Posts Tagged ‘Shôha’

48 HAIKU d’hiver – Blyth – p.1164-1182

11 juin 2011

°
(p.1164 :)

la lune croissante
est tordue :
froid saisissant

Issa

sans compagnie,
jetée sur la lande,
cette lune d’hiver

Roseki

dans la rafale desséchante
une lune seule
roule à travers ciel

Meisetsu

°
(p.1165 :)

marchant dessus, seul
dans le froid clair de lune :
le bruit du pont

Taigi

l’ombre des arbres ;
mon ombre bouge
dans le clair de lune hivernal

Shiki



rencontrant un moine
sur le pont :
lune d’hiver

Buson

°
(p.1166 :)

neige éclairée par la lune :
où la vie
sera jetée

Kikaku

les rois Deva en faction :
le clair de lune glacé
sur leurs jambes nues

Issa

°
(p.1167 :)

pas une pierre
à jeter au chien :
lune d’hiver

Taigi

un chat errant
s’enfuit sous les avant-toits –
la lune d’hiver !

Jôsô

dans le clair de lune glacé,
de petites pierres
crissent sous les pas

Buson

°
(p.1168 :)

clair de lune hivernal ;
l’ombre de la pagode en pierre,
l’ombre du pin

Shiki

le vieil homme du temple
fend du bois
sous le clair de lune hivernal

Buson

°
(p.1169 :)

lune d’hiver –
un temple sans portail :
qu’il est haut, le ciel !

Buson

ce petit portail
fermé à double-tour :
la lune d’hiver !

Kikaku

sortant du palanquin :
au-dessus de mon portail
la lune d’hiver
haut dans le ciel

Taigi

nuit de lune :
les ombres inégales
des baguettes de la nasse d’osier

Shirao

°
(p.1170 :)

sur le toit
ils regardent un feu ;
la lune d’hiver

Shiki

plus froide même que la neige
la lune d’hiver
sur des cheveux blancs

Jôsô

rencontrai et passai
un prêtre bouddhiste de grande taille
sous la lune d’hiver

Baishitsu

°
(p.1171 :)

sous la lune d’hiver
le vent de la rivière
affûte les rochers

Chora

au son de la voix
du faisan doré
qui ne peut dormir,
la lune est froide

Kikaku

°
(p.1172 :)

première averse d’hiver :
le bambou de la crémaillère
se balance

Seira

°
(p.1173 :)

première pluie d’hiver ;
on m’appellera
« voyageur »

Bashô

il pourrait se transformer
sous la pluie d’hiver,
ce parapluie prêté par un temple !

Buson

°
(p.1174 :)

se réveiller vivant, dans ce monde :
quel bonheur !
pluie d’hiver

Shôha

la pluie d’hiver teint
les lettres sur la pierre tombale –
tristesse

Rôka

dans le jardin neuf,
les pierres
harmonieusement posées ;
première pluie d’hiver

Shadô

°
(p.1175 :)

que de personnes
sous la pluie d’hiver
courent de l’autre côté
du long pont de Seta !

Jôsô

les porteurs de javelots
les brandissent encore
sous la pluie hivernale

Masahide

°
(p.1176 :)

marchant sous la pluie hivernale,
le parapluie
me repousse

Shisei-jo

le vent ne veut pas
que la pluie froide d’hiver
tombe au sol

Kyorai

qu’elles sont affairées
sur la mer
sous la pluie,
les voiles gonflées,
les voiles affalées !

Kyorai

°
(p.1177 :)

le pêcheur :
sa terrible intensité
dans l’averse du soir !

Buson

la pluie commence à tomber :
le couvreur de la chaumière
se retourne
et regarde la mer

Jôsô

°

p.1178 :)

la pluie souffle
dans la forêt de bambous ;
c’est le soir

Seisei

étoiles sur la mare ;
l’averse d’hiver
à nouveau
frise l’eau

Sora

les rayons du soleil penchent
d’un côté de la rivière ;
d’un nuage flottant
tombe une pluie froide

Buson

°
(p.1179 :)

un taureau à bord,
le traversier *
sous la pluie d’hiver

Shiki

* = bac / ferry …

la bruine d’hiver
imbibe tranquillement
les racines du camphrier

Buson

°
(p.1180 :)

il a plu suffisamment
pour que les chaumes dans le champ
noircissent

Bashô

froide pluie d’hiver
les taureaux sur la lande
croisent leurs cornes

Rankô



se faire saucer par la pluie d’hiver
sans kasa *,
eh bien, eh bien !

