soir de juillet /2

5 juillet 2009 by danielpy

°

merle et martinets

entremêlent leurs voix

(ce) soir de juillet

°

ce soir

l’agonie d’un moucheron

sous ma lampe

°

d.(4/7/09)

soir de juillet

5 juillet 2009 by danielpy

°

soir de juillet

la page du dictionnaire

colle à mon bras -

Haiku de Blyth

°

au milieu des caractères japonais

un moucheron

°

sur la page

qui parle d’un moucheron

un moucheron sans vie

°

d.(2-3/7/09)

ascenseur

5 juillet 2009 by danielpy

°

dans l’ascenseur

seau et serpillère

montent et descendent

°

d.(3/7/09)

oisif – (à la manière chinoise ?)

5 juillet 2009 by danielpy

°

premier jour des vacances

oisif

je me recouche

au milieu de la journée

des martinets passent

devant la fenêtre

°

d.(3/7/09)

Haiku de R.H. Blyth vol I sect. I Le waka (a)

4 juillet 2009 by danielpy

7) Le waka

Avant de traiter de la relation entre waka et haïku, considérons celle qui existe entre waka et poésie chinoise. Le Manyôshu se compose  de plus de quatre mille poèmes dont la grande majorité sont des waka, et le reste des naga-uta, ou poèmes longs. Deux ou trois cents ans auparavant, Wani, un Coréen, avait apporté les Analectes et le Senjimon (Un millier de caractères, écrit aux alentours de 525) au Japon, et l’influence de la pensée et de la littérature chinoise avait commencé. Le Kokinshu, complété vers 922, ne contient que cinq naga-uta, et ceci probablement en raison de l’influence de la poésie chinoise, qui, indépendamment de la longueur des poèmes, est nourrissante pour l’œil autant que pour l’esprit, tandis qu’un long poème japonais tend à être faible et vague.
L’évidence de la manière dont la poésie chinoise fut étudiée et comparée au waka se trouve par exemple dans le Rôeishu, ou Recueil de Chansons claires, japonaises et chinoises. On n’en connaît pas la date exacte de publication, mais le compilateur, Fujiwara Kintô (966-1041), fils du célèbre poète Yoritada, offrit les deux volumes à son gendre Norimichi, lors de son mariage avec sa fille. Longtemps avant cela, les gens du palais et la noblesse en général chantaient ou psalmodiaient la poésie chinoise et le waka. Le Rôeishu se compose de deux parties, la première divisée par saisons et subdivisée par thèmes, la deuxième divisée par thèmes, sans tenir compte des saisons.. Pour chaque thème sont présentés la partie d’un poème chinois, généralement d’Hakurakuten, une partie de strophe chinoise par un auteur japonais, et un waka, différents en nombre. Dans la première partie par exemple, sous “Soirée d’Hiver”, nous trouvons deux lignes d’un poème d’Hakurakuten :

La lampe froide la nuit au milieu des nuages ;
Bien des coupes de vin chaud le printemps dans la neige.

Quelques vieux amis sont réunis dans une maison haut dans la montagne, et la tasse circule, réjouissant leurs cœurs comme si le printemps était arrivé.

Ensuite viennent deux lignes d’un poème chinois, Debout la nuit seul en hiver :

Les années passant avec l’extinction de la lampe,
Le chagrin du voyageur n’augmente que sur sa couche

Ce verset décrit la solitude grandissante du voyageur ; la nuit avance et la lampe vacille puis meurt à son chevet. Il provient du poète japonais Aritsura, qui ensuite se fit moine sous le nom de Sonkyô. En dernier lieu se trouve un poème de Ki no Tsurayuki (883-946) l’auteur du Tosa-nikki (Le Journal de Tosa), un classique des journaux de voyages, et un des compilateurs du Kokinshu. C’est un des plus grands maîtres du waka.

Omoi-kane    imogari yukeba    fuyu no yo no    kawa-kaze samumi    chidori naku nari
Rempli de nostalgie.    Je vais vers celle que j’aime ;    Le vent de la rivière est froid ce soir,    les pluviers pleurent.

