Compte-rendu du kukaï de Paris n° 94 du 18 octobre 2014

20 octobre 2014

En présence de 17 participants, 36 haïkus furent échangés. 23 obtinrent une voix ou plus :

°
Avec 7 voix :

Nuit d’été / juste son parfum / un soupçon d’elle.

: Patrick Fetu.

°

Avec 5 voix :

douceur de la nuit / une brise fait bouger / l’aile du papillon

: Philippe Bréham.

°

Avec 4 voix :

citronnelle – / le moustique goûte le gâteau / au chocolat

: Valérie Rivoallon ;

coupure d’Internet – / au-dessus de ma tête / une toile d’araignée

: Eléonore Nickolay ;

et :

crépuscule / même le soleil s’incline : / devant le Fuji

nb : le soleil = aussi la Déesse du soleil, Amaterasu, première Déesse du Japon.

: Philippe Bréham.

°

Avec 3 voix :

dans le frigo / une salade verte / printemps

: Nicolas Grenier ;

le vieux pin – / quelques aiguilles quittent / l’arbre en silence

: Ion Codrescu ;

et :

râteau – / loin, si loin de la mienne / sa bouche

: Myriam Rouxel

°

Avec 2 voix :

Entrelacs des cordages / sur les pieds bronzés / la marque des sandales

: Gwenaëlle Laot ;

léger rayon – / les yeux des crocodiles / au ras de l’eau

: Valérie Rivoallon ;

pensant à Bashô / mon ombre et moi empruntons / un sentier d’automne

: Danièle Duteil

et :

Sa silhouette / dans le brouillard / de l’échographie.

: Patrick Fetu.

°

Avec 1 voix :

Belle journée de pluie / Ton visage pâle me dit / Que je dois t’écrire

: Lucie Charasson ;

Chocolat chaud – / Deux vieux discutent loto / et bobos.

: Isabelle Ypsilantis ;

Des silences meurent / dans les branches accouplées / aux souffles du vent

: Nicolas Lemarin ;

hôpital de jour – / entendre couler le pipi / du psy

: Eléonore Nickolay ;

La baie se vide / puis se remplit / comme mon coeur

: Monique Leroux Serres ;

L’automne s’en allant / la lumière au bord de la fenêtre / tiens il est là

: Grace Keiko ;

Le schweppes glacé / Me brûle les lèvres / On s’observe rire

: Lucie Charasson ;

Randonnée à pied / La Seine serpente / Avec moi :

: Hiro Hata ;

Réservations d’hiver – / Les corps s’offrent à la lumière / de la fin d’été

: Gwenaëlle Laot ;

et :

soir d’automne violet / En silence un corbeau plane / Mélancoliquement

: Christine Devic.

°

Pas de voix, mais remarqué :

Silence brusqué / par la page qui se froisse / dans le poing serré

: Nicolas Lemarin.

°

Nous avons quitté le bistrot d’Eustache ensuite, pour marcher jusqu’à la librairie-galerie de l’éditrice (Pippa) Brigitte Peltier qui nous a chaleureusement accueillis – comme toujours – pour rencontrer Danièle Duteil et Ion Codrescu, au sous-sol, lieu des expositions, pour l’occasion, des haïgas de Ion sur des haïkus de Danièle, et de la signature de leur dernier recueil (publié par Brigitte) Au bord de nulle part. Nous avons pu apprécier également les explications de Danièle et de Ion, à propos de leur travail, et le pot de l’amitié qui a clos de la meilleure manière ces réjouissances littéraires et artistiques !

Notre prochain kukaï se tiendra au bistrot d’Eustache (toujours) samedi 15 novembre à 15 h 30 !

Bons moments-haïku d’ici-là !

D.

