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52 HAIKU + 1 waka de la préface au tome IV – Blyth – p.994-1010

2 juin 2011

°
(p.994 :)

dans la vallée,
avec la jeune truite
une feuille du bambou nain
s’éloigne

Buson

calme –
des sommets de nuages
au fond du lac

Issa

devant et derrière
le Jizô Bosatsu *
des oeillets fleurissent

Issa

* Jizô est le saint patron des enfants et des voyageurs .

rosée blanche ;
au-dessus du champ de pommes-de-terre,
la Voie Lactée

Shiki

°
(p.995 :)

averse estivale –
des aiguilles de pin vertes
fichées dans le sable

Shiki



les feuilles du paulownia
toutes tombées :
les lotus en fleurs

Buson

sous l’averse printanière
mare et rivière
se sont unies

Buson

la tempête d’automne
a cessé ;
un rat nage sur la rivière

Buson

°
(p.996 :)

camélia
tombé dans l’obscurité
d’un vieux puits

Buson

dépassant la berge,
la voile effrayante,
les jeunes feuilles !

Buson

impressionnant !
pas une feuille ne bouge
dans le bosquet estival

Buson

pendant la nuit courte
s’est ouverte
la pivoine

Buson

°
(p.997 :)

en gaulant les prunes vertes,
des feuilles vertes
tombent

Buson



on voit bien le fond,
on voit bien les poissons –
profonde est l’eau de l’automne

Buson

l’eau claire :
pas assez pour une gorgée,
mais quelle merveille !

Buson

comme est calme
le verger de kakis
sous la lune ventée !

Buson

°
(p.998 :)

sur un arbre dénudé
crisse une cigale ;
les nuages menaçants

Buson

les fleurs de deutzies
tombent sur les larges feuilles
de tussilage

Buson

canards mandarins ;
une fouine épie
la vieille mare

Buson

les chrysanthèmes fanent,
une belette regarde
les poules

Shiki

chassant à coups de pieds
un renard voleur de riz ;
l’automne de l’orge

Buson

°
(p.999 :)

au milieu
de la pluie du printemps
coule
une grande rivière

Buson

l’eau du bain,
où puis-je la vider ?
la voix des insectes

Onitsura

Où mener mon cheval
dans la rivière Saho ?
Des chrysanthèmes blancs
se reflètent
sur les galets

Kageki (1768-1843)

une brise souffle
sur les poils de maigres flancs :
changement d’habits

Buson

°
(p.1000 :)

quand un pétale s’envole, le printemps s’achève

Tohô

dans les champs,
avec les oiseaux
je serai entouré de brume

Chora

bras et jambes, allongé,
quelle fraîcheur,
quelle solitude !

Issa

°
(p.1001 :)

été dans le monde ;
flottant sur les vagues
du lac

Bashô

sauterelle,
sois la gardienne du cimetière,
à ma mort !

Issa

seulement vivants,
tous deux : moi
et le coquelicot

Issa

(au jardin)

un papillon vint
et s’envola
avec un papillon

Issa

cueillette de champignons ;
levant la tête :
la lune sur la montagne

Buson

°
(p.1002 :)

tourne-toi de ce côté ;
je suis seul aussi,
ce soir d’automne

Bashô

la lune prête à sortir :
tous sont là ce soir,
les mains sur les genoux

Bashô

°
(p.1003 :)

grêlons au sol ;
les « grues nocturnes » * rentrent
aux rayons de la lune

Issa

* = prostituées du rang le plus bas.

les cueilleuses de thé
cachées dans les buissons,
entendent-elles aussi
le coucou ?

Bashô

°
(p.1004 :)

ces violettes !
comme les courtisanes doivent vouloir
voir les champs du printemps !

Ryôto

pluie d’été ;
les murs avec leurs derniers tableaux
pèlent

Bashô

je m’en vais,
tu restes :
deux automnes

Buson

°
(p.1005 :)

le colporteur itinérant :
nous dépassant
sur la lande estivale

Buson

lune des moissons –
cherchant le maître de céans :
il arrachait ses pommes-de-terre

Buson

le guide de montagne
ignore simplement
les fleurs de cerisiers

Buson

un palanquin passe,
transportant un malade :
l’automne de l’orge

Buson

°
(p.1006 :)

une brise fraîche –
la sauterelle chante
de toutes ses forces

Issa

une fleur inconnue
de l’oiseau et du papillon,
le ciel d’automne

Bashô

soir d’automne :
la vie a ses limites
mais aussi
ses moments de loisir

Buson

°
(p1007 :)

le papillon
parfume ses ailes
du parfum de l’orchidée

Bashô

sa voix s’enroue ;
les dents blanches du singe
sous la lune du mont

Kikaku



chez le poissonnier
les gencives de la brème salée
ont l’air froides

Bashô

où est la lune ?
la cloche a sombré
au fond de la mer

Bashô

°
(p.1008 :)

Si je devais mourir d’amour,
ô coucou,
chante sur ma tombe !

