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« Le rire dans le haiku japonais » par Nobuyuki Yuasa

22 février 2013

Tiré de « Haijinx » Vol. I, n° 1 (printemps 2001), et d’après Rediscovering Bashô – une célébration de son tricentenaire, Global Books, 1999 :

« Le rire dans le haiku japonais »
par Noboyuki Yuasa,
fait partie d’un recueil d’essais qui détaillent les influences de Bashô sur le haïku d’aujourd’hui:

°°°

On conçoit généralement de nos jours que le rire appartient au domaine du senryû et que même un sourire n’est qu’accidentel dans le haïku. Il y a en effet beaucoup à dire pour la défense de ce point de vue habituel. Le haïku s’est formé à partir du hokku, poème initial de versets liés, requérant plus de dignité et de profondeur que le restant des poèmes de la chaîne, tandis que le senryû s’est formé à partir des « hiraku », les strophes comme simples membres de la partie centrale de la chaîne où l’on attendait plus d’esprit et d’imagination. On a aussi considéré généralement deux choses comme essentielles au haïku : le « kigo » , un « mot-de-saison » qui donne de l’élégance au poème, et le « kireji », un « mot-de-coupe » qui élève le statut du poème en lui donnant son indépendance syntaxique et son pouvoir émotionnel. Ni l’un ni l’autre ne sont nécessaires dans le senryû. De plus, on dit que les traits caractéristiques du senryû se trouvent dans la peinture (description) de « jinji », les affaires humaines, normalement de manière comique, et dans l’utilisation franche de « zokugo », des termes vulgaires.
Ayant dit cela, je ne peux cependant pas m’empêcher de questionner cette vue traditionnelle. Quand Yamazaki Sokan (1460-1540) et Arakida Moritake (1473-1549) initièrent le « haikai no renga », à l’ère Muromachi, celui-ci fut intentionnellement créé comme une révolte contre la tradition élégante du waka et du renga. Ceci étant suggéré par le titre même de l’anthologie qu’édita Sokan : Inu Tsukuba Shu, « Inu » signifiant « chien » et « Tsukuba » n’étant pas uniquement une métaphore du waka, mais également le titre de l’anthologie de renga compilée par Nijo Yoshimoto (1320-1388). Un exemple de l’anthologie de Sokan nous convaincra facilement de la « chiennerie » de sa poésie :

Sirote tes larmes –
Il n’y a rien pour moucher ton nez
dans ce mois sans dieux

Dans le japonais original, puisque « sans dieux » et « sans papier » se prononcent de la même manière, il y a là un jeu de mots qui impressionne le lecteur par son esprit. D’après les critères actuels, c’est probablement plus du senryû que du haïku. Pourtant, il fut choisi pour cette anthologie par le poète que l’on considère habituellement comme le père de la tradition du haïku. On peut voir le même esprit dans le poème suivant, de Sokan lui-même :

Dans la pleine lune
fourrez un manche, cela fera
un superbe éventail

Ce poème est iconoclaste au sens où la pleine lune, considérée traditionnellement comme l’incarnation même de la beauté élégante est ramenée du ciel à la terre. Cependant le poème n’est pas sans posséder quelque beauté, parce que lune et éventail mettent en valeur la fraîcheur du soir.

Un exemple de Moritake, maintenant :

Le saule vert
peint un sourcil sur le visage
d’une berge

Ce poème, à mon avis, est plus traditionnel que celui de Sokan en ce qu’il décrit une belle scène printanière, mais l’emploi hardi d’une métaphore le « distingue » de la poésie traditionnelle. On lit le poème d’une double façon, car derrière le saule nous voyons le visage d’une femme avec de beaux sourcils.

Cette tradition ouvertement comique, débutée avec Sokan et Moritake, fut d’une certaine manière révisée dans les premières années de l’ère d’Edo par Matsunaga Teitoku (1571-1653) qui essaya d’élever le « haikai no renga » du niveau d’une rébellion infantile. Il dit dans Tensui Sho que puisque le « haikai » est une forme de « waka », il ne faudrait pas le rabaisser au rang de poésie vulgaire. Mais Teitoku ne renia pas le rire. Il essaya plutôt de l’affiner. Un de ses disciples, Saito Tokugen (1559-1647) compara le renga au No et le haikai aux « kyogen » (interludes comiques joués entre les pièces de théâtre No), disant que tout ce qui était « inférieur », comme le kabuki, devrait être banni. Voici un poème de Teitoku qui montre la différence existant entre lui et les poètes le précédant :

Les boulettes aux fleurs
elles semblent préférer, toutes ces
oies sauvages qui s’en retournent

Teitoku provoqua souvent le rire en utilisant une expression proverbiale à un endroit inattendu. Dans ce poème, le proverbe populaire « des boulettes plutôt que des fleurs » sert à expliquer pourquoi les oies sauvages retournent au nord quand le printemps arrive au Japon.