A propos d’Onitsura… et de « Réalité »

20 octobre 2014

Onitsura (1660-1738), contemporain de Bashô (1644-1694), fut un des plus grands écrivains de haïku. Troisième fils d’un prospère brasseur de saké, il fut, dès l’âge de 16 ans, l’élève de Sôin (1604-1682), le fondateur de l’école de haïku Danrin. Il fut le professeur de Shikô (1664-1731), l’un des « Dix Sages » de Bashô. Onitsura éleva le haïkaï (qui avait décliné avant et après Bashô) du niveau d’un jeu de réunion, forme de culture de bas niveau, à un haut degré de culture (selon Cheryl Crowley). Onitsura, un peu plus jeune que Bashô, était tout aussi célèbre.  Voici son premier poème, écrit à l’âge de huit ans :

Bien que je dise / « Venez ! Venez ici ! », les lucioles / continuent de s’enfuir

°

Onitsura dit aussi (cf p. 735 de Haiku de R.H. Blyth) :

« Sans Réalité (sincérité, fidélité à la nature, vérité) il n’y a pas de haikai. »

°

l’ornière du haïku verbaliste / logomachique

16 octobre 2014

Evitez de tomber dans l’ornière du haïku verbaliste *, logomachique ( / logomachiste ?) **, qui se situe exactement aux antipodes de « ce que cherchaient les Anciens » (selon l’expression de Bashô : « Ne cherchez pas à imiter les anciens, recherchez ce qu’ils cherchaient ») ! :

 » Kûkai (mort en 835), moine illustre qui voyagea en Chine et en rapporta les « doctrines secrètes ». (…) Parmi les textes de grande valeur qui nous ont été transmis de lui (…) plusieurs concernent directement un thème qui pourrait se définir comme « mystique du langage ».

Il en est notamment un, intitulé Du sens des phonèmes, des graphèmes et de la réalité qu’ils expriment ( Shô-ji-jissô-gi) (…) ce qui est traité par Kûkai concerne la question générale de la capacité des signes phénoménaux à exprimer le réel. On y retrouve beaucoup d’éléments qui sous-tendent ce que Kawabata (dans son discours de réception du prix Nobel) rapporte des idées de Saigyô (grand « inspirateur » de Bashô) (…) Il ne s’agit de rien de moins que de fonder l’idée d’un lien direct entre les signes linguistiques, écrits et oraux, et la substance des choses (…) ; phonèmes, graphèmes et réalité ne font qu’un.

(…) l’affirmation de Saigyô sur la poésie en tant que « parole de vérité » (…)

la réalité, ce à quoi renvoie le langage, lequel est, sous son apparence éphémère et caduque, « parole de vérité ».

Pour reprendre les mots de Kûkai : « La voix ne se déploie pas en vain, elle exprime le nom des choses ; leur appellation se dit « lettre » et leur nom évoque une substance que l’on appelle « aspect réel ».

(: extraits de La hiéroglossie japonaise de Jean-Noël Robert, éd Collège de France / Fayard, 2012, pp. 44-5 et p. 47.)

* verbalisme : utilisation des mots pour eux-mêmes au détriment de l’idée. « Le lourd verbalisme intellectuel des philosophes de profession ! » (: R. Rolland)

** logomachie : assemblage de mots creux dans un discours, dans un raisonnement… (dans un haïku, ajouterais-je…). « La logomachie où ce(t)… enivré de mots, tombe par instants ! » (Henriot).

Résultats du kukaï de Paris n° 93 du 4 octobre 2014 :

5 octobre 2014

En présence de 14 haïkistes, 27 haïkus ont été échangés.

°

Avec 5 voix :

Vague trop bleue / au coin de l’oeil / une larme *

: Leila Jadid

* composé lors des élections municipales, en rapport avec la « vague bleu-marine » du parti d’extrême-droite.

°

Avec 4 voix :

balcon fleuri / dans la cave / un jardin secret

: Leila Jadid

et :

la fin des vacances – / senteur lavande / des lingettes pour sol

: Eléonore Nickolay.

°

Avec 3 voix :

Bain de lumière – / l’envol d’un cygne blanc / distrait les golfeurs: Marie-Alice Maire ;

Pluie d’été – / En extase devant la grâce / d’un escargot

: Isabelle Ypsilantis ;

Temps suspendu / sur des eaux de jade / trois feuilles voyagent

: Roselyne Fritel ;

et :

une éolienne / près de l’aire d’autoroute / je touille mon café

: Daniel PY.

°

Avec 2 voix :

Le pin étêté / pleure son ombre perdue / moi aussi.