Ôshu *

* : il s’agirait d’une courtisane du quartier de Yoshiwara, à Edo (- dates inconnues)

°
Suit un commentaire, aux pages 1008 à 1010, du furu-ike ya kawazu tobikomu mizu no oto de Bashô :

vieille mare –
le bruit d’une grenouille
sautant dans l’eau

ou encore :

la vieille mare;
le-bruit-d’une-grenouille-sautant-dans l’eau

°

(p: 1011-1130 : suite et fin des haiku d’AUTOMNE – Champs et Montagnes… – à suivre…)

22 Haïkus tirés de R.H. Blyth vol II Printemps (p.404-441)

15 octobre 2010

PRINTEMPS –Le ciel et les éléments – p. 404-441


(p.404) :

korekiri to . miete dossari . haru no yuki

Issa

Comme si c’était tout,
Il en tomba beaucoup –
Neige de printemps.



akebono ya . mugi no hazue no . haru no shimo

Onitsura

L’aube du jour;
Au bout de la feuille d’orge
le gel du printemps.

suppon mo . toki ya tsukuran . haru no tsuki

Issa

La tortue aussi
peut dire l’heure,
cette lune de printemps !


(p.406) :

asakawa ya . nabe susugu te ni . haru no tsuki

Issa

la face de la lune –
douze ans d’âge, à peu près,
je dirais !

oborozuki . kawazu ni nigoru . mizu ya sora

Buson

sous la lune embrumée,
l’eau et le ciel obscurcis
par la grenouille


(p.407) :

ushi-beya no . ushi no unari ya . oborozuki

Shiki

meuglement de la vache
dans l’étable
sous la lune brumeuse

kawa-shimo ni . ami utsu oto ya . oborozuki

Taigi

en aval de la rivière
le bruit d’un filet jeté;
lune brumeuse


(p. 408):

izakaya no . kenka mushidasu . oborozuki

Shiki

la querelle dans le débit de vins
reprend,
sous la lune brumeuse

onna oute . kawa watarikeri . oborozuki

Shiki

portant une fille
pour traverser la rivière;
la lune brumeuse


(p.409) :

ume ga ka no . tachinoborite ya . tsuki no kasa

Buson

le halo de la lune –
n’est-ce pas l’odeur des fleurs de prunier
qui s’élève jusqu’au ciel ?

kagerô ya . ume chirikakaru . ishi no ue

Shiki

vagues de chaleur;
les pétales du prunier en voletant
descendent sur les pierres

kagerô ya . konogoro dekishi . koishi-michi

Shiki

vagues de chaleur
du sentier de gravier
récent

(p.410) :

kagerô ya . horohoro ochiru . iwa no suna

Tohô

vagues de chaleur;
le sable du rocher
tombe par à-coups



kagerô ya . hito-kuwa-zutsu ni . tsuchi kusaki

Rankô

vagues de chaleur ;
quelle odeur de terre
à chaque coup de la houe !

kagerô ya . sanzen gen no . ie no ato

Shiki

(Du grand incendie de Kanda :)

les vagues de chaleur
des ruines
de trois mille maisons

kagerô ya . hakisute gomi no . zeni ni naru

Issa

vagues de chaleur ;
de la poubelle nettoyée,
de l’argent !


(p.411)

kagerô ni . kodomo asobasu . kitsune kana

Bonchô

la renarde
laisse ses petits jouer
dans la vague de chaud

kasa de suru . saraba ya . usugasumi

Issa

avec leur kasa *:
au-revoir, au-revoir !
dans la brume fine

* « un kasa est une sorte de parapluie, fait de lamelles de sauge, de lamelles de bambou, ou de l’enveloppe extérieure de pousses de bambou. » (R.H. Blyth).


