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59 HAIKU d’hiver + 1 de printemps – Blyth – p.1231-1255

13 juin 2011

°
(p.1231 :)

réclusion hivernale;
la sarcelle
a l’habitude de la baignoire

Shiki

rivière en hiver;
y flottent
les fleurs offertes au Bouddha

Buson

la cascade s’assèche –
de l’eau goutte
sur les feuilles

Shimpû

°
(p.1232 : DIEUX ET BOUDDHAS)

Les bruits qui s’y sont mêlés
ont disparu :
reste le son du bol frappé

Chora

frappant le bol,
et buvant les gouttes de pluie
de mon visage

Raizan

°
(p.1233 :)

un enfant pleurant dans la nuit ;
nous franchîmes cette chaumière aussi
frappant les bols

Buson

endormant l’enfant,
et sortant frapper les bols –
l’obscurité

Buson

dépassant une maison
où l’on se marie –
frappant les bols

Kyoroku

frappant les bols,
les frères chantent
d’une même voix

Chora

°
(p.1234 :)

les lanternes –
encore plus pathétiques ;
prières hivernales

Buson

°
(p.1235 :)

dans les nuages
il y a des voix :
prières hivernales

Ryôta

les dieux s’en vont, l’on dirait ; *
hyororo, hyororo,
crient les milans

Issa

* Au 1er octobre, au Japon, tous les dieux quittent leur sanctuaire pour rejoindre le Grand Sanctuaire d’Izumo.



le dieu est absent;
ses feuilles mortes s’entassent,
tout est déserté

Bashô

°
(p.1236 :)

dans le temple Zen
des aiguilles de pin tombent;
le mois sans dieux

Bonchô

misérables
dieux de ma maison,
s’il vous plaît, accompagnez-les aussi !

Issa

faisant leur lessive
tandis que les dieux sont absents –
il pleut aussi aujourd’hui

Issa

°
(p.1237 :)

les Dix Nuits : *
toutes sortes d’imbéciles
ce soir de pleine lune

Issa

* du 15 au 26 octobre, les croyants de la Secte de la Terre Pure se rassemblent dans les temples pour réciter le Nembutsu.

tant qu’on y est,
polir la pipe ;
la cérémonie avancée

Issa

simple et honnête,
le serviteur
balaie aussi la neige du voisin

Issa

°
(p.1238 :)

le Bouddha sur la lande ;
du bout de son nez
pend un glaçon

Issa

debout sous la pluie froide
pour le salut d’autrui,
Bouddha de la compassion

Issa

°
(p.1239 : AFFAIRES HUMAINES)

nettoyage de printemps –
Dieux et Boudhas
dehors sur l’herbe

Shiki

santé et forces défaillantes ;
mes dents raclent
sur le sable des algues

Bashô

première pluie d’hiver ;
seulement pour aujourd’hui,
que d’autres aussi soient vieux !

Bashô

°
(p.1240 :)

allant acheter du riz,
le sac couvert de neige
comme mouchoir !

Bashô

ce feu de charbon;
nos ans déclinent
de la même manière !

Issa

°
(p.1241 :)

le feu couvert;
du profond de la nuit
on cogne à la porte

Kyoroku

le feu couvert :
plus tard, ce qui est dans la poêle
se met à bouillir

Buson

m’éveillant la nuit;
la lampe basse,
l’huile gèle

Bashô

°
(p.1242 :)

apportant des veilleuses
pour chaque chambre –
le brame du cerf !

Kyoshi

j’approchai le brasero
de mes jambes, mais mon coeur
en était loin

Buson

dans la guérite, de jour,
un brasero :
personne…

Shiki

°
(p.1243

dehors, un Seigneur
trempé jusqu’aux os –
moi, sous mon kotatsu *

Issa

* Petit brasero sur lequel on étend des couvertures sous lesquelles on positionne pieds et jambes.

°
(p.1245 :)

le kotatsu
qui veille sur mon ermitage
est ma principale icône

Jôsô

pour y écrire,
le kotatsu
est juste un peu trop haut

Ensui

°
(p.1246 :)

le grillon crie
de manière oublieuse :
ce brasero !

