Conclusion à « Poètes japonais modernes » : M. Ueda – 1/2

(Extraits des pp. 381-95. :)

(p. 381 :)  Nous pouvons discerner quelques tendances générales qui sont caractéristiques de l’âge moderne.
Dans le tanka pré-moderne, écrire sur la nature signifiait écrire sur les fleurs de pruniers, les coucous, ou les herbes de la pampa – objets qui transmettaient une beauté raffinée, élégante. Les poètes de haïkus élargirent ce royaume en incluant des corbeaux, des mauvaises herbes, etc. ; cependant, généralement parlant, ils hésitaient à s’aventurer en dehors des sujets qui étaient considérés  comme traditionnellement poétiques. L’introduction de la poésie européenne au Japon du début de l’âge moderne changea cette convention. (…) l’exposition au réalisme occidental commença à miner cette attitude.

(p. 382 :) La poésie japonaise commença à s’adresser à des sujets intellectuels. (…)

Bien que l’on continue d’écrire de nombreux haïkus et tankas, la poésie japonaise en est venue, en général, à tolérer la raison discursive jusqu’à un point jamais connu auparavant.

D’un autre côté, beaucoup de poètes japonais sont restés sceptiques à propos de l’utilité de l’intellect comme moyen de saisir la réalité ultime. (…) Dans l’opinion de Santarô, la poésie est pré-intellectuelle : ce qu’un poète ressent par intuition se vérifie par la raison plus tardivement.

(p. 383 :) Une des raisons pour lesquelles les poètes japonais préfèrent ne pas distinguer rigidement entre le soi et le monde extérieur est leur concept panthéiste de la nature. (…) Aucune des religions traditionnelles au Japon n’a conçu l’identité humaine distincte des autres existences dans la nature; l’homme a toujours été considéré comme faisant partie de la nature et par conséquent capable d’y retourner. Le résultat est qu’au lieu d’observer objectivement son sujet, et de tracer ses contours, on attend d’un poète de s’immerger dans la nature et d’en capturer la vie de l’intérieur. (…)

Seisensui et Kôtarô reconnaissaient une force de vie fondamentale qui coulait à travers l’homme et l’univers, et tous deux considéraient cette force comme étant la source d’énergie première pour des activités créatrices.
(p. 384 :) Un cas extrême est celui de Shinkichi, qui, en tant que bouddhiste zen, refusait de distinguer entre n’importe quel objet dans la nature. Sa maxime : « Fusionnez votre esprit avec la nature » caractérise l’idée typiquement japonaise de la mimêsis.

(p. 385 :) Le poète, qui est un agent passif au moment de l’inspiration, assume lentement un rôle plus actif à mesure que la composition progresse.

(p. 386 :) L’inspiration et la composition ne sont pas antithétiques, () le résultat est des plus satisfaisants quand le coeur de la composition aide à donner à l’inspiration la meilleure forme verbale qu’elle peut possiblement prendre.

(…) Kenji () pensait qu’un poème pouvait être révisé n’importe quand parce que, selon lui, il n’y avait rien de tel qu’une forme définitive en poésie, ou en quoi que ce soit d’autre; toutes choses, croyait-il sont éternellement en mouvement. (…)

Les poètes japonais modernes ont formulé de nouveaux concepts à propos du processus créateur; en pratique aussi, généralement parlant, ils ont suivi les méthodes pré-modernes d’écriture de la poésie. Ils ont cependant étendu significativement le rayon d’action des effets esthétiques créés par la poésie. De nombreuses ambiances traditionnelles persistent toujours : le « makoto » et la sobriété de Shiki, la vérité d’Akiko, le « kokoro » de Takuboku, la sincérité de Kôtarô et la naturalité et la simplicité de Seisensui, sont tous des variations sur des idéaux esthétiques chéris par les poètes japonais depuis des siècles. Cependant les poètes modernes ont aussi créé quelques ambiances largement méconnues de la poésie pré-moderne. Elles semblent se rassembler en quatre zones principales : le sublime, le vigoureux, l’instructif et l’intellectuel.

(p. 387)

La vigueur est l’antithèse de « aware » () C’est la beauté d’un animal sauvage sain opposée à la beauté de « aware », qui se centre sur l’évanescence de la vie. Ses implications sont plus humanistes et moins d’un autre monde. (…)

Ce que j’ai arbitrairement désigné par « l’instructif » se réfère à des essais d’édification du lecteur pour le pousser à l’action. (…) Une inclusion si insistante de messages politiques, sociaux et moraux était inconnue dans la poésie japonaise pré-moderne. (…)

La poésie moderne a souligné le contenu intellectuel à un degré inconnu des lecteurs pré-modernes. Traditionnellement, les poètes de haïku et de tanka exécraient la spéculation intellectuelle, préférant travailler avec des sentiments crus avant que la raison n’interfère. Les poètes modernes laissent à l’intellection plus de place dans leurs oeuvres.

(p. 388 :) Généralement parlant le vers libre est plus capable de s’accommoder de la raison discursive, par conséquent il en est venu à produire une sorte de poème philosophique complètement nouveau dans la tradition poétique japonaise. (…)

(à suivre…)

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