(p.412) :

komabune no . yorade sugiyuku . kasumi kana

Buson

le bateau coréen
ne s’arrête pas, mais passe
dans la brume


(p.413) :

futamatani . narite kasumeru . nokawa kana

Shirao

se divise
dans le brouillard
la rivière de la lande

hoku hoku to . kasunde kuru wa . donata kana

Issa

clic, clac,
l’homme qui vient dans la brume,
qui est-il ?



kasumi keri . yama kie-usete . tô hitotsu

Shiki

il s’embrume,
les montagnes s’estompent et disparaîssent :
un seul stupa *

* « tumulus ou montagne funéraire en forme de dôme, contenant les restes d’un défunt… »


(p.414 : à suivre…)

°

Poèmes de mort du Japon – TE / TO – Ed Tuttle

28 mars 2010

°°°

de TEISHI
mort le 6 du 9° mois de 1700, à 50 ans :

Asagao wa / hisashiki mono yo / gojû-nen

Un liseron –
mais comme il a duré !
cinquante ans pleins.

°

de TEMBO,
mort le 8° mois de 1823, à 83 ans :

Hana no negai / hanano no tsuyu to / naru mi kana

J’aimerais que ce corps
soit rosée dans un champ
de fleurs

°

de TESSHI
(mort en 1707) :

Mugi no ho ni
o o kakusaba ya
oigitsune

Parmi les tiges d’orge
un vieux renard
cache sa queue

( Teisshi fut célèbre pour les commentaires moqueurs qu’il adressait aux poètes
de son
époque, qu’il comparaît à des prostitué(e)s. La dureté de ses critiques irritait
jusqu’à son
meilleur ami, le poète Kikaku.)

°

de TESSHU,
mort le 6 du 6° mois de 1775, à 52 ans :

Nikugan o / hanarete mitashi / hasu no hana

Quand je quitterai
ces yeux de chair, j’aimerais voir
les lotus.

°

de TOGYU
mort le 15° jour du 8° mois de 1749, à l’âge de 44 ans :

Nam no mama
nokoru ha mo nashi
aki no kaze

quand les vents d’automne soufflent
aucune feuille ne reste
telle qu’avant

°

de TOHO,
mort le 18 du 1° mois de 1730, à 74 ans :

Aware naru / aji atatamaru / hioke kana

De la nourriture fume
sur le poèle –
ah, misère…

Note de Yoël Hoffmann :

 » (…) Toho, natif du même district que Bashô, mais de 13 ans son cadet. Bashô le rencontra pour la première fois quand il n’avait que 9 ans; la fois suivante fut 20 ans plus tard. À cette occasion, Bashô écrivit ce poème  » en honneur d’un vieil ami après vingt ans  » :

Inochi futatsu / naka ni ikitaru / sakura kana

À l’intérieur de ta vie
et de la mienne, vit
une fleur de cerisier.

°

de TOJAKU,
mort le 8 du 11° mois de 1799 :

Mu ni kaeru / mi zo yuki shimo no / itoi nashi

Je retourne
au vide où le givre et la neige
ne m’importuneront plus

Note de Y.H. :
 » Tojaku mourut en hiver, dont l’image apparaît dans la négation de ses attributs saisonniers.  »

°

de TOJUN,
mort le 29 du 8° mois de 1695, à 73 ans :

Shishô ni wa / chikusa no tsuyu no / gen mo nashi

Même la rosée distillée
d’un millier d’herbes
ne peut soigner cette maladie.

Note de Y.H. :
 » Tojun, père du poète Kikaku, était médecin. Il préfaça son jisei avec ces mots :  » un docteur de 73 ans concocte beaucoup de potions pour lui-même.  »

°

de TOKO
(mort le 11° jour du 2° mois de 1795 à l’âge de 86 ans) :

Jisei to wa
sunawachi mayoi
tada shinan

Les poèmes de mort
ne sont qu’une illusion –
La mort est la mort.

°

de TOKUGEN,
mort le 28 du 8° mois de 1647, à 89 ans :

Ima made wa / iki tawagoto o / tsuku yo kana

Ma vie fut
une folie jusqu’à
cette nuit de lune.

Note de Y.H. :
 » Tsuku signifie à la fois « raconter » (quand il accompagne un mot comme tawagoto, « du charabia ») et « lune » (en japonais classique).  »

°

de TOMOEMON
(acteur de kabuki, d’une troisième génération d’acteurs. On ne sait pas quand il mourut) :

Ongaku no
koe wa anoyo no
hatsu-yagura

Les sons d’une mélodie :
ainsi j’entre en scène
dans l’au-delà

°

de TOYOKUNI,
mort le 7 du 1° mois de 1825 :

Yakifude no / mama ka oboro ni / kagebôshi

Est-ce comme
un croquis au charbon –
une ombre floue ?

°°°

(tr. d.py)