Bashô

°
(p.1181 :)

la pluie d’hiver
tombe sur l’étable ;
un coq chante

Bashô

pluie froide d’hiver;
dans la voix soumise du crapaud,
malheur et affliction

Buson

les soirées des anciens
étaient comme les miennes,
ce soir de pluie froide

Buson

°
(p.1182 :)

il pleut partout sur la terre,
et encore plus
sur mon logis

Sôgi (1420-1502)

il pleut partout sur la terre
et encore plus
sur le logis de Sôgi

Bashô

°
(p.1183 : à suivre...)

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52 HAIKU d’automne – Blyth – p.1033-1050

5 juin 2011

°
(p.1033 :)

assis dans le palais
écoutant la nuit
les grenouilles lointaines

Buson

devant garder la maison toute la journée,
à l’écoute du coucou
lointain

Buson

frappez la mailloche de foulage pour moi,
dans ma solitude ;
maintenant, de nouveau, arrêtez

Buson

dans une maison
une voix en pleurs ;
le son d’une mailloche de foulage

Shiki

°
(p.1034 :)

« Pourquoi ne viens-tu pas au lit ? »
dit le mari, s’éveillant ;
son de la mailloche de foulage dans la nuit

Taigi

le montreur de singes
repasse la petite veste
avec la mailloche de foulage

Bashô

ma chaumière ;
dehors,
est-ce la moisson ?

Bashô

°
(p.1035 :)

ramassant les épis tombés,
avançant
vers la partie au soleil

Buson

amassé lors d’un pèlerinage
et assemblé :
l’épouvantail

Tôrin

°
(p.1036 :)

du jour où il est né,
il est vieux,
l’épouvantail !

Nyofû

une sauterelle chante
dans la manche
de l’épouvantail

Chigetsu-ni

l’épouvantail au loin,
marche
quand je marche

San-in

juste à ses pieds
on vole les haricots –
quel épouvantail !

Yayû

°
(p.1037 :)

l’épouvantail
protègeant l’enfant au sein
du vent

Issa

dans mon vieil âge,
même devant l’épouvantail
j’ai honte !

Issa

°
(p.1038 :)

le vent de l’automne
pénètre les os mêmes
de l’épouvantail

Chôi

gelée de minuit :
je pourrais dormir, si j’empruntais
les manches de l’épouvantail !

Bashô

leurs squelettes entourés
de soie et de satin :
ils admirent les fleurs de cerisier

Onitsura

la claire pleine lune –
comme si rien d’extraordinaire,
l’épouvantail, là

Issa

°
(p.1039 :)

les moineaux de la moisson
atteints par la flèche de l’épouvantail
tombent à la mer

Shiki

l’arc de l’épouvantail
s’est tourné de l’autre côté
dans la brise matinale

Shôha

l’épouvantail
tend son arc vers
le champ d’un autre

Setsugyo

°
(p.1040 :)

même devant Sa Majesté,
l’épouvantail ne retire pas
son chapeau tressé

Dansui

l’épouvantail :
indifférent
aux rayons du soleil couchant

Shirao

où je vis,
il y a plus d’épouvantails
que de gens

Chasei

le propriétaire du champ
va voir l’état de l’épouvantail
et revient

Buson

°
(p.1041 :)

une nuit de lune
les épouvantails ressemblent aux hommes :
si pitoyables !

Shiki

l’épouvantail
a l’air humain
quand il pleut

Seibi

le riz moissonné,
l’épouvantail
a l’air transformé

Buson

°
(p.1042 :)

l’eau descendant,
comme elles semblent fines et longues,
les jambes de l’épouvantail !

Buson

au soleil du soir
l’ombre de l’épouvantail
atteint la route

Shôha

les gens, bien sûr !
mais même les épouvantails
ne sont pas droits !

Issa

°
(p.1043 :)

son chapeau tombé,
l’épouvantail
a l’air dépité

Buson

l’épouvantail,
ses pieds dans la terre inondée,
endure tout ça

Shiki

°
(p.1044 :)

son chapeau tombé,
qu’elle est sans pitié
la pluie sur l’épouvantail !