Ces trois poèmes montrent comment les waka et les poèmes chinois étaient mis en comparaison et en contraste par les poètes japonais. C’est mon opinion personnelle que l’effet direct des uns sur les autres était relativement petit, en partie à cause de la grande différence de formes, et en partie à cause du sentiment national.
Notons un autre point : l’influence qu’exerçait le bouddhisme sur le waka, encore plus indirectement que la poésie chinoise. Dans le Rôeishu se trouve une section comparativement longue intitulée Affaires Bouddhistes, et une autre appelée Moines. Outre beaucoup de versets chinois, il y a des wakas par des prêtres aussi renommés que Kuya (903-972) et Dengyô Daishi (767-822), fondateur de la secte Tendaï du bouddhisme, et par l’empereur Murakami (mort en 967).  Un morceau de prose par Hakurakuten s’y trouve, dans lequel il écrit que toutes ses œuvres sont profanes, mais étant donné que tout, les montagnes et les vallées, les chants d’oiseaux et d’insectes, est la Voix de la Loi, il espère que ses versets pourront être inclus parmi les soutras, et pourront le faire devenir un Bouddha dans le prochain monde. Beaucoup d’hommes de lettres de Chine et du Japon prirent cette vue légère du Bouddhisme intellectuellement, mais ils ne pouvaient l’empêcher de les affecter profondément du point de vue émotionnel, dans la mesure où ils étaient poètes.
Pour traiter du lien entre waka et haïku, commençons par décrire l’attitude de Bashô et nous donnerons ensuite un compte-rendu plus général de leurs différences.
Bashô (1644-1694), le fondateur spirituel du haïku moderne, vécut durant la deuxième partie du XVIIè siècle. Dans la première partie de ce siècle, l’école de Teitoku (1570-1653) était florissante. Voici un exemple typique de son œuvre :

Hana yorimo    dango ya arite    kaeru kari
Les boulettes de nourriture   étant meilleures que les fleurs,    les oies retournent-elle là-bas ?

Teitoku a pris et combiné deux éléments, d’abord le dicton Hana yori dango, qui signifie : quelque chose à manger est meilleur que quelque chose à voir, le matériel plutôt que le spirituel. L’autre est un poème du Kokinshu :

Haru-gasumi    tatsu wo misutete   yuku kari wa    hana naki sato ni    sumi ya naraeru
Elles voient se lever la brume de printemps,    mais les oies sauvages s’en vont,    habituées à loger   dans des villages sans fleurs ?

Teitoku a pris un vieux verset assez magnifique, l’a raccourci et y a inséré un proverbe populaire mais pas très édifiant.
Un autre exemple de Teitoku également :

Manmaru ni    izuredo nagaki    haruhi kana
Il s’est levé cercle parfait -    mais comme il est long    ce jour de printemps !

Le mot pour « soleil » et « jour » est le même en japonais, ce qui permet ainsi le jeu de mot et le verset. Le soleil est rond, mais long à passer à travers le ciel. Si nous regardons ceci superficiellement, il n’a pas grande valeur, mais un sentiment historique de caractère fondamental, nous permettra d’y voir de faibles mouvements de religion et de poésie, dans la tentative d’atteindre une unité, ou de voir la variété dans l’unité, bien qu’avec de tels moyens intellectuels, inappropriés.
Vers le milieu du siècle, l’école Danrin – ce nom provient de celui de la maison d’un des disciples -, sous la direction de Sôin, vit le jour. Elle eut également pour buts principaux de faire des jeux d’esprit, de mots, de combiner des bribes de connaissances… Par exemple :

Atai araba nanika oshima no   aki no kei

S’il avait tant de valeur,    que ne donnerais-je pas    pour le paysage d’automne ?

Il y a dans l’original un jeu de mots intraduisible. Sôin composa ce verset en hommage à l’île d’Ojima à Matsushima. Le nom d’Ojima ou Oshima est sous-jacent dans Oshima no. Les deux expressions « Que ne donnerait-on pas pour un paysage d’automne »  et « le paysage automnal d’Oshima » se télescopent. Le rythme de ce verset est gracieux, mais le jeu et l’artificialité, son caractère non poétique, sans imagination, on peut dire irréligieux, sont évidents.
Un peu plus tard, c’est-à-dire dans la seconde moitié du XVIIè siècle, il y eut de grands mouvements dans les cercles de haïku ; Bashô et Onitsura apparurent. Les raisons de ce phénomène peuvent être attribuées aux conditions sociales et spirituelles de l’époque, mais le fait est que de telles affaires sont aussi  impénétrables que le mystère de la vie lui-même. En tout cas, il y eut un désir généralisé d’élever le haïku de son bas niveau de jeux de mots et de plaisanteries au niveau littéraire et spirituel élevé du waka. Mais, exactement comme Wordsworth, par contraste avec l’artificialité du XVIIIè siècle, inaugura le « retour à la nature » du XIXè, Bashô souhaita faire du haïku ce que le waka n’était pas, c’est-à-dire une expression du sentiment populaire, au sens où il devrait exprimer les intuitions de la vie quotidienne. Une autre similitude frappante dans leur œuvre respective est dans la matière langagière. Comme le dit Confucius :

