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HAIKU Blyth -Cha no Yu

18 août 2009

La pratique par Bashô de l’Art du Thé est importante dans l’histoire de la culture, parce que les qualités d’esprit qu’il montre en exemples sont précisément celles que Bashô désirait exprimer dans le poème de dix-sept syllabes alors à sa disposition en tant qu’instrument de joie et de pouvoir. Wa, kei, sei, jaku, les quatre qualités de l’Art du Thé : l’harmonie, le respect, la pureté et la tranquillité, sont celles de l’état d’esprit de l’écrivain et du lecteur de haïkus. L’harmonie des invités, et leur harmonie avec le son de l’eau qui s’écoule, avec les pins, avec les bruissements de la bouilloire; la vue de la simplicité et de l’ordre, le toucher du bol et la saveur amère du thé. Le respect mutuel des convives, ( tous les hommes sont égaux dans la salle de thé ) le respect pour le maître de thé, Rikyu, (c’est une sorte d’adulation du héros,) et le calligraphe de la peinture exposée dans l’alcôve; le respect pour les fleurs qui s’y trouvent dans toute leur simplicité et dans leur perfection, pour le tatami et les piliers, et le toit, et pour les poussières qui jouent dans les rayons du soleil. La pureté est dans le corps, dans les objets autour de nous, mais surtout dans l’esprit. S’il y a le moindre sentiment de compétition, d’inamitié avec la nature, du désir d’utiliser les choses, au lieu de les laisser être, si l’on veut quoi que ce soit, la pureté n’est plus au rendez-vous. La tranquillité vient de la nature vers nous, et nous la retransmettons à la nature. On peut dire que la tranquillité est ce que l’homme donne aux choses, mais cela présuppose la non-existence d’une division entre les deux; et se défaire de cette illusion est le rôle de l’Art du Thé. La relation de tout ceci avec le haïku peut être illustrée par ce verset de Bashô :

Shiragiku no me ni tatete miru chiri mo nashi

Le chrysanthème blanc;
pas un grain de poussière
ne rencontre l’oeil.

Selon le Oi no Nikki, Journal d’un Autel de Voyage, ce verset fut écrit pour louer Sonojo et la beauté de sa vie poétique. Il s’applique cependant également à la poétesse et à la fleur dans son expression de l’harmonie, du respect, de la pureté et de la tranquillité.
La manière dont le Maître-de-Thé marche également, son inconscience, sa marche-comme-s’il-ne-marchait-pas, sa « vie » pratique de la philosophie Mahayana, voilà ce que Bashô voulut faire, et réussit enfin à achever dans le haïku. Ceci n’est vu ni subjectivement ni objectivement; c’est à la foi soi-même et toutes les choses, tout et rien; ici dans l’esprit et là sous le ciel. Ce fut l’extraordinaire découverte-invention de cet homme tout-à-fait ordinaire. Il n’avait qu’à mettre l’esprit de Rikyu, de Sôshi et de Rôshi, de Bouddha et d’Enô, de Saigyô et d’Hakurakuten dans cette forme qui lui fut donnée, les dix-sept syllabes – mais quel fait ce fut ! L’inanité et l’absurdité apparentes des choses furent de nouveau conquises par l’esprit de l’homme. Dès le début, au Japon, le thé fut associé au Zen, parce que la culture du thé fut introduite au Japon par Eisai (1141-1215), fondateur de la branche Rinzai du Zen, qui composa un livre appelé Kissayôjôki, en l’honneur de ses qualités bénéfiques pour la santé.
Le fondateur de la Cérémonie du Thé fut Shukô (mort en 1502). L’histoire du mondô de Shukô avec Ikkyu Zenji nous fait voir la connexion profonde qu’il y a entre le Zen et Cha no Yu, si profonde qu’on ne peut l’amener à la lumière de notre époque intellectuelle.
Ikkyu lui demanda ce qu’était l’élément essentiel de sa boisson du thé. Shukô répondit qu’il était conforme à l’Esprit Calme de la boisson du thé de Senkô (Senkô est Eisai). Ikkyu s’enquit alors de la pratique de Josshû de l’Art du Thé ( « Prenez une tasse de thé » ) et Shukô garda le silence. Ikkyu fit ensuite apporter une tasse de thé qu’on lui présenta, et comme il allait la boire, cria « Kwatz » et la brisa avec sa règle de fer; Shukô resta quasiment imperturbable et ne bougea pas, montrant ainsi son pouvoir de boire le Thé sans thé.
Voici quelle est la relation de Bashô avec le Cha no Yu. Le jeune seigneur que servait Bashô, Tôdô Yoshitada, était un adepte de l’Art du Thé. Quand il mourut, Bashô alla à Kyôto, où l’on pratiquait partout l’Art du Thé. C’était là que Shukô et Jôô (1503-1555, élève de Shukô et maître de Rikyu (1521-1591)) enseignaient les principes du Thé . En 1671, Bashô alla dans son pays natal, Iga, et demeura avec son frère. C’est là qu’il produisit le Kai-ôi. Voici son commentaire sur un verset de Fukutsu :

Sôji shite hyôtan tataki ya sumi hokori

Nettoyant la pièce
quand on secoue la gourde,
la poussière de charbon s’élève.