Bashô

agité,
l’esprit du voyageur –
ce brasero portable

Bashô

dix ans d’étude dans la pauvreté :
une couverture
élimée

Shiki

°
(p.1247 :)

réparant une déchirure
dans le kamiko *
avec quelques grains de riz cuit

Buson

* : sorte de par-dessus fin pour se protéger du froid, fait de papier froissé traité au jus de kaki.

un kamiko
montre les entrailles
du haïkaï

Shiki

chrysanthèmes se fanant;
chaussettes séchant sur la clôture :
un beau jour

Shiki

°
(p.1248 :)

réclusion hivernale ;
écoutant, ce soir,
la pluie dans la montagne

Issa

cinquante ans,
mais non, jamais,
réclusion hivernale

Issa

°
(p.1249 :)

sans mérite
sans culpabilité :
réclusion hivernale

Issa



réclusion hivernale;
de nouveau je vais m’appuyer
contre ce poteau

Bashô

réclusion hivernale;
sur le paravent doré
le pin vieillit

Bashô

°
(p.1250 :)

réclusion hivernale;
au plus profond de l’esprit,
les montagnes de Yoshino

Buson

montagnes vues aussi
par mon père, comme ceci,
dans son confinement hivernal

Issa

°
(p.1251 :)

quand je vois l’océan,
chaque fois que je le vois,
ô, mère ! *

Issa

* La mère d’Issa mourut quand il avait trois ans.

la flamme immobile,
ronde sphère
de réclusion hivernale

Yaha

réclusion hivernale;
il y a une question que je voudrais poser
à Sàkyamuni

Shiki

°
(p.1252 :)

un oiseau appelle;
le bruit de l’eau s’assombrit
autour de la nasse

Buson

un clair matin d’hiver;
le charbon est de bonne humeur :
il craque, crépite !

Issa

la nuit avance :
bruit du charbon
qu’on casse sur du charbon

Ryôta

°
(p.1253 :)

le soleil
dans l’oeil du faucon
revenu sur mon poing

Tairo

à cheval
mon ombre
rampe glacée

Bashô

le soleil brille
sur les pierres
de la lande desséchée

Buson

°
(p.1254 :)

le vieux calendrier
me remplit de gratitude
comme un soutra

Buson

soir sombre –
la couverture du calendrier
qui s’achève

Buson

°
(p.1255 :)

« les fabricants de gâteaux de riz
sont chez le voisin ! »
dit l’enfant

Issa

°
(p.1256-1265 : OISEAUX ET ANIMAUX : à suivre…)

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25 HAIKU d’hiver + 1 d’automne – Blyth – p.1201-1210

12 juin 2011

°
(p.1201 :)

beaucoup de parapluies
passent
ce soir de neige

Hokushi

si c’était mon enfant,
il ne vous accompagnerait pas,
cette nuit de neige !

Ukô-ni

°
(p.1202 :)

jour de neige ;
il est aussi le fils de quelqu’un,
ce contrôleur de fûts vides !

Kanri

lourde chute de neige –
on va fermer
la grande porte de la Barrière

Buson

°
(p.1203 :)

onze chevaliers
chevauchent dans la neige tourbillonnante
sans tourner la tête

Shiki

entrant de la neige tourbillonnante :
« Une chambre pour la nuit ! »
et il jette son épée dans un coin

Buson

logis refusé ;
les lumières d’une rangée de maisons
sous la neige

Buson

°
(p.1204 :)

la lampe nocturne noire de fumée,
la neige froide tombe
dans le soir

Etsujin

un seul parapluie
passe :
soirée de neige

Yaha

°
(p.1205 :)

indifférente au vent,
une feuille du paulownia
tombe

Bonchô

un bulbul chanta
puis se tut :
la neige tomba dans le soir

Arô

de temps à autre
il grêle;
le vent souffle fort

Shiki

°
(p.1206 :)

dans le bateau abandonné
la grêle
rebondit

Shiki

sortant rappeler le poissonnier
invisible ;
la grêle se mit à tomber

Bonchô

°
(p.1207 :)

si sérieusement majestueux
le bruit de la grêle
sur mon chapeau de cyprès

Bashô

les grêlons
brillent en rebondissant des rochers
de la Montagne Rocheuse

Bashô



Comme elle est lourde la pluie
sur le chapeau volé
à l’épouvantail !