Si vous ne connaissez pas les mots, vous ne pouvez pas connaître l’homme.

et inversement, quand le langage est changé, le cœur des hommes aussi est changé. Wordsworth souhaitait utiliser

une sélection de langage réellement utilisé par les hommes,

et le but de Bashô était de continuer ce qui commença avec l’école de Teitoku, et augmenté par l’école Danrin, à savoir l’emploi d’une phraséologie populaire, d’expressions chinoises et d’autres mots étrangers. Les haïjins voulaient, d’une manière ou d’une autre, faire du haïku quelque chose de différent d’un waka court. Ce nouveau vocabulaire pouvait être employé, à la place de la diction poétique, pour exprimer ce qu’ils ressentaient dans les poèmes de Ritaihaku, Toho, Hakurakuten, et dans les poèmes Zen de Han-Shan. C’était l’esprit qui, dans le cas de Bashô, était plus important que la forme dans laquelle il s’exprimait. Dans La Châtaigne vide, éditée par Kikaku en 1683, nous lisons à propos du

goûter du vin des cœurs de  Ritaihaku et Toho,
souper du gruau de la loi de Han-shan.

(Écrire en kana les poèmes d’Hakurakuten est un moyen d’aider les débutants.)

Bashô était plus intéressé par l’esprit de la poésie chinoise que par sa forme, mais nous pouvons voir ici un de ses exemples d’imitation d’un des « trucs » de la poésie chinoise :

Hige kaze wo fuite    boshû tanzuru wa    tare ga ko zo

Qui est-ce qui pleure,    le vent qui souffle dans sa barbe,    l’automne tardif ?

Dans un de ses Huit poèmes sur l’automne, Toho dit :

C’est sa version maniérée « le grain picore le perroquet » avec la même signification que :

Le perroquet picore aux derniers grains du riz odorant ;
Le phénix demeure longtemps dans les branches du vert paulownia.

Bashô a imité ce genre de chose en transposant les mots, de façon que, comme Toho dit que les grains picorent le perroquet et que le vert paulownia vit dans le phénix, le verset de Bashô dit en fait :

Sa barbe soufflant le vent.

Cette figure de rhétorique d’inversion,  traduite en anglais par le transfert de l’épithète, Bashô l’a essayée moins comme un ornement qu’en tant que faisant partie de cet effort de tous les poètes mystiques de convier cette idée de Un est Tout, Tout est Un.
On fera bien, tout de suite, d’indiquer rapidement les différences entre haïku et waka ou renga. Dans Trois Volumes de Tohô, compatriote et disciple de Bashô, citons ce passage intéressant :

La pluie de printemps qui tombe sur un saule c’est, généralement parlant, du renga ; un corbeau qui attrape des bulots c’est simplement du haïku.

Le renga, des waka composés par deux ou plusieurs personnes, traite de matières « poétiques » ; le haïkaï, qui remplaça le simple passe-temps du renga par des motifs esthétiques, et duquel le haïku se sépara, traite de choses « dignes d’intérêt ».
Dans le haïku, les aspects les plus doux, mélancoliques et tranquilles des choses, sont saisis avec une énergie, une concentration, un élan que dix-sept syllabes et pas plus conviennent à exprimer. Bashô occasionnellement essaya de faire en haïku ce qui pouvait être mieux achevé par le waka. Le vague lyrique, l’émotionnel nuageux, le triste rêveur, appartiennent au royaume du waka, et la longueur y est requise.