Hagi-jo

dans ce monde fugace,
l’épouvantail aussi
a un nez et des yeux !

Shiki

d’où
vient le froid,
ô épouvantail ?

Issa

°
(p.1045 :)

de toutes les choses qui existent
la plus stupide
est l’épouvantail

Shiki

l’automne avance ;
les épouvantails portent
des feuilles tombées

Otsuyû

le regardant ce matin,
l’épouvantail s’est tourné
de ce côté-ci

Taigi

°
(p.1046 :)

nous avons lié amitié –
maintenant nous devons nous séparer,
épouvantail !

Issa

l’épouvantail :
en retard pour prendre
le bateau de la moisson

Shihyaku

les moineaux volent
d’épouvantail
en épouvantail

Sazanami

°
(p.1047 :)

« Monseigneur Moineau,
c’est l’épouvantail
qui s’adresse à vous ! »

Sôseki

l’hiver venu,
les corbeaux se perchent
sur l’épouvantail

Kikaku

le vent d’automne
bouscula l’épouvantail
puis continua sa course

Buson

°
(p.1048 :)

bruit de quelque chose :
l’épouvantail
tombé de lui-même

Bonchô

la première chose soufflée
par le vent de la tempête :
l’épouvantail

Kyoroku

°
(p.1049 :)

soufflé, relevé,
resoufflé :
l’épouvantail !

Taigi

rendant l’âme
debout :
l’épouvantail

Hokushi

sous la baignoire portative :
dernière demeure
de l’épouvantail

Jôsô

°
(p.1050 :)

pourrissant :
même pas bon pour le feu,
cet épouvantail !

Shôshû

°
(p.1051-1078 : OISEAUX ET ANIMAUX : à suivre…)

17 HAIKU d’automne – Blyth – p.1026-1032

5 juin 2011

°
(p.1026)

d’un bateau regardant les feux d’artifice ;
quand les spectateurs sont partis,
l’eau de l’automne !

Shôha

solitude ;
après les feux d’artifice,
une étoile filante

Shiki

°
(p.1027 :)

un ours blessé
s’affala
près du four à charbon

Bonchô

toute la famille visite les tombes :
cheveux blancs
s’appuyant sur leurs cannes

Bashô

visitant les tombes ;
le plus jeune enfant
porte le balai

Issa

°
(p.1028 :)

visitant les tombes ;
le vieux chien
ouvre la marche

Issa

transporté par le clair de lune !
incidemment,
visitant les tombes !

Issa

écoutant la voix
du chef de chant :
un ancien

Taigi

°
(p.1029 :)

un village de pêcheurs
danse sous la lune
au sent du poisson cru

Shiki

tout le bâtiment
ayant fermé ses portes,
danse, danse !

Kikaku

la lune commence à décliner
sur quatre ou cinq personnes
qui dansent !

Buson

°
(p. 1030 :)

après les danses :
le vent dans les pins,
la voix des insectes !

Sogetsu-ni

il rasa le bandit de grand chemin
et en fit son disciple
lors d’un voyage en automne

Buson

°
(p.1031 :)


la voix claire
de la mailloche de foulage :
son écho
jusqu’aux étoiles du Nord

Bashô

°
(p. 1032 :)

marchant le long de l’étroit sentier
entendant le son lointain
de la mailloche de foulage

Buson

les feuilles tombées,
le son du moulin manuel
est lointain

Buson

les pas tant attendus :
au loin
sur les feuilles tombées

Buson

°
(p.1033 : à suivre)

27 HAIKU d’été – Blyth – p.831-839

17 mai 2011

°
(p.831 :)

abaraya no . to no kasugai yo . namekujiri

Bonchô

la limace,
un fermoir pour la porte
d’une maison délabrée

kono ame no . furu no ni dotchi e . deiro kana

Issa

où peut-il aller
sous la pluie,
cet escargot ?



katatsumuri . nani omou tsuno no . naga mijika

Buson

un escargot
une corne courte, l’autre longue –
Qu’est-ce qui le trouble ?