Teitoku réussit, sans aucun doute, à chasser la vulgarité du haïkaï. D’un autre côté, il est indéniable que sa poésie devint quelque peu pédante : plus savante mais moins imaginative que celle de ses prédécesseurs. Cette tendance fut vivement attaquée par Nishiyama Sôin (1605-1682). Celui-ci forma avec ses disciples un groupe appelé « Danrin », ce qui signifie « forêt loquace ». Ce nom suggère que son groupe était plus proche de la vie des gens du commun. Par suite de cela, ils s’éloignèrent de la pédanterie de Teitoku, infusant à leur poésie un esprit de plus grande liberté. Voici un poème de Soin :

les ayant regardé longtemps
je chéris les fleurs, mais, ah,
la douleur dans mon cou !

Derrière ce poème nous voyons le tanka de Saigyo :

Les ayant regardé longtemps,
je chéris les fleurs si tendrement
que quand elles se dispersent
je ressens d’autant la tristesse
de leur faire mon dernier adieu

Nous devons ici admettre que, dans une certaine mesure, le poème de Soin est iconoclaste, mais d’une qualité autre que celui de Sokan. Le but de Sokan, nous l’avons vu, était de détruire le monde élégant du waka, tandis que celui de Soin était plutôt de présenter une scène humoristique. Je crois pouvoir dire que Soin fut le premier poète à découvrir la légitimité du rire dans le « haikai no renga ». Je pense que c’est ce que Okanichi Ichu (1639-1711) ressentait quand il disait dans Haikai Mokyu que l’essence du haikai est le rire (kokkei). Selon lui, le haïkaï devait s’écrire « sans rime ni raison », c’est-à-dire avec « des mots qui sortent spontanément de la bouche pour plaire à l’auditeur. »

Noboyuki Yuasa.

Compte-rendu du kukaï (n°75) de Paris

17 février 2013

Résultats du kukaï de Paris n° 75, du 16 février 2013.

°°
Bonsoir !

Tout d’abord, Mme Hiro Hata, nous informa que le 16 février est le « Saiigyoh ki », le jour anniversaire de Saigyo(h) Hoshi, poète et bonze. Né en 1118 et mort le 16 février 1190. De lui on se souvient particulièrement de son célèbre waka (écrit plusieurs années avant sa mort) :

Negawaku wa
Hana no shita nite
Haru shinan
Sono kisaragi no
Mochidzuki no koro

Puisse le ciel
Me faire mourir au printemps
Sous les fleurs de cerisiers
Au deuxième mois
Quand la lune est pleine

Le ciel exauça son vœu, et il mourut ainsi le jour anniversaire de la mort du Bouddha.

Bashô tenait Saigyo en très haute estime, fut souvent « inspiré » par lui, et entreprit son Périple vers le Nord profond, sur ses traces.

°°

En présence de 17 personnes, 51 haïkus ou senryûs furent échangés. 24 d’entre eux obtinrent une ou plusieurs voix :

°

Avec cinq (5) voix :

Adelina / je réapprends à mon père / le nom de sa mère

: Monique Coudert ;

cerises laquées / lui offrir ma bouche / à croquer

: Cécile Duteil ;

Lac étale, / froissé / par deux canards

: Danièle Étienne-Georgelin.

°

Avec quatre (4) voix :

ciel clair – / un temps / à s’envoler

: Valérie Rivoallon ;

et

Nuit de carnaval / L’étrange beauté d’un masque / Gardien d’un secret

: Isabelle Ypsilantis

°

Avec trois (3) voix :

Soir de la Saint-Valentin / Les lumières du restaurant / Vide

: Oriane Oberndorfer.

°

Avec deux (2) voix :

le saule / sa / danse du vent /

: Daniel Py ;

Les ombres / Se reflètent sur l’eau calme / – Pudeur du soir

: Noémie Guibert ;

L’hiver et pourtant / Dans l’air le parfum / Des mimosas

: Isabelle Ypsilantis ;

Nouvelles lunettes – / elles me font pleurer / quand je vois leur prix !

: Patrick Fetu ;

Saint-Valentin – / des petits cœurs sur le papier / hygiénique

: Valérie Rivoallon ;

et :

Sur la mer / le vent à rebrousse-poils – / Moutons d’écume

: Gwenaëlle Laot.

°

Avec une (1) voix :

goutte de parfum / dans le creux du cou / volatilisée

: Cécile Duteil ;

Hall de gare – / Les soubresauts du chien errant / dans son sommeil

: Meriem Fresson ;

j’éteins la lampe / pour écouter la nuit / en l’attendant

: Monique Coudert ;

Mer agitée – / les rochers deviennent / les tremplins des vagues

: Gwenaëlle Laot ;

neige à perte de vue / au-dessus / le panache de la centrale atomique

Roselyne Fritel ;

pas un souffle / dans l’air diaphane / les éoliennes traînent des ailes d’albatros

: Roselyne Fritel ;

Rentrée des classes – / il sifflote sur le chemin / l’ado au fusil

: Françoise Lonquety ;

Repas de famille / Entre les plats on commente / les premiers pas

: Gwenaëlle Laot ;

seul à skis / dévalant la pente immense / les sapins m’observent

: Philippe Bréham ( ? ) ;

Sur le bitume glacé / les coups saccadés / d’une canne

: Lydia Padellec ;

Table voisine – / il assassine son bordeaux / à coups de glaçons

: Patrick Fetu ;

Un, deux, trois / quatre flocons et encore un / sur le nez du bonhomme de neige !

: Lydia Padellec..

et :

Vu du ciel – / l’ombre définitive / des pins calcinés

: Françoise Lonquety.

