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25 Haïkus (+ 3 waka…) tirés de R.H. Blyth – Printemps, p.414-423

16 octobre 2010

°
(p.414) :

nami no yoru . kojima mo miete . kasumi kana

Shôha

on voit de petites îles
et le ressac qui se brise autour d’elles
dans la brume

shinansha wo . kochi ni hikisaru . kasumi kana

Buson

le véhicule-compas s’en va
vers le pays des Barbares
dans la brume

ekisui ni . nebuka nagaruru . samusa kana

Buson

descendant la rivière Ekisui,
un poireau flotte –
quel froid !



haru nare ya . na mo naki yama no . asagasumi

Bashô

oui, le printemps est venu ;
ce matin une colline sans nom
voilée de brume


(p.415) :

un waka de Hitomaro, tiré du Manyôshû :

dans le ciel éternel
le mont Kagu,
et autour, ce soir,
des nappes de brouillard :
le printemps est arrivé, dirait-on

na no tsukanu . tokoro kawayushi . yamazakura

Koshun

dans des endroits sans nom,
donnant de la joie, d’adorables
fleurs de cerisiers sauvages

_
(p.416) :

kusa kasumi . mizu ni koe naki . higure kana

Buson

les herbes dans la brume,
les eaux maintenant silencieuses ;
c’est le soir



kaerimireba . yuki-aishi hito . kasumi keri

Shiki

me retournant,
l’homme croisé,
perdu dans la brume

kyô mo kyô mo . kasunde kurasu . koie kana

Issa

aujourd’hui aussi, aujourd’hui aussi,
vivant dans la brume –
une petite maison

ou (p.417) :

aujourd’hui aussi,
une petite maison, vivant dans la brume,
aujourd’hui aussi


(p.417) :

kyô mo kyô mo . kyô mo take miru . hioke kana

Issa

aujourd’hui aussi, aujourd’hui aussi,
aujourd’hui aussi regardant les bambous –
ce brasier !

kyô mo kyô mo . tako hikkakaru . enoki kana

Issa

aujourd’hui aussi,
aujourd’hui aussi, un cerf-volant
pris dans l’arbre-enoki

toku kasume . toku toku kasume . hanachi-dori

Issa

vite, deviens brumeux,
vite, vite, deviens brumeux ! :
relâchant un oiseau

uri-ushi no . mura wo hanaruru . kasumi kana

Hyakuchi

la vache que j’ai vendue,
quittant le village
dans la brume


(p.418) :

kozo urishi . ushi ni aikeri . aki no kaze

Ôemaru

rencontré la vache
que j’ai vendue l’an dernier :
vent d’automne

ôbune no . kobune hikiyuku . kasumi kana

Shiki

un gros bateau
tirant un petit bateau
dans la brume

kano momo ga . nagarekuru ka yo . harugasumi

Issa

cette pêche
flottera-t-elle jusqu’ici ?
brume de printemps


(p.419):

se no hikuki . uma ni noru hi no . kasumi kana

Buson

chevauchant
un cheval court sur pattes ;
jour de brume

furimukeba . hi tomosu seki ya . yûgasumi

Taigi

me retournant,
ils allument les lampes des barrières
dans la brume du soir


(p.420) :

kasumu hi ya . sazo tennin no . otaikutsu

Issa

jour de brouillard et de brume :
Les Habitants du Ciel
peut-être bien apathiques et s’ennuient

(à comparer avec le poème de Ritaihaku :)

cette nuit, me reposant au temple Hôchôji.
si je lève la main, je peux toucher les étoiles.
je n’ose pas parler fort,
de peur de déranger les Habitants du Ciel

tôkitaru . kane no ayumi ya . haru kasumi

Onitsura

la cloche distante –
comme elle bouge en venant
à travers la brume de printemps !


(p.421) :

kasumu hi ya . shinkan to shite . ôzashiki

Issa

jour de brume ;
la grande salle
déserte et calme

yûgasumi . omoeba hedatsu . mukashi kana

Kitô

brume du soir ;
pensant à des choses passées –
comme elles sont lointaines !


(p.422) :

harukaze ya . mugi no naka yuku . mizu no oto

Mokudô

brise de printemps ;
à travers l’orge
le bruit des eaux

harukaze ni . shiri wo fukaruru . yaneya kana

Issa

vent de printemps !
les jupes du couvreur
s’envolent

harukaze ya . ushi ni hikarete . zenkôji

Issa

brise de printemps !
menée par une vache
jusqu’au temple Zenkôji


(p.423 :)

haru no kaze . oman ga nuno no . nari ni fuki

Issa

comme l’habit d’O-Man
se soulève et bat,
la brise de printemps souffle

(à comparer avec ce poème du Zenrinkushû :)

dans le jardin luit la lune,
mais il n’y a pas d’ombre sous le pin ;
au dehors, la balustrade, pas de vent,
mais les bambous bruissent.