°
(p.832 :)

yûzuki ya . ôhada nuide . katatsumuri

Issa

sous la lune du soir
l’escargot nu
jusqu’à la ceinture



furusato ya . hotoke no kao no . katatsumuri

Issa

ma vieille maison –
le visage de l’escargot
est le visage du Bouddha

katatsumuri . sake no sakana ni . hawasekeri

Kikaku

l’escargot
nous le fîmes ramper
pour agrémenter notre vin

°
(p.833 :)

yûdachi ya . hararito sake no . sakana hodo

Issa

averse soudaine d’été –
assez pour agrémenter
notre vin

katatsumuri . sorosoro nobore . fuji no yama

Issa

Escargot,
escalade le mont Fuji,
mais lentenment, lentement !

ashimoto e . itsu kitarishi yo . katatsumuri

Issa

Quand arriva-t-il
près de moi,
cet escargot ?

°
(p.834 :)

minomushi wa . chi-chi to mo naku wo . katatsumuri

Buson

le minomushi *
dit « pa-pa » –
mais l’escargot ?

* : chenille burcicole

dore hodo ni . omoshiroi no ka . hitorimushi

Issa

Combien
t’amuses-tu,
papillon écaille ?

keshite yoi . jibun wa kuru nari . hitorimushi

Issa

le papillon écaille
vint juste à temps
pour éteindre la lumière

ryôsando . uro-uro heta na . hitorimushi

Issa

deux ou trois fois
hésita le maladroit
papillon écaille

°
(p.835 :)

io no hi wa . mushi sae tori ni . hitarikeri

Issa

même les insectes viennent
pour éteindre la lumière
dans mon ermitage

kogakure ya . hi no nai io ni . hitorimushi

Issa

le papillon écaille vient
dans un logis sans lampe
caché parmi les arbres



natsumushi no . shinde ochikeri . hon no ue

Shiki

des insectes d’été
tombent morts
sur mon livre

natsumushi ya . yagaku no hito no . kao wo utsu

Shôha

des insectes d’été
heurtent le visage
de l’étudiant à minuit

tobu ayu no . soko ni kumo yuku . nagare kana

Onitsura

une truite saute
des nuages bougent
au fond de la rivière

°
(p.836 :)

hitomure no . ayu me wo suginu . mizu no hiro

Shiki

un banc de truites
passa :
la couleur de l’eau !

ayu kurete . yorade sugiyuku . yowa no mon

Buson

offrant la truite
sans entrer : je m’en fus –
le portail à minuit

te wo kakete . orade sugiyuku . mukuge kana

Sampû

étendant la main,
je ne l’arrachai pas, mais continuai :
l’hibiscus

°
(p.837 :)

na ori so to . orite kurekeri . sono no ume

Taigi

« ne la casse pas ! » dit-il,
puis il en cassa une qu’il me donna :
le prunier au jardin

yûgure wa . ayu no hara miru . kawase kana

Onitsura

sur le soir,
le ventre des truites
aperçu dans les hauts-fonds

kyô no hi mo . bôfurimushi yo . asu mo mata

Issa

ce jour d’aujourd’hui
et demain aussi gâchés :
larves de moustiques

°
(p.838 :)

shizumareba . nagaruru ashi ya . mizusumashi

Taigi

le gyrin :
quand il arrête de glisser,
ses pattes se dérobent

kawakami e . kashira soroete . mizusumashi

Shiki

les gyrins,
leurs têtes toutes
vers l’amont

asakaze no . ke wo fukimiyuru . kemushi kana

Buson

la brise matinale
soulève les poils
du mille-pattes

°
(p.840- ARBRES ET FLEURS – à suivre…)

27 HAIKU d’été – Blyth – p.820-830

16 mai 2011

°
(p.820 :)

no ma shiranu . taiboku ôshi . semi no koe

Shiki

nombreux les arbres énormes
aux noms inconnus ;
la voix des cigales

(trad. Munier :
D’immenses arbres
aux noms inconnus –
cris des cigales)

yagate shinu . keshiki wa miezu . semi no koe

Bashô

rien ne laisse penser
à écouter la cigale
qu’elle va mourir bientôt

(trad. Munier :
Rien ne dit
dans le chant de la cigale
qu’elle est près de sa fin)

°
(p.821 :)

koe ni mina . nakishimôte ya . semi no kara

Bashô

l’enveloppe d’une cigale ;
elle mourut
de chanter

ware to waga . kara ya tomurau . semi no koe

Yayû

pleurant sur son corps mort
et sur elle-même –
la voix de la cigale

matsu no semi . doko made naite . hiru ni naru

Issa

cigales des pins,
combien de fois devez-vous encore chanter
avant qu’il soit midi ?