°

Sans voix (mais avec commentaires !…) :

pêche – / plus de haïkus / que de poissons

: Valérie Rivoallon ;

et :

Première signature – / je demande son stylo / à la lectrice

: Meriem Fresson.

°°°

Philippe Bréham nous a fait part de son ouvrage nouvellement paru : Le Vent du Temps qui passe, contes et haïkus, éd. SAN, nov. 2012. disponible chez http://www.assosan.fr (prix conseillé : 15,90 €).

Tierra de Nadie (mouches, moines et papillons), haïkus de Salim Bellen (traduits de l’espagnol par Josette Pellet et Daniel Py), y a été également proposé. Il est disponible chez http://www.editions-unicite.com ou directement chez l’éditeur, François Mocaer, contre un chèque de 13 € au 46, ave. Jean-Jaurès, 93110 Rosny-sous-Bois.

Merci !

°°°

Les prochains kukaïs de Paris se tiendront les :
samedi 16 mars à 16 h 30 au bistrot d’Eustache (n° 76)
samedi 6 avril, de même !… (n° 77).

Amicalement en haïku,
Daniel.

Les 1012 haikai de Bashô – 226)

13 février 2012

°

poésie comique
dans le vent d’hiver j’ai l’air
de Chikusai

(hiver 1684)

NB : Le « kyôku » (« haïkaï comique ») et le « kyôka » (« tanka comique ») sont deux genres différents, mais « kyôka » est le terme le plus ancien, parce que le waka est plus ancien que le haïkaï. On considérait que ces strophes étaient comiques ou folles parce qu’elles se référaient au travail de l’écriture (…). Chikusai était un pauvre médecin-poète qui voyageait en composant des vers drolatiques pour amuser ses patients aux dépens des poètes pompeux.

°

(à suivre : 227-1012)

34 Haiku de printemps + 3 waka + 2 haiga – Blyth – p.601-615

9 février 2011

°
(p.601 :)

myôjô ya . sakura sadamenu . yama-katsura

Kikaku

étoile du matin –
distinguant les fleurs de cerisiers
des nuages de traîne

sakura sakura to . utawareshi . oiki kana

Issa

« fleurs de cerisier, fleurs de cerisier… »
dont on chantait,
ce vieil arbre

burando ya . sakura no hana wo . mochinagara

Issa

l’enfant se balance sur la balançoire,
dans sa main une branche fleurie
de cerisier

°
(p.602 :)

sakura sakura koro . tori ashi nihon . uma shihon

Onitsura

quand les fleurs de cerisier fleurissent
les oiseaux ont deux pattes
les chevaux quatre

me wa yoko ni . hana wa tate nari . haru no hana

Onitsura

yeux horizontaux,
nez vertical ;
fleurs du printemps

shitagau ya . oto naki hana mo . mimi no oku

Onitsura

les fleurs silencieuses
parlent aussi
à cette oreille intérieure docile

°
(p.603 :)

mikaereba . ushiro wo ôu . sakura kana

Chora

regardant par-dessus mon épaule,
tout était recouvert
de fleurs de cerisiers

yomo no hana ni . kokoro sawagashiki . miyako kana

Chora

leurs coeurs
et la capitale affairés,
avec des fleurs de cerisiers partout

morobito ya . hana wo wakeiri . hana wo izu

Chora

tous allant dans les
fleurs de cerisiers, sortant des
fleurs de cerisiers

°
(p.604 :)

yo no naka wa . mikka minu ma ni . sakura kana

Ryôta

le monde
pas vu de trois jours –
et les fleurs de cerisiers !

hana no kage . aka no tanin wa . nakari keri

Issa

sous les fleurs de cerisiers
personne n’est
un parfait étranger

°
(p.605 :)

kufû shite . hana ni rampu wo . tsurushi keri

Shiki

quel mal me suis-je donné
pour suspendre la lampe
sur la branche en fleurs !

hitogoe ni . hotto shita yara . yûzakura

Issa

à la voix des gens
les fleurs de cerisiers
ont rougi un peu



tsurigane no . kumo ni nuretaru . sakura kana

Shiki

des fleurs de cerisiers,
mouillées par les nuages
autour de la cloche du temple

°
(p.606 :)

yo ni sakura . hana nimo nenbutsu . môshi keri

Bashô

même aux fleurs de cerisiers
à leur apogée dans ce monde
nous murmurons « Namuamidabutsu ! »

kannon no . aran kagiri wa . sakura kana

Issa

Où que soit Kwannon,
partout
il y a des fleurs de cerisiers

°
(p.607 :)

ten kara de mo . futtaru yô ni . sakura kana

Issa

Ah, ces fleurs de cerisiers,
comme si descendues
en flottant du ciel !

yozakura ya . bijin ten kara . kudaru tomo

Issa

fleurs de cerisiers la nuit !
juste comme des anges
descendus du ciel

yozakura ya . ten no ongaku . kikishi hito

Issa

fleurs la nuit !
les gens cherchent à entendre
une musique divine

hada no yoki . ishi ni nemuran . hana no yama

Rotsû

colline de fleurs de cerisiers ;
je vais sommeiller
sur une pierre lisse

°
(p.608 :)

kumo wo nonde . hana wo haku naru . yoshino yama

Buson

avalant les nuages,
recrachant les fleurs de cerisiers,
le mont Yoshino !

kane kiete . hana no ka wa tsuku . yûbe kana

Bashô

la cloche du temple s’éteint –
le parfum des fleurs dans le soir
continue de sonner la cloche

kono yô na . masse wo sakura . darake kana

Issa

en ces jours récents,
ces temps dégénérés,
des fleurs de cerisiers partout !

