Takahashi Shinkichi, 2/2 :

(p. 369 :)

(A propos du tanka et du haïku) : « Je les regarde de la même manière que je regarde des peintures antiques; je n’ai pas envie de composer ma poésie en les imitant. » Pour sa sensibilité, les tankas et les haïkus sont archaïques ou sont sur le point de devenir rapidement archaïques. (…) « Je soupçonne que le tanka et le haïku  seront absorbés par le vers libre, dans le futur. » En une autre occasion, plus impatient, il déclara : « Le tanka et le haïku appartiennent déjà au passé. »  (…) Les successeurs de Shiki essayèrent de moderniser le tanka et le haïku, mais ils ne réussirent pas complètement.

(p. 372 :) Shinkichi rejeta les formes de poésie fixes parce qu’elles semblaient trop restrictives. (…) Un poème court, intitulé : « Mots » :

« Les mots peuvent être de toutes sortes,

les formes peuvent être de toutes sortes, car

ce qui doit être saisi n’est qu’un ;

cela n’a rien à voir avec les mots ou la forme. »

Si le poème capture la vérité, Shinkichi ne se soucie aucunement des mots ou de la forme. Parce que la vérité est difficile – en fin de compte impossible – à saisir, il voulait le maximum de liberté de choix dans ses essais pour la mettre par écrit. Shinkichi  a eu très peu de choses à dire à propos de la forme et de la structure du vers libre. Il choisit d’écrire de la poésie en vers libres (« shi ») précisément à cause de la liberté d’expression qu’elle lui apportait; il n’aurait pas voulu restreindre cette liberté en favorisant une certaine forme ou structure à l’intérieur du vers libre. (…)

La raison principale pour laquelle ses poèmes sont courts a probablement à voir avec sa haute considération pour un processus créatif d’inspiration. Comme nous l’avons vu, il croit qu’un poème doit être composé par la force  de l’inspiration; il considère qu’un poème doit être essentiellement l’enregistrement spontané de « ce qui flottait dans mon esprit comme un nuage dans le ciel. » Vraisemblablement, l’inspiration, une compréhension intuitive de la vérité, est d’une courte durée.

Il a écrit un nombre significatif de poèmes d’une ou deux lignes. En voici deux exemples :

« Le soleil »

Le soleil rétrécit tous les jours.

(= 17 syllabes en japonais)

« Pomme-de-terre »

Dans une pomme-de-terre

il y a des montagnes et des rivières.

(= 20 syllabes en japonais)

Ces poèmes courts de Shinkichi diffèrent du haïku de style libre par la grammaire et la syntaxe. La langue du haïku  détruit volontairement les relations ordinaires entre les mots, de manière à pouvoir transmettre la vérité qu’on ne peut pas exprimer par des formulations logiques. Les poèmes courts de Shinkichi ne font pas cela ; généralement parlant, ils conservent la grammaire et la syntaxe normale de la prose japonaise. Chacun des trois poèmes courts mentionnés auparavant (avec « La mort » : « Personne n’est jamais mort. ») comporte une phrase complète, avec toutes ses relations linguistiques normales intactes. Il n’y a aucun moyen de les confondre avec des haïkus de style libre.

(p. 374 :) A la différence de Sakutarô, qui essaya de verbaliser les sentiments avant qu’ils ne deviennent des idées, Shinkichi attend que les sentiments se solidifient en idées , et il spécule à leur sujet. Dans ce respect, il est plus philosophe que poète, et quelques uns de ses poèmes ont effectivement l’air d’aphorismes.

(p. 375 :) Avec lui, un poème est le résultat de la méditation…

(p. 376 :) Il était d’abord, et avant tout, en recherche d’une vie spirituelle meilleure. Il a été poète, en deuxième lieu.

(p. 377 :) D’un point de vue du zen, chercher la vérité au moyen du langage est aussi impossible qu’essayer de terminer la tour de Babel. Après tout, les mots sont un produit de l’esprit, et l’esprit pensant ne représente qu’une partie – et pas essentielle – de la vie humaine. (…)

Le zen et le bouddhisme ont perdu beaucoup de leur attrait populaire en ces temps modernes. (…) Le bouddhisme est devenue plus qu’une religion nominale pour beaucoup de japonais.

(p. 378) Pour Shinkichi, la littérature est la plus utile quand elle aide les lecteurs dans leur quête de vérité religieuse, même si elle ne peut faire cela qu’indirectement. La littérature peut n’être qu’un substitut verbal de la vérité, mais elle peut un jour servir de catalyseur dans leur recherche. La poésie, en particulier, est capable de fonctionner comme un kôan zen, grâce à sa capacité d’être plus illogique, plus provocatrice, et plus éloignée de la réalité quotidienne que la prose. Dans la manière de penser de Shinkichi, la poésie est la plus utile quand elle agit comme un kôan – quand elle plonge l’esprit du lecteur dans un type de méditation zen.

(p. 379:) Le moment meurt aussitôt qu’il est verbalisé. (…) Même s’il échoue, le poète présentera quand même une apparence du moment ou au moins un enregistrement de ses efforts, et son essai pourra aider le lecteur dans sa propre quête spirituelle. Dans l’opinion de Shinkichi, là réside la seule utilité dont peut se targuer la poésie.

°

(tr. : dp.)

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