: Patrick Fetu ;

salon du jardinage – / deux vendeuses discutent / épilation

: Minh Triêt Pham ;

Soir de juillet / L’orage fracasse l’azur / Bombes sur Gaza: Monique Leroux Serres ;

un jus de pomme en terrasse / le décolleté de la serveuse

: Daniel Py ;

et :

vieux chien de garde – / le tintement de ses rêves / enchaînés

: Eléonore Nickolay.

°

Avec 1 voix :

A sa fenêtre / la vieille femme et son chat / les saisons passent.

: Patrick Fetu ;

brume dans la vallée / le paysage s’estompe / l’instant aussi !…

: Philippe Bréham ;

J’écris des voeux / Mais la pluie tombe / La fête de Véga et Altaïr

: Hiro Hata ;

La lune / au fond d’un seau – / ma tête de cancéreuse

: Christine Devic ;

Miracle à Tibériade / à ma vue la poule d’eau marche sur les eaux

: Roselyne Fritel ;

nuit de pleine lune / sur la campagne endormie / les lucioles font le fête.

: Philippe Bréham ;

et :

Octobre en sandales – / kigo d’été ? / kilo d’automne ?

: Isabelle Ypsilantis.

°

Sans voix – mais remarqué :

retour / du fauvisme / salon d’automne

: Marie-Alice Maire.

°°

Notre deuxième anthologie du kukaï de Paris La Vallée éblouie (faisant suite à la première : La Valise entr’ouverte (2010)) est  éditée de nouveau par François Mocaer, aux éditions Unicité : http://www.editions-unicite.com

Elle vient de sortir (au prix de 14 € en librairie – ou à travers le site -, et à 12 euros pour les auteur(e)s et habitué(e)s du kukaï, puis un tarif dégressif est consenti par exemplaire(s) supplémentaire(s), jusqu’à atteindre 9 € (chaque ex.) à partir de 4 achetés

… et, d’après l’avis de tou(te)s, c’est un beau livre !

(45 exemplaires ont été « enlevés » dès le premier jour !)

°°

Nos prochains kukaïs auront lieu :

# 94 : samedi 18 octobre, exceptionnellement à 14H30, au bistrot d’Eustache. Nous nous rendrons ensuite à la librairie-galerie Pippa, (25 rue du Sommerard, 75005) pour une rencontre avec Danièle Duteil et Ion Codrescu lors de l’exposition-signature(s) autour de leur recueil Au bord de nulle part éd. Pippa : haïku, senryû, tanks signés Danièle, et haïga signés Ion. (Vers 17h30)

# 95 : samedi 15 novembre, 15h30, bistrot d’Eustache

#96 : samedi 6  décembre (= nouvelle date !), 15h30, B. d’E.

°°°

D.

« 8 erreurs à éviter dans un haïku » :

3 octobre 2014

D’après le livre de Mizuhara Shuoshi (1892-1981) La Composition du haïku, parmi ces « 8 erreurs à éviter dans un haïku« , celle-ci :

4- L’utilisation de plusieurs « kireji » *

* « le kireji est un mot de coupure qui permet d’introduire une pause dans un texte. »

Mais aussi :

1- L’oubli d’un mot de saison **

2- L’utilisation de deux mots de saison

3- L’utilisation d’un style fantastique

5- Le non-respect du nombre de pieds ***

6- L’utilisation d’un lexique émotionnel

7- L’emphase de son émotion

8- L’imitation d’un haïku déjà existant

** Apparemment le « muki haïku » (haïku sans mot de saison), plus récemment assez pratiqué, n’a pas sa faveur !

*** il parle, là, à mon avis, du haïku essentiellement japonais ! (On sait les aberrations que cela peut donner quand on lit certaines traductions, voire certains cocktails (originaux – c’est doublement le cas de le dire ! -) de fabrication plus ou moins artificiels (que j’ai baptisés ailleurs « Lego-haïku »), et donc les dérives possibles que cette « règle » n° 5 peut provoquer !

Les articles 3, 6 et 7 me semblent également dignes de considération !

° (D.)

Le LEGO-HAIKU

3 octobre 2014

JE VOUS PROPOSE UN JEU (- bête et méchant ?) :

°

Comment construire un lego-haïku :

1°) Prendre un moule 5/7/5 ;

2°) le remplir de syllabes, dans un ordre au besoin aléatoire, qui font ou ne font pas nécessairement sens ;

3°) décréter, une fois les cases toutes remplies, que c’est un haïku.