Kyoshi

tempête de montagne :
la grêle pénètre
dans l’oreille du cheval

Tairo

°
(p.1208 :)

sur le pont
le bruit de la grêle
est sombre

Shiki

Voyez, enfants,
les grêlons !
Sortons voir !

Bashô

la grêle
vole dans le feu
aussi vite que ses pattes peuvent la porter

Issa

°
(p.1209 :)

dans la pierre-à-encre
du temple de la montagne,
le premier gel est précoce

Buson

je m’éveillai soudain
avec la glace nocturne
quand le pot à eau éclata

Bashô

une mare
au fond de la forêt ;
la glace est épaisse

Shiki

°
(p.1210 :)

je brûlai
le pinceau gelé
à la flamme de la lampe

Tairo

un rat s’approche
de l’huile gelée
de la lampe

Buson

°
(p.1211 : à suivre…)

32 HAIKU d’hiver + 1 d’automne – Blyth – p.1146-1160

10 juin 2011

°
(p.1146 :)

la lumière de la chambre voisine
s’éteint aussi :
nuit froide

Shiki

après avoir tué l’araignée,
solitaire
nuit froide

Shiki

mère et moi
attendant ma jeune soeur ;
cette nuit froide

Shiki

un pasteur,
quatre ou cinq croyants;
une nuit froide

Shiki

une nuit de froid glacial ;
le bruit des rapides
changea plusieurs fois

Shiki

mes voisins me haïssent,
qui raclent leurs casseroles
cette nuit d’hiver !

Buson

°
(p.1147)

mes os
sentent les couvertures;
nuit de gel

Buson

un seigneur passa :
après lui,
le froid !

Shiki

°
(p.1148 :)

franchissant le mont Shirane
après avoir vu une merde de renard –
quel froid !

Shiki

voix de gens
qui passent à minuit :
quel froid !

Yaha

°
(p.1149 :)

ce jour d’hiver,
il fait chaud au soleil –
mais il fait froid !

Onitsura

atteignant le portail
la cloche du temple Mii
se fige

Issa

°
(p.1150 :)

même pris
sous la meilleure lumière,
il a l’air frigorifié

Issa

(: auto-portrait.)

°
(p.1151 :)

même vue de dos
sa tête
semble froide

Issa

regardée très favorablement,
c’est une tête
froide

Issa

regardée très favorablement,
c’est une tête
sans forme

Issa

regardée très favorablement,
c’est une ombre
froide

Issa

regardée très favorablement
c’est une attitude
froide

Issa

°
(p.1152 :)

une nuit de larmes à glacer les entrailles :
le son de la rame
frappant la vague

Bashô

« je suis seul », dis-je.
il le consigna dans le registre ;
quelle nuit froide d’automne !

Issa

°
(p.1153 :)

soir d’hiver :
l’aiguille a disparu –
comme c’est terrible !

Baishitsu

le voleur a disparu
par les toits –
froide nuit d’automne

Buson

la cloche du temple sonne
à cause d’un voleur :
bosquet d’hiver

Taigi

°
(p.1154 :)

hiver ;
une jeune courtisane
grattant la suie d’une casserole

Issa

le saumon séché,
et l’émaciation de Kûya * aussi,
à la saison la plus froide

Bashô

* Saint Kûya (902-972)

°
(p.1155 :)

l’année s’en va :
une rue d’artisans –
tous les sons cette nuit !

Goshin

l’année qui s’en va ;
je cachai mes cheveux gris
à mon père

Etsujin

°
(p.1156 :)

je suis jaloux
de celui qu’on réprimande :
fin de l’année

Issa

même ainsi, même ainsi,
soumis devant l’Au-delà –
fin de l’année

Issa

°
(p.1158 :)

l’année s’achève :
je porte toujours chapeau
et sandales de paille

Bashô

°
(p.1159 :)

depuis que Bashô a quitté ce monde,
pas encore ne s’est
« achevée l’année  »

Buson

°
(p.1160 :)