°
(p.609 :)

ima no yo mo . tori wa hokekyô . naki ni keri

Issa

même en ce monde actuel,
des oiseaux chantent
« Hokekyô ! »

yukikurete . amemoru yado ya . ito-zakura

Buson

rattrapé par le soir,
le toit de l’auberge fuit;
un cerisier pleureur

°
(p.610 :)

(Blyth : « ce haiku provient probablement du fameux waka de Tadanori :

l’obscurité me rattrape;
l’ombre de cet arbre
mon auberge,
ses fleurs mes hôtes,
cette nuit)

samazama no . koto omoidasu . sakura kana

Bashô

combien, combien de choses
elles rappellent,
ces fleurs de cerisiers !

ware yande . sakura ni omou . koto ôshi

Shiki

les fleurs de cerisiers :
malade, combien de souvenirs
elles me rappellent !

°
(p.611 :)

hana saite . omoidasu hito . mina tôshi

Shiki

fleurs de cerisiers épanouies ;
ceux dont je me souviens
sont tous au loin

karasaki no . matsu wa hana yori . oboro nite

Bashô

le pin de Karasaki,
plus estompé
que les fleurs de cerisiers

ou :

le pin de karasaki
embrumé, on ne le distingue pas
des fleurs de cerisiers

le vert
du pin de Karasaki
est aussi indistinct,
dans la continuité des fleurs de cerisiers
au matin de printemps

(: un waka de l’Empereur Gotoba, (1184-98))

°
(p.614 :)

kô ikite . iru mo fushigi zo . hana no kage

Issa

quelle étrange chose
d’être ainsi vivant
sous les fleurs de cerisiers !

ku no shaba ya . sakura ga sakeba . saite tote

Issa

un monde de chagrin et de douleur,
même quand les fleurs de cerisiers
sont écloses

°
(p.615 :)

hana saite . shinitomo nai ga . yamai kana

Raizan

les fleurs de cerisiers s’ouvrent;
je ne souhaite pas mourir,
mais cette maladie…

mon plus cher désir
est de pouvoir mourir
sous les fleurs de cerisiers
à la pleine lune
du second mois du printemps

(: waka de Saigyô.)

°
(p.612/613 : 2 haiga d’Issa :)

niwa no chô . ko ga haeba tobi . haeba tobi

Issa

dans le jardin, un papillon :
le bébé rampe, il s’élève;
elle rampe, il s’élève à nouveau

ku no shaba ya . sakura go sakeba . saite tote

Issa

Un monde de chagrin et de douleur,
même quand les fleurs de cerisier
ont éclos

°
(suite, p. 616-)

17 HAIKU de printemps + 1 waka – Blyth p.526-532

25 novembre 2010

°
(p.526) :

nete okite . ô-akubi shite . neko no koi

Issa

ayant dormi, le chat se lève,
et avec de grands bâillements
s’en va faire l’amour

°
(p.527) :

hige ni tsuku . meshi sae omoezu . neko no koi

Taigi

amours du chat –
même oublieux du riz
qui colle à ses moustaches

°

osoroshi ya . ishigaki kuzusu . neko no koi

Shiki

comme c’est terrible !
ils ont cassé le mur de pierre
les chats amoureux !

°

naku neko ni . akamme wo shite . temari kana

Issa

la petite fille jouant à la balle
fait maintenant une grimace
au chaton qui miaule

°
(p.528 :)

neko no ko ya . hakari ni kakari . tsutsu yareru

Issa

le chaton
pesé sur la balance
joue encore

°

momo no kado . neko wo hakari ni . kakeru nari

Issa

fleurs de pêchers à la porte ;
on met les chats
sur les balances

°
(p.529 :)

kome-maki mo . tsumi zoyo tori ga . keau zoyo

Issa

éparpiller du riz ,
est aussi un péché :
les poules se donnent des coups de pattes

°

yanagi kara . momongâ to . deru ko kana

Issa

 » écureuil volant !  »
sorti de sous les saules,
l’enfant

°
(p.530 :)

shirauo ya . sanagara ugoku . mizu no iro

Raizan

la blanchaille –
comme si la couleur de l’eau
bougeait

_

shirauo ya . sanagara ugoku . mizu no tama

Raizan

la blanchaille –
comme si l’esprit de l’eau
bougeait

°

ta wo tsuite . uta môshiaguru . kawazu kana

Sôkan

plaçant ses mains sur le sol,
la grenouille respectueusement
récite son poème

°
(p.531 :)

saigyô no . yô ni suwatte . naku kawazu

Issa

la grenouille,
assise et chantant
comme Saigyô

°

si les gens demandent
où est allé Sôkan,
répondez-leur donc :
 » Il est parti faire quelque affaire
dans l’au-delà  »

Sôkan (= son waka de mort)

°
(p.532 :)

haru wa naku . natsu no kawazu wa . hoe ni keri

Onitsura

au printemps, les grenouilles chantent
en été,
elles aboient

°

hitotsu tobu . oto ni mina tobu . kawazu kana

Wakyu

au son d’une qui saute,
toutes les grenouilles
sautent

°

hashi wataru . hito ni shizumaru . kawazu kana

Ryôto

quelqu’un passa sur le pont
et toutes les grenouilles
étaient silencieuses

°

kaze ochite . yama azayaka ni . kawazu kana

Ôemaru

le vent tombe,
les montagnes sont claires –
maintenant les grenouilles !