°

Voilà : c’est aussi simple que ça !

NB : Ce genre est déjà pratiqué par de supposés (/ soi-disant ?) « poètes reconnus et respectés ». (Hélas !)

NB 2) : Ces pratiquants auraient un « pape ». (Je l’ai même rencontré !)

°

Source d’inspiration : la revue francophone de haïku : Gong n° 45 (Oct.-Déc. 2014), pp. 12, 37, 38, 68…

Lettre de Blyth à Hackett (sur le « rembourrage » 5/7/5) :

19 septembre 2014

Dans la présentation consacrée au haïkiste américain James W. Hackett, l’anthologiste de Where the river goes (Snapshot Press, 2013) écrit (p.73) :

« Hackett utilise, selon son habitude, la structure syllabique 5/7/5, conformément à la norme, ce qui peut conduire à du remplissage. »

La note qui suit précise :

« Blyth écrivit à Hackett : « La seule chose à faire, me semble-t-il est quelque chose de révolutionnaire pour vous : soit vous oubliez le 5/7/5 en anglais, soit vous faites ce que font les Japonais : rembourrer le verset avec des syllabes vides de sens. »

(: Cité par Charles Trumbull in « Shangra-La : la vie dans le haïku de James W. Hackett », dans la revue « Frogpond » (33,1 – 2010).)

M. Onfray sur le structuralisme, dans ‘La Passion de la méchanceté’ :

19 septembre 2014

(p.98) :

« … le structuralisme, un genre de religion talmudique du texte qui prit Le Livre pour une divinité nouvelle, avec son cortège de divinités associées : le texte, l’écrit, la langue, le syntagme, le morphème, le signifiant, le signifié et autres idoles qui inaugurent l’ère de « la littérraâââturrre » – pour parler comme le Céline des Entretiens avec le professeur Y. »

M. Onfray sur R. Barthes, dans ‘La Passion de la méchanceté’ :

19 septembre 2014

à propos de Barthes et son article intitulé « La Mort de l’auteur » (1968), texte repris dans Le Bruissement de la langue (1984), pp.  122-3 de La Passion de la méchanceté (Sur un prétendu divin marquis) :

« Le texte n’est plus une confession autobiographique aux racines immanentes, mais un saint sacrement littéraire, une divine hostie textuelle, un graal verbal ! »

(et encore, à propos de Sade, Fourier, Loyola, de R. Barthes, toujours (pp. 126-7) :

« La collision entre ces trois noms propres signale d’ailleurs que la cohérence ne réside pas dans le registre des idées, mais dans celui de la langue. »

(et, pp. 128-9) :

« Sade, c’est donc un discours, une langue – des mots, rien que des mots. Dès lors, si un benêt de mon genre voit de l’inceste dans l’inceste, du viol dans le viol, des mauvais traitements dans des mauvais traitements, s’il prend une incision au couteau pour une incision au couteau, un coup pour un coup, c’est qu’il fait preuve d’une singulière étroitesse de vue, sinon d’esprit : car il faut y voir, ici une métaphore, là une asyndète, ailleurs une anacoluthe. Le réel (y compris littéraire) n’existe pas, trop trivial, il n’existe qu’agencement de figures de rhétorique.« 

Michel Onfray, dans sa conclusion (p. 177), fustige donc, outre les Breton, Bataille, Lacan et le Foucault structuraliste, « Barthes et sa religion textuelle ».

-

à juste titre, ajouterais-je !

Surréalisme et haïku ?

19 septembre 2014

NOTE DE LECTURE La Passion de la méchanceté (Sur un prétendu divin marquis) de Michel Onfray, éd. Autrement, 2014.

°

(p. 102) :

« Breton et les siens vivent en présence d’objets imaginaires, aux antipodes de la réalité tangible. Perspicace comme il pouvait l’être dès qu’il quittait le terrain de la politique, Sartre affirme avec justesse que le surréalisme a pour « projet d’anéantir tout le réel » au profit d’un monde merveilleux… »

-

C’est ainsi que surréalisme et haïku me frappent comme étant antinomiques et donc incompatibles !


Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 26 autres abonnés