« aboie, allons, aboie ! »
le chien aussi hâte l’an
avec le reste des convives

Issa



trois hommes se rencontrent
pour le réveillon du Nouvel An,
et se querellent

Bashô

°
(p.1161 : à suivre…)

46 HAIKU de la préface au T. IV de HAIKU – Blyth – p.978-993

31 mai 2011

°
(p.978 :)

faisant du calme
mon seul compagnon :
solitude hivernale

Teiga

°
(p.981:)

regardant attentivement –
une bourse-à-pasteur
fleurit sous la haie

Bashô

dans le radis amer
qui me pique, je sens
le vent d’automne

Bashô

°
(p.982 :)

au sixième mois
le mont Arashi
pose des nuages à son sommet

Bashô

éclairs estivaux !
hier à l’est
aujourd’hui à l’ouest

Kikaku

on peut voir maintenant
quelques étoiles –
et grenouilles de coasser

Yayu

°
(p.983 :)

jetant les cendres,
les blanches fleurs de prunier
se troublèrent

Bonchô

le printemps bientôt fini,
la rose jaune blanchit,
la laitue devient amère

Sôdô

°
(p.984 :)

des fleurs de prunier ici et là,
il fait bon aller vers le nord,
il fait bon aller vers le sud

Buson

fleurs de colza ;
n’allant pas voir le prêtre,
passant juste à côté de chez lui

Buson

prétendant faire exprès
et traversant un temple –
la lune brumeuse

Taigi


(p.985 :)

élevant la hache
pour la couper –
elle bourgeonnait

Shiki

affûtant la faucille,
l’ansérine
a l’air de s’affliger

Meisetsu

froid matinal ;
les voix des voyageurs
qui quittent l’auberge

Taigi

°
(p.986 :)

des voyageurs
s’enquièrent du froid de la nuit
de leurs voix endormies

Taigi

sur le point de saisir l’eau,
je la sentis entre mes dents :
l’eau de la source

Bashô

le cheval rabat ses oreilles en arrière ;
les fleurs du poirier
sont froides

Shikô

ces fleurs de prunier,
comme elles sont rouges, rouges,
oui, si rouges !

Izen

°
(p.987 :)

le long du rivage
tombent les vagues, tombent et sifflent,
tombent et sifflent

Izen

à travers les cèdres
ouf, ouf, ouf,
souffle la brise

Izen

jour le plus chaud de l’année ;
le seul chapeau que j’avais :
volé !

Issa

nuit chaude ;
dormant au milieu
de sacs et de bagages

Issa

claire de lune d’automne :
des poux de mer courent
sur les pierres

Tôrin

°
(p.988 :)

dans la brise printanière
le héron neigeux vole blanc
entre les pins

Raizan

des souriceaux dans leur nid
couinent en réponse
aux jeunes moineaux

Bashô

herbes d’été ;
sur le sentier qui mène au temple de montagne,
des statues en pierre du Bouddha

Gojô

°
(p.989 :)

un coucou chante
parmi les ombres du soir ;
aucun bruit de bûcheron

Kozan

algues vertes ;
dans le creux des rochers,
la marée oubliée

Kitô

un temple de montagne ;
de l’eau claire coule sous la véranda,
de la mousse sur les bords

Kitô

élevant ses cornes,
le troupeau regarde les gens
sur la lande estivale

Seira

°
(p.990 :)

labourant le champ,
pas un oiseau ne siffle
à l’ombre de la colline

Buson

la cascade
tombe en rugissant
dans la verdure luxuriante

Shirô

combien de papillons
ont-ils franchi
ce mur de toit ?

Bashô

à l’aube
les baleines mugissent ;
une mer gelée

Gyôdai

°
(p.991 :)