°

hi wa hi kure yo . yo wa yo ake yo to . naku kawazu

Buson

le jour : « Assombrissez le jour »
la nuit : « Éclaircissez la lumière »
chantent les grenouilles

°

(suite, p.533…)

HAIKU – R.H. Blyth – Vol 2 : Printemps – préface

7 février 2010

PRÉFACE :

Ce volume : Printemps, ainsi que les deux suivants : Été-Automne et Automne-Hiver, contiennent tous les bons haïkus que j’ai pu trouver depuis les débuts, jusqu’à Shiki (1866-1902) inclus. Il ne fait pas de doute que certains bons versets ont été oubliés par mégarde; j’espère y remédier dans une éventuelle édition ultérieure.
Le lecteur verra que l’arrangement par saisons offre une sorte d’index grossier pour retrouver les versets dont il se souvient par sujet. Certains versets possèdent deux sujets de saison, d’autres aucun, mais ils sont très rares. (Quant aux auteurs, ils seront répertoriés à la fin du quatrième et dernier tome.) J’aimerais inclure ici une brève notule sur l’histoire de cet arrangement des haïkus par saisons et par sujets. (Cela a déjà été traité, bien que plus superficiellement, dans le premier tome, section 5,8.
Dans le Golden Treasury de Palgrave,  » l’ordre tenté a été le plus efficace poétiquement « , mais il est très habilement combiné avec l’ordre chronologique. Il existe en anglais – ce qu’on peut difficilement trouver dans la littérature japonaise – des anthologies poétiques particulières sur par exemple les oiseaux, les fleurs, la mer, mais peu d’anthologies classées par saisons. Nous rencontrons quelques haïkus qui peuvent difficilement figurer dans la classification habituelle, tels des versets de compliments, ou de ceux qui décrivent des lieux célèbres; ils sont généralement placés dans une section  » divers « . Autrement, jusqu’aux temps modernes, il n’existait pas de versets étrangers à la classification par saisons. Cette insistance sur les saisons s’explique de différentes façons : par exemple, par la brièveté du haïku, les climats du Japon, l’influence du waka, et tous ceux-ci, à n’en pas douter, eurent un effet convergent. Avant tout, il faut noter que le hokku, ou premier verset d’un renku (poème en chaîne) était un verset qui indiquait la saison. Mais il faut remonter encore plus loin, jusqu’aux débuts mêmes de la poésie japonaise, pour trouver la raison vitale de la conscience profonde des saisons que les Japonais n’ont pas encore perdue.
Dans le Manyôshû (vers 750) nous constatons déjà l’amour profond et étendu des Japonais pour la nature; et dans l’extrait suivant, on distingue clairement deux saisons. Il fait partie d’un Poème Long de Yamabe Akahito (8ème siècle), composé lors de l’ascension du mont Kannabi, pensant à la Capitale (à Asuka) de l’empereur Temmu (673-686) :

Je regardais le Palais d’Asuka en ruine :
Les collines sont hautes, la rivière coule au loin.
Aux jours du printemps la montagne est belle à voir;
Aux nuits d’automne les eaux sont claires.
Ensemble parmi les nuages matinaux volent les grues ;
Dans les brouillards du soir les grenouilles chantent fort.