(trad. Munier :
Cigales des pins
comme il vous faut crier
pour que vienne midi !)

°
(p.822 :)

iroiro no . urigoe taete . semi no koe

Shiki

divers cris de rue
s’estompent –
la voix des cigales

(trad. Munier :
Tous les bruits de la rue
meurent au loin –
chant des cigales)

nakiyamete . tobu toki semi no . miyuru nari

Shiki

on voit la cigale
quand elle arrête de chanter
et s’envole

(trad. Munier
On voit la cigale
quand elle cesse de chanter
et s’envole)

semi atsushi . matsu kiraba ya to . omou made

Yayû

les cigales et la chaleur –
je souhaitais même
abattre leur pin

°
(p.823 :)

semi naku ya . tsukuzuku akai . kazaguruma

Issa

une cigale crie –
c’est précisément un moulin-à-vent
de papier rouge

higurashi ya . suteteoite mo . kururu hi wo

Sute-jo

ah, cigale au chant clair,
bien que tu le laisses,
le jour s’assombrit

°
(p.824 :)

higurashi ya . kyô no ketai wo . omou toki

Rikei

ah, cigale-qui-assombrit-le-jour,
quand je pense
aux heures gâchées d’aujourd’hui !

soko noite . takeuesase yo . hikigaeru

Chora

s’il te plaît, écarte-toi
que je puisse planter ces bambous,
ô crapaud !

(trad. Munier :
Ecarte-toi s’il te plaît
et laisse-moi planter ces bambous
ô crapaud !)

makari idetaru wa . kono yabu no . gama nite sôrô

Issa

« Je fais Mon Apparition,
Moi, le Crapaud,
J’émerge de Mon Fourré ! »

(trad. Munier :
« Je fais mon Apaprition
moi le crapaud
je sors de Mon Fourré ! »)

°
(p.825 :)

tsuki no ku wo . haite herasan . gama no hara

Buson

le crapaud :
crachant un verset sur la lune,
son ventre va décroître



gama dono no . tsuma ya matsuran . ko nakuran

Issa

Monsieur Crapaud,
votre femme vous attend,
vos enfants pleurent !

°
(p.826 :)

kumo wo haku . kuchitsuki shitari . hikigaeru

Issa

Le crapaud !
on dirait qu’il va
vomir un nuage !

(trad. Munier :
Le crapaud ! on dirait
qu’il va vomir
un nuage !)

kiri ni oru . metsuki shite iru . hikigaeru

Issa

on dirait
qu’il va chevaucher le brouillard,
ce crapaud !

(trad. Munier :
Il a l’air
de vouloir chevaucher la brume
ce crapaud !)

yoiyami ya . tsuki wo hakidasu . gama no kuchi

Shiki

jeune crépuscule ;
la gueule du crapaud
exhale la lune

(trad. Munier :
Crépuscule du matin –
la gueule du crapaud
exhale la lune)

°
(p.827 :)

furukabe no . sumi ni ugokazu . harami-gumo

Shiki

dans un coin du vieux mur
immobile
l’araignée enceinte

(trad. Munier :
Dans un coin du vieux mur
immobile
l’araignée grosse)

kumo no ko wa . mina chirijiri no . misugi kana

Issa

les petits de l’araignée
se séparent tous
pour faire leur vie

yobe no ame . baran ni fuenu . katatsumuri

Shôha

avec la pluie de la nuit dernière,
les escargots ont peuplé
les aspidistras

(trad. Munier :
la pluie nocturne
a multiplié les escargots
sur les aspidistras)

°
(p.828 :)

asayake ga . yorokobashii ka . katatsumuri

Issa

un ciel rouge au matin
pour toi, escargot ;
en es-tu heureux ?



tetsudatte . shirami wo hiroe . suzume no ko

Issa

petit moineau,
aide-moi
à attraper ces pous !