à côté,
on a cessé de piler le mortier :
froide pluie nocturne

Yaha

le goutte-à-goutte
du seau à savon cesse :
la voix du grillon

Bonchô

le bruit de la carpe,
l’eau légèrement sombre,
les fleurs de prunier blanches

Uryû

jour de printemps ;
on ouvre les portes coulissantes
du grand temple

Gusai

ici et là
des grenouilles coassent dans la nuit,
des étoiles brillent

Kikaku

°
(p.992 :)

la pluie d’hiver
tombe sur l’étable ;
la voix du coq

Bashô

le jour s’assombrit,
gens du printemps qui descendent
du temple Mii

Gyôdai

un printemps non vu par les hommes –
au dos du miroir,
un prunier en fleur

Bashô

le coucou !
la terre des rizières colle
aux supports des sabots

Bonchô

°
(p.993 :)

un coucou siffle ;
entre les arbres,
une tour d’angle

Shihô

champs pour semer des haricots,
appentis à bois –
rien que des endroits célèbres

Bonchô

dans la tempête hivernale
le chat ne cesse
de cligner des yeux

Yasô

°
(p.994 : à suivre)

7 HAIKU d’été – Blyth – p.771-773

11 mai 2011

°
(p.771 :)

hototogisu . koe yokotau ya . mizu no ue

Bashô

le cri du coucou
passe – ah ! obliquement
sur l’eau

sate wa ano . tsuki ga naita ka . hototogisu

Baishitsu (1768-1852)

Quoi ? Fut-ce la lune
qui chanta ?
un coucou !

°
(p.772 :)

chôchin no . shidai ni tôshi . hototogisu

Shiki

s’éloignant de plus en plus
la lanterne :
la voix du coucou !

yamadera ya . hirune no ibiki . hototogisu

Shiki

du temple de montagne
des ronflements à mi-journée
et la voix du coucou

uo hanete . mizu shizuka nari . hototogisu

Gonsui (1646-1719)

une carpe saute ;
l’eau redevient lisse ;
la voix du coucou

(trad. Munier :
la carpe fit un bond
et l’eau de nouveau lisse –
chant du coucou)

°
(p.773 :)

hototogisu . kao no dasarenu . kôshi kana

Yaha (1662-1740)

un coucou –
j’essayai de voir,
mais le treillis !…

aruki nagara . karakasa hoseba . hototogisu

Issa

marchant le parapluie fermé,
le séchant –
la voix du coucou

°
(p.774- à suivre…)

22 HAIKU d’été (+ 1 d’automne) – Blyth – p.731-742

5 mai 2011

°
(p.731)

hitotsu nuide . sena ni oikeri . koromogae

Bashô

en enlevant un
et le portant sur mon dos :
le changement d’habits

kojiki kana . tenchi wo kitaru . natsugoromo

Kikaku

le mendiant !
il a Ciel et Terre
pour habits d’été

°
(p.732 :)

koromogae ya . karasu wa kuroku . sagi shiroshi

Chora (1729-1781)

changement d’habits –
le corbeau est noir
le héron, blanc

hirune shite . te no ugokiyamu . uchiwa kana

Taigi

sieste dans la journée –
la main arrête d’agiter
l’éventail

(trad. de R. Munier, in Haïku, Fayard, 1978, p.76 :
Un léger somme –
la main s’arrête qui agitait
l’éventail
)

nikai kara . yanebune maneku . uchiwa kana

Shiki

D’en haut, faisant signe
à une péniche,
l’éventail

°
(p.733 :)

me ni ureshi . koigimi no sen . mashiro naru

Buson

contentant tant l’oeil,
l’éventail blanc si pur
de toi que j’aime tant

yamamizu ni . kome wo tsukasete . hirune kana

Issa

Je fais la sieste,
laissant l’eau de la montagne
battre le riz

°
(p.734 :)

hototogisu . akatsuki kasa wo . kawasekeri

Kikaku (1660-1707)

un hototogisu chante –
à l’aube
on me fait acheter un parapluie

hiya-hiyato . kabe wo fumaete . hirune kana

Bashô

sieste à midi :
posant mes pieds contre le mur,
fraîcheur

°
(p.735 :)