Depuis l’époque du Manyôshû, le printemps avec le rossignol (japonais : uguisu), les fleurs de cerisier, les fleurs de glycine ; l’été avec le coucou, le rose, (le lys en tant que sujet disparaît subitement après le Kokinshû), les herbes d’été ; l’automne avec la voie lactée, la brise automnale, les feuillages rouges, le brame du cerf ; l’hiver avec la neige sur le pin, le givre sur les bosquets de bambous, tout ceci fut traité distinctement et avec un intérêt particulier et intégral. Cependant le Manyôshû lui-même n’est pas simplement divisé en printemps, été, automne et hiver. Le premier livre, par exemple, est arrangé chronologiquement, mais le huitième se compose de poèmes variés et épistolaires (amoureux), chacun sous les en-têtes des quatre saisons.
Pour les japonais de l’époque Manyô, l’homme et la nature étaient encore indistinguables. On ne peut pas dire que la nature n’était pas aimée pour elle-même, mais plutôt que la nature baignait l’homme, que l’homme et la nature s’interpénétraient, et que la distinction entre les poèmes d’amour et poèmes divers était encore plus forte dans leur esprit qu’avec les saisons. Par conséquent, quand le Japonais moderne ou l’émulateur étudiant étranger lit le Manyôshû, c’est avec un oeil très différent de celui des poètes de ces vers.
Pendant les cent cinquante ans qui séparent le Manyôshû du Kokinshû, la poésie chinoise fit florès au Japon, et beaucoup de recueils virent le jour. Parmi ceux-ci, il y a peu de poèmes de nature, et pas d’arrangements par saisons, jusqu’à cxe qu’on arrive au tardif Wakan Rôeishû (voir vol.1, p. 103), dont la première partie est divisée en printemps, été, automne et hiver, mais la seconde par thèmes : vent, nuages, vin, montagnes, etc. dans un ordre plus ou moins aléatoire. Ceci était le résultat d’un début de retour aux idéaux et aux buts du waka. Cependant, sous l’influence de poètes chinois tels que Tôenmei et Hakurakuten, le sentiment japonais de la nature s’approfondit, et avec lui, bien qu’indirectement, le sentiment de la différence entre les saisons.
Dans le Kokinshû, complété en 922, on trouve pour la première fois une classification claire par saisons, mais il faut remarquer qu’avec cet avantage-même vient le manque de spontanéité, le début de l’artificialité qui sera ultimement la mort de toute poésie. L’art qui seul donne sens à la vie cependant l’étouffe et l’étrangle. C’est le prix que nous payons pour l’extension de notre vision, à voir un monde dans un grain de sable, au lieu de simplement voir le sable lui-même ; à voir la fleur de prunier en tant que printemps, au lieu de seulement voir ses propres forme et couleur magnifiques. De ce point de vue on peut considérer que l’histoire de la poésie japonaise est faite de deux grands mouvements. Le Manyôshû cède sa spontanéité et non-conscience de soi au Kokinshû. Le génie de Bashô restaure lui restaure une certaine simplicité enrichie, et ceci se termine encore, deux ans ans plus tard, avec Shiki. (Dans la monumentale Complète Collection Classifiée de Haïku de Shiki, il y a un tel excès de systématisation, que la poésie y est noyée. Par exemple on n’y trouve pas moins de cinquante classes d’éventails, pour cela seul.)
Cependant, dans le Kokinshû les vrais sujets ne sont pas ceux des insectes, fleurs et herbes, mais des sentiments des poètes ; ces choses sont utilisées comme symboles de la pensée et de l’émotion humaine. Avec le Shinkokinshû, compilé pour la première fois en 1205, nous avons des poèmes objectifs de nature, du ciel, de la voix des insectes, du crépuscule, cela étant dû en partie à l’effet de la conscience qui s’approfondit par rapport à la signification des saisons.
Pour en venir au haïkaï, une des choses qui le fit se distinguer du renga, le poème en chaînes qui lui donna naissance, fut l’insistance sur non seulement l’opportunité (ainsi que le développa Abutsu-ni, qui mourut en 1283), mais sur la nécessité d’avoir un mot de saison dans le hokku, ou premier verset. Même dans les autres versets, l’idée de la saison n’était jamais absente de l’esprit du poète, bien que le verset lui-même pût être « mixte ».
Dans le Gosan de Teitoku (1570-1653), les choses sont très soigneusement appliquées à leur saison. Pour Bashô (1644-1694) la saison était l’élément le plus important du haïkaï, pas en tant que principe, mais comme mode d’intuition, une manière plus vaste de voir des choses particulières. En observant plus attentivement l’objet, nous voyons en lui le monde entier accomplir sa volonté parfaite. Et ceci provient des expériences historiques accumulées par les Japonais pendant plus de mille ans.
Dans un numéro récent du Supplément Littéraire du Times , le critique cite le haïku suivant de Bashô :

Sur une branche dénudée
un corbeau solitaire se perche
un soir d’automne.

Avec ce commentaire plutôt énigmatique :

« C’est plus pour l’usage que pour la beauté. »

Ceci, je pense, est une « critique » juste de l’original également, et de tous les haïkus. Ils sont là pour que vous les utilisiez dans votre propre expérience poétique. Vous ne devez pas être un simple observateur de la littérature, mais devez jouer votre rôle dans sa re-création dynamique. Lire des haïkus est donc plus éprouvant que lire de la simple poésie, mais je ne connais rien de plus satisfaisant. Cela seul peut donner sens à la vie, et « justifie les desseins de Dieu pour l’homme.  »

°°°

à suivre : Le Nouvel An (p. 353-374).

de Saigyô : trois waka

17 décembre 2009

Nanigoto no
owashi masu kawa
shirane domo
katajike nasa ni
namida koboruru

What it is
I know not;
But with the gratitude,
My tears fall.

Ce que c’est,
je n’en sais rien;
mais avec la gratitude
coulent mes larmes.

°

Mi wo wakete
minu kozue naku
tsukusaba ya
yorozu no yama no
hana no sakari wo

Could I but divide myself up,
And see every spray
On the countless hills
Of flowers abloom !

Pourrais-je me scinder
et voir chaque rameau
de fleurs épanouies
sur les collines innombrables !

°

Wakite mimu
oiki wa hana mo
aware nari
Ima ikutabi ka
haru ni au beki

Looking above all on this old tree,
The flowers also are full of pathos;
How many more times
Are they to greet the spring ?

Considérant avant tout ce vieil arbre,
ses fleurs aussi sont pathétiques :
Combien de fois encore
salueront-elles le printemps ?

Saigyô.