°
(p.829 :)

ono hairu . ki ni ochisuite . katatsumuri

Baishitsu

la hache attaque l’arbre
mais l’escargot
est calme et serein

°
(p.830 :)

omatsuri ni . akai dedachi no . tombo kana

Issa

la libellule
en habits rouges
va au festival

toshiyori to . mite ya naku ka mo . mimi no soba

Issa

le moustique aussi
près de mon oreille
doit penser que je suis vieux



shiba no to ya . jô no kawari ni . katatsumuri

Issa

une porte de broussailles ;
pour serrure
cet escargot

°
(p.831 : à suivre…)

16 Haiku d’été – Blyth – p.686-691

14 avril 2011

°
(p.686 :)

samidare wo . atsumete hayashi . mogamigawa

Bashô

recueillant toutes
les pluies de mai,
la rapide rivière Mogami

samidare wo . atsumete suzushi . mogamigawa

Bashô

recueillant toutes
les pluies de mai,
la fraîche rivière Mogami

tako katte . kogokoro zo uki . ame-tsuzuki

Shôha

Lui achetant un cerf-volant,
l’enfant s’impatiente
sous les pluies incessantes

°
(p.687 :)

samidare no . take ni hasamaru . zaisho kana

Issa

mon village natal
coincé entre les bambous
sous les pluies de mai

samidare no . kumo fukiotose . ôigawa

Bashô

Ah ! rivière Ôi !
éloigne, éloigne
les nuages de pluie de mai !

samidare no . furinokoshite ya . hikaridô

Bashô

Le Hall d’Or;
c’est tout ce qui reste
sous les pluies de mai !

°
(p.688 :)

shungetsu ya . inkindô no . konoma yori

Buson

la lune de printemps s’élève
entre les arbres
du hall Inkin

°
(p.689 :)

samidare ni . kakurenu mono ya . seta no hashi

Bashô

La seule chose qui n’est pas cachée
sous les pluies de mai :
le long pont de Seta

samidare ya . hotoke no hana wo . sute ni deru

Buson

sortant jeter
des fleurs offertes au Bouddha;
la pluie de mai

fuyukawa ya . hotoke no hana no . nagare kuru

Buson

des fleurs offertes au Bouddha
descendent
la rivière d’hiver

°
(p.690 :)

kusa no ame . matsuri no kuruma . sugite nochi

Buson

après que le char du festival
est passé,
la pluie sur les herbes

samidare no . ôi koshitaru . kashikosa yo

Buson

traversant la rivière Ôi
gonflée par les pluies d’été –
quel exploit !

samidare ya . ume no ha samuki . kaze no iro

Saimaro

sous la pluie d’été,
les feuilles du prunier
ont la couleur de la brise fraîche

°
(p.691 :)

samidare no . utsubobashira ya . oi no mimi

Buson

oreilles de mon vieil âge ;
les pluies d’été
le long de la gouttière

samidare ya . aru yo hisoka ni . matsu no tsuki

Ryôta

les pluies de mai;
un soir dans le pin,
la lune secrète

samidare ya . nagô azukaru . kami zutsumi

Sampû

les pluies de mai;
voici un paquet de papier
qu’on m’a confié il y a longtemps

°
(à suivre, p.692-)

14 HAIKU d’été – Blyth – p.676-680

16 mars 2011

°
(p.676 :)

kumo no mine . narabete hikushi . umi no hate

Shiki

les nuages houleux
empilés bas le long
de la ligne lointaine de la mer

kumo no mine . ishiusu wo hiku . tonari kana

Riyu

nuages moutonnants;
à côté,
un mortier moud

noyashiro ni . yaiko uchi keri . kumo no mine

Hokushi

le tambour résonne
dans le sanctuaire des champs là-bas,
nuages blancs qui s’empilent haut

°
(p.677 :)

uwabami no . sumu numa karete . kumo no mine

Shiki

nuages surplombant
un marais asséché
où loge un python

ho no ôki . orandasen ya . kumo no mine

Shiki

un navire hollandais
aux nombreuses voiles;
les nuages moutonnants



ari no michi . kumo no mine yori . tsuzukiken

Issa

cette ligne de fourmis
continue-t-elle
depuis les nuages qui moutonnent ?