« Sans Réalité (: sincérité, fidélité à la nature, vérité,) il n’y a pas de haïkaï. »
Onitsura. (1660-1738)

motaina ya . hirune shite kiku . taue-uta

Issa

durant ma sieste de mi-journée,
j’entends le chant des planteurs de riz,
et me sens plutôt honteux

shinanoji ya . ue no ue ni mo . taue-uta

Issa

route de Shinano :
plus haut, toujours plus haut,
le chant des planteurs de riz

°
(p.736 :)

sazanami ni . ushiro fukaruru . taue kana

Taigi (1709-1772)

plantant le riz –
vaguelettes,
le vent souffle par derrière

waga kasa ya . taue no kasa ni . majiriyuku

Shikô (1664-1731)

passant,
mon kasa et celui des planteurs de riz
se mélangent

°
(p.738 :)

fûryû no . hajime ya oku no . taue-uta

Bashô

l’aube de la poésie :
le chant des planteurs de riz
dans la province d’Ôshû

okurare-tsu .okuri-tsu hate wa . kiso no aki

Bashô

prenant congé des gens,
étant raccompagné ;
l’automne à Kiso

°
(p.739 :)

yuku haru ya . tori naki uo no . me wa namida

Bashô

le printemps s’en va :
les oiseaux pleurent,
larmes dans les yeux des poissons

yabu-kage ya .tatta hitori no . taue-uta

Issa

dans l’ombre du fourré,
une femme pour elle-même
chante le chant des planteurs

°
(p.740 :)

yabumura ya . bimbô narete . yûsuzumi

Issa

un hameau retiré ;
habitués à leur pauvreté,
assis dans le frais du soir

(trad de R. Munier, Haïku, p.78 :
Hameau perdu –
habitués à leur misère
ils prennent le frais dans le soir)

mi no ue no . kane to mo shirade . yûsuzumi

Issa

fraîcheur du soir ;
ne sachant pas que la cloche
sonne notre glas



mi no ue no . kane to shiritsutsu . yûsuzumi

Issa

fraîcheur du soir
sachant que la cloche
sonne notre glas

°
(p.741 :)

 » Voir est voir directement. Hésitez, pensez-y, et vous vous êtes fourvoyé. »

Ryûtan Sôshin.

sara hachi mo . honokani yami no . yoisuzumi

Bashô

assiettes et bols
faiblement au crépuscule,
dans la fraîcheur du soir

°
(p.742 :)

yûsuzumi . abunaki ishi ni . noborikeri

Yaha (1662-1740)

fraîcheur du soir ;
grimpant sur un
dangereux rocher

tsuki to ware . bakari nokorinu . hashisuzumi

Kikusha-ni (f. 1752-1826)

fraîcheur sur le pont ;
la lune et moi
restons seules

(tr. R. Munier,Haïku, p.78 :
Prenant le frais sur le pont –
la lune et moi
demeurons seuls)

°
(à suivre, p.743)

20 HAIKU de printemps – Blyth – p.556-561 (Arbres et fleurs)

15 janvier 2011

°
(p.556-640 :)
ARBRES ET FLEURS

tsubaki ochi . tori naki tsubaki . mata ochiru

Baishitsu

une fleur de camélia tombe;
un coq chante;
une autre tombe

tori naite . akaki ko-no-mi wo . koboshikeri

Shiki

des oiseaux chantent
et font tomber
des baies rouges

hitotsu ochite . futatsu ochitaru . tsubaki kana

Shiki

un tombe –
deux tombent –
camélias

(note de R.H. Blyth : « Plus le verset devient simple, plus le sens est fort, pur et profond. »)

ochizama ni . mizu koboshikeri . hana tsubaki

Bashô

la fleur du camélia
tombe,
renversant son eau

°
(p.557 :)

oto nashite . tatami e ochiru . tsubaki kana

Shirao

la fleur de camélia
tombant sur le tatami
produit un son

hakisôji . shite kara tsubaki . chiri ni keri

Yaha

après qu’on a
nettoyé le jardin,
quelques camélias tombent

ochinan wo . ha ni kakaetaru . tsubaki kana

Shôha

La fleur de camélia
allait tomber,
mais se prit dans ses feuilles

°
(p.558 :)

mizu irete . hachi ni uketaru . tsubaki kana

Onitsura

y versant de l’eau,
le vase reçut
le camélia

nagare ezaru . mizu no yodomi no . tsubaki kana

Shiki

dans le marigot,
l’eau qui ne pouvait s’écouler ;
des camélias

°
(p.559 :)