(dans HAIKU de Blyth, p.280-1)

Haiku de R.H. Blyth V.1 sect.1 8) Le renku (a)

13 août 2009

8) Le renku.

Un haïku est constitué de 17 syllabes qui peuvent être scindées en trois parties de cinq, sept et cinq. C’est la première partie d’un poème court, ou tanka, qui, lui, en contient 31 : 5/7/5-7/7. Les haïkus furent séparés des quatorze syllabes suivantes au XIV° siècle. On en trouve dans la Collection Tsukuba, compilée par Nijô Yoshimoto (1320-1388).
Tout d’abord il y eut des Poèmes Longs et des Poèmes Courts, les tanka. Puis, au début de l’ère chrétienne, les Courts Poèmes commencèrent par être composés par deux poètes, l’un faisant les 5/7/5, l’autre les 7/7. Une légende rapporte que Yamato-takeru no Mikoto (81-112), troisième fils de l’Empereur Keikô, composa un Court Poème Lié, c’est-à-dire un tanka, ou Court Poème fait par deux personnes. Dans le Manyôshu, compilation faite par Tachibana Moroe (684-757) au milieu du VIII° sècle, dans lehuitième livre, se trouvent de tels Poèmes courts Liés. Les Longs Poèes Liés, c’est-à-dire une succession de 5/7/5-7/7-5/7/5-77, etc. pendant 50 ou 100 vesets commencèrent à apparaître vers la fin de lEpoque Heian (794-858). De tels poèmes liés devinrent très populaires au début de l’Ere Kamakura (1186-1339), et deux écoles apparurent : la sérieuse Ushinha, et la comique Mushinha. La Mushinha donna le nom de Haikai Renga, « poèmes sportifs liés », abbrévié en Haikai à ses compositions, ce qui fut employé pour toute poésie et exercices poétiques tels. Le mot haiku est un mélange de cette expression haïkaï et hokku (le premier poème des Longs Vers Liés), haïkaï + hokku devenant haïku vers le milieu du XVIII° siècle. « Haïkaï » signifie parfois haïku, et certains anciens utilisent encore le mot de « hokku ».
Le haïkaï ou renku a pratiquement cessé de vivre au Japon. Le mépris de Shiki (1866-1902) pour cette forme de composition littéraire en est souvent donné comme la raison. Plus probablement, la difficulté de trouver quatre ou cinq véritables poètes en suffisante harmonie de caractère et d’humeur pour accomplir la tâche difficile d’écrire ensemble un tel poème a peut-être causé l’arrêt de cette pratique.
Le rapport du haïku au renku est un peu comme celui des anciennes statues grecques aux temples qui les abritaient. La statue ne fut taillée pour elle-même que progressivement. Historiquement et aussi dans le but de comprendre leur point de vue et leur ambiance, l’étude des haïkus doit être précédée de qelque connaissance de la nature des versets liés. On comprendra aisément que les poèmes lié subirent eux-mêmes développements et changements à la fois dans leur forme et leur esprit durant plus d’un millier d’années. On ne peut traiter de cela ici, mais on peut donner un court aperçu du développement du haïku à partir du waka en passat par le renku (, nom utilisé pour le « renga » à partir d’environ 1750).

(à suivre, p. 124

Haiku R.H.Blyh vol 1 sect 1 waka (e)

11 août 2009

Yamazato no inaba no kaze ni nezame shite yo fukaku shika no koe o kiku kana
Morotada (11ème siècle).

Le vent dans les feuilles de riz
m’éveille à minuit;
J’écoute l’appel distant du cerf
dans le village de montagne

Omohoezu kimaseru kimi o sahogawa no kawazu kikasezu kaeshitsuru kamo
Kuratsukuri no Masahito (8ème siècle).

Tu vins par surprise
et je te laissai repartir,
les grenouilles de la rivière Saho
non entendues.

Tazune kite hana ni kuraseru ko-no-ma yori matsutoshi mo naki yama no ha no tsuki
Masatsune (1170-1221).

Contemplant les fleurs,
tombent les ombres du soir,
mais soudain,
à travers les arbres,
la lune sur la montagne !

Yamabe yori kaeru wagami o okuri-kite akureba mon o tsuki mo iri keri
Kotomichi (1798-1868).

La lune
revenant avec moi
des montagnes
entra par la porte
en même temps que moi.

Un dernier exemple avec le haïku qu’il doit avoir inspiré :

Hototogisu nakitsuru kata o nagamureba tada ariake no tsuki zo nokoreru
Gotokudaiji Sadaijin.

Regardant
où le hototogisu *
avait pleuré,
seule demeurait
la lune de l’aube.

* : une sorte de rossignol.

Hototogisu kieyuku kata ya shima hitotsu
Bashô.

Où disparut
un hototogisu ,
une seule île.

Parfois nous rencontrons des haïkus qui auraient dû être des waka, par exemple :

Kaze kaoru kure ya mariba no cha no kyûji
Otsuji.

Au crépuscule, la brise est odorante :
une servante apportant le thé
au jardin du football.

Comme exemple de la manière dont un haïku provient parfois de certaines sources conjuguées : poésie chinoise, waka et histoire japonaise, examinons le verset de Buson :

Aoyagi ya waga ôkimi no kusa ka ki ka
Le saule vert,
un arbre ou une herbe
de notre grand Empereur.