(p.109)

haïkus – senryûs – kyôkus PY Juillet 03

4 juillet 2009 by danielpy

°

au milieu d’un champ / homme maniant une épée / – midi

un tracteur / à cinq heures du matin / charriant ses meules

José Bové / à l’ombre / cet été

(d’après « Corbeaux » de Yosa Buson :)
from a branch / two crows watch / cold flakes falling
deux corbeaux perchés / regardant les plumes froides / qui tombent

vacances, enfin / oublier les élèves

au vestiaire de la piscine / un maillot / oublié

le lendemain des feux d’artifices, (les) éclairs de l’orage

suivre les ombres des arbres / sur la place : / courses de juillet

VACHE d’OMBRE :
deux vaches / l’une sur l’autre / : ombre
s’asseoir / sur son ombre / vache
assise / sur son ombre / la vache
reposant / son ombre – / vache
(a)vach(i)e – / son ombre écrasée
à la nuit / la vache marie / son ombre
aplatissant / leur ombre / vaches de juillet

rouleaux d’été / les meules / d(ans le)s champs

le ciel / secoue ses tôles / les zèbres dansent – / haut bleu

traînée rouge / laissée par la cerise / chue du bec de l’oiseau

dans la jonquille artificielle / secouée par le vent / une mouche endormie

tout neuf dans la rue / le béton bituminé – / premiers cacas canins

faible filet d’eau / de la fontaine moussue / que le vent chahute
( : place du Couderc, Recoules.)

gare ! / deux gars se bagarrent / – pétards du 13 juillet

trois pigeons en rond / picorent la terre rouge / de la place

(EN) FÉMINIE :

les yeux bleus / elle boit de l’eau de source / – veille de l’été

la pointe de son sein droit / soulève un « L » /
l’autre un « S » : /
« LOVE
LÉVINAS »

soutien-gorge vide / la boule de thé / ouverte

sa jupe s’envole / – autour de sa vertu ? / répudique…

j’attendis qu’elle passe / pour la suivre / des yeux

des corps / somptueux / décors

elle ferma les yeux / sur le plaisir / de gober / sa moule

sous son T-shirt / ses seins bandent / en pleine rue / – dernier juillet
sous mes yeux / ses pointes ressortent / – dernier juillet

tétincelles…

cœur d’artichaut… / cœur de marguerite(s)

AMOUREUX :

Je rêve / à cœur ouvert / histoire naissante

amoureux / l’encre coule / cœur ouvert

l’amour au loin / l’encre au près
l’amour au loin / les flots d’encre alentour

à l’ombre de ton buisson / dans le désert de l’amour ?

m’enflammant aussi vite / que les pinèdes du sud / Tu es ma forêt / je te dévore / – préventivement – …

IRAK – USA

La guerre / qu’ils disaient gagnée / s’enlise – / 40 degrés à l’ombre

Le vent du désert / tournerait-il ? / L’odeur de leurs morts

Le sable du désert / de plus en plus rouge

leurs morts / de moins en moins glorieux / – voix basses

chants du départ / déchants du retour

jeunes G.I.s / si naïfs : / ébahis / d’être si haïs

lots of explaining / to cover / bare facts
the barer the facts / the longer the explanations

draping their dead soldiers / with flags and words

Do / not help / Rambush !  ///  In alone, out alone !
Ramboss / can crush his cigar / all alone !

Bushiavel

A Busharon world…

Sooner or later / U.S. / the enemy

diarrhea, cholera : / a humanetarian gift / to Iraqi children
diarrhée, choléra : / un don « humanitaire » / aux enfants d’Irak

more and more Americans lost in the desert

FRANCE :

reculées sociales par le tout 82 % libéral Joseph-Antoine Chirac °
° cf Jacques Seillères (, patron des patrons).

KYÔKUS :

à un moment donné / un moment reçu : / haïku

Point dans l’univers / Haïku

à quoi comparer le haïku ? / tête d’épingle

luciole / dans la grande nuit de l’univers : / haïku

point irradiant / lumignon, / étoile / dans l’encre du monde : / haïku

Dans le senryû, lâchez-vous ! / Mettez-y tout ce qui ne va pas au haïku ! : les temps (différents du présent), les jeux de mots, le manque de saisons, …

Connecting words / to create a sparkle / called poetry
Connecter des mots / pour créer une étincelle / appelée poésie

instants vécus / instants haïkus

reproduire le plus exactement possible / l’étincelle-haïku

(L’)art du réel

Rire rend l’air léger / (la vie pèse moins) / – Insuffler cette énergie de légèreté

°
d. (juillet 03)

bonne, bons

4 juillet 2009 by danielpy

°

une bonne journée

ce sont de bons poèmes

des cinq coins de la terre

°

d.(11/1/01)

cerises

3 juillet 2009 by danielpy

°

des oiseaux dehors

dedans je prépare

des cerises

°

d.(3/7/09)