°

à suivre… (p.424)

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Blyth HAIKU vol 1, sect 5, 3. La langue japonaise

30 décembre 2009

°
(p.317-20 :)

Le chinois, c’est-à-dire l’ancien chinois, était le langage idéal du Zen, clair et bref, vraiment monosyllabique (le chinois moderne est disyllabique), et pour l’exprimer d’une manière plutôt irlandaise, il est entièrement non-ambigu quand vous en connaissez le sens. Par exemple :

Entrant dans la forêt, il ne dérange pas un brin d’herbe ;
entrant dans l’eau, il ne cause aucune ride.

Ceci décrit l’activité sans ego du poète ou du sage dans son rapport à la nature. Il y a dix syllabes, dix mots en tout, trois fois moins que dans la traduction. Littéralement on a :

Entrer forêt herbe non bouger;
entrer eau non naître ride.

Un autre, également du Zenrinkushû :

Le prunier dépérissant (de vieillesse) contient moins de printemps;
mais le jardin est plus grand, et contient plus de lune.

Le génie du langage japonais (c’est-à-dire jusqu’à récemment) était assez différent de celui du chinois. Non seulement on n’en distinguait, jusqu’à un certain point, pas le sujet, le prédicat et l’objet, non seulement la ponctuation en était pratiquement absente, mais les bords des mots même sont flous. Nous pouvons comparer l’anglais, le chinois et le japonais dans les traductions de la bible. L’anglais et le chinois correspondent par leur précision et leur majesté; par comparaison le japonais semble faible et insignifiant. Mais en fait cette imprécision du japonais correspond à quelque chose dans la vie dont la pensée hébraïque, c’est à dire le langage hébreu, l’anglais et le chinois manquent. Dans la vie il n’y a pas de sujet et de prédicat, de cause et d’effet fixes; pas d’important et de non-important, que nous nous illusionnons à supposer, et qui est implicite dans ces langues. Les choses ne commencent pas avec une majuscule ni ne finissent avec un point; il y a simplement un devenir incessant. La langue anglaise ne reconnaît pas cela; d’où la difficulté majeure du traducteur.
Comme exemple de poésie japonaise en prose, prenons ceci, tiré des Collected Works of Kashino, de Nakajima Hirotari, décédé en 1864 :

Ici et là les feuilles des arbres sont profondément teintées de jaune et de cramoisi, les herbes de la pampa bougent comme si elles saluaient quelqu’un, avec de longues manches – dans tel chemin montagneux de beauté, du milieu s’estompant peu à peu de la fleur (« maiden-flower ») et de l’orchidée, les chrysanthèmes commençant à fleurir, leurs branches courbées par la rosée oscillant, et par-dessus tout nous touchant par leur grâce et leur charme.

Ceci est beaucoup plus vague, ombreux, et coulant loin du lecteur dans l’original que dans la traduction; c’est aussi plus difficile. La beauté du style de l’original a quelque chose de la poésie de Ruskin à son meilleur, quand il décrit la nature; par exemple dans Modern Painters, quand il parle du lever de soleil sur les Alpes, comment les brumes

 » flottent dans des baies étales et des courants qui tournent autour des sommets isolés des collines les plus basses, encore non touchés par cette aube plus froide et calme qu’une mer sans vent sous la lune de minuit; regardent quand le premier rayon de soleil est envoyé sur les canaux argentés, comment l’écume de leur surface ondulante se sépare et disparaît, et en-dessous de leurs profondeurs gisent la cité brillante et les pâtures vertes, telle Atlante, entre les sillons blancs de rivières qui serpentent; les flocons de lumière tombant à chaque instant plus vite et plus larges parmi les spirales étoilées, tandis que les couronnées se rompent et disparaissent au-dessus et que les crêtes confuses et les bords des collines sombres raccourcissent leurs ombres grises sur la plaine.  »

Le haïku est resté remarquablement libre en ce qui concerne le langage; des expressions colloquiales, dialectiques, littéraires ou chinoises ayant été employées szpuis les temps reculés, et de manière croissante. En voici quelques exemples :

beta beta to mono ni tsukitaru haru no yuki

elle colle comme du beurre
sur toutes choses,
cette neige de printemps

Issa.

La nature suintante de la neige de printemps ressort par l’expression colloquiale beta-beta.

kiri-no-ki ya tekipaki chitte tsun to tatsu

Le paulownia
rapidement dépouillé de ses feuilles
bien net

Issa.

tekipaki est une expression colloquiale qui exprime la rapidité de la chute des feuilles du paulownia; tsun to, souvent traduit par « net »suggère l’aspect particulièrement formel de l’arbre.

haru no kaze yanagi ga nakuba fuku maizo

Si les saules n’ont pas de feuilles,
ne soufflez pas,
vents du printemps !

Johaku.

nakuba est une forme littéraire de nakattara :  » S’il n’y avait pas « .

shôjô to ishi ni hi no iru kareno kana

Désolément
le soleil se couche dans les rochers
sur la lande desséchée

Buson.

shôjô, solitaire, seul, est un mot chinois composé souvent utilisé dans lesshi, les poèmes chinois.

4) Les onomatopées (p.321-8).