°
(p.678 :)

natsuarashi . kijô no hakushi . tobi-tsukusu

Shiki

un vent de tempête estival;
les papiers blancs du bureau
tous envolés

yomizu toru . satobito no koe ya . natsu no tsuki

Buson

les voix des villageois
irriguant les champs –
la lune d’été

°
(p.679 :)

shônen no . inu hashirasu ya . natsu no tsuki

Shôha

un garçon
faisant courir un chien
sous la lune d’été

sunahama ya . nani ni hi wo taku . natsu no tsuki

Shiki

la plage de sable –
pourquoi font-ils un feu
sous la lune d’été ?

samidare ni . hito ite fune no . kemuri kana

Shiki

les pluies d’été –
quelqu’un dans le bateau,
de la fumée s’élève

°
(p.680 :)

takotsubo ya . hakanaki yume wo . natsu no tsuki

Bashô

le piège à poulpes :
rêves fugaces
sous la lune d’été

uodomo ga . oke tomo shirade . yûsuzumi

Issa

les poissons dans la barrique
ne savent pas que c’est ainsi –
fraîcheur du soir

hashi ochite . hito kishi ni ari . natsu no tsuki

Taigi

le pont emporté,
des gens sur la rive :
la lune d’été

°
(à suivre, p.681-)

20 HAIKU de printemps – Blyth – p.556-561 (Arbres et fleurs)

15 janvier 2011

°
(p.556-640 :)
ARBRES ET FLEURS

tsubaki ochi . tori naki tsubaki . mata ochiru

Baishitsu

une fleur de camélia tombe;
un coq chante;
une autre tombe

tori naite . akaki ko-no-mi wo . koboshikeri

Shiki

des oiseaux chantent
et font tomber
des baies rouges

hitotsu ochite . futatsu ochitaru . tsubaki kana

Shiki

un tombe –
deux tombent –
camélias

(note de R.H. Blyth : « Plus le verset devient simple, plus le sens est fort, pur et profond. »)

ochizama ni . mizu koboshikeri . hana tsubaki

Bashô

la fleur du camélia
tombe,
renversant son eau

°
(p.557 :)

oto nashite . tatami e ochiru . tsubaki kana

Shirao

la fleur de camélia
tombant sur le tatami
produit un son

hakisôji . shite kara tsubaki . chiri ni keri

Yaha

après qu’on a
nettoyé le jardin,
quelques camélias tombent

ochinan wo . ha ni kakaetaru . tsubaki kana

Shôha

La fleur de camélia
allait tomber,
mais se prit dans ses feuilles

°
(p.558 :)

mizu irete . hachi ni uketaru . tsubaki kana

Onitsura

y versant de l’eau,
le vase reçut
le camélia

nagare ezaru . mizu no yodomi no . tsubaki kana

Shiki

dans le marigot,
l’eau qui ne pouvait s’écouler ;
des camélias

°
(p.559 :)

shrotsubaki . otsuru oto nomi . tsukiyo kana

Rankô

toute la soirée un seul bruit :
la chute
des fleurs blanches de camélia



akatsuki no . tsurube ni agaru . tsubaki kana

Kakei

à la surface du seau du puits
à l’aube,
un camélia

yanagi ari . funematsu ushi no . nisanbiki

Shiki

un saule –
et deux ou trois vaches
attendant le bateau

°
(p.560 :)

kishi kuzurete . kouwo tamarinu . kawayanagi

Shiki

où la falaise s’est affaissée
des petits poissons s’assemblent
sous le saule de la rivière



hashi ochite . ushiro samushiki . yanagi kana

Shiki

le pont est tombé;
sous le saule,
il fait seul



machi-naka wo . ogawa nagaruru . yanagi kana

un cours d’eau
traversant la ville
et les saules tout du long

°
(p.561 :)

massugu ni . horiwari tôki . yanagi kana

Shiki

dans la distance
la ligne droite du canal
et les saules

ômon ya . yanagi kabutte . hi wo tomosu

Shiki

allumant les lampes
de la Grande Porte,
un saule au-dessus de lui

shigohon no . yanagi torimaku . koie kana

Shiki

quatre ou cinq saules
entourant
une petite maison

ara ao no . yanagi no ito ya . mizu no nagare

Onitsura

Comme ils sont verts
les fils du saule
sur les eaux glissantes !

hito-gomi no . naka e shitaruru . yanagi kana

Rôka-Shônin

tombant
au milieu de la foule,
les branches du saule

°
(suite, p. 562-)

12 HAIKU de printemps – R.H.Blyth, p.546-551

21 décembre 2010

°
(p.546 :)

kiguruma ni . okiyuku kusa no . kochô kana

Shôha

à l’approche du chariot
de l’herbe
s’envole le papillon

°

chôchô ya . junrei no ko . okuregachi

Shiki

papillons ;
l’enfant des pèlerins
a tendance à traîner

°
(p.547) :

mugura kara . anna kochô ga . umarekeri

Issa

du bulge rampant
un tel papillon
est né !