à la manière chinoise

3 juillet 2009 by danielpy

°

Le vent soulève le rideau

laissant entrer le soleil

Allongé je me repose et lis

d’anciens poètes chinois

°

d.(3/7/09)

Influence des grands courants religieux ou philosophiques sur la poésie japonaise

3 juillet 2009 by danielpy


par Karl Petit, dans La poésie japonaise, Seghers, 1959.
Introduction

p.41

À l’instar de la cérémonie du thé, de l’aménagement des jardins, de l’arrangement des fleurs et de la calligraphie, la poésie classique possède une profonde signification philosophique et esthétique restant lettre close pour le lecteur superficiel, et qu’il serait trop long d’exposer ici. Voilà l’explication du malentendu foncier existant entre Orient et Occident au sujet de la poésie et de la place d’honneur qu’elle occupe dans l’âme japonaise. Et vouloir comprendre entièrement l’une et l’autre serait vain si on les approchait avec une optique européenne et sans quelques notions des philosophies taoïste et surtout bouddhiste (Zen en particulier). En effet, la pensée de l’Occident étant à la fois de tradition hébraïco-chrétienne et gréco-romaine, et l’Extrême-Orient, d’influence indo-bouddhiste ou tao-confucianiste, il en dérive que les critères d’appréciation – tant en art qu’en littérature – se présentent à nous sous des angles bien différents. Aussi, faut-il, avant de clore cette introduction, souligner incidemment l’influence des grands courants religieux ou philosophiques sur la poésie japonaise, influence qui a mené parfois certains à prendre pour un art une moralité simple et froide.
L’influence du confucianisme au Japon, répandue à partir du XVIIè siècle par les sinologues, amena l’évocation de la vie paysanne ou artisanale dans la poésie.
Les enseignements de Lao-Tse et de Kung-Fu-Tse (Confucius) ont jeté l’anathème sur la guerre, d’où très peu ou pas de poèmes belliqueux dans la poésie ancienne.
Mais l’atmosphère toute de pureté et de délicatesse de sa poésie, le Japonais la doit indubitablement au noble esprit de Gautama, et plus spécialement à la secte bouddhique Zen. Le bouddhisme nippon – différent du bouddhisme chinois – est plus une “méthode” créatrice d’harmonie qu’une religion ou une philosophie. L’influence du pessimisme bouddhique est le caractère dominant de la littérature de l’époque féodale.
Un proverbe bouddhique dit encore : Tsuyu no inochi (La vie humaine est semblable à la rosée matinale). Ce “monde de rosée”, ce “monde flottant” où tout est éphémère, transitoire, est une expression que l’on trouve souvent dans le langage poétique. Et cette influence, on la remarque à un degré plus ou moins grand dans bon nombre de compositions de la période de Héian (VIIIè au XIIè siècle); on la note aussi à une époque plus récente.
Ainsi la concision et la simplicité du haïku procèdent de la doctrine ésotérique Zen dont l’esprit est fort bien exprimé par ces vers d’Issa (1763-1827) composés à la mort du dernier survivant de ses enfants :

Tsuyu no yo wa   Tsuyo no yo nagara.   Sari nagara.
(Admettons) que ce monde de rosée    Ne soit qu’un monde de rosée.    Ceci admis, pourtant…

Quel poète moderne utilisant le vers blanc aurait-il pu exprimer davantage en si peu de mots ? Et l’éminent japonologue Chamberlain de donner ce commentaire :”Il est admis que tous les phénomènes sont transitoires et sans valeur, comme la rosée qui tout de suite se sèche et disparaît. Toutefois, lorsque tout est dit et fait, nous ne pouvons totalement nous permettre de rejeter la vie et ses joies. On peut y déceler quelque élément de permanence, bien qu’il soit difficile de définir cet élément avec précision.” (in Japanese Poetry, London, 1910).
Quant au shinto ou shintoïsme qui s’intègre au bouddhisme japonais, c’est plutôt un “état d’âme”, abstraction faite de sa mythologie. Que ce soit dans une simple fleur ou dans une brindille d’herbe, partout se manifeste la Divinité. C’est l’expression panthéiste du shinto. Les allusions à l’antique déesse-soleil Amaterasu-Omikami témoignent aussi de son influence accidentelle dans la poésie.

(p.41-43).