shrotsubaki . otsuru oto nomi . tsukiyo kana

Rankô

toute la soirée un seul bruit :
la chute
des fleurs blanches de camélia



akatsuki no . tsurube ni agaru . tsubaki kana

Kakei

à la surface du seau du puits
à l’aube,
un camélia

yanagi ari . funematsu ushi no . nisanbiki

Shiki

un saule –
et deux ou trois vaches
attendant le bateau

°
(p.560 :)

kishi kuzurete . kouwo tamarinu . kawayanagi

Shiki

où la falaise s’est affaissée
des petits poissons s’assemblent
sous le saule de la rivière



hashi ochite . ushiro samushiki . yanagi kana

Shiki

le pont est tombé;
sous le saule,
il fait seul



machi-naka wo . ogawa nagaruru . yanagi kana

un cours d’eau
traversant la ville
et les saules tout du long

°
(p.561 :)

massugu ni . horiwari tôki . yanagi kana

Shiki

dans la distance
la ligne droite du canal
et les saules

ômon ya . yanagi kabutte . hi wo tomosu

Shiki

allumant les lampes
de la Grande Porte,
un saule au-dessus de lui

shigohon no . yanagi torimaku . koie kana

Shiki

quatre ou cinq saules
entourant
une petite maison

ara ao no . yanagi no ito ya . mizu no nagare

Onitsura

Comme ils sont verts
les fils du saule
sur les eaux glissantes !

hito-gomi no . naka e shitaruru . yanagi kana

Rôka-Shônin

tombant
au milieu de la foule,
les branches du saule

°
(suite, p. 562-)

11 Haïkus de printemps – Blyth – Affaires humaines, p.476-481

24 octobre 2010

°

mizu ni chitte . hana nakunarinu . kishi no ume

Buson

un prunier sur la rive :
tombant sur l’eau
ses fleurs disparaissent

°

hata utsu ya . ugokanu kumomo . nakunarinu

Buson

cultivant le champ :
le nuage qui ne bougeait jamais
est parti

°

kumo mushin . nanzan no shita . hatake utsu

Shiki

les nuages distants,
il cultive le champ
sous les montagnes du sud

°
(p.477 :)

nawashiro ya . niô no yôna . ashi no ato

Yaha

comme si les Rois Deva
avaient marché dans la plantation de riz :
ces empreintes de pas !

°

nawashiro ya . tanzakugata to . shikishigata

Shiki

les plants de riz :
le rectangle d’un tanzaku,
le carré d’un shikishi

« Un tanzaku est une bande de papier rigide utilisé pour écrire des poèmes. Un shikishi est un carré de papier épais pour les peintures (…) » (R.H. Blyth).

°
(p.478) :

nawashiro ya . kohebi no wataru . yûhikage

Shiki

sortant dans le jardin
j’ai planté quelques graines,
convalescent

°

samazuke ni . sodateraretaru . kaiko kana

Issa

Les élevant,
ils appellent les vers à soie
« Monsieur »

°
(p.480 :)

kamidana no . hi wa okotaraji . kaiko-doki

Buson

même au temps des vers à soie
ils ne négligent pas
les lampes de l’autel domestique

°

sanmon wo . dereba nihon zo . chatsumi-uta

Kikusha

sort par le portail du temple,
la chanson des cueilleurs de thé :
c’est le Japon !

°
(p.481 :)

suge-gasa wo . kite kagami miru . chatsumi kana

Shikô

cueillette des feuilles de thé :
essayant son kasa de roseau,
elle se regarde dans le miroir

°

rofusagi ya . toko wa yuima ni . kakekaeru

Buson

fermant l’âtre,
je remplace la peinture dans l’alcôve
par une de Yuima

« Quand on ferme l’âtre, au printemps, on change la peinture dans le tokonoma, l’alcôve. Le printemps est arrivé avec toute sa joie et son activité, mais nous disons au-revoir à l’âtre, ce vieil ami, et un léger sentiment de solitude nous envahit. Pour cette raison il choisit une peinture de Yuima, malade parce que le monde entier était malade, et qui, quand on lui demanda la signification des choses, répondit par le silence. (…) » R.H. Blyth.

°

(À suivre : Printemps – Oiseaux et animaux – p.482-555 : 197 haïku et 8 waka. )