°

atafuta ni . chô no deru hi ya . kane no ban

Issa

débandade –
un papillon vient aujourd’hui ;
surveillant la caisse !

°
(p. 548) :

yûhi kage . machinaka ni tobu . kochô kana

Kikaku

dans les rayons du soleil couchant
volète le long de la rue
un papillon

°
(p.549) :

chô tobu ya . kono yo ni nozomi . nai yô ni

Issa

le papillon voleta
comme si désespéré
par ce monde

°

kado no chô . ko ga haeba tobi . haeba tobu

Issa

par-delà le portail un papillon :
le bébé rampe, il s’élève,
elle rampe encore, il s’élève à nouveau.

°
(p.550 :)

chô tonde . waga mi mo chiri no . tagui kana

Issa

le papillon voletant :
je me sens
une créature de poussière

°

mutsumashi ya . umare-kawaraba . nobe no chô

Issa

comme ils sont heureux et affectueux !
Si je renais, puissé-je être
un papillon dans les champs

°

hana ni kurui . tsuki ni odoroku . kochô kana

Chora

distrait par les fleurs,
émerveillé par la lune,
le papillon !

°
(p.551 :)

michizure wa . kochô wo tanomu . tabiji kana

Shiki

pour compagnon ce jour
j’aurais volontiers
un papillon !

°

kinodoku ya . ore wo shitôte . kuru kochô

Issa

Quelle pitié
que tu me suives si gentiment,
papillon !

°
(suite, p. 552)

14 Haïku de printemps – Blyth – p.505-509

4 novembre 2010

°
(p.505) :

utsukushiki . kao kaku kiji no . kezume kana

Kikaku

le faisan griffe
son beau visage
avec ses éperons

°

yamazato ya . yane e kite naku . kiji no koe

Chora

village montagnard ;
atterrissant sur le toit,
un faisan crisse

°

hikururu ni . kiji utsu haru no . yamabe kana

Buson

à la tombée du jour,
on tire sur un faisan
près de la montagne printanière

°
(p.506 :)

kameyama e . kayou daiku ya . kiji no koe

(Buson ?)

un charpentier
allant à Kameyama ;
le cri d’un faisan

°

muku to okite . kiji ou inu ya . takaradera

(Buson ?)

un chien sauta soudain
pour chasser un faisan,
à Takaradera

°

kiji utte . kaeru ieji no . hi wa takashi

Buson

rentrant
après avoir tiré un faisan –
le soleil encore haut

°
(p.507 :)

utsukushiki . otoko mochitaru . kigisu kana

Taigi

la faisane :
elle a vraiment
un beau galant !

°

hiroki no wo . tada hito-nomi ya . kiji no koe

Yamei

d’un seul cri
le faisan a avalé
le grand champ

(litt :

large champ,
une seule gorgée,
voix du faisan)

°
(p.508 :)

kiji naku ya . mikaketa yama no . aru yô ni

Issa

un faisan crie
comme s’il avait remarqué
une montagne

°

furuki to ni . kage utsuriyuku . tsubame kana

Shôha

l’hirondelle allant et venant,
son ombre portée
sur la vieille porte

°

ôtsu-e ni . fun otoshi-yuku . tsubame kana

Buson

l’hirondelle fiente
sur la peinture d’Ôtsu
et s’enfuit

°
(p.509 :)

kakitsubata . betari to tobi no . taretekeru

Buson

les fientes du milan
collées
sur les iris

°

ren ni itte . bijin ni naruru . tsubame kana

Ransetsu

volant près de la persienne de bambou,
l’hirondelle est soumise
avec la belle jeune fille

°

futameite . kin no ma wo deru . tsubame kana

Buson

dans tous ses états,
l’hirondelle s’envole
de la chambre d’or

°
(à suivre, p.510-)