: ceci paraît à la fois simple et dénué d’un quelconque sens poétique, mais l’étudier va faire ressortir quelques valeurs insoupçonnées. Il y a un post-scriptum qui est la 2° ligne d’un poème en 8 lignes de Kashi (718-772). Le poème s’intitule « Allant de bonne heure au palais Taimei, et rendant hommage à des Collègues des deux Offices. »

En voici les quatre premières lignes :

« A l’aube, alors que les cierges d’argent brûlent encore, la route est longue dans la capitale;
Dans le palais, la scène printanière du petit matin est claire et lumineuse.
Un millier de branches tombantes des saules pendent au-dessus des inscriptions vertes du mur;
Une centaine de voix de rossignols
peuvent s’entendre autour du palais Kenshô. »

Buson lut probablement ceci dans le Tôshisen, un recueil de poésies de la dynastie des Tô (Tang), qui parvint au Japon au début de la période d’Edo (1603-1867).
Ensuite, dans le Taiheki, les annales de l’histoire du Japon de 1318 à 1368, écrites par Kojima, prêtre de Hieizan, mort en 1374, nous trouvons ceci :

 » De nouveau, sous le règne de l’Empereur Tenchi, un homme nommé Fujiwara Chikata, employait quatre sortes de démons,… A cause de ces créatures, les gens ordinaires étant incapables de leur résister, dans les provinces d’Iga et d’Ise, personne n’obéissait à la Règle Impériale. Un homme nommé Ki no Tomotake, sur ordre impérial, alla dans ces provinces, et, composant un waka, l’envoya à ces démons :

Même les arbres et les herbes
sont le Royaume de Notre Seigneur;
Où peut-il y avoir de la place
pour les démons ?

Les quatre sortes de démons, à la lecture de cette strophe… se dispersèrent dans chaque direction et disparurent, perdant leurs pouvoirs en tous lieux, vaincus enfin par Tomotake.  »

En combinant ces deux références, Buson a fait de la poésie à partir de la littéraure en nous faisant nous apercevoir que le saule, de par sa propre nature, combine la beauté de l’arbre avec celle des herbes. Il a pris un poème chinois de cour et les fantaisies de l’historien japonais, ainsi renforcés, ajoutant des harmoniques au saule qui se tient là dans une grâce si légère.

(A suivre : 8) Renku – p.123-138)

Haiku de R.H.Blyth, waka (d)

10 août 2009

Rokugatsu ya mine ni kumo oku arashi-yama
Bashô
Au sixième mois
le mont Arashi
pose des nuages à son sommet

Il y a quelque chose de prime abord à la fois simple et sublime dans ce verset. La simplicité en est évidente. Au verset de Bashô manquent à la fois le sens du mouvement, et l’artificialité des vers de Milton :
 » Montagnes, sur la poitrine nue desquelles
les nuages travailleurs souvent se reposent.  »

Il n’a pas non plus la force et la fluidité du Manyôshu :

Ashibiki no yamakawa no se no naru nabe ni yuzuki-ga-take ni kumo tachi wataru
Hitomaro
Comme les hauts-fonds
du torrent de montagne résonnent plus fort,
les nuages s’assemblent au-dessus du
pic Yuzuki.

Mais le verset de Basô a atteint une ampleur et une distance qui appartiennent au sujet. La simplicité est celle de la nature.
Quand nous essayons de séparer le waka du haïku, nous rencontrons la loi déjà mentionnée, que plus l’esprit essaie de distinguer deux choses, plus elles se rapprochent insensiblement ; plus nous affirmons leur unité, et plus elles s’éloignent. Le waka et le haïku sont tous deux des activités de l’esprit humain, et il ne faut pas exagérer leurs différences. En général nous pouvons affirmer que le waka est la part féminine et le haïku la part masculine de la poésie japonaise, bien qu’au haïku manquent les éléments plus sérieux de Milton. Le « goût » du haïku est rural, pastoral, bucolique, mais pas idyllique au sens d’idéal, d’irréel. Nous pouvons encore dire que, contrastant avec le waka, le haïku est populaire, démocratique, plébéien.
Le waka a une histoire qui remonte à 1300 ans, le haïku à quatre cents tout au plus, deux-cent cinquante depuis Bashô. Le waka débuta comme littératre, le haïku comme une sorte de jeu avec les mots. Bashô en fit de la littérature, et cependant quelque chose au-delà et au-dessus de la littérature, un processus de découverte plutôt que de création, utilisant les mots comme moyens, non pas comme buts, comme un ciseau qui évide la pierre de la statue qu’elle renferme.
Quand les premiers écrivains de haïku comparèrent leurs versets au waka, ils y trouvèrent le matériau qu’ils voulaient, et cependant sentirent d’une certaine manière qu’on pouvait lui donner une forme plus appropriée, plus condensée, qui, en disant moins, signifiait plus. Des versets tels que le suivant particulièrement, ont dû les inspirer à exprimer les mêmes visions plus profondément en moins de mots :

Sabishisa ni yado o tachi idete nagamureba izuko mo onaji aki no yûgure
Ryôsen (11° siècle).
Solitaire
je quittai ma hutte;
regardant alentour,
partout le même
soir d’automne.

(à suivre, p.120)