 » Nettoyant, et donnant un coup de chiffon sur le bac à charbon fait d’une gourde  » : cela montre de l’énergie; le hokku est beau.

Une grande gourde utilisée pour mettre du charbon est un des articles de la Cérémonie du Thé. Le passage précédent est le premier dans lequel on voit Bashô s’intéresser au Cha no Yu, et le comprendre.
Après quoi Bashô retourna à Edo et y passa cinq années (1673-7) pénibles mais non inutiles, une partie du temps en tant que surintendant au service des eaux, et l’autre partie à essayer péniblement de gagner sa vie comme professeur de haïku. Il publia des recueils de vers par lui-même et ses disciples, et parmi ces renga et kasen (une des nombreuses sortes de renku, de 36 strophes), apparaît un remarquablement grand nombre de versets de Bashô relatifs au Thé. C’est à peu près à cette époque que le talent tardif de Bashô s’épanouit soudain remarquablement rapidement. De cette époque jusqu’à la fin de sa vie, on trouve dans ses poèmes et dans ses lettres diverses références au Thé, qui montrent qu’il garda son intérêt pour lui. Peu ont compris comme Bashô la Voie du Thé, et il y a peu de doute qu’elle a joué une importante partie dans l’origine du véritable haïku selon lui.
Dans une lettre écrite un ou deux ans avant sa mort, à Yôwa, pour l’inviter chez lui, Bashô écrit :

 » Il y a quatre ou cinq jours, j’allai à la maison de Mokusetsu (médecin, élève de Bashô; qui assista Bashô mourant, à Osaka), et recevant beaucoup de plaisir esthétique, je composai ce verset :
Aki chikaki kokoro yosuru ya yojô han
L’automne approche;
je me sens attiré vers
la pièce de quatre matelas et demi.

La « pièce-de-quatre-matelas-et-demi » est la pièce pour la Cérémonie du Thé, et à l’approche de l’automne, saison la plus poétique, les pensées de Bashô se tournent tout particulièrement vers la Salle de Thé où l’esprit est en repos, et cependant entièrement dans ce monde d’ouïe, de vue et de sensations. Bashô dit plus tard :

 » S’il vous plaît, venez, avec le vent dans les pins, jusqu’à ma cabane.  »

Ce langage est également évocateur de la Cérémonie du Thé, car le bruit du vent dans les pins est un de ses nombreux plaisirs.
Un verset de Ransetsu, un des meilleurs disciples de Bashô, montre son intérêt dans le Cha no Yu :

Matsumushi no rin tomo iwazu kurochawan

Le matsumushi *
ne profère pas un son :
le bol noir.

* : sorte de grillon.

Ce bol spécial était de Nonko (quelquefois écrit de manière à signifier  » sans talent et se réjouissant « ) un des potiers japonais les plus célèbres. Il mourut en 1657. Il excellait dans les bols noirs qui n’exercent pas un attrait immédiat ni populaire, mais dont la signification grandit de plus en plus à mesure qu’on les contemple et les tient amoureusement. Le verset de Ransetsu signifie : le matsumushi a une voix douce, mais quand il se tait, il chante encore à l’esprit des chansons de nul ton. De la même manière, ce bol noir, de peu de valeur à l’oeil désinvolte, a une profonde beauté accrue quand la lune est pleine, ou que les fleurs de cerisiers éclosent. L’art le plus élevé de l’artiste est de cacher plutôt que de révéler la beauté.

(à suivre : Shintô, p150)

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Toi, 24 juillet

24 juillet 2009

°

trois heures *
pour nettoyer l’apparte
avant que tu viennes
dîner

* une par pièce, à peu près…

°

tu es
au centre lumineux de moi-même
qui s’élargit en te pensant…

°

Je lui glisse en un souffle
que je l’aime beaucoup
dans le souffle qui suit
elle dit moi aussi
Et nous en restons là

°

je ressasse
(oeuf)
ce qui fait toi
ce qui fait nous,

insatiable,

j’ai soif de nous,
sans cesse…

°

pour toi j’écrirai

(tu m’es moteur émouvant…)

°

tu sois la fleur,
je sois l’eau !

°

mes mots te ressemblent

°

les amandes
offertes par toi
deviennent-elles
des aimandes ?

°

rester sous le charme
longtemps

te laisser mourir
doucement
en moi

°

même si je ne te touche pas
tu es là
devant mes yeux,
régal(e)…

°

ton thé, ta tarte
ce matin
au petit déjeuner
sans toi
mais avec
ton parapluie !

°

il va sans dire
que j’écris
pour toi des poèmes
– Voudras-tu en
lyre,
ô précieuse ?

°

les bleus du ciel
entre les mots du stylo
et toi,
échappée
dans ton monde


°

je bois le petit lait
de te lire

°

je m’ouvre à toi
(tu m’épanouis)
 » soleil à ton cou  »

°

je (ne) passe ma journée
(qu’) à te dire —
ta traîne
si longue…

°

tous ces fruits dans ma cuisine
et toi qui n’es plus là

°

d.(24/7/09)