombée ne montera guère à la branche

et Moritake :

Une fleur tombée
remontant sur la branche ?
C’était un papillon.

